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La grande braderie (arg 8.4)
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politis du jeudi 12 juin 2003

Le gouvernement veut décentraliser le RMI et mettre en place un revenu minimum d'activité. Au prix de la remise en question des droits sociaux.
Dans le droit-fil de la "stratégie de l'artichaut " suivie par le gouvernement, il convient d'ajouter une feuille à la remise en cause des garanties sociales, qui suscite tant de mouvements de protestation. Il s'agit du projet de loi "portant décentralisation en matière de revenu minimum d'insertion et créant un revenu minimum d'activité " , adopté par le Sénat le 27 mai et transmis à l'Assemblée nationale, sans qu'on sache quand il sera débattu.
Une telle célérité du ministre des Affaires sociales, François Fillon, ne manque pas d'attirer attention et suspicion, car le projet " n'a fait l'objet d'aucune concertation sérieuse avant son dépôt au Parlement ", s'est alarmé le collectif Alerte, qui réunit 40 associations de lutte contre la pauvreté et l'exclusion. Et il n'y a eu jusqu'à présent que quelques rares réactions politiques à gauche. Derrière les formulations ambiguës de "mise en cohérence avec le processus de décentralisation de l'action sociale " et " d'impératif de proximité inscrit désormais dans la Constitution ", le projet Fillon est avant tout un prétexte pour remettre en cause le dernier volet de protection sociale qu'est devenu le revenu minimum d'insertion. Il concerne selon une étude de la Caisse nationale d'allocations familiales (Cnaf), plus de 1,2 million d'allocataires. Mais l'ajout, après deux ans de RMI, d'un "contrat insertion-revenu minimum d'activité " (RMA) ne complique pas seulement l'actuel dispositif des contrats aidés, il contient aussi une bombe à retardement. Ce nouveau contrat mettra à la disposition des employeurs une main d'œuvre très avantageuse . A la clé, une aide équivalente au montant du RMI et peu de cotisations. Nul doute que les entreprises sauront saisir cette aubaine. Au prix de la remise en question des droits sociaux. En substituant un Rmaste aux CDD, aux intérimaires et aux contrats saisonniers notamment occupés par les Rmistes eux-mêmes, les conditions de travail et de rémunération, voire les droits fondamentaux de millions de salariés seront en pièce.
Par le biais de ce contrat de travail à temps partiel, de 18 mois maximum, le gouvernement poursuit en catimini un démantèlement de la protection sociale du salarié. Dans l'esprit, il s'inspire des expériences européennes d'"activation des minima sociaux ", comme en Grande-Bretagne, avec la mise en place d'un workfare. Il met ainsi en œuvre les recommandations libérales expressément formulées par diverses institutions internationales. Rappelons au passage que le salaire minimum et la Sécurité sociale sont traités par les experts de l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce), comme des " obstacles techniques au commerce ".
Pratiquée au Sud, comme au Nord, cette logique est synonyme de grande pauvreté pour les personnes les plus faibles des sociétés mondialisées. Comme le résume René Passet : " Tout le jeu de la sphère financière consiste à maximiser la part qui lui revient au détriment des autres sphères : économique, naturelle et humaine. "
Avec une mauvaise foi extraordinaire, le gouvernement Raffarin répète à qui veut l'entendre qu'il s'agit de réhabiliter la valeur travail. Cette affirmation est à comparer aux plans sociaux qui se multiplient, à la précarité et à son cortège de pauvreté, de déstructuration des individus et de la société qui inquiètent nombre d'acteurs sociaux. Y ajouter un RMA est loin de constituer un projet de société durable.

Thierry BRUN

Une pétition intitulée : " contre le projet de loi RMI-RMA " est proposée par plus d'une vingtaine d'associations et de syndicats, entre autres AC !, Act Up, Attac, Collectif national pour le droit de la femme, Confédération paysanne, Droits devant ! !, fondation Copernic, FSU, MIB, MNCP, G10 Solidaires, SUD-PTT, etc…
Contacts :
" Ac ! ! http://ac@ras.eu.org
" Association pour l'emploi, l'information et la solidarité apeis@freesurf.fr
Source : Politis du 12 juin 2003

 

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