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Le " fardeau " de l'Education Nationale(arg 5.9) |
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Comment a-t-on pu en arriver à une telle exaspération, qui fait jeter des livres à des gens dont le métier est de les faire aimer ? On dira : " Oui, c'est Ferry, sa tête permanentée de salonnard, aussi proche des réalités que son président qui s'empiffrait à la mairie de Paris ou dans des palaces lointains, et, la bouche à peine essuyée, évoquait la fracture sociale. " Hélas, l'explication est courte. La vérité est que
l'écurement du personnel de l'Education nationale remonte
plus loin, et sans doute au temps de la gauche, qui a tout de même
occupé le terrain gouvernemental pendant quinze ans depuis 1981.
La gauche a commencé à considérer l'Education nationale
comme un coût social. Une charge budgétaire au même
titre que l'armée ou l'agriculture. Un animal à dégraisser.
Ferry a eu beau jeu de citer Ségolène Royal pour évoquer
une dérive bien précise de la dépense. Quelle dérive
? La hausse du nombre des enseignants dans la décennie 1990 (2
% et 7,8 % dans le premier et le second degré) tandis que les effectifs
d'élèves diminuaient de 423 000 dans le premier et de 130
000 dans le second degré. Et Luc Ferry de conclure, outré
: " Entre 1975 et 2001, la dépense en francs constants a augmenté
de 94 % pour un élève du premier degré et de 74 %
pour un élève du second degré ! " (Lettre à
tous ceux qui aiment l'école p. 36) Ferry, Jules, l'ancien. Pourquoi fait-il les lois qui portent son nom,
entre 1881 et 1884, autour du slogan " gratuité, obligation,
laïcité ? Pour de la " productivité " ? Pour
l'industrie, comme l'ont expliqué pendant longtemps, à tort,
les marxistes ? Pas du tout. Ferry avait une conception stupide de l'industrie.
Grand promoteur de la colonisation, il disait : " la colonisation
est la politique industrielle de la France ! " Idiot. C'est l'idée
du MEDEF qui s'esbaudit devant la Chine et croit qu'en assimilant le travail
à de l'esclavage, on crée une industrie. Non. Ferry, par
ses lois, avait la volonté politique d'asseoir la République,
ce qui passait par l'alphabétisation des citoyens, car il croyait
au rêve de Condorcet : libérer les citoyens par l'éducation.
Et d'abord les libérer de l'enseignement religieux. Les lois Ferry,
c'est aussi l'interdiction à cinq cents congrégations d'enseigner. Au fond, l'éducation est inadmissible, insupportable pour le système
marchand. Bien entendu, l'éducation tire l'économie marchande, et
non l'inverse. Elle crée ce collectif de savoir sans lequel la
concurrence n'est qu'une misérable guerre de chacun contre chacun,
jusqu'à l'épuisement de tous. L'économie tire l'humanité
vers le bas, l'éducation vers le haut. Qui le dit ? les économistes
américains. Par exemple, quand ils parlent de " croissance
endogène " ou " en boucle ", les dépenses
d'éducation créant la croissance qui crée l'éducation.
C'est pourquoi sucrer les dépenses d'éducation est non seulement
scier la branche sociale, mais la branche économique. Dire que
" la gratuité conduit à la paupérisation des
universités " ou, comme Luc Ferry, " qu 'il n'y a aucune
raison que les petits paysans ou les petits ouvriers payent les études
des étudiants de l'IEP Paris " est d'une démagogie
plus que basse. Ce n'est pas la gratuité qui appauvrit l'école,
c'est l'allègement des impôts des nantis. Et " si vous
pensez que l'éducation coûte cher, essayez donc l'ignorance
", comme disait le président américain Lincoln. L'une
des raisons pour lesquelles la France est attractive (voir le dernier
rapport du Conseil d'analyse économique), contrairement à
ce que bramaient en arrivant au pouvoir ceux qui veulent détruire
les services publics, tient à la qualité de sa main d'uvre.
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