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Des luttes quotidiennes... | ||||
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Argumentaire
12.09
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Résister à l'AGCS |
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Résister
à l'AGCS, se garder de Bologne INTERVENTION DE NICO
HIRTT DEVANT LA COMMISSION DE LA CULTURE DU PARLEMENT EUROPÉEN,
LE 11 SEPTEMBRE 2003 Voici le texte d'une
conférence faite par Nico Hirtt, devant la Commission de la Culture
du Parlement européen, à l'invitation de Mme Christa Prets
(groupe socialiste, Autriche), dans le cadre d'un débat sur "L'AGCS
et la défense de l'identité culturelle". Premièrement,
dans un environnement économique marqué par l'exacerbation
des luttes concurrentielles, la conception qui rabaisse l'enseignement
au rang d'un vulgaire instrument de la compétition économique
gagne du terrain. Les instances européennes n'y échappent
malheureusement pas. Il suffit, pour s'en convaincre, de lire les documents
publiés sous l'égide de la Commission à propos de
l'apprentissage tout au long de la vie, de l'espace européen d'enseignement
supérieur ou de l'entrée des technologies de l'information
et de la communication à l'école. La réflexion y
est trop souvent centrée sur une seule question : comment aider
l'Europe à devenir, je cite, " l'économie de la connaissance
la plus compétitive et la plus dynamique au monde ". Or, si
l'on regarde ce que cela signifie concrètement pour l'enseignement,
on ne peut manquer d'être inquiet. En effet, mettre l'école
en adéquation avec les besoins de l'économie, cela signifie
d'abord la mettre en adéquation avec l'instabilité, le rythme
de mutation élevé de l'environnement industriel et technologique.
En clair, cela signifie que l'on abandonne ou que l'on relègue
au second rang le rôle traditionnel de l'école, comme lieu
de transmission de savoirs forgeant une culture commune. Ce qui semble
compter, désormais, c'est l'acquisition de compétences pouvant
être mises en uvre dans un contexte très variable :
compétences sociales, compétences transversales, compétences
pluridisciplinaires, compétences technologiques, etc. Les réformes
de programmes qui dérivent de cette conception économiquement
utilitariste de l'enseignement constituent une première menace
grave pour l'accès de tous à un bagage culturel suffisant
; elles contribuent à ouvrir la porte au nivellement culturel que
tentent d'imposer les marchés. C'est encore pour augmenter l'adaptabilité
des systèmes éducatifs par rapport à leur environnement
économique que les pouvoirs publics en ont progressivement décentralisé
et déréglementé la gestion. Ouvrant ainsi la porte
à un développement de plus en plus inégal. D'autre part, l'adéquation
école-économie signifie aussi que l'on rabaisse les ambitions
émancipatrices de l'enseignement au niveau des maigres besoins
objectifs de l'environnement économique. En effet, l'élévation
générale des niveaux de qualification requis sur le marché
du travail, qui avait caractérisé les années 50,
60 et 70, est révolue. Depuis le début des années
90, on observe une évolution beaucoup plus contrastée :
d'une part on réclame à cor et à cris des diplômés
de haut niveau dans les secteurs liés aux technologies de pointe,
mais d'autre part, quelque 60% des créations d'emplois concernent
des postes à très faible niveau de qualification : vendeurs,
caissiers, personnel d'entretien, gardes, hôtesses, remplisseurs
de distributeurs automatiques de boisson et d'alimentation, etc. Dans
ces conditions, l'adéquation école-économie signifie
ni plus ni moins qu'une dualisation croissante des formations. Et c'est
bien ce que l'on observe depuis quinze ans, comme vient encore de le montrer
l'étude PISA de l'OCDE. Ici, le déni de transmission de
culture par l'école frappe d'abord ceux qui justement n'ont que
l'école pour y accéder. La deuxième
pression externe sur les systèmes éducatifs, est la tendance,
de la part des pouvoirs publics, à diminuer leurs dépenses
d'enseignement, ou du moins à en freiner la croissance. Durant
les trente glorieuses, les dépenses d'enseignement des pays européens
étaient passées de moins de 3% du PIB à quelques
6%. Depuis les années 80 elles sont retombées et stagnent
désespérément autour de 5,5% du PIB. Et ce, malgré
une forte augmentation du nombre d'étudiants dans le cycle tertiaire,
jusqu'à il y a quelques années. Ce " définancement
" induit des politiques de rationalisation de l'offre d'enseignement
supérieur, il empêche toute lutte sérieuse contre
l'échec scolaire (primaire et secondaire) et freine donc la démocratisation
des études. Le manque de moyens financiers pousse les établissements
à rechercher des sources de financement externes ; il augmente
leur dépendance et renforce la concurrence entre les établissements.
Tout ceci contribue à accélérer la dualisation de
l'enseignement, sa dérégulation et son nivellement dans
le sens d'une instrumentalisation économique. C'est dans ce contexte
que la vague de libéralisation des échanges vient aujourd'hui
frapper à la porte des systèmes d'enseignement.. Considérons
par exemple le processus de Bologne : l'harmonisation de l'offre d'enseignement
supérieur et l'introduction d'une certification modulaire par compétences,
n'est pas sans présenter certains avantages pour les étudiants
- du moins pour la minorité d'entre eux qui aura les moyens financiers
de bénéficier d'études transfrontalières.
Mais comment ne pas voir que ce processus d'unification jette également
les bases d'un futur marché européen de l'enseignement supérieur
? Bologne est donc potentiellement porteur à la fois de diversité
et de nivellement ; mais dans le contexte actuel, il serait bien audacieux
d'affirmer que c'est la diversité qui l'emportera. Mais résister
ne suffit pas. La marchandisation de l'enseignement n'attend pas que les
règles s'adaptent : elle est déjà en marche. Par
exemple, l'existence, dans presque tous les pays européens, d'un
réseau d'enseignement privé et subventionné, qu'il
soit confessionnel ou non, constitue de facto une ouverture à la
concurrence, dans laquelle le marché ne demande qu'à s'engouffrer.
Autre exemple, dans le domaine de la formation professionnelle, les diplômes
certifiés, non plus par l'Etat, mais par des groupes industriels
privés comme Microsoft sont en plein essor. Résister ne
suffit donc plus ; il faut une action résolue, sur trois fronts
:
Pour terminer, je voudrais ajouter un dernier axe d'action. Les pays qui sont les premières cibles de l'offensive libérale sur l'enseignement sont assurément les pays en développement. Face aux problèmes budgétaires liés à la dette, face au déferlement de l'offre d'enseignement supérieur sur Internet, en provenance des pays du Nord, beaucoup de gouvernements se résignent à observer les recommandations de la Banque Mondiale, à savoir : mettre fin aux investissements publics dans l'enseignement supérieur. Sans doute est-ce là, dans le champ de l'éducation et à court terme, la plus grave menace pesant, à l'échelle mondiale, sur la diversité culturelle. Je vous invite donc, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, si cette diversité vous tient réellement à cur, à uvrer en faveur d'une augmentation conséquente des aides européennes à l'enseignement dans les pays du Tiers Monde. |
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