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En quelques
phrases aussi assassines qu'approximatives, c'est le moins qu'on
puisse dire, Gilles de Robien a provoqué un électrochoc
à et autour de l'école, en digne représentant
de commerce du Sarkozysme ambiant.
Il y a lieu dans un premier temps d'analyser les propos, à
la recherche d'improbables arguments scientifiques.
Mais il s'agit aussi d'entrer plus que jamais en résistance
contre les courants réactionnaires qui tentent ni plus ni
moins de rendre la pédagogie responsable de tous les maux
de la société.
Attention aussi à la nuance ministérielle : attaque-t-on
le global ou le global et le semi-global ? L'enjeu est capital.
Fort curieusement, l'annonce d'une évaluation en CE1 et ce
qu'elle induit provoque moins de réactions que la guerre
donquichottesque contre la méthode globale.
Notons aussi une réflexion du ministre sur l'enseignement
de l'histoire, en pleine ambiance révisionniste sur le colonialisme.
REVUE
DE PRESSE
REACTIONS
UDAS
REVUE DE PRESSE
Gilles de
Robien supprime la méthode globale d'enseignement de la lecture
Jeudi 08 décembre 2005 - PARIS (AP)
Gilles de
Robien ne veut plus de la méthode globale. Le ministre
de l'Education nationale réaffirme que cette méthode
d'enseignement de la lecture, source selon lui des difficultés
de nombreux élèves, sera supprimée "dès
l'année prochaine".
"J'ai décidé de la supprimer. Dès l'année
prochaine, aucun élève ne pourra plus subir cet
enseignement", explique-t-il dans un entretien publié
jeudi dans "Le Parisien/Aujourd'hui en France". "Maintenant,
nous avons les preuves scientifiques que la méthode globale
est nocive".
Il affirme avoir été alerté par les orthophonistes
"sur une véritable épidémie de dyslexie,
liée à cette méthode".
Robien: apprendre l'histoire en toute objectivité sans interprétations
Mercredi 7 décembre 2005 - AFP
Le ministre
de l'Education nationale, Gilles de Robien, a évoqué
mercredi la loi de février 2005 mentionnant " le rôle
positif de la colonisation " pour affirmer que l'histoire
devait être enseignée à l'Ecole "en toute
neutralité et toute objectivité".
Invité de la radio RMC, il a déclaré ne pas
savoir, s'il avait été parlementaire à cette
date, s'il aurait voté la loi. "On ne peut nier que
ponctuellement, il y eut des choses positives mais, globalement,
je ne peux
le dire", a-t-il souligné.
Quant à l'enseignement de la période de la colonisation,
le ministre a affirmé: "je fais pleinement confiance
aux enseignants pour faire apprendre l'histoire en toute neutralité,
toute objectivité, de façon factuelle plutôt
qu'interprétative. Leur liberté pédagogique
doit leur permettre d'objectiviser les choses et ne pas se lancer
dans l'idéologie".
M. de Robien a également parlé de la nécessité
de développer l'étude de l'éducation civique
"dès le plus jeune âge".
Il a réaffirmé
qu'il n'était pas question de " déposer le
bilan des Zep ", selon les termes du ministre de l'Intérieur
Nicolas Sarkozy, au contraire. "Leur bilan est largement
positif. Dans quel état serait la France si elles n'avaient
pas existé?", a-t-il demandé.
Il a toutefois rappelé qu'il présenterait, avant
le 15 décembre, des propositions au Premier ministre pour
améliorer encore le fonctionnement des Zep avec "priorité
à la réduction des inégalités"
et il a évoqué le
renforcement des équipes pédagogiques avec incitation
au retour d'enseignants expérimentés pour y épauler
les plus jeunes.
Par ailleurs,
le ministre a insisté sur l'importance de la nouvelle évaluation
en lecture dès le CE1.
"C'est un tournant, soit on sait déjà lire
en CE1 et tout est possible, soit on ne sait pas, on décroche
et on est déjà stigmatisé", a-t-il dit
expliquant que tous ceux qui ne savent pas lire bénéficieront
de ces programmes personnalisés de réussite éducative
(PPRE) pour "rattraper le retard et repartir".
A propos de
lecture, Gilles de Robien a de nouveau mis en accusation les méthodes
globale ou semi-globale et annoncé qu'il donnerait, dans
quelques jours, des directives "pour revenir aux méthodes
syllabiques, convaincre d'abandonner les autres et signifier aux
inspecteurs qu'ils doivent cesser de sanctionner les enseignants
pratiquant la méthode syllabique".
Robien fait
sa pub sur le dos de la méthode globale
Alors que cette façon d'apprendre à lire est déjà
écartée des programmes, le ministre attise la polémique.
Emmanuel DAVIDENKOFF
Libération, samedi 10 décembre 2005
Soit un ministre
de l'Education, Gilles de Robien, inexistant pendant la crise
des banlieues et étouffé par la querelle Villepin-Sarkozy
sur les ZEP. Tombe sur le bureau dudit une étude providentielle
de l'Inspection générale sur la lecture. Le propos
s'inscrit dans le cadre des programmes en vigueur depuis 2002
où la méthode "globale" est condamnée
("On sait aujourd'hui que le lecteur ne s'appuie pas sur
la silhouette du mot pour l'identifier") et la "syllabique"
promue ("Pour identifier des mots, l'apprenti lecteur doit
avoir compris le principe qui gouverne le codage de la langue
écrite : les lettres ou les groupes de lettres.")
Gilles de Robien tient le combat qui va le remettre en selle :
terrasser la méthode globale.
L'opération
de com commence à l'Assemblée par une question posée
le 30 novembre par un député de la majorité,
qui donne à Robien "l'occasion" de dire que cette
méthode est "nocive". Raté : la presse
ne relaie pas. Robien remet le couvert sur RMC Info puis, avant-hier,
dans une interview au Parisien. "J'ai demandé au doyen
de l'Inspection générale de rédiger sous
huit jours une circulaire destinée aux enseignants, aux
inspecteurs et aux formateurs des maîtres en IUFM et demandant
d'abandonner la méthode globale." Cette fois, ça
prend.
Dyslexie.
L'écho considérable du débat tient à
des causes bien réelles. Les "plans lecture"
qui se sont succédé depuis 1989 en témoignent
: le niveau baisse, et l'école se révèle
incapable de résorber un taux de 20 % d'élèves
ne maîtrisant pas suffisamment la langue à l'entrée
en 6e. Le problème ne s'arrête pas au primaire :
l'association Sauver les lettres dénonce ainsi depuis longtemps
les 800 heures d'enseignement du français que les élèves
ont perdues entre 1976 et 2000, du CP à la 3e (1) ; la
dictée qu'elle fait régulièrement passer
à des lycéens montre aussi une nette érosion
du niveau (2). L'Inspection générale s'inquiète
également : certes, les programmes défendent la
syllabique mais les enseignants consacrent-ils assez de temps
à la part de répétition et de par coeur qu'elle
impose ? Et les IUFM sont-ils à la hauteur de leur mission,
aussi bien en formation initiale que continue ? Mais ni l'institution
ni les syndicats majoritaires, ni les chercheurs n'en démordent
: la globale pure n'y est pour rien. La Fédération
nationale des orthophonistes s'est inquiétée du
lien établi par Robien entre méthode globale et
"épidémie de dyslexie", indiquant qu'"il
n'existe aucune étude menée par des orthophonistes,
validée scientifiquement, mettant en évidence des
liens de causalité entre méthodes de lecture et
pathologies du langage écrit". Les syndicats ont rappelé
que, pour eux, la méthode globale "n'existe plus".
Et Jack Lang, promoteur des programmes de 2002, a ironisé
: "M. de Robien a lui-même signé la préface
des programmes élaborés sous le gouvernement Jospin,
qui consacre définitivement l'apprentissage syllabique."
Côté
chercheurs, Michel Fayol, qui fut instit pendant douze ans, explique
: "La mise en place systématique et régulière
d'activités favorisant la conscience phonologique, associées
à d'autres induisant la connaissance des lettres de l'alphabet,
améliore rapidement et durablement l'apprentissage. Mais
on sait bien que cet apprentissage ne concerne qu'une partie des
difficultés faisant obstacle à l'acquisition de
l'écrit (...). Aussi est-il important, notamment dans les
milieux défavorisés, de mettre en place des activités
d'acculturation : narration, lecture de petites histoires, etc."
(3) Catherine Ouvrard, du mouvement Freinet, souligne la même
difficulté : "Si 15 % des élèves ont
de grandes difficultés de lecture, celles-ci ne concernent
pas la connaissance du code mais bien la compréhension
des textes." Les programmes ont fait ce choix d'articuler
l'apprentissage du code et du sens, pour ne pas retomber dans
l'ornière qui avait condamné la syllabique pure
: des enfants sachant déchiffrer en ânonnant sans
comprendre ce qu'ils lisent. Dit autrement : la syllabique sans
les livres à la maison (ou à l'école), ne
suffit pas.
"Khmers
rouges". Fermez le ban ? Pas tout à fait. Car ces
discours sont aujourd'hui recouverts par l'écho rencontré
par les vigoureuses dénonciations de la méthode
globale, déniant toute légitimité aux instances
chargées de penser la question (Inspection générale,
chercheurs, etc.). Pour nombre d'enseignants, on ne parle pas
avec les opposants à la syllabique pure qui sont décrits,
au fil des livres que publient certains d'entre eux, comme des
"Khmers rouges" ou des "gardes rouges de la cu-culture"...
Ces ouvrages présentent d'ailleurs la caractéristique
d'être presque exclusivement autoréférencés
et leurs bibliographies ne s'aventurent guère en dehors
du cercle des écrits "amis" : Marc Le Bris, Rachel
Boutonnet, Fanny Capel, Agnès Joste, Guy Morel et Daniel
Tual-Loizeau ou Jean-Paul Brighelli. Les parents entendent volontiers
ces dénonciations qui objectivent les inquiétudes
réelles que suscitent l'apprentissage de la lecture, la
baisse du niveau en orthographe, l'incapacité fréquente
du système à s'expliquer sur ses méthodes
et ses objectifs, et le flou qui règne autour des notions
de méthodes syllabique, globale ou mixte. Résultat
: chacun est sommé de choisir son camp sans que le dialogue
puisse se nouer. Ainsi les manuels Ratus ou Gafi (les plus utilisés
en classe) sont réputés globalistes par les syllabistes
purs et syllabiques par les globalistes et semi-globalistes.
Tous les ingrédients
de la polémique qui se mord la queue sont donc réunis.
Et la situation perdurera tant qu'aucune grande enquête
n'aura été menée sur ce qui devrait être
le coeur du sujet : les pratiques dans les classes. D'ici là,
chacun pourra se prévaloir d'une vérité qui
tient plus de l'idéologie que de la science. Quant à
Robien, il s'expose à assumer un pétard mouillé.
Son cabinet convenait vendredi que la circulaire annoncée
ne toucherait pas un cheveu des actuels programmes mais se contenterait
d'"exprimer suffisamment clairement ce que l'institution
attend des enseignants, des formateurs, des inspecteurs et des
éditeurs de manuels scolaires". Révolutionnaire.
(1) www.sauv.net
(2) Libération du 2 février 2005 (3) www.bienlire.education.fr
" Le
gouvernement ne peut ignorer que la méthode globale n'est
plus utilisée en France "
Roland Goigoux,
professeur des universités, ex directeur d'un laboratoire
de recherche sur l'enseignement à Clermont-Ferrand.
LA LETTRE DE L'EDUCATION numéro 506 (05/12/2005)
Gilles de
Robien puis Dominique de Villepin viennent de s'en prendre à
la méthode globale, le premier affirmant également
que les maîtres sont libres d'utiliser la " méthode
traditionnelle ". Retour de la méthode syllabique
?
En condamnant
la méthode globale, Gilles de Robien ne fait que rappeler
les programmes de 2002 préfacés par Jack Lang Les
recommandations officielles, depuis 1992, revalorisent le déchiffrage,
mis a mal dans la décennie précédente. Il
faut rappeler à l'opinion publique, aujourd'hui abusée
par ceux qui prétendent que la méthode globale a
mis le feu aux cités, que le b-a-ba est au programme de
la République depuis des années ! Le gouvernement
ne peut ignorer que la méthode globale n'est plus utilisée
en France. Par ailleurs, le ministre réaffirme ce principe
: l'enseignant est libre de choisir sa méthode, si son
efficacité a été démontrée.
Et, j'ajouterais, si celle-ci respecte les programmes qui ne se
limitent pas à préconiser le seul déchiffrage.
Les maîtres de CP doivent simultanément travailler
sur d'autres dimensions qui, réunies, fondent le "savoir-lire"
: la phonologique (décomposition orale des mots en sons
élémentaires), l'écriture, la compréhension
(en lisant à haute voix des textes afin de familiariser
les enfants avec le vocabulaire et la syntaxe de l'écrit),
la production de textes et la transmission du patrimoine des livres
pour la jeunesse. Les maîtres qui ne respecteraient pas
ce cahier des charges, ceux qui se limiteraient à un travail
syllabique nécessaire mais insuffisant seraient de facto
hors la loi.
Quelles sont
les méthodes les plus utilisées aujourd'hui ?
L'apprentissage de la lecture est un sujet saturé d'idéologie
et sous-alimenté en données scientifiques. Les pouvoirs
publics ont toujours refusé de financer une étude
qui aurait permis de faire l'"inventaire" des pratiques
et de les mettre en rapport avec les résultats des élèves.
Nous ne disposons donc pas de données chiffrées,
objectives. Ce qui laisse d'ailleurs libre cours à tous
les délIres. Cependant les chiffres de vente des manuels
constituent une bonne approche. Pour la méthode syllabique,
c'est négligeable. Pour la méthode globale, il n'y
a plus rien. L'essentiel concerne des méthodes qui sont
entre les deux premières, et que j'appelle " intégratives
". Elles exploitent simultanément l'ensemble des dimensions
que j'ai évoquées, et respectent donc les programmes.
En leur sein, on peut distinguer deux sous-groupes : les méthodes
qui mettent l'accent sur le travail de décodage (appelées
phonémiques) et celles qui insistent davantage sur l'interaction
lecture-écriture. Mais, en réalité, il n'existe
pas de blocs. Ce n'est pas blanc ou noir; ce sont des gris dont
l'intensité varie selon les dosages des maîtres,
qui n'arrêtent pas de bricoler. La méthode la plus
vendue est la méthode phonémique.
Reste que
15% d'élèves quittent toujours l'école élémentaire
sans savoir lire...
Pour ce qui est de la méthode, nous sommes parvenus à
un point d'équilibre : les textes, signés par des
ministres de droit comme de gauche, disent la même chose
depuis dix ans. Mais, c'est vrai, pour ce qui est des résultats
globaux, la situation n'est pas bonne. Les 15% que vous évoquez
se décomposent ainsi : 4% d'élèves qui ne
savent pas déchiffrer et 11 % qui savent déchiffrer
mais ne comprennent pas ce qu'ils lisent. Ces chiffres ne sont
pas bons, mais ils n'étaient pas meilleurs avant... Les
jeunes sont moins souvent en difficulté que les personnes
plus âgées : 4 % des 18-24 ans contre 14 % des 40-54
ans et 19 % des 55-65 ans, qui ont tous appris, pourtant, à
lire avec la méthode syllabique. Rien ne permet d'affirmer
aujourd'hui que ces difficultés ont pour principale origine
les méthodes d'enseignement de la lecture. Comment expliquer
sinon que le chiffre de 4% de non-lecteurs en 6e grimpe à
11 % en ZFP alors que les méthodes utilisées au
cours préparatoire ne sont pas différentes du reste
du territoire ? Pour ceux qui déchiffrent mais ne comprennent
pas, c'est un autre enjeu. On s'aperçoit qu'ils ont de
multiples manques, notamment de vocabulaire, de connaissances
générales mais aussi de compréhension de
ce qu'est réellement l'acte de lire. Il faut analyser ces
difficultés pour trouver des solutions. C'est une marge
de progrès pour l'école. Et ce, aux trois niveaux.
En maternelle, la phonologique n'est pas assez travaillée.
Au CP, les pratiques ne suivent pas assez les textes. Quant au
cycle 3, c'est le gros maillon faible : on fait comme si la lecture
était assimilée. On y fait de l'usage, plus de l'apprentissage.
C'est là qu'il faudrait mettre le paquet.
Pour illustrer les dégâts de ce traitement de la
problématique du "global" et de la pédagogie
en général : Bernard Langlois, journaliste souvent
ambigu, ne sait que répondre à un lecteur fanatique
du global et de la transmission verticale, dans Politis, un des
rares journaux de gauche ...
Retour à
l'école/Le primaire d'abord/Faire " moderne "/Les
mots/La faute à Mérieu/Constat et responsabilités
Bernard Langlois
Politis, jeudi 8 décembre 2005
Lu la semaine
dernière, dans les pages " courrier " de Politis,
cette lettre d'une lectrice (Mme Denis, Paris XIIe) qui se déclare
" un peu déçue " par un récent
bloc-notes qui traitait de la flambée de violence dans
les banlieues : " Rien, dit-elle, sur le crucial problème
de l'éducation. Qu'avons-nous fait avec l'école,
premier lieu où l'enfant devrait pouvoir se structurer
autrement qu'en consommateur ? [...] Rien ne changera fondamentalement
tant que l'on laissera tout le système scolaire glisser
dans la prétendue nécessité de la rentabilité.
[...] Nous avons besoin que tout l'espace scolaire, du primaire
jusqu'aux facs, redevienne le lieu où l'on apprend à
l'enfant, quelles que soient sa peau et son origine, à
devenir un adulte conscient qui maîtrise sa pensée.
" Fort bien.
Cette semaine,
donc, retour à l'école.
Et d'autant plus volontiers que j'ai reçu aussi, en direct
cette fois, une longue lettre sur le même sujet, et soulignant
le même manque (" un élément fait défaut
dans le tableau de votre analyse... "), d'un autre lecteur,
celui-ci des Alpes-Maritimes, M. Henri Lieutaud, qui est retraité
de l'enseignement supérieur. Son analyse me paraît
d'une grande pertinence et relevant de ce " sens commun "
cher à George Orwell et à sa " common decency
". C'est son point de vue, que je partage très largement,
qui va alimenter la présente chronique.
Qu'il en soit remercié.
Le primaire
d'abord
Que dit notre
lecteur ? D'abord ceci, qu'on ne peut tout mettre sur le dos de
l'idéologie libérale, fondée sur les exigences
et les ordres du " tout-marché " (ce qui ne veut
pas dire qu'on la dédouane de ses responsabilités,
ni qu'on approuve son emprise totalitaire sur tous les secteurs
de notre société, l'école entre autres).
Mais, pour lui, le problème est d'abord ailleurs : c'est
celui de l'échec scolaire.
Et cet échec doit s'analyser à partir de sa racine
: non le collège, mais l'école primaire. "
D'où vient une telle débâcle de notre système
éducatif ? La cause en est très simple, estime M.
Lieutaud, mais c'est le secret le mieux gardé de l'Éducation
nationale, et de nos politiques, droite et gauche confondues.
" Et il cite un passage d'un livre récent (1) qui
dit : " Des années durant, on a seriné comme
un axiome que le collège était le maillon faible
du système éducatif. C'est bien sûr une idée
fausse. Comme toutes les idées reçues, soigneusement
mise en place pour dissimuler la carence organisée de l'école
primaire. " C'est dès les bancs de la communale que
tout se joue, comment le nier ? Or, depuis, disons, une bonne
trentaine d'années, les années post-soixante-huit,
celle-ci ne remplit plus son rôle. Le même auteur
affirme que " tout le monde le sait - les instituteurs les
premiers - bien peu le disent ". Vous sortiez autrefois de
CM2 en sachant lire, écrire, compter. Et avec une bonne
connaissance basique de l'histoire de France et de sa géographie,
prêt à affronter la sixième (à condition
d'en réussir l'examen d'entrée, qu'on a bien légèrement
supprimé), et ces terra incognita des études secondaires,
avec (si mes souvenirs sont bons !) un mélange de crainte
et d'excitation joyeuse.
Qu'allait-on découvrir de tout neuf ?
Faire "
moderne "
Les enfants
qui entrent aujourd'hui en sixième seraient, pour beaucoup
d'entre eux, recalés à l'examen d'entrée
d'autrefois. Pour insuffisance de maîtrise des fondamentaux.
Et le collège ne peut plus être que ce parking désolant,
ce lieu de gardiennage où l'adolescent finit de se dégoûter
d'un " savoir " qu'on tente de lui faire ingurgiter
sans qu'il soit en capacité d'y trouver un sens.
" Depuis longtemps, dit encore notre lecteur, le taux d'illettrisme
est en constante augmentation [...] et se retrouve jusqu'au bac,
et même jusqu'en faculté. " Or, " le français,
en tant qu'apprentissage de la langue, n'est pas une matière
comme les autres, pour la bonne raison que la bonne connaissance
du français est nécessaire à l'apprentissage
de toutes les autres matières ". Là encore,
élémentaire mon cher Watson... Mais pourquoi cette
carence (évidente, et qu'on enrage de repérer jusque
dans les fautes grossières des présentateurs de
télévision, par exemple) ? La réponse est
connue : la " méthode globale ", cette invention
géniale du dernier demi-siècle aux effets "
désastreux, sauf pour les orthophonistes, qui ont vu leur
clientèle exploser avec un afflux exponentiel d'élèves
prétendument dyslexiques " (notre professeur a écrit
: " soi-disant dyslexiques ", j'ai corrigé en
" prétendument ", ce qui me paraît du meilleur
français : ce ne sont pas les élèves qui
se disent, mais leurs maîtres, leurs parents, les autres,
quoi, qui les disent dyslexiques). Bref, " pour faire "moderne",
on jeta aux orties les remarquables méthodes d'apprentissage
de la lecture dites "syllabiques", élaborées
empiriquement par les vaillants instituteurs de l'école
de Jules Ferry ", en même temps qu'on introduisait
" le structuralisme formaliste en littérature, les
"ensembles" dans les mathématiques dites "modernes",
et la synchronicité ou la "transversalité"
en histoire, reléguant aux oubliettes l'histoire chronologique
".
Et voilà pourquoi votre fille est ignare, votre fils d'une
nullité crasse. Mais il me semble que c'est un constat
(la faillite de la méthode globale) aujourd'hui assez communément
admis. On vient d'ailleurs officiellement de la supprimer, si
j'ai bien compris.
Les mots
Bien sûr,
il faut nuancer. Ce que fait d'ailleurs notre correspondant, qui
distingue les familles françaises " de souche ",
où les parents corrigent à la maison (et à
l'ancienne) les mauvaises manières de l'école (là,
les dégâts sont limités), des " enfants
dont les parents immigrés parlent un français approximatif,
qui souvent ne savent ni lire ni écrire " (et à
qui) " cette aide indispensable fait cruellement défaut
". Comment ne pas être d'accord ?
(Voilà, du reste, ce qui rend parfaitement injustes les
accusations qu'on a lancées contre ces parents-là
après les nuits d'émeutes : comment ne seraient-ils
pas - et que dire des mères seules ! - débordés
par leur progéniture, ces lascars souvent plus costauds
qu'eux sur lesquels ils n'ont aucune prise ? Qu'importe, on va
leur supprimer les alloc, c'est sûrement ce qui va améliorer
les choses !) Mais reprenons le fil du discours de notre lecteur
: " Ce handicap est à ce moment-là irrattrapable.
Vers 13, 14, 15 ans, l'enfant des cités se rend compte
qu'il est définitivement "largué", et
c'est pour cela qu'il commence à être violent. Il
commence à faire parler de lui, plutôt en mal, et
c'est à ce moment-là qu'on le remarque. Nos éminents
experts en politique de l'éducation en déduisent
tous, unanimement, que "le maillon faible", c'est le
collège. Et tous les ministres successifs d'apporter au
collège réformes sur réformes, qui ne font
que détruire le système un peu plus. "
N'ayant pas appris, dès la petite école, les mots
qui leur permettraient d'exprimer leur désarroi, ces jeunes
n'ont plus que la violence pour le dire.
La faute à
Mérieu
Il me semble
qu'à ce stade de la démonstration, nous pourrions
être assez largement d'accord. Même s'il se trouve
quelques bons esprits pour trouver encore que " le niveau
monte ".
Mais nous allons maintenant aborder un domaine peut-être
moins consensuel : celui du " pédagogisme " et
des responsables de cette situation. Mon correspondant nous met
en quelque sorte au défi : " Politis aurait-il le
courage de faire face à ce problème de la pensée
éducationnelle de gauche, quitte à se fâcher
avec pas mal de ses lecteurs ? " Le courage, certainement.
La compétence, c'est autre chose. Personnellement, en tout
cas, je ne suis pas suffisamment au fait des arcanes de l'Éducation
nationale pour délivrer des avis aussi tranchés
que les siens. On va donc se borner à vous les transmettre,
quitte à ouvrir un débat, voire une polémique
(on n'a rien contre). Qu'on en juge, M. Lieutaud (homme du sérail,
je le rappelle, et homme de gauche aussi, ce n'est pas douteux)
formule les siens avec le ton du réquisitoire : "
La destruction systématique de notre système scolaire
n'est pas due à la droite, mais à la pensée
de gauche, aux gouvernements de gauche, FSU, Snes et Sni devenu
Snuip. Si bien que Le professeur Philippe Mérieu, qui a
été le grand pape de toutes les réformes
"pédagogistes" depuis vingt ans, me semble porter
une responsabilité plus lourde encore que celle de Nicolas
Sarkozy. " Diable ! Et le pourquoi de cette gourance générale
des ministres et syndicats d'enseignants ? " D'abord, parce
que les instituteurs (pardon, les professeurs des écoles)
constituent les gros bataillons de la FSU, et qu'aucun dirigeant
de la FSU n'osera émettre la moindre critique par rapport
aux revendications du Snuip. Par ailleurs, les instituteurs se
sont toujours sentis déconsidérés par rapport
à leurs collègues du secondaire. Pour compenser
leur niveau de qualification resté longtemps inférieur
dans les disciplines fondamentales, il fallait trouver un élément
de supériorité qui rétablisse l'équilibre.
Cette potion magique, ce fut la "pédagogie".
Leurs chers collègues du secondaire étaient peut-être
savants, mais ils n'étaient pas "pédagogues".
" D'où les disciplines dites " d'éveil
", venues mordre l'espace autrefois réservé
aux disciplines fondamentales comme le français ou les
maths, " pour rendre l'école plus "ludique",
car certains pédagogues avaient décrété,
on ne sait pourquoi, que, jusque-là, on s'y ennuyait ferme
".
Autrement dit, s'ils sont tombés par terre, c'est la faute
à Allègre (mais encore Savary, Jospin, Lang, etc.)
; le nez dans le ruisseau, c'est la faute à Mérieu.
Constat et responsabilités
Voilà.
Il y a un constat : la faillite de l'enseignement de premier degré
dans toutes les matières de base (français, maths,
histoire-géo) qui permettaient ensuite de suivre sans trop
de problème dans les niveaux supérieurs. Faillite
surtout retentissante dans les milieux défavorisés,
où les parents n'ont pas les moyens d'accompagner leurs
gamins, et au besoin de corriger les aspects abscons des méthodes
modernes.
S'il ne faut pas non plus idéaliser l'école à
l'ancienne (et pour rebondir sur une autre polémique dans
l'air du temps), je n'ai pas le souvenir, en ce qui me concerne,
qu'on y ait beaucoup insisté sur le fait que ce salopard
de Napoléon avait rétabli l'esclavage et massacré
des dizaines de milliers de Noirs antillais (je vous renvoie,
sur ce chapitre, au très instructif et très démystifiant
ouvrage de Claude Ribbe (2)) ; du moins, grâce à
l'apprentissage chronologique de l'histoire, je sais de source
sûre que ce M. Bonaparte n'était pas le fils de Charlemagne,
ni le mari de Jeanne d'Arc, qu'il n'avait pas repoussé
les Prussiens à Poitiers, ni inventé la machine
à vapeur en brûlant son mobilier dans la baignoire
à sabot de Charlotte Corday, en chantant, comme M. Frêche,
" c'est nous les Africains, qui revenons de loin ".
C'est déjà ça.
Sur le constat, donc, je suis très largement d'accord avec
mon correspondant. Comme je le suis aussi sur cet autre, quand
il dénonce le fait que ce sont les enseignants les plus
jeunes et les moins expérimentés qu'on envoie au
casse-pipe dans les collèges difficiles (ce qui n'est guère
mieux que de refiler le dossier d'Outreau à un blanc-bec
tout juste sorti de l'école de magistrature), et que ceux-ci
n'ont " qu'une idée en tête, partir, le plus
vite possible, avant la dépression nerveuse ".
Quant aux responsabilités des distingués pédagos,
de la bonzerie syndicale, et des ministres de tous bords qui balisent
devant elle - je le dis tout bas, ne le répétez
pas -, je ne suis pas sûr qu'il ait tort. Mais je n'affirme
rien, pour cause d'incompétence. Merci encore à
lui en tout cas d'ouvrir ce chaud débat. On devrait en
trouver quelque écho dans les prochaines rubriques "
courrier ", non ?
Chère madame Denis, j'avais oublié l'école
? Voilà l'oubli réparé.
(1) La Fabrique du crétin, Jean-Paul Brighelli, Jean-Claude
Gawsewitch (2005). Notre lecteur note que c'est " écrit
dans un style savoureux, mais totalement à côté
de la plaque sur le rôle du néolibéralisme
". Il recommande aussi quelques autres ouvrages, comme Vers
une école totalitaire, de Liliane Lurçat (éditions
F.-X. de Guibert, 1998), Journal d'une institutrice clandestine,
de Rachel Boutonnet (Ramsay, 2003), ou encore Qui a eu cette idée
folle un jour de casser l'école, de Fanny Coppel (Ramsay,
2004).d
(2) Le Crime
de Napoléon, Privé, 207 p., 18 euros.
REACTIONS UDAS
Sur France
Inter, j'ai entendu que l'évaluation CE1 annoncée
par Galouzeau allait remplacer l'évaluation de CE2.
Restons prudents en attendant d'en savoir plus. Mais ça
sent le soufre. Ne parlons pas de la démagogie des groupes
de 10 élèves (avec quels moyens ?)
1) Evaluation
CE1
S'il s'agit de mettre en place pendant le CE1 une évaluation
qui remplacerait plus ou moins celle de début de CE2, terminé
l'esprit du cycle, la lente maturité de l'élève
qui lui permet dans bien des cas de décoller en fin de
CE1 voire en début de cycle 3 grâce à la confiance
qu'on lui accorde, à la sérénité qu'il
ressent et au soutien qu'on lui apporte (enseignant et réseau
d'aide). Au contraire, on va aller dans le sens des parents ultra-stressés
et sélectionner par l'échec beaucoup plus tôt.
2) Méthodes
de lecture
On sent venir un nouveau courant réactionnaire. Après
les programmes de 2002 ambigus, un rapport Thélot et une
loi d'orientation Fillon démagogiques et réacs,
enfin le grand soir pour tous ces courants intellectuels ou populaires,
ultra relayés par les médias, qu'on peut résumer
à peu de choses près par le b-a-ba, y'a que ça
de vrai (1) ?
Ce risque d'apprentissage par des méthodes absolument antiscientifiques,
anticoopératives, consacrant la transmission verticale
de savoirs robotisés, nous guette.
Toute ressemblance avec l'évaluationite, la course aux
chiffres, la concentration et la mise en concurrence des écoles
est purement fortuite.
Si ce qu'on peut craindre s'avère hélas exact, il
faudra résister fort, peut-être en refusant ces éventuelles
évaluations et en continuant d'utiliser des méthodes
de lecture estimées à tort comme étant nuisibles.
(1) : Quant
à la méthode globale pure, aujourd'hui quasiment
disparue, où on n'utilise jamais l'analyse-synthèse,
elle était sans doute élitiste, difficilement adaptable
à nos classes, mais intéressante à titre
expérimentale ... Elle sert de "nébuleuse de
la honte" pour tous ces gens médiocres qui considèrent
que ceux qui n'utilisent pas le b-a-ba dès le 3 septembre
sont des praticiens du "global" et sont responsables
de tous les maux de la terre !
Claude
J'aurais peut-être mieux fait de ne pas te lire ce soir...
ce n'est hélas pas une surprise que dans la suite des effets
d'annonce viennent ceux là !
Hier j'avais un peu retrouvé d'optimiste lors d'une conférence
péda sur l'EPS par un conseiller pédagogique qui
osait ne pas cacher son antiSarkosisme (primaire ?), mais surtout
partageait beaucoup de nos choix et analyses quant à l'évaluationnite
(pour l'évaluation formative, contre les évaluations
en début de séquence pour classer par niveaux, contre
l'évaluation sommative avant 15 ans) et dénonçant
collégialisation de l'élémentaire et l'élémentarisation
de la maternelle. Des activités où tous trouvent
leur place et peuvent progresser, encourageant l'entraide, la
transversalité...
Un peu d'oxygène... avant de replonger dans ton annonce
d'une ambiance incitant à la désobéissance
civile... ou à une nouvelle reconversion ! Je sens qu'on
va se battre pour avoir les PS-MS (tant qu'il reste des maternelles)
!
Martine
Moi j'ai décidé
d'interdire la lessive à la main à la cendre de
bois, méthode utilisée par les veuves de guerre
sur l'île d'Ouessant. Il est prouvé que cette méthode
est probablement responsable du décès de leurs maris.
Il est évident qu'elle nuit gravement aux statistiques
concernant l'efficacité de la lessive du linge en France
en 2005.
Le sinistre du linge
Paul, version
1
Le ministre du culte supprime l'emploi de la cendre dans les lavoirs.
Monsieur Duschmoll,
ne voulant pas laisser le monopole de mesures aussi radicales
à Monsieur De Robien est intervenu lui aussi :
"dans la même lignée, je propose d'interdire
aux veuves de guerre de l'Ile d'Ouessant, la pratique désastreuse
qui consiste à laver le linge à la main en utilisant
de la cendre de bois. Il est scientifiquement prouvé que
cette méthode est en grande partie responsable de leur
veuvage. Elle n'est par ailleurs pas sans conséquences
sur la baisse des statistiques concernant l'efficacité
du lavage en France en 2005.
Par conséquent, dès le mois de Janvier :
- les lavoirs de l'île d'Ouessant seront vidangés
;
- il sera interdit de brûler du bois sur l'île ;
- un magasin Darty sera construit pour permettre aux lavandières
soucieuses de leur niveau professionnel, d'améliorer leurs
compétences.
En cas de
récidive, une visite de Nicolas Sarkosy serait programmée
sur l'île pour envisager la taille du déploiement
policier à préconiser."
Paul, version
2
Et s'il n'y a plus de dyslexiques, que feront les orthophonistes
alors ?
Gilles de
Robien supprime la méthode globale d'enseignement de la
lecture
Il affirme
avoir été alerté par les orthophonistes "sur
une véritable épidémie de dyslexie, liée
à cette méthode".
Philippe
J'ai entendu
de Robien ce matin . Ce qui m'est insupportable c'est le non respect
de la liberté pédagogique, cette façon de
se couler dans l'inquiétude des parents, cette manière
de s'asseoir d'une phrase assassine sur les programmes, des années
de recherche, des années d'échanges et de pratiques
et puis tant d'autres choses encore ... mais il faudra gérer
les dégâts car on devine ce qu'il va falloir expliquer
aux parents de CP qui ne verront pas dés la rentrée
"p.a.p.a f.u.m.e l.a p.i.p.e"
Michel
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