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Argumentaire 11.2
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Les enseignants français mieux lotis que leurs collègues européens

Selon un rapport d'Eurydice, le réseau d'information sur l'éducation en Europe, les professeurs bénéficient d'un statut très protecteur et leur temps d'enseignement est plutôt moins lourd que dans le reste de l'Union européenne. Mais leur niveau de vie est souvent plus faible?

Infographie : Des salaires globalement plus modestes que dans le reste de l'Union Européenne

Statut très protecteur, temps d'enseignement limité mais salaire relativement modeste. Les conditions de travail des enseignants français apparaissent globalement plus favorables que celles de leurs collègues européens, selon un rapport inédit qui sera rendu public, lundi 8 septembre, par Eurydice, le réseau d'information sur l'éducation en Europe financé par la Commission européenne.

Cette étude compare le statut, le temps de travail, le salaire et la carrière des enseignants travaillant dans les collèges publics de l'ensemble des pays membres et des pays candidats de l'Union européenne. Elle ne prend en revanche pas en compte la dimension qualitative des conditions de travail liées aux difficultés du métier ou au prestige social de la fonction.


LICENCIEMENTS AUTORISÉS

Fonctionnaires, employés par l'Etat, les enseignants français bénéficient d'un niveau élevé de sécurité de l'emploi, comparé aux autres pays européens. Les licenciements restent en effet limités aux seules fautes professionnelles. Même dans ces situations, les enseignants demeurent protégés : "Généralement, les problèmes d'incompétence professionnelle sont réglés par une affectation à un poste n'impliquant pas de charge d'enseignement ou par une mutation dans un service de l'administration", relève le rapport d'Eurydice. L'Allemagne, l'Espagne ou la Belgique disposent aussi d'une garantie d'emploi presque totale.

Un peu moins de la moitié des pays européens autorisent les licenciements pour "raisons structurelles", notamment lorsque les besoins baissent, faute d'élèves. En Finlande et en Suède, les professeurs peuvent ainsi perdre leur poste si leur charge d'enseignement se réduit fortement, si "la conjoncture économique à long terme le justifie" ou si "une restructuration l'impose". Le renvoi n'est toutefois autorisé que dans les cas où aucune mutation ni formation n'est possible. En France, lorsque les besoins d'enseignement diminuent, l'enseignant peut se voir imposer de travailler dans un autre établissement.

La situation des enseignants français apparaît aussi plus favorable en ce qui concerne le temps de travail. Plusieurs modèles coexistent au niveau européen : certains Etats, comme la France, définissent uniquement le temps d'enseignement (15 heures hebdomadaires pour un agrégé, 18 heures pour un certifié) auquel s'ajoutent des tâches comme la préparation des cours et l'évaluation des élèves ; d'autres pays indiquent le temps de présence minimal obligatoire dans les collèges ; quelques-uns parlent d'un temps de travail annuel.

Le seul critère de comparaison possible, pour la France, est donc celui du temps d'enseignement annuel, tenant compte des seize semaines de congés. Celui-ci se révèle favorable aux professeurs français : avec 540 heures d'enseignement annuel pour les agrégés et 648 heures pour les certifiés, leurs obligations apparaissent nettement inférieures à celles de leurs collègues allemands (entre 865 et 1 072 heures) par exemple. Ces obligations restent en revanche constantes tout au long de la carrière : contrairement à la dizaine de pays qui permettent aux enseignants de diminuer leur temps de travail en fonction de leur ancienneté, la France ne prévoit aucune réduction pour les fins de carrière.

Certains Etats imposent aux enseignants de demeurer dans les établissements en plus des heures de cours. "Quelques pays se distinguent par le fait que les enseignants doivent être présents à l'école plus de 1 000 heures par an", note le rapport. Au Royaume-Uni, par exemple, les professeurs de collège doivent assurer 32,5 heures de présence en moyenne chaque semaine. La situation est similaire en Espagne (environ 30 heures hebdomadaires), en Suède (35 heures) ou en Grèce (30 heures). Les tâches demandées aux enseignants sont alors beaucoup plus larges. Des pays peuvent ainsi exiger de leurs enseignants qu'ils surveillent les élèves entre les cours ou après la fin des classes.

ÉCARTS À PEU PRÈS IDENTIQUES

Les principaux syndicats français se sont toujours opposés à ce type d'organisation. Le SNES-FSU, syndicat majoritaire dans le second degré, s'était ainsi élevé contre la proposition formulée par Philippe Meirieu en 1998 de faire passer à quinze heures de cours et quatre heures d'activités pédagogiques le temps de travail des enseignants. Plus récemment, en janvier, il a vivement dénoncé les propos du ministre délégué à l'enseignement scolaire, Xavier Darcos, lorsque celui-ci avait souligné les mérites de la polyvalence des enseignants dans le modèle anglais.

La situation de la France apparaît bien moins avantageuse sur le plan salarial. Pour mesurer ce dernier, Eurydice a comparé les rémunérations des enseignants en tenant compte des différences de pouvoir d'achat : les salaires annuels ont donc été rapportés en pourcentage du produit intérieur brut (PIB) national par habitant. La rémunération d'un professeur français en début de carrière (qui touche 98 % du PIB par habitant) est plus faible que celle de ses collègues anglais (110 %), grecs (122 %), espagnols (145 %) et surtout allemands (153 %). Des écarts qui restent à peu près identiques pour les fins de carrière. L'étude indique d'ailleurs que la progression salariale de l'ensemble des enseignants européens - français compris - se révèle "assez plane".

Dans son rapport, Eurydice souligne que tous ces facteurs "jouent un rôle certain dans la décision de s'engager et/ou de rester (à plus ou moins long terme) dans la profession". Mais - c'est la principale limite du rapport - l'institution européenne n'aborde pas la dimension plus subjective des conditions de travail : celle déterminée par les rapports avec les élèves, leur niveau scolaire, les problèmes de violence, le regard de l'opinion publique, etc. Ce qui peut expliquer le décalage entre les conclusions du rapport et le malaise récurrent des professeurs de collège en France.

Luc Bronner

Source : Le Monde du 06.09.03


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