argumentaires
       
Accueil
Intermittents
Des luttes quotidiennes...
       
Argumentaires parThèmes

Tous les Sommaires

sommaire Intermittents

Argumentaire 11.10
Fichier RTF

Ce qu'il y a d'étrange avec les intermittents du spectacle…

Philippe Val :

Ce qu'il y a d'étrange avec les intermittents du spectacle, ce sont les réactions qu'ils suscitent, passionnées voir violentes même. Les artistes de spectacle sont une toute petite minorité de la population française, leur
débrayage n'empêche personne de prendre le train ou le métro pour aller au boulot ; ça ne bloque pas le courrier, on ne voit pas au journal télévisé l'éternel usager qui dit qu¹il est pris en otage par ce qu'il n'a pas pu
aller voir le soulier de satin.

La différence avec les intermittents en grève et les cheminots en grève c'est que dans le cas des cheminots ce sont les voyageurs qui gueulent parce qu'ils ne peuvent plus voyager tandis que dans le cas des intermittents ce sont ceux qui ne vont jamais au spectacle qui gueulent, parce que les intermittents font grève ; ce qui est paradoxal, ce sont les non-usagers qui protestent par ce qu'ils sont pris en non-otage.

On comprendrait que l'acharné du spectacle, le type qui passe ces après-midi au cinéma qui fait un saut chez lui juste pour prendre une douche et écouter charivari, qui file en début de soirée au théâtre, qui termine ces soirées dans les boites où l'ont fait de l'expression expérimentale, on comprend que ce type soit gêné par le mouvement des intermittents mais bizarrement ce sont les plus gênés qui soutiennent les intermittents avec le plus de passion ; c'est drôle, et ce sont ceux qui ne sortent jamais de leur canapé qui les détestent le plus.

Un peu comme dans ces villages d'Alsace ou de la campagne Picarde ou personne n'a jamais vu un immigré mais ou l'on vote à 30% le Front National parce que l'on pense que l'immigration pose des problèmes de
sécurité publique. Quand on y fait une enquête, l'on voit que le dernier drame lié à la délinquance, c'est un carreau cassé par un ballon de foot en 1964.

Il s'agit donc pour une partie de l'opinion publique et de la totalité du MEDEF de haine fantasmatique qui s'apparente à la haine de l'autre, de celui qui est différent, étrange, inquiétant ; alors la question se pose:
qu'y a-t-il de tellement inquiétant chez les intermittents qui suscite une telle vindicte au point que lorsqu'un petit groupe de militants, pas méchant pour deux ronds, arrive à faire entendre sa voix au JT de 20h. Le Ministre de la culture lui-même endosse son costume du ministre de la Communication et sermonne les responsables de la chaîne sous prétexte qu'ils n'ont pas balancé un programme de remplacement pour leur clouer le bec.

Il y a beaucoup de réponses à ces questions concernant les rapports des citoyens et de la culture, notamment mais il y a un aspect beaucoup moins philosophique qu'on oublie souvent d'évoquer : depuis plusieurs années on essaie de convaincre les salariés, tous les salariés, qu'il faut se faire à l'idée que désormais le travail devrait être flexible, et que si on n'accepte pas de mettre de la flexibilité dans le droit du travail il ne faudra pas s'étonner de l'explosion du chômage. Les théoriciens de la droite nous serinent depuis des années qu'il faut modifier le code et la loi de façon à simplifier les procédures de licenciement, ou encore, de jouer
sur les horaires en fonction des nécessités de la production ; bref de contraindre l'homme salarié à s'adapter aux caprices du marché.

L'économie ne serait plus au service d l'homme comme on dit mais l'homme au service de l'économie, ce qui est absurde puisque l'économie est un concept abstrait qui ne ressent pas la souffrance alors que l'homme est un être réel sensible à tout ce qui lui arrive.
L'homme au service de l'économie, c'est aussi fou que les programmes au service des annonceurs publicitaires. Les intermittents sont des précurseurs, ils revendiquent la flexibilité, ils intègrent complètement
que la vie soit faite de périodes d'activités et de périodes de repos, de périodes de productivité et de période de réflexion.

Au fond, ils prennent le patronat à son propre piège, ils acceptent, mieux, ils désirent la flexibilité. Mais ils mettent la société en face de ses responsabilités en lui demandant de contribuer à maintenir en vie dans des
conditions décentes ceux que des circonstances qui leur échappent mettent en situation de non-productivité.

Ce n'est pas parce que les intermittents sont des rêveurs que le MEDEF les hait, c'est au contraire par ce qu'ils sont terriblement réalistes, mais la faiblesse des intermittents, c'est leur poids électoral, ça c'est un
problème, il est nul. Et Monsieur Raffarin en a parfaitement conscience, de même que ce qu'il lui reste d'électeur n'a que mépris pour les intermittents comme les commerçants d'Aix-en-Provence qui les assignent en justice pour un manque à gagner ; ce qui est quand même un comble de la bêtise et de la vulgarité.

La faiblesse des intermittents, c'est qu'ils ne sont pas patrons de bistrots et qu'ils ne risquent pas d'inciter leur client à voter pour le front national ; aller au spectacle ne provoque aucune maladie grave et c'est un tort ; si les intermittents veulent obtenir gain de cause, une seule solution, qu'ils ouvrent des bureaux de tabac.


haut de page