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Ecoles à vendre
- made in England ? ( arg 6.8)
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par Eliane Gautschi Des consortiums scolaires commencent déjà à se préparer en vue de ce nouveau secteur du marché, notamment en Angleterre. En janvier dernier, "The Guardian" a publié un article extrêmement intéressant sur la situation actuelle du système scolaire anglais. A l'insu d'une grande partie de la population, les écoles anglaises sont en train de s'engager sur la voie de la privatisation. Parallèlement, on teste des modèles scolaires qu'on veut vendre sur le marché mondial de l'enseignement. Certes, les parents sont gênés par les modifications constantes qui interviennent dans l'organisation, les structures et le financement des écoles mais ils en ignorent les vraies raisons. En effet, cela ne doit pas se savoir. Le parti travailliste veut éviter un affrontement entre parents et prestataires privés. L'exemple américain les a rendus prudents. On peut s'étonner que ce soit justement le gouvernement travailliste qui privatise avec enthousiasme les écoles publiques et que le socialiste caviar Tony Blair ait emprunté à la Table ronde européenne des industriels la recette pour sauver l'avenir de l'économie britannique : les privatisations devraient remplacer les secteurs industriels en déconfiture. On va donc voir la Grande-Bretagne devenir le leader du nouveau processus international de privatisation. Cela devrait apporter de l'argent, du pouvoir et des électeurs. L'école, un commerce? Les firmes anglaises
sont donc allées dans des pays comme la Finlande, le Canada et
l'Afrique du Sud pour y vendre des hôpitaux, des rues, des prisons
et des centres de distribution des eaux "made in England". Aussi les expériences
vont-elles bon train : les modèles de privatisation totale ou partielle
les plus divers sont en train d'être expérimentés
parallèlement dans les écoles. Des missions qui relevaient
jusqu'ici d'instances élues sont effectuées aujourd'hui
par des entreprises privées moyennant finances. Une nouvelle clientèle : les enfants De nombreuses firmes
souhaitent faire des élèves en scolarité obligatoire
leurs nouveaux clients. Les banques de données des écoles
constituent une source idéale. Ainsi l'orientation, qui était
auparavant l'affaire des autorités scolaires, a été
reprise petit à petit par une agence privée appelée
" Connexions ". Une fois qu'ils y sont enregistrés, les
enfants reçoivent une carte qui leur vaut des points chaque fois
qu'ils se présentent à l'agence. Ces points finissent par
leur valoir des remises sur les produits offerts par Connexions sur Internet.
Leurs habitudes de consommateurs sont communiquées aux partenaires
commerciaux de l'agence. On achète les opinions Autre exemple: l'institution
gouvernementale Scottish Enterprise a distribué dans les écoles
20 000 exemplaires de la revue " Biotechnology and you " en
la présentant comme un guide permettant aux enseignants d'expliquer
aux élèves la complexité scientifique de la question
des céréales génétiquement modifiées.
Mais Scottish Enterprise a "oublié" de préciser
que l'institut de biotechnologie qui publie le magazine est parrainé
par Monsanto, Novartis, Pfizer et Rhône-Poulenc. Ainsi, la privatisation des écoles permet de faire d'une pierre deux coups : on vend les écoles et l'enseignement et on s'insinue auprès d'une nouvelle catégorie de consommateurs, les enfants. Comment on évite les oppositions On pourrait penser que tout cela a suscité chez les parents anglais des protestations publiques, mais malheureusement, il ne s'est rien passé jusqu'ici car l'évolution est insidieuse et assez difficile à percevoir. On n'informe pas les citoyens sur les objectifs visés de peur de rencontrer une opposition. Si on le faisait, la réaction naturelle serait l'indignation et les protestations. Personne ne pourrait honnêtement accepter que les élèves et leur instruction deviennent une marchandise. A l'avenir, l'éducation de nos enfants va être cotée en Bourse, comme le pétrole. La privatisation des écoles n'a pas pour but d'améliorer le niveau d'instruction général et les chances professionnelles des jeunes, mais de permettre aux entreprises de réaliser des profits et au gouvernement d'accroître le volume d'exportations du pays et de gagner des voix aux élections. Ce qui se passe en
Angleterre commence à se faire jour également chez nous.
Il n'est donc pas absurde de se demander si, par exemple, on souhaite
que sa commune s'adresse à une entreprise anglaise pour réaliser
une école. Nous avons encore la possibilité de nous opposer
à cette évolution néfaste et antidémocratique.
Nous pouvons encore dire "NON" aux responsables de l'instruction
publique qui se sentent liés à l'économie plutôt
qu'aux citoyens qui les ont élus.
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