| AGCS
Emission de France
Culture du 5 avril 2003, avec :
Raoul-Marc Jennar
juriste, de l'URFIG (Unité de Recherche, de Formation et d'Information
sur la Globalisation)
Yves Contassot
adjoint au maire de Paris
Intro du site France
Culture :
Emission enregistrée le jeudi 03 avril à 18h00 à
la Bibliothèque Buffon.
A
G
C
S.
Accord Général sur le Commerce des Services. Le nom une
fois déroulé n'est pas plus clair que les initiales qui
le composent. Et pour le rendre encore plus attrayant, les quelque vingt-cinq
mille pages dont il est fait sont rédigées dans un style
admirable propre à décourager des athlètes de la
langue administrative.
C'est sans doute une des raisons pour lesquelles l'AGCS a été
signé sans émoi en 1994 à Marrakech par les 147
membres de l'Organisation Mondiale du Commerce. De sorte qu'aujourd'hui,
la Commission Européenne, comme tous les autres membres, est
en train de peaufiner dans la plus grande discrétion une liste
des " services " qu'elle s'apprête à libéraliser,
c'est à dire à mettre sur le marché. Education,
Santé, Culture, Transports
et environnement. Il est même
recommandé aux membres de prêter une attention particulière
à " l'effet des mesures environnementales " afin de
veiller à " l'élimination ou la réduction
" des distorsions que pourraient provoquer de telles mesures pour
le commerce. En clair, il s'agit de revoir toutes les lois, réglementations
ou directives qui, pour protéger l'environnement, entraveraient
le commerce.
Un certain nombre d'élus ont eu le courage (il en faut !) de
plonger dans la lecture du bourratif document, sur l'incitation d'ONG
particulièrement sagaces. Depuis, ils mènent campagne
contre l'AGCS.
Script de l'émission
:
Un courant tend à
faire croire que quand c'est privé, c'est meilleur, c'est moins
cher, c'est plus efficace. C'est un slogan.
On a choisi de construire une Europe à partir du commercial et
du financier.
Du point de vue du consommateur, il n'y a aucun gain et il y a souvent
passage d'un monopole public à un autre, privé.
La libéralisation des services veut souvent dire privatisation.
Ex, au niveau des collectivités locales, l'accès à
l'eau et l'assainissement est passé du monopole des collectivités
locales à celui de deux multi nationales : Suez et Vinali. Il y
a répartition des marchés, la cours des comptes a constaté
qu'il y avait des surcoûts pour le consommateur. Il n'y a eu aucune
libéralisation et c'est horriblement compliqué de re municipaliser.
L'objectif de l'AGCS
est qu'on n'ait plus aucune possibilité de peser sur les politiques
publiques et que ce soit la seule loi du commerce qui l'emporte.
L'AGCS (Accord Général
sur le Commerce et les Services) est un accord signé en 1994,
par les pays membre de l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce) et
juridiquement applicable depuis 1995.
L'AGCS est un des 60 accords signés à Marrakech et qui
font 22 500 pages ! Vous avez bien lu !
L'AGCS est si complexe,
qu'il faut du temps pour parachever sa mise en uvre et les négociations
de première phase (débutées en février 2000)
devraient se terminer au 1er janvier 2005.
Les effets se feront donc sentir à partir de 2005 et il sera
alors trop tard pour changer quelque chose.
Le discours de la plupart des gouvernements et comme la commission européenne
est soporifique. Ils disent que ce sera indolore !
L'AGCS est sous
le contrôle de l'OMC qui est l'organisation internationale la
plus puissante du monde. Elle est la seule à posséder
un organe judiciaire qui est l'organe de règlement des différents
qui lui permet de sanctionner les états membres qui ne respectent
pas les règles !
Dans l'Article 1 :
l'AGCS s'applique aux mesures des membres.
Les mesures : les lois, les règlements, les arrêtés,
les procédures administratives au niveau national, régional,
départemental et municipal.
Et même les pratiques
non écrites !
Oser l'écrire en dit long sur la volonté hégémonique
de tout réglementer !
Les membres : les états.
But : pour élever
progressivement, au travers de négociations successives, le niveau
de libéralisation des services (tous les secteurs de tous les services).
Lorsque le gouvernement
dit que l'AGCS ne concerne pas les services publics, il faut se référer
à l'accord, article 1.3.c, qui dit : l'exception ce sont les services
qui ne sont fournis ni sur une base commerciale, ni en concurrence avec
un ou plusieurs fournisseur de service.
Quand on pense à
la santé aujourd'hui, et qu'à côté d'un service
public il y a toujours un service privé (santé, éducation,
etc
), on comprend que l'AGCS s'applique à tout sauf aux services
régaliens de l'état (défense) mais eux aussi sont
de plus en plus touchés par les privatisations (monnaie, sécurité,
prisons
).
Il y a 4 modes :
Le mode 1 c'est la fourniture transfrontalière de services. L'ouverture
des marchés de l'électricité en est un exemple.
Le mode 2 c'est la consommation transfrontalière de services.
Le mode 3 c'est l'ancien AMI (Accord Multilatéral sur l'Investissement)
pour les services.
Le mode 4 concerne le mouvement des personnes physiques. C'est en fait
la possibilité pour un employeur (pour les services qui auront
fait l'objet d'un processus de libéralisation) de faire appel
à du personnel d'un autre pays de l'OMC (145 actuellement) pour
une durée déterminée (un an actuellement mais révisable
facilement) avec le salaire du pays d'origine et s'il y en a une la
protection sociale, la législation du pays d'origine.
C'est donc la possibilité pour l'employeur de revenir sur 150
ans de conquêtes sociales dans les pays où il y a un modèle
social.
Par exemple, un Bengali venant travailler en France aura le salaire
d'un Bengali, les avantages sociaux d'un Bengali c'est-à-dire
rien ! Ceci, dans l'hypothèse où un pays déclare
libéraliser le mouvement des personnes physiques par exemple
dans la construction.
Dans l'autre sens,
19 professions visées : architectes, juristes, ingénieurs
informaticiens, comptables,
cela organise la fuite des cerveaux
et des ressources humaines vers les pays développés.
Est donc proposée
la libéralisation des services environnementaux comme le thème
de l'eau, les ressources minières, les parcs
Les états membres sont priés d'établir des listes
de services
Ces documents sont en principe secrets !
L'Europe a proposé
que pour le 30 juin 2002, chaque pays adresse à tous les autres
pays de l'OMC, la liste des services qu'ils veulent voir libéralisés
chez eux.
Le 30 juin 2002,
l'Union européenne a adressé des demandes à 109
pays (notamment aux Pays MA, les Moins Avancés, les plus pauvres,
dont une bonne vingtaine sont visés par l'Union Européenne),
ce qui aboutit à ce que plus de 70 pays se voient demandés
par l'Union Européenne une libéralisation de leur services
publics.
Pour le 31 mars
2003, chaque pays devait fournir des offres. Le contenu de ces offres
a provoqué des résistances au cours des négociations
et donc des fuites d'informations
Il y a eu impossibilité
de trouver un accord. Les négociations sont poursuivies pour
un dépôt le 15 avril
Ces offres et demandent
vont engager les pays concernés car il y a, dans le jeu des négociations
des demandes de libéralisation des services postaux, de la couverture
des soins de santé, de l'éducation
, une sorte de troc
en négociations bi latérales qui aboutiront en un ensemble
multi latéral de libéralisations.
Personne ne peut dire aujourd'hui, les juristes de l'OMC également,
comment les choses vont se passer. Mais les pays de l'OMC vont s'engager
à libéraliser une partie de leurs services.
Et nous ne sommes qu'au début de ce processus qui sera irréversible.
Ce n'est pas dit comme cela mais imaginons qu'un pays veuille revenir
sur la libéralisation d'un secteur comme l'eau, il peut le faire
mais il devra verser des compensations à tous les autres pays membres
et doit accepter de soumettre sa demande à l'organe de règlement
des conflits qui ne fonctionne que sur la base des critères de
la concurrence commerciale.
Ce n'est pas irréversible en droit, ça l'est en matière
économique !
On a déjà vu le Mexique payer plus de 70 millions de dollars
pour reprendre le contrôle de la distribution de l'eau. L'accord
qui lie le Mexique, le Canada et les Etats-Unis permet d'anticiper sur
ce que sera l'AGCS car cet accord est construit sur le même modèle.
D'autres part, les
collectivités locales vont devoir prendre le relais de l'état.
On voit de manière caricaturale la main mise des puissances pétrolières
sur la politique américaine. On peut donc imaginer à partir
de là, la liaison qu'il y a entre les gouvernements et les multi
nationales.
La prise de conscience des collectivités locales peut servir
de contre pouvoir. Il y a là un espoir, mais il sera très
difficile de manier ces leviers de contestation.
Lorsqu'un état
libéralise un secteur sans restriction, ce que l'état accorde
à un service dans son pays, il doit l'accorder à tous les
fournisseurs de service de tous les pays de l'OMC.
Par exemple, si l'état français subventionne la couverture
des soins de santé via les caisses de mutuelles, n'importe quel
assureur privé peut demander de recevoir dans les mêmes proportions
et de la même manière ce que l'état français
verse aux mutuelles, mais à partir du moment où on a engagé
le processus de libéralisation sur le service qui s'appelle couverture
des soins de santé.
L'objectif est de
faire disparaître dans les mesures prises par un état tout
ce qui peut constituer des distorsions à la concurrence commerciale.
Pour cela, on va élaborer des " disciplines " ! La
négociation étant en cours, nous ne les connaissons pas
encore mais on peut comprendre ce qui est en négociation au travers
d'exemples :
Les critères déterminants de l'eau potable
Les critères déterminants sur les normes de sécurité
sur les lieux de travail
Les critères de qualifications professionnelles (beaucoup de
pays riches estime que c'est l'employeur qui est qualifié pour
définir par rapport aux pouvoir publics ce qu'est un métier).
Les tarifs préférentiels (considérés comme
une entrave au commerce).
Quand ces disciplines s'appliqueront, on ne pourra plus légiférer
ou on devra supprimer les législations considérées
comme entraves et au titre de la transparence, à partir de janvier
2005, tous les états membres de l'OMC devront envoyer à
Genève toutes les législations, tous les règlements,
tous les arrêtés, toutes les procédures administratives
à tous les niveaux et qui concernent la fourniture des services.
L'OMC fixe ses règles
dans le plus profond silence.
Il faut que cela soit mis sur la scène publique
Il faut amplifier
le travail d'information
interpeller les élus
Monsieur Pascal
Lamy a reçu un mandat en octobre 1999 et il pousse à la
libéralisation dans tous les domaines car les 15 gouvernements
européens de l'époque lui en ont donné le mandat.
Par exemple, en Belgique, sous la pression d'organisations politiques
et syndicales, le parlement belge a voté à l'unanimité
une résolution demandant la révision du mandat de la commission
européenne et en particulier du mandat de Monsieur Lamy. Si les
15 gouvernements formulent la même demande pour donner des limites
à ce mandat, nous aurons fait un progrès énorme
et enfin l'Europe rejoindra les dizaines de pays du sud qui ne veulent
pas de l'AGCS.
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