le Monde / 20.11.03 : M. Chirac veut lutter contre les inégalités.
Par Béatrice Gurrey
Source : http://www.lemonde.fr/txt/article/0,1-0@2-3224,36-342661,0.html
Le débat national
sur l'école " concerne tous les Français". Il
doit " déboucher sur une action, permettant de resceller le
pacte entre l'école et la nation". C'est avec une particulière
solennité, devant plus de 450 élus et responsables du monde
éducatif réunis à l'Elysée, jeudi 20 novembre,
que Jacques Chirac devait indiquer ce qu'il attend du débat national
sur l'éducation, lancé officiellement par Luc Ferry, le
17 novembre, à Lille.
Le premier ministre
et les ministres en charge de l'éducation, le président
de l'Assemblée nationale et des parlementaires, l'inspection générale,
les recteurs, les membres du Conseil supérieur de l'éducation
et de la commission Thélot, chargée de conduire le débat,
doivent assister à un discours du chef de l'Etat.
M. Chirac devait notamment insister sur les inégalités du
système scolaire : "La France ne saurait laisser perdurer
à l'école, c'est-à-dire au cur même de
la République, ces ferments d'inégalités". Le
grand débat devra donc, selon lui, "tracer un nouveau chemin
pour l'école". Pour cela, ce débat "trop longtemps
confisqué" doit être "rendu aux Français"
car "il n'est l'apanage d'aucun camp, d'aucun parti, d'aucun clan".
Le chef de l'Etat, qui a précisément bénéficié
d'un vote "républicain" au second tour de la présidentielle
contre Jean-Marie Le Pen, a fait de l'école et de ses valeurs fondatrices
une des priorités de son quinquennat. S'appuyant sur un diagnostic
qu'il souhaite "partagé" - des résultats qui ne
progressent plus, des inégalités sociales persistantes -,
le président de la République devait rappeler que "c'est
un débat pour agir". Et "agir, selon lui, c'est "rendre
notre école plus sûre de ses valeurs, plus efficace et plus
juste". Une nécessité d'autant plus impérieuse,
selon lui, que la nation investit globalement 100 milliards d'euros chaque
année dans le système scolaire.
La loi d'orientation sur l'éducation de Lionel Jospin, votée
en 1989, ne répond plus aux problèmes d'aujourd'hui, estime
M. Chirac. Il a énuméré les "grandes questions
qui se posent à notre système éducatif". Il
doit d'abord "assurer la transmission des valeurs républicaines",
qu'il s'agisse de la laïcité, du "respect et de la compréhension
de l'autre", de l'égalité des personnes et des sexes,
de l'autorité des enseignants et de la connaissance. L'école
doit aussi "garantir, dès le plus jeune âge, la maîtrise
de la lecture, afin qu'elle soit pour chaque élève l'alliée
de toute une vie dans la découverte du savoir".
M. Chirac devrait aussi évoquer la nécessité de "mieux
reconnaître la diversité des talents" et d'"offrir
à tous, au sein du collège, un vrai parcours de réussite".
A l'Elysée, on indique que l'accès des élèves
et de leurs familles à l'information sur l'orientation, mais aussi
la maîtrise de deux langues étrangères, doit être
amélioré.
Par ailleurs, le président de la République devait évoquer
le métier d'enseignant. Ses conseillers relèvent, en effet,
que l'Etat doit pouvoir " recruter demain les enseignants dont il
a besoin et leur accorder la reconnaissance qu'ils méritent".
Ce métier ne s'exerce plus comme il y a vingt ans, et il faut mieux
former et accompagner les jeunes professeurs dans leur premier poste,
devait souligner M. Chirac.
Il souhaite que le débat permette de dégager des pistes
sur l'évolution de la carrière des enseignants, dès
lors que celle-ci est plus longue - par exemple en leur proposant d'avoir
d'autres expériences que l'enseignement. D'une manière générale,
M. Chirac pense qu'il faut "tirer le meilleur parti des ressources
et des compétences exceptionnelles que notre pays consacre et continuera
de consacrer à l'éducation". Le chef de l'Etat a souhaité
une amélioration du dialogue entre les familles, les personnels
et les collectivités locales.
La lutte contre la marchandisation du savoir - sujet très sensible
dans le monde de l'enseignement et très important pour M. Chirac
- devait occuper une partie du discours du chef de l'Etat. " La France
se bat depuis des années contre la marchandisation du savoir et
de la culture. C'est une singularité de la diplomatie française
au sein de l'OMC, de l'ONU, de l'Unesco", insistent ses conseillers.
M. Chirac veut défendre le service public qui est le nôtre,
c'est une position ferme et constante".
Au terme de cette consultation - et avant l'examen au Parlement du projet
de loi sur l'éducation promis pour l'automne 2004 -, le chef de
l'Etat devrait de nouveau s'exprimer pour livrer quelques conclusions.
Avec le "grand débat sur l'école", le président
de la République propose aux Français la consultation dont
il les avait privés, il y a huit ans, en renonçant au référendum
pourtant promis lors de sa campagne présidentielle de 1995. Son
ministre de l'éducation de l'époque, François Bayrou,
s'y était opposé.
Béatrice
Gurrey
ARTICLE PARU DANS
L'EDITION DU 21.11.03
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