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Compte rendu de
la rencontre du 20 mai 2003 organisée par le réseau Éthique
et pédagogie.
Mireille Estivalèzes, historienne et sociologue des religions,
avait accepté d'intervenir au cours de la rencontre que nous avons
organisée en partenariat avec le groupe Education de l'association
" Démocratie & Spiritualité ", voici l'essentiel
de son exposé.
" Ce sujet pose
des questions qui sont à la fois complexes et sensibles car elles
touchent à la place des religions dans la société,
à la laïcité et à l'École. C'est une
question qui agite la société française depuis une
vingtaine d'années.
Il faut dans un premier temps préciser certains termes et notamment
l'expression " fait religieux ". On disait autrefois histoire
des religions, on parle aujourd'hui d'enseignement du fait religieux.
Ce qu'il faut entendre par là, c'est d'abord un fait social, une
réalité humaine insérée dans un contexte historique
et géographique, mais c'est aussi un objet scientifique, observable
grâce à différentes approches, historique, géographique,
sociologique, ethnologique, anthropologique, etc.
Régis Debray en a aussi donné une définition dans
la revue Études de septembre 2002, indiquant que c'était
une expression neutre, correspondant à un fait de société,
un fait de mentalité se situant dans une perspective anthropologique.
De même, la laïcité est une notion polysémique,
ainsi la laïcité scolaire a été définie
par des lois au dix-neuvième siècle sous Jules Ferry, par
exemple la suppression des cours d'instruction religieuse à l'école
et des signes religieux dans les locaux scolaires. Ces cours sont remplacés
de facto par la leçon de morale et d'éducation civique.
Une journée de la semaine est laissée libre pour que les
familles qui le désirent puissent donner à leurs enfants
une éducation religieuse.
Le personnel enseignant ne peut plus désormais être que laïc
et les enseignants sont tenus à la neutralité religieuse,
philosophique aussi bien que politique, d'où critique systématique
des religions ou prosélytisme sont bannis.
Seule la région d'Alsace Moselle échappe à ce changement
important puisqu'elle est toujours soumise au régime concordataire,
encore que l'enseignement religieux y devienne de plus en plus facultatif.
Les élèves eux, ont le droit d'exprimer leurs convictions
religieuses, la difficulté est de savoir jusqu'où ?
Les lieux fermés tels les hôpitaux, les prisons ou les internats,
peuvent bénéficier d'aumôneries. Depuis 1988 celles-ci
peuvent être ouvertes dans des lieux scolaires à la demande
des parents.
C'est la Ligue de l'Enseignement qui, la première en 1982 évoque
l'idée d'un enseignement de l'histoire des religions dans le cadre
du service public, répondant ainsi au constat souvent exprimé
par les enseignants d'une inculture religieuse manifeste chez leurs élèves
tant au plan littéraire que philosophique ou artistique, cette
lacune concerne aussi les adultes, dont certains enseignants, ce qui pose
un problème car les professeurs n'aiment pas parler de ce qu'ils
ne connaissent pas.
L'inspection générale note cette inculture des jeunes qui
rejaillit sur de nombreuses disciplines enseignées à l'école,
l'histoire, la littérature mais aussi la philosophie, et affecte
le vocabulaire, d'autant que par ailleurs, la " crise des humanités
" apparue à partir des années 70 et manifestée
par une baisse sensible de l'étude du grec et du latin, contribue
à la perte de certains repères mythologiques ou religieux.
En 1989 Lionel Jospin confie à Philippe Joutard le soin d'effectuer
un état des lieux de l'enseignement de l'histoire, de la géographie
et des sciences sociales, et de proposer des solutions.
En 1991 un colloque réunit tous les acteurs concernés pour
réfléchir aux modalités pratiques de mise en place
d'un enseignement qui prenne davantage en compte le fait religieux, sans
créer pour autant un enseignement spécifique d'histoire
des religions, à charge pour chaque enseignant de traiter ces questions
à l'intérieur de son programme, d'où aussi une réforme
de ces programmes à partir de 1996.
La question passe ensuite au second plan jusqu'au 11 septembre 2001. Dès
le lendemain les élèves assaillent leurs professeurs de
questions sur les religions et ces derniers se trouvent parfois démunis.
Le ministre de l'éducation nationale, Jack Lang, confie alors une
mission à Régis Debray.
Dans son rapport, ce dernier insiste sur la nécessité de
donner aux élèves des clefs pour la compréhension
du monde contemporain et donc de " former et outiller scientifiquement,
intellectuellement et pédagogiquement les professeurs".
Régis Debray est un philosophe connu par son parcours ; il se présente
comme non croyant, c'est une caution qui rassure les tenants de la laïcité
et il pose d'emblée l'idée qu'il faut distinguer le "
religieux objet de culte, du religieux, objet de culture ".
Il s'agit de passer d'une laïcité d'incompétence à
une laïcité d'intelligence.
Les objectifs sont pluriels : accéder au patrimoine culturel en
établissant des liens entre la religion et la musique, ou la peinture
par exemple.
Le deuxième objectif qui devient primordial c'est l'éducation
à la tolérance, il faut rappeler que l'islam est la deuxième
religion de France et que la communauté juive de France est la
plus importante d'Europe. Il s'agit donc d'appréhender l'aspect
multiconfessionnel de la société française en promouvant
le respect mutuel, en déjouant les attitudes de rejet, en apprenant
aussi à respecter ceux qui n'ont aucune croyance religieuse.
Il s'agit aussi de permettre aux élèves de mieux comprendre
le monde contemporain, de montrer la multiplicité des pensées.
Pour certains, cette ouverture débouche sur la question du sens
et sur des questions existentielles comme la vie, la mort, la souffrance,
elles peuvent, le cas échéant sensibiliser à la spiritualité,
à la notion de transcendance. Mais il faut souligner que ce dernier
objectif n'est pas aussi consensuel que les trois premiers.
En 1996 de nouveaux programmes ont insisté sur la place du fait
religieux dans les programmes, plus particulièrement d'histoire,
mais ils n'apportaient pas de grande nouveauté au collège,
un peu plus au lycée cependant, avant de subir un allègement.
Ce que l'on traite essentiellement c'est l'élaboration des religions,
non leur évolution, on peut d'ailleurs noter à cet égard
l'absence totale de référence aux religions d'Asie : hindouisme
et bouddhisme par exemple, comme si elles n'existaient pas.
De même la formation des enseignants reste-t-elle parcellaire et
le plus souvent facultative, ainsi, en IUFM, le fait religieux est réduit
à la portion congrue.
Il faut dire en conclusion combien il est difficile de parler du fait
religieux, parce que les religions sont des phénomènes complexes
qui touchent à l'intime et au passionnel. Un malaise pour en parler
surgit parfois chez des enseignants qui ont des convictions et craignent
de ne pas être assez laïques. Chez les élèves
des sensibilités différentes s'expriment. Mais il est nécessaire
de parler du fait religieux parce qu'il s'agit d'un enjeu civique aussi
bien que culturel, essentiel pour la formation des jeunes.
Ce texte est
extrait du Comptoir aux Idées. La suite, et notamment le débat
qui a suivi cet exposé, est présentée sur le site
Internet http://www.reseau-ethique-pedagogie.org
Georges HERVE
Source : "
la lettre de R.E.V.E.I.L."
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de la LETTRE DE R.E.V.E.I.L. est diffusée gratuitement sans obligation
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