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Argumentaire 14.8
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Quand un ministre prohibait déjà la barbe

Par luc Bronner
Source : Le Monde, 24.01.04


BARBES et moustaches sont un vieux sujet de débat pour l'éducation nationale.
Chargé de défendre la loi interdisant les signes religieux ostensibles dans les établissements scolaires, Luc Ferry a expliqué, mardi 20 janvier, que la "simple pilosité" des élèves pouvait constituer un signe religieux et, dès lors, "tomber sous le coup de la loi".

Mais M. Ferry n'est pas le premier des ministres de l'éducation à évoquer le problème des barbes à l'école. Un de ses lointains prédécesseurs, Hippolyte Fortoul, ministre de l'instruction publique et des cultes de 1851 à 1856, s'était également préoccupé de la pilosité, non pas des élèves, mais de celle, objectivement plus fréquente, des enseignants.

Adressée le 20 mars 1852 aux recteurs, et à travers eux aux chefs d'établissement, la circulaire est très explicite : "Vous recommanderez de ne pas souffrir que les professeurs paraissent devant leurs élèves en costume négligé, qu'ils laissent croître leur barbe et affectent ainsi dans leur extérieur des manières peu compatibles avec la gravité du professorat." L'Empire autoritaire s'annonce. Le 2 décembre 1852, Louis-Napoléon Bonaparte deviendra Napoléon III.
Aussi Fortoul est-il soucieux de voir disparaître "les dernières traces de l'anarchie". "Si l'autorité veut être respectée, il faut qu'elle se respecte elle-même et qu'elle s'avoue, en quelque sorte, par des signes extérieurs, poursuit-il. La singularité ou la fantaisie du costume appellent la critique et la raillerie."

Quant aux instituteurs des campagnes, ils doivent se garder "de se modeler sur les habitants des villes" et rester "fidèles aux traditions de leur enfance et aux coutumes de la population qui les a adoptés". "Des vêtements simples et modestes leur conviennent uniquement", conclut le ministre, et, "s'ils se permettent quelque recherche, ce ne doit être que celle de la propreté".

Luc Bronner

ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 25.01.04


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