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Argumentaire
14.17
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| Lettre ouverte
au gouvernement, le mercredi 7 janvier 2004
A signer par tous
les personnels de la recherche, y compris les personnels hors-statut,
quel que soit l'organisme de rattachement de leur laboratoire. Tous les
signataires approuvent l'analyse ci-dessous et souhaitent alerter le gouvernement
sur l'extrême gravité de la situation. Faute d'une réponse
rapide et satisfaisante du gouvernement, les signataires ayant des responsabilités
administratives s'engagent à démissionner de ces responsabilités
(voir fin du texte). A l'aube du XXI siècle,
la France a besoin d'une recherche vigoureuse. Cette activité est
indispensable aux innovations de demain, au développement économique
de notre pays, ainsi qu'à son rayonnement culturel. Dans la conjoncture
actuelle, les pays qui ne maintiendront pas un outil de recherche d'excellence
seront incapables de suivre l'accélération de l'évolution
économique associée à la production des connaissances.
Plus grave encore, ils deviendront rapidement incapables de former les
jeunes générations de manière compétitive.
Ils entreront donc dans une dépendance économique difficilement
réversible. Croire que l'on peut
limiter la recherche à quelques axes prioritaires pour la société,
c'est entrer dans une logique de sous-développement. Les retombées
utiles et rentables viennent et viendront de la recherche appliquée.
Mais celle-ci ne peut exister qu'en utilisant les nouveaux outils et les
concepts inventés par la recherche fondamentale. Comme l'objectif
de cette dernière est le développement des connaissances,
indépendamment de toute rentabilité escomptée, elle
ne peut être soutenue, pour l'essentiel, que par des financements
publics. Cette responsabilité centrale de l'Etat ne peut être
transférée aux organismes caritatifs, privés, ou
aux structures internationales même si les chercheurs savent trouver
auprès de ces bailleurs d'importants compléments de financement.
En France, nous assistons
à un abandon de la recherche fondamentale par l'Etat. Cette politique
entraînera irrémédiablement à sa suite un effondrement
de toute recherche appliquée. Nous en avons déjà
des exemples avec la fermeture de centres de recherche privée (Aventis,
Pfizer), qui préfèrent exercer cette activité là
où le lien entre recherche fondamentale et appliquée est
soutenu : aux USA. Car il faut le redire : l'industrie privée américaine
est massivement dépendante du secteur public. En gros, dans le
domaine de la santé, les grandes compagnies pharmaceutiques se
transforment en sociétés financières, spécialisées
dans le rachat des start ups issues du monde académique, quand
elles réussissent. Mais il n'y a plus réellement de recherche
pharmaceutique privée, et c'est tout aussi vrai en Europe. Si les
parlementaires américains, quelle que soit leur appartenance politique,
ont voté les augmentations considérables et récurrentes
proposées par l'administration Clinton pour le budget du NIH, c'est
parce que les biologistes ont su rallier l'industrie pharmaceutique à
cette cause et ont convaincu le gouvernement d'injecter de l'argent fédéral
dans la recherche académique, afin de disposer de la recherche
la plus innovante possible. En dépit du
discours officiel affirmant que la recherche est une priorité nationale,
le gouvernement français est bel et bien en train de fermer le
secteur de la recherche publique, sans même se rendre compte qu'il
n'y a rien pour la remplacer. Il asphyxie financièrement les organismes
de recherche publique. Les baisses de crédits ajoutées aux
annulations de crédits et au non paiement des crédits votés
par le Parlement (début décembre 2003, 50% des crédits
de fonctionnements 2002 du CNRS ne lui avaient toujours pas été
versés !) mettent plusieurs EPST (Etablissements Publics à
caractère Scientifique et Technique, comme le CNRS, l'INSERM ou
l'INRA) et les EPIC (Etablissement Public Industriel et Commercial, dont
le CEA) au bord de la faillite. Alors que la recherche, qui est une activité
sur le long terme, a besoin de perspectives claires, le gouvernement décide
une réduction brutale du nombre de recrutements de jeunes chercheurs
(un exemple, pour les recrutements de chargés de recherche à
l'INSERM : 95 recrutements en 2002, 30 prévus en 2004). Coïncidant
avec un départ massif des cadres de la recherche française
à la retraite, cet abandon fera que l'écart avec les autres
pays équivalents atteindra rapidement un point de non retour, d'autant
plus rapidement que les jeunes scientifiques s'expatrieront, un mouvement
déjà largement amorcé. Les grandes orientations
de la politique scientifique doivent être contrôlées
par la représentation nationale. Mais le gouvernement ne peut à
la fois désengager l'Etat et piloter la recherche avec des méthodes
qui risquent de la paralyser. Ainsi, les moyens d'intervention sont de
plus en plus concentrés au niveau du ministère. La distribution
des fonds publics de la recherche utilise désormais des circuits
improvisés et sans continuité, dont la logique la plus claire
est de priver les EPST (dont les universités) et les EPIC, de leur
capacité d'intervention. Des comités ad hoc sont créés
dans l'urgence pour décider de l'attribution de sommes importantes
à des programmes exceptionnels, des experts sont désignés
hâtivement pour choisir les jeunes chercheurs à soutenir.
Instaurées au nom d'une meilleure efficacité dans le pilotage
de la recherche, ces pratiques ont pour effet de multiplier des comités
à durée de vie limitée, aux critères d'évaluation
souvent opaques, et de mobiliser beaucoup d'énergie prise sur l'encadrement
des laboratoires des EPST et des EPIC. L'ironie est en effet que les experts
scientifiques ne peuvent venir que des laboratoires où se trouve
la compétence, c'est-à-dire des EPST et des EPIC. Certes,
le pilotage par le gouvernement est nécessaire pour la mise en
place de très grands équipements, ou de structures spécifiques
comme les Maisons de l'homme en sciences sociales, ou enfin pour le développement
d'applications de la recherche, mais à condition que ce pilotage
soit mis en place de manière transparente et en concertation avec
les organismes de recherche, en évitant les improvisations et changements
péremptoires d'orientations, et qu'il s'accompagne d'un soutien
sans faille à la recherche fondamentale, dans toute sa diversité,
avec comme seul critère de jugement celui de l'excellence scientifique.
Il n'existe pas d'exemple
de recherche scientifique exclusivement animée et pilotée
par un Ministère. C'est une confusion des genres et une illusion
scientifico-bureaucratique que de croire à un tel schéma,
comme semblent le faire beaucoup d'hommes politiques de tous bords. Il
n'y a pas de recherche digne de ce nom sans des organismes de recherche
et des universités puissantes, capables de réagir à
la conjoncture scientifique internationale. Même s'il faut en analyser
les structures et les pratiques avec lucidité, même si des
évolutions sont nécessaires, comme le pensent depuis longtemps
beaucoup de signataires, il faut rappeler avec la plus grande fermeté
que c'est dans ces organismes de recherche que se trouvent la pratique
scientifique et une compétence irremplaçables pour la formation
des jeunes, la réponse aux évolutions rapides des savoirs
et l'évaluation des résultats. Les scientifiques signataires considèrent de leur responsabilité d'agir collectivement contre une destruction programmée de l'appareil de recherche français. En conséquence
: Si les pouvoirs
publics ne mesurent pas la gravité de la situation, et en particulier
la désespérance des plus jeunes qui devient le problème
central de nos laboratoires, SI DONC CES DEMANDES NE SONT PAS SATISFAITES
DANS LE DELAI D'URGENCE QU'EXIGE LE TRAITEMENT DE LA CRISE QUE NOUS SUBISSONS,
LES DIRECTEURS D'UNITES ET D'EQUIPES SIGNATAIRES PRESENTERONT LA DEMISSION
COLLECTIVE DE LEURS FONCTIONS DE DIRECTION. Ils sont conscients
de la gravité qu'aurait une telle décision. Mais soucieux
de préserver les plus jeunes, ils n'auraient que ce moyen pour
être entendus des pouvoirs publics, des responsables économiques
et de l'opinion. Les soussignés
appellent à se joindre à ce mouvement de révolte
contre le démantèlement de l'appareil de recherche en France,
les membres des commissions CNRS et INSERM et leurs présidents,
les personnels des autres EPST et EPIC, les collectifs de jeunes chercheurs,
les présidents de sociétés savantes, selon des formes
que chaque catégorie déterminera à son niveau de
responsabilité. Ils appellent également à se joindre
à eux les enseignants-chercheurs, qui sont aussi touchés
par ces mesures, et susceptibles d'en expliquer la gravité aux
étudiants qui se détermineront pour savoir s'ils souhaitent
amplifier ce mouvement, Voir la liste des
signataires sur la page |
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