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argumentaires
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Education
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Des luttes quotidiennes... | ||||
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Argumentaire
11.4
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ÉDUCATION NATIONALE, ÉCOLE DU CAPITAL... |
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resistons_ensemble@rezo.net Ce texte est une partie d'un travail plus général sur la nature et la fonction de l'école dans le système actuel. Il na aucune prétention d'exhaustivité et bien au contraire appelle la critique. Toutes les remarques peuvent être envoyées à l'adresse : nadiamenen@yahoo.fr ; Nous décidons
de publier dans l'Envolée la partie qui traite plus précisément
du volet contrôle social et répression au sein même
de l'institution scolaire. L'ensemble de ces analyses devrait être
publié prochainement dans une brochure dont nous ne manquerons
pas de souligner la parution. L'école n'est pas un lieu à part de la société Il n'échappe
pas aux lois du marché et aux besoins de l'entreprise. Le but de
l'école, dans une société capitaliste, est de former
des travailleurs. Cela n'a jamais changé, même si pendant
les années 70, le taux de chômage extrêmement faible
aidant, la fonction économique de l'école a été
partiellement remise en cause (tentatives d'expériences pédagogiques
échappant à la logique de l'Etat, Dolto dans chaque foyer,
remise en question de la valorisation du travail intellectuel sur le travail
manuel, etc.). Cette critique par son ampleur a été capable
momentanément de ralentir les réformes utilitaristes de
l'Etat en mettant en avant l'autonomie des élèves (foyers
gérés collectivement par les lycéens), l'expérience
des débats critiques (assemblées générales
fréquentes dans les lycées et débats à l'ordre
du jour dans les classes). Assez rapidement, l'Etat, sur la défaite
de ce mouvement, a, pour le rendre inoffensif, détourné
les idées qu'il contenait ; par exemple, l'autonomie pourtant Si les luttes ont
pu ralentir la logique de l'Etat, celui-ci n'a jamais cessé de
poursuivre au sein de l'institution scolaire son but initial. Contrairement
aux idées largement répandues par l'ensemble de la classe
politique, ce n'est pas le " laxisme post soixante-huitard "
qui serait à l'origine de la crise que connaît aujourd'hui
l'école, c'est bien les nouvelles contraintes imposées par
le marché qui dictent les orientations du système scolaire
: chômage croissant, précarité des emplois et des
statuts, développement du travail intérimaire, délocalisation,
déqualification. L'école a à gérer aujourd'hui
une génération dont l'avenir est de dériver entre
RMA, emplois précaires, chômage : adaptabilité, polyvalence.
L'école n'a pas comme fonction de dispenser un savoir général
qui permettrait à chacun de choisir entre différents emplois
stables (le grand mythe de l'éducation démocratique et républicaine)
mais d'apprendre à chacun à accepter de se conformer aux
nouvelles règles qui Alerte aux sauvageons Depuis plusieurs années,
la propagande institutionnelle désigne les jeunes comme un danger,
une menace portant atteinte aux personnes. Ces bandes de sauvageons sans
foi ni loi ne reconnaissant aucune autorité seraient animées
exclusivement par l'appât du gain, la violence gratuite. Hormis
le fait qu'on ne verrait pas pourquoi ces jeunes ne seraient pas mûs
par les mêmes valeurs que celles de la société qui
les entoure, à savoir consommation et chacun pour soi ; ces conditions
de vie produisent des angoisses de plus en plus importantes, par définition
sans objet, que le pouvoir exploite sous le vocable de " sentiment
d'insécurité ", qui provient davantage de peurs d'une
autre nature, peur de l'avenir, peur d'être licencié, peur
pour leurs enfants, etc. Le dernier matraquage médiatique date
de la campagne électorale présidentielle, qui faisait des
écoles le théâtre de violences graves quotidiennes,
s'appuyant sur quelques cas isolés pour en faire une règle
génèrale : les jeunes Dans les faits et
au regard même des chiffres communiqués par les programmes
informatiques mis en place par l'Etat pour évaluer l'importance
des faits de violence, il s'agit davantage d'un sentiment d'insécurité
que d'insécurité : une fois ôtés les baillements,
les bavardages, les moqueries qui ont toujours existé et qui témoignent
plus de l'ennui que d'une marque d'un esprit séditieux, les actes
graves restent peu nombreux au vu du nombre de personnes concernées
(5,5 millions pour 500 000 fonctionnaires de l'Education nationale) ;
désormais, il suffit qu'un acte ou un comportement soit pénalisable
pour qu'il soit considéré comme grave. Ces dernières
années ont vu apparaître de nouveaux délits : l'insulte,
les menaces peuvent désormais conduire devant les tribunaux, surtout
quand ils sont dirigés contre des personnes dépositaires
de l'autorité publique. Les cas de violence sont évidemment
plus nombreux dans les grandes villes, les cités où habitent
les plus pauvres ; ce qui, il y a Les parents, après des années de propagande les désignant comme responsables du comportement de leurs enfants dans la société, sont désormais assujettis par la loi, qui les oblige à être des agents du contrôle social prévenant tout écart de conduite de leurs bambins, faute de quoi ils en deviennent les complices. Depuis le colloque
de Villepinte en 1997, un large consensus politique entérine l'échec
de la prévention pour axer les efforts gouvernementaux sur le tout-sécuritaire
et l'idéologie qui l'accompagne : individualisation, psychiatrisation,
criminalisation ; ce ne sont plus les choix politiques, économiques
qui sont à remettre en question quand l'échec est patent
mais l'individu archaïque incapable de s'adapter à la "
modernité ". Ce n'est pas son environnement social qu'on interroge
mais plutôt son entourage familial, qui est désigné
comme l'origine du dysfonctionnement. Par exemple, dans le cas de l'absentéisme
de l'enfant, tout un dispositif se referme sur le parent " démissionnaire
", aussi infantilisant que culpabilisant. De l'école pour
parents, faite pour éduquer, à la suppression ou la mise
sous tutelle des allocations à l'assistance éducative de
la famille, tout ceci permet à l'Etat de s'immiscer dans de nombreux
foyers et de déposséder partiellement ou totalement de l'autorité De fait, depuis ce colloque de Villepinte, la gauche plurielle a explicitement placé la sécurité comme une de ses priorités. Elle a prétendu avoir été au bout d'une politique de prévention, d'avoir conclu à son inefficacité et donc d'être dans l'obligation d'opter pour le tout-sécuritaire, seul moyen de répondre aux problèmes engendrés par la restructuration du monde du travail. C'était d'autant plus facile que la prétendue politique de prévention s'était contentée de quelques coups de peinture sur les façades des cités ghettos. Ces quelques miettes auront finalement servi à imposer, sans susciter trop de réactions, une politique répressive et sécuritaire (politique de la ville, puis lois sur la sécurité quotidienne, loi sur la sécurité intérieure, etc.). Les nouveaux dispositifs sécuritaires L'arsenal coercitif enserre de plus en plus les établissements scolaires et leurs alentours grâce à l'apport des nouvelles technologies, à la redéfinition du cadre d'intervention des éducateurs, du milieu associatif et des forces de l'ordre, au droit omniprésent et à l'architecture de type carcéral. Le logiciel sygma
installé à grands frais dès la rentrée 2001,
permet de recenser les phénomènes graves de violence à
l'école. C'est-à-dire ceux qui font l'objet d'un signalement
à la police, à la justice, aux services sociaux du conseil
général, ou qui ont donné lieu à un dépôt
de plainte. Sa mise en place permettra " d'harmoniser et de clarifier
" les procédures de signalement et de circulation de l'information,
en particulier avec les flics, les gendarmes, les parquets et les éducateurs
de la PJJ (Protection judiciaire de la jeunesse). Les données comportent
des informations sur les auteurs et les victimes, sur les lieux où
se sont déroulés les faits. Les résultats transmis
par Sygna font moins de bruit que les prétendues raisons de son
installation. Ils constatent à la fois que les incidents graves
restent exceptionnels : peu d'écoles sont concernées, 420
sur 53 000, ce qui correspond à un incident pour 10 000 élèves.
En 2001, 41 % des établissements qui ont répondu n'ont signalé Les architectes restent
mobilisés pour défendre la société contre
les fléaux sociaux. Ils doivent intégrer la dimension sécuritaire
dans leurs cahiers des charges : hauteur des murs, installation de grillages,
de systèmes de vidéosurveillance, de portails automatiques,
de points de contrôle électroniques et informatiques, de
détecteurs de présence. " Défendre le bien-fondé
d'un espace " défendable " ne reviendrait-il pas, dès
lors, à défendre le système social de moins en moins
défendable d'un point de vue éthique et politique qu'il
vise à perpétuer ? " J. P. Garnier, 2003. Il faut croire
que pour contraindre, contrôler et soumettre, rien n'est hors de
prix, l'Etat ne manque pas de budgets quand il s'agit de sécurité.
La région Ile-de-France consacre par exemple près de 8 millions
d'euros pour installer des équipements de sécurité
dans les lycées ; la région Provence-Côte d'azur fait
de même, le conseil général des Hauts-de-Seine a prévu
d'installer un dispositif de vidéosurveillance Depuis 1996, l'intrusion dans une école, un collège ou un lycée constitue une contravention de 5e classe qui peut être sanctionnée de 1500 euros d'amende. Bayrou, alors ministre de l'Education, avait rétabli cette disposition, précédemment supprimée en 1981 avec la loi anticasseurs. En 96, il y avait eu 57 condamnations, 600 en 2000, au cours de l'année 2001-2002, les chefs d'établissement ont fait état de plus de 2 000 intrusions. L'élève citoyen Le droit, qui s'insinue dans toutes les sphères de notre vie, n'épargne pas l'école. Le droit considéré comme valeur intrinsèque et indiscutable du progrès place l'Etat et ses lois en dehors de toute critique possible. Tout est pensé pour que l'on ne s'interroge plus sur le bien-fondé d'une telle conception, celle de ce droit qui prétend régir, organiser, réguler l'ensemble des rapports sociaux pour le bien-être de tous alors qu'il n'est que l'expression de la domination arbitraire sinon totalitaire d'une minorité sur tous les autres. Le droit, c'est avant tout celui du plus fort. S'exprimer dans le cadre de la loi revient à aller voter, participer à la vie républicaine au sein des structures prévues à cet effet, accepter la délégation de pouvoirs, respecter les lois et principalement la propriété. Dans Le Droit de la
vie scolaire de Yann Butner, André Maureu et Blaise Thouvery chez
Dalloz, sont inscrits les droits et les devoirs et leurs pendants, les
punitions : par exemple, on trouve les textes qui réglementent
le droit de réunion : " La liberté de réunion
reconnue en France depuis la loi du 30 juin 1881 a été étendue
aux mineurs par la convention internationale sur les droits de l'enfant
du 20 novembre 1989. Le décret du 8 octobre 1990 l'intègre
à notre droit national. S'agissant des élèves des
établissements publics d'enseignement, la réglementation
reconnaît cette liberté depuis 1985. L'article 3-3 du 30
août 1985 modifié détermine en effet un régime
d'exercice encadré soumis aux principes de neutralité et
de laïcité dont le chef d'établissement demeure le
garant. ".On pourrait croire qu'avant 1985 personne ne se réunissait.
Paradoxalement, depuis 1981, la loi autorise les réunions mais
le cadre qu'elle fixe les interdit de fait. Là où hier le
rapport de forces créait des Luc Ferry, lettre de rentrée 2002 : " Les enfants découvrent que les contraintes de la vie collective sont les garanties de leur liberté, que la sanction, lorsqu'elle intervient, ne relève pas de l'arbitraire de l'adulte mais de l'application de règles librement acceptées... L'enfant prend conscience de son appartenance à une communauté qui implique l'adhésion à des valeurs partagées, à des règles de vie, à des rapports d'échanges. D'un côté, la perception de principes supérieurs que l'on ne discute pas, normalement imposés, condition de la liberté et du développement de chacun. De l'autre, la libre organisation d'un groupe est l'élaboration d'un contrat après discussion, négociation, compromis. " Le règlement intérieur Le " contrat
éducatif " ou " contrat de vie scolaire " est présenté
comme une charte librement acceptée par la communauté scolaire.
Cependant, en droit, il est un acte administratif unilatéral qui
n'a pas besoin du consentement des parties pour être exécutoire.
Il pose les obligations des usagers allant jusqu'à refuser leur
admission s'il n'est pas lu et approuvé. Ces règlements
sont mis en place dès la maternelle, lu et signé dès
6 ans par des enfants qui ne savent pas encore ni lire ni écrire
et qui apprennent dès le plus jeune âge à acquiescer
sans comprendre. Le règlement qui tend à s'uniformiser s'apparente
à un catalogue d'interdits qui, s'il n'est pas respecté,
entraîne des sanctions, des punitions, des mesures de réparation
voire d'exclusion. Le conseil de discipline chargé de faire appliquer
ces règlements intérieurs s'apparente lui à un tribunal
: il est constitué de onze membres (un de moins que pour une cour
d'assises), six fonctionnaires, trois parents d'élèves et
deux Dans ce monde où
le droit tente de médiatiser l'ensemble des rapports, l'Etat assure
l'intégrité physique, morale, matérielle de chacun
de ses citoyens en échange de leur renoncement à la vie
politique. Dans ce système, chaque individu, chaque participant
devient le dépositaire de ce nouveau " contrat social "
et a pour charge d'en assurer la reproduction. La prolifération
du droit induit nécessairement la création des agents pour
le faire respecter. A l'école, les enseignants sont protégés,
au même titre que les policiers, par la loi qui stipule que "
lorsqu'il est adressé à une personne chargée d'une
mission de service public et que les faits ont été commis
à l'intérieur d'un établissement scolaire ou éducatif,
ou à l'occasion des entrées ou sorties des élèves,
aux abords d'un tel établissement, l'outrage est puni de 6 mois
d'emprisonnement et de 7 500 euros d'amende ". La loi, en accordant
un statut particulier à ses fonctionnaires et en les soutenant
systématiquement lors des Fini l'instituteur tyran, plein de pouvoirs affichés, régnant en maître sur son navire. Vive l'enseignant citoyen qui dénonce aux autres rouages les dysfonctionnements qu'il observe et qu'il livre dans les mains du système police-justice, en pensant peut-être qu'il n'en fait pas partie alors qu'il en devient une cheville, bien plus que le maître peau de vache qui pouvait se passer de cette organisation de séparation de pouvoirs. Une séparation nette existait encore entre le monde de l'instruction et celui de la répression : même si la police avait le droit d'arrêter un élève dans sa classe, les réactions désapprobatrices des professeurs et de ses camarades étaient courantes voire dissuasives. Pour garantir la paix
et la tranquillité, gages de prétendue félicité,
qui a en réalité plus la saveur des antidépresseurs
et des programmes débilitants du petit écran, l'Etat s'est
doté de moyens de contrôle et de coercition de plus en plus
sophistiqués et généralisés. Pour le pauvre
bonheur des uns, il faut contraindre tous les autres, par la force si
besoin est. Le fondement du système capitaliste reste l'exploitation
des uns par les autres. Les rapports induits par cette logique sont nécessairement
conflictuels. Le droit pour ceux qui se conforment, la punition pour ceux
qui l'enfreignent. Il est symptomatique que leur droit ait la couleur
bleu marine, que l'Etat construise des prisons et pas des écoles,
que pour chaque fonctionnaire qui part à la retraite c'en est un
en uniforme qui arrive, que les partenaires de l'école sont des
flics plutôt que des poètes... N'en déplaise aux adeptes
de l'Etat, demander plus de droits revient à contraindre de plus
en plus l'espace de la Entre autres nouveautés... " Un dispositif de surveillance et de sécurité adapté doit être mis en place avec le concours des services de police et de gendarmerie, de la police municipale, le cas échéant, des agents locaux de médiation sociale, des aides éducateurs, des services municipaux, ainsi que des entreprises participant au transport des élèves. " " Mise en place de procédures d'interventions rapides en cas d'incident afin de permettre une réaction extrêmement rapide et appropriée quand il se produit un incident grave... Les modes opératoires devront s'appuyer sur les actions mises en ouvre pour prévenir et lutter contre les phénomènes de violence : police de proximité, brigades de la prévention de la délinquance juvénile de la gendarmerie, adultes relais, chefs de projet des sites en contrats de ville, associations et services d'aide aux victimes, les modalités et traitement des incidents scolaires qu'elles mettent en ouvre (traitement en temps réel de procédures pénales, mesures de réparation ou de médiations pénales pour les auteurs d'infractions). " Pour ce faire, le
ministère somme chaque département d'Ile-de-France d'organiser
avant la rentrée une réunion rassemblant préfet,
recteur, procureur de la République, inspecteur d'académie
et responsables de la police et de la gendarmerie, ainsi que l'ensemble
des autres services de l'Etat qui pourraient être concernés
et particulièrement la direction de la PJJ et la Direction départementale
de la jeunesse et des sports. Pour plus d'efficacité, il s'agira
de mettre en lien les différents dispositifs existant déjà
sur la ville, le département : " D'une façon générale
il s'agira d'encourager le développement des dispositifs contractuels
existants en matière de politique, de sécurité et
d'éducation, contrats de ville, CLS, contrats éducatifs
locaux. " Dans ces réunions, les acteurs sociaux et les professionnels
de la répression échangent des informations, dénoncent
nominativement les fauteurs de troubles. Là où jamais les
municipalités, les régions, etc. ne demandent l'avis des
citoyens De Dray-Allègre à Ferry-Sarkozy Dans la psychose sécuritaire
les jeunes ont eu une place de choix : entre Dray, " il faut faire
comprendre aux caïds de banlieue qui sortent des commissariats en
faisant des bras d'honneur que la rigolade est finie ", et Chevènement,
" il est urgent de mettre un terme à la chienlit des sauvageons...
la répression appartient pleinement à la prévention,
parce que la répression est dissuasion ", le sort de ceux
qui ne s'intègrent pas au système scolaire se profile dans
une direction unique, celle de l'enfermement. Les enfants, tout comme
leurs parents, n'échappent pas à la règle de la responsabilité
individuelle. S'ils sont en échec scolaire, c'est qu'ils l'ont
volontairement choisi et du coup ils n'ont plus qu'à assumer la
juste sévérité de la loi à l'encontre de leurs
éventuelles " déviances ". Il n'existe pas de
droit sans punition et, pour les élèves, pas d'école
citoyenne sans prolifération de classes relais, de centres éducatifs
fermés et de prisons pour mineurs. La jeunesse, De la classe relais à la prison L'instruction reste obligatoire jusqu'à 16 ans, mais comme l'âge pénal a baissé de 16 à 13 ans depuis août 2002, l'enfant est encadré par une double compétence collégiale, celle du professeur et celle du juge. Les classes relais
mises en place sous Allègre à la rentrée 1997, et
qui continuent leur carrière sous tous les gouvernements depuis
lors, s'adressent à des élèves de collège
" entrés dans un processus évident de rejet de l'institution
scolaire ". Ce rejet prend la forme de manquements graves et répétés
au règlement intérieur, d'un comportement agressif, d'un
absentéisme chronique non justifié qui ont donné
lieu à des exclusions temporaires ou définitives d'établissements
successifs ; il peut également se manifester par une " extrême
passivité, une attitude de repli, un refus de tout investissement
réel et durable ". Les classes relais concernent des enfants
de 14 à 16 ans en voie de déscolarisation mais ayant un
potentiel intellectuel normal et ne souffrant pas de troubles de la santé.
Ces structures créées en partenariat avec la PJJ accueillent
des jeunes pour une durée n'excédant pas un an, en moyenne
d'un trimestre. Si leur comportement n'est pas conforme, " écouter
les adultes, Depuis août 2002, la loi ne prévoit plus d'atténuation de la peine due au jeune âge. L'enfant est responsable de ses actes comme un adulte. La majorité pénale est déplacée de 16 à 13 ans, puisqu'à cet âge on est " capable de discernement ". Dès 10 ans, il est prévu des sanctions éducatives pour les chenapans, qui deviennent du coup des délinquants à surveiller de près : " confiscation de l'objet ayant servi à la commission de l'infraction, interdiction de paraître en certains lieux, interdiction d'entrer en rapport avec la victime, accomplissement d'un stage de formation civique, d'une mesure d'aide ou de réparation ". Pour les 13-16 ans la justice se doit de donner une réponse claire et rapide, elle prévoit une procédure de jugement rapproché qui permet au procureur de les poursuivre devant les tribunaux dans un délai compris entre 10 jours et 2 mois. Pour eux, la perspective de la prison se précise, qu'ils encourrent une peine criminelle ou qu'ils se soient soustraits aux obligations d'un contrôle judiciaire, ou à une mesure de placement dans un centre fermé. La mise en détention ne dépend pas de la gravité de l'acte mais du comportement de l'enfant, c'est sa capacité à se soumettre au cadre qui déterminera la réponse plus ou moins violente de l'institution. Pour répondre d'une manière efficace, l'Etat prévoit pour le moment dans son projet de construction des nouveaux lieux d'enfermement pour les enfants à savoir 600 places de centres fermés avant 2007 et 900 places de prison pour mineurs (pour plus de précisions, cf Envolée N° 5, 6, 8, 9). Il y a un siècle un réformateur comme Victor Hugo posait comme antagoniques l'école et la prison, aujourd'hui la prison et l'école font bon ménage, éducateurs et instituteurs peuvent exercer à l'intérieur des murs : la prison est l'élément répressif nécessaire à l'existence de l'école, et l'école est l'alibi indispensable à l'existence des prisons.
Un professeur relate : " Il y a eu des vitres cassées, les caméras de surveillance détériorées... rien de volé. C'est un message de la cité qui dit que vous faites partie du système des institutions haïes, on vous rejette puis on balance l'adjectif de collabo à un prof. Classification hautement politique, ce n'est pas une insulte classique, c'est une analyse. " " On doit cependant constater que les année soixante ont vu apparaître et se développer une autre conception de l'éducation. Il ne s'agit alors plus tant de faire en sorte que l'élève devienne autre qu'il est, que de viser, selon la formule célèbre, à ce qu'il devienne ce qu'il est en épanouissant pleinement sa personnalité. De là une préférence marquée pour les dispositifs pédagogiques qui cultivent d'autres qualités que les traditionnelles valeurs du mérite, de l'effort et du travail : l'expression de soi plutôt que le souci des héritages transmis, plutôt l'esprit critique que le respect des autorités, la spontanéité plus que la réceptivité, l'innovation plutôt que la traition, etc. Ces valeurs ne sont pas négatives en tant que telles, loin de là, mais c'est finalement l'idée de norme supérieure à l'individu qui est dénoncée comme aliénante, de sorte que, derrière la critique de l'école républicaine, c'est un novel essor de l'individualisme qui s'est installé. " Luc Ferry, juin 2003, in Lettre à tous ceux qui aiment l'école. " Pacificatrice sociale, dispensatrice des valeurs de la société capitaliste, mise au pas des esprits rebelles, l'école a toujours eu une fonction sociale bien définie. Elle est censée construire dans les têtes la pensée dominante où ceux d'en haut commandent et ceux d'en bas obéissent, où chacun reste à sa place " Janos, professeur, 2003. Quelques mots de Catherine
Breillat sur ce qui paraît être beaucoup plus une normalisation
et un conditionnement sexuels qu'une éducation, auxquels l'école
participe et risque à l'avenir de participer encore plus En effet,
depuis une dizaine d'années est apparue et se développe
une sanctuarisation du corps de l'enfant, qui a pour conséquence
une codification envahissante des " rapports des corps " entre
l'enfant et l'adulte mais également entre enfants et entre adolescents,
sur un modèle ressemblant de plus en plus au modèle de codification
américain. A savoir : comment normer la bonne distance entre deux
corps en toutes circonstances et, quand le contact ne peut plus être
évité, comment établir les règles strictes
qui régiront le contact ? C'est-à-dire comment instaurer
- par la violence douce, insensiblement - l'isolement du corps de chacun.
Avec pour conséquences, entre autres, la répression de gestes
ou de comportements jusque-là anodins et, à terme, l'impossibilité
pour les Et derrière
la frénésie d'asepsie se cache mal la tentation... de l'abstinence
! A laquelle aux USA de lourdes campagnes publicitaires vous incitent,
sous prétexte de prévention. Tout cela participe donc de
la fabrication accrue de personnes gravement névrosées et
conjointement de l'accroissement des agressions sexuelles, quand pour
certains les plombs pètent, l'auto-répression de la sexualité
provoquant l'exacerbation des pulsions. Nous sommes à l'opposé
de ce qui pourrait constituer la base d'une " éducation "
sur ce que peut être la relation entre deux êtres dans sa
dimension sexuelle : mise en question du machisme, de la violence exercée
sur les femmes, de la possession considérée comme une valeur
; réflexion sur le plaisir sexuel comme partage relationnel et
non comme jouissette masturbatoire, fût-elle pratiquée en
couple. " J'ai l'impression que les enfants, au moment où
ils découvrent la sexualité, on leur a déjà
inculqué ce profond désir de se conformer, y compris de
trouver " Qu'est-ce qui fait que l'image sexuelle est tout d'un coup taboue ? C'est le réflexe social... J'ai un petit garçon de 8 ans. A l'heure actuelle, dès qu'il voit à la télévision un film... même un James Bond - Dieu que c'est puritain et pudibond, ils s'embrassent sur la bouche, en gros plan pour dire qu'il a fait une conquête ! - il dit : cela n'est pas pour moi, alors qu'il regarde tous les trucs violents et qu'il trouve ça complètement normal puisque c'est la culture ambiante... (...) A mon avis, cela se joue dans une espèce de culpabilité et c'est bien dans cette culpabilité que se trouvera le plaisir. Je pense que c'est vraiment une éducation de la société, dans une volonté de mener les gens. C'est une chose apprise, inculquée... Il est vrai que les enfants sont conformistes et qu'il est très facile de les conformer, il faut bien le reconnaître." (1) Education carcérale où l'on emprisonne les enfants dans les névroses graves des adultes. Moins l'être humain regarde en face sa vie sexuelle, plus il se rapproche de l'animal. Wilhem Reich est mort mais, sous une illusoire libération sexuelle, on l'enterre toujours plus... Très nombreuses sont les personnes qui pensent que la sexualité est un des rares domaines de liberté restants. Elles vont donc crier au scandale quand on va leur parler d'éducation (même avec des guillemets) dans ce domaine. Mais ce sentiment de liberté ne repose que sur l'acceptation du conditionnement et de la soumission aux normes qui en résulte. Il est pour l'essentiel une croyance. " L'éducation ", non pas à la sexualité mais sur ce que peut être la relation entre deux êtres dans sa dimension sexuelle, passe - faut-il le préciser - par une prise de conscience du conditionnement, de la mise en conformité, et par un déconditionnement. 1) Catherine Breillat, réalisatrice, in la revue Analyse freudienne Presse, n° 3-2001, " Existe-t-il une autre sexualité qu'infantile? " Ed. Erès. |
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