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Des luttes quotidiennes... | ||||
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Argumentaire
11.3
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Le blues croissant des professeurs britanniques |
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| Londres
de notre correspondant
"Education, éducation,
éducation : telles sont mes trois priorités", aimait
marteler Tony Blair en 1997, pendant sa première campagne électorale.
Six ans après, il a d'autant moins changé d'avis que l'éducation
est, avec la santé, la principale source de mécontentement
de ses compatriotes. "Je suis mille fois d'accord avec ce slogan,
commente une enseignante londonienne, mais cela veut dire : Money, money,
money -argent, argent, argent-." Ce dont convient sans doute le premier
ministre britannique, qui a entrepris un effort de longue haleine pour
corriger le sous-investissement chronique de ce secteur, améliorer
la qualité de l'enseignement et rendre le métier plus attractif. L'argent versé
dans les écoles par le gouvernement travailliste (+ 5,4 % par an
sur la période 2001-2004) ne suffit pourtant pas à dissiper
le blues des 450 000 enseignants. Le malaise des professeurs britanniques
découle d'abord de leur statut. A la différence de leurs
collègues français, ils ne bénéficient pas
d'une garantie de l'emploi. Depuis les années Thatcher, tous les
professeurs relèvent d'un régime contractuel. Les chefs
d'établissement recrutent et licencient les enseignants, après
avoir consulté les représentants de l'Ofsted, l'équivalent
du corps des inspecteurs d'académie français, et les "autorités
d'éducation locales", qui gèrent une partie de l'argent
destiné à l'école. Les professeurs supportent
mal d'être sans cesse scrutés par la hiérarchie et
de devoir rendre compte de leurs performances. Dans l'enseignement plus
que dans tout autre secteur règne l'obsession des pourcentages,
des objectifs chiffrés que chacun doit s'efforcer d'atteindre.
S'y ajoute le poids de la bureaucratie scolaire, avec sa kyrielle de tâches
administratives ou logistiques. Toutes les enquêtes le montrent
: plus d'un enseignant sur deux cite la "charge de travail"
excessive en tête des maux dont il dit souffrir et des motifs de
démission. En Angleterre et au pays de Galles - l'Ecosse a un système différent et beaucoup moins contraignant -, les professeurs sont tenus par contrat de fournir 1 265 heures de travail à l'école par an et autant en dehors de la classe. Les enseignants du primaire travaillent en moyenne 53 heures par semaine, ceux du secondaire, 51 heures. La préparation des cours, les corrigés, les rapports occupent une partie de leurs soirées. "J'ai l'impression d'être une esclave, observe une enseignante d'histoire de Sheffield. Tout le plaisir que je trouvais dans mon job s'est évaporé. Pour moi, le seul vrai luxe, c'est le temps."
Voilà pourquoi,
en cette rentrée, les syndicats ont obtenu du gouvernement que
les enseignants ne soient plus astreints à une série de
corvées administratives et parascolaires routinières - regroupées
en 25 catégories - dont ils avaient hérité au fil
des ans : photocopier des documents, organiser des collectes d'argent
auprès des élèves, enquêter sur les absences
scolaires, passer les commandes de matériel... Ces tâches
ont été transférées aux 175 000 assistants
de classe, ce qui d'ailleurs ne fait que déplacer le problème,
au grand dam des chefs d'établissement. Beaucoup, la trentaine
venue, continuent de vivre comme des étudiants. Un débutant
gagne 20 000 livres par an (28 900 euros). Ce salaire augmente de 50 %
après quinze ans de pratique. Pour attirer les jeunes vers le métier,
le gouvernement leur offre une prime d'accueil de 3 000 livres (4 330
euros). Cela s'appelle le "golden hello". Jean-Pierre Langellier Source : Le Monde du 06.09.03 |
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