Retrouver
la force d'une laïcité vivante
Femmes, hommes, de culture musulmane ? croyants, agnostiques, ou athées?,
nous dénonçons, avec la plus grande vigueur, les déclarations
et actes de misogynie, d'homophobie et d'antisémitisme dont nous
sommes témoins depuis un certain temps ici en France, et qui se revendiquent
de l'islam. Nous voyons se manifester, là, une trilogie caractéristique
de l'islamisme politique qui sévit depuis longtemps dans plusieurs
de nos pays d'origine, contre lequel nous avons lutté, et sommes
résolus à lutter encore.
L'égalité
des sexes, un préalable à toute démocratie
Profondément partisans de l'égalité des droits entre
les sexes, nous combattons l'oppression dont sont victimes les femmes
soumises aux codes de statut personnel, comme c'est le cas en Algérie
(sur ce point, l'avancée récente du Maroc éclaire
d'une manière encore plus crue le retard algérien), et parfois
même en France, par le biais des conventions bilatérales.
Nous sommes convaincus qu'il ne peut y avoir de démocratie sans
cette égalité des droits. Et cest dans cette mesure
que nous soutenons, sans ambiguïté, la campagne " 20
ans, barakat ! " (20 ans, ça suffit !) engagée par
les associations de femmes algériennes, et qui doit culminer en
mars 2004, demandant la suppression définitive du code de la famille,
contre lequel elles se battent depuis vingt ans.
C'est aussi pour cette raison que nous nous opposons au port du voile
islamique, quelle que soit la position de chacun d'entre nous sur l'opportunité
d'une loi l'interdisant dans les écoles en France aujourd'hui.
Dans divers pays, nous avons vu les violences, ou même la mort,
infligées à des amies ou des proches parce qu'elles refusaient
de le porter, et nous nous disons que, s'il est vrai que la floraison
actuelle de voiles en France a trouvé un terreau dans les discriminations
dont sont victimes les enfants issus de l'immigration, en aucun cas elle
n'y a trouvé une cause, et certainement pas un rappel de la mémoire
maghrébine : il y a bien, derrière ce prétendu "
choix "dont se réclament un certain nombre de filles voilées,
une volonté de promouvoir une société politique islamiste,
s'appuyant sur une idéologie militante active sur le terrain et
affichant des valeurs dont nous ne voulons pas.
Halte à
l'homophobie
Pour les islamistes ? comme pour tous les machistes et intégristes
?, " être un homme " veut dire avoir le pouvoir sur les
femmes, y compris le pouvoir sexuel. À leurs yeux, tout homme qui
est pour l'égalité entre les sexes est potentiellement un
sous-homme, un " pédé ". Ce mode de pensée
est récurrent depuis la montée de l'islamisme politique,
et sa férocité n'a d'égal que son hypocrisie. L'un
des organisateurs de la manifestation du samedi 17 janvier 2004 en faveur
du voile déclare qu'" il est scandaleux que des gens qui se
sentent choqués par le foulard ne se sentent pas choqués
par l'homosexualité " : pour lui, sans doute, une société
vertueuse est une société qui enferme les femmes derrière
des voiles, et les homosexuels derrière des barreaux, comme on
l'a vu faire en Égypte.
On frémit en pensant à ce que ces théories, si elles
venaient à triompher, entraîneraient pour les " impudiques
", à savoir les femmes non voilées, les homosexuels,
ou les mécréants. Nous considérons, au contraire,
que la reconnaissance de l'existence de l'homosexualité, et la
liberté pour les homosexuels de mener leur vie comme ils l'entendent,
est un indéniable progrès : à partir du moment où
un individu ne contrevient pas aux lois qui protègent les mineurs,
les choix sexuels de chacun concernent chacun, et en aucun cas l'État.
Contre l'antisémitisme
Enfin, nous condamnons, avec la plus grande fermeté, les affirmations
antisémites dont sont porteurs des discours proférés
ces derniers temps au nom de l'islam. Comme les femmes " impudiques
" et les homosexuels, les juifs seraient à abattre : "
Ils ont tout, et nous rien ", a-t-on entendu dans la manifestation
du 17 janvier. Nous voyons là, à l'uvre, l'instrumentalisation
du conflit israélo-palestinien par les mouvements intégristes
au profit de l'antisémitisme le plus inquiétant. En dépit
de notre opposition à la politique menée actuellement par
le gouvernement israélien, nous refusons de nourrir une vision
archaïque et fantasmatique du " Juif " par l'utilisation
d'un conflit historique et réel entre deux peuples ; nous reconnaissons
le droit à l'existence d'Israël, comme l'ont fait, successivement,
le congrès de l'OLP tenu à Alger en 1988 et le sommet de
la Ligue arabe réuni à Beyrouth en 2002 et c'est dans cette
reconnaissance réitérée que s'inscrit notre engagement
aux côtés du peuple palestinien dans son droit de fonder
un État et de faire évacuer les Territoires occupés.
Une laïcité
vivante
Nous sommes conscients que l'islam a été mal reconnu en
France, et qu'il manque de lieux de prière, d'aumôneries
et de cimetières. Nous sommes conscients que des jeunes Français
issus de l'immigration connaissent un retard considérable dans
leur promotion sociale et une discrimination constatée par tous
les observatoires, et que l'idée de laïcité "
à la française " a beaucoup perdu de sa valeur pour
eux.
Face à cette
perte de valeur, deux voies se présentent à eux : ou bien
retrouver la force d'une laïcité vivante, c'est-à-dire
de l'action politique au quotidien pour faire avancer leurs droits et
se revendiquer des acquis pour lesquels se sont souvent battus leurs pères
et leurs mères, qui appartenaient à des classes sociales,
des cultures, des peuples, des nations, avant dappartenir à
l'islam ; ou bien se reconnaître dans une oumma fictive et informatisée,
qui n'a plus rien à voir avec les réalités qui les
entourent, et qui se drape dans des oripeaux républicains ou tiers-mondistes
pour mieux dessiner une société inégalitaire, répressive
et intolérante. Cette seconde voie ne peut être la nôtre.
Pour signer le manifeste,
pour tous contacts et informations : pcmha@noos.fr
/ 06 81 60 65 43
Source : Courriel
d'information ATTAC - http://attac.org/
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