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Droits de l'Homme
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Des luttes quotidiennes... | ||||
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Argumentaire 14.2 |
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Perben II : ça peut vous arriver !
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Par la Conférence du Stage du Barreau de Paris Vous aimez votre femme
et votre femme vous aime. Vous avez eu ensemble trois enfants que vous
adorez : Julie, Julien et Juliette. Julien vient d'avoir 16 ans. C'est
un garçon rieur, heureux de vivre, un peu turbulent au lycée,
mais que les professeurs trouvent sympathique. Parmi ses nombreux amis,
deux sont pour lui comme des frères : Arnaud et Arthur. Ils forment
à eux trois une inséparable bande de joyeux drilles, connue
dans tout le lycée. Vous ignorez seulement que, le mois dernier,
Julien a connu une grave déconvenue : le professeur de biologie,
Monsieur Bubard, lui a attribué un 2/20 pour " copie trop
sale ". Votre fils l'a ressenti comme une profonde injustice, ainsi
qu'Arnaud et Arthur. Ensemble, après avoir longuement réfléchi,
ils ont trouvé le moyen de venger Julien. Monsieur Bubard se rend
chaque jour au lycée en bicyclette. Il range son vélo dans
un local non fermé mais surveillé depuis la grille d'entrée
par Paul, gardien depuis vingt ans, dont les siestes sont légendaires.
Une semaine après la fameuse copie, notre trio passe à l'action
: Arthur fait le guet pendant que Julien et Arnaud s'emparent du vélo.
Ils escaladent ensuite la grille pour le cacher dans le jardin de Roselyne
Lajoue, retraitée. L'exploit fait grand
bruit. Julien et ses acolytes, galvanisés, décident de ne
pas en rester là, le local regorgeant d'objets de convoitise :
deux jours plus tard, ils réitèrent avec la trottinette
électrique du professeur de mathématique et la bicyclette
rose de Madame le Proviseur. Celle-ci, furieuse, mène alors l'enquête,
en toute discrétion. Ses soupçons se dirigent rapidement
vers votre fils et ses amis. Plainte est déposée pour vol.
Vol en bande organisée, précise la police : la loi Perben
II peut s'appliquer. Trois jours plus tard, un jeune homme souriant aborde
votre fils à la sortie du lycée. Il lui montre une camionnette
spécialement aménagée et lui propose, en cas de besoin,
de transporter gratuitement tout engin à deux-roues. Julien est
étonné. Le jeune homme le rassure, l'invite à prendre
un café et lui offre finalement un téléphone portable
: " appelle-moi ! ". Cet homme est un policier, habilité
par Perben II (nouvel article 706-81 du Code de procédure pénale)
à se faire passer pour complice ou receleur des infractions. Il
n'a pas droit d'inciter au délit. Mais il peut mettre à
la disposition des personnes suspectées tous les moyens dont elles
rêvent (juridiques, financiers, transport, hébergement, télécommunication
: nouvel article 706-82). Votre fils, très excité, appelle
de son téléphone tout neuf ses camarades. Le lendemain,
décision est prise de profiter de l'aubaine : on demande au jeune
homme de déposer le butin près du stade de foot, histoire
de prolonger le plaisir. Le lundi suivant, à 18 heures, Julien
n'est pas rentré à la maison. Votre femme s'inquiète,
Julie et Juliette le cherchent. 18h30 : le téléphone sonne.
C'est la police. Julien est au commissariat en garde à vue. Comment
? Qu'a-t-il fait ? Vous ne dormez pas de la nuit, vous espérez
à chaque heure que votre fils va être relâché,
vous voulez comprendre. Le lendemain, un avocat de permanence vous apprend
que Julien va bien, mais il ne peut vous en dire plus. Une première
journée passe, puis une deuxième nuit. C'est un cauchemar.
On se réveillera. Mais mercredi matin, l'avocat vous avoue que,
depuis la loi Perben II, la garde à vue peut durer 96 heures, même
pour les mineurs (nouvel article 706-88 du Code de procédure pénale).
Vous imaginez votre Julien au commissariat pendant quatre jours et quatre
nuits, interrogé le jour et réveillé la nuit. Mercredi,
l'attente devient infernale. A 20 heures, quatre hommes sonnent à
votre porte. Ce sont des agents EDF qui viennent relever les compteurs.
En un clin d'il, les voilà dispersés dans tout l'appartement,
l'un d'entre eux restant en votre compagnie pour vous occuper. Ils repartent
cinq minutes plus tard, sans vous avoir fait signer le moindre bon. Vous
êtes étonné, mais vous avez d'autres préoccupations
en ce moment. Pourtant, ces hommes viennent d'installer chez vous suffisamment
de micros et de caméras pour tout connaître de votre vie
de couple et des discussions entre Julie et Juliette. Ils en ont le droit
depuis Perben II (nouvel article 706-97 du Code de procédure pénal).
De toutes façons, vous étiez déjà sur écoute
(nouvel article 706-96). Les journées de jeudi et de vendredi sont
les plus atroces de votre vie. Julie et Juliette ne sortent pas de leurs
lits. L'école appelle,
vous lui raccrochez au nez. Votre femme passe de l'hystérie à
l'hébétement. Vendredi 17h15 : Julien sort enfin de garde
à vue mais il est, dans la foulée, déféré
devant le juge d'instruction qui met Julien en examen, les faits étant
avérés. Il demande à son collègue le juge
des libertés et de la détention de placer votre fils en
détention provisoire. Le magistrat accepte : il entend, lui aussi,
lutter efficacement contre l'insécurité en ville. Julien
est en prison, pour plusieurs mois peut-être. Vos filles s'enferment
dans un profond mutisme. Mardi, trois heures
du matin. Voilà une semaine que vous ne vivez plus. Vous êtes
endormi sur le canapé, une bouteille de blanc à la main.
Une sonnerie stridente vous réveille soudain : vous vous traînez
jusqu'à la porte d'entrée que vous ouvrez. Cinq policiers
s'engouffrent chez vous. |
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