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Retraites : ce que l'on entend et ce qu'il faut savoir (arg 4.6)
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1. Les prévisions démographiques sont alarmantes: on nous annonce, à l'avenir, un poids des retraités écrasant pour les actifs

L'espérance de vie n'augmente pas autant qu'on nous le dit : si l'espérance de vie à la naissance a bien progressé, l'espérance de vie à 60 ans n'augmente pas dans les mêmes proportions .( augmentation de 10% pour les garçons de moins de 1 an entre 1950 et 1998 contre + 5,4 % pour les hommes de 60 ans sur la même période d'après l'INSEE. )
Le poids des retraités dans la société dépend du nombre d'actifs cotisants. Or sur ce point rien n'est sûr : on ne sait pas grand-chose sur la natalité future et sur le recours à l'immigration. Chaque fois que les besoins se sont faits sentir au niveau économique, la France a toujours eu recours à l'immigration. D 'autre part, l'élargissement de l'Union Européenne ne peut qu'accentuer les flux migratoires.

2. On nous dit qu'il faut faire comme les autres pays européens qui ont commencé à réformer leur système de retraite

La situation démographique n'est pas la même qu'en Allemagne, en Italie ou en Espagne ! Le taux de fécondité en France s'est toujours maintenu au delà de 1,7 enfants par femme (actuellement 1,9 ) pour une moyenne en Europe de 1,45 enfants par femme ( 1,3 en Allemagne et 1,1 en Italie et en Espagne). Notre taux est un des plus forts.

3. On ne peut pas augmenter les cotisations, les salariés ne voudront jamais.

Est-on sûr que les salariés ne souhaiteraient pas plutôt payer progressivement quelques points de cotisations en plus, que de travailler pendant 42 ans voire 45 ans comme le réclame le MEDEF* aujourd'hui ? Ce qui les amènera à quitter l'entreprise entre 65 et 70 ans ! Cela serait peut-être vrai si l'économie française stagnait et ne faisait pas de gain de productivité. On oublie que l'économie française connaît depuis de nombreuses années des taux de croissance positifs : 2,9 % en 1999 et 3,1 % en 2000.
Pourquoi ne pas utiliser une partie des gains de productivité réalisés pour augmenter les cotisations des individus ? Des hausses de cotisations entraîneraient, certes, une progression du pouvoir d'achat moins rapide mais dans le même temps elles permettraient d'éviter de sacrifier les retraités.

4. Les cotisations sociales ont atteint un maximum, on ne peut pas les augmenter, car cela nuirait aux profits des entreprises et donc à l'emploi.


N'est-ce pas plutôt le MEDEF qui bloque toute hausse des cotisations? Patronat et gouvernement proclament qu'il serait inimaginable de consacrer aux retraites en 2040 les 6 points de PIB supplémentaires correspondant à la hausse nécessaire des cotisations sociales. Et pourtant les retraites sont bien passées de 5.4 % à 12.6 % du PIB* en 40 ans. Ces 7 points supplémentaires ont permis de faire reculer l'âge de la retraite de 5 ans alors que l'espérance de vie à 60 ans augmentait de 5.3 ans. Tout cela n'a pas empêché la part des profits dans la valeur ajoutée* de devenir supérieure à partir des années 90 à ce qu'elle était pendant les 30 glorieuses.
Un autre élément nous prouve que l'élévation des cotisations sociales ne pèse pas forcément sur les profits : alors que les États-Unis ou le Royaume Uni ont des taux de cotisation sociale inférieurs à ceux de la France, celle-ci a depuis 1950 un taux de profit supérieur. (35 % en France contre 34 % aux États-Unis et 31 % au Royaume Uni)

Mais la vraie raison est que le MEDEF et le gouvernement ne veulent pas entendre parler d'une hausse de cotisations car ils se sont confortablement installés dans une logique de baisse de la part des salaires. Ils redoutent en effet un regain des revendications salariales.

5. Il faut reculer de 9 ans l'âge du départ des retraites à l'horizon 2040.

Allonger la durée des carrières est-il acceptable, tant que le chômage se maintient au niveau actuel ?
Et que dire des entreprises qui persistent à vouloir rajeunir leur pyramide des âges et licencient leurs salariés les plus âgés ?
Accepter un allongement de la durée de la vie active n'a de sens que si cette évolution s'accompagne de réformes introduisant une plus grande souplesse dans la gestion du temps du travail tout au long de la vie et prenant en compte les années de formation.

6. Les français doivent développer un système de capitalisation pour leur retraite.

"Les fonds de retraite" annoncés par le gouvernement sont en fait des fonds de pension (épargne individuelle placée en bourse), c'est à dire un système à l'anglo-saxonne (à titre informatif un Britannique de plus de 65 ans sur 5 vit au-dessous du seuil de pauvreté).
Or ce système comporte des risques importants liés à la volatilité des marchés financiers: on sait ce que l'on verse mais pas ce que l'on touche.
De plus, la solution préconisée n'est pas à l'abri de la question démographique : que se passera-t-il quand un nombre important de retraités souhaitera retirer son capital en même temps ? Le risque est que les futures retraites s'effondrent en même temps que les marchés financiers.
Il est évident que ces régimes sont en fait "réservés" aux plus aisés puisqu'ils sont facultatifs. Ils contribuent donc à creuser les inégalités sociales face à la retraite, puisqu'ils ne couvrent pas nécessairement toute la population. Un système de répartition est donc plus juste et plus sûr.

Quel monde voulons-nous ?

Des choix faits aujourd'hui dépend la société de demain.


*MEDEF : Mouvement des entreprises de France. Anciennement appelé CNPF. Regroupement des plus grandes entreprises de France sous forme associative, dont le but est de défendre les intérêts patronaux auprès notamment des pouvoirs publics
*PIB: Produit intérieur brut. Il correspond à la richesse (ou valeur ajoutée) créée sur le territoire national
*Valeur Ajoutée : la valeur ajoutée c'est la richesse créée par chaque entreprise. Cette richesse est partagée entre l'Etat (sous forme d'impôts), le salarié (sous forme de salaires) et l'entreprise (sous forme de profits). En 1983 la part des salaires dans la répartition de la valeur ajoutée était de 65 %, en 2000 elle ne représente plus que 57%. Cette baisse a essentiellement profité aux entreprises.

sources : Alternatives Economiques (avril 2003) / TEF-INSEE 2002-03 / un article du Monde du 9 mai 2003 /
un article du Monde Diplomatique (mai 2003)

Document rédigé le 15/05/03 par les enseignants grévistes du lycée Philibert Delorme (Isle d'Abeau / 38)

 

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