mémoire
                 
De l'importance de ne pas oublier...
                 

 
Alternative ou centralisme
Débats préparatoire au Congrès Sud education
4ème Contribution du Pas38, 26 mai 1998

Si nous ne sommes pas présents à votre congrès pour intégrer la Fédération SUD Education sous la même dénomination que vous, nous sommes là pour poursuivre un travail syndical en collaboration, en union de syndicats, dans le respect des démarches de chacun.
Depuis quelques années déjà, nous avons fait l'analyse des centrales syndicales que nous avons quittées pour construire une démarche syndicale nouvelle. Aujourd'hui nous nous trouvons confrontés à des confusions entretenues par des volontés de " recompositions " qui exploitent l'idée d'une construction syndicale alternative ! A ce niveau apparaissent des convergences à peine masquées entre une certaine idée de la gauche et une volonté de recomposition syndicale et politique basée sur l'idée d'une radicalité de la rue. Ces convergences se bâtissent sur les vérités et les nostalgies de décembre 95, comme il y a eu en d'autres temps l'exploitation des vérités et des nostalgies de mai 68... ou d'autres événements de ce type...
1 - Nécessités d'une alternative syndicale
D'une part, il y a la prise en compte des mouvements sociaux dans les différents courants syndicaux. Celle-ci peut procéder de diverses analyses ou de diverses stratégies (ce qui est très différent, cela pourra aisément se comprendre).     D'autre part, il y a face à nous la volonté de construction d'une structure syndicale centralisée qui pourrait " maîtriser " l'information syndicale et qui ferait la jonction avec les expressions des mouvements sociaux en lutte pour en être le porte parole.
   
Les mouvements sociaux sont diversement l'objet d'exploitations ou de manipulations, en passant par des opérations de séductions opportunistes ou par la volonté de contrôles de groupes politiques, ou encore par l'illusion entretenue de pouvoir en devenir le guide.   Si nous avons déjà eu de nombreux débats, avec divers partenaires, sur la place qu'il y a ou qu'il n'y a pas pour une nouvelle fédération dans l'Education, nous constatons d'évidence que le terrain est occupé par la FSU, avec une force très lourde de marketing, professionnalisée à l'extrême (même si sa radicalité est à nos yeux fictive et ne trompe personne). Faudra-t-il alors, et avec quelles dérives en vue, aller rivaliser avec elle sur ce terrain ?
     
Mais ils sont surtout le lieu des plus simples expressions de revendications en dehors de toute volonté structurée de canalisation. Et leurs rapports avec le syndicalisme ne sont ni aussi limpides ni aussi naïfs que l'on veut bien se le laisser dire. Ainsi, l'identification ou la référence de syndicalistes aux mouvements sociaux doit se faire avec la plus extrême prudence, nous en sommes conscients.   Quand nous avons entendu reconnaître dans nos débats que SUD Education était dépendant du calendrier d'action de la FSU, il nous a semblé alors que la dérive s'était déjà mise en place.
Ne s'agirait-il alors que d'une structure standard de plus, même plus radicale dans ses propos, ses revendications et ses actions ?

 

Pour notre part, nous préférons la voie d'une structuration sur le mode même d'expression des mouvements sociaux, avec tous ses risques et toutes ses imperfections. Car nous sommes tous, en tant qu'individus, syndiqués ou non, des éléments de ces mouvements à un moment ou à un autre. Et nous voulons apprendre et permettre à tous d'apprendre, en tant qu'individus, à faire la place à l'expression de chacun dans le syndicat, sans la soumission à la position "nationale", "syndicalisée", "centralisée".     L'alternative syndicale n'est pas que la radicalité de la rue. Elle n'est pas qu'une réelle prise en compte active des solidarités. Elle n'est pas que la nécessité absolue de l'action interprofessionnelle. Elle n'est pas tout cela sans prendre en compte le processus de construction d'un syndicalisme différent.
   
Nous voulons que l'élaboration des actions et revendications se construise à la base, par l'expérience engrangée, même si le chemin est plus long, plus laborieux, plus risqué. Et même si cette élaboration peut apparaître contradictoire, ici ou là, nous voulons en faire l'expérience, sans peur qu'elle soit visible, pour ne pas laisser le soin à quelques délégués, ou à quelques responsables, de trouver et d'imposer la solution de règlement de ces contradictions.   Pour nous, c'est aussi le refus d'une nouvelle centrale, aujourd'hui ou demain, objet de délégations de pouvoirs, de renoncements à l'émancipation de l'individu, et probablement de volontés de recompositions qui, échappant à la base des syndiqués, en oublieraient le rejet des manipulations politiciennes et bureaucratiques qui nous animent tous.
Notre démarche veut prendre en compte tous ces facteurs. Et nous connaissons les conséquences en temps nécessaire comme en difficultés objectives de construction. Mais c'est par delà les impératifs immédiats de l'action que nous nous faisons une idée du fonctionnement dans l'action et les revendications, pour consolider l'efficacité de ce syndicalisme en cours de construction.
 
Cette construction n'est donc pas qu'une radicalité d'expression dans la rue. Elle est aussi et surtout une radicalité sur l'émancipation de l'individu dans le syndicat, comme sur l'émancipation du groupe local dans l'union de syndicats.
2 - Nécessités d'une représentation nationale
Le besoin d'une représentation nationale est nécessaire à toute organisation syndicale, comme à un moment donné elle est nécessaire à un mouvement social. C'est un fait. Nous le reconnaissons tous. Pourquoi s'obstiner à croire qu'une union de syndicats ferait l'impasse sur cette nécessité ? Nous avons voulu rechercher une efficacité d'intervention sur le plan national au travers de l'union de nos forces en construction. Cela nous semble indispensable. Mais nous avons voulu le faire en respectant les itinéraires de chaque groupe local et en voulant préserver l'élaboration de la démarche à la base. C'est notre souci depuis 1990. Cela s'est traduit par des listes présentées aux élections paritaires nationales de 1993 et de 1996. C'est un fait et c'est une première marche.
   
Mais nous devons avant tout analyser sérieusement nos besoins en matière de représentation comme en matière d'interventions nationales, en relation directe avec le mode de construction syndicale que nous voulons privilégier. Nous avons développé nos positions pour une structuration syndicale qui ne soit ni une course à une efficacité de façade, ni l'occasion de la mise en place d'une nouvelle délégation de pouvoir, prémices d'une structure qui ne changerait en rien les rapports syndicaux établis. Pour cela, nous avons présenté trois contributions dans le cadre de la préparation du congrès de SUD Education. C'est un autre fait.
   
Pourquoi vouloir construire un syndicat centralisé avant d'avoir eu collectivement la moindre analyse des besoins de nos syndicats locaux (aux identités proches sur leur radicalité certes, mais également différentes sur leur démarche de construction) ? Nous avons voulu travailler de manière constructive et mettre en commun nos forces et nos convictions en participant de manière active à la réflexion sur notre besoin commun de structuration. Nous avons écrit : " Rien n'empêcherait, quel que soit le nom de chacun, de pouvoir travailler ensemble si les bases étaient effectivement communes. " Nous continuerons d'avoir cette volonté sur le constat de ce qui nous est commun.
   
Mais pourquoi serions-nous " contraints " d'être absolument liés structurellement ? Pourquoi certains seraient-ils contraints de se soumettre à un label unique pour recevoir la carte officielle de partenaire ?
Nous réaffirmons que nous n'entrerons pas dans un cadre qui pour nous n'est que la reconduction des erreurs du passé. Nous réaffirmons que nous ne voulons pas d'une voie de plus vers une nouvelle Centrale Syndicale à l'image de celles qui existent déjà et que nous avons quittées. Nous réaffirmons que nous voulons construire un avenir pour l'alternative syndicale : élaborer une stratégie syndicale différente.
  Car il y a dans nos débats d'aujourd'hui des enjeux qui nous dépassent. Nous appelons cela des hypothèques :
- Un engagement moral auprès de SUD PTT à faire une Fédération SUD Education. Cette fédération est déjà prisonnière du label déposé par le grand frère. - La critique de la direction de SUD PTT sur la trop faible centralisation construite dans SUD Education.... Quand pour nous celle-ci est déjà excessive. - La gourmandise financière révélée pour construire un appareil central. Cet excès appauvrit la capacité d'auto organisation des structures locales. - La frénésie à construire une multitude de syndicats SUD dans toutes les champs de syndicalisation possible, même là où existent déjà des syndicats du G10. - L'idée de construction d'une confédération SUD, démentie officiellement, discutée dans les couloirs... - etc...
3 - Nécessité d'une union de nos forces.
" ...Nous nous sommes lancés dans la construction d'un autre type de syndicat. Nous le voulons différent. Il sera ce qu'ensemble nous en ferons...
... et non ce que certains décideront d'en faire pour d'autres ! "
 
Nous avons parlé d'union. Non pas pour n'avoir aucune structuration nationale, mais pour préserver la difficile construction de notre démarche syndicale. Car nous tenons à permettre à chacun, localement, de construire son propre outil syndical.   Nous ne concevons de mouvement syndical, que celui qui est construit à la base par les salariés eux-mêmes. Nous ne voulons pas bâtir une organisation à la place d'autres pour qu'ils puissent s'y inscrire... Ils s'inscriraient dans une organisation syndicale pensée, orientée sans leur participation active, dans laquelle la plupart auraient du mal à seulement imaginer qu'ils soient eux-mêmes le syndicat.
Qu'est-ce qu'un syndicat si ce n'est ce que chacun des salariés voudra en faire par sa participation active ?
Qu'est-ce qu'un syndicat alternatif si ce n'est le temps nécessaire à la lente construction de l'émancipation du salarié ?
Qu'est-ce qu'un syndicat centralisé si ce n'est la distribution de la bonne parole, de la pensée proposée, de la ligne assénée ?
Nous construisons un syndicalisme qui veut favoriser les relations entre les individus, sur des bases solidaires et responsables. Et nous avons entendu dire dans certains groupes de SUD Education qu'un syndicat ne peut pas fonctionner en Assemblée Générale avec mille adhérents. Cela sera bien évident demain, s'il y a dès le départ, dès aujourd'hui, le refus d'apprendre, d'expérimenter le fonctionnement d'une A.G., quand la plupart des groupes ont des effectifs en dessous de la centaine.
Il y a là une absence dangereuse de volonté à vouloir faire le dure apprentissage de la démocratie dans le syndicat. Cela nous fait comprendre le refus de vouloir envisager un fonctionnement différent et la prédominance à vouloir reproduire la construction de ces centrales qui ont échoué.   De la même façon entendre dire qu'il y a urgence à être représenté en sacrifiant l'importance du temps nécessaire aux débats sur le fonctionnement dans le cadre de l'action et des revendications laisse présager du type de rapport dirigeants-dirigés qui se mettront inéluctablement en place, sans vouloir même envisager qu'il pourrait en être autrement.   Dans ces conditions là, effectivement, nous ne construisons pas la même alternative syndicale car nous n'avons pas fait les mêmes analyses des centrales quittées. Et dans ces conditions là, nous ne pouvons pas envisager de fusionner structurellement.
Il en va différemment des analyses sur les actions et les revendications.
4 - Perspectives
Nous ne développerons pas ici ces analyses. C'est dans nos journaux édités localement, témoins de nos actions entreprises, que nous pouvons constater les convergences qui nous ont fait nous rejoindre.
 
Un souci d'efficacité vous fait vouloir un journal d'expression nationale. Mais vouloir absolument un tel journal, c'est prendre le risque, à terme, que celui-ci devienne la seule voix d'expression autorisée du syndicat centralisé.   Il ne laissera aux journaux des groupes locaux que le soin d'organiser localement ce qui s'est exprimé dans le journal national. Quelle place pour l'auto construction des actions et des revendications par les groupes locaux ? Quelle place pour le constat précieux de la réalité de ces convergences ?
En dehors d'un appareil central trop gourmand en énergies et qui prive les groupes locaux de leur autonomie, en dehors d'un appareil central trop omniprésent, nous poursuivrons notre démarche d'auto-construction syndicale alternative avec qui voudra suivre ce chemin.
Nous prendrons le temps d'unir les forces qui veulent travailler dans le même sens en toute conscience des enjeux et des dangers.
Avec vous, si vous le souhaitez, si cela vous apparaît possible.

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