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Grèves : stop ou encore ? (arg 7.1)

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Denis Sieffert /Politis / 5 juin

Après la grande journée de grèves de mardi, le mouvement social contre la réforme des retraites et la décentralisation de personnels de l'Éducation nationale est à la croisée des chemins.
Manifester contre la tenue d'un G8 en plein conflit social n'a pas que des avantages.
Des enseignants n'étaient peut-être pas là qui seraient venus en d'autres circonstances. Au milieu d'une lutte de longue haleine, certains avaient préféré rester à la maison avant une semaine décisive. D'autres, qui étaient bien là, avouaient une certaine fatigue.
Mais manifester contre un G8 en plein conflit social n'a pas non plus que des inconvénients.
Les innombrables forums organisés du 29 mai au 1er juin, dans le cadre du contre-sommet d'Annemasse (Haute-Savoie), ont permis de peaufiner les arguments. Rien de tel qu'un bon exposé de Jacques Nikonoff (le président d'Attac) sur les retraites pour galvaniser les troupes. Rien de tel que la mise en scène à la fois grave et ludique d'un " procès " des institutions financières internationales, produisant des " témoins " des pays du Sud, pour resituer nos misères hexagonales dans la grande misère du monde, et mettre en perspective la politique de MM. Raffarin, Fillon et Ferry. Ce que Jacques Nikonoff a appelé " la stratégie de l'artichaut " rend parfois inintelligibles les petites décentralisations ou les réformes des retraites, dont le but avoué est évidemment de " sauver notre système par répartition ".

Feuille après feuille, avec des prudences de Sioux, nos gouvernements avancent dans la voie du libéralisme sans jamais l'avouer. Tout est toujours anodin et habillé de considérations techniques. Ou de bon sens. En mettant à nu les grandes tendances de l'époque, les réunions du contre-sommet d'Annemasse nous ont dit à quelle sorte d'artichaut les feuilles de MM. Raffarin et Fillon appartiennent. Lorsque le président d'Attac cite un rapport de la Banque mondiale qui condamne le système par répartition, il éclaire le fond de l'affaire, et réduit à peu de chose les hypocrisies du discours gouvernemental.

À Annemasse, on a donc beaucoup analysé les causes des actuels conflits sociaux, on les a replacés dans un contexte international dominé par la précarisation du travail, la dictature des marchés, la destruction de l'environnement. Le processus qui commande nos " réformes de structures " est le même que celui qui interdit l'accès des pays pauvres aux médicaments génériques, ou conduit à la pollution des océans. C'est celui qui offre les profits les plus immédiats et les plus juteux. Mais tout le monde, loin s'en faut, n'était pas à Annemasse. Et dans cette ville même, bien des commerçants s'étaient barricadés pour ne pas " voir " cela.
Ailleurs, une propagande active tend à minimiser les enjeux des mouvements actuels, à opposer les catégories de population. La télévision fait assaut de reportages sur des lycéens et des étudiants taraudés par la peur de perdre leur année à cause de la grève. Et comment ne pas les comprendre ? Ce n'est pas leur peur qui est critiquable mais l'insistance à la mettre en évidence. Une information, qui se dit de proximité, s'attache à réduire le citoyen à sa fonction de consommateur ou d'usager. Citoyen et usager : nous sommes tour à tour l'un et l'autre. C'est de la lutte entre ces deux parts de nous-mêmes que va en grande partie dépendre l'issue des conflits en cours. C'est de la conscience des enjeux. Mardi devait être une journée de grèves tous azimuts, à la SNCF, à la RATP, à l'EDF-GDF, dans la métallurgie, dans les ports et docks, dans la marine marchande, à la Banque de France, chez les routiers, dans l'audiovisuel public, et bien sûr, dans l'enseignement.
Le gouvernement a d'ores et déjà renvoyé ses mesures de décentralisation scolaire à la rentrée. Sans y renoncer. Mais la réforme des retraites, elle, est bien là, fédératrice de toutes les oppositions. Elle est à l'ordre du jour de l'Assemblée pour le 10 juin. D'ici là, où en sera le mouvement ? Il n'en faut pas de beaucoup que la France ne bascule dans un conflit généralisé. À cet instant précis où chacun se sent plus citoyen que consommateur.

Source : POLITIS du 5 juin 2003


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