Le
premier ministre déclare au "Monde" qu'il aborde le "chantier"
de l'assurance-maladie "avec de nouvelles bases". "Après
l'expression des peurs, nous sommes entrés dans une nouvelle phase",
dit-il.
Le texte de cet entretien a été relu et amendé par
M. Raffarin.
[NDLR : les questions sont grasses et les réponses maigres]
La réforme
des retraites est examinée au Parlement, où vous disposez
d'une large majorité, le mouvement social donne des signes d'essoufflement.
Estimez-vous avoir gagné la partie ?
J'ai déjà eu l'occasion de dire sur un autre sujet : "It's
not a game, it's not over." Au vu des contacts avec les Français
et des indications que nous donnent les parlementaires et grâce
au travail d'explication, il est clair qu'il y a une réelle adhésion
à notre projet, sans doute car il est équitable.
Le fait que des personnalités
de gauche - importantes et respectées - aient pris position en
faveur de la réforme contribue à accompagner ce mouvement.
Nous devons poursuivre le travail d'explication. Nous devons rassurer
les Français. Il nous reste beaucoup de points à discuter
et à négocier, comme la pénibilité et l'emploi
des seniors... Le dossier est donc loin d'être refermé. Je
souhaite, au second semestre, une grande loi sur la formation professionnelle
pour que chaque Français dispose d'une assurance-formation. Je
consacrerai beaucoup de temps cet été, sur le terrain, à
dialoguer avec les Français, pour écouter les conclusions
qu'ils tirent du débat national des retraites et pour en déduire
les conséquences quant à l'action du gouvernement - ce sera
pour moi un été de proximité.
Avez-vous été surpris par l'ampleur de la mobilisation
contre votre réforme ?
En France, toute vraie réforme sociale fait l'objet d'agitation.
Les choses se sont globalement passées telles qu'on les avait pressenties,
hormis la forte mobilisation du 13 mai, qui a surpris les syndicats eux-mêmes.
Après l'expression des peurs ou des inquiétudes de chacun,
nous sommes désormais entrés dans une nouvelle phase car
la nécessité d'un effort pour sauver nos retraites est reconnue.
Le projet que nous proposons est le plus équitable possible et
aucun projet alternatif n'a affirmé sa crédibilité.
Avez-vous jamais envisagé d'obtenir l'accord de la CGT ?
Nous avons cherché en permanence l'accord avec tous nos interlocuteurs
à travers une démarche progressive que de nombreux commentateurs
ont souvent trouvée trop lente. La CGT est un syndicat important
: nous pensions qu'elle pouvait adhérer au moins partiellement
à la réforme. Sans doute, son analyse de la mobilisation
du 13 mai l'a-t-elle conduite à des positions plus tranchées.
Les débats qui ont eu lieu à l'intérieur des centrales
syndicales vous conduisent-ils à vous interroger sur leur représentativité
?
Le débat s'est instauré dans chaque organisation. Ce qui
me conduit à dire que nous avons besoin, plus que jamais, d'organisations
syndicales fortes et responsables. Il faut combler l'écart d'influence
du syndicalisme entre le secteur privé et le secteur public, qui
crée un déséquilibre dans le dialogue social.
Vous avez donné l'impression de négocier en parallèle
avec François Chérèque. N'était-ce pas une
manière de tourner le dos à la transparence du dialogue
social que vous aviez prônée lors des dernières campagnes
électorales ?
Cette vision est, de mon point de vue, inexacte. J'ai ouvert le débat
-le 3 février- au Conseil économique et social. Nous avons
alors enclenché une procédure. Je souhaitais qu'elle commence
dans les régions. J'ai été déçu de
voir des syndicats s'y opposer. Nous avons alors ouvert des discussions
au ministère du travail, avec l'ensemble des partenaires sociaux.
Certains ont exprimé la volonté de déboucher et de
conclure, ainsi la CFDT, la CGC-CFE et, dans une moindre mesure, la CFTC
ont souhaité dialoguer pour construire. D'autres ont refusé
l'accord. C'est la démocratie sociale.
La logique de l'équité ne vous conduira-t-elle pas à
vous attaquer, un jour ou l'autre, aux "régimes spéciaux"?
L'expression "attaquer" est impropre. Ces régimes ne
sont pas concernés par cette réforme. C'est l'entreprise
qui doit être le lieu de cette discussion. Je souhaite que l'on
respecte les cultures d'entreprise. Les "régimes spéciaux"
sont nés d'un dialogue social, d'une histoire sociale, qui doivent,
eux aussi, être respectés.
La réforme des retraites est-elle, en définitive, un
projet Fillon ou un projet Raffarin ?
C'est un projet Fillon-Delevoye. C'est celui du gouvernement et de sa
majorité. Le courage est collectif.
Pour tenir sur les retraites, vous avez dû lâcher du lest
sur la décentralisation, réforme que vous aviez personnellement
portée dès votre arrivée à Matignon. S'agit-il
d'un sacrifice personnel ?
Il nous fallait discuter, convaincre, et éviter les blocages. Je
préfère un bon accord à de mauvais blocages. Si l'objectif
premier est la réforme des retraites, la décentralisation
reste pour moi un grand projet. En ce qui concerne l'éducation,
nous avons su évoluer. Je ne regrette pas cette avancée.
Elle permet de lever des peurs et des inquiétudes, sans pour autant
déséquilibrer notre démarche de décentralisation.
C'est grâce à la réforme constitutionnelle sur la
décentralisation que nous avons fait adopter que va se tenir, le
6 juillet, un référendum en Corse. Avoir permis ce type
de consultation en en inscrivant le principe dans la Constitution est
une avancée politique majeure. La meilleure façon de progresser
pour la décentralisation est de donner la parole aux citoyens.
Derrière
la question des retraites, les enseignants ont exprimé un malaise
profond ; comment entendez-vous y répondre ?
J'ai été impressionné par l'ampleur du mal-être
d'un certain nombre d'enseignants. Il est essentiel que la société
française prenne très au sérieux l'avenir de son
école. C'est un sujet aussi majeur que fragile.
Je souhaite que l'ensemble des acteurs de l'école se mettent d'accord
pour que soit rapidement engagé le grand débat de l'éducation
nationale. Il devra partir du terrain, sous le contrôle d'un comité
national pluraliste, pour déboucher, au printemps prochain, sur
une loi d'orientation. Avant que l'on bâtisse une politique, la
France doit parvenir à un diagnostic partagé par tous sur
l'éducation, et notamment avec les partenaires sociaux.
Trouvera-t-on trace
de votre volonté dès le budget 2004 ?
Sur certains points, oui. Je pense notamment à la formation permanente
et aux assistants d'éducation qui vont se mettre en place progressivement
dans les établissements scolaires, et particulièrement dans
le premier degré. J'ai libéré pour cela les crédits
correspondants.
Luc Ferry sera-t-il
toujours ministre de l'éducation à la rentrée ?
Oui. Nous sommes dans une logique d'esprit d'équipe. Méfions-nous
des jugements malveillants. Luc Ferry a des qualités intellectuelles
et pédagogiques exceptionnelles. C'est un homme neuf, il n'avait
pas forcément une pratique très ancienne de la négociation
syndicale, mais il s'y fait bien.
Son autorité
n'est-elle pas remise en cause, compte tenu du rôle actif que vous
avez demandé de jouer à Nicolas Sarkozy dans la conclusion
des négociations ?
Les Français en ont assez des jalousies et de l'individualisme
; ils veulent que leurs gouvernants s'entendent. Une équipe doit
être en permanence en mouvement et en solidarité. Il faut
que tout le monde soit sur le pont lorsqu'on est en difficulté.
C'est ce que j'ai fait en réunissant un comité interministériel,
car l'éducation nationale concerne l'ensemble du gouvernement.
Nicolas Sarkozy a été mobilisé parce que la décentralisation
fait partie de ses attributions et qu'elle était au cur de
la revendication des enseignants. C'est un soutien de poids. On a connu
des périodes où l'on fragilisait les ministres. Moi, je
suis de ceux qui les confortent.
Le gouvernement
peut-il résoudre un problème sans faire appel à Nicolas
Sarkozy ?
Les ministres en résolvent tous les jours, même si on résout
aussi beaucoup de problèmes avec Nicolas Sarkozy.
Votre phrase sur
les opposants à la réforme qui "semblent préférer
leur parti à leur patrie" marquait un durcissement de votre
part ; avez-vous décidé d'attaquer les socialistes ?
Ce n'était que la réponse à l'émotion que
j'ai ressentie lorsqu'à la fin de mon discours à l'Assemblée
nationale j'ai entendu chanter L'Internationale. J'ai traduit une émotion
qui en a déclenché une autre. Nous sommes donc quittes en
émotions.
Vous souhaitez
que les entreprises et les syndicats s'entendent pour instaurer un service
minimum en cas de grève dans le secteur public ; s'ils n'y parviennent
pas, faudra-t-il l'imposer par la loi ?
Quand on s'engage dans un scénario, on n'en prévoit pas
l'échec. Par définition, ce type de sujet doit être
traité par la négociation, secteur par secteur, entreprise
par entreprise : il faut davantage faire appel à la responsabilité
qu'à la sanction législative. La grève, lorsqu'elle
gêne le travail des autres, est de moins en moins tolérée.
Etes-vous favorable
au paiement des jours de grève ?
Non. Je suis pour que le droit soit respecté. La loi prévoit
des retenues sur salaire pour les grévistes. Le gouvernement applique
la loi. Le droit est le même pour tous. Toutes les décisions
devront être prises dans la transparence.
M. Chirac a annoncé
que la réforme de l'assurance-maladie prendrait du temps, mais
son déficit atteindra 16 milliards d'euros à la fin de l'année
; prendrez-vous des mesures d'urgence ?
Nous avons des défis à affronter, dont il faut parler avec
les partenaires sociaux. Je n'envisage pas d'initiative brutale, car je
veux être très attentif à la cohésion sociale
du pays. Il faut que le lien social soit préservé. Nous
avons des difficultés avec la croissance internationale, qui pèse
sur l'emploi. Nous sortons d'un printemps tendu, en raison du débat
sur les retraites. Je souhaite vraiment que l'on puisse apaiser ces tensions.
Je fais le choix de l'apaisement social. La réforme de l'assurance-maladie
est un nouveau chantier social. On le prend avec de nouvelles bases, en
l'inscrivant dans la durée : il nous faudra une bonne année
pour construire une politique de l'assurance-maladie adaptée à
la nouvelle donne de la société française. La politique
de réforme, ce n'est pas un 110 mètres haies où l'on
passe en une seconde d'un obstacle à l'autre.
Mais quid du déficit
?
Il n'est, bien sûr, pas question d'augmenter les impôts :
cela fragiliserait l'emploi. Mais il y a d'autres solutions ; j'en ai
fait chiffrer une dizaine !
Notre politique est au service de l'emploi avec une attention particulière
pour l'insertion en entreprise des personnes les plus vulnérables
: les jeunes, avec déjà 60 000 contrats-jeunes en entreprises.
Avec la réactivation du contrat initiative-emploi, toute entreprise
embauchant une personne de plus de 50 ans - au chômage depuis plus
d'un an ou au RMI - peut maintenant bénéficier, pendant
cinq ans, d'une prime mensuelle de 500 euros versée par l'Etat.
Il s'agit donc d'un engagement très important pour conforter l'emploi
des travailleurs seniors. Nous créons le revenu minimum d'activité
(RMA) pour les personnes au RMI. Enfin, je signerai la semaine prochaine
le décret créant le Civis pour les jeunes qui ont un projet
dans une association d'utilité sociale. C'est une grande avancée.
Quels crédits
allez-vous supprimer pour parvenir à l'objectif d'une croissance
zéro des dépenses publiques ?
Les ministres achèvent en ce moment leurs réunions à
Bercy. Je les verrai en juillet, pour décider quels projets seront
retenus et quelles économies réalisées. Comme nous
ne saurons que très tard ce que sera exactement la croissance de
l'année (entre 0,8 et 1,5 %), nous avons décidé d'être
très vigilants sur la partie "dépenses" du budget
qui, elle, dépend de nous. Nous avons dit clairement à chaque
ministre que tout projet nouveau devait être financé par
redéploiement. Cela étant, nos priorités s'étalent
sur cinq ans. Nous menons une politique fondée sur la durée,
en tenant le cap que nous avons annoncé.
Votre politique
ne s'apparente-t-elle pas à la rigueur ?
Non. Une politique de rigueur consiste à accroître les impôts
et les charges quand la croissance est faible. Notre choix est d'appliquer
à l'Etat une discipline budgétaire indispensable. Les deux
valeurs de notre stratégie économique sont la croissance
durable et la valeur ajoutée. La moindre petite brise de croissance
doit être profitable à la France. Et ce sont ceux qui ont
les voiles bien gréées qui prennent les premiers vents.
La logique de la France n'est ni la standardisation, ni le gigantisme,
mais la création, l'innovation, le talent de l'intelligence. Il
faudra donc que l'on trouve les moyens de redonner confiance à
l'éducation nationale et de mobiliser la recherche : deux sujets
sur lesquels nous avons eu des fragilités en 2003, et qui nous
préoccupent en priorité. Mais je ne veux pas pour autant
me trouver systématiquement face au slogan "pas de réforme,
mais davantage de moyens". C'est dans cet esprit que je vais annoncer,
la semaine prochaine à La Baule, une démarche ambitieuse
que j'entends mettre en uvre sur le thème essentiel de l'"attractivité"
de nos territoires. Je souhaite mobiliser l'ensemble du gouvernement autour
d'objectifs précis afin que la France valorise mieux ses atouts
dans la compétition mondiale pour attirer davantage les compétences
et les capitaux, et pour renforcer ses positions dans les activités
d'avenir à forte valeur ajoutée, à commencer par
la recherche. C'est une priorité de l'avenir.
Aurez-vous les
moyens de poursuivre la baisse de l'impôt sur le revenu ?
La baisse des impôts pesant sur les ménages et les entreprises
sera poursuivie. Nous avons déjà pris, pour 2004, des décisions
fiscales importantes. Au service de la croissance durable : c'est le sens
des allégements fiscaux pour la création, la transmission
d'entreprises et l'innovation. Au service de la cohésion sociale,
avec les mesures en faveur du mécénat pour conforter les
initiatives associatives, et avec la relance des zones franches urbaines.
Nous allons introduire une déduction fiscale pour permettre à
tous les Français d'épargner pour leur retraite. Nous réfléchissons
également aux meilleurs moyens de leur permettre de bénéficier
d'une couverture complémentaire pour leur santé. Au total,
sous une forme ou sous une autre, le poids de l'impôt sur le revenu
continuera à être significativement abaissé en 2004.
Les décisions seront prises en septembre.
Pourra-t-on considérer
les élections régionales de 2004 comme un test national
sanctionnant votre politique ?
Je ne le souhaite pas. Je suis trop décentralisateur pour cela
! Je souhaiterais même qu'à l'avenir nous parvenions, comme
en Espagne, à organiser les élections régionales
à des dates différentes. On se déterminerait en Rhône-Alpes
sur des sujets vraiment rhônalpins, et en Bretagne sur des sujets
bretons.
Cela dit, je connais notre vie publique nationale : avant que nous ayons
complètement déconnecté ces élections territoriales
des préoccupations nationales, il y a du chemin à faire.
Je ferai tout pour que la dimension territoriale de ces échéances
soit la plus forte possible.
Vous-même,
serez-vous candidat en Poitou-Charentes ?
Ce n'est pas exclu, mais aujourd'hui ce n'est pas souhaitable. La mobilisation
d'un premier ministre est à 200 %. Je n'imagine pas être
assez disponible pour construire des projets régionaux, ou mener
une campagne électorale.
Un ministre élu
président de région pourra-t-il rester au gouvernement ?
Il est difficile d'exercer en même temps la responsabilité
d'un exécutif territorial et une fonction ministérielle.
Sauf en Corse, notre système ne permet pas pour le moment de distinguer
la responsabilité exécutive du pouvoir délibératif.
Nous nous orientons donc vers le statu quo. Les ministres pourront être
candidats, mais ils devront choisir entre l'exécutif gouvernemental
et l'exécutif régional. Tout cela se fera dans la plus grande
transparence.
Des élus
qui, par le passé, ont conclu des accords avec le Front national
pourront-ils conduire des listes de l'UMP ?
Je pense, comme Alain Juppé, le président de l'UMP, qu'un
engagement formel devra être pris sur ce sujet par chacun des candidats
pour exclure de tels accords à l'avenir.
M. Sarkozy revendique
le fait que sa politique en Corse s'inscrit dans le fil de celle de Lionel
Jospin. N'est-ce pas pour cela que vous avez du mal à rassembler
votre majorité sur ce dossier ?
Je revendique, moi, d'avoir fait une réforme de la décentralisation
qui permet de donner la parole aux Français. Nous n'avons pas réuni
cinquante personnes à Matignon pour décider de l'avenir
de la Corse, mais nous donnons la parole aux Corses, ce qui est fondamental.
Les Corses ont la possibilité de dire : "Oui, nous voulons
participer à la République décentralisée."
Ce qui leur est proposé vaudra aussi pour d'autres régions.
Comme Nicolas Sarkozy, je pense que ce référendum n'est
ni de droite ni de gauche mais pour ou contre la Corse dans la République
décentralisée.
Mais si les Corses
votent "non" le 6 juillet ?
Ce serait le choix de l'immobilisme, ce qui n'est pas la bonne réponse
pour la Corse du XXIe siècle. Nous, nous proposons un progrès.
Le projet de réforme
des marchés publics suscite l'inquiétude des professionnels
et nourrit le soupçon d'une résurgence de la corruption.
Est-ce une réforme que vous avez souhaitée ?
Le texte actuel ne me convient pas. Je reconnais à Francis Mer
le mérite d'avoir eu une approche de rationalité économique
mais, ensemble, nous allons y ajouter par la concertation parlementaire
une approche de prudence politique. D'ores et déjà, je peux
dire que je souhaite notamment un abaissement des seuils proposés,
une amélioration des procédures d'annonces légales...
Nous tenons à la plus totale transparence.
Mis en cause dans une affaire judiciaire, Pierre Bédier pourrait-il
rester secrétaire d'Etat s'il devait être mis en examen ?
Je ne répondrai pas à une question hypothétique.
D'une manière générale, je suis pour que l'on défende
la présomption d'innocence. Je ne souhaite pas que l'on fragilise
n'importe quel acteur public ou privé par la mise en examen, qui
n'est pas une déclaration de culpabilité. Si une personne,
du fait de cette situation judiciaire, a des difficultés dans l'exercice
de son mandat, il y a un problème personnel qui lui est posé.
Mais je suis pour que l'on résiste en défendant la présomption
d'innocence, car il y a des mises en examen très médiatisées
qui se soldent parfois par des non-lieux inaperçus.
Un remaniement
est-il envisageable avant les régionales ?
Un remaniement ne me paraît pas utile aujourd'hui. Je trouve qu'il
y a de bonnes complémentarités au sein du gouvernement.
J'en parlerai le moment venu au président de la République.
Etes-vous aussi
satisfait du fonctionnement de l'UMP ?
L'UMP est une formation très jeune, qui a bien réussi au
Parlement, où nous avons une vraie cohérence et une bonne
dynamique générale. Jacques Barrot et Josselin de Rohan
animent remarquablement leurs équipes. Entre le président,
le gouvernement et le Parlement, on est dans un système de confiance
qui fonctionne bien. La mise en place de l'UMP sur le terrain est désormais
une réalité et un succès dans les quatre cinquièmes
des départements.
Nous avons maintenant à organiser la puissance de l'équipe
nationale. Il faut que nous puissions aligner autour d'Alain Juppé
la trentaine de dirigeants nécessaires à l'animation d'une
grande formation. C'est l'objet de la nomination prochaine d'un bureau
politique.
Vous êtes
le chef du gouvernement. Considérez-vous qu'il vous revient d'être
aussi le chef de la majorité ?
C'est la fonction institutionnelle de la Ve République. Donc, sans
hésiter, je réponds oui. Je m'occuperai, avec l'UMP, des
différentes élections qui viendront et j'attache une toute
première importance au bon fonctionnement de la majorité
et aux relations avec les parlementaires.
Quelle sera, selon
vous, la durée de votre "bail" à Matignon ?
J'assume sereinement le fait de rester, mais je n'ai pas peur de partir.
Je suis assez libre. J'ai découvert que c'était une force.
La qualité des relations avec le président est l'un des
rares bonheurs de ma fonction. J'assume le reste comme une mission.
Propos recueillis
par Jean-Michel Bezat, Hervé Gattegno et Jean-Baptiste de Montvalon
"Faire respecter la laïcité par la loi"
Interrogé sur la question du port du voile islamique à l'école,
le premier ministre a déclaré au Monde : "Le président
de la République a souhaité que nous posions cette question
lors du grand débat sur l'école, tout en faisant appel à
l'avis de diverses personnalités. Ces deux approches pourront se
rejoindre lors de la préparation de la loi d'orientation. J'ai
moi-même une ambition très forte pour la laïcité.
Il faut lui donner la force d'une valeur fondamentale de la République.
" Mon rêve serait que sa pratique soit assez forte pour qu'on
n'ait pas besoin d'une nouvelle loi. Mais s'il n'y a pas consensus ou
s'il y a résistance, il ne faut pas hésiter à faire
respecter la laïcité par la loi."
oARTICLE PARU DANS L'EDITION DU MONDE DU 20.06.03
Source : http://www.lemonde.fr/article/0,5987,3224--324462-,00.html
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