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Argumentaire 13.10
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La fondation de l'idéal laïque en France

Condorcet

I. Extraits du 5è Mémoire sur l'instruction publique, 1791, suivi s des notes de G.Compayré, éditeur du texte en 1883
II. Extrait du Rapport et projet de décret sur l'organisation de 1'Instruction Publique, 1792

I DANGERS LIÉS À TOUT POUVOIR, RELIGIEUX OU NON

En général, tout pouvoir,de quelque nature qu'il soit,en quelques mains qu'il ait été remis,de quelque manière qu'il ait été conféré,est naturellement ennemi des lumières. [ NOTE : C'est un des paradoxes du concept d'instruction publique: comment un organe d'Etat sera-t-il indépendant du pouvoir? la fonction de la loi est de prendre des dispositions permettant de mettre à l'abri des pouvoirs (ceux de la société civile comme celui du gouvernement) ceux qui sont chargés d'enseigner et de chercher (système de recrutement,statut de fonctionnaire,mode de rémunération, mode de contrôle..) .] On le verra flatter quelquefois les talents, s'ils s'abaissent à devenir les instruments de ses projets ou de sa vanité:mais tout homme qui fera profession de chercher la vérité et de la dire, sera toujours odieux à celui qui exercera 1'autorité.

Plus elle est faible et partagée,plus ceux à qui elle est remise sont ignorants et corrompus,plus cette haine est violente. Si l'on peut citer quelques exceptions, c'est lorsque,par une de ces combinaisons extraordinaires qui se reproduisent tout au plus une fois dans vingt siècles, le pouvoir se trouve entre les mains d'un homme qui réunit un génie puissant à une vertu forte et pure ; car même l'espèce de vertu qui peut appartenir à la médiocrité ne préserve pas de cette maladie, née de la faiblesse et de 1'orguei1...Tel doit être, en effet,!'ordre de la nature;plus les hommes seront éclairés, moins ceux qui ont l'autorité pourront en abuser,et moins il sera nécessaire de donner aux pouvoirs sociaux d'étendue ou d'énergie. La vérité est donc à la fois 1'ennemie du pouvoir comme de ceux qui 1'exercent ; plus elle se répand, moins ceux-ci peuvent espérer de tromper les hommes ; plus elle acquiert de force,moins les sociétés ont besoin d'être gouvernées.

II NEUTRALITE -RELIGIEUSE DE LA MORALE

Les principes de la morale enseignés dans les écoles et dans les instituts, seront ceux qui,-fondés sur nos sentiments naturels et sur la raison, appartiennent également à tous les hommes.
La Constitution, en reconnaissant le droit qu'a chaque individu de choisir son culte, en établissant une entière égalité entre tous les habitants de la France, ne permet point d'admettre, dans l'instruction publique, un enseignement qui, en repoussant les enfants d'une partie des citoyens, détruirait l'égalité des avantages sociaux, et donnerait à des dogmes particuliers un avantage contraire à la liberté des opinions. Il était donc nécessaire de séparer de la morale les principes de toute religion particulière, et de n'admettre dans l'instruction publique l'enseignement d'aucun culte religieux.
Chacun d'eux doit être enseigné dans les temples par ses propres ministres. Les parents, quelle que soit leur opinion sur la nécessité de telle ou telle religion, pourront alors sans répugnance envoyer leurs enfants dans les établissements nationaux et la puissance publique n'aura point usurpé sur les droits de la conscience, sous prétexte de 1'éclairer et de la conduire.

D'ailleurs, combien n'est-il pas important de fonder la morale sur les seuls principes de la raison! quelque changement que subissent les opinions d'un homme dans le cours de sa vie, les principes établis sur cette base resteront toujours également vrais, ils seront toujours invariables comme elle; il les opposera aux tentatives que l'on pourrait faire pour égarer sa conscience; elle conservera son indépendance et sa rectitude, et on ne verra plus ce spectacle si affligeant d'hommes qui s'imaginent remplir leurs devoirs en violant les droits les plus sacrés, et obéir à Dieu en trahissant leur patrie".
Ceux qui croient encore a la nécessité d'appuyer la morale sur une religion particulière doivent eux-mêmes approuver cette séparation: car sans doute ce n'est pas la vérité des principes de la morale qu'ils font dépendre de leurs dogmes;ils pensent seulement que les hommes y trouvent des motifs plus puissants d'être justes ; et ces motifs n'acquerront-ils pas une force plus grande sur tout esprit capable de réfléchir,s'i1s ne sont employés qu'a fortifier ce que la raison et le sentiment intérieur ont déjà commandé ?


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