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Vive la sociale !

Daniel Guidon, le 28 janvier 2003
En 1993, la réforme Balladur a modifié le régime des retraites du secteur privé :
- réaffirmation du droit à la retraite à 60 ans.
- modification de la durée de cotisation nécessaire pour obtenir l'ouverture des droits (passage de 37,5 annuités à 40 annuités, par ajout progressif d'un trimestre par an). Non remise en cause par les gouvernements successifs, cette mesure atteindra son objectif à la fin 2003.
- modification progressive de la base de calcul du salaire servant de base au calcul de la pension (passage des 10 meilleures années au 25 meilleures années). Le calendrier progressif court jusqu'en 2008.
- indexation de l'évolution des retraites sur celle des prix et non plus des salaires,
La réaffirmation du droit au départ en retraite à 60 ans est une bouffonnerie qui, à part amuser la galerie, ne signifie rien en soi :
La condition des 40 années de cotisation correspond en réalité à fixer l'âge de la retraite à près de 62 ans si l'on souhaite bénéficier d'une pension complète. En effet, l'âge moyen d'entrée dans la vie professionnelle s'établissait déjà à 21,6 ans en 1996. D'autre part elle présuppose que tous les salariés bénéficient d'une carrière complète, ce qui est loin d'être le cas général ; seules 40 % des femmes salariées du privé et 85 % des hommes possèdent ce privilège. L'indexation de l'évolution des retraites sur les prix est une mesure particulièrement généreuse puisqu'elle prive les retraités de toute augmentation de leur pouvoir d'achat jusqu'à la fin de leurs jours. Pour un retraité, l'impact financier de la réforme Balladur est une amputation de revenu de l'ordre de 7% en 2003 et de 23% en 2008.
L'échec de la réforme Juppé en 1995 visant les régimes spéciaux et la fonction publique n'a pas convaincu le clan chiraquien que le passage en force n'était pas la solution la plus adaptée. Maître Raffarin, avec son ton patelin et son bon sens commun, a donc été chargé de remettre le projet sur le métier.
Injustices, privilèges et équité.
S'appuyant sur les modalités créées par la réforme Balladur, le gouvernement, largement relayé par les journaux télévisés, prend des postures égalitaires quasi révolutionnaires. L'injustice règne : les règles de départ à la retraite sont différentes entre le public et le privé ! Les privilégiés, caste des fonctionnaires et autres aristocrates des régimes spéciaux paradent et étalent sans retenue leur luxe, leur calme et leur volupté ! Aux armes, compagnons de misère, aux urnes si nécessaire ! Allongeons les durées de cotisation de 37.5 annuités à 40 pour tous ! Réduisons les niveaux de compensation car ces fourbes fonctionnaires ont injustement un niveau de qualification moyen plus élevé que dans le privé ! Imposons le salut commun !
Modéré et pondéré dans sa volonté d'équité, Raffarin doit même tenter de contenir les radicaux niveleurs du Medef qui rêvent déjà d'une justice sociale absolue : pas de retraités avant 62.5 ans, pas de pension avant 42.5 années de cotisation, sauvetage désespéré de la répartition grâce au secours inespéré de la capitalisation et des fonds de pension.
Une bataille de titans s'engage sous nos yeux effarés : Fillon, tribun échevelé du social-réalisme, contre le baron Seillière de la Borde, apôtre romantique du social-utopisme. De ses orages prometteurs, lèveront nos récoltes futures : du passé, faisons table rase !

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