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De l'importance de ne pas oublier...
                 

 
Démocratie et fonctionnement
Débats préparatoire au Congrès Sud education
2ème Contribution du Pas38, 10 octobre 1997

Notre première contribution "Recomposition et voie alternative" (du 02 août 97) évoquait en quoi notre démarche alternative dans le syndicalisme s'oppose à l'idée de recomposition.
Précisons aujourd'hui quelques fondements (1 : Démocratie) avant de parler de fonctionnement et de contenus de statuts (2 : Fonctionnement).
1 - Démocratie...
Débattre du fonctionnement dans le syndicat correspond à une volonté profonde de construire ensemble une voie syndicale alternative aux centrales actuelles.
S'affranchir des schémas classiques.
Au cours du XX° siècle, les relations entre syndicalistes ont été régies par des schémas dits "réformiste" et "révolutionnaire".

Le caractère "révolutionnaire" historique du syndicalisme CGTiste, est aujourd'hui prisonnier de ses références au marxisme-léninisme et des méandres de son histoire. Ce syndicalisme a étouffé le libre arbitre des salariés. Il a réduit la liberté d'expression aux esclavages de la démocratie par délégation. Il a détourné nos légitimes aspirations au profit des impératifs d'une politique de parti. Aveuglé par ses soumissions, il a sous estimé l'évolution de notre société. Nous devons proposer d'autres modes de fonctionnement pour faire face aux nouvelles stratégies des forces à combattre, tant les prisons du centralisme démocratique sont efficaces.

  Le caractère "réformiste" de participation des autres centrales s'est enlisé dans ses relations fusionnelles aux "politiques partisanes". Il s'est soumis à toutes les tentatives possibles de recompositions syndicales. Et quelle est la place des adhérents dans le syndicat quand les responsables élus souscrivent systématiquement aux techniques de l'enquête ou du référendum, tronquant ainsi le véritable débat ? C'est un syndicalisme de "pacification sociale", qui préfère les discussions de bureaux aux occupations de la rue, sans toutefois s'en couper si nécessaire.
S'affranchir, ce n'est pas oublier l'histoire, encore moins nier les enseignements, mais affirmer les différences fondamentales.
Aujourd'hui, nous ne voulons plus être sous la coupe des dogmes, nous voulons libérer notre esprit critique...   Et si nous présentons des listes de candidats aux élections aux Commissions Paritaires, c'est parce que la loi n'offre que cette seule voie à la "légitimité" d'un syndicat. Et si nous "siégeons" dans ces Commissions, cela ne constitue pas un enfermement politique : Nous connaissons les limites de cette participation qui ne sera jamais le centre de nos actions et de notre réflexion. Car celles-ci portent sur l'état et la notion de service public, sur les forces du capital et de la finance, et sur les caractères des mouvements sociaux.
Affirmer l'alternative syndicale.
La construction de l'alternative syndicale réside-t-elle dans la construction d'une nouvelle centrale ?
Nous avons dénoncé dans notre première contribution les centrales assurances trop longtemps connues : construire à la place des autres, c'est objectivement les replacer dans la même situation de dépendance, les remettre à une place d'adhérent, dans une ligne syndicale élaborée par des spécialistes "dirigeants".   Construire l'Alternative, c'est être conscient de la reconquête de la démocratie et de la citoyenneté dans lesquelles l'individu doit pouvoir prendre toute sa place. Affirmer être alternatif, c'est permettre l'union des pluralismes, le débat démocratique sans exclusive, ni sélection, ni organisation figée, sur les bases qui nous seront communes.
Et prendre le temps de la construction, c'est permettre l'Union des forces qui travaillent dans le même sens.
Nous avons tous connu ces responsables syndicaux qui pratiquaient la rétention d'information pour mieux asseoir leur autorité, leur pouvoir, leur prestige, dans la durée. Ils pouvaient être désavoués par leur base mais grâce aux tendances ou aux oppositions organisées, ils étaient soutenus les yeux fermés. F.S. et SUD Aisne évoquent leur fonctionnement à ce propos : " qui prend une initiative engage sa responsabilité personnelle et peut être désavoué en AG souveraine... ".   En effet, nos AG sont Souveraines parce qu'elles sont le lieu d'un réel débat, alimenté démocratiquement. Nos AG sont Souveraines car elles sont à même de pouvoir désavouer les membres de l'exécutif du syndicat soumis à son autorité, sans listes, ni tendances organisées. Elles sont aussi souveraines car auto-formatrices !   La seule responsabilité alternative "déléguée" réside donc en la gestion, l'animation, le tri des urgences avec retour systématique et fréquent, non pas devant (face à) la base, mais dans la base pour validation. Il n'y a donc pas de "dirigeants", seulement des adhérents au service de l'AG du syndicat, sur ses mandats ; personne n'est détenteur d'un quelconque savoir ou pouvoir.
Nous réglerons de la même manière l'écueil de la "professionnalisation" des négociateurs syndicaux qui deviendraient irremplaçables : interdiction de la décharge complète ou cumulée, rotation des responsabilités et des mandats.   Ces deux verrous impliquent un travail fondamental d'équipe (ouverte à tous, donc sans listes), fondé sur une confiance nécessaire, une communication effective des informations à tous les adhérents, qui favorise la formation des nouveaux militants, des nouvelles volontés... C'est aussi un puissant mode de contrôle des dérives du pouvoir.
Favoriser le débat démocratique...
Nous avons la volonté collective de peser sur les formes de la vie sociale, d'agir, d'être présent dans les luttes. Nous devons en même temps réfléchir, échanger, pour mieux comprendre ce que nous combattons.
Aujourd'hui, le salariat identifie de plus en plus mal ses "responsables" : le patron direct n'est plus qu'un employé, de plus en plus incompétent à répondre aux revendications. Nous connaissons bien cette situation dans laquelle les échelons de l'administration sont tous incompétents à répondre à la question des postes et des emplois. La précarité, la flexibilité, installent dans les têtes un sentiment toujours plus angoissant d'insécurité : "Soyez mobiles, soyez flexibles, ne soyez pas rigides !". Nous l'entendons toujours plus souvent aujourd'hui. Nous y venons également dans le Service Public, avec aujourd'hui les "emplois jeunes", organisation officielle de la précarité, nouvelle attaque en règle du code du travail, du droit à la dignité de vivre... Et demain ?
Face à ces évolutions dramatiques de la vie sociale nous favorisons la réflexion et les débats à tous les niveaux, en interprofessionnel, intersyndical comme en interassociatif... et sur tous les plans possibles : droit du travail, droit syndical, politiques d'emploi, politiques économiques, financières, budgétaires, etc...
Cette démarche nécessite :
  • que chacun affirme son droit à l'information, au temps de la réflexion, au temps du débat. Affirmons-le dans les Commissions Administratives pour l'étude des dossiers ; affirmons-le aussi dans le syndicat, y compris pour la préparation des congrès.
  • une presse interne transparente, lisible, informative et non sélective.
  • une formation accessible aux analyses actuelles : stages internes, formations syndicales, apports d'éducation populaires, contributions de spécialistes (économistes, sociologues, juristes...).
  • une réflexion collective, sans hiérarchie, sans hégémonie, ni zones obscures, ni culpabilisation pour ignorance des sujets ou des dernières informations...
De cette manière nous nous opposons à la fracture gouvernants / gouvernés dans le syndicat. Et cela sur les bases de l'échange des ressources, de ses caractères coopératifs et de solidarité :
un syndiqué, un militant, une voix à écouter, une vérité à comprendre...
C'est d'abord par notre pratique que nous sommes alternatifs.
S'identifier dans le mouvement social...
Nous sommes objectivement impliqués dans l'organisation de la société, dans sa gestion politique, au sens anglais du mot "policies" (signifiant soumis aux "politiques publiques" de la gestion de la cité), et non du mot "politics" (qui évoque les manoeuvres "politiques partisanes" des partis politiques).   Mais nous n'avons pas vocation à gouverner et nous nous opposons à ceux qui veulent nous renvoyer à de nouvelles formes d'esclavage, qu'ils soient financiers, patrons, ministres, politiques ou bureaucrates syndicalistes...   Et nous restons impérativement indépendants des partis, jusqu'au silence de position ou de parti-pris en période électorale (sans adresses ni plate-forme de condition de vote...), et sans abandon ni rupture de l'action revendicative.
Voilà pourquoi personne ne restera en dehors du champ de l'action syndicale [ce qui ne veut pas dire syndiquer tout le monde] car nous prenons en compte toutes les discriminations, toutes les situations des précaires et des exclus, sans tentative de récupération, et démocratiquement à leurs côtés, selon les modalités d'organisation qu'ils auront choisies.
Dans l'Isère, un "Appel Unitaire et Citoyen pour les Droits d'Existence" vient d'être signé entre plusieurs organisations syndicales et associations qui travaillent aux solidarités depuis longtemps. Il réaffirme la défense de principes bafoués par notre société, il est un appel à la mobilisation citoyenne. Il renforce les liens pour une réflexion et une action communes. Cette démarche se développe partout dans le pays.   En cela, nous sommes enracinés, intégrés au terrain. En cela, nous avons conscience de faire partie du mouvement social, car nous n'en sommes ni l'éventuelle tête ni le déclencheur ; nous n'avons aucune prétention à diriger qui que ce soit, hors nous-mêmes. Nous sommes des "ordinaires", solidaires dans l'action, nous recherchons la réflexion et le débat et favorisons les convergences pluralistes et unitaires dont notre force dépend.   L'Alternative syndicale garantit l'accès de chacun à la maîtrise syndicale. Bien sûr, nous ne sommes pas dupes des dangers, pas dupes de l'existence des pouvoirs et des manipulations, mais nous voulons privilégier l'égalité de fait de chacun.
La démarche est aussi importante que le but poursuivi car elle est en elle même émancipatrice.
Construire l'Alternative c'est donc s'opposer à ceux qui veulent nier cette démarche par souci d'une autre stratégie : celle des manoeuvres d'appareils. Construire l'Alternative c'est combattre toute tentative de réappropriation par certains de l'outil syndical au service d'une autre ambition, d'un autre projet...
Se garder de vouloir recomposer...
L'histoire permet d'observer que toutes les tentatives de "recomposition" ont été un échec. Abordons la question par les réunifications historiques autour de la CGT en 1936, en 1943-45, abordons la question au travers de la motion Bonissel-Valière de 1948 qui préserve de la scission en gardant l'unité dans la FEN (où en sommes-nous aujourd'hui !), abordons la question par les appels nombreux de syndiqués d'horizons différents pour l'unification ou la recomposition comme l'appel des 22 en 1930, l'appel des 3, dit PUMSUD, en 1957, abordons la question sous l'angle des tentatives d'unité d'action comme l'accord CGT-CFDT de 1966, la Charte de Clermond Ferrand dans la FEN en 1991 face aux tentatives de recomposition de la direction FEN depuis le milieu des années 80... nous en oublions dans tous les cas : Echec, toujours !   Rejetons donc ce vocabulaire chargé d'écueils, plutôt que de s'obstiner à chercher la nuance impossible entre recomposition de bureaucrates et recomposition de syndicalistes sincères. Nous avons choisi : nous ne sommes pas dans une démarche de recomposition.
Le caractère composite et hétérogène des courants syndicaux et "sociaux", par sa richesse, par ses différences d'analyses et d'appréciations de la situation sociale, ne peut se réduire à un cadre unique.   Nous aurons un espoir dès que nous aurons rompu avec tout attachement à des partis politiques (interdiction du cumul de mandat politique ou électif d'une part et syndical d'autre part), dès que nous aurons rompu avec toute logique d'appareils (AG Souveraine, mandats révocables...), dès que nous aurons libéré le débat démocratique dans le syndicat (liberté de parole, d'expression et confrontation des points de vues, sans la sclérose des tendances), dès que nous aurons décidé de marcher ensemble sans lâcher les autres .
La mise en place des processus de la stratégie alternative sera longue et même si l'histoire n'attend pas, ce sera notre histoire !

En 1996, ensemble, nous avons écrit :
" Nous avons en commun la volonté de construire :

un syndicalisme réellement démocratique (privilégiant le fonctionnement en assemblée générale souveraine) qui ne soit pas confisqué par des "bureaucrates",
un syndicalisme ancré d'abord dans les luttes,
un syndicalisme qui ne soit pas limité par les murs de l'école ou les contours d'une catégorie.
...C'est autour de pratiques syndicales renouvelées que nous voulons : ... " ?
Nous l'avons écrit ensemble, à nous d'en confirmer ensemble la réalité !
2 - Fonctionnement...
C'est à partir des différentes contributions écrites par nombre d'entre-nous ... ... ... que nous faisons les propositions qui suivent :
La liste des points qui suivent n'est pas exhaustive. Chacun peut être repris dans les statuts, dans une charte de fonctionnement ou un règlement intérieur...
1
Champ de syndicalisation...
- Ne pas vouloir élargir démesurément le champ de syndicalisation car difficultés à faire vivre à la base.
- Se prononcer pour un syndicat unique des métiers de l'éducation, fédération d'industrie.
- Permettre l'auto-construction d'autres syndicats dans un cadre interprofessionnel solidaire, comme frein au corporatisme et à la "direction nationale".
2
L'Assemblée Générale Souveraine...

2.1. Structure de base du syndicat.
- Principe de base des mouvements sociaux, l'un des principes de base du débat démocratique, principe incontournable.
- Rythme : 2 fois par trimestre au moins.
- Possibilité de prévoir des AG délocalisées tournantes, délocalisées fractionnées, des AG avec commissions intégrées... imagination, confiance !

2.2. Clarté des débats au consensus...
- Contributions préparatoires à l'initiatives des adhérents ou de l'équipe d'animation.
- Circulation préalable de l'information, envoyées aux adhérents avant la tenue de l'AG.
- Equipe d'animation qui change à chaque AG
- Animateur d'AG.
- Secrétaire pour comptes-rendus.
- Régulateur pour synthèses et/ou décisions.
- Ceux qui nourrissent en informations ne sont pas forcement de l'équipe d'animation.

2.3. Fonctionnement des AG souveraines...
- Hors urgence, ne pas hésiter à renvoyer à une prochaine AG, le débat non abouti. Ne jamais rester dans le doute d'un débat flou mais énoncer qu'il n'y a pas consensus et renvoyer.

3
Place et rôles des Presses syndicales...
- Presse de secteur.
A géométrie variable selon les forces, l'état des bases de travail, des solidarités, de la prise en charge du travail de terrain...
- Presse de débat.
Adhérents, militants, spécialistes extérieurs, informations, contributions, débats... listing des "infos lourdes" disponibles.
- Presse de diffusion.
Promotionnelle, communication, actions...
4

Verrous démocratiques...

4.1. Proscription...
- Des décharges à temps complet.
- Du cumul local / national.
- Du cumul politique / syndical.
- Des cumuls de mandats d'élus syndicaux,
- Des cumuls de responsabilités syndicales dans la structure.
- Des cumuls croisés mandats/responsabilités.
- Limite objective par l'absence (et sans découragement) de volontaires.
4.2. Limitation de durée pour rotation...
- Des mandats d'élus.
- Des responsabilités dans la structure.
- Travail d'équipe anciens/nouveaux et intégration des militants volontaires sans mandats et sans responsabilités. Limitations sans excessives pour les petites structures ni obstacle à l'émergence des nouvelles volontés.

4.3. Place élus et responsables locaux...
- Mandats d'AG souveraines.
- Reconnaissance de prise d'initiative sur l'urgence.
- Révocabilité individuelle.

5
Autonomie des structures locales...
- Autonomie dans la structure nationale.
- Autonomie dans l'interprofessionnel.
- Autonomie dans les actions de solidarités.
- Autonomie financière.
6
Structure Nationale...

6.1. Type de structure...
- Union/Fédération : Fédération sur le mode d'une Union de syndicats... élaboration des revendications et des actions par le terrain, via les AG.

6.2. Place des mandats internes...
- Mandats des structures locales par les AG.
- Egalité des mandats par structure.
- Nombre de représentants intervenants par structure (possibilité d'observateurs pour formation).
- Rotation pour formation des militants de relève.
- Révocabilité des individus devant leur structure.

6.3. Représentation responsabilité...
- Non cumul national / local des responsabilités, des mandats, des croisements.
- Durée limitée pour rotation.
- Délocalisation des responsabilités possibles.
- Formation, équipe anciens/nouveaux...
- Commissions délocalisées.

6.4. Liberté d'opinion et d'expression...
- Courants de pensées possible.
- Tendances organisées avec listes impossible.

7
Indépendance syndicale...
- Affirmer le non cumul absolu du point 4.1.
Mandat / responsabilité syndical et politique.
8
Place Union-Fédération / Confédération...
- Autonomie des structures Union/Fédération par rapport à l'Union/Confédération.
- Elaboration des revendications par le terrain (AG).
9
L'unité syndicale...
- Convergences unitaires du terrain.
- Cercles Unitaires interprofessionnels locaux.
- Intersyndicalisme sur mandats des AG.

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