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L'enseignement du fait religieux à l'école.(arg 10.13)
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Compte rendu de la rencontre du 20 mai 2003 organisée par le réseau Éthique et pédagogie.
Mireille Estivalèzes, historienne et sociologue des religions, avait accepté d'intervenir au cours de la rencontre que nous avons organisée en partenariat avec le groupe Education de l'association " Démocratie & Spiritualité ", voici l'essentiel de son exposé.

" Ce sujet pose des questions qui sont à la fois complexes et sensibles car elles touchent à la place des religions dans la société, à la laïcité et à l'École. C'est une question qui agite la société française depuis une vingtaine d'années.
Il faut dans un premier temps préciser certains termes et notamment l'expression " fait religieux ". On disait autrefois histoire des religions, on parle aujourd'hui d'enseignement du fait religieux. Ce qu'il faut entendre par là, c'est d'abord un fait social, une réalité humaine insérée dans un contexte historique et géographique, mais c'est aussi un objet scientifique, observable grâce à différentes approches, historique, géographique, sociologique, ethnologique, anthropologique, etc.
Régis Debray en a aussi donné une définition dans la revue Études de septembre 2002, indiquant que c'était une expression neutre, correspondant à un fait de société, un fait de mentalité se situant dans une perspective anthropologique.
De même, la laïcité est une notion polysémique, ainsi la laïcité scolaire a été définie par des lois au dix-neuvième siècle sous Jules Ferry, par exemple la suppression des cours d'instruction religieuse à l'école et des signes religieux dans les locaux scolaires. Ces cours sont remplacés de facto par la leçon de morale et d'éducation civique. Une journée de la semaine est laissée libre pour que les familles qui le désirent puissent donner à leurs enfants une éducation religieuse.
Le personnel enseignant ne peut plus désormais être que laïc et les enseignants sont tenus à la neutralité religieuse, philosophique aussi bien que politique, d'où critique systématique des religions ou prosélytisme sont bannis.
Seule la région d'Alsace Moselle échappe à ce changement important puisqu'elle est toujours soumise au régime concordataire, encore que l'enseignement religieux y devienne de plus en plus facultatif. Les élèves eux, ont le droit d'exprimer leurs convictions religieuses, la difficulté est de savoir jusqu'où ?
Les lieux fermés tels les hôpitaux, les prisons ou les internats, peuvent bénéficier d'aumôneries. Depuis 1988 celles-ci peuvent être ouvertes dans des lieux scolaires à la demande des parents.
C'est la Ligue de l'Enseignement qui, la première en 1982 évoque l'idée d'un enseignement de l'histoire des religions dans le cadre du service public, répondant ainsi au constat souvent exprimé par les enseignants d'une inculture religieuse manifeste chez leurs élèves tant au plan littéraire que philosophique ou artistique, cette lacune concerne aussi les adultes, dont certains enseignants, ce qui pose un problème car les professeurs n'aiment pas parler de ce qu'ils ne connaissent pas.
L'inspection générale note cette inculture des jeunes qui rejaillit sur de nombreuses disciplines enseignées à l'école, l'histoire, la littérature mais aussi la philosophie, et affecte le vocabulaire, d'autant que par ailleurs, la " crise des humanités " apparue à partir des années 70 et manifestée par une baisse sensible de l'étude du grec et du latin, contribue à la perte de certains repères mythologiques ou religieux.
En 1989 Lionel Jospin confie à Philippe Joutard le soin d'effectuer un état des lieux de l'enseignement de l'histoire, de la géographie et des sciences sociales, et de proposer des solutions.
En 1991 un colloque réunit tous les acteurs concernés pour réfléchir aux modalités pratiques de mise en place d'un enseignement qui prenne davantage en compte le fait religieux, sans créer pour autant un enseignement spécifique d'histoire des religions, à charge pour chaque enseignant de traiter ces questions à l'intérieur de son programme, d'où aussi une réforme de ces programmes à partir de 1996.
La question passe ensuite au second plan jusqu'au 11 septembre 2001. Dès le lendemain les élèves assaillent leurs professeurs de questions sur les religions et ces derniers se trouvent parfois démunis.
Le ministre de l'éducation nationale, Jack Lang, confie alors une mission à Régis Debray.
Dans son rapport, ce dernier insiste sur la nécessité de donner aux élèves des clefs pour la compréhension du monde contemporain et donc de " former et outiller scientifiquement, intellectuellement et pédagogiquement les professeurs".
Régis Debray est un philosophe connu par son parcours ; il se présente comme non croyant, c'est une caution qui rassure les tenants de la laïcité et il pose d'emblée l'idée qu'il faut distinguer le " religieux objet de culte, du religieux, objet de culture ".
Il s'agit de passer d'une laïcité d'incompétence à une laïcité d'intelligence.
Les objectifs sont pluriels : accéder au patrimoine culturel en établissant des liens entre la religion et la musique, ou la peinture par exemple.
Le deuxième objectif qui devient primordial c'est l'éducation à la tolérance, il faut rappeler que l'islam est la deuxième religion de France et que la communauté juive de France est la plus importante d'Europe. Il s'agit donc d'appréhender l'aspect multiconfessionnel de la société française en promouvant le respect mutuel, en déjouant les attitudes de rejet, en apprenant aussi à respecter ceux qui n'ont aucune croyance religieuse.
Il s'agit aussi de permettre aux élèves de mieux comprendre le monde contemporain, de montrer la multiplicité des pensées. Pour certains, cette ouverture débouche sur la question du sens et sur des questions existentielles comme la vie, la mort, la souffrance, elles peuvent, le cas échéant sensibiliser à la spiritualité, à la notion de transcendance. Mais il faut souligner que ce dernier objectif n'est pas aussi consensuel que les trois premiers.
En 1996 de nouveaux programmes ont insisté sur la place du fait religieux dans les programmes, plus particulièrement d'histoire, mais ils n'apportaient pas de grande nouveauté au collège, un peu plus au lycée cependant, avant de subir un allègement.
Ce que l'on traite essentiellement c'est l'élaboration des religions, non leur évolution, on peut d'ailleurs noter à cet égard l'absence totale de référence aux religions d'Asie : hindouisme et bouddhisme par exemple, comme si elles n'existaient pas.
De même la formation des enseignants reste-t-elle parcellaire et le plus souvent facultative, ainsi, en IUFM, le fait religieux est réduit à la portion congrue.
Il faut dire en conclusion combien il est difficile de parler du fait religieux, parce que les religions sont des phénomènes complexes qui touchent à l'intime et au passionnel. Un malaise pour en parler surgit parfois chez des enseignants qui ont des convictions et craignent de ne pas être assez laïques. Chez les élèves des sensibilités différentes s'expriment. Mais il est nécessaire de parler du fait religieux parce qu'il s'agit d'un enjeu civique aussi bien que culturel, essentiel pour la formation des jeunes.

Ce texte est extrait du Comptoir aux Idées. La suite, et notamment le débat qui a suivi cet exposé, est présentée sur le site Internet http://www.reseau-ethique-pedagogie.org
Georges HERVE

Source : " la lettre de R.E.V.E.I.L."

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