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Paix sociale : Comment gouverner la France comme si c'était l'Afrique(arg 6.11)

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" Charlie " a découvert le livre de chevet de Raffarin : il s'agit d'un "vademecum " publié par le Centre de développement de l'OCDE, spécialement conçu pour aider les dirigeants politiques à faire passer la pilule de la mondialisation libérale en minimisant les troubles sociaux.

L'argument du rapport de Christian Morrisson, établi en 1996 et intitulé "La faisabilité politique de rajustement ", est simple: il s'agit de présenter, " sous une forme concise, facile à lire et à assimiler ", les principes et les techniques de base qui permettent &imposer des mesures très
impopulaires, sans risques politiques excessifs. Voici donc en quelques points la théorie de la bonne " gouvernance " selon l'OCDE, avec les applications concrètes du bon élève Raffarin.

Quand un gouvernement vient d'arriver au pouvoir, il lui faut " insister, voire en exagérant, sur la gravité des déséquilibres, souligner les responsabilités des prédécesseurs et le rôle des facteurs exogènes défavorables " (p. 24). Dès sa nomination, Raffarin a invoqué, en vrac, les désastres causés par la RTT, le trou de la Sécu, l'insécurité dans les cités, la loi sur la présomption d'innocence, la crise économique mondiale, Ben Laden...

Après la mondialisation.

Le nouveau gouvernement devra " se ménager le, soutien d'une partie de l'opinion, au besoin en pénalisant davantage certains groupes ", grâce à un " programme discriminatoire " très simple : " Par exemple, si l'on réduit les salaires des fonctionnaires, il faut les baisser dans tel secteur, les bloquer en valeur nominale dans un autre, et même les augmenter dans un secteur clé politiquement " (p. 31).
La règle est facile à comprendre: "Chaque mesure fait en même temps des gagnants et des perdants, de telle sorte que le gouvernement peut s'appuyer facilement sur une coalition des bénéficiaires pour défendre sa politique " (p. 5).
En France, le rôle des "gagnants " étant tenu par les plus riches et le rôle des " perdants " par
les plus pauvres, le gouvernement Raffarin a donc commencé par réformer l'impôt de solidarité sur la fortune et par faire des cadeaux fiscaux aux entreprises, tout en baissant le montant des allocations chômage et en raccourcissant les durées d'indemnisation...
" Les réactions politiques ont lieu au moment de l'application des mesures plutôt qu'à leur annonce. [ ... ] Lorsque le gouvernement annonce un programme et en trace les grandes lignes, la plupart des personnes concernées ne sont pas capables d'avoir une idée claire des conséquences de ce programme pour elles, ou pensent qu'il touche surtout les autres " (p. 11). Encore aujourd'hui, tout le monde pense que les lois Sarkozy ne toucheront que les dealers d'origine maghrébine, les prostituées d'Europe de l'Est et les squatteurs roms.

Tout gouvernant doit donc profiter de cette période de crétinisme généralisé (trois à six mois) pour lancer un programme de communication fondé sur le principe suivant : " seule importe l'image que donne le gouvernement et non la portée réelle de ses interventions " (P. 28). Pour l'application pratique, voir l'article de Stéphane Bou et Emmanuelle Veil, " La Pravda de Raffarin " (en page 13 de ce numéro de Charlie)

" On peut supprimer des primes dans certaines administrations, en suivant une politique discriminatoire pour éviter un front commun de tous les fonctionnaires. Évidemment, il est déconseillé de supprimer les primes versées aux forces de l'ordre dans une conjoncture politique difficile où l'on peut en avoir besoin " (P- 30).
En France, les seuls budgets ministériels en hausse sont ceux de l'Intérieur, de la Défense et de la
justice.

Pour régler le problème des syndicats

" Toute politique qui affaiblirait ces corporatismes serait souhaitable : d'un point de vue économique, cela éliminerait des entraves à la croissance et, politiquement, le gouvernement gagnerait une liberté d'action qui peut lui être précieuse en période d'ajustement. " (P- 23)- Selon le même scénario que lors du conflit des routiers il y a six mois, Raffarin casse le front syndical sur les retraites en s'alliant avec la CFDT. Puis il dénonce les grévistes de l'Éducation nationale et des transports, " preneurs d'otages "...

... la tiers-mondialisation

" En cas d'épreuve, le poids politique exceptionnel d'un chef d'Etat représente un capital déterminant pour le succès de l'ajustement. [... ] Ce fut le cas au Maroc comme en Côte d'Ivoire et au Venezuela : le président avait cette autorité en 1990 parce que le même parti contrôlait la présidence, le Parlement et le principal syndicat " (p. 18).
Autrement dit, pour bien gouverner, rien ne vaut un président autocrate, sans Parlement, ni syndicats. Ça tombe bien, Chirac a été élu avec le score d'Omar Bongo, il contrôle le Parlement, le Sénat et la CFDT. Ce n'est donc sûrement pas lui qui contredira la règle de base, présentée en page 29 du rapport: " La première précaution à prendre est d'éviter une politique laxiste en période de prospérité, car celle-ci crée des droits qu'il est difficile ensuite de remettre en question. "

À supposer, donc, que la croissance reparte, que le moral des ménages soit euphorique, que l'euro, redescende en dessous du dollar, que la Bourse soit en pleine forme, que le trou de la Sécu soit bouché, que les vieux meurent à quarante ans et que les trois millions de chômeurs trouvent du travail, la première mesure sociale conseillée par l'OCDE : surtout ne pas augmenter le SMIC.

SYLVIE COMA

Source : Charlie n° 570 du Mercredi 21 mai

On peut consulter l'intégralité du rapport de l'OCDE sur le site -. http://www.oecd.org/pdf/M00005000/M00005992.pdf

 

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