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argumentaires
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Laïcité
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Des luttes quotidiennes... | ||||
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Argumentaire
14.9
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Pour une religion du bonheur |
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Par Yann KERNINON Il faut, en professeur, avoir étudié en cours les premières pages de la Genèse pour constater, auprès d'élèves de toutes origines, de toutes confessions, de tous milieux sociaux, une réaction quasi unanime de rejet qui s'accompagne même, généralement, de moqueries et de rires. Si l'étude approfondie d'un texte mène généralement à une meilleure compréhension, l'étude du texte fondateur du judaïsme, du christianisme et de l'islam, déclenche le plus souvent l'hilarité, l'indignation, la révolte et la consternation. Il faut avoir vu et expérimenté ce rejet viscéral pour comprendre à quel point la jeunesse d'aujourd'hui a soif de vitalité, de joie, de jouissance, d'amour et d'enthousiasme sur un mode absolument étranger à l'esprit des trois religions issues de la Genèse. Le plus naturellement du monde, pourtant, la commission Stasi, au nom même de la laïcité, suggère de régler, un peu plus encore, le calendrier scolaire sur les fêtes de ces trois religions aux origines communes. De fait, une telle décision, si elle était prise, conforterait un peu plus leur monopole déjà prégnant sur tout discours relevant du divin, de l'éthique et de la pensée de l'homme. Or, constatons en France qu'une large majorité ne croit plus ni ne pratique. Pour cette majorité, une laïcité de surface demeure, mais elle se vide chaque jour un peu plus de sa puissance réelle, réduit qu'elle est par le politique à une simple position de "défense des institutions" et de négociation permanente avec trois religions, de fait minoritaires. Une telle façon de faire met en évidence notre incapacité à penser l'éthique autrement qu'en des termes judéo-chrétiens, notre incapacité à affirmer sereinement, sans violence ni exagération, la puissance libératrice d'une éthique laïque, matérialiste et, disons-le, joyeusement païenne. La pensée judéo-chrétienne
est pour nous aujourd'hui une véritable infusion, non seulement
au sens où nous en buvons tous les soirs avant de nous coucher
(manichéisme de l'information, idéalisme des divertissements
de télévision, conformisme moral du discours politique quel
qu'il soit), mais aussi au sens Mais on ne dira jamais assez à quel point cette opération est délicate et à haut risque. Elle consiste en effet à reconsidérer profondément tous les fondements moraux que nous portons en nous depuis des siècles. S'il est simple, voire simpliste, de dénoncer la pensée judéo-chrétienne pour ses excès ou ses travers, il est autrement plus dur de ne plus être soi-même judéo-chrétien. Il faut dire également que l'on nous y aide bien peu... Il est peu étonnant
en effet que l'Etat, les milieux économiques, les représentants
religieux et les penseurs dominants s'accordent fort facilement pour circonscrire
tout débat dans le cadre triangulaire de la Au-delà de
ses aspects légitimes et bienveillants, les conclusions de la commission
Stasi viennent confirmer l'idée peu ambitieuse que l'on se fait
aujourd'hui de l'école laïque. En résumé, il
s'agirait de former à l'école des "bons citoyens",
raisonnables et modérés, techniquement adaptés au
monde Face à cette lourde tendance à la domestication, il nous faut aujourd'hui allumer de véritables contre-feux magnifiques et si possibles nombreux. En mots et en actes, en pensées et en émotions, tant dans la sphère publique et visible du politique que dans les sphères souterraines et privées, celles des "plus petites choses quotidiennes", pour le dire avec Nietzsche. Il s'agit d'accepter enfin, vraiment, la mort de Dieu et des morales qui s'y rattachent, afin de refonder quelque chose d'authentiquement divin ou du moins, d'authentiquement enchanté : le paradis, oui ! Mais ici, sur la terre. Il s'agit d'affirmer avec Tristan Tzara que l'existence de Dieu est avant tout prouvée poétiquement par "l'apparition d'une cocotte [...], l'accordéon, le paysage et la parole douce". Sans mépris ni agressivité, il s'agit aujourd'hui d'oser revendiquer une ontologie vive, joyeuse et libertaire, bienveillante et ludique, individualiste et collective à la fois, c'est-à-dire, simplement, revendiquer ce à quoi aspire profondément la masse des incroyants enthousiastes que nous sommes. Souvenons-nous également qu'étymologiquement, "être enthousiaste" signifie précisément "être porté par les dieux"... L'école pourrait être le lieu de cette revendication, de cette nouvelle genèse, de cette re-création, de cette récréation. Mais de toute évidence, une telle proposition n'arrange pas ceux qui aiment à gouverner les autres, à contrôler les autres... ceux qui ont peur des autres. Entre imams et rabbins, prêtres et philosophes pontifiants, politiciens infantilisants, moralisants et sécuritaires, entre économistes sociologisants, antimondialistes trépignants et professeurs lâchement et faussement "humanistes", nous cherchons des humains qui sachent encore sourire et enchanter le monde. Il faudra à l'évidence aller chercher ailleurs. Dernier ouvrage
paru : Cahier d'ubiquité (Ed. Hermaphrodite, préface de
Michel Onfray). |
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