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Espagne: La décentralisation, ça marche ! (arg 8.6)
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Le transfert du système éducatif aux régions, achevé il y a trois ans, s'est traduit par une hausse considérable des crédits. Mais le modèle décentralisé est aujourd'hui fragilisé par une nouvelle loi.

Trois ans ont passé depuis que l'Etat a achevé de transférer ses compétences en matière d'éducation aux dix-sept régions autonomes. Dans un dossier publié en avril dernier par la revue Cuardernos de Pedagogia [cahiers de Pédagogie], l'inspecteur d'académie Jesùs Jiménez dresse un bilan détaillé de ce Modèle décentralisé, avant d'aboutir à la conclusion que la dérive centralisatrice du gouvernement Aznar, et notamment la loi sur la qualité de l'enseignement (LOCE)*, entrée en vigueur en janvier dernier, nuit sérieusement au développement de ce système.

Comme l'explique Jiménez, les régions autonomes essaient aujourd'hui de définir "leur propre modèle éducatif ". Or la LOCE - qu'il qualifie de "centraliste - leur complique la tâche, car elle limite leur autonomie. L'actuel gouvernement conservateur, ajoute-t-il, a mis en pratique la formule "à moi de légiférer, à toi de payer". Le dossier de Cuadernos de Pedagogia montre en tout cas clairement que toutes les régions, indépendamment de leur couleur politique, ont
dû accroître considérablement les maigres crédits que l'Etat leur a cédés au moment du transfert de compétences et que, dans l'ensemble, elles investissent davantage dans l'enseignement que ne le faisait le ministère de l'Education.

De manière plus générale, toutes les régions rencontrent les mêmes problèmes et doivent relever des défis similaires, qui découlent des exigences et des besoins de la société espagnole, comme l'allongement de la durée de scolarisation (généralisation de la prise en charge des enfants de 3 à 6 ans et augmentation du nombre d'élèves scolarisés jusqu'à 18 ans) et la nécessité de concilier les emplois du temps des élèves avec ceux de leurs parents. Mais le paysage scolaire espagnol reste très hétérogène et les régions ne peuvent résoudre les problèmes qui se posent à elles qu'en développant un modèle éducatif qui leur soit propre, et qui tienne compte de la démographie et de beaucoup d'autres facteurs. Ainsi, les régions rurales et à faible densité de population nécessitent un nombre supérieur d'établissements et doivent investir davantage en infrastructures. Sur ces bases, note l'inspecteur Jesùs Jiménez, "chaque région s'est mise à imaginer ses propres solutions et à mettre en oeuvre des mesures en fonction de ses possibilités. Du coup, on a l'impression qu'il y a dix-sept systèmes éducatifs différents."

En ce qui concerne les enseignants, "leur situation s'est nettement améliorée depuis la décentralisation, tant en termes d'effectifs que de rémunérations et de conditions de travail" souligne Cuadernos de Pedagogia. Mais "on constate de grandes disparités régionales", davantage dues à la force et à la pression locale des syndicats qu'à des critères plus objectifs tels que le coût de la vie. Ainsi, un enseignant du Pays basque en milieu de carrière peut percevoir jusqu'à près de deux fois plus qu'un collègue débutant travaillant en Catalogne [40 800 euros, contre 24 800 euros par an], qui reçoit lui-même un traitement équivalent à celui d'un enseignant d'Estrémadure [malgré un niveau de vie bien plus élevé dans la première région que dans la seconde.

José Maria Marti Font

*Cette réforme prévoit notamment la création de parcours différenciés à partir de la classe de troisième, ainsi que la réintroduction du baccalauréat et du redoublement.

Source :Courrier International n° 657 du 5-11 juin 2003


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