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Source : Indymedia
12/11/04 - 17h49
Communiqué
de l'accident d'Avricourt
Communiqué
de presse suite à l'accident d'Avricourt de dimanche 7 Novembre
lors du blocage du train de déchets nucléaires
" Ce communiqué
représente notre première et unique version des faits. Nous
souhaitons qu'il soit respecté pour sa famille et pour nous "
Le sept novembre 2004,
Sébastien, 22 ans, est mort renversé par la locomotive d'un
convoi de déchets nucléaires partant vers l'Allemagne.
Quelques semaines auparavant il s'était décidé avec
plusieurs d'entre nous à agir pour rendre publique la vulnérabilité
d'un tel convoi. Le fait qu'il soit mort ne doit pas faire oublier que
cette action était non violente, réfléchie et volontaire.
Contrairement à ce que ce drame peut laisser transparaître,
en aucun cas notre acte était irresponsable et désespéré.
Notre engagement est le fruit de convictions profondes quant au danger
certain et réel que représente le nucléaire depuis
trop longtemps. Cette action était parfaitement planifiée,
collectivement, incluant des repérages précis des lieux,
et en respectant des procédures d'arrêt éprouvées.
Nous avions longuement envisagé toutes les possibilités
y compris un non arrêt du
convoi. Placés en sortie de courbe, nous pouvions être amenés
à quitter les rails très rapidement, du fait d'une visibilité
réduite. Nous étions quatre couchés sur les voies
ayant chacun un bras passé de part et d'autre d'un tube d'acier
glissé sous le rail extérieur de la voie permettant ainsi
un départ d'urgence plus rapide. En aucun cas nous n'étions
cadenassés et nous avions la possibilité de nous dégager
rapidement de ces tubes.
Malheureusement l'équipe chargée de stopper le train 1500m
en amont n'a pas pu agir. L' hélicoptère de surveillance
précédent en permanence le convoi était absent, "
partit se ravitailler en kérosène " ; or cette équipe
comptait essentiellement sur sa présence qui signalait l'arrivée
du train.
Enfin, conformément à ce qui était convenu les stoppeurs
ont renoncé à arrêter le convoi car il était
accompagné de véhicules de gendarmerie le précédent
à vive allure sur le chemin les séparant de la voie. Le
convoi est donc arrivé à " 98 km/h " selon le
procureur n'ayant pu être arrêté par les militants
ni averti par l'hélicoptère. Ces multiples causes réunies
nous mettaient en danger. De ce fait, les personnes couchées sur
les rails n'ont bénéficié que de très peu
de temps pour s'apercevoir que le train n'avait pas été
stoppé et par conséquent n'avait pas réduit son allure.
Nous nous étions entraînés à une évacuation
d'urgence de l'ordre de quelques secondes..
Sébastien à été percuté alors qu'il
quittait les rails, et en aucun cas, son bras n'est resté bloqué
à l'intérieur du tube. La vitesse de l 'événement
nous a dépassé et personne parmi nous n'a eu le temps de
lui venir en aide.
Avant que cela n'arrive, nous sommes restés dix heures de suite
cachés en lisière de bois à trente mètres
de la voie, gelés et ankylosés par le froid..Durant cette
attente, nous n'avons pas été détecté par
le dispositif de sécurité, ni les guetteurs postés
à une quinzaine de kilomètres du lieu du blocage et chargés
de nous prévenir de l'arrivée du train, ni les stoppeurs
chargés de l'arrêter, ni les bloqueurs qui avaient préalablement
installé les deux tubes sous le rail au environ de cinq heures
du matin. Il est clair que la part de responsabilité de chaque
protagoniste doit être établie. Y compris la nôtre.
Pour l'heure nous sommes face à l'un des pires moments de notre
existence. Malgré ce que beaucoup de personnes peuvent penser nous
avions des raisons certaines d'être là. En premier lieu la
sauvegarde de la planète, dont nous assistons au déclin
d'années en années, mais également le rejet de cet
Etat monolithique refusant toute remise en question. Nous n'avons pas
décidé d'arrêter ce train par immaturité ou
par goût de l'aventure, mais parce que dans ce pays, il faut en
arriver là pour qu'une question de fond, enfin, entre dans le magasin
de porcelaine. Sébastien est mort par accident, il ne l'a pas choisi,
personne ne l'a souhaité. Il n'est pas mort au volant en rentrant
ivre de discothèque, mais en agissant pour faire entendre ses convictions.
Et c'est sans conteste pour cela que son décès ne sera jamais,
pour nous, un fait divers.
Face à une
situation où nous étions si perdus, nous n'imaginions pas
recevoir tant de soutien. Nous remercions particulièrement amis
et parents, de nombreuses associations, mais également les milliers
d'anonymes allemands et français ayant organisé des manifestations
et des commémorations en sa mémoire. L'ampleur de la solidarité
nous dépasse autant qu'elle nous touche..
Le plus important, nous semble de pleurer un frère et de soutenir
sa famille et non d' instrumentaliser son image. Bichon était certes
à la recherche d'un monde moins fou, mais avant tout un jeune homme
rempli de joie de vivre, d'énergie et amoureux des gens.
Ce texte n'est ni
une confession, ni une agression, nous voulons seulement par celui ci
rétablir la vérité des faits.
Ses compagnes et compagnons
de route
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