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Alternatives au plan Fillon
Commission Financement
de l'AG départementale de Tours / Vendredi 6 juin 2003
I. REVENDICATIONS
Nous souhaitons la
continuité d'un système de retraite solidaire, par répartition.
D'ici 2040, le système actuel demandera de nouveaux financements.
La question qui se pose est : où trouver ces financements ?
I.1 La réponse
du gouvernement est :
- par l'allongement
de la durée du travail à 40 annuités, pour ensuite
" s'approcher en 2020 de 42 annuités "(avant-projet
de loi Fillon)
-par une augmentation des cotisations retraite de 2 à 3 points.
-par une indexation des retraites, non sur les salaires mais sur les
prix (lesquels augmentent moins vite)
- par une décote de 5% par année manquante
Combien d'entre nous pourront travailler 42 annuités ? De nombreux
salariés n'ayant pas cotisé tout leur temps seront contraints,
pour ceux qui le pourront, de souscrire à une retraite par capitalisation
ou épargne retraite individuelle, salariale ou non. Ces épargnes
individuelles représentent un marché prometteur pour les
compagnies d'assurance, les banques et les fonds de pension. On connaît
aujourd'hui, par les nombreux scandales financiers (Enron, Worldcom),
l'instabilité des revenus issus de ces fonds qui n'assurent aucunement
les salariés de pouvoir bénéficier individuellement
de leur épargne. Par ailleurs, tous les salaires ne permettent
pas de tels placements.
Toutes ces retraites " décotées " seront autant
d'économie pour le gouvernement, et c'est ainsi qu'il veut sauver
le système de retraite par répartition.
I.2 Notre réponse
Elle suppose une
participation de tous, salariés, entreprises, actionnaires, au
système de solidarité. Ce financement supplémentaire
peut être supporté par l'économie et la société
française : comment en effet l'économie française
a-t-elle pu supporter une multiplication par 9 des dépenses retraites
ces quarante dernières années et pourquoi ne pourrait-elle
pas le faire ces prochaines 40 années, alors que ces mêmes
dépenses seraient seulement multipliées par 3,3 ?
T1
: Evolution du PIB et des dépenses de retraites en l'absence
de réforme Balladur et Fillon (1960-2040)en Euros 2003 (1)
| |
1960 |
2000 |
2040 |
| PIB(en euros
2003) |
370 milliards
|
1500 milliards |
3000 milliards
(2) |
| Dépenses
de retraites |
20 milliards
(5,4%) |
180 milliards
(12%) |
480 milliards
(18,5%) |
| Reste (en euros
2003) |
350 milliards |
1320 milliards
|
2520 milliards |
Comment expliquer cela ?
La donnée
démographique n'est pas la seule à prendre en compte dans
les calculs : certes, le nombre d'inactifs augmente, mais il faut
le mettre en relation avec la productivité des actifs, qui augmente
elle aussi. Pour cela, appuyons-nous sur le ratio de dépendance
économique.
Le " ratio de dépendance économique ", c'est
le rapport entre le nombre de personnes inactives (jeunes, chômeurs,
retraités) et le nombre de personnes actives. Selon la Fondation
Copernic :
- en 1993 : il était
de 1,59 ( il y avait 159 écoliers, étudiants, chômeurs
et retraités pour 100 personnes ayant un emploi )
- en 2000 : 1,3
- en 2040 : il sera de 1,66 (faible augmentation, car si le nombre de
retraités augmente, le nombre de jeunes à charge des familles
diminue de un million ; ceci étant calculé de plus sur
l'hypothèse du maintien d'un taux de chômage de 9%)
L'augmentation est donc de 4,4 % sur 40 ans : rien à voir avec
les affirmations alarmistes du gouvernement.
Or, chaque année,
un actif produit davantage de richesses par l'amélioration des
techniques de travail, des machines,etc. et peut donc financer davantage
d'inactifs sans mettre en danger les résultats de son entreprise.
Pour assurer le financement des retraites à l'horizon 2040, tout
en abrogeant la réforme Balladur de 1993, une augmentation annuelle
de 0.34 point du taux de cotisation pour la retraite est tout à
fait possible. (3)
SIMULATION
|
2003
|
2004
|
2040
|
|
| Valeur
ajoutée réalisée par un salarié en une
année (a) |
100
|
101,6
|
188,7
|
Hypothèse
d'une croissance de la productivité du travail de 1,6% par
an en moyenne, soit une hausse de 89% sur 40 ans (4) |
| Salaire
net versé à ce salarié (b) |
50
|
50,55
|
77,5
|
Hypothèse
d'une progression des salaires nets de 1,1% par an en moyenne, soit
55% de hausse sur 40 ans |
| Cotisations
sociales (salariales et patronales) (c) |
20
|
20,10
|
24,4
|
Hypothèse
d'une progression des cotisations sociales de 0,5% par an en moyenne,
soit 22% de hausse sur 40 ans |
| Coût
salarial [(d) = (b) + (c) ] |
70 |
70,65 |
101,9 |
Le
coût salarial augmente de 0,95% par an, soit 46% de hausse sur
40 ans (5) |
| Reste
pour l'entreprise (Excédent brut d'exploitation) et l'Etat
(impôts et taxes) [(e) = (a) - (d) ] |
30
|
30,95
|
86,8
|
Ce
reste représenterait en 2040 46% de la valeur ajoutée
créée par le salarié, contre 30% en 2003. Il
y a donc encore de la marge en matière de hausse des salaires
ou de cotisations sociales. |
Rappelons qu'en 1950,
il y avait 10 actifs pour seulement 2 retraités (6), et que les
pensions de retraite sont pourtant aujourd'hui bien meilleures. Nous ne
souffrirons donc pas d'une insuffisance de richesses, même le pessimiste
rapport Charpin l'a reconnu. Le problème vient d'abord de la
répartition de celle-ci, comme nous allons l'expliciter plus loin.
I.3 Nous revendiquons donc :
- et le droit à
partir à 60 ans avec une retraite à taux plein (75%) pour
tous (public comme privé) pour une durée de cotisation
de 37,5 annuités, et la validation des années d'étude
et d'inactivité forcée
- Aucune retraite inférieure au SMIC
- Le calcul du taux de remplacement sur les 6 derniers mois d'activité
- L'indexation des retraites sur l'accroissement des salaires.
- Donc : l'abrogation des mesures Balladur de 1993, le retrait du plan
Fillon et l'abandon de toute mesure de décote sur les retraites.
II FINANCEMENTS
L'ordre dans lequel
ces points sont présentés n'est pas proportionnel à
leur importance. Une solution équitable demandera sans doute une
combinaison des mesures présentées.
II.1 Un accroissement
des embauches par une politique de l'emploi
L'augmentation de
l'emploi permet d'avoir plus de salariés qui cotisent pour les
caisses de retraite. Nous demandons la mise en uvre, à long
terme :
- D'une politique
d'embauche d'emplois publics.
- Une politique favorisant l'emploi dans le secteur privé par
des moyens ne pénalisant pas la solidarité nationale.
II.2 Le redressement
de la part des salaires dans le PIB
Evolution de la part des salaires dans le PIB (cotisations sociales
incluses) :
69-57 = 12 % de baisse (7)
Graphique
(voir pièce jointe)
En restaurant la part
affectée aux salaires dans le PIB, les cotisations augmenteraient
mécaniquement sans mettre en péril le pouvoir d'achat des
salariés.
Pour maintenir le financement des retraites en l'état, le poids
des dépenses de retraites dans le PIB devrait passer de 12.5 %
du PIB actuellement à 18.5% du PIB en 2040, et ce avec un taux
de chômage à 9% sur toute la période (8) . 6 points
de PIB de plus, c'est deux fois moins que la baisse de la part des salaires
dans le PIB supportée ces 20 dernières années (12
points).
Nous proposons de
restaurer la part des salaires dans le PIB par :
- Une revalorisation
annuelle du SMIC plus importante que la hausse de la productivité
(de manière à gagner en % du PIB, une hausse simplement
égale signifiant un maintien de la répartition actuelle)
- Un rattrapage de la rémunération des femmes (inférieure
de 27% à celle des hommes) par la mise en place d'un système
de contrainte forte sur les employeurs par les partenaires sociaux
- Une politique ambitieuse de hausse de salaires.
II.3 L'accroissement des cotisations
Dans la part des PIB
consacrée aux salaires, un accroissement du financement des retraites
est possible. Selon le COR, il suffirait d'augmenter les cotisations de
15 % en 40 ans (soit une augmentation moyenne de 0,375% par an) (9) pour
maintenir le financement du système de répartition actuel
en 2040.
Augmenter les cotisations
patronales
| |
1982 |
2002 |
Evolution |
| Taux de cotisation
patronales |
8,2% du salaire
brut |
8,2% du salaire
brut (*) |
+ 0 point |
| Taux de cotisation
des salariés |
4,7% du salaire
brut |
6,55% du salaire
brut |
+ 1.85 point |
(*) Le
taux de cotisation patronale est de 19, 1 % en Allemagne, de 24,87 % en
Belgique, de 23,81 % en Italie, de 23,25 % au Portugal, 18,9 % en Suisse,
17, 9 % en Hollande. Source : projet de rapport conjoint de la Commission
et du Conseil sur des pensions viables et adéquates, Commission
des Communautés Européennes, 2002.
La stagnation des
cotisations patronales a un effet direct : en 1980, la part des cotisations
patronales dans le financement des retraites était de 64%, celle
des salariés de 36%. Aujourd'hui, la part patronale est tombée
à 56%, celle des salariés est montée à 44%.
Si cette proportion était rééquilibrée au
niveau de 1980, ce serait 40 milliards d'euro qui seraient entrées
dans les caisses de retraite en 15 ans.
De manière
à égaliser l'effort entre entrepreneurs et salariés,
nous souhaitons un retour du partage au niveau de 1980, ce qui signifie
:
- Augmenter la part
de cotisations patronales à 11,6% du salaire brut, soit une montée
de 3,4 points par rapport au niveau actuel, soit un accroissement 0,34
point par an pendant 10 ans. (déplafonnement des cotisations
employeurs)
Néanmoins,
une augmentation des cotisations pourrait atteindre de manière
négative plusieurs entreprises :
- les entreprises
de main d'uvre qui seraient pénalisées alors que
les entreprises créant une valeur ajoutée importante avec
peu de salariés participeraient moins à l'effort
- les petites entreprises que l'accroissement des charges peut conduire
à la faillite
- les entreprises subissant une forte concurrence à l'étranger
et risquant de fermer ou de délocaliser
Il est normal que
les entreprises prennent en charge la vieillesse des travailleurs qui
ont créé leurs richesses, mais l'accroissement des cotisations
ne doit pas les conduire à fermer. Des mesures de modulation des
cotisations doivent être mises en place :
- modulation des
cotisations en fonction du rapport nombre de salariés/ valeur
ajoutée (pour favoriser les entreprises à forte main d'uvre)
- modulation des taux de cotisations patronales en fonction du recours
au travail précaire, permettant aux entreprises utilisant avec
bénéfice ce type de travail de davantage contribuer à
la solidarité pour compenser l'insécurité des précaires
- modulation permettant de ne pas mettre en danger les petites entreprises
artisanales
Par ailleurs, la mise en place de ce rattrapage doit s'inscrire dans
l'instauration de règles communes à toute l'Union Européenne.
Augmenter les cotisations
pour tous
Lorsque ce retard
aura été rattrapé et que la part des cotisations
patronales/salariales aura été de nouveau équilibrée,
d'autres mesures peuvent être mises en place :
- une augmentation
conjointe des cotisations de +0,5% par an, jusqu'en 2040, permettant
de combler le déficit de financement prévu.(La hausse
des salaires, qui en suivant la croissance prévue, serait de
1,6% par an, serait restreinte à 1,1% par an. Elle pourrait être
modulée en fonction du niveau du salaire - moindre hausse pour
les salaires élevés, compensés par une meilleure
hausse des bas salaires).
- la suppression des exonérations de charges patronales, très
coûteuses pour la collectivité (pour 2002, 18,2 milliards
d'euros (10) à comparer au total versé par le Régime
général au titre des retraites en 2002, de 68 milliards
d'euros), et inefficaces en terme d'emploi (prouvé par la persistance
d'un haut taux de chômage et les fermetures en chaînes d'entreprises
qui s'installent uniquement pour profiter un temps des aides de l'Etat
alors que leur rentabilité n'est pas pensée à long
terme). Par ailleurs, l'effet d'aubaine fait que des entreprises, qui
auraient embauché de toutes façons, se retrouvent bénéficiaires
" par aubaine " d'une exonération qui grève
injustement le système de solidarité.
- Un effort légitime des élus qui bénéficient
actuellement d'un système de rétribution et de retraite
fortement avantageux, alors qu'ils demandent aux salariés des
efforts de solidarité. Les retraites des élus devraient
être parfaitement alignées sur le régime moyen de
tous les salariés.
II.4 L'élargissement de l'assiette des cotisations
Une part du PIB non
consacrée aux salaires reste importante. Elle ne fait pas l'objet
d'une cotisation solidaire du système de retraite, alors que ces
richesses-là ont été produites, comme les autres,
par les salariés. Ceux-ci ont droit de voir une partie des richesses
qu'ils ont produit consacrée à la rétribution de
leurs vieux jours. Or, la part des profits distribués (non investis)
serait passée entre 1980 et 2002 de 2,8% du P.I.B. à 5,4%
(source O.F.C.E.). Pour exemple, le volume des placements financiers des
entreprises serait passé de 8,2 milliards d'euro en 1985 à
149 milliards en 2002.
Nous souhaitons
l'élargissement du financement à l'ensemble des revenus
issus de la valeur ajoutée produite par les actifs, c'est à
dire :
- des prélèvements portant sur des revenus fonciers
- des prélèvements portant sur les revenus financiers
- L'instauration d'une cotisation-vieillesse spécifique sur les
transactions financières et les revenus boursiers.
(1) L'U.S. n°588 du
30/05/03 p.3
(2) Le chiffre prévu
par le COR serait de 2900 milliards d'euros pour une croissance de 1,6%
(3)Jean
Paul Piriou, économiste, maître de conférence à
l'université Paris- I - Panthéon - Sorbonne. " Retraites
: cotisons dans la bonne humeur ", Le Monde, vendredi 9 mai 2003
(4)
C'est l'hypothèse retenue par le Conseil d'Orientation des Retraites
et qui est bien en deçà des évolutions passées.
De 1973 à 2003, la productivité du travail a augmenté
de 2,2% par an en moyenne, soit une hausse de 139% en 40 ans.
(5)
Comme le coût salarial augmente moins vite que la productivité
du travail, la part de la masse salariale dans la valeur ajoutée
diminue et passe dans cette simulation de 70% en 2003 à 54% en
2040. C'est le même phénomène qui explique la baisse
de la part des salaires dans le PIB durant ces vingt dernières
années.
(6)
René Passet, professeur émérite d'économie
à l'université Paris- I - Panthéon Sorbonne, Article
" Retraites : sauvetage ou racket ?" Libération du mercredi
21 mai 2003
(7) Source INSEE,
Comptes Nationaux.
(8) Conseil scientifique
d'Attac. Attac.org
(9) Arnaud PARIENTY,
économiste, membre du COR et de la FSU.
(10) Document
du SNFOLC 41, 22 mai 2003
Source : Commission
Financement de l'AG départementale de Tours
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