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Université : la bataille du LMD

La grogne monte dans les amphis à propos de la réforme dite du LMD (licence-master-doctorat). Une harmonisation européenne à laquelle, pourtant, les étudiants ont beaucoup à gagner


Il y eut Toulouse, Lyon, Strasbourg et maintenant Lille, Rennes-II, Paris-XIII et d'autres facs d'Ile-de-France. Au fil des semaines, la grogne gagne du terrain autour de deux réformes: d'une part la loi de "modernisation des universités" que veut faire voter Luc Ferry; d'autre part la réforme dite LMD - pour licence-master-doctorat - dont le principe a été adopté à Bologne en 1999 par les ministres européens de l'Education. En cours de mise en place, le LMD commence seulement à faire sentir ses premiers effets. Et, dans un contexte économique singulièrement morose où les étudiants sont confrontés à un avenir des plus incertains, quelques points cristallisent plus particulièrement l'inquiétude. La disparition des maquettes nationales des diplômes, le sort de certains cursus, en particulier les IUP (Instituts universitaires professionnalisés) délivrant un bac+4. Mais si la fièvre monte, les étudiants ont pourtant beaucoup à gagner dans ce nouveau dispositif. Et si l'Unef clame son opposition au projet, d'autres syndicats, notamment la Fage (Fédération des Associations générales étudiantes), aimeraient à l'inverse qu'on aille plus vite!
Portée sur les fonts baptismaux par trois ministres successifs de l'Education nationale - Claude Allègre, Jack Lang et enfin Luc Ferry -, cette réforme repose sur l'harmonisation européenne des niveaux de diplômes. Mais elle entend clarifier au passage l'offre de formation, lutter contre l'échec massif en premier cycle, offrir des parcours plus souples et individualisés, améliorer le devenir professionnel des jeunes formés à l'université, etc. Bref, remédier à quelques-uns des maux majeurs du système actuel. Une fois n'est pas coutume, chaque établissement dispose d'une très large marge de manœuvre pour se couler dans ce nouveau dispositif et peut à sa guise changer presque tout ou presque rien. Dix-huit universités ont déjà basculé dans le LMD, qui devrait être généralisé par vagues successives d'ici à 2008. Petit tour d'horizon des principaux points de la réforme.

Des études en crédits valables à vie et sans frontières
Fini les célèbres UV (unités de valeurs). Les études universitaires vont désormais s'organiser en crédits. La licence se composera de 180crédits répartis sur six semestres, le master de 120crédits organisés sur quatre semestres. Des crédits capitalisables à vie, alors qu'avant si un DEUG n'était pas passé en trois ans il était considéré comme perdu. Mieux, ces crédits dont l'appellation internationale est ECTS (European Credit Transfert System) seront transférables dans n'importe quelle université européenne - 40pays sont engagés dans le processus. On pourra ainsi faire un semestre en France, un autre en Italie ou en Allemagne, toujours dans le même cursus.
L'organisation en semestre permettra, de plus, une meilleure répartition de la charge de travail sur l'année et fera disparaître la notion de redoublement. Le LMD prévoit également d'améliorer l'encadrement et l'orientation des nouveaux entrants. Ainsi à Valenciennes, l'une des toutes premières universités à avoir "basculé" sur le LMD, le premier semestre est allégé pour leur permettre de peaufiner leur orientation. Ils bénéficient, pour construire leur parcours, d'un tutorat assuré par des étudiants plus avancés et des enseignants.

Un parcours à la carte, transdisciplinaire et sans frontières
"L'université est organisée de façon verticale autour de disciplines. Les compétences professionnelles sont, elles, souvent horizontales et regroupent plusieurs disciplines. Le nouveau dispositif permet de construire des modules transversaux adaptés à ces besoins", explique Domitien Debouzie, président de Lyon-I et vice-président en charge de la pédagogie à la CPU (Conférence des Présidents d'Université). Beaucoup plus souples, les nouvelles licences permettent, aux côtés des enseignements obligatoires, le libre choix d'une partie des crédits, environ 20%. Chaque université décline ce principe comme elle l'entend. Ainsi à Valenciennes les étudiants peuvent piocher parmi les enseignements de toutes disciplines. "Cela entraîne évidemment d'énormes efforts d'organisation, d'harmonisation des emplois du temps entre les différents départements", explique Bernard Blin, vice-président. Avec en prime certains modules formatés pour prendre en compte l'engagement personnel. "Nous avons mis sur pied un module "sport, culture et citoyenneté". Il permet à nos étudiants qui sont, par exemple, conseillers municipaux, sportifs de haut niveau, engagés dans le monde associatif de faire valider cette expérience", précise-t-il.
Lyon-III, autre pionnière, a opté, elle, pour le menu-carte: "Nous avons prévu un ensemble défini de modules adaptés constituant une mineure. Il peut s'agir d'un renforcement en langues, du démarrage d'une langue rare, d'un module de droit, etc." Et, à partir de ce menu proposé, les étudiants peuvent choisir toutes les options: par exemple une mineure dans la même spécialité que leur majeure, deux mineures, ou même deux majeures. "Et, dès l'année prochaine, nous leur proposerons des doubles masters", précise Gilles Guyot, président de l'IAE (Institut d'Administration des Entreprises) de Lyon-III. On pourra en outre, désormais, passer d'une discipline à l'autre en cours de parcours. Idem à l'IAE d'Aix-en-Provence: "Nous avons mené une réflexion en profondeur pour proposer un parcours individualisé", assure Caroline Serrano, directrice du développement.

Une meilleure lisibilité
A la profusion de cursus et de niveaux, le LMD substitue trois diplômes correspondant à des grades reconnus au niveau international et… national. Ainsi le grade de master à bac+5 concerne aussi bien les universités que les grandes écoles. Avec cette différence que, pour l'université, il constitue un grade mais aussi un nouveau diplôme, le DNM (diplôme national de master). A l'issue d'un tronc commun en première année, où l'inscription sera de plein droit, les étudiants devront postuler soit en master professionnel soit en master de recherche. Une admission qui restera sélective comme aujourd'hui mais offrant davantage de possibilités. A Lyon-III, littéraires et humanistes ayant échoué aux concours de l'enseignement se verront offrir à la rentrée prochaine une deuxième année de master professionnel sur mesure leur permettant de se reconvertir. "Convenablement préparés, ces étudiants peuvent tout à fait intéresser les entreprises", assure Domitien Debouzie.
Des employeurs qui voient d'ailleurs d'un bon œil cette grande clarification de la carte des diplômes: "Nous avons organisé de nombreuses tables rondes sur ce thème, et les entreprises nous disent: on va enfin y comprendre quelque chose!", assure Domitien Debouzie. Mais surtout les jeunes eux-mêmes devraient bientôt avoir le moyen de mieux s'y reconnaître dans une offre jusque-là d'une incroyable complexité où s'empilaient des sigles plus hermétiques et abscons les uns que les autres: DUT, DU, DESTA, MIAGE, DUETI, CAAE, DEUST, DESS, MSTCF, DRT, etc. Un système illisible pour les Français, et carrément inaccessible pour les étrangers.

Des formations mieux contrôlées
Là où de simples maquettes suffisaient pour ouvrir une formation sans remise en question pendant des années, il faut désormais décrocher une habilitation et accepter des évaluations permanentes. Les universités devront notamment, et c'est là une grande nouveauté, apporter la preuve de l'actualité du contenu des enseignements à travers la réalité de l'activité scientifique - notamment de recherche - des enseignants qui en composent l'équipe pédagogique. Elles devront également prouver que les intervenants du monde de l'entreprise sont de vrais professionnels en exercice. Plusieurs commissions, notamment la MSTP (mission scientifique technique et pédagogique), veilleront à ce point. La réforme institue également un comité de suivi des licences et un comité de suivi des masters qui devront s'assurer que chaque formation fait l'objet d'évaluations sérieuses. Une véritable révolution dans le monde universitaire.
De plus, un effort particulier est demandé aux universités sur l'insertion professionnelle. Elles devront évaluer les performances de leurs cursus en suivant de très près le devenir de leurs diplômés. Une mesure plus que nécessaire à l'heure où les jeunes qualifiés sont les premiers frappés par la remontée du chômage.
Grâce au LMD, on pourra enfin parler le même langage en matière de formation dans toute l'Europe. L'espéranto des diplômes en somme. C'est bien le moins pour espérer faire un peu le poids face à l'hégémonie américaine qui, là aussi, se fait de plus en plus forte.


Véronique Radier


Source : http://www.nouvelobs.com/articles/p2038/a226327.html


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