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mémoire
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| De l'importance de ne pas oublier... | |||||||||
| La gauche et la droite : |
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Michel
Pélissier - 21 octobre 2002
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"La
dignité d'un homme seul, ça ne se voit pas. La dignité
de mille hommes, ça prend une allure de combat."
René Char (le Soleil des eaux) (En exergue au tome II de l'Histoire du mouvement ouvrier de Jean Bron) |
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| On a beaucoup entendu au printemps dernier que la gauche et la droite, bof, c'était la même chose. Arrive à nos oreilles, souvent, que la Sécu et les congés maladie, ben, on y a droit, y'a qu'à en profiter ! (On en profitera moins que les laboratoires pharmaceutiques, mais c'est une autre question ) Enfin, revient, insistante, l'antienne que ces planqués de fonctionnaires, y'en a vraiment trop, même si aussitôt après il est dit que, vraiment, à la Poste ou aux Urgences, qu'est-ce qu'on attend | |||||||||
| Bref, dans ce drôle d'air du temps, à quelques semaines des élections professionnelles (geste syndical), il nous semble utile de faire un bref rappel de l'histoire des conquêtes sociales, autrement dit de ce que nous devons aux luttes ouvrières et au syndicalisme, au long combat du monde du travail pour que notre vie de tous les jours n'ait plus rien à voir avec la vie des travailleurs aux premiers temps du siècle dernier. Histoire de rappeler que l'amélioration des conditions de vie ne nous est pas venue du ciel et que si les travailleurs ont aujourd'hui des droits, on ne les leur a pas accordés en récompenses | |||||||||
| Des fois que ça ferait penser que pour les conserver et en gagner d'autres, il faudrait encore lutter ? | |||||||||
| Allons-y, en précisant bien qu'il ne s'agit pas ici d'une histoire exhaustive et développée, mais seulement d'un rappel des titres que sa brièveté même met à la merci de bien des critiques. | |||||||||
| Il faut bien un début : | |||||||||
| Vers la fin du XVIIIe siècle, les ouvriers et artisans se donnent la toute première forme d'organisation pour se protéger : les sociétés de secours mutuels et plus tard, les sociétés de résistance. Illégales, plus ou moins tolérées, elles dureront et seront un ferment pour les revendications sociales. | Autour de 1830 s'organisent tant à paris qu'en province (les Canuts lyonnais, par exemple) les premières grandes revendications (contre le chômage, salaires, temps de travail, conditions de travail en général ), grèves et manifestations ; | elles continuent pour arriver à 1848 avec le grand espoir de février et la déception de juin. Mais au moins, les problèmes ne quitteront plus le terrain. Au passage, à signaler une loi de 1841 qui interdit le travail des enfants avant 8 ans, le limite à 8 heures pour les 8-12 ans et à 12 h pour les 14-16 ans !). | |||||||
| Il faut aller à 1864 pour voir dans la même année la création de l'Association Internationale des Travailleurs et une loi supprimant le délit de coalition (hérité de 1791 et 1804) donc, reconnaissant implicitement le droit de grève puisque celle-ci ne peut plus être sanctionnée par les tribunaux. | |||||||||
| Après l'écrasement sanglant de la commune de Paris (17 mars / 28 mai 1871) et l'assassinat ou l'exil des Communards les plus lucides, le mouvement ouvrier renaît lentement dans la 3ème République toute jeune. | |||||||||
| 1884 voit les lois pour la reconnaissance légale des syndicats, sauf pour les fonctionnaires 1882 : création du Parti Ouvrier Français et dix ans plus tard, 1892, de la Fédération des Bourses du Travail. 1895 : création de la Confédération Générale du Travail (CGT). | Les luttes sont nombreuses, les manifestations se terminent parfois tragiquement (Fourmis, Draveil st Georges ) et la revendication de la journée de travail de 8 h sera soutenue (notamment dans les rassemblements des 1er Mai) de 1896 à 1919 avant d'aboutir. C'est également en 1919 qu'une première loi prévoit des Conventions Collectives entre patrons et syndicats. | 1924 : après le succès électoral du "cartel des gauches", on reconnaît une existence aux syndicats de fonctionnaires et les problèmes sociaux sont mieux abordés. On a ainsi en 1928 des lois sur les Associations Sociales, très vite modifiées et étendues aux agriculteurs en 1930. | 1932 : une loi rend obligatoire pour les patrons le versement d'allocations familiales. | ||||||
| Rappelons la riposte du mouvement ouvrier aux manifestations d'extrême droite de 1934, pour arriver en mai 1936 au Gouvernement du Front Populaire et aux 3 à 4 millions de grévistes occupant les usines en juin 1936. | |||||||||
| Les Accords de Matignon (7 juin 1936) marquent un sommet des conquêtes sociales : augmentation générale des salaires, création des délégués du personnel ; puis loi sur les 40 heures de travail hebdomadaires (contre 48 précédemment), les congés payés de 15 jours, une évolution dans l'organisation des conventions collectives. | |||||||||
| 1939 n'est plus loin et il faudra six ans pour venir à bout du fascisme. Le mouvement ouvrier s'implique fortement dans le combat de la résistance : résistance à l'occupant et défense des libertés syndicales que le gouvernement du maréchal Pétain a supprimées. | Et en août 1944, CGT et CFTC (encore clandestines) lancent un ordre de grève générale insurrectionnelle pour la Libération. | Avec le retour de la paix, 1945 et 1946 , voient le jour la Sécurité sociale, les Comités d'entreprises et les Nationalisations. Le 1er mai 1947 devient et restera un jour chômé et payé. | |||||||
| Mais la guerre froide traverse les tensions sociales et affaiblit souvent les manifestations entachées d'enjeux politiques partisans, reflets des tensions Est / Ouest, et les grèves trop politisées aboutissent à des échecs et démoralisent. | |||||||||
| 1956 : les congés payés sont portés à 3 semaines. | Fin 1958, début 1959, les négociations entre syndicats et patronat aboutissent à l'assurance chômage et à la création des ASSEDIC. C'est dans ces années-là que le terme de paritarisme fait son apparition signifiant une égalité entre employeurs et salariés dans les discussions et ensuite dans les représentations au sein d'organismes spéciaux. | Un autre accord de 1961 généralise les retraites complémentaires. Tiens, je n'ai pas parlé des retraites : vaste sujet qui trouverait place dans un développement sur la Sécurité Sociale et ferait l'objet d'un dossier à lui toit seul ! D'autant que la question revient au galop avec les fonds de pension dont une étude anglaise récente semble avancer qu'ils auraient besoin d'une retraite à 70 ans pour être rentables. Vous devinez pour qui ! dès les origines, avec les lois de 1910 et 1912 sur les retraites ouvrières et paysannes, le sujet est polémique et les syndicats de la CGT dénoncent l'escroquerie des retraites ouvrières, craignant la tendance qu'aurait l'Etat de puiser dans les fonds accumulés, pour d'autres dépenses ! | |||||||
| Au cours des années 60 puis 70, la montée en puissance des multinationales, la croissance du chômage, les guerres de libération des peuples colonisés marquent de plus en plus les conflits sociaux. | |||||||||
| Avec, au milieu, Mai 1968, un mouvement dont on n'a pas encore fait vraiment le bilan. Dans le domaine social, les rencontres gouvernement / patronat / syndicats, dits accords de Grenelle apportent une augmentation des salaires (35 % pour le SMIG) et ouvrent un débat sur l'amélioration du droit syndical dans l'entreprise. Des accords ponctuels sont réalisés en branches ou entreprises. Age de la retraite, réduction du temps de travail restent des préoccupations fortes. Quelques lois en 1970 et 1971 organisent la formation permanente. | |||||||||
| 1973 : les ouvriers de LIP prennent en main la production de leurs usines en autogestion. C'était beau à vivre ; ça n'a pas duré | |||||||||
| Et voilà, on y arrive : 1981 et la Gauche au pouvoir. L'espoir immense, la déception en route ? et si le juste se trouvait entre les deux ? | |||||||||
| C'est trop récent pour avoir besoin de tout reprendre. On a tout de même l'abaissement à 60 ans de l'âge de la retraite, l'allongement des congés payés, la réduction du temps de travail (39, puis 35 heures, même si le problème est loin d'être résolu), le RMI, les TUC, CES, CMV et autres aides encore, emplois jeunes enfin qui restent d'une brûlante actualité. | |||||||||
| Mais aussi, pour diverses raisons et alternances, les dénationalisations, le chômage, la flexibilité, les CDD, les disparités de salaires hommes / femmes, des érosions aux retraites (Balladur 1993) et au travail de nuit, les plans sociaux, la précarité et l'exclusion. | |||||||||
| Nous en sommes là. Le combat continue, doit continuer. Il faut admettre qu'il est à livrer dans un contexte qui n'est plus, dans les définitions de l'emploi et du travail, celui du 20e siècle, encore moins celui du 19e. Même si les luttes de classes structurent toujours la vie sociale et si l'on préfère appeler "libéralisme" ce qui reste le capitalisme. Et que des hommes puissent disposer en quelques mois de sommes que d'autres ne gagneront pas de toute leur vie restera toujours inadmissible. | |||||||||
| Que les luttes continuent, donc ; elles se sont déjà diversifiées. Pourquoi ne pas espérer que des formes d'action à inventer ou soutenir, originales et audacieuses, remplacent un jour les grèves saisonnières de 24 heures à l'approche des vacances ? | |||||||||
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| Sources : | |||||||||
| Michel Branciard : Société française et lutte de classes / Editions : Chronique sociale de France - Lyon | |||||||||
| Jean Bron : Histoire du Mouvement Ouvrier Français / les Editions Ouvrières -Paris | |||||||||
| Georges Lefranc : Histoire du travail et des travailleurs / Flammarion | |||||||||
| Le Mouvement syndical de la Libération aux évènements de mai-juin 1968 / Payot | |||||||||
| Jean Montreuil : histoire du mouvement ouvrier en France des origines à nos jours / Aubier - Montaigne 1946 | |||||||||