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Premier
mensonge
C'est le plus gros, il concerne les chiffres des prévisions pour
les vingt ou quarante prochaines années. On débat toujours
à partir de prévisions qui donnent des déficits considérables
en 2020 ou 2040.
Or, il suffit que la croissance augmente pour que les rentrées
de cotisations soient supérieures aux prévisions. Par ex.
les années 1999, 2000 et 2001 ont été de bonnes années,
et ce résultat n'est pas que conjoncturel, il influe bien évidemment
sur les années suivantes, de la même façon que les
intérêts composés en matière d'épargne.
Il modifie considérablement les résultats chiffrés
en amoindrissant les déficits et en retardant leur apparition.
On a donc le temps de gérer les transitions dans le calme et la
concertation et en se préoccupant de l'ensemble des régimes
de retraites, de base ou complémentaire. A titre d'exemple, pour
les complémentaires du secteur privé (Agirc, Arrco et ASF),
leur solde technique serait excédentaire de près de 200
milliards en 2020 au lieu d'un déficit prévu de plusieurs
dizaines de milliards.
Malgré tout, on continue de faire comme si 1999, 2000 et 2001 n'avaient
pas existé, et on raisonne toujours sur la base des prévisions
et pas de la réalité.
Deuxième
mensonge
L'espérance de vie augmente d'un trimestre par an et il faut allonger
la durée d'activité.
C'est faux ! D'abord, parce qu'on peut se demander au nom de quel principe
la durée de vie que l'on gagne avec les progrès de la médecine
ne serait consacrée qu'à la seule activité professionnelle.
Ensuite, parce que ce fameux trimestre représente l'espérance
de vie à la naissance. Il tient compte de la baisse de la mortalité
infantile, des accidents de la route, des morts du Sida ou par suite de
maladies graves. Il a donc pour effet d'augmenter le nombre d'actifs qui
peuvent payer des cotisations, mais pas la durée de la retraite
versée. Parce que l'espérance de vie à 60 ans ne
progresse pas dans les mêmes proportions. Depuis 1980, on a gagné
entre cinq et six ans d'espérance de vie à la naissance
(c'est différent selon le sexe), mais on n'a gagné que trois
ans à trois ans et demi d'espérance de vie à 60 ans.
Et en plus, depuis 1997, l'espérance de vie des plus de 60 ans
stagne. Or, ce qui est important pour un régime de retraite, c'est
uniquement le nombre de trimestres supplémentaires qu'il faudra
verser aux retraités. Et celui-là n'augmente pas d'un trimestre
par an.
Troisième
mensonge
L'ensemble de nos voisins a reculé l'âge du départ
en retraite, il faut donc en faire autant en France.
On oublie simplement que la structure démographique française
et nettement différente de celle desdits voisins. Le taux de fécondité
s'est toujours maintenu en France au-delà de 1,7, pour une moyenne
en Europe de 1,45, et il a encore augmenté ces dernières
années. A titre de comparaison, l'Allemagne est en-deçà
de 1,3, l'Italie et l'Espagne dépassent péniblement 1,1.
Cela signifie que ces pays rencontrent un gros problème d'équilibre
entre la population en âge de travailler et la population retraitée.
Cette équation est beaucoup moins cruciale en France, car le nombre
de naissance s'est maintenu à un niveau plus élevé.
Notre pays n'a donc pas à suivre aveuglément ce qui se passe
chez ses voisins, chacun doit s'adapter en fonction de ses propres réalités.
Cette situation démographique qui a eu des conséquences
néfastes sur l'emploi et explique en partie le taux de chômage
plus important en France dans le passé, nous est en revanche bénéfique
ne matière de retraite. Autant en profiter !
Quatrième
mensonge
En reculant l'âge de départ, ou en augmentant la durée
des cotisations, on améliore le rapport entre les actifs qui payent
des cotisations et les retraités qui perçoivent des pensions.
C'est vrai en théorie, mais pas dans la réalité de
" l'exception française ". Parce qu'aujourd'hui, dans
les entreprises, seule une minorité de salariés arrive normalement
à l'âge de la retraite. Près des deux tiers de ceux
qui demandent la liquidation de leur retraite ont déjà quitté
l'entreprise. Ils sont soit au chômage, soit en préretraite,
soit dispensé d'activité
Les formules sont nombreuses.
La France a le taux d'activité de la classe d'âge 55-60 ans
le plus faible d'Europe ! Le fait de ne prendre sa retraite qu'à
61, 62 ou 63 ans ne changera en rien le rapport entre les actifs et les
inactifs si les gens continuent à se voir privés d'emploi
à 55 ou 57 ans . Il faudrait commencer par laisser les salariés
travailler jusqu'à 60 ans avant même d'envisager d'aller
plus loin.
Cinquième mensonge
Si on ne fait rien, il faudra augmenter les cotisations et cela pèsera
sur les plus jeunes.
En ce qui concerne les financements , il y a des pistes à explorer,
qui vont de l'élargissement de l'assiette, par la réintégration
des éléments annexes du salaire, à la TVA sociale
appliquée par exemple au Japon, en passant par une participation
de la valeur ajoutée des entreprises. Mais l'allongement de la
durée d'activité en lieu et place d'une augmentation des
cotisations fera bien reposer sur les jeunes générations
un coût plus important. Dire aux jeune qu'on agit pour leur bien
en refusant d'alourdir leurs cotisations, tout en prenant trois ou cinq
années de leur vie n'est pas forcément un progrès.
A tout le moins, il faudrait leur poser la question : préfèrent-ils
payer, progressivement, quelques points de cotisations en plus, ou bien
travailler pendant 42 ou 45 ans, ce qui, avec la durée des études,
les amènera à quitter l'entreprise entre 65 et 70 ans ?
Le Medef et le Gouvernement Raffarin sont-ils les mieux qualifiés
pour décider ce que choisiront ces jeunes salariés.
Sixième
mensonge
Pour régler à long terme le problème des retraites,
il faut mettre en place la capitalisation.
Dans tous les pays où on a mis en place des fonds de pension, moins
de la moitié de la population est couverte par ceux-ci. Cela découle
du fait qu'ils ne sont jamais obligatoires, et que leur répartition
est, par nature, très inégalitaire. Il est donc faux de
dire qu'on règle ainsi le problème des retraites. On ne
règle au mieux que la retraite de certains. En tout état
de cause, que l'on soit en répartition ou en capitalisation, les
contraintes extérieures sont les mêmes, qu'il s'agisse de
l'activité économique ou de la démographie. Ainsi,
les fameux fonds de pensions anglo-saxons vont arriver à maturité
dans les années qui viennent. Cela signifie qu'ils seront confrontés
aux mêmes déséquilibres démographiques, moins
d'actifs pour épargner et plus de retraités auxquels il
faut verser une pension. Ce qui entraînera obligatoirement, tous
les gestionnaires de ces fameux fonds le disent eux-mêmes, une pression
à la baisse de la Bourse. Est-ce bien le moment de monter dans
le bateau ivre ?
Septième
mensonge
Le départ, avant l'âge de 60 ans, des salariés qui
ont déjà leur quarante annuités de cotisations, est
un grand progrès social.
Oui, si c'est un choix offert au salarié. Parce que tout départ
avant 60 ans entraîne une retraite plus faible pour une raison simple,
c'est qu'il n'y a plus acquisition de points dans les régimes complémentaires.
Or, c'est justement dans les dernières années de carrière
que, les salaires étant plus élevés du fait de l'ancienneté,
l'on accumule le plus de points. En partant plus tôt, on perd ces
points, et donc une part de la retraite prévue. Cela implique de
laisser un véritable choix aux salariés concernés
selon qu'ils souhaiteront avoir une retraite plus précoce ou une
retraite plus élevée.
Epilogue
Il faut arrêter de subir la pression de cette pensée unique
complaisamment relayée à longueur de colonnes ou de plateaux
télé et qui n'a pour but que de réduire le coût
du travail, direct ou indirect, pour augmenter, encore et toujours, la
mythique " création de valeur pour l'actionnaire ".
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