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Décentralisation : école en péril ( arg 1.07 )
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Par Claire Martin

Lire la suite dans Politis n° 749

La loi sur la décentralisation prévoit le transfert d'une partie des personnels de l'Éducation nationale vers les collectivités territoriales. La communauté éducative craint le démantèlement de ses missions de service public.

Sur la longue liste des privatisations qui ont jusqu'ici touché des secteurs tels que l'énergie ou les transports, l'Éducation nationale semble avoir été discrètement notée au crayon à papier par le gouvernement.

Comme un projet à mettre en place petit à petit, morceau après morceau... Si la communauté éducative a rapidement compris que l'école ne figurait pas parmi les priorités du nouveau gouvernement, avec un budget en nette régression et l'annonce de nombreuses suppressions de postes, si elle manifeste depuis la rentrée son profond désaccord avec la plupart des mesures annoncées par Luc Ferry (assistants d'éducation, réforme de l'IUFM, réforme du collège unique...), elle ne semblait pas soupçonner l'ampleur de l'attaque.

Jusqu'au 28 février. Lors des Assises des libertés locales, Jean-Pierre Raffarin a précisé ce qu'il entendait par décentralisation : le transfert de 110 000 agents non enseignants de l'Éducation nationale vers les collectivités territoriales.

Sans avoir négocié avec les syndicats, ni même les avoir prévenus.

Le personnel technique ouvrier et de service (TOS), qui s'occupe du ménage, de l'entretien technique et de la restauration des collèges et lycées, sera pris en charge par les collectivités (article 42 du projet de loi) ; les conseillers d'orientation-psychologues (COPsy), par les régions (art. 43) ; les assistantes sociales et les médecins scolaires, par les départements (art. 41).


Sous couvert d'une plus grande proximité, l'ensemble de la communauté éducative craint une privatisation des missions de service public remplies aujourd'hui par ces personnels de l'Éducation nationale, présents dans le secondaire et le supérieur.

Privatisations qui entraîneraient une accentuation des inégalités d'un établissement à l'autre, déjà préoccupantes aujourd'hui, avec une ghettoïsation croissante de certains collèges et lycées, un " développement des phénomènes de concurrence entre établissements ", des attitudes " consuméristes pour les familles qui en ont les moyens ", comme l'ont expliqué les syndicats dans une tribune libre (Le Monde, 22 avril).

Et comment ne pas craindre à terme une décentralisation des enseignants, recrutés directement par l'établissement, une régionalisation des programmes et des diplômes aujourd'hui nationaux, pour un système à l'anglaise où l'école n'a plus l'ambition de l'égalité des chances, de l'ascension sociale, où les riches étudient dans des conditions confortables, avec des programmes d'excellence, et les pauvres dans des conditions déplorables (manque de matériel, surcharge de classes...), avec des diplômes faiblement reconnus ?


Autant de craintes qui cristallisent aujourd'hui un mécontentement profond, d'autant plus vif que le gouvernement, Luc Ferry en tête, se dispense de dialogue social. La Lettre à tous ceux qui aiment l'école, publiée mi-avril, qui remet en cause de nombreux héritages de Mai 68 (en matière de pédagogie et d'épanouissement de l'enfant), en est l'illustration parfaite.

Alors que le dialogue est presque rompu entre Luc Ferry et les syndicats, que sa crédibilité est largement entamée et que les restrictions budgétaires sont mal supportées par les enseignants, le ministre leur envoie son opus par la poste, pour la modique somme de 900 000 euros.

Comme le rappelle Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU, syndicat majoritaire : " On ne remplace pas le dialogue par un livre. " Motif aussi de mécontentement : le flou qui entoure la mise en place de la décentralisation.

Le Parlement a voté pour la réforme de la Constitution en avril et Raffarin espère déposer son projet de loi décidant des transferts de compétence et d'expérimentations cet été, mais aucune académie n'est capable à l'heure actuelle d'expliquer leurs applications pratiques à la rentrée prochaine !

De même, les agents concernés par les transferts ne peuvent aujourd'hui que formuler des suppositions sur leurs futurs statuts et missions, n'obtenant aucune information. Sans parler des régions qui refusent en majorité ces transferts...


Pour sauver le service public d'éducation, des manifestations et des grèves reconductibles se sont spontanément déclenchées depuis la fin du mois de mars dans de nombreux établissements de La Réunion, de la Seine-Saint-Denis, du Havre, de Rouen, Poitiers, Clermont et des académies de Bordeaux, d'Aix-Marseille et de Rennes...

Des mouvements qui devraient se propager, avec l'appel commun des syndicats FSU, Unsa, Faen, CGT-Ferc, Sgen-CFDT à la grève nationale reconductible à partir du 6 mai ! La résistance s'organise. Pourra-t-elle s'opposer au rouleau compresseur du libéralisme ?

 

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