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La réforme des marchés publics inquiète élus et entreprises (arg 8.2) |
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La refonte
du code des marchés publics, décrétée par
le gouvernement, pourrait entrer en vigueur dès le mois de juillet.
Le Sénat doit en examiner l'ultime mouture en deuxième lecture,
mardi 10 juin.
Certains articles ont été intégrés dans le cadre de la loi d'habilitation autorisant le gouvernement à légiférer par ordonnance. Adoptés par l'Assemblée nationale le 3 juin, ceux-ci devaient être soumis en deuxième lecture au Sénat, mardi 10 juin. Mais pour les observateurs, tout paraît joué : les décrets promptement publiés, le nouveau code des marchés publics sera mis en application dès le 2 juillet. A Bercy, on se contente d'évoquer "la mi-juillet". Déjà, critiques et interrogations fusent de toutes parts autour du nouveau texte. Pourquoi être allé si vite sur la refonte d'un texte complexe, qui régit l'ensemble de la commande publique ? Pourquoi avoir réduit à l'extrême la concertation avec les parties intéressées ? Le projet a été bouclé en moins de six mois (Le Monde du 10 avril). Bercy justifie cette rapidité par la nécessité de mettre fin aux difficultés des utilisateurs à manier le code actuel, en particulier sur l'application des nomenclatures de la comptabilité publique. "Il s'agit bien
plus que d'un toilettage de normes administratives", insistent pourtant
certains élus, la Confédération de l'artisanat, l'ordre
des architectes ou le syndicat CFDT de la direction générale
de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes
(DGCCRF). De fait, toutes les procédures mises en place depuis
dix ans pour assurer la concurrence, la transparence et garantir la moralité
de la vie publique sont remises en cause. "C'est une réforme
d'inspiration libérale, admet Jean de Lhermitte, conseiller juridique
du ministère des finances. Il faut sortir de la logique bureaucratique.
Les contrôles ont leur raison d'être mais a posteriori, comme
pour le code électoral." Même les entreprises censées bénéficier de la réforme s'alarment. Rompant avec sa discrétion traditionnelle sur ces sujets, Martin Bouygues, président du premier groupe français de BTP, se montre critique : "Je ne suis pas favorable au relèvement du seuil de l'appel d'offres au niveau de 6,2 millions d'euros ; il me semble trop élevé", a-t-il déclaré au Monde, ajoutant que " si le gouvernement estime nécessaire de maintenir le relèvement du seuil, il faudrait au moins édicter quelques règles simples pour assurer une transparence suffisante des commandes se situant en deçà ; par exemple, l'ouverture publique des offres au moment de leur remise". Mais cette procédure publique n'est pas prévue. Pis, les représentants de la DGCCRF et les comptables publics qui siégeaient de droit dans les commissions ne pourront y participer que s'ils y sont invités et n'auront qu'une voix consultative. De même, tous les dispositifs de régulation, comme le découpage en lots des marchés à passer, deviennent facultatifs. Pour compléter l'ensemble, le gouvernement entend profiter de la loi d'habilitation pour introduire les contrats de partenariat public-privé, qui permettront à une même entreprise d'assurer la conception, la réalisation et l'entretien d'un ouvrage public. Cette procédure, qui réinstitue les marchés d'entreprises de travaux publics (METP), avait été proscrite par la loi après une série de dérives, notamment mises au jour dans l'enquête sur les marchés des lycées d'Ile-de-France, sur fond de soupçons portant sur le financement occulte des partis politiques. Cette affaire, qui avait dévoilé l'existence d'un système d'entente entre les entreprises afin de se partager les contrats, a entraîné la mise en examen pour "corruption" de plusieurs personnalités, anciens trésoriers et mandataires financiers du RPR, du PS, du PR et du CDS. Or l'issue de cette procédure pourrait être modifiée par la réforme, dans la mesure où disparaissent certaines des règles relatives à l'attribution des marchés considérées par les juges comme ayant été violées. "En vertu du principe pénal d'application de la loi la plus douce, les dispositions nouvelles s'appliquent aux infractions non jugées lorsqu'elles sont moins sévères que les anciennes", rappelle le syndicat CFDT de la DGCCRF, redoutant qu'une solution "discrète mais néanmoins efficace" ait ainsi été trouvée pour aboutir à "la suppression du délit de favoritisme". Précisément
ouverte pour "favoritisme", l'enquête qui a provoqué
la mise en examen du directeur général des services de la
Ville de Nice et de l'adjoint au maire chargé des sports (Le Monde
du 9 avril) pourrait être affectée, les personnes poursuivies
étant soupçonnées d'avoir contourné la commission
d'appel d'offres pour faire main basse sur les principaux marchés
publics de la ville. A Marseille, l'information judiciaire relative aux
marchés de rénovation des lycées de la région
Provence-Alpes-Côte d'Azur pourrait être partiellement remise
en cause, comme celle portant sur les HLM de Paris, qui fut instruite
par le juge Eric Halphen et demeure en souffrance au tribunal de Paris. Fabrice Lhomme et Martine Orange
ARTICLE PARU DANS L'EDITION Du Monde 10.06.03 source : http://www.lemonde.fr/article/0,5987,3234--323225-,00.html |
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