| Le
collège de Nangis (77) s'est mis en grève le 25 avril et il
continue comme beaucoup d'établissements partout en France. Pourquoi
? Parce que les postes de surveillants seront supprimés à
la rentrée 2003 et que les assistantes sociales, les médecins
scolaires , les personnels d'entretien et les conseillers d'orientation
psychologues sont transférés aux régions du jour au
lendemain. Ce sont nos équipes de travail qui sont détruites.
Nous avons voulu comprendre le sens de ces transferts. Un mot est revenu
sans cesse " décentralisation ".
Qu'est-ce
que cette fameuse décentralisation ?
C'est le transfert aux régions, aux départements, aux communes,
de nombreuses compétences de l'état, avec un problème
de financement à tous les coups.
Qu'est-ce que ça
veut dire pour l'enseignement public ?
- Que l'éducation ne sera plus nationale.
- Que l'éducation publique dépendra de la richesse des régions
et des choix politiques locaux.
Comment
est justifiée la décentralisation ?
Le gouvernement dit qu'il faut rendre les pouvoirs publics plus proches
pour que l'éducation soit plus efficace et plus rentable.
Qu'est-ce
qui existe déjà ?
De nombreuses expérimentations inquiétantes et un début
de cadre légal.
Voir documents page 2/4.
Ça
vient d'où tout ça ?La question de l'éducation
est actuellement en cours de négociations au niveau européen
dans le cadre d'accords commerciaux. L'éducation est traitée
comme une marchandise qui s'achète et qui
se vend ; l'instruction n'est plus un droit républicain mais devient
un produit commercial.
Voir documents page 3/4.
Est-on
obligé de vendre l'école, le collège, le lycée,
l'université ?
Des chefs d'établissements, des Inspecteurs d'Académie ...
et certains pays le refusent.
Voir documents page 4/4.
Comment
VÉRIFIER et en savoir plus ?
Les sources sont citées page 4/4.
Le 21 mai 2003.
Source : Ces synthèses et regroupements de documents officiels
sont le fruit du travail de collectifs de grévistes de Haute-Garonne,
Tarn-et-Garonne et Seine-et-Marne
Qu'est
ce qui existe déjà ?
La
décentralisation, pourquoi faire ? Page 2
EN FRANCE
Un décret
Le 5 mars 2003, le décret n° 2003-181 a modifié le titre
du ministre :
"le ministre d'État ministre de l'éducation nationale
" est devenu "ministre chargé de l'éducation ".
Ce qui veut dire que l'on supprime le mot "État" et le
mot "nationale".
Un texte de réflexion
du ministre M.Darcos sur l'avenir des structures scolaires
(communiqué aux syndicats le 20 mars 2003)
" Les écoles seront regroupées en réseau. La
gestion financière sera assurée par une Caisse des Écoles.
L'État envisage de donner des subventions à cette Caisse
à condition qu'il y ait un projet concret.
Le Conseil d'Administration de la Caisse des Écoles sera composé
du Maire et des élus qui auront la majorité absolue des
voix, les représentants de l'Education Nationale, qui en fait
ne le sera plus, n'auront qu'une voix consultative.
Ce Conseil d'Administration aura tout pouvoir
sur le fonctionnement de l'école."
Des académies
pilotes (Bordeaux et Rouen) :
¢ à Bordeaux : 12 collèges et lycées
voient leur Conseil d'Administration dirigé non plus par le chef
d'établissement, mais par un élu ou un membre de la Chambre
de Commerce et d'Industrie, ou même par un chef d'entreprise. (Une
application des propositions du document Darcos ci-dessus).
¢ au Havre :
- fermeture du lycée Jules Verne décidée par la région
pour raisons budgétaires.
- fermeture de 3 écoles maternelles (Sergent Goubin, Georges Brassens
et Anatole France) avec récupération des locaux pour ouvrir
des crèches payantes. (Une des conséquences directes des
propositions du document Darcos ci-dessus).
Un début de
cadre légal
- modification de la constitution le 28 mars 2003 : "L'organisation
(de la République) est décentralisée".
- projet de loi organique relatif à l'expérimentation n°
885 (16/05/03) .
- projet de loi n° 494 sur le financement des établissements
privés (18/12/2002).
AILLEURS
DANS LE MONDE
Canada
¢ Les idées émises dans le texte de réflexion
de M.Darcos correspondent exactement à
ce qui se fait déjà au Canada dans des écoles. Les
programmes et les formations
sont imposés par les entreprises qui financent. La concurrence
est féroce.
Grande-Bretagne
que M.DARCOS cite en exemple (Libération 27/1/03).
¢ le manque d'enseignants et la dégradation de l'éducation
publique sont tels que l'État passe des petites annonces pour recruter
des enseignants.
¢ un organisme privé gère les absences des professeurs
de 125 établissements en envoyant des intérimaires (en facturant
ses services à l'établissement).
Ça vient
d'où tout ça ?
la
décentralisation, pourquoi faire ? page 3
Les principes de ces
réformes ont été rédigés au niveau
international
Voici quelques extraits :
La Banque Mondiale
:
" Objectifs politiques : réduire la taille et le champ du
secteur public " (06/03/2002)
L' O.C.D.E.
est l'organisation internationale qui aide les gouvernements à
appliquer
les principes de la Banque Mondiale.L'OCDE
donne par exemple les conseils suivants :
" ... il faut
veiller à ne pas diminuer la quantité des services, quitte
à ce que la qualité baisse. On peut réduire, par
exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles ou aux
universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre
d'élèves ou d'étudiants. Les familles réagiront
violemment au refus d'inscription de leurs enfants, mais non à
une baisse graduelle de la qualité de l'enseignement et l'école
peut progressivement et ponctuellement obtenir une contribution des familles,
ou supprimer telle activité. Cela se fait au coup par coup, dans
une école mais non dans l'établissement voisin, de telle
sorte que l'on évite un mécontentement général
de la population. " (01/10/1996)
"Les pouvoirs
publics n'auront plus qu'à assurer le succès de l'apprentissage
de ceux qui ne constitueront jamais un marché rentable et dont
l'exclusion de la société en général s'accentuera
à mesure que d'autres vont continuer de progresser."
(Politiques Éducatives, 1998)
Des accords commerciaux
(l'AGCS) qui concernent aussi l'éducation doivent être signés,
peut-être fin juin 2003.
La France participe aux discussions via l'Europe. M .Pascal Lamy négocie
au nom de la France.
M.Lamy refuse de dire au Sénat ce qu'il négocie puisque
"le secret est de mise comme pour toute négociation commerciale
"
(2 mai 2003)
Pour garder ce secret, M.Lamy refuse que les parlementaires et les sénateurs
qui l'interrogent enregistrent ou écrivent ses réponses.
Est-on obligé de vendre...?
La
décentralisation, pourquoi faire ? page 4
" LES INSPECTEURS
D'ACADÉMIE sont unanimes à penser que le service public
d'éducation doit rester de la responsabilité de l'état,
pour des raisons de cohérence, d'égalité et de justice
sociale.
Aujourd'hui, le système éducatif français est à
la fois largement centralisé et fortement déconcentré
(...) Aller plus loin dans le domaine du système éducatif
reviendrait à mettre en cause son unicité et lui faire perdre
son caractère national et égalitaire. En effet, donner aux
collectivités un rôle moteur en matière de définition
de politique éducative et des moyens pour la mettre en uvre,
cela serait permettre que chacune ait sa propre politique, différente
de celles de ses voisines. " (SNIPRIA-05/05/03)
LE SYNDICAT DES
PERSONNELS DE DIRECTION (SNUPDEN) met en garde contre
¢ (la) mise en place de la décentralisation et la poursuite
de la déréglementation programmée des services publics
de l'État avec passage à des compagnies privées de
certains services.
¢ (la) possibilité à court ou moyen terme d'externaliser
certains services ; c'est à dire de les sous-traiter à des
entreprises privées (comme par exemple le ménage, la cantine
...). L'équipe éducative se réduirait alors aux seuls(es)
enseignants (es).
¢ (la) perte de la notion d'un service public de qualité pour
tous garanti par des valeurs d'égalité, de fraternité
et de solidarité."(12/05/03)
Extraits de la
décision du gouvernement belge adressée à la
commission européenne le 30 août 2002, réf: 2002/FD/CK/av/RE-25192
"Les règles
du commerce mondial ne sont pas adéquates pour un secteur tel que
celui de l'éducation. Il existe d'autres instruments internationaux
qui, par les principes qu'ils défendent, mettent l'accent sur le
droit à l'éducation comprenant notamment une ouverture de
l'accès, le principe de la gratuité (y compris pour l'enseignement
supérieur), ... Le Pacte International relatif aux droits économiques,
sociaux et culturels du 19 décembre 1996 en est un bon exemple.
Le postulat de la gratuité n'est par ailleurs pas compatible, selon
nous, avec le postulat du service commercial (...)
Une analyse juridique indépendante, commanditée en Belgique
dernièrement, a bien montré les risques liés à
ces engagements notamment en termes de défense du service public,
garant d'un enseignement de qualité accessible à tous."
Comment VÉRIFIER et en savoir plus ?
ERT : Une éducation
Européenne : vers une société qui apprend, un rapport
de la Table
Ronde des Industriels Européens, ERT, février 1995
OCDE : http://www.oecd.org/pdf/M00005000/M00005992.pdf
AGCS :
http://www.gatswatch.org/docs/EU-draftoffer-2.pdf.
Canada :
En savoir plus :
http://www.attac.org/indexfr/
http://www.sauv.net/contributions.
http://reseaudesbahuts.lautre.net
http://www.senat.fr
http://www.assemblee-nat.fr
http://www.legifrance.com/html/index.html
http://www.snipria.org/pedagogie
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