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Généralisation des évaluations et limitation des méthodes de lecture

Tome 3

En quelques phrases aussi assassines qu'approximatives, c'est le moins qu'on puisse dire, Gilles de Robien a provoqué un électrochoc à et autour de l'école, en digne représentant de commerce du Sarkozysme ambiant.
Il y a lieu dans un premier temps d'analyser les propos, à la recherche d'improbables arguments scientifiques.
Mais il s'agit aussi d'entrer plus que jamais en résistance contre les courants réactionnaires qui tentent ni plus ni moins de rendre la pédagogie responsable de tous les maux de la société.
Attention aussi à la nuance ministérielle : attaque-t-on le global ou le global et le semi-global ? L'enjeu est capital.
Fort curieusement, l'annonce d'une évaluation en CE1 et ce qu'elle induit provoque moins de réactions que la guerre donquichottesque contre la méthode globale.
Notons aussi une réflexion du ministre sur l'enseignement de l'histoire, en pleine ambiance révisionniste sur le colonialisme.


 

REVUE DE PRESSE

 



REVUE DE PRESSE

Apprentissage de la lecture : un appel à plus de "sérieux"

Martine Laronche
LE MONDE, mercredi 4 janvier 2006


Ranimée par le ministre de l'éducation nationale, Gilles de Robien, qui a déclaré, le 7 décembre 2005, qu'il fallait "abandonner une fois pour toutes la méthode globale ou assimilée", la polémique sur l'apprentissage de la lecture devait connaître un nouvel épisode, mardi 3 janvier, avec la publication d'un appel émanant des principaux syndicats d'enseignants (SNUipp-FSU, SE-UNSA, SGEN-CDT), de mouvements pédagogiques, de la Fédération des conseils de parents d'élèves (FCPE) et d'universitaires. Les auteurs réclament "des réponses sérieuses" sur l'apprentissage de la lecture, "loin des affirmations passéistes et approximatives de l'actuel ministre de l'éducation nationale".


Le ministère doit, ce mois-ci, envoyer une circulaire aux enseignants préconisant l'abandon de la méthode globale, qui repose sur une reconnaissance des mots, au profit de la méthode syllabique, fondée sur le déchiffrage.

Ecartée par les programmes de l'école élémentaire de 2002, la méthode globale "n'est pratiquement plus utilisée dans les écoles" et "la majorité des manuels de lecture enseignent les correspondances entre les lettres et les sons dès les premiers jours du cours préparatoire", affirment les auteurs de l'appel, qui dénoncent "la description caricaturale" qui est faite de la situation dans les écoles.

Alors que M. de Robien affirme que l'abandon de la méthode globale permettra en deux ans de ramener le pourcentage d'écoliers qui ne savent pas lire à l'entrée au collège de 15 % à "11 % ou même à 8 %", les signataires considèrent que "le déchiffrage n'est pas le principal problème" puisque "11 % des élèves ne comprennent pas les textes qui leur sont proposés bien qu'ils sachent déchiffrer".

Néanmoins, "l'apprentissage de la lecture peut et doit être amélioré", estime l'appel, qui préconise de procéder à "des recherches rigoureuses", de "renforcer la formation et l'accompagnement" des enseignants et d'organiser "une réelle évaluation du travail effectué dans les classes".

 



Les fantômes de la méthode globale

L'offensive de Gilles de Robien vise à discréditer les valeurs d'égalité et de démocratisation du savoir.


André OUZOULIAS mercredi 04 janvier 2006
Libération, mercredi 4 janvier 2006

André Ouzoulias est professeur de philosophie à l'IUFM de Versailles, spécialiste des difficultés dans l'apprentissage de la lecture.
Enfin ! Après les réseaux islamistes, la polygamie, les rappeurs et les mariages blancs, un ministre vient de découvrir le dernier coupable des maux des banlieues : non point le chômage, les inégalités et les discriminations, mais la méthode globale d'enseignement de la lecture... Cela peut étonner, irriter ou susciter l'hilarité. C'est selon. Car il est pleinement connu du ministre de l'Education nationale, comme des professionnels de l'enseignement, que la quasi-totalité des enfants en grande difficulté en lecture au-delà du CP ont été instruits selon des méthodes syllabiques. En effet, dans la mesure où le B.A.BA. y est enseigné dès le début de l'année, la plupart des méthodes proposées par les éditeurs doivent être regardées comme telles. De plus, comme les professionnels, le ministre sait pertinemment que les difficultés en lecture ne relèvent pas toujours d'une identification malhabile des mots écrits, mais concernent au moins autant la compréhension des textes. Et très probablement, le cabinet a pu informer le ministre que la
"méthode globale" a été mise au point par le bon docteur Decroly dans les années 20 à Bruxelles pour des enfants qui échouaient en lecture lorsque leur maître commençait par le B.A.BA., et que cette méthode (où l'on enseigne le décodage, mais de façon différée) n'a jamais été utilisée dans les CP en France... Il est de notoriété aussi que la méthode idéovisuelle, où les enfants sont censés apprendre à lire sans jamais recevoir d'enseignement direct du décodage, défendue par certains pédagogues américains et français, n'a été pratiquée, à partir de la fin des années 70, que par une toute petite minorité de maîtres et a quasiment disparu du paysage pédagogique.
Certains des informateurs du ministre savent aussi que "la méthode syllabique pure" de M.Boscher n'avait pas la magie que lui prêtent ses partisans : à l'apogée de sa diffusion, au milieu des années 1960, plus de 30 % des enfants redoublaient le CP ! C'est également l'époque du "boum de la dyslexie" (lire Pierre Debray-Ritzen, la Dyslexie de l'enfant, 1967), où le nombre de classes spéciales pour enfants non-lecteurs explose (classes de perfectionnement et classes d'adaptation), où, pour faire face aux difficultés en lecture, on étend le réseau des CMPP (Centres médico-psycho-pédagogiques) et où sont créés les GAPP (Groupes d'aide psycho-pédagogique, intervenant dans les écoles). Alors, pourquoi agiter ainsi le fantôme de la méthode globale ?

Ne nous y trompons pas, avec la campagne contre la "méthode globale", il ne s'agit pas de travailler à une plus grande efficacité de l'école et à l'intérêt des enfants, mais de faciliter la mise en oeuvre d'un programme politique de refondation de l'éducation, en réaction contre les valeurs d'égalité, de solidarité, d'éducabilité et de démocratisation du savoir. Pour cela, il faut discréditer les pédagogues et l'idée même de pédagogie. Et il est tentant de le faire en présentant la "méthode globale" comme leur enfant monstrueux.
Les parents doivent le savoir : en fait, ceux qui prônent la "syllabique pure", ne s'intéressent guère aux problèmes pratiques qu'elle pourrait poser. Selon eux en effet, si des élèves échouent malgré tout avec cette méthode, ce n'est pas la faute de celle-ci, cela tient au fait qu'ils ne peuvent pas apprendre à lire normalement parce qu'ils sont dyslexiques et l'école ordinaire n'y peut alors plus grand-chose. Ainsi, la difficulté en lecture est médicalisée, renvoyée en dehors de l'école, chez les orthophonistes, où, parmi dix enfants "traités", on aura peine bientôt à trouver l'authentique dyslexique. Il est tentant de mettre en parallèle ce refus d'enseigner la lecture à l'école en cas de difficulté avec le cas des enfants traités à la Ritaline : leur nombre flambe et, parmi eux, moins de un sur cinq est un hyperactif vrai ; les autres sont chimiquement contrôlés, probablement parce qu'ils ont dérangé un peu trop les adultes ou ont nui à leur "autorité" (le Monde du 23 novembre).
En tout cas, les autres revendications des partisans de la syllabique pure ne peuvent que susciter l'effroi. Sur leurs sites Internet, outre "la suppression de la méthode globale d'apprentissage de la lecture et de tous ses dérivés actuellement utilisés dans les écoles primaires (méthode mixte, méthode par hypothèse, méthodes à départ global)", ils demandent de "faire des classes qui soient socialement hétérogènes, mais intellectuellement homogènes ; supprimer le collège unique [...]; créer un examen d'entrée en sixième [...]; réformer les IUFM (Institut universitaire de formation des maîtres), qui sélectionnent les futurs enseignants sur leur conformité idéologique avec les pédagogistes officiels (...) ; limiter le pouvoir des syndicats d'enseignants...". De plus, pour rétablir l'ordre moral et protéger les enfants des idées "décadentes" incarnées par des rats ou des sorcières dans les méthodes de lecture, ils invitent les parents à demander aux maires le refus de financer certains manuels (ils donnent la liste des ouvrages mis à l'index) et à renvoyer des cartons de protestation aux éditeurs (voir par exemple les fatwas diffusées sur les sites
soseducation.com et lire-ecrire.org). La chasse aux sorcières est ouverte. A quand les autodafés ?
Aussi stupéfiant que cela puisse paraître, il faut hélas se rendre à l'évidence : ces revendications
constituent également le programme de certains réseaux de l'actuelle majorité et du ministre lui-même.
Celui-ci n'a-t-il pas décidé de recevoir les éditeurs pour leur demander de faire le ménage dans leurs catalogues ? N'a-t-il pas reçu le président de l'Association des maires de France pour demander aux communes de ne plus financer les méthodes jugées inefficaces ? C'est une rupture historique avec les principes républicains et laïcs. Ces principes veulent en effet que les maîtres soient libres de choisir leurs outils à condition de viser effectivement les objectifs formulés par les programmes officiels. En contrepartie, leur travail est contrôlé par des inspecteurs et non par les notables ou des groupes de parents. Ainsi, tout à la fois, l'école peut travailler en sécurité, à l'abri des intérêts, des opinions ou des caprices des pouvoirs économique, politique ou religieux, et la nation peut être sûre que les maîtres transmettent les connaissances définies par les programmes.

Devant cette grave menace, aux conséquences imprévisibles, le président de la République, gardien des institutions, et qui a été élu dans un sursaut républicain contre des visions portées aujourd'hui par les inspirateurs de M. de Robien, se doit d'intervenir sans délai.
Les effets immédiats de cette offensive sont déjà mesurables. Le ministre a apeuré les parents, jeté le soupçon sur les enseignants et, en divers lieux, cela va conduire des groupes de pression à chercher à soumettre l'école à leurs diktats. Davantage de parents, vraisemblablement, lorgneront l'école privée en juin prochain (alors même qu'au CP elle utilise les mêmes supports que l'école publique !) Face à ces risques, les enseignants doivent établir un dialogue confiant avec les parents. Ceux-ci doivent savoir que, massivement, les maîtres respectent les enfants qui leur sont confiés et ont le souci de leur réussite ; quand ils choisissent une méthode de lecture, ce n'est pas selon des penchants idéologiques ou la mode du moment, mais de façon professionnelle et pragmatique.
Et que peut-on encore faire, dans les écoles et alentour, en particulier pour préserver l'intérêt des enfants ? Tout d'abord, me semble-t-il, dénoncer toute manipulation politicienne des problèmes de l'école et unir tous ceux qui tiennent à l'école de la République pour la défense de ses valeurs.
Ensuite, rappeler clairement ce qui fait consensus parmi les professionnels de l'enseignement de la lecture. Enfin, reprendre sereinement les débats pédagogiques sur les points qui font question.
Ce sera l'honneur de l'école de la République de s'y engager, contre vents et marées.


Pétition : Sauvons la lecture !

Mi-décembre, le ministre de l'Education nationale a communiqué avec force sa volonté d'abandonner la méthode globale et toute méthode comparable à ses yeux. Sitôt dit, maires et éditeurs ont été convoqués, et annoncée une circulaire destinée aux inspecteurs de l'Éducation nationale. À la veille des vacances de Noël, l'état d'urgence devait être proclamé dans les CP !

Le ministre affirme que les causes des difficultés d'apprentissage de la lecture sont multiples - dont acte - mais se focalise aussitôt sur un seul facteur, les " méthodes d'apprentissage " (comprenons " d'enseignement "). Alors que les chercheurs s'efforcent depuis un siècle environ de clarifier cette question, particulièrement délicate du fait de la multiplicité des facteurs identifiés et de leur intrication, celle-ci se trouve soudain réduite à un seul facteur qui, comme par hasard, est celui que l'opinion courante est le mieux à même de reconnaître. Comme si, en passant du pluriel au singulier, on pouvait transformer le complexe en simple, et, d'un coup de baguette magique, résoudre un problème qui se pose depuis le début de l'instruction obligatoire. Miracle de Noël ?

La même démarche vaut pour les " méthodes " elles-mêmes : en remplaçant " la méthode globale " et ses supposés équivalents par une méthode syllabique, le problème sera résolu, déclare le ministre. Hélas, ici encore, la réalité résiste à la pensée simpliste. Il faut savoir en effet que, si de très nombreuses recherches comparatives ont été effectuées, notamment dans les pays anglophones, un grand nombre d'entre elles débouchent sur des conclusions incertaines. Aucune en tout cas ne permet de définir une "méthode idéale". L'honnêteté scientifique doit aussi conduire à reconnaître qu'il existe quelques études, rigoureusement conduites, dans des pays francophones, en Suisse (1980), en Belgique (1992) et en France (2000)*, dont les conclusions sont plutôt à l'opposé des opinions du ministre. Notons enfin que le matériel pédagogique ne constitue qu'une petite partie de ce qui se passe dans les classes et qu'identifier pédagogie et matériel utilisé, c'est encore une fois réduire le problème à sa plus simple expression. C'est précisément en raison des difficultés que posent les comparaisons entre " méthodes " que les chercheurs ont été conduits à privilégier une approche en termes de pratiques des maîtres. On pourrait souhaiter que le ministère en prenne acte et renonce à ce qui s'est avéré être une impasse théorique et pratique.

Vient ensuite l'argument d'autorité : le recours aux " neurosciences ". Comment confondre éducation et neurosciences alors que les échelles de mesure sont tellement disproportionnées ? Nos collègues, chercheurs dans les neurosciences, ne savent pas plus ce qui passe dans une salle de classe que nous ne savons ce qui se passe dans le cerveau. C'est en tout cas ce que disent les plus sérieux d'entre eux.

Le ministre se propose enfin de démontrer en quoi la " méthode " qu'il met en cause est dangereuse et en quoi la syllabique s'impose à l'évidence. En ce moment pathétique où la rue de Grenelle rejoint le Café du commerce, le fou rire le dispute à la consternation. Mais il est blessant, pour les maîtres, les formateurs et les chercheurs, de voir ainsi mises en doute leurs compétences professionnelles et la réalité de leurs connaissances par un responsable politique qui aborde des questions, dont à l'évidence il ne soupçonne même pas la technicité : les recherches en la matière, d'une extrême précision, sont publiées dans des articles qui se comptent par milliers. Comment peut-on les balayer ainsi d'un simple revers de main ?

Le plus inquiétant n'est-il pas qu'après que le Parlement a légiféré sur la bonne façon d'enseigner l'histoire de la colonisation, en lieu et place des historiens, un ministre s'arroge le droit de trancher sur la bonne façon d'enseigner la lecture, en lieu et place des professionnels ? A-t-il conscience qu'il dénie aux enseignants ce que l'école laïque leur a toujours reconnu : la pleine responsabilité de leurs démarches pédagogiques ? A-t-il même conscience d'ébranler gravement la confiance des parents dans l'école ?

Dénuée de toute valeur scientifique, en rupture avec la tradition républicaine, la campagne du ministre suscite notre indignation et nourrit nos inquiétudes.

Signataires:
Jacques Bernardin, formateur, IUFM d'Orléans-Tours
Jean-Marie Besse, professeur de psychologie cognitive, université Lumière Lyon 2
Rémi Brissiaud, maître de conférences de psychologie cognitive, IUFM de Versailles
Mireille Brigaudiot, maître de conférences, IUFM de Versailles
Sylvie Cèbe, maître de conférences, IUFM de Lyon
Eveline Charmeux, professeure honoraire, IUFM de Toulouse
Gérard Chauveau, chercheur associé à l'INRP
Jacques Fijalkow, professeur de psycholinguistique, université de Toulouse-le-Mirail
Roland Goigoux, professeur des universités, université Blaise Pascal, Clermont-Ferrand
Philippe Meirieu, professeur des universités, directeur de l'IUFM de Lyon
André Ouzoulias, professeur à l'IUFM de Versailles

 


http://www.lapetition.com/sign1.cfm?numero=1058


Réagir

J.P. Bernié
P.U. Sciences du Langage
IUFM d'Aquitaine - Université Bordeaux II EA 3662

Chers collègues et amis,

Les menées de de Robien sur l'apprentissage de la lecture (et pas seulement là-dessus, mais chacun sa cible) atteignent le sommet de la bêtise intolérable. Il a convoqué les éditeurs de manuels pour leur interdire la
moindre allusion de quoi que ce soit qui pourrait ressembler à du "global", et il prépare une lettre à tous les Maires de France pour leur interdire l'achat de tout manuel qui présenterait le moindre soupçon de complaisance
avec du "global"... ou ce qu' il croit être tel...

Ce n'est plus la fantasmatique "méthode globale", depuis longtemps cadavre putréfié, qui est en cause, c'est une religion d'Etat qui est le b-a-ba syllabique et l'interdiction d'en sortir.

Faute de savoir encore ce que peut être une riposte à la hauteur de l'enjeu, je vais rassembler tous les éléments qui me parviennent presque quotidiennement et les rediffuser régulièrement à mes contacts.

Aujourd'hui, joint ci-dessous :

-les protestations et appels d'Ouzoulias et d'Eveline Charmeux

-un dossier du Café Pédagogique, regroupant des extraits des déclarations de Goigoux et Jacques David

Je crois qu'il faut que nous fassions tous preuve d'imagination pour savoir à qui retransmettre tout cela. Je pense (outre, bien sûr, à tous les enseignants de tous degrés) :

-aux responsable locaux des associations de parents,
-aux responsable locaux de tous les syndicats,
-aux maires (puisque De Robien veut les marteler de ses interdits) et autres élus.
-à la presse locale et régionale
-aux radios locales.

Les lobbies que nous avons superbement ignorés pendant des années n'ont pas procédé autrement. Même en retard, il n'est pas inutile de réagir.

Amitiés à tous, et que cela ne trouble ni vos vacances ni vos fêtes.
JPB


OUZOULIAS
Bonjour à tous,
J'ai reçu un message qui a transité par Eveline Charmeux et dont voici le contenu :

"Monsieur G. de Robien, ministre de l'EN vient de réunir les éditeurs de manuels scolaires pour leur ordonner de bannir désormais du début des manuels de lecture tout élément d'apprentissage global. Ils devront s'en tenir au B+A = ba en excluant tout travail de compréhension du sens d'un texte, si limité soit-il. C'est une aberration pédagogique et didactique. Mais je laisse cet aspect de côté.
Cet oukase sans précédent est encore plus grave que l'anathème jeté sur la méthode globale, rendue coupable de l'échec scolaire alors qu'elle n'a jamais été appliquée en France. Plus grave encore que l'ignorance manifeste du ministre quant aux instructions officielles en vigueur, son ignorance sur le fait que l'apprentissage de la lecture doit se dérouler sur 3 ans, de la Section des grands au CE1 (cycle II). Plus grave encore que les opinions contestables sur lesquelles il s'appuie, plus grave encore que son mépris et son ignorance des résultats des recherches en éducation qui ne vont pas dans son sens.
Cet oukase remet en cause le principe de liberté pédagogique des maîtres qui leur est attribué par la loi. Il est, au sens fort, illégal. Il remet en cause la liberté d'édition. Il y a désormais en France une pédagogie officielle de la lecture qui s'impose aux maîtres et aux éditeurs.
Déjà la majorité parlementaire s'autorise à légiférer en matière d'histoire de la colonisation. A quand un oukase du ministre de la Santé sur le meilleur protocole de soins en matière de cancer ? A quand un oukase du ministre de l'Intérieur aux journalistes sur la seule méthode d'information autorisée ? Il importe de réagir et vite : Comment ? "

Saisi du même effroi, quant à moi, j'ai envoyé à Libération le projet de tribune joint (version pdf), rédigé hier. Je crois qu'un appel à l'opinion laïque et républicaine et au Président de la République est nécessaire. Je suis prêt à le signer avec tous ceux qui souhaitent s'opposer à cette rupture historique avec les principes républicains et laïcs. Je conseille aussi à chacun de visiter les deux sites cités dans une note de cette tribune.
Bien cordialement à tous,

André OUZOULIAS

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EVELINE CHARMEUX

Serge Boëche vient de m'annoncer cette effarante nouvelle ; il faut réagir : on ne peut laisser passer cela. Il faut au moins le faire savoir

Monsieur G. de Robien, ministre de l'EN vient de réunir les éditeurs de manuels scolaires pour leur ordonner de bannir désormais du début des manuels de lecture tout élément d'apprentissage global. Ils devront s'en tenir au B+A = ba en excluant tout travail de compréhension du sens d'un texte, si limité soit-il. C'est une aberration pédagogique et didactique. Mais je laisse cet aspect de côté.
Cet oukase sans précédent est encore plus grave que l'anathème jeté sur la méthode globale, rendue coupable de l'échec scolaire alors qu'elle n'a jamais été appliquée en France. Plus grave encore que l'ignorance manifeste du ministre quant aux instructions officielles en vigueur, son ignorance sur le fait que l'apprentissage de la lecture doit se dérouler sur 3 ans, de la Section des grands au CE1 (cycle II). Plus grave encore que les opinions contestables sur lesquelles il s'appuie, plus grave encore que son mépris et son ignorance des résultats des recherches en éducation qui ne vont pas dans son sens.
Cet oukase remet en cause le principe de liberté pédagogique des maîtres qui leur est attribué par la loi. Il est, au sens fort, illégal. Il remet en cause la liberté d'édition. Il y a désormais en France une pédagogie officielle de la lecture qui s'impose aux maîtres et aux éditeurs.
Déjà la majorité parlementaire s'autorise à légiférer en matière d'histoire de la colonisation. A quand un oukase du ministre de la Santé sur le meilleur protocole de soins en matière de cancer ? A quand un oukase du ministre de l'Intérieur aux journalistes sur la seule méthode d'information autorisée ?
Il importe de réagir et vite : Comment ?

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CAFE PEDAGOGIQUE
Dossier spécial : Apprentissage de la lecture

L'opinion publique abusée sur l'apprentissage de la lecture pour R. Goigoux
"Il faut rappeler à l'opinion publique, aujourd'hui abusée par ceux qui prétendent que la méthode globale a mis le feu aux cités, que le b.a.-ba est inscrit au programme de l'école de la République. Les questions de méthode posées aux responsables du système éducatif sont réglées depuis 10 ans dans les textes officiels même s'il est toujours possible de trouver des enseignants qui n'en tiennent pas compte ou de généraliser de manière malveillante à partir d'exemples singuliers caricaturaux" rappelle Roland Goigoux dans un entretien accordé à La Lettre de l'éducation. Il réagit ainsi aux propos du député A. Gest et à la réponse du ministre à l'Assemblée nationale.

Pour R. Goigoux c'est ce qui explique la baisse de l'illettrisme. "Les dernières données de l'INSEE confirment que les jeunes sont moins souvent en difficulté que les personnes plus âgées : 4 % des 18-24 ans contre 14 % des 40-54 ans et 19 % des 55-65 ans qui ont tous appris, pourtant, à lire avec la méthode syllabique. Rien ne permet d'affirmer aujourd'hui que ces difficultés ont pour principale origine les méthodes d'enseignement de la lecture. Comment expliquer sinon que le chiffre de 4% de non-lecteurs en 6ème grimpe à 11% en ZEP alors que les méthodes utilisées au cours préparatoire ne sont pas différentes du reste du territoire ?".
http://www.cafepedagogique.net/dossiers/contribs/goigoux.php
http://www.lemonde.fr/mde/lettre/education.html

Le B A BA du ministre
"On se demande pourquoi tant d'ignorance, tant de rumeurs et de propos sous-informés sont colportés à l'envi. Pourquoi dès lors vouloir légiférer et promulguer décrets et circulaires sur la question, si ce n'est pour occuper un espace médiatique plus ou moins vacant dans le champ de l'éducation et tenter de masquer l'absence de réponses solides aux difficultés réelles des jeunes, notamment face à leur avenir scolaire et professionnel". Jacques David, rédacteur en chef de la revue Le Français aujourd'hui et conseiller scientifique à l'Observatoire national de la lecture, interpelle le ministre dans une tribune envoyée au Café.

"On dénoncera. les critiques à peine voilées, adressées aux enseignants du primaire, soupçonnés de défendre des méthodes qu'ils n'ont en fait jamais pratiquées. Je défie qui que ce soit, ministre ou conseiller, journaliste ou délateur, de trouver sur le marché éditorial français un manuel de lecture qui propose une approche globale de l'apprentissage de la lecture. Au contraire, il faudrait soutenir ces innombrables enseignants qui savent conduire, avec compétence et énergie, les apprentissages de la lecture et de l'écriture, en parvenant tout autant à intéresser leurs élèves par des activités attrayantes et adaptées, et à maintenir la rigueur nécessaire à la maîtrise du système alphabétique du français. Il n'y a pas de contradiction entre une pédagogie moderne, intelligente, adossée aux résultats des recherches les plus actuelles, et une pédagogie combinant pertinence et précision méthodologiques".
http://www.cafepedagogique.net/dossiers/baba/
http://www.afef.org/publications.htm

Vers un choc global sur la lecture ? Le ministre de l'éducation nationale insiste. "Je vais passer de la parole aux actes en envoyant cette semaine une circulaire aux enseignants"
déclare-t-il à l'AFP. Et il condamne "méthode globale et assimilée". Il annonce une réunion mardi 13 décembre avec l'Association des maires de France au sujet des manuels d'apprentissage de la lecture.

Cette insistance rencontre une incompréhension croissante. Dans La Croix, Bernard Gorce fait le point de l'interrogation des spécialistes. Ainsi Alain Bentolila explique : " le cours préparatoire est un moment important et la méthode d'apprentissage compte. Mais affirmer que le problème de la lecture se réduit à cela ressemble à un slogan pour brosser les parents
dans le sens du poil". Le ministre semble s'appuyer sur un rapport de l'Observatoire national de la lecture mais ses auteurs ne reconnaissent pas leurs conclusions dans les propos ministériels.

Le Café a publié le 12 décembre une tribune d'un membre de cet Observatoire; D'autres contributions d'enseignants nous sont parvenues. Les projets ministériels ne laissent pas les enseignants et les spécialistes de marbre. Vous trouverez ces contributions sur la page spéciale du Café. Ainsi Jackie Ferey, IEN, rappelle que " le Ministère de l'Education a lancé en 95 une vaste enquête en France pour déterminer l'efficacité des méthodes de lecture au CP. Celle-ci a conclu à une différence non significative, mais attribuant à l'équation personnelle du maître la différence des réussites de l'apprentissage (regard positif sur l'enfant, encouragement, aides personnalisées, bilans individuels des acquis.)..les méthodes sont renvoyées dos à dos". Pour Evelyne Charmeux, chercheur en didactique de la lecture, " cette déclaration gouvernementale est, à coup sûr, la chose la plus bête, la plus ignorante, la plus honteuse donc pour des gens prétendument cultivés, qu'on ait pu dire depuis longtemps sur l'école et sur l'apprentissage de la lecture".

Patrice Gourdet, enseignant formateur, en appelle à la responsabilité politique. "Pour finir, les déclarations du ministre laissent donc à penser qu'à tout moment l'institution peut réformer des programmes, imposer des interdits sur des méthodes d'apprentissage. Cette immédiateté de l'injonction est dangereuse. Les programmes, j'y reviens, se construisent dans le temps à travers des instances officielles qui privilégient les échanges, les débats, les réflexions. Ces instructions officielles engagent l'Etat sur un temps qui dépasse les durées des mandats électoraux, c'est une garantie pour la démocratie car le rapport entre l'école et la société est complexe, il a besoin de sérénité que ce temps lui offre. Ne pas respecter ce rapport au temps (" sous huit jours ! ") c'est mettre en danger l'école, la formation des enseignants, les réflexions pédagogiques mais aussi la relation de confiance indispensable entre les familles et
l'institution. Comment expliquer aux parents que la méthode globale n'est plus pratiquée dans les classes (elle ne l'a jamais été réellement), comment les rassurer, comment leur dire que le manuel utilisé prend en compte la complexité et la diversité des entrées pour apprendre à lire, comment reconquérir une confiance primordiale alors que le ministre parle de nocivité, de danger et utilise même le terme de " criminel ". L'enseignant devient l'assassin, pourquoi le juger, condamnons le tout de suite !" Le ministre serait-il allé vraiment trop loin ?
Article de La Croix
http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2251308&rubId=4076 <http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2251308&amp;rubId=4076>
Nos articles sur le blog du Café
http://www.cafe-leblog.net/index.php?2005/12/13/30-l-enseignement-de-la-lecture

La tribune de Jacques David
http://www.cafepedagogique.net/dossiers/baba/

France 2 dérape
"Je viens de couper la TV de rage !" "Je viens de voir cette parodie de débat contradictoire. Je trouve cela encore plus honteux que le reportage lui-même". Les listes de discussion des instits (Listecol, Freinet) sont unanimes dans la condamnation de France 2. La chaîne a mis en vedette le 15 novembre dans son journal télévisé une institutrice ultra-conservatrice, défendant "les bonnes vieilles méthodes". L'émission du médiateur, au lieu de rééquilibrer les choses, en a rajouté dans un débat totalement déséquilibré. Pour les enseignants "la manipulation médiatique est en train de revenir à ce que Peyrefitte imposait sous De Gaulle..." Il est vrai que lors de la même émission du médiateur, la chaîne avait reconnu avoir montré aux autorités de police un reportage sur les violences policières avant de le diffuser et l'avoir soustrait du JT diffusé sur Internet.

Sur son blog, Bruno Devauchelle démonte la mise en scène de ce reportage. Pour lui " le spectacle mis en scène ici (et non pas simplement observé et analysé) repose sur l'art de ne pas permettre au spectateur de prendre de la distance avec ce qui est montré. Au moment où les télévisions étrangères et en particulier Nord Américaine ont montré la capacité des médias à fausser l'information, nous observons que chez nous c'est la même chose et que le service public, qui est supposé être au service du public se met volontiers au service de causes particulières sans permettre une prise réelle de recul. Force est de constater que les personnes qui oeuvrent dans le sens pris par le journaliste utilisent depuis longtemps ces techniques rhétoriques qui caractérisent les tenants de telle ou telle idéologie et qui veulent à tout prix montrer qu'ils ont raison".
Le blog de B. Devauchelle
http://www.brunodevauchelle.com/blog/

TF1 rivalise avec France 2
"Jamais les enfants n'ont eu autant l'envie de lire et jamais autant leur niveau en lecture n'a été aussi bas" n'a pas hésité à affirmer vendredi 2 décembre une journaliste de TF1 en plein journal de 20 heures. Selon elle, 30% des élèves de 6ème ne sauraient ni lire ni écrire. Pourquoi ? "Il y a des maîtres de plus en plus mal formés qui ne savent pas quelle méthode choisir". Pour finir elle mobilise les parents : "si en février votre enfant ne sait pas déchiffrer un mot nouveau, inquiétez vous". Il est vrai qu'il y a déjà de quoi s'inquiéter et de cette campagne contre l'Ecole, et du niveau de certains journalistes.

 



L'école de Jules Ferry ou le triomphe de la scolastique

Classes en lutte, CNT, janvier 2006

Plusieurs commentateurs ont vu dans les " émeutes " de banlieues une faillite de l'école. L'article du linguiste et auteur de manuels scolaires à succès, Alain Bentolila, dans Le Monde du 17 novembre y stigmatise " des années de faux-semblants et de couardise " !...
Non, l'école n'a pas failli ! Elle assume son rôle : sélectionner et former des élites. C'est le malentendu persistant sur cette fonction qui fait aujourd'hui des ravages, et pas seulement dans les banlieues.
" Plus de scolastique ", affirmait Célestin Freinet en 1930 pour qui l'école devait être celle du " peuple ". A-t-on, à ce point, échoué qu'il faille la brûler ?!... Qu'apprend-on à l'école élémentaire ? Interrogeons-nous sur cette " culture scolaire " dont nos élèves seraient dépourvus ; questionnons ces " codes implicites " qu'ils ne maîtriseraient pas.
Apprendre à " lire-écrire-compter " : malgré quelques toilettages de forme, ces objectifs restent ceux de l'école primaire. Si apprendre à lire, c'est, depuis Jules Ferry, " alphabétiser " des générations d'élèves, on est bien certain que lire c'est " décoder ". Quand on vit, au quotidien, le rapport difficile des élèves avec ce qui fait l'essentiel de l'école, à savoir la confrontation à l'écrit sous toutes ses formes ; quand on voit l'énergie que dépensent les enseignants à faire comprendre aux élèves ce qu'ils lisent, que ce soit en " maths " (la compréhension des fameuses consignes, les énoncés de problèmes...) ; la difficulté qu'ils rencontrent à comprendre, en lecture, un texte littéraire... on s'accorde avec Jean Foucambert sur la définition qu'il donne de l'illettrisme : " l'absence de rapports un tant soit peu durables, diversifiés et approfondis avec l'écrit "*. Or, si les livres sont présents à l'école, les méthodes d'apprentissage de la lecture font la part belle aux manuels, les quelques rares textes littéraires sont passés à la moulinette du " b-a, ba " ; quant aux productions écrites des élèves, rarement socialisés. Comment alors, si l'élève est issue de familles où le livre est absent, que la langue maternelle diffère du français... trouver du sens dans cet apprentissage, trouver de l'intérêt à ce qui est proposé à l'école. L'école, c'est toujours de la " scolastique ". Elle n'a pas failli. Elle n'est pas l'école du peuple.

Et ce n'est pas un hasard, une " méconnaissance " qui fait ainsi agir les différents ministres de l'Éducation nationale quant à la conception des programmes. " Dans tous les pays industrialisés, le nombre des exclus de l'écrit, quel que soit d'ailleurs leur niveau alphabétique, est, à quelques variations individuelles en plus et en moins qui s'annulent au plan statistique, strictement lié à l'organisation du travail, au triomphe des aspects formels de la " démocratie", à l'aliénation de la conscience de classe et à l'imposition réussie de l'idéologie dominante. "* De même, si l'écrit n'est pas " un simple système de notation de l'oral " mais un outil spécifique, un outil de pensée, " j'écris dans une langue étrangère ", affirmait Jean-paul Sartre, on peut aisément apprécier pourquoi les élèves des classes défavorisées n'y ont pas accès. " Il y a quelque naïveté à espérer que dans un monde dont le principe est bien qu'aucune richesse ne se partage spontanément, le savoir, et notamment le savoir lire, échapperait à la règle "*, précise encore Jean Foucambert.
De même, est-ce bien de " mathématiques " dont il est question à l'école ou d'un simple objectif celui d'un savoir minimum avec le " calcul " qui a permis " au plus grand nombre de se débrouiller dans des situations pratiques simples mais sûrement pas d'entrer dans le maniement de concepts mathématiques permettant de modéliser (de comprendre) la réalité physique et sociale. "*
Nous pourrions ainsi décliner toutes les disciplines enseignées à l'école et démontrer en quoi, elle échoue, volontairement, à réduire les " inégalités sociales ". Cela mériterait un plus long développement.

Résumons, par une question d'actualité : à qui profiteront, en très grande majorité, les dernières mesures du premier ministre sur les contrats " d'apprentissage dès l'âge de 14 ans ", aux élèves de Neuilly ou de Montreuil ?
Enfin, les discours récurrents sur les incivilités, les violences ont aussi un écho dans notre pratique enseignante. Apprend-on aux élèves à coopérer, à s'entraider, à décider ensemble ? Quelle place pour ces " savoir-être ", " savoir-faire ", dans les " évaluations nationales CE2, 6e... " ? Aucune ! Si apprendre à vivre ensemble se résume à l'apprentissage de " La Marseillaise ", nous risquons, c'est sûr, d'avoir d'autres nuits enflammées.

Extrait de Zéro de Conduite, bulletin du syndicat CNT STE 75
*Les citations sont de Jean Foucambert in " N'Autre école " revue de la CNT-éducation, n° 8 . " Pour une autre lecture de la précarité "

 

 


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