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Par Claire Martin
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La loi
sur la décentralisation prévoit le transfert d'une partie
des personnels de l'Éducation nationale vers les collectivités
territoriales. La communauté éducative craint le démantèlement
de ses missions de service public.
Sur la
longue liste des privatisations qui ont jusqu'ici touché des secteurs
tels que l'énergie ou les transports, l'Éducation nationale
semble avoir été discrètement notée au crayon
à papier par le gouvernement.
Comme un projet
à mettre en place petit à petit, morceau après
morceau... Si la communauté éducative a rapidement compris
que l'école ne figurait pas parmi les priorités du nouveau
gouvernement, avec un budget en nette régression et l'annonce
de nombreuses suppressions de postes, si elle manifeste depuis la rentrée
son profond désaccord avec la plupart des mesures annoncées
par Luc Ferry (assistants d'éducation, réforme de l'IUFM,
réforme du collège unique...), elle ne semblait pas soupçonner
l'ampleur de l'attaque.
Jusqu'au 28 février.
Lors des Assises des libertés locales, Jean-Pierre Raffarin a
précisé ce qu'il entendait par décentralisation
: le transfert de 110 000 agents non enseignants de l'Éducation
nationale vers les collectivités territoriales.
Sans avoir négocié
avec les syndicats, ni même les avoir prévenus.
Le personnel technique
ouvrier et de service (TOS), qui s'occupe du ménage, de l'entretien
technique et de la restauration des collèges et lycées,
sera pris en charge par les collectivités (article 42 du projet
de loi) ; les conseillers d'orientation-psychologues (COPsy), par les
régions (art. 43) ; les assistantes sociales et les médecins
scolaires, par les départements (art. 41).
Sous couvert d'une plus grande proximité, l'ensemble de la communauté
éducative craint une privatisation des missions de service public
remplies aujourd'hui par ces personnels de l'Éducation nationale,
présents dans le secondaire et le supérieur.
Privatisations qui
entraîneraient une accentuation des inégalités d'un
établissement à l'autre, déjà préoccupantes
aujourd'hui, avec une ghettoïsation croissante de certains collèges
et lycées, un " développement des phénomènes
de concurrence entre établissements ", des attitudes "
consuméristes pour les familles qui en ont les moyens ",
comme l'ont expliqué les syndicats dans une tribune libre (Le
Monde, 22 avril).
Et comment ne pas
craindre à terme une décentralisation des enseignants,
recrutés directement par l'établissement, une régionalisation
des programmes et des diplômes aujourd'hui nationaux, pour un
système à l'anglaise où l'école n'a plus
l'ambition de l'égalité des chances, de l'ascension sociale,
où les riches étudient dans des conditions confortables,
avec des programmes d'excellence, et les pauvres dans des conditions
déplorables (manque de matériel, surcharge de classes...),
avec des diplômes faiblement reconnus ?
Autant de craintes qui cristallisent aujourd'hui un mécontentement
profond, d'autant plus vif que le gouvernement, Luc Ferry en tête,
se dispense de dialogue social. La Lettre à tous ceux qui aiment
l'école, publiée mi-avril, qui remet en cause de nombreux
héritages de Mai 68 (en matière de pédagogie et d'épanouissement
de l'enfant), en est l'illustration parfaite.
Alors que le dialogue
est presque rompu entre Luc Ferry et les syndicats, que sa crédibilité
est largement entamée et que les restrictions budgétaires
sont mal supportées par les enseignants, le ministre leur envoie
son opus par la poste, pour la modique somme de 900 000 euros.
Comme le rappelle
Gérard Aschieri, secrétaire général de la
FSU, syndicat majoritaire : " On ne remplace pas le dialogue par
un livre. " Motif aussi de mécontentement : le flou qui
entoure la mise en place de la décentralisation.
Le Parlement a voté
pour la réforme de la Constitution en avril et Raffarin espère
déposer son projet de loi décidant des transferts de compétence
et d'expérimentations cet été, mais aucune académie
n'est capable à l'heure actuelle d'expliquer leurs applications
pratiques à la rentrée prochaine !
De même, les
agents concernés par les transferts ne peuvent aujourd'hui que
formuler des suppositions sur leurs futurs statuts et missions, n'obtenant
aucune information. Sans parler des régions qui refusent en majorité
ces transferts...
Pour sauver le service public d'éducation, des manifestations et
des grèves reconductibles se sont spontanément déclenchées
depuis la fin du mois de mars dans de nombreux établissements de
La Réunion, de la Seine-Saint-Denis, du Havre, de Rouen, Poitiers,
Clermont et des académies de Bordeaux, d'Aix-Marseille et de Rennes...
Des mouvements qui
devraient se propager, avec l'appel commun des syndicats FSU, Unsa, Faen,
CGT-Ferc, Sgen-CFDT à la grève nationale reconductible à
partir du 6 mai ! La résistance s'organise. Pourra-t-elle s'opposer
au rouleau compresseur du libéralisme ?
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