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Venu par surprise
au congrès de la PEEP en Moselle, le ministre de l'Education nationale
se dit prêt à appeler les forces de l'ordre pour assurer
le déroulement des examens.
Il est arrivé
discrètement et la rumeur de sa présence s'est répandue
telle une traînée de poudre. Petit sourire en coin, Luc Ferry
se ré- jouissait sans doute du bon tour qu'il venait de jouer aux
enseignants. Alors que son déplacement au congrès de la
Fédération des parents d'élèves de l'enseignement
public (PEEP) avait été annulé, le ministre a finalement
décidé de maintenir son engagement. La décision a
été prise la veille en début de soirée.
Au Galaxy d'Amnéville, en Moselle plus habitué à
accueillir de stars du show-biz, face à 400 parents "apolitiques",
qui l'ont applaudi à tout rompre et qui souhaitaient entendre un
autre son de cloche que celui de la "désinformation",
le philosophe toujours aussi élégant - costume sombre à
rayures fines et cravate rose - a tenu des propos très durs sur
un conflit " qui donne l'image d'un système éducatif
incapable de se réformer de lui-même ", afin de rassurer
des parents " inquiets et angoissés " par d'éventuelles
perturbations des examens.
" Une cellule de crise a été mise en place au ministère.
Tous les scénarios, y compris les plus fermes, sont envisagés
", souligne d'abord M. Ferry, avant de revenir sur ce point en réponse
à une question d'un délégué de La Réunion,
département où " la situation est presque insurrectionnelle
" : " Nous ferons appel aux forces de l'ordre si nécessaire
et à des enseignants pour surveiller et corriger les examens, comme
la loi nous le permet. La fermeté s'impose et s'il le faut nous
prendrons nos responsabilités ".
Menace " politique
"
Ce recours à la police, le ministre espère toutefois ne
pas en avoir besoin. Il se félicite d'ailleurs de " la responsabilité
des organisations syndicales qui ont toutes appelé au non-boycott
des examens ", et s'il se déclare favorable " au droit
de grève et de manifester ", il regrette que l'on prenne les
élèves " en otage ", pour obtenir " ce qu'on
n'a pas réussi à obtenir par les urnes ", Une menace
sur les examens qualifiée de" politique ".
Une attaque que les enseignants apprécieront, au moment où
Luc Ferry entend, sur ordre du Premier ministre, reprendre " en début
de semaine prochaine " le dialogue social avec les syndicats, qui
demandent le retrait pur et simple du volet touchant les personnels de
l'Education nationale dans le projet de loi de décentralisation.
A l'en croire, au contraire, le ministre a évité le pire.
Car, outre le transfert des personnels non enseignants aux collectivités
territoriales, le texte initial prévoyait " la régionalisation
des rectorats et le pilotage par les régions de la formation professionnelle
". Ce que réclament les éléments les plus libéraux
de la majorité.
Pour autant, avec " une école en panne depuis les années
90 ", Luc Ferry garde l'ardeur réformatrice chevillée
au corps et avance trois sujets: l'illettrisme, la sortie du système
scolaire sans diplôme ni qualification, et la violence " dont
les chiffres sont sous-estimés ".
Image d'Epinal
Des échecs volontairement cachés par ses prédécesseurs
rue de Grenelle, " parce qu'on avait peur de choquer les enseignants
".
Entre maladresses et bonne volonté, le ministre de l'Education
nationale godille devant une foule acquise d'avance. Il annonce également
la création d'un Conseil territorial de l'Education nationale,
qu'il présidera et qui réunira les présidents de
région, de départements et les maires, et où seront
discutées les questions qui ne peuvent être abordées
aujourd'hui, sur les inégalités et la péréquation
des moyens entre régions riches et pauvres.
Au stand de Saint-Dié-des-Vosges, un arbre généalogique
montre que Luc " est un arrière petit-cousin de Jules ".
Une image d'Epinal lui est aussi offerte : elle représente la réforme
des écoliers. Tout un programme.
Patrick PEROTTO
Source : L'EST
REPUBLICAIN du 30 mai 2003
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