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Le Monde|
21.11.03 : Les manifestants critiquent les effets du système
"licence-master-doctorat", en cours de mise en place en France.
Par Luc bronner
Source : http://www.lemonde.fr/txt/article/0,1-0@2-3226,36-342832,0.html
Dix-sept universités au total avaient décidé de se
mettre en grève, jeudi 20 novembre, alors que des manifestations
rassemblaient plusieurs milliers d'étudiants dans une dizaine de
villes.
"Nos diplômes et nos droits en danger !" La mise
en place d'une nouvelle organisation des études universitaires
inquiète les étudiants, qui ont fait de l'opposition au
système "licence-master-doctorat" (LMD) l'un des principaux
motifs de la contestation de ces derniers jours.
Cette réforme,
lancée par Claude Allègre et mise en uvre par Jack
Lang puis Luc Ferry, organise les cursus autour de trois nouveaux niveaux
de diplômes (bac + 3, bac + 5 et bac + 8) pour harmoniser l'enseignement
supérieur français avec le reste de l'Europe.
L'Union nationale des étudiants de France (UNEF), majoritaire et
classé à gauche, craint qu'elle ne constitue une "attaque"
contre des "droits" et des "acquis". La deuxième
organisation étudiante, la Fédération des associations
générales étudiantes (FAGE), s'est en revanche prononcée
en faveur de la réforme en dénonçant la "prise
en otage" des étudiants. Revue des points de désaccord
sur la mise en uvre du système LMD, aujourd'hui appliqué
dans quinze universités françaises et qui devrait concerner
la totalité des établissements d'ici à 2006.
Le caractère
national des diplômes. La principale critique de l'UNEF, rejointe
par SUD-Etudiants, porte sur la menace que ferait porter le LMD sur les
"diplômes nationaux". "Sous couvert d'une souhaitable
harmonisation européenne, la réforme LMD remet en cause
la valeur de nos diplômes et l'égalité entre étudiants",
affirme ainsi l'UNEF. Le ministère réfute cette analyse.
Luc Ferry, comme son prédécesseur, Jack Lang, ont affirmé
à plusieurs reprises que les décrets et arrêtés
organisant la réforme ne touchent pas au "caractère
national des diplômes".
Au-delà des principes affichés dans les textes officiels,
dont les principaux ont été signés par Jack Lang
en avril 2002, l'inquiétude porte sur les conditions concrètes
d'application de la réforme par les universités. Dès
l'origine, l'UNEF a exprimé la crainte que les diplômes soient
définis "fac par fac". La réforme LMD introduit
en effet une rupture par rapport à l'organisation antérieure
des études. A travers les textes d'avril 2002, M. Lang avait fait
le choix de laisser une grande latitude aux universités dans la
mise en place de leurs diplômes. Ces textes rompaient avec la logique
des arrêtés pris par François Bayrou en 1997 qui définissaient
très précisément les "maquettes" des formations,
en particulier le nombre d'heures d'enseignement et leurs contenus. Avec
le LMD, le ministère se contente d'insister sur la nécessité
de proposer des offres de formation "cohérentes".
Pour les partisans de la réforme, le ministère conserve
néanmoins un contrôle suffisant. L'entourage de Luc Ferry
et la Conférence des présidents d'université (CPU)
soulignent que les projets de diplômes des universités continuent
d'être expertisés par le ministère avant d'être
proposés aux étudiants. Un diplôme qui serait trop
atypique peut ainsi être refusé. Des comités de suivi
sont chargés de veiller à l'harmonisation des formations.
Les promoteurs de la réforme insistent, d'autre part, sur les avantages
liés à cette plus grande souplesse. Les universités
sont ainsi autorisées à proposer des formations beaucoup
moins spécialisées qu'auparavant, ce qui devrait réduire
les erreurs d'orientation. En sciences, par exemple, un étudiant
devrait pouvoir suivre un tronc commun rassemblant les mathématiques,
la chimie et la physique avant de se spécialiser.
La compensation
des notes. La deuxième crainte exprimée par les étudiants
concerne le système de compensation des notes. En 1997, François
Bayrou a donné aux étudiants la possibilité de compenser
une note inférieure à la moyenne par une meilleure note
- un dispositif qui limite les risques d'échec. En clair, un étudiant
qui a obtenu 8 sur 20 lors du premier semestre et 12 sur 20 pour le second
semestre obtient son année. Selon l'UNEF, cette compensation, considérée
comme un "acquis" majeur, est supprimée. En réalité,
les textes prévoient un aménagement présenté
comme favorable pour les étudiants. Avec la mise en place du LMD,
il devrait en effet y avoir trois niveaux possibles de compensation. Le
premier - obligatoire - est semestriel : une bonne note dans une discipline
permettra de compenser une mauvaise note dans une autre matière
et donc d'obtenir les 30 crédits correspondant à chaque
semestre. "La compensation est organisée sur le semestre
sur la base de la moyenne générale des notes obtenues pour
les diverses unités d'enseignement, pondérées par
les coefficients", précise un arrêté du 23
avril 2002.
Le second niveau de compensation - facultatif - est annuel : des universités
peuvent décider d'accorder des compensations d'un semestre à
un autre. Le troisième niveau - également facultatif - se
situe à l'échelle de la licence : des universités
ont choisi d'instaurer des compensations sur l'ensemble du diplôme.
D'autre part, l'instauration d'un système de crédits apporte
un avantage aux étudiants : les crédits obtenus sont définitivement
conservés, contrairement au système antérieur.
La sélection
pour le master.A l'heure actuelle, les étudiants passent des
examens de la première année du DEUG jusqu'à la maîtrise.
La sélection - le plus souvent sur dossier - ne s'effectue qu'à
la fin de la quatrième année pour l'entrée en DESS
ou en DEA (bac + 5). Les étudiants s'interrogent sur le mode de
sélection pour les masters : celle-ci s'opérera-t-elle à
la fin de la licence (bac + 3) ou à l'issue de la première
année de master (bac + 4) ? Les textes prévoient que "l'accès
de l'étudiant titulaire de la licence, dans le même domaine
-que le master-, est de droit" pour la quatrième année.
Ceux qui échoueraient, ensuite, à entrer en cinquième
année pourront toujours obtenir une maîtrise, diplôme
qui reste indispensable pour l'agrégation.
Luc Bronner
Un "nouveau texte" en décembre
Le cabinet du ministre de l'éducation nationale a indiqué
à l'AFP, vendredi 21 novembre, qu'un "nouveau texte"
d'avant-projet de loi portant sur l'autonomie des universités serait
soumis en décembre aux partenaires sociaux, avant l'ouverture d'une
nouvelle concertation qui devrait durer "deux ou trois mois".
La veille, Luc Ferry avait contesté les informations du Monde du
21 novembre évoquant la volonté de l'Elysée d'ajourner
le projet de loi de modernisation des universités. "Des
discussions sont en cours depuis plus d'un an avec différentes
organisations syndicales sur la modernisation des universités,
a expliqué le ministre. Il n'y a pour le moment aucun projet déposé,
inscrit à l'ordre du jour et donc susceptible d'être ajourné."
"Les négociations continuent et après nous verrons
si nous décidons l'inscription ou non de ce projet de loi pour
juin 2004", affirmé au Monde M. Ferry, qui s'est rendu,
vendredi matin à l'université de Valenciennes (Nord), l'une
des premières en France à avoir mis en place le système
d'harmonisation européenne des diplômes.
ARTICLE PARU DANS
L'EDITION DU 22.11.03
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