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Directive Bolkestein

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La directive BOLKESTEIN

Ce dossier traite de la directive dite Bolkestein, du nom du commissaire européen Frits Bolkestein, directive souvent citée à l'occasion du débat sur " le référendum sur la constitution européenne ".
Cette directive a suscité toute une série d'articles qui ont fleuri depuis sa parution, la plupart très critiques sur le sujet.
Ce dossier présente la directive et quelques réactions…
En fin de document, vous trouverez aussi le " oui-socialiste " qui explique que " la constitution est un rempart contre les dérives libérales type Bolkestein "…

Ce dossier est bien sûr à mettre en parallèle avec le dossier " Constitution européenne " qui regroupe une série d'articles défendant le NON… mais aussi des pages où il est listé toutes les bonnes raisons de dire OUI…

Chaque article est accessible par le sommaire automatique : il suffit de cliquer sur le titre

Quelle belle lecture d'ici le 29 mai !

MP



Sommaire


DIRECTIVE DU PARLEMENT EUROPÉEN ET DU CONSEIL

TABLE DES MATIÈRES
RÉSUMÉ

AUDITION DE RAOUL MARC JENNAR AU PARLEMENT EUROPEEN

A) REFLEXIONS GENERALES
B) LE CONCEPT DE SERVICE PUBLIC
C) SUPPRIMER LES EFFETS DESTRUCTEURS DE LA PROPOSITION

LA DIRECTIVE BOLKESTEIN : UN CLONE DE L'AGCS

Une émission à écouter

QUELQUES VERITES SUR BOLKESTEIN

LES ORIGINES
LA PROCEDURE
LES REACTIONS
LA DUPLICITE DES PARTISANS DU TRAITE CONSITUTIONNEL
LA COMMISSION BARROSO
BOLKESTEIN ET LE TRAITE CONSTITUTIONNEL EUROPEEN

BOLKESTEIN : LES PREUVES

LA RESOLUTION
Soutien de la stratégie du marché intérieur
Actions spécifiques visant à soutenir la stratégie du marché intérieur
Marché intérieur des services
Reconnaissance mutuelle
LES VOTES : 304 POUR, 17 CONTRE, 24 ABSTENTIONS

BOLKESTEIN : LA DIRECTION DU PS TROMPE LES FRANÇAIS

ON LES APPELLE " DIRECTIVES DRACULA" CAR ELLES CRAIGNENT LA LUMIERE

Qui lit le projet de constitution y trouve Bolkestein...
Le "principe du pays d'origine"

SCHROEDER SE RALLIE A LA DIRECTIVE BOLKESTEIN ET AU PRINCIPE DU "PAYS D'ORIGINE"

A CEUX QUI VEULENT COMPRENDRE " L'OPT OUT "

Comment passer de 48 à 65 h maxima hebdomadaire

CONSTITUTION UE :
LA DIRECTIVE BOLKESTEIN INVOQUEE PAR LES ADEPTES DU NON AU PS

LA DIRECTIVE BOLKESTEIN OU LE MALAISE EUROPEEN

DIVERGENCES CROISSANTES

LA DIRECTIVE BOLKESTEIN CONTRE LES SERVICES PUBLICS ET LE DROIT DU TRAVAIL

DIRECTIVE BOLKESTEIN... SUITE

DIRECTIVE BOLKESTEIN : UNE MACHINE DE GUERRE CONTRE LES PEUPLES D'EUROPE.

LE PRINCIPE DU PAYS D'ORIGINE
QUE DEVIENNENT LES SERVICES PUBLICS ?
LES SOINS DE SANTE
LE DROIT DU TRAVAIL
UN AGCS EUROPEEN
CONCLUSION

DIRECTIVE BOLKESTEIN : BOMBE CONTRE LES DROITS SOCIAUX

UNE MACHINE A PRIVATISER !
L'ARBRE ET LA FORET

POURQUOI LE TRAITE EST UN REMPART CONTRE LES DERIVES LIBERALES TYPE BOLKESTEIN ?

Le OUI socialiste



DIRECTIVE DU PARLEMENT EUROPÉEN ET DU CONSEIL

COMMISSION DES COMMUNAUTÉS EUROPÉENNES
Bruxelles, le 13.1.2004
COM(2004) 2 final
2004/0001 (COD)
Proposition de
DIRECTIVE DU PARLEMENT EUROPÉEN ET DU CONSEIL
relative aux services dans le marché intérieur
(présentée par la Commission)

TABLE DES MATIÈRES
RESUME.................................................................................................................... 3
1. NÉCESSITÉ ET OBJECTIF........................................................................................ 5
2. CONTEXTE.................................................................................................................6
3. PRINCIPALES CARACTÉRISTIQUES DE LA DIRECTIVE.................................. 8
a) Une directive cadre ...............................................................................................................8
b) Une combinaison des méthodes de régulation......................................................................9
c) Une coordination des processus de modernisation .............................................................10
d) Une approche dynamique ...................................................................................................11
e) Un cadre qui facilite l'accès aux services............................................................................12
4. TRAVAUX PRÉPARATOIRES ...............................................................................13
5. COHÉRENCE AVEC LES AUTRES POLITIQUES COMMUNAUTAIRES........ 13
6. ELEMENTS JURIDIQUES.......................................................................................19
a) Base juridique et choix de l'instrument...............................................................................19
b) Subsidiarité .........................................................................................................................19
c) Proportionnalité ..................................................................................................................20
7. QUESTIONS SPECIFIQUES....................................................................................21
a) Quelles sont les activités couvertes par la directive (articles 2 et 4)? .....................................21
b) Pourquoi exclure certains services ou certaines matières du champ d'application de la
directive (article 2) ? ...............................................................................................................22
c) Que signifie "guichet unique" (article 6)?...............................................................................22
d) Quelle est la différence entre les exigences à supprimer (article 14) et les exigences à évaluer
(article 15) ? ............................................................................................................................23
e) En quoi consiste la procédure d'évaluation mutuelle (articles 9, 15, 30 et 40)? .....................23
f) Comment s'articulera la mise en œuvre des articles 14, 15 et 16 de la directive et le rôle de
gardien du traité confié à la Commission, en particulier en ce qui concerne les recours en
manquement? ..........................................................................................................................24
g) Est-ce que les exigences qui ne figurent ni à l'article 14 ni à l'article 15 sont considérées
comme étant conformes à la liberté d'établissement prévue à l'article 43 du traité?...............24
h) Pourquoi une section spécifiquement consacrée aux droits des destinataires des services
(chapitre III section 2)?...........................................................................................................25
i) Pourquoi traiter la question du détachement des ressortissants des pays tiers (article 25) ? ..26
j) Pourquoi le principe du pays d'origine ne s'applique-t-il pas à certaines matières ou activités
(article 17)? .............................................................................................................................26

RÉSUMÉ

1. La présente proposition de directive s'inscrit dans le processus de réformes économiques lancé par le Conseil européen de Lisbonne pour faire de l'UE, à l'horizon 2010, l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde. La réalisation de cet objectif rend, en effet, indispensable la réalisation d'un véritable Marché intérieur des services. Le potentiel considérable de croissance et de création d'emplois dans le domaine des services n'a pas pu être réalisé jusqu'à présent en raison des nombreux obstacles1 qui entravent le développement des activités de services dans le Marché intérieur. Cette proposition fait partie de la stratégie adoptée par la Commission pour supprimer ces obstacles et fait suite au rapport sur l'état du Marché intérieur des services2 qui a révélé leur ampleur et leur gravité.

2. L'objectif de la proposition de directive est d'établir un cadre juridique qui supprime les obstacles à la liberté d'établissement des prestataires de services et à la libre circulation des services entre les Etats membres et qui garantit aux prestataires, ainsi qu'aux destinataires des services, la sécurité juridique nécessaire à l'exercice effectif de ces deux libertés fondamentales du traité. La proposition couvre une large variété d'activités économiques de services, avec quelques exceptions comme les services financiers, et ne s'applique qu'aux prestataires établis dans un Etat membre.

3. Afin de supprimer les obstacles à la liberté d'établissement la proposition prévoit :
- des mesures de simplification administrative, en particulier la mise en place de guichets uniques auprès desquels un prestataire peut accomplir les procédures administratives relatives à son activité et l'obligation de rendre possible l'accomplissement de ces procédures par voie électronique ;
- certains principes que doivent respecter les régimes d'autorisation applicables aux activités de services, en particulier les conditions et les procédures d'octroi d'autorisation;
- l'interdiction de certaines exigences juridiques particulièrement restrictives qui peuvent encore exister dans les législations de certains Etats membres;
- l'obligation d'évaluer la compatibilité d'un certain nombre d'autres exigences juridiques avec les conditions fixées dans la directive, en particulier leur proportionnalité.

1 "Une stratégie pour le Marché intérieur des services". Communication de la Commission au Conseil et
au Parlement européen. COM(2000) 888 final du 29.12.2000.
2 "L'état du marché intérieur des services". Rapport de la Commission au Parlement européen et au
Conseil. COM(2002) 441 final du 30.7. 2002.

4. Afin de supprimer les obstacles à la libre circulation des services la proposition prévoit :
- le principe du pays d'origine selon lequel le prestataire est soumis uniquement à la loi du pays dans lequel il est établi et les Etats membres ne doivent pas restreindre les services fournis par un prestataire établi dans un autre Etat membre. Ce principe est accompagné de dérogations générales, transitoires, ou pour des cas individuels ;
- le droit des destinataires d'utiliser des services d'autres Etats membres sans en être empêchés par des mesures restrictives de la part de leur pays ou par des comportements discriminatoires d'autorités publiques ou d'opérateurs privés.
Pour les patients, la proposition clarifie les cas dans lesquels un Etat membre peut soumettre à autorisation le remboursement des soins de santé fournis dans un autre Etat membre ;
- un mécanisme d'assistance au destinataire qui utilise un service fourni par un prestataire établi dans un autre Etat membre ;
- en cas de détachement des travailleurs pour prester un service, la répartition des tâches entre l'Etat membre d'origine et l'Etat membre de destination et les modalités des procédures de contrôle.

5. Afin d'établir la confiance mutuelle entre Etats membres nécessaire pour supprimer ces obstacles la proposition prévoit :
- l'harmonisation des législations pour assurer une protection équivalente de l'intérêt général sur des questions essentielles, telles que la protection des consommateurs, en particulier les obligations d'information du prestataire, l'assurance professionnelle, les activités pluridisciplinaires, le règlement des litiges, l'échange d'informations sur la qualité du prestataire;
- une assistance mutuelle renforcée entre les autorités nationales pour assurer un contrôle efficace des activités de services qui repose sur une répartition claire des rôles entre Etats membres et sur des obligations de coopération ;
- des mesures d'encouragement sur la qualité des services, comme la certification volontaire des activités, l'élaboration de chartes de qualité ou la coopération entre les chambres de commerce et des métiers ;
- d'encourager les codes de conduite élaborés par les parties intéressées au niveau communautaire sur certaines questions identifiées, notamment sur les communications commerciales des professions réglementées.

6. Afin de produire tous ses effets en 2010, la proposition repose sur une approche dynamique qui consiste à prévoir une mise en œuvre progressive de certaines de ses dispositions, à programmer une harmonisation complémentaire sur certaines questions spécifiques (le transport de fonds, les jeux d'argents et le recouvrement judiciaire de dettes), à assurer son évolutivité et la détection des besoins de nouvelles initiatives. En outre, la proposition ne préjuge pas d'autres initiatives communautaires, législatives ou non, dans le domaine de la protection des consommateurs.


Ce résumé est en début d'un document PDF de 87 pages consultable sur le site de l'Union européenne

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Audition de Raoul Marc JENNAR au Parlement européen

11 novembre 2004


PARLEMENT EUROPEEN
Commission du marché intérieur et de la protection des consommateurs.

PROPOSITION DE DIRECTIVE RELATIVE AUX SERVICES DANS LE MARCHE INTERIEUR

Audition du 11 novembre 2004

Exposé de Raoul Marc JENNAR,

docteur en science politique, chercheur auprès d'Oxfam Solidarité (Belgique) et de l'Unité de Recherche, de Formation et d'Information sur la Globalisation (URFIG-France)

Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs,
Je remercie les membres de cette Commission qui ont eu le souci d'associer un chercheur au service du mouvement social à cette audition sur une proposition de directive susceptible de bouleverser totalement le paysage socio-économique européen et de remettre radicalement en cause ce qu'il est convenu d'appeler " le modèle européen ".
Je partagerai mon propos en trois séquences : en premier lieu quelques réflexions générales sur la directive proposée, ensuite une comparaison entre la proposition de directive et le Livre Blanc sur les services d'intérêt général et enfin je terminerai en avançant, faute de pouvoir espérer un rejet de cette directive, un certain nombre d'amendements qui me semblent indispensables si on veut que l'Union européenne pratique une cohérence nouvelle entre son message aux opinions publiques et sa législation.

A) REFLEXIONS GENERALES

a.1 les circonstances du dépôt de cette proposition.
Cette proposition est déposée et examinée dans un contexte où l'élargissement provoque de très fortes disparités au sein de l'Union européenne et crée de facto deux zones différentes : une zone où existent un degré certain de redistribution de la richesse produite par la fiscalité, où existent des lois sociales et des lois environnementales et une zone où ces éléments, qui sont consubstantiels de l'idée même d'Europe, ne se retrouvent pas ou fort peu.
Alors que l'harmonisation a été, pendant plus de quarante ans, la technique de base de l'intégration européenne, au moment précis où elle serait plus nécessaire que jamais, on y renonce afin de rendre légal le dumping fiscal, le dumping social et le dumping environnemental. Je note au passage que le souci d'harmonisation n'est maintenu que pour abroger, là où elle existe, l'interdiction de la publicité commerciale pour les professions réglementées (architectes, avocats, médecins, notaires, pharmaciens,…).
Il sera très difficile de faire croire aux dizaines de millions d'Européens qui ont montré en juin dernier à quel point ils doutent des bienfaits du modèle présent d'intégration européenne que l'abandon de la technique de l'harmonisation soit une décision prise dans l'intérêt général.
Je veux observer également que cette proposition de directive sur les services est déposée en l'absence de toute directive-cadre sur les services dits d'intérêt général, ce qui signifie en l'absence de tout débat sur le principe du service public. Depuis des années, les autorités politiques de l'Union européenne, celles dont la légitimité démocratique est indiscutable, demandent le dépôt d'une telle directive. La Commission européenne fait la sourde oreille.

a.2 l'interaction avec l'AGCS
Lors des consultations organisées dans le cadre du COREPER, entre les Etats membres et les services de M. Bolkestein, ceux-ci ont déclaré (réunion du 23 mars 2004) que " la directive n'a pas d'effet sur les négociations internationales (AGCS…). "
Or, au point 5 de l'exposé des motifs de la proposition de directive, sous l'intitulé " Cohérence avec les autres politiques communautaires ", une sous-section (page 16) est entièrement consacrée aux négociations dans le cadre de l'AGCS et il est explicitement indiqué que cette proposition vise à " renforcer la position de négociation " de l'Union européenne.
Quant au fond, il y a de nombreuses similitudes entre l'AGCS et la proposition de directive. De la même manière que l'AGCS, la directive proposée donne des services une définition extrêmement large puisqu'elle couvre tous les services. De la même manière que l'AGCS, la directive proposée s'applique aux mêmes modes de fourniture des services : services fournis depuis le pays d'origine (mode 1 de l'AGCS), services faisant appel à la mobilité du client (mode 2), services investis dans un autre pays (mode 3), services faisant appel à la mobilité du personnel (mode 4).
Un examen comparatif des dispositions de l'AGCS et de la proposition de directive permet sans contestation possible d'affirmer qu'il s'agit bien d'une proposition qui tend à imposer aux 25 Etats membres de l'Union les dispositions de l'AGCS. On pourrait se demander pour quelle raison puisque les règles de l'OMC sont contraignantes. Mais la réponse se trouve dans les effets de la proposition. Si elle est adoptée, cette proposition aura deux effets directs sur le fonctionnement de l'Union européenne et sur les négociations de mise en œuvre de l'AGCS :

a) la directive entraîne ipso facto un transfert de compétences des Etats membres vers la Commission dans la mesure où celle-ci ne sera plus tenue, comme c'est le cas actuellement, d'associer les Etats à l'élaboration des offres de libéralisation de services dans le cadre des négociations AGCS puisque la libéralisation des services sera réglée par la directive. L'adoption de la directive met fin au libre choix des Etats que leur concède formellement l'AGCS.

b) la position de négociation de la Commission européenne pour la mise en œuvre de l'AGCS sera de ce fait renforcée, puisqu'elle disposera à sa guise de la quasi totalité des secteurs de services européens.
Ce qui aura pour conséquence que le pouvoir, déjà très limité, de votre Parlement d'exercer sa fonction de contrôle sur les négociations de l'AGCS deviendra tout à fait inexistant.
On peut donc en conclure, contrairement à ce qu'affirme la Commission, que cette directive aura pour effet d'infliger aux peuples d'Europe une application aggravée de l'AGCS.

a.3 la remise en cause de la démocratie : le gouvernement des juges
Pour justifier la pertinence des dispositions qu'elle contient, la proposition s'appuie sur la jurisprudence de la Cour de Justice des Communautés Européennes. On est en droit de se poser la question : à qui revient-il de procéder à des choix politiques ? A qui revient-il, par exemple, de définir les services ? A des juges ou à des législateurs ?
La directive proposée sollicite systématiquement (considérants 11, 15, 19, 29, 31, 49, 51, 53, 54, 55, 56, 57) " la jurisprudence de la Cour " pour aller au-delà de ce qui est convenu dans les traités, remettre en cause le droit des Etats et s'arroger des pouvoirs supplémentaires.
La liberté d'établissement et de circulation des services figure depuis 1957 dans les traités. Elle est même érigée au rang des " libertés fondamentales " de l'Union européenne si je me réfère à l'article 4 de la Constitution soumise à ratification. Cette consécration ne dépouille pas le législateur de sa pleine latitude quant à la mise en œuvre de tels principes.
Faut-il rappeler à des législateurs que c'est la loi qui dit le droit ? Le magistrat l'applique. Rien de plus. Tel est le fondement de la démocratie dans l'écrasante majorité des pays d'Europe. Nous n'avons pas fait le choix du gouvernement des juges. Ce n'est pas notre modèle de société. La Commission européenne n'est pas fondée à nous l'imposer.

a.4 la remise en cause de la démocratie locale et régionale
Dans une note de présentation d'un rapport à l'origine de la proposition de directive (document IP/02/1180 du 31 juillet 2002) figure, parmi les obstacles qui pénaliseraient les services, " le pouvoir discrétionnaire des autorités locales. " Cette agression contre les pouvoirs locaux, les plus démocratiques, les plus proches des gens, de la part d'une Commission européenne dont la légitimité démocratique est plus que douteuse, est totalement intolérable. C'est bien ainsi que le Conseil municipal de la Ville de Bruxelles l'a entendu puisque, le 21 juin de cette année, il a adopté à l'unanimité, toutes tendances politiques confondues, une résolution affirmant sa " totale opposition " à cette directive qui, selon lui, constitue " une attaque frontale contre les services publics locaux. " Comme l'affirmait il y a quelques jours M.Taminiaux, Président de l'Union des Villes et Communes de Wallonie, " le service public communal constitue l'un des piliers de la tradition européenne commune. " S'en prendre aux services publics communaux comme le fait la proposition de directive, c'est s'en prendre à la démocratie locale et à la capacité opératrice des pouvoirs publics locaux.

Dans plusieurs Etats membres (par ex. art. 82 de la Loi fondamentale allemande, art.162 de la Constitution belge, art. 72 de la Constitution française), la Constitution consacre l'autonomie communale et garantit la liberté des collectivités territoriales à gérer leurs propres affaires. La directive Bolkestein ignore ces réalités.

De la même manière, la proposition de directive ignore les réalités constitutionnelles de plusieurs Etats membres et, ce faisant, entend les modifier. L'Union européenne est composée d'un certain nombre d'Etats, je pense en particulier à l'Allemagne, à l'Autriche, à la Belgique, à l'Espagne, à la Grande-Bretagne, qui confèrent aux Régions des pouvoirs législatifs et réglementaires dans les domaines couverts par la directive proposée. Celle-ci ignore tout simplement ces réalités constitutionnelles et prétend ainsi ne pas tenir compte de la forme de gouvernement que ces pays ont démocratiquement choisie. Sous prétexte de simplification administrative, la directive supprime des éléments importants de cette autonomie régionale. Elle ne permettra plus aux Régions de l'exercer dans un certain nombre de domaines liés à la délivrance de permis.

A cet égard, je tiens à signaler que l'assemblée représentative des Etats fédérés allemands, le Bundesrat, vient d'affirmer que les dispositions relatives aux services publics relèvent des Etats membres et qu'il s'opposera à toute tentative de remettre ce principe en cause. Il considère que les possibilités actuelles accordées aux autorités locales de fournir des services ne peuvent être affectées par la directive proposée.
Il faut ajouter que la proposition de directive octroie à la Commission un pouvoir de contrôle sur toute décision des Etats et des pouvoirs locaux (art. 15), ceux-ci disposant de trois mois pour soumettre à la Commission les dispositions législatives, réglementaires et administratives qu'ils prendraient et qui seraient susceptibles d'affecter la liberté d'établissement et de circulation des services. Cette disposition viole le principe de subsidiarité inscrit dans les traités.

Sans renforcer d'aucune manière une harmonisation éminemment nécessaire sur les plans fiscaux, sociaux et environnementaux, cette directive renforce un centralisme technocratique européen qui réduit la capacité d'action des institutions les plus démocratiques et les plus proches des gens.

a.5 la remise en cause de la directive sur le détachement des travailleurs
L'article 16 crée une innovation juridique de toute première importance : le principe du pays d'origine. Un autre intervenant vient de démontrer les dangers de cette innovation dont on voit bien tout le profit que peuvent en tirer les employeurs alors que les disparités créées par l'élargissement de l'Union sont ce qu'elles sont dans les domaines fiscaux, sociaux et environnementaux. Comme le déclarait un responsable syndical, ce principe consacre la "légalisation d'un pavillon de complaisance pour les employeurs."

La Commission se défend en affirmant que sa proposition ne modifie en rien la directive 96/71/EC sur le détachement des travailleurs. Les Etats conservent le droit de conduire les inspections et d'exercer les contrôles afin de vérifier le respect des règles relatives à l'embauche et aux conditions de travail. Mais dans le même temps, la directive proposée (article 24) interdit aux pouvoirs publics du pays dans lequel du personnel est détaché d'exiger de l'employeur et de son personnel détaché de soumettre ses activités à autorisation et à enregistrement, de disposer d'un représentant sur son territoire et de tenir des documents sociaux à la disposition des autorités du pays d'accueil.

En outre, faute de proposer une harmonisation en matière de normes de qualité, de protection de l'ordre public, de formation professionnelle minimale, de critères de qualification professionnelle et de mécanismes de contrôle, la directive ne garantit pas la mise en place d'un système effectif et efficace de coopération administrative entre l'Etat d'origine et l'Etat d'accueil.

Enfin (article 25), lorsque le personnel détaché provient d'un Etat qui n'est pas membre de l'Union, la directive interdit à l'Etat d'accueil de soumettre l'employeur et son personnel à des contrôles préventifs, en particulier en ce qui concerne les titres d'entrée et de séjour, les permis de travail ; elle interdit de même à l'Etat d'accueil d'imposer un contrat de travail à durée indéterminée ou de fournir la preuve d'un emploi antérieur dans l'Etat d'origine de l'employeur. Seule l'obligation d'un visa de courte durée pour les ressortissants des pays tiers qui ne sont pas assimilés aux pays de la zone Schengen n'est pas remise en cause. Ainsi seront ruinés tous les efforts consentis pour combattre le trafic des êtres humains, le travail clandestin et les formes nouvelles d'esclavagisme !

En conséquence, la directive proposée rend inapplicable la directive sur le détachement des travailleurs et met très largement fin au pouvoir des Etats membres de vérifier et donc de garantir le respect des législations et des réglementations qui protègent les travailleurs contre différentes formes d'abus de la part des employeurs.

a 6. la remise en cause de la protection sociale
Dans son exposé des motifs, la directive affirme (considérant 16) qu'elle ne couvre pas " les activités que l'Etat accomplit sans contrepartie économique dans le cadre de sa mission dans les domaines social, culturel, éducatif et judiciaire. " Formulation ambiguë dont on ne sait si elle protège ou non le système de sécurité sociale en vigueur au sein des Etats. D'autant que la proposition n'exclut explicitement ni la santé, ni la sécurité sociale de son champ d'application (article 2), alors que l'organisation du secteur de la santé publique est une matière qui demeure de la compétence des Etats membres (article 152 du traité de l'UE).

Invoquant une nouvelle fois la jurisprudence de la Cour de Justice, la directive prétend définir " une vision commune de la manière dont le marché intérieur peut soutenir les systèmes de santé nationaux " et remettre en question (article 23) les critères imposés dans les Etats pour l'indemnisation des coûts des soins hospitaliers et non hospitaliers. Ce faisant la directive provoque la dérégulation et la privatisation des services de santé et réduit la relation entre le patient et ceux qui le soignent à une relation client-fournisseurs. En effet, la directive veut supprimer les instruments qui permettent de planifier l'offre, de fixer les prix, de réglementer l'accès aux professions de santé, l'ouverture ou l'installation de structures de soins et d'éviter la commercialisation de l'offre. Or, les Etats ont besoin de ces instruments pour réguler la qualité, l'accessibilité pour tous et la viabilité du système des soins de santé.

Les exigences en matière de limites quantitatives ou territoriales, de forme juridique imposée au prestataire, du minimum de personnel requis, de tarifs obligatoires minimum ou maximum sont les piliers fondamentaux de la plupart des systèmes nationaux de soins de santé. Ce sont précisément ces exigences que les dispositions horizontales de la directive veulent interdire.
Il résulte de cette directive que la Commission s'arroge des pouvoirs de réglementation des systèmes de sécurité sociale et sort des responsabilités que lui confient les traités. Nul ne s'étonnera que plusieurs gouvernements ont explicitement demandé que la santé soit retirée du champ d'application de cette directive.

B. LE CONCEPT DE SERVICE PUBLIC

En utilisant l'expression " service public ", j'ai tout à fait conscience de ne pas m'exprimer dans la langue convenue de la Commission européenne qui, par pétition de principe idéologique, a banni ces termes. Je le fais à dessein et en toute légitimité, car, jusqu'ici, aucune décision prise en vertu des règles de la démocratie n'a mis fin à ce qu'on appelle, dans plusieurs pays et en particulier au sein des six pays fondateurs, des services publics.

Le principe fondateur du service public, c'est l'égalité de toutes et de tous dans l'exercice d'un certain nombre de droits fondamentaux. Pour assurer l'effectivité de ces droits, les pouvoirs publics doivent disposer d'instruments qui ne sont pas limités par des considérations de rentabilité, mais bien par le souci du service rendu, c'est-à-dire du droit effectivement exercé.

Seuls les pouvoirs publics, issus du suffrage universel, peuvent prétendre représenter l'intérêt général et sont dès lors investis du devoir de le satisfaire. Le marché, exclusivement animé par la recherche de la rentabilité et du profit, en est incapable. On se trouve devant un véritable choix de société. Les pouvoirs publics, à quel que niveau que ce soit, peuvent-ils continuer en Europe, comme ils le font depuis des décennies, à exercer une fonction opératrice ou doivent-ils se limiter, comme y pousse la Commission européenne, à une rôle régulateur minimal ?

Entre, d'une part, la réduction drastique de la place des services publics en les soumettant aux règles de la concurrence et, d'autre part, la création d'un cadre juridique européen de base pour des services publics, la Commission européenne tente d'imposer un choix sans qu'aucun débat démocratique n'ait eu lieu, ni au niveau national, ni au niveau européen. Ce choix, c'est celui de ceux qui prétendent que l'intérêt général se dégage du jeu libre de la concurrence. Pourtant, cette affirmation est démentie par les faits. L'économie de marché ne garantit ni l'égalité des droits, ni l'égalité d'accès et de traitement, ni la cohésion sociale.

On se trouve confronté à deux objectifs : d'une part la construction d'un marché européen ouvert qui entend soumettre les activités de service public à la libre concurrence et d'autre part le maintien de services publics dont le coût est mutualisé par la collectivité afin de permettre à tous d'y accéder. Ces deux objectifs sont-ils compatibles ?
La directive Bolkestein répond par la négative. La Commission dépose cette proposition de directive sur la libéralisation des services sans avoir déposé une directive sur les services d'intérêt général. Pour ceux-ci, elle s'est contentée d'un Livre Blanc (COM(2004)374 final - 12 mai 2004) qui n'est que littérature. Alors que ce dernier affirme (p.4) " la nécessité d'une combinaison harmonieuse des mécanismes de marché et des missions de service public, " la directive qui est présentée au Parlement européen soumet les missions de service public aux aléas du marché.

Dans ce même Livre Blanc (p.12), la Commission considère qu'une directive-cadre sur les services d'intérêt général n'est pas opportune et qu'il ne convient pas de créer, pour l'heure, un cadre horizontal sur cette question dans le droit européen. Dans le même temps, la Commission soumet à votre Parlement un cadre horizontal sur la libéralisation des services.

D'une part, on proclame dans un document sans portée juridique que " les services d'intérêt général restent essentiels pour la cohésion sociale et territoriale " et qu'ils constituent " une composante essentielle du modèle européen " (p. 4), mais d'autre part, dans une directive qui va devenir la loi commune, il s'agit d'éliminer les obstacles à la libre concurrence dans une directive-cadre horizontale qui donne des services une définition extrêmement globale n'écartant en rien les services publics.

La directive couvre tous les services qui sont considérés comme économiques par la Cour de Justice : " sont considérés comme services les prestations fournies normalement contre rémunérations dans la mesure où elles ne sont pas régies par les dispositions relatives à la libre circulation des marchandises, des capitaux et des personnes. " Seuls les services fournis gratuitement par les pouvoirs publics nationaux ou locaux ne sont pas visés. Définir les services sur la base de la contrepartie économique, c'est résolument opter pour une conception marchande des services qui nie le principe d'égalité des droits.
S'il est dit dans la proposition qu'il n'est " pas question de toucher à la liberté des Etats membres de définir ce qu'ils considèrent comme étant d'intérêt général et comment ces services doivent fonctionner ", la longue énumération fournie par la directive (articles 9 à 15 et 20 à 23) des obstacles explicitement mentionnés en matière d'autorisation et d'exigences formulées par les pouvoirs publics ainsi que les dispositions relatives au principe du pays d'origine (articles 16 à 19) supprime la capacité des pouvoirs publics à exercer leurs fonctions de régulation et de contrôle indispensables à la sauvegarde de l'intérêt général et de mutualiser les coûts du service public.

Enfin, si la satisfaction de l'intérêt général est un objectif que les institutions européennes n'ont pas jusqu'ici remis formellement en cause, la proposition de directive (article 9) subordonne l'intérêt général à des critères impératifs qui ont pour conséquence que l'intérêt général n'est plus une condition suffisante.
Une conclusion s'impose : l'adoption de la directive Bolkestein met fin au débat sur les services publics avant même qu'il ait eu lieu. Et ce n'est pas la Constitution soumise à ratification qui modifiera cet état des choses puisqu'elle ne consacre ni l'existence des services publics, ni celle des services d'intérêt général. Elle ne reconnaît que les services d'intérêt économique général, dont l'existence est conditionnée par la défaillance du marché et le respect des règles de la concurrence. L'annexe 1 du Livre Blanc apporte sur ce point une clarification décisive : " les termes " service d'intérêt général " et " service d'intérêt économique général " ne doivent pas être confondus avec l'expression " service public " (p.23).
Le processus en cours combinant la mise en œuvre de l'AGCS, l'adoption de la directive Bolkestein et la ratification de la Constitution européenne sonne le glas des services publics et la fin d'un modèle de société.

C. SUPPRIMER LES EFFETS DESTRUCTEURS DE LA PROPOSITION

Le souci de l'intérêt général devrait provoquer le renvoi de cette proposition afin de la rendre conforme à l'objectif d'une société européenne bâtie à la fois sur la liberté et sur la solidarité. Nous avons besoin de textes équilibrés, pas d'instruments au service d'une idéologie.
Mais le Parlement européen, qui représente à peine 40% des électeurs inscrits, est dominé par ceux qui ont fait choix d'enlever aux pouvoirs publics toute fonction opératrice et redistributrice. Le rejet pur et simple semble dès lors exclu.

Faute de pouvoir rejeter ce texte, il faut donc envisager de l'amender en espérant qu'une majorité parlementaire se dégagera pour transformer ce texte destructeur en un document qui porte les valeurs de l'Europe et en escomptant que la Commission et le Conseil des Ministres n'y feront pas obstacle.
Je ne vais pas me livrer à un travail systématique d'examen de chaque article. Ce n'est pas mon rôle. Je veux indiquer cinq modifications qui me semblent indispensables et qui sont conséquentes avec les observations que je viens de formuler.

1. Il faut que la présente directive s'inscrive dans une politique globale des services et soit donc subordonnée à la directive que la Commission a jusqu'ici refusé de présenter, en dépit des demandes répétées des autorités politiques de l'Union. Ma suggestion consiste à indiquer que cette directive sera amendée dès que sera adoptée par le Conseil et le Parlement une directive reconnaissant le droit des pouvoirs publics locaux, régionaux et nationaux à prester un certain nombre d'activités de service qui ne sont pas soumises aux lois de la concurrence.

2. Pour l'heure, il convient d'affirmer, comme un choix fondamental de société, que l'enseignement n'est pas une activité marchande et qu'il n'est pas concerné par la présente directive.

3. De la même manière que la proposition Bolkestein ne s'applique pas aux services financiers, aux transports et aux communications électroniques au motif qu'ils font l'objet d'instruments communautaires spécifiques, la santé, les services sociaux de santé et la politique de couverture des soins de santé doivent être sortis de la directive soumise à votre examen pour être traités dans un instrument distinct dans lequel il faudra mettre en place, afin d'atteindre un minimum de convergence, une concertation renforcée sur de multiples aspects des systèmes de soins de santé au niveau européen, en particulier sur les systèmes de conventionnement et de fixation des prix, les normes de qualité, les processus d'accréditation, le contenu des soins nécessaires.

4. A l'effet d'empêcher toute forme de dumping fiscal, social et environnemental, le principe du pays d'origine sera appliqué de manière progressive à partir de la cinquième année de l'entrée en vigueur de la présente directive. Cette application se fera en parallèle avec la progression du degré d'harmonisation dûment constaté.

5. Il s'impose de supprimer de la proposition Bolkestein les dispositions qui rendent inopérante la directive 96/71 sur le détachement des travailleurs.

Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs,

La proposition Bolkestein est dangereuse. Elle est dangereuse parce qu'elle permet beaucoup plus que ce qu'elle énonce. Elle est dangereuse parce qu'elle remet en question un modèle de société que les pays fondateurs de l'Union européenne et quelques autres se sont efforcés de construire, pas à pas, depuis environ deux cents ans. Si vous n'êtes pas disposés à renvoyer ce texte à ses auteurs, au moins, efforcez-vous de le rendre compatible avec ce modèle de société hors duquel l'Europe perd sa spécificité.
Je vous remercie de votre attention.
Raoul-Marc Jennar

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La directive Bolkestein : un clône de l'AGCS

Collectivités HORS-AGCS - Directives
Une émission à écouter
dimanche 13 février 2005

Interview de Raoul-Marc Jennar sur radio Alligre à propos de la directive Bolkestein.

Malgré les déclarations tonitruantes du gouvernement français, la Commission européenne se
montre inflexible : "il n'est pas question que la Commission retire la directive services" Tout juste
concède t-on un léger toilettage afin de calmer la tempête qui s'est soudainement levée. La
Commission ne reculera donc pas, car elle a besoin de la Directive Bolkestein pour mener à bien les
négociations de l'AGCS. D'ailleurs elle ne s'en cache pas. Ainsi que le rappelle Raoul Marc Jennar "
le projet de directive indique clairement que les négociations de l'AGCS " soulignent la nécessité
pour l'UE d'établir rapidement un véritable marché intérieur des services pour assurer la compétitivité
des entreprises européennes et pour renforcer sa position de négociation. " En clair, si l'Europe a
totalement privatisé les services dans son espace intérieur, elle sera en position de force pour
exiger, dans le cadre des négociations de la mise en ouvre de l'AGCS, la privatisation des services
chez les autres."
La directive Bolkestein est inacceptable. L'AGCS aussi.

Ecoutez l'émission au format MP3 en cliquant sur ce lien : http://dsedh.free.fr/093_23_11_04_Raoul_Marc_Jennar.mp3

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QUELQUES VERITES SUR BOLKESTEIN

La " proposition de directive sur les services dans le marché intérieur " conçue par les services de la Commission européenne sous la direction du Commissaire Frits Bolkestein, donne lieu, en particulier en France, à de bien étranges manipulations politico-médiatiques qui brouillent la réalité des faits et trompent les citoyennes et les citoyens appelés à se prononcer sur le " traité établissant une Constitution pour l'Europe. " Chacun se démène aujourd'hui pour apparaître comme le plus résolu et le plus ancien à s'opposer à cette proposition. Il est bon de rappeler les faits afin d'apprécier la sincérité des oppositions claironnées ici ou là.

LES ORIGINES

Tout commence à Lisbonne où les Chefs d'Etat et de gouvernement (pour la France, le tandem Chirac-Jospin ; pour la Belgique, le gouvernement soutenu par les libéraux, les socialistes et les écologistes) adoptent une " stratégie " en vue de faire de l'Europe " l'économie la plus compétitive du monde." La compétition devient la valeur de référence de l'Union européenne. Une cible : les services à libéraliser en allant au-delà de ce que prévoit l'Accord Général sur le Commerce des Services (AGCS) qui n'épargne pourtant aucun secteur, mais qui exige, même dans le cadre de l'Union européenne, l'accord explicite de chaque Etat membre.

Le 13 février 2003, le Parlement européen adopte une résolution dont
- au point 35, il " se félicite des propositions visant à créer un instrument horizontal pour garantir la libre circulation des services sous forme de reconnaissance mutuelle."
- au point 39, il considère que " les principes du pays d'origine et de la reconnaissance mutuelle sont essentiels à l'achèvement du marché intérieur des biens et des services "

Ainsi, la directive sur les services dans le marché intérieur et son principe du pays d'origine tant décriés aujourd'hui ont été voulus par une majorité du Parlement européen. Une majorité impossible s'il n'y avait eu les voix des sociaux-démocrates et des Verts. Dans cette majorité de députés européens qui ont réclamé cette directive (" instrument horizontal ") et ce principe du pays d'origine, on trouvait, parmi les députés européens français présents lors du vote (résolution A5-0026/2003 ; 13/02/2003) :
- Danielle Darras (PS) / Olivier Duhamel (PS) / Catherine Lalumière (PS) / Michel Rocard (PS) / Martine Roure (PS)
- Gérard Onesta (Les Verts) / Yves Piétrasanta (Les Verts)
- Marie-Hélène Descamps (UMP) / Alain Lamassoure (UMP) / Margie Sudre (UMP)

Aujourd'hui, l'UMP, le PS et les Verts dénoncent ce qu'ils ont demandé hier parce que cette proposition de directive illustre trop clairement le modèle néolibéral que va imposer le traité constitutionnel qu'ils soutiennent.


LA PROCEDURE

1) Le 13 janvier 2004, la Commission européenne adopte la proposition : parmi ceux qui l'approuvent : les Français Michel Barnier (UMP) et Pascal Lamy (PS), le Belge Philippe Busquin (PS), l'Allemande Michaele Schreyer (Les Verts). La proposition, dont le contenu appartient à une matière pour laquelle la procédure de codécision s'applique, est ensuite envoyée à la fois aux gouvernements et au Parlement européen.

2) Pour l'examen intergouvernemental, c'est dans le cadre du Comité des Représentants Permanents (COREPER), qu'un groupe de travail est constitué. Il rassemble des représentants de la Commission européenne et des gouvernements. Il se réunit à six reprises entre le 27 février et le 26 mai. D'autres réunions auront encore lieu par la suite. Mais ce qu'il faut retenir, c'est que PAS UN SEUL GOUVERNEMENT NE DEMANDE LE REJET DE LA PROPOSITION (voir sur www.urfig.org / urfig =Unité de Recherche, de Formation et d'Information sur la Globalisation ).

3) Bien plus, lors du Sommet européen de printemps, les 25 et 26 mars 2004, à Bruxelles, les Chefs d'Etat et de gouvernement (dont, parmi ceux-ci, le Président Chirac et les chefs des gouvernements français, luxembourgeois et belges), adoptent un texte dans lequel on peut lire, à propos de la stratégie de Lisbonne : " Dans le secteur des services, qui demeure fortement fragmenté, une concurrence accrue s'impose pour améliorer l'efficacité, accroître la production et l'emploi et servir les intérêts des consommateurs. L'examen du projet de directive sur les services doit être une priorité absolue et respecter le calendrier envisagé. "

4) Au Parlement européen, c'est le 31 août 2004 que la " commission du marché intérieur et de la protection des consommateurs " est saisie pour la première fois de la proposition. Il apparaît que le PPE (dont font partie l'UMP française et le CDH belge), les libéraux (dont fait partie le MR belge) et une très large partie du groupe du parti socialiste européen sont favorables à la proposition quitte à procéder à certaines modifications. Seuls le groupe de la Gauche Unitaire Européenne dirigé par le Français Francis Wurtz (PCF) et quelques socialistes, dont Béatrice Patrie (PS français - Nouveau Monde), manifestent une opposition sans ambiguïté.

5) Une audition d'experts est organisée au Parlement européen le 11 novembre ; à la demande de Mme Patrie et du Groupe de la Gauche Unitaire Européenne, je suis entendu par la commission du marché intérieur avec 19 autres personnes (voir sur www.urfig.org). Il se dégage de la majorité des interventions que cette directive va provoquer la plus formidable insécurité juridique, qu'elle rend inopérante la directive existante sur le détachement des travailleurs, qu'elle compromet gravement la Convention Rome I (respect du droit du pays dans lequel le travailleur exerce son activité), qu'elle ruine toute possibilité pour les Etats qui organisent un système de couverture des soins de santé de pouvoir maintenir une telle politique, qu'elle consacre, à l'instar du traité constitutionnel européen, l'abandon de la technique de l'harmonisation comme instrument prioritaire de l'intégration européenne. Un fait à noter : la Commission européenne rejette en bloc toutes ces observations. Par contre, elle reconnaît mon interprétation selon laquelle les offres européennes en matière d'AGCS seraient désormais de la compétence exclusive de la Commission. Dans un document de travail (PE 353.297 - DT/551156FR.doc - 21.12.2004), le Rapporteur Evelyne Gebhardt " au vu des résultats de l'audition du 11 novembre 2004, estime nécessaire de retravailler en profondeur la proposition de directive de la Commission. "

6) Lors du Conseil des Ministres chargé des questions de compétitivité les 25-26 novembre 2004, " la proposition de directive fait l'objet d'un accueil globalement favorable par les Etats membres. " La France indique qu'elle ne s'oppose pas à l'application du principe du pays d'origine.

7) Le 1 janvier 2005, le passage de la présidence néerlandaise à la présidence luxembourgeoise marque une inflexion intéressante. Le gouvernement grand ducal ne semble pas disposé à soutenir inconditionnellement le texte de la proposition. A telle enseigne qu'il dépose, le 10 janvier 2005, un " document consolidé " comportant à la fois des formulations plus précises, des formules alternatives pour chaque article sensible et l'abandon de certaines dispositions du document Bolkestein (document 5161/05). Ce document est actuellement examiné au sein du groupe de travail. La présidence luxembourgeoise ouvre une fenêtre d'opportunité pour amender le texte. Elle se termine le 30 juin. Elle sera suivie par la présidence du gouvernement britannique qui est un fervent partisan du texte rédigé par Bolkestein et approuvé par la Commission.

LES REACTIONS

1) Le 21 mars 2004, alerté par la Fédération Générale du Travail de Belgique (FGTB- syndicat de tendance socialiste non inféodé au PS belge), par une lettre du 8 mars du Collège intermutualiste belge (qui regroupe les mutualités chrétiennes, neutres, socialistes, libérales, libres ainsi que la Caisse des Soins de Santé de la Société Nationale des Chemins de Fer Belges et la Caisse publique d'Assurance Maladie-Invalidité) et par un communiqué du Bureau du PS belge, je publie une analyse de la proposition sous le titre : "Nouvelle agression néolibérale de la Commission européenne " (voir sur www.urfig.org).

2) Dans la presse française, seul l'hebdomadaire Politis fait écho à cette analyse et c'est le journaliste Thierry Brun qui, le premier en France, révèle le contenu de la proposition dans le numéro du 25 mars. L'hebdomadaire annonce la manifestation prévue à Bruxelles le 5 juin. En Belgique, une importante mobilisation rassemble associations, ONG et syndicats dans le cadre du Forum Social de Belgique. Seul l'hebdomadaire belge Le Journal du Mardi relaie analyses et commentaires.

3) Début juin, d'autres associations (dont Attac) et organisations syndicales, en France et ailleurs, entament à leur tour une campagne contre la proposition de directive. Le 5 juin 2004, à l'invitation du Forum Social de Belgique et des deux centrales syndicales qui en font partie (CSC et FGTB), 5000 personnes manifestent contre la proposition Bolkestein à Bruxelles. Je suis un des orateurs et je souligne l'étroite parenté entre cette proposition et le traité constitutionnel européen (voir sur www.urfig.org).

4) Trois jours après la manifestation de Bruxelles, le quotidien français L'Humanité commence une campagne d'information et d'explication de cette directive qui n'a plus cessé depuis lors. Le 21 juin, le conseil municipal de la Ville de Bruxelles, toutes tendances politiques confondes, adopte une résolution affirmant sa " totale opposition " à cette proposition qui constitue une " attaque frontale contre les services publics locaux. " Le Président de l'Union des Villes et Communes de Wallonie déclare que " Le service public communal constitue l'un des piliers de la tradition européenne commune. "

5) Lors du Forum Social Européen de Londres, c'est à l'initiative des deux centrales syndicales belges et du Forum Social de Belgique que se tient, pendant une demi journée, un atelier consacré entièrement à la proposition Bolkestein. Une manifestation est décidée pour réclamer l'Europe sociale et s'opposer à l'AGCS et à sa version européenne aggravée qu'est la proposition Bolkestein. Elle aura lieu le 19 mars 2005 à Bruxelles. Mais l'implication de la Confédération Européenne des Syndicats, favorable au traité constitutionnel européen, brouille le message de cette manifestation. Il faudra l'énergique intervention de la FGTB pour que la CES retire de son appel à manifester une déclaration de soutien au traité constitutionnel. Un site internet est créé après le FSE : www.stopbolkestein.org

LA DUPLICITE DES PARTISANS DU TRAITE CONSITUTIONNEL

Les partisans du traité constitutionnel européen ont compris que cette proposition Bolkestein offre l'exemple de ce que sera la mise en œuvre de leur Constitution, qu'elle risque d'ouvrir les yeux de beaucoup avant le référendum et qu'elle vient donc trop tôt. En France, de Chirac à Rocard/Strauss-Kahn, c'est la même ligue des serviteurs du patronat qui font semblant aujourd'hui de s'indigner d'une proposition qu'ils ont appelée de leurs vœux hier.

Les protestations françaises (celles des autorités comme celles des tenants socialistes et verts du " oui " au traité constitutionnel) portent essentiellement sur le " principe du pays d'origine. " Ces partisans de la " stratégie de Lisbonne " passent sous silence les autres agressions commises par la proposition Bolkestein :
- elle remet en cause des fondements du droit privé international (Convention Rome I) et des négociations très avancées dans ce domaine (proposition de Convention Rome II) ;
- elle rend inapplicable la directive sur le détachement des travailleurs ;
- elle s'applique à des secteurs comme l'enseignement, la santé, les services sociaux, les services culturels et audio-visuels;
- elle conduit au démantèlement des systèmes publics de couverture des soins de santé
- elle remet en cause le pouvoir des autorités locales à fournir des services ;
- elle est contradictoire avec la proposition de directive relative à la reconnaissance des qualifications professionnelles ;
- elle ampute les Etats européens de leur liberté de choisir à quels services et avec quelle ampleur ils vont appliquer l'AGCS.

Les prises de position tonitruantes des autorités françaises n'ont pour seul but que de repousser l'examen de la proposition Bolkestein après le référendum. Elles ont pour effet que cet examen n'aura plus lieu sous une présidence luxembourgeoise favorable à des amendements significatifs du texte, mais sous une présidence britannique très attachée au texte initial.

Faire gagner le " oui " au traité constitutionnel et obtenir ensuite la proposition Bolkestein, tel est le double objectif des serviteurs du patronat.

LA COMMISSION BARROSO

Le président Barroso, un néolibéral atlantiste, qui a fait ses preuves comme destructeur des services publics quand il était premier ministre du Portugal, fait de la stratégie de Lisbonne une de ses plus importantes priorités. Dans le Financial Times (Londres), M. Barroso déclare le 2 février 2005, que " la libéralisation des services est la première de ses priorités. " Il précise que son programme constitue " une rupture claire avec la pensée européenne d'un passé récent quand les préoccupations environnementales et l'amélioration des droits des travailleurs recevaient la même priorité que la nécessité de générer de la croissance. "

Au lendemain des exigences gouvernementales et socialistes françaises de " remise à plat " de la proposition de directive, la porte-parole de la Commission européenne, déclare le vendredi 4 février : " La position de la Commission est que la libéralisation des services est un point essentiel de la relance de la stratégie de Lisbonne sur la compétitivité de l'Union. Il n'est pas question que la Commission retire la directive services." Le néolibéral Charlie McGreevy qui a succédé au néolibéral Frits Bolkestein en qualité de Commissaire au marché intérieur déclare que " le principe du pays d'origine doit être maintenu, car c'est la clé de voûte de la directive. " Peter Mandelson, successeur travailliste du socialiste Pascal Lamy, défend lui aussi ce principe au nom de la lutte contre le protectionnisme.

Propos de l'Exécutif que ne dément pas le vice-président socialiste du Parlement européen, Robert Goebbels qui ajoute : " Il existe des pans entiers de services où la concurrence ne ferait pas de mal. " A bon entendeur…

BOLKESTEIN ET LE TRAITE CONSTITUTIONNEL EUROPEEN

Pour comprendre la portée de ce qui se prépare, il faut garder en mémoire que l'élargissement à des pays où il n'y a pas ou peu de lois fiscales, sociales et environnementales s'est négocié au même moment où on rédigeait le traité constitutionnel et la proposition Bolkestein. La Commission européenne, moteur de l'idéologie néolibérale, a été au centre de cette triple démarche.

L'unanimité exigée par le traité constitutionnel européen pour toute harmonisation sociale signifie l'abandon de l'harmonisation. Et la proposition Bolkestein annonce ce qui va remplacer l'harmonisation : l'utilisation des disparités nouvelles créées par l'élargissement au profit d'un patronat assuré par le traité constitutionnel que la liberté d'établissement et de circulation des services sont des " valeurs fondamentales " de l'Union (article 4), que " les restrictions à la libre circulation des services sont interdites " (article 144) que la concurrence sera " libre et non faussée " (articles 3, 177, 178, et 65 autres articles…) et que l'harmonisation sociale sera laissée au " fonctionnement du marché intérieur " (article 209).

Cette proposition illustre par anticipation les législations européennes futures une fois adopté le traité constitutionnel. Elle constitue un exemple, parmi beaucoup d'autres, des efforts de dérégulation proposés par la Commission européenne et soutenus par tous les gouvernements. Elle traduit la résignation et la collaboration à laquelle nous appellent ceux qui, comme Michel Rocard, répètent à satiété que " le capitalisme a gagné."

Cette proposition et les péripéties qui l'accompagnent illustrent également à quel point, dès qu'il s'agit de l'Union européenne, on nous trompe et on nous manipule. Profitant de la complexité des textes et de l'opacité des procédures, on s'applique à nous tromper sur le contenu des textes et sur les attitudes adoptées.

On nous trompe sur Bolkestein. On nous trompe sur le traité constitutionnel européen. Allons-nous dire " oui " à ceux qui nous trompent ?

Raoul Marc JENNAR / chercheur, animateur de l'URFIG

http://www.urfig.org/francais.htm

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BOLKESTEIN : LES PREUVES


Suite à ma note intitulée " Quelques vérités sur Bolkestein " , certains hommes politiques, en particulier ceux qui promettaient de " faire de la politique autrement, " ne supportent pas que j'aie rendu compte des documents officiels et publics du Parlement européen qui fournissent les textes adoptés et le détail des votes.

Signe navrant du déclin de nos pratiques démocratiques, les élus, comptables de leurs propos et de leurs actes devant les citoyennes et les citoyens, ne supportent pas qu'on rappelle les positions qu'ils ont adoptées. Si cette résolution n'a que la force d'un vœu, pourquoi prendre le risque qu'elle puisse ensuite être invoquée dans l'exposé des motifs d'une proposition de directive que l'on réclame ? Si, par hasard, ils ignorent le contenu de ce qu'ils votent, on peut s'interroger sur la manière dont ils exercent leur mandat. S'ils invoquent les multiples sollicitations dont ils sont l'objet, il convient de leur rappeler un principe de droit : " nul ne peut invoquer ses propres turpitudes ".

Afin de lever les ambiguïtés qu'ils s'emploient à créer pour dissimuler leurs responsabilités, voici le texte de la résolution ainsi que le détail des votes tels qu'on peut les consulter sur le site Internet du Parlement européen. Les paragraphes en cause portent les numéros 35 et 39. C'est en page 7 de l'exposé des motifs que la proposition Bolkestein y fait explicitement allusion :

" En février 2003, le Parlement européen s'est aussi félicité du rapport de la Commission et a souligné qu'il "insiste pour que le Conseil 'Compétitivité' réaffirme le respect des États membres des principes du pays d'origine et de la reconnaissance mutuelle, en tant que base essentielle pour l'achèvement du Marché intérieur des biens et des services". Enfin, le Parlement "se félicite des propositions visant à créer un instrument horizontal pour garantir la libre circulation des services sous forme de reconnaissance mutuelle (reconnaissance dont le caractère automatique doit être promu dans toute la mesure du possible), de coopération administrative et, lorsque cela est strictement nécessaire, en recourant à l'harmonisation".

Ceci suffit pour répondre à des commentaires embarrassés et embrouillés.

Et je ne suis en rien solidaire de ceux qui appellent à la solidarité entre les adversaires du néolibéralisme, mais commencent par vouloir imposer à notre génération, à celles de nos enfants et petits enfants une Constitution néolibérale.

Raoul Marc JENNAR / Chercheur Animateur de l'URFIG / 01.03.2005


LA RESOLUTION

Résolution du Parlement européen sur la communication de la Commission au Conseil, au Parlement européen, au Comité économique et social et au Comité des régions: Réactualisation 2002 sur la stratégie pour le marché intérieur - Tenir les engagements (COM(2002) 171 - C5 0283/2002 - 2002/2143(COS))

Le Parlement européen,
- vu la communication de la Commission (COM(2002) 171 - C5 0283/2002 ),
- vu le rapport de la Commission sur le document de travail des services de la Commission - tableau d'affichage du marché intérieur (mai 2002) (SEC(2002) 569) ,
- vu le rapport de la Commission au Conseil, au Parlement européen et au Comité économique et social sur le deuxième rapport biennal sur l'application du principe de reconnaissance mutuelle au sein du marché intérieur (COM(2002) 419) ,
- vu le rapport de la Commission au Conseil et au Parlement européen sur l'état du marché intérieur des services, présenté dans le cadre de la première phase de la stratégie pour le marché intérieur des services (COM(2002) 441) ,
- vu le document de travail des services de la Commission - Tableau d'affichage du marché intérieur n° 11 (SEC(2002) 1243),
- vu les propositions de résolution déposées par :
a) José Manuel García-Margallo y Marfil, sur l'amélioration de l'environnement des micro-entreprises (B5-0683/2001),
b) Cristiana Muscardini, sur la nécessité d'harmoniser les diverses réglementations nationales en matière de sécurité privée (B5-0313/2001),
- vu les préoccupations exprimées dans ses résolutions du 4 octobre 2001 sur la communication de la Commission: Stratégie pour le marché intérieur des services et du 13 avril 2000 sur la communication sur la stratégie pour le marché intérieur européen ,
- vu l'avis du Comité économique et social (CES 871/2002) ,
- vu l'article 14 du traité,
- vu l'article 47, paragraphe 1, de son règlement,
- vu le rapport de la commission juridique et du marché intérieur et l'avis de la commission économique et monétaire (A5 0026/2003),

considérant

A. considérant que le marché intérieur constitue la pierre angulaire de l'Union et représente une réalisation politique et économique majeure; le dernier tableau d'affichage confirme en effet les bénéfices substantiels du marché intérieur pour les consommateurs et les entreprises dans le domaine de la qualité, du choix et des niveaux de prix,
B. considérant qu'un marché intérieur des biens et des services pleinement opérationnel fait partie intégrante des objectifs de réforme économique de Lisbonne et que la mise en place d'un marché intérieur des services a été définie comme le prochain objectif majeur,
C. considérant que, selon une récente étude de la Commission, la création du marché intérieur dans les services financiers apporterait un surcroît de croissance de 1,1 % dans l'Union européenne, tandis que l'économie de l'UE connaîtrait un volume d'affaires supplémentaire de l'ordre de € 130 milliards,
D. considérant que l'achèvement du marché intérieur doit s'accompagner de la prise en compte des obligations énoncées dans le traité, notamment à l'article 158, en vue de l'instauration de la cohésion économique et sociale dans toute l'Europe,
E. considérant que l'article 153 garantit un niveau élevé de protection des consommateurs dans le marché intérieur,
F. considérant que la Charte européenne des petites entreprises, adoptée lors du sommet de Lisbonne, souligne la nécessité de réformes visant à la réalisation d'un véritable marché intérieur qui soit favorable aux petites entreprises;
G. considérant que, parmi les principaux obstacles, dont certaines restrictions à la liberté de circulation et d'installation, identifiés dans le marché des services, beaucoup découlent de la réglementation nationale, régionale ou locale,
H. considérant que la transposition et l'application de la législation relative au marché intérieur mettent en lumière de profondes divergences, certains États membres faisant piètre figure et marquant le pas,
I. considérant que l'invocation de clauses de sauvegarde par des États membres peut porter préjudice à l'uniformité de la législation communautaire; que, de surcroît, les garanties de procédure applicables à l'invocation de clauses de sauvegarde et leur contrôle sont insuffisants, de sorte que le risque existe que toutes les parties concernées ne soient pas associées à l'établissement de la clause de sauvegarde par les États membres;
J. considérant qu'en l'absence de normes uniques européennes ou d'application de la reconnaissance mutuelle, la nécessité de procéder localement à des tests et certifications constitue un surcoût important pour les entreprises et entrave l'achèvement du marché intérieur,
K. considérant que les États membres ont décidé au Sommet de Feira d'accélérer les programmes concernant la création d'entreprises à moindre coût et dans des délais plus brefs;
L. considérant que depuis 1999, la Commission a élaboré une feuille de route concernant l'action à entreprendre pour développer la politique du marché intérieur, mais que les progrès demeurent insuffisants,
M. considérant que les États membres sont généralement réticents à poursuivre l'achèvement du marché intérieur en dehors de l'initiative de la Commission et du Parlement,

Soutien de la stratégie du marché intérieur

1. réaffirme soutenir résolument la stratégie du marché intérieur et demande au Conseil et à la Commission d'inscrire l'achèvement du marché intérieur et le lancement de l'initiative du marché intérieur des services en tant que priorités absolues du Sommet économique de 2003;

2. exprime ses vives préoccupations quant à l'écart existant entre l'adhésion du Conseil aux objectifs de Lisbonne et la réticence des États membres à mettre en œuvre les réformes; considère que la priorité absolue doit être accordée à une initiative majeure pour pallier ce déficit, engageant toutes les institutions européennes, les organisations de consommateurs et les organisations professionnelles dans un véritable partenariat;

3. se félicite de la création du Conseil "Concurrence", est persuadé que cela représente un changement de priorité politique et ne traduit pas seulement une opportunité administrative, et insiste pour que les États membres inscrivent résolument les questions relevant du marché intérieur dans le cadre global des réformes économiques;

4. demande à tous les États membres d'accélérer la transposition des directives relatives au marché intérieur, tout en déplorant que, selon le tableau d'affichage du marché intérieur le plus récent, publié en novembre 2002, les États accusent un retard sur les calendriers de mise en œuvre, les textes en attente de transposition représentant 2,1 % de la législation; fait en outre observer que deux des économies les plus importantes, à savoir les économies française et allemande, figurent parmi celles qui sont le plus loin du compte;

5. invite la Commission à entreprendre une évaluation stricte des causes de l'incapacité des États membres à mettre en œuvre la législation communautaire et des obstacles qui s'opposent à la mise en œuvre de cette législation, et estime que les État membres devraient rendre compte de cette incapacité de mettre en œuvre la législation dans un rapport à la Commission, qui serait présenté et examiné lors de chaque sommet économique;

6. appelle les États membres, lorsqu'ils invoquent des clauses de sauvegarde, à se limiter au minimum, et invite la Commission à veiller à ce que suffisamment de garanties soient instaurées pour l'établissement des clauses de sauvegarde et leur contrôle par les États membres;

7. prie instamment la Commission de rechercher en premier lieu des solutions pratiques au problème du déficit de mise en œuvre et, en même temps, d'améliorer le rythme et l'efficacité du traitement des cas d'infraction et de collaborer avec le tribunal de première instance pour mettre au point des procédures rapides, étayées le cas échéant par des sanctions, et pour concrétiser les propositions adoptées par lui-même à ce sujet;

8. juge nécessaire de s'interroger sur l'efficacité du système de sanctions et d'amendes appliqué par la Cour, afin de renforcer ce système, d'assurer l'instruction rapide des cas prioritaires et de fixer des délais de mise en œuvre assortis de procédures permettant d'imposer des amendes à brève échéance;

9. considère qu'il convient d'incorporer un test de compatibilité du marché intérieur dans les tests auxquels doit être soumise l'ensemble de la législation de l'UE et dans les plans d'action visant à simplifier et à améliorer la législation communautaire (meilleure réglementation); soutient les initiatives visant à améliorer la transposition des mesures relatives au marché intérieur et à éliminer les transpositions trop complexes (surréglementation); invite les parlements nationaux à s'employer davantage à garantir la mise en œuvre opportune et fidèle des directives relatives au marché intérieur;

10. estime que l'application déterminée, sur les plans européen et national, des règles de la concurrence est indispensable pour permettre aux entreprises, et particulièrement aux petites entreprises, de disposer des plus larges possibilités de développement de leurs activités et de se livrer une concurrence loyale en tous points du marché intérieur;

11. est d'avis que les citoyens et les consommateurs doivent bénéficier d'informations plus précises au sujet du défaut de mise en œuvre par les États membres de la législation relative au marché intérieur;

12. estime que le Parlement, la Commission et les États membres, en partenariat avec les organisations de consommateurs, les travailleurs et les organisations professionnelles, devraient coopérer pour promouvoir les bénéfices du marché intérieur et encourager les entreprises à tirer parti des possibilités qu'offre ce dernier;

13. rejette l'affirmation de la Commission selon laquelle le Parlement et le Conseil ont une responsabilité partagée pour un certain nombre d'objectifs non atteints; souligne dans ce contexte que les objectifs indiqués par la Commission comme n'ayant pas été atteints ne l'ont pas été presque exclusivement en raison de la lenteur de la procédure au sein du Conseil;

14. invite la Commission à s'accorder avec les États membres pour la définition de stratégies cohérentes de mise en œuvre de la législation relative au marché intérieur; souligne, en particulier, la nécessité d'appliquer d'une manière cohérente les nouveaux cadres juridiques régissant le commerce électronique, les communications électroniques, le droit d'auteur et la protection des données;

15. soutient la stratégie de la Commission visant à aider les pays candidats dans leur préparation en vue du marché intérieur; souligne notamment l'importance des programmes de formation pour les fonctionnaires des pays candidats et rappelle que la participation active des pays candidats en ce qui concerne les questions relatives au marché intérieur revêt une importance primordiale;

Actions spécifiques visant à soutenir la stratégie du marché intérieur

16. invite les États membres à accorder la priorité absolue à la mise en œuvre correcte et non discriminatoire des règles du marché intérieur et à mettre en place une logistique en vue d'aider les citoyens et les entreprises à exercer leurs droits dans le cadre du marché intérieur;

17. invite la Commission à être particulièrement attentive pour veiller à ce que la législation adoptée dans le cadre du plan d'action pour les services financiers (PASF) soit transposée dans les délais prévus, dans la mesure où, dans le cas contraire, il ne serait pas possible de réaliser le plein potentiel d'un marché financier intégré;

18. souligne l'importance, pour le bon fonctionnement du marché intérieur, de règles et de procédures cohérentes en matière de protection des données; prie instamment la Commission de se prononcer, lors de la prochaine révision de la directive générale concernant la protection des données, en faveur du marché intérieur de la circulation et de la transmission de données; demande, en particulier, la mise au point de stratégies cohérentes à l'égard des notices destinées aux consommateurs et de procédures communes simples pour ce qui est de la notification aux autorités chargées de la protection des données;

19. confirme son soutien sans réserve à SOLVIT et à la relance du service de signalisation du citoyen; suggère que le Conseil "Concurrence" reçoive sur une base régulière les rapports de ces réseaux et s'emploie rapidement à résoudre les problèmes ainsi détectés;

20. prend acte des mesures spécifiques énoncées dans la stratégie de la Commission pour la réalisation de ces objectifs, début 2004 et confirme qu'il est disposé à coopérer avec la Commission et le Conseil pour atteindre ces objectifs;

21. affirme toutefois qu'il ne suffit pas de demander aux États membres d'adopter, avant juin 2003, des mesures visant à garantir la création de sociétés à responsabilité limitée plus rapidement et moyennant des frais et des capitaux réduits et qu'il faut aussi se pencher sur les obstacles qui entravent actuellement la création de toutes les petites entreprises, dont les entreprises individuelles, et lancer des initiatives pour surmonter lesdits obstacles, grâce notamment à la télématique et à l'Internet;

22. se félicite des progrès récemment accomplis quant à la libéralisation des marchés du gaz et de l'électricité et à la réglementation du transport aérien, progrès qui permettront d'atteindre quelques-uns des objectifs les plus importants définis par le Conseil européen à Barcelone;

23. demande au Conseil de conclure sans délai l'examen du brevet communautaire;

24. invite la Commission à accélérer ses travaux pour simplifier le système particulièrement lourd de la TVA et faire en sorte que l'impact réel sur les entreprises, en particulier sur les PME, fasse l'objet d'une évaluation plus approfondie lors de la proposition d'une nouvelle législation;

25. prie la Commission de présenter dans les futurs rapports contenant les tableaux d'affichage une analyse coût avantages de la mise en œuvre de la législation relative au marché intérieur en termes d'emploi, de croissance, de PIB et de compétitivité de l'économie de l'UE, en chiffrant les coûts du déficit de mise en œuvre de cette législation;

26. invite la Commission à coopérer avec le Parlement pour organiser un deuxième forum du marché intérieur de façon à permettre aux citoyens et à l'industrie, notamment aux PME, d'exprimer leurs préoccupations et d'examiner des solutions;

27. invite les États membres à réaffirmer, lors du sommet économique de 2003, leur volonté d'achever le marché intérieur pour le dixième anniversaire de celui ci, en souscrivant à une déclaration solennelle visant à améliorer et accélérer la réalisation du marché intérieur des marchandises et des services, et ce pour le bénéfice des citoyens;

28. invite la Convention sur l'avenir de l'Europe à traiter du problème que pose le défaut de mise en œuvre de la législation communautaire et à proposer des solutions à cet égard;

Marché intérieur des services

29. soutient vigoureusement les initiatives destinées à créer un marché intérieur des services, conformément à la résolution du Parlement sur la communication de la Commission (COM(2000) 888);

30. se félicite de l'analyse exhaustive de la Commission sur l'état du marché intérieur des services (COM(2002) 441), tout en exprimant sa préoccupation quant à l'étendue et à la complexité des obstacles identifiés, qui affectent l'ensemble de l'économie européenne;

31. note qu'un marché intérieur des services pleinement opérationnel élargira le choix des consommateurs et leur permettra de bénéficier des services d'autres États membres, notamment des services de santé; concernant l'éventuelle évolution d'un marché intérieur des services de santé, attend les résultats du processus de réflexion entrepris à haut niveau sur la mobilité des patients et l'évolution des soins de santé publique, qui devrait s'achever en 2003;

32. relève que, des quatre libertés instaurées par le marché intérieur, la libre circulation des personnes a rencontré le moins de succès; engage, par conséquent, les États membres, le Parlement et la Commission à agir avec hardiesse en vue de faciliter la reconnaissance des diplômes acquis dans d'autres États membres; estime qu'il importe de clarifier les directives énonçant les règles à appliquer aux travailleurs détachés dans d'autres États membres;

33. se félicite de la position nouvellement exprimée par la Commission au sujet des obstacles de fait à la libre circulation des personnes que constituent les différences entre les régimes fiscaux applicables aux pensions et aux automobiles; prie instamment la Commission de mettre en œuvre les mesures prévues dans les communications publiées sur ces questions;

34. invite le Conseil à présenter sans délai au Parlement une position commune sur le règlement relatif à la promotion des ventes; demande à la Commission d'étayer le travail du Conseil par des études permanentes portant sur les avantages que procure le marché intérieur en matière de promotion des ventes, et mettant plus particulièrement l'accent sur les PME et les consommateurs;

35. se félicite des propositions visant à créer un instrument horizontal pour garantir la libre circulation des services sous forme de reconnaissance mutuelle (reconnaissance dont le caractère automatique doit être promu dans toute la mesure du possible), de coopération administrative et, lorsque cela est strictement nécessaire, en recourant à l'harmonisation;

36. considère que les États membres devraient engager sans délai la révision de leur législation concernant les fournisseurs de services en vue d'éliminer les pratiques protectionnistes discriminatoires et discrétionnaires ainsi que les procédures complexes ou non transparentes; invite le Conseil "Concurrence" à s'engager en ce sens et souligne que les pays candidats doivent faire de même;

37. considère que les États membres devraient encourager la liberté d'établissement et faciliter la création d'entreprises, y compris des filiales, en modernisant et en simplifiant leur législation et en encourageant l'esprit d'entreprise, de façon à stimuler notablement le marché intérieur des services;

38. invite la Commission à proposer, dans son futur Livre vert, des mesures concernant l'esprit d'entreprise, de façon à encourager les PME à tirer profit du marché intérieur des services;

Reconnaissance mutuelle

39. estime que, si les principes du pays d'origine et de la reconnaissance mutuelle sont essentiels à l'achèvement du marché intérieur des biens et des services, les objectifs d'intérêt public, et en particulier la protection du consommateur, doivent être sauvegardés, lorsque la chose est nécessaire, grâce à une harmonisation des règles nationales;

40. convient que la reconnaissance mutuelle pourrait être un instrument encore plus efficace du marché intérieur si les États membres appliquaient dûment ce principe et éliminaient les dispositions faisant double emploi dan la législation nationale;

41. se déclare favorable à la reconnaissance mutuelle des codes de conduite d'entreprise ou de branche définis afin de compléter ou de mettre en œuvre la législation de l'UE;

42. affirme le rôle essentiel que joue la reconnaissance mutuelle pour la création d'un marché intérieur des services; réaffirme son soutien en faveur de la reconnaissance mutuelle des services financiers, comme le montre l'adhésion qu'il a accordée au plan d'action des services financiers et à la communication de la Commission sur le commerce en ligne et les services financiers;

43. charge son Président de transmettre la présente résolution au Conseil, à la Commission et aux gouvernements des États membres.

LES VOTES : 304 Pour, 17 Contre, 24 abstentions

La résolution a été approuvée par 304 pour, 17 contre et 24 abstentions.

Harbour report A5-0026/2003 - resolution 13/02/2003 12:06:36

Pour : 304

EDD: Belder, Blokland, van Dam

ELDR: Andreasen, Attwooll, Beysen, Boogerd-Quaak, van den Bos, Busk, Caveri, Clegg, Costa Paolo, Davies, De Clercq, Ducarme, Dybkjær, Flesch, Formentini, Gasòliba i Böhm, Jensen, Lynne, Maaten, Manders, Mulder, Nordmann, Olsson, Paulsen, Pesälä, Pohjamo, Ries, Riis-Jørgensen, Sánchez García, Sanders-ten Holte, Schmidt, Sterckx, Sørensen, Väyrynen, Vallvé, Van Hecke, Vermeer

NI: Hager, Raschhofer, Sichrovsky

PPE-DE: Almeida Garrett, Arvidsson, Averoff, Balfe, Banotti, Bastos, Bayona de Perogordo, Beazley, von Boetticher, Bowis, Bradbourn, Brienza, Bushill-Matthews, Callanan, Camisón Asensio, Chichester, Coelho, Cornillet, Corrie, Cushnahan, Daul, Deprez, Descamps, Deva, De Veyrac, Doorn, Dover, Ebner, Fernández Martín, Fiori, Flemming, Foster, Fourtou, Gahler, Garriga Polledo, Gemelli, Gil-Robles Gil-Delgado, Glase, Goepel, Gomolka, Goodwill, Graça Moura, Grosch, Grossetête, Hannan, Harbour, Heaton-Harris, Helmer, Hermange, Hernández Mollar, Herranz García, Hieronymi, Inglewood, Jarzembowski, Keppelhoff-Wiechert, Khanbhai, Kirkhope, Klamt, Klaß, Korhola, Lamassoure, Liese, Lisi, Maat, McCartin, Marinos, Marques, Martens, Martin Hugues, Matikainen-Kallström, Mauro, Mayer Hans-Peter, Mayer Xaver, Mennitti, Menrad, Mombaur, Moreira Da Silva, Morillon, Müller Emilia Franziska, Musotto, Naranjo Escobar, Nicholson, Niebler, Ojeda Sanz, Pacheco Pereira, Parish, Pastorelli, Peijs, Pérez Álvarez, Pirker, Piscarreta, Podestà, Posselt, Pronk, Rack, Redondo Jiménez, Ripoll y Martínez de Bedoya, Rübig, Sacrédeus, Santer, Sartori, Schaffner, Schleicher, Schmitt, Schröder Jürgen, Smet, Sommer, Stauner, Stenmarck, Stenzel, Stevenson, Sudre, Suominen, Tajani, Tannock, Theato, Trakatellis, Valdivielso de Cué, Van Orden, Vidal-Quadras Roca, Wachtmeister, Wenzel-Perillo, Xarchakos, Zabell, Zacharakis, Zappalà, Zissener

PSE: Adam, Andersson, Aparicio Sánchez, Baltas, Berenguer Fuster, Bösch, Bullmann, Campos, Carlotti, Carnero González, Carrilho, Casaca, Cashman, Cercas, Colom i Naval, Corbett, Corbey, Darras, Dehousse, De Rossa, Dührkop Dührkop, Duhamel, Ettl, Evans Robert J.E., Färm, Ford, Garot, Gebhardt, Ghilardotti, Gill, Gillig, Goebbels, Guy-Quint, Haug, Hoff, Honeyball, Howitt, van Hulten, Iivari, Karamanou, Katiforis, Kindermann, Krehl, Kreissl-Dörfler, Kuckelkorn, Kuhne, Lage, Lalumière, Lange, Linkohr, Lund, McNally, Malliori, Martin David W., Martínez Martínez, Mastorakis, Medina Ortega, Menéndez del Valle, Miguélez Ramos, Miller, Moraes, Müller Rosemarie, Murphy, Myller, Napoletano, Obiols i Germà, O'Toole, Paasilinna, Paciotti, Pérez Royo, Pittella, Poos, Prets, Read, Rocard, Rodríguez Ramos, Roth-Behrendt, Rothe, Rothley, Roure, Sacconi, Sakellariou, Sandberg-Fries, dos Santos, Sauquillo Pérez del Arco, Sornosa Martínez, Souladakis, Sousa Pinto, Stihler, Stockmann, Swiebel, Swoboda, Terrón i Cusí, Theorin, Thorning-Schmidt, Titley, Tsatsos, Vairinhos, Van Brempt, Van Lancker, Volcic, Weiler, Westendorp y Cabeza, Wiersma, Wynn, Zorba, Zrihen

UEN: Camre, Collins, Hyland, Mussa, Nobilia, Ó Neachtain

Verts/ALE: Auroi, Bouwman, Buitenweg, Celli, Dhaene, Echerer, Evans Jillian, Flautre, Hudghton, Lagendijk, Lannoye, Maes, Onesta, Piétrasanta, de Roo, Rühle, Schroedter, Sörensen, Staes, Wuori, Wyn

Contre : 17

EDD: Abitbol, Bernié, Butel, Esclopé, Farage, Raymond, Saint-Josse, Titford

GUE/NGL: Bordes, Cauquil, Figueiredo, Laguiller

NI: Berthu, de Gaulle, Lang, de La Perriere, Souchet

Abstention : 24

EDD: Sandbæk

GUE/NGL: Ainardi, Bakopoulos, Boudjenah, Caudron, Di Lello Finuoli, Jové Peres, Kaufmann, Koulourianos, Krarup, Manisco, Meijer, Miranda, Modrow, Naïr, Papayannakis, Puerta, Seppänen

NI: Della Vedova, Vanhecke

UEN: Ribeiro e Castro

Verts/ALE: Gahrton, McKenna, Schörling

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BOLKESTEIN : LA DIRECTION DU PS TROMPE LES FRANÇAIS
L'HUMANITE (édition du 9 mars 2005)

Un texte de la direction du PS est intitulé " Pourquoi le traité est un rempart contre les dérives libérales type Bolkestein ? " Une fois de plus, cet argumentaire est un outil de désinformation. Il est destiné à tromper.
La direction du PS affirme que " la directive Bolkestein contredit, notamment, l'article I-3 qui prévoit que : " l'Union œuvre pour...une économie sociale de marché qui tend au plein emploi et au progrès social. un niveau élevé de protection et d'amélioration de la qualité de l'environnement...Elle promeut la justice et la protection sociales ".
Ce que la direction passe sous silence c'est ce que dit l'article 177 : " Aux fins de l'article I-3, l'action des Etats membres et de l'Union comporte l'instauration d'une politique économique (…) conduite conformément au respect du principe d'une économie de marché ouverte où la concurrence est libre. " A 68 reprises dans le traité constitutionnel, le plein emploi, le progrès social, la justice et la protection sociales sont soumis au " respect d'une économie de marché ouverte ou la concurrence est libre et non faussée ." C'est-à-dire non pas à une économie de marché comme nous l'avons connue depuis la Libération, limitée, encadrée, conditionnée, mais une économie de marché néolibérale, une économie où l'Etat est réduit à des fonctions sécuritaires (article 5), une économie où la concurrence n'est plus limitée par des droits sociaux, par des obligations fiscales, par des contraintes environnementales, par des choix politiques légitimes. Une économie de marché sur le modèle des accords de l'OMC. A l'opposé du modèle européen.
La direction du PS cite l'article III-209 de la manière suivante : " L'Union et ses Etats, conscients des droits sociaux fondamentaux ... ont pour objectifs la promotion de l'emploi, l'amélioration des conditions de vie et de travail, permettant leur égalisation dans le progrès, une protection sociale adéquate, le dialogue social, le développement des ressources humaines permettant un niveau d'emploi élevé et durable... Ils estiment qu'une telle évolution résultera tant du fonctionnement du marché intérieur qui favorisera l'harmonisation des systèmes sociaux que des procédures prévues par la Constitution et du rapprochement des dispositions législatives, réglementaires et administratives des Etats membres ".
Complétons d'abord le texte. Les mots qui manquent (là où il y a … sont les suivants : " tels que ceux énoncés dans la Charte sociale européenne signée à Turin le 18 octobre 1961 et dans la Charte communautaire des droits sociaux fondamentaux des travailleurs de 1989 "
Une fois qu'on dispose de la totalité du texte, on peut en déduire :
a) que l'Union et les Etats sont " conscients des droits sociaux", c'est-à-dire qu'ils savent que ces droits existent ; on est bien heureux de l'apprendre ; mais cela ne signifie pas que ces droits sociaux sont désormais des droits consacrés, comme ils le sont dans la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme (à laquelle l'Union n'adhère pas) ou comme ils le sont dans certaines Constitutions et législations nationales;
b) que l'Union n'adhère ni à la Charte sociale européenne de Turin, ni à la Charte communautaire des droits sociaux fondamentaux ; le texte y fait référence, il n'annonce pas l'adhésion qui créerait des obligations ;
c) que l'évolution (c'est-à-dire la réalisation des objectifs énumérés) se fera par une harmonisation désormais soumise aux fluctuations du marché. Cette information capitale nous ramène à la proposition Bolkestein qui abandonne l'harmonisation au profit de la loi du marché.
Evoquant les services publics, une fois de plus, la direction du PS confond " service d'intérêt économique général " (SIEG) et " service public " alors que le Livre Blanc de la Commission européenne, approuvé par le Conseil des Ministres, précise (p. 23) que ces deux expressions " ne doivent pas être confondues ". La direction du PS indique que la Constitution prévoit qu'une loi-cadre européenne peut être votée pour permettre que " ces services fonctionnent sur la base de principes et dans des conditions qui leur permettent d'accomplir leurs missions. ", mais il s'agit des SIEG. Pas des services publics, totalement absents d'une "Constitution " qui ne consacre nulle part la notion de service en vue de créer une égalité de droits, notion incompatible avec le principe d'une " concurrence libre et non faussée" à laquelle sont soumises toutes les politiques de l'Union.
Evidemment, la direction du PS passe totalement sous silence les articles essentiels du traité constitutionnel en ce qui concerne les services :

- article 4 : " Libertés fondamentales et non-discrimination. La libre circulation des personnes, des services, des marchandises et des capitaux, ainsi que la liberté d'établissement, sont garanties par l'Union… " On notera l'usage du verbe " garantir " qui n'était pas employé lorsqu'il s'agissait des droits sociaux.
- Sous section 3, Liberté de prestation des services , article 144 : " Dans le cadre de la présente sous-section, les restrictions à la libre prestation des services sont interdites à l'égard des ressortissants des Etats membres établis dans un Etat membre autre que celui du destinataire de la prestation. " Qu'est-ce qu'une " restriction à la libre prestation des services " ? On ne nous le dit pas, mais chacun le sait. Il s'agit des obligations de service public, du financement public qui fausse la concurrence, de dispositions légales ou réglementaires adoptées par les pouvoirs publics dans l'intérêt général. Il n'est pas indifférent de savoir que la Commission européenne considère " le pouvoir discrétionnaire des autorités locales " comme un obstacle à la concurrence (document IP/02/1180 du 31 juillet 2002) !
- article 147 : " La loi-cadre européenne établit les mesures pour réaliser la libéralisation d'un service déterminé. "
- article 148 : " Les Etats membres s'efforcent de procéder à la libéralisation des services au-delà de la mesure qui est obligatoire en vertu de la loi-cadre européenne… "

La libéralisation des services, c'est-à-dire l'obligation de les soumettre aux lois de la concurrence, déjà imposée par l'Accord Général sur le Commerce des Services (AGCS), figure, sans contestation possible, au programme du traité constitutionnel que la proposition Bolkestein ne fait qu'anticiper. La proposition Bolkestein est une mise en œuvre aggravée de l'AGCS et une anticipation de ce que va favoriser le traité constitutionnel européen.

Rappelons que la proposition Bolkestein se donne pour objectif de " renforcer la position de négociation " de l'Union européenne dans le cadre de la mise en oeuvre de l'AGCS (P. 16). Or, on sait avec quelle agressivité l'Union européenne tente d'imposer la privatisation des services partout dans le monde. On sait les positions que le socialiste Pascal Lamy a défendues dans ce sens à l'Organisation Mondiale du Commerce (voir www.urfig.org - AGCS), proposant à la table des négociations de l'OMC un texte qui annonce que la mise en œuvre de l'AGCS doit se faire " aucun secteur de service n'étant exclu a priori " tout en écrivant, au même moment, dans le journal " Le Monde " " qu'on ne touchera pas à l'enseignement, à la santé et à la culture " (5 sept. 2003). La duplicité des libéraux de gauche sur l'AGCS conduit tout naturellement à leur duplicité sur le traité constitutionnel européen. Puisqu'ils défendent la même soumission des peuples aux lois du marché.

Rappelons que le chef de file des députés européens socialistes français, M. Bernard Poignant, est un grand défenseur de l'AGCS (il a même publié une brochure à ce propos) et du traité constitutionnel. Rappelons aussi que plusieurs députés européens, membres du PS et partisans de la Constitution européenne, ont émis un vote favorable à une résolution du Parlement européen demandant à la Commission de présenter une proposition de directive libéralisant les services et considérant le principe du pays d'origine comme " essentiel à l'achèvement du marché intérieur des biens et des services " (voir note URFIG " Quelques vérités sur Bolkestein " et " Bolkestein : les preuves " - www.urfig.org). Cette résolution du Parlement est d'ailleurs explicitement citée dans l'exposé des motifs de la proposition de directive (page 7).

Rappelons aussi que la direction du PS, qui justifie son soutien à la Constitution européenne notamment par l'appui de tous les autres partis socialistes et par la nécessité de " ne pas être socialiste tout seul " (il est bien loin le temps où le socialiste Jaurès n'avait pas peur d'affronter la social démocratie …), passe sous silence l'appui, beaucoup plus cohérent, des amis " socialistes " allemands et des amis " socialistes " britanniques à la fois à la Constitution et à la proposition Bolkestein.

Ainsi, le gouvernement allemand dont les politiques néolibérales vont jusqu'à provoquer l'éclatement du principal parti gouvernemental, le SPD, vient de déclarer par la voix de son ministre de l'économie, M.Wolfgang Clement, que l'Allemagne soutient la proposition de directive sur les services et il a ajouté : "La position actuelle du gouvernement est que nous devons garder le principe du pays d'origine et c'est ce qui va se passer " (Source : Centre for a Social Europe (Londres), 23.02.2005).

Et de son côté, le Commissaire européen au Commerce, Peter Mandelson, un travailliste Britannique qui déclarait " " face au besoin urgent de supprimer les rigidités et d'inclure de la flexibilité dans les marchés des capitaux, du travail et des marchandises, nous sommes tous des thatchériens " (The Times,10 juin 2002), vient d'affirmer : " Les adversaires de la directive sur les services veulent protéger des règles protectionnistes nationales qui continuent d'imposer des prix élevés aux consommateurs.(…) La Commission ne devrait pas reculer devant ces pressions illégitimes " (The Guardian, 15 février 2005).

Les précisions qui précèdent, on ne les retrouve pas dans les textes de la direction du PS. On ne les trouvera pas davantage dans la plupart des médias français qui semblent, sur l'Europe, avoir renoncé au pluralisme des opinions et se livrent à de la désinformation systématique. Dernier exemple, à propos de la proposition Bolkestein : " la directive n'est plus d'actualité à Bruxelles " affirme Le Figaro (2 mars). On vient de voir ce qu'il en est.

On nous trompe sur Bolkestein. On nous trompe sur le traité constitutionnel européen. Allons-nous dire " oui " à ceux qui nous trompent ?

Raoul Marc JENNAR / Chercheur ; animateur de l'URFIG / 03.03.2005

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On les appelle " directives Dracula" car elles craignent la lumière

Constitution Européenne : On les appelle " directives Dracula" car elles craignent la lumière, par Jean-Jacques Chavigné.
24 février 2005

Qui lit le projet de constitution y trouve Bolkestein...

LES PROJETS DE DIRECTIVE BOLKESTEIN ET DE CONSTITUTTION EUROPÉENNE N'ONT-ILS VRAIMENT RIEN À VOIR ?

Dès mars 2004, le projet de directive Bolkestein proposée à l'unanimité par la commission européenne (inclus Michel Barnier et Pascal Lamy) avait été approuvé par tous les Chefs d'Etat et de gouvernement. Dès ce moment, tous les antilibéraux ont essayé d'alerter sur les dangers de cette directive, ainsi que sur celle visant à allonger la durée du travail " opt out " : toutes deux, sous prétexte de faciliter la libre circulation des services et la liberté d'établissement, ont pour principale fonction de niveler vers le bas le droit du travail des pays de l'Union européenne et d'enlever aux institutions élues (municipalités, régions, parlements nationaux) la possibilité d'édicter des règles protectrices des usagers et des consommateurs.

Voilà qu'un an après, certains semblent se réveiller et rejeter ces directives : Chirac et Dsk. On en voit se ruer pour signer des appels contre Bolkestein. Bravo ! Mais encore faudrait-il en exiger le " retrait ". Et ne pas seulement se contenter d'une diversion et de quelques aménagements. Comment expliquer que ces deux projets de directives arrivent au même moment que le projet de Constitution, tous approuvés par les mêmes Chefs d'Etat et de gouvernement dans les mêmes réunions ? N'y a t il pas de toute évidence un lien entre Bolkestein et la constitution Giscard ?

Les projets de directive et de Constitution ont été approuvés par le même Conseil des chefs d'Etat et de Gouvernement.

Lors du sommet européen des 25 et 26 mars 2004, les chefs d'Etat et de gouvernement ont confirmé leur volonté de voir la directive Bolkestein aboutir dès 2005 et affirmé : " l'examen du projet de directive sur les services doit être une priorité absolue ".

Le 6 août 2004, ces mêmes Chefs d'Etat et de Gouvernement ont approuvé le projet de Constitution européenne. Le même arbre donnerait-il des fruits différents : des poires en mars et des pommes en août ? Un projet de directive libérale en mars et un projet de Constitution nous protégeant du libéralisme en août ?

Aucune garantie pour les services publics dans le projet de Constitution.

Tout d'abord, le projet de Constitution n'utilise jamais le terme de " services publics ". Le terme " public " est banni du vocabulaire de l'Union européenne. Le projet de Constitution ne veut connaître que les Services d'Intérêt Economique Général (SIEG).

Le respect de l'accès aux SIEG n'apparaît que dans l'article II-36. Mais cet article ne crée aucun droit nouveau : le projet de Constitution se contente d'affirmer que l'Union " reconnaît et respecte l'accès aux services d'intérêt général tels qu'il est prévu dans les législations et pratiques nationales ". Il n'implique en aucun cas la création de services d'intérêt général lorsqu'ils n'existent pas.

Ce n'est qu'à l'article III-122 que les SIEG trouve une base juridique.
Mais le contenu de cet article se contente de reprendre, sans changement significatif, ce qui était déjà inclus dans l'article 16 du Traité instituant la Communauté Européenne (TCE) : " ... l'Union et les Etats membres... veillent à ce que ces services fonctionnent sur la base de principes et dans des conditions, notamment économiques et financières, qui leur permettent d'accomplir leurs missions ". Rien de nouveau, donc, sous le soleil et aucune raison de se féliciter puisque cet article n'a pas apporté la moindre protection à la libéralisation des services publics des Etats membres de l'Union : transport ferroviaire, transport aérien, services postaux, télécommunications, énergie...

Et, comme dans le Traité instituant la Communauté Européenne (TCE), cet article soumet les SIEG à deux autres articles qui en fixent aussitôt les limites étroites. Dans le projet de Constitution, il s'agit des articles III-166 et III-167 qui reprennent intégralement les articles 86 et 87 du TCE. Ces deux articles interdisent aux SIEG de bénéficier d'aides publiques qui " faussent ou qui menacent de fausser la concurrence " et les soumettent aux règles de la concurrence. C'est ces deux articles qui ont servi de point d'appui à l'offensive continue contre les services publics des Etats-membres depuis plus de dix ans. Le projet de Constitution par son absence de définition des " services publics " et par la soumission à la concurrence qu'il impose aux SIEG ne présente, contrairement à ce qu'affirment les partisans du projet de Constitution, aucune garantie contre l'un des aspects les plus négatifs de la directive Bolkestein : son attaque en règle contre les services publics.

Pire, l'article III-48 encourage la libéralisation des services : " Les Etats membres s'efforcent de procéder à la libéralisation des services au-delà de la mesure qui est obligatoire... " !

Les articles 1-3 et 1-4 du projet de Constitution : première base juridique du projet de directive

Par contre, la directive Bolkestein trouve une sérieuse base juridique dans deux articles du projet de Constitution.

L'article 1-3 alinéa 2 affirme, tout d'abord que l'Union se fixe pour objectif " un marché intérieur où la concurrence est libre et non faussée ".

L'article 1-4 considère comme " libertés fondamentales " : " La libre circulation des personnes, des services, des marchandises et des capitaux, ainsi que la liberté d'établissement...garanties par l'Union... "

C'est, en effet, au nom de cet objectif, de la libre circulation des services et de la liberté d'établissement que la directive Bolkestein va tenter de lever tous les obstacles qui entravent ces " libertés " : les services publics, les monopoles de Sécurité sociale, les droits du travail nationaux, la protection des usagers et des consommateurs.

Le Titre III de la IIème partie du projet de Constitution : deuxième base juridique du projet de directive

L'article III-137 stipule : " les restrictions à la liberté d'établissement des ressortissants d'un Etat-membre sur le territoire d'un autre Etat membre sont interdites. "

Le projet de directive Bolkestein tire toutes les conséquences de cet article. Pour faciliter la circulation des services, il veut interdire tout obstacle administratif à l'établissement des prestataires de services. Un prestataire de services serait soumis uniquement à la loi de son pays d'origine et ne devrait donc plus se conformer à des règlements et des exigences administratives nationaux divergentes.

On ne pourrait, ainsi, exiger d'une société prestataire de services qu'elle ait un siège social dans le pays où elle exerce, ni même une adresse ou un représentant, ni de se soumettre aux règles applicables au même service dans le pays (être inscrit dans un ordre, posséder un accès à la profession...)

L'article III-144 précise " les restrictions à la libre prestation des services à l'intérieur de l'Union sont interdites à l'égard des ressortissants des Etats membres établis dans un Etat membre autre que celui du destinataire de la prestation ".

Impossible donc, comme le prévoit la directive Bolkestein, d'imposer aux officines pharmaceutiques venant d'un autre pays de l'Union des normes d'implantation en fonction de la population ou d'une distance géographique minimum entre prestataires, comme c'est aujourd'hui la règle en France.

Impossible, aussi, d'imposer (en dehors de normes incontrôlables en matière de salaires minimum et de durée du travail) à des entreprises de construction polonaises ou baltes, le respect des conventions collectives ou tout simplement du droit du travail du pays destinataires. Impossible, également, d'imposer à une entreprise de construction slovaque ou lettone le respect des règles de sécurité pour les échafaudages ou les chantiers de désamiantage...

Pour couronner le tout, le prestataire de soins s'installant dans un pays tiers ne sera plus obligé de respecter le système de Sécurité sociale du pays hôte. Pour la directive Bolkestein, en effet, le respect des systèmes nationaux de Sécurité sociale serait contradictoire avec la libre circulation des services dans l'Union... Cette directive complèterait parfaitement la réforme Douste-Blazy pour remettre en cause toute politique de santé publique en France.

L'article III-145 donne une définition très large des " services " : " Aux fins de la Constitution, sont considérés comme services, les prestations fournies normalement contre rémunération ". Combinée à l'absence de définition des services publics et aux restrictions apportées aux SIEG au nom de la concurrence " libre et non faussée " dans le projet de Constitution, cette définition extrêmement large des services offre un solide point d'appui à l'entreprise de démolition des services publics orchestrée par la directive Bolkestein.

Car, en pratique, à part la police, la justice (pas les frais d' avocats...) ou l'armée, aucun service public n'est gratuit : on paie l'inscription en fac, une partie de l'enseignement est privé et l'enseignement est donc payant, une partie des frais hospitaliers sont à la charge du patient... donc être, selon le projet de Constitution et la directive Bolkestein, considéré comme des " services " et mis en concurrence avec des " services " fournis par des sociétés privées d'un autre Etat de l'Union...

Un projet de directive conforme à la volonté du projet de Constitution d'interdire l'harmonisation des dispositions législatives des Etats-membres.

C'est notamment le cas de l'article III- 210 qui interdit tout harmonisation entre les droits du travail des Etats-membres de l'Union.

Il est regrettable que les partisans du projet de Constitution ne se soient pas aperçus que cet article était en parfaite contradiction avec " la démarche communautaire " (la fameuse méthode Delors) dont ils se réclament " qui vise à rapprocher et à harmoniser les dispositions des Etats membres ".

D'autant que l'article III-209 précise sans la moindre ambiguïté que c'est le " fonctionnement du marché qui favorisera l'harmonisation des systèmes sociaux ". C'est très exactement l'objectif de la directive Bolkestin : favoriser l'harmonisation par le bas des systèmes sociaux en les mettant en concurrence directe les uns avec les autres.

En fait, ce projet de directive arrive au moment opportun pour les libéraux : au moment où entrent dans l'Union dix pays d'Europe centrale et orientale dont les droits du travail et de protection des consommateurs sont nettement inférieurs à ceux de l'Europe des quinze. C'est donc tout à fait sciemment que la directive Bolkestein prend appui sur l'article III-210 pour organiser le dumping social entre les dix et les quinze.

Le "principe du pays d'origine"

Avant, pour délocaliser, ils déplaçaient les machines, maintenant ils déportent les humains à bas prix


ON LES APPELLE " DIRECTIVES DRACULA " CAR ELLES CRAIGNENT LA LUMIÉRE

Poisson-pilote de son gouvernement, l'entrepreneur letton Laval anticipe l'adoption de la directive Bolkestein.

Cet entrepreneur avait commencé la construction d'une école en Suède et refusé de signer les accords collectifs suédois au prétexte qu'il était déjà signataire des accords en vigueur en Lettonie qui est un pays membre de l'UE.

Dagnija Stukena, porte-parole du ministère letton des Affaires étrangères condamne sans appel le boycott des syndicats suédois en s'appuyant sur le projet de Constitution : " L'action des syndicats suédois est en contradiction avec l'essence même de l'UE et la possibilité pour tous les citoyens de travailler librement dans l'UE " (Libération du 1er février 2005).

L'effet Dracula
Le vampire Dracula, prince des ténèbres, ne supportaient pas la lumière du jour qui le transformait en poussière. A la fin des années 1990, cet " effet Dracula " avait frappé le projet d'Accord Multilatéral sur les Investissements. Lorsque ce projet a été mis en pleine lumière par ceux que l'on n'appelait pas encore les altermondialistes, ses promoteurs avaient alors, prudemment, fait marche arrière. Mais ils n'ont pas renoncé, leur repli n'était que tactique : ils essaient, aujourd'hui, de refaire passer ce plat épicé dans le cadre de l'Organisation Mondiale du Commerce.

Il semblerait que le même phénomène commence à se produire avec la directive Bolkestein. Les mobilisations organisées par ATTAC et des syndicats avec la participation du Parti Socialiste en Belgique, la montée au créneau (même tardive) des dirigeants socialistes français, après celle d'ATTAC, du PCF et des syndicats ont contribué à mettre en lumière le contenu du projet de directive et semé la panique parmi ses promoteurs.
Le Parlement européen qui avait donné un avis favorable au projet de directive en février 2003 change son fusil d'épaule. Chirac qui l'avait approuvé, comme tous les chefs d'Etat, en mars 2004 fait mine de découvrir les menaces de dumping social que recèle ce projet de Directive.
Le président de la Commission européenne, Jean-Manuel Barroso finit par tirer de tout cela la conclusion que cette directive doit être " remise à plat ".

Ne pas baisser la garde
Le repli de Barroso et de Chirac est un succès mais ce n'est qu'un succès temporaire : leur repli n'est qu'un repli tactique dans l'attente de jours meilleurs. Le président de la Commission européenne a d'ailleurs aussitôt réaffirmé la nécessité de ne " pas perdre de vue (les) principaux objectifs " de cette directive. Il a aussitôt réaffirmé la pertinence du " principe du pays d'origine " qui est le principe fondamental du projet de directive puisqu'il permet aux prestataires de services de ne pas dépendre de la législation du pays destinataire mais de leur pays d'origine. " La Commission n'a aucune intention de retirer la directive sur la libéralisation des Services, dite "Bolkestein", mais est prête à travailler avec le Parlement européen et les Etats membres "pour trouver des solutions à des problèmes difficiles", a indiqué dès le 3 février la porte-parole de la Commission, Françoise Le Bail.

On peut donc compter sur Barroso pour ne pas perdre de vue les " principaux objectifs " des libéraux : pour eux, la libéralisation du marché des services (70 % du PIB de l'Union) est une priorité, maintes fois réaffirmée.

Ce qui aujourd'hui les fait surtout reculer, c'est le referendum français sur le projet de Constitution européenne. Ils comprennent que le mécontentement social pourrait très bien s'emparer du referendum chiraquien et, sans se tromper le moins du monde de colère, bien au contraire, dire non à la fois au libéralisme en France et en Europe.

La mise en lumière de la directive Bolkestein et la mobilisation pour le retrait (et non pour la " remise à plat " !) de cette directive scélérate est donc plus que jamais nécessaire Mais, la directive Bolkestein n'est que la mise en application au domaine des services du projet de Constitution européenne : le moyen le plus sûr d'empêcher cette directive de voir le jour passe donc d'abord par le rejet de ce projet de Constitution lors du referendum.

Jean-Jacques Chavigné

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Schroeder se rallie à la directive Bolkestein et au principe du "pays d'origine"


Non seulement Schroeder vient d'apporter son soutien à la directive Bolkestein de manière générale, mais il vient également de donner son accord à l'aspect le plus controverse de cette directive, le principe du "pays d'origine" (Cf. communiqué, ci-dessous).

Pendant combien de temps encore Hollande va-t-il continuer a nous parler du soi-disant " combat des partis sociaux-démocrates européens contre Bolkestein " ?

Avec Blair soutenant bien évidemment cette directive et le ralliement de Shroeder, la ligne de défense hollandaise d'une social-démocratie européenne luttant pour une Europe sociale vole en éclats.

Il n'est pas inutile de rappeler la stratégie en deux temps de Hollande :

1) approuver la constitution ;

2) une social-démocratie unie sera en mesure de mener un combat pour orienter l'Europe a gauche et nous garder des politiques néolibérales contenues dans la partie III de la Constitution (c'est à dire les 2/3 du texte).

Or, cet épisode Bolkestein vient de montrer une fois de plus que :

1) il n'y a aucune unité social-démocrate en Europe pour une Europe " sociale " (cela n'est pas nouveau, nous avons eu le loisir de le constater a de multiples reprises depuis 1997) ;

2) pour ce qui est de construire d'une hypothétique Europe " sociale ", le PS français se retrouvera a coup sur en opposition vis-à-vis du New Labour britannique et très probablement du SPD ;

3) il est bel et bien illusoire de prétendre réaliser une Europe " sociale " dans ces conditions, surtout quand on doit en plus composer avec une Commission ultra-libérale, un parlement domine par la droite et des Etats-membres largement majoritaires a droite.

Conclusion :

- Bolkestein n'a aucunement du "plomb dans l'aile" a la suite du "combat des socialistes en Europe" (car ledit combat n'existe pas !). Cette directive va être ressortie en l'état des tiroirs de la Commission juste après le referendum français et adoptée sans aucun changement majeur. Cette information est totalement publique pour qui veut bien tendre un peu l'oreille (le ralliement de Schroeder ne fait d'ailleurs que confirmer l'adoption a venir de Bolkestein) ;

- La stratégie qui consiste a voter une constitution qui autorise/facilite/promeut d'autres Bolkestein, alors qu'une fois adoptée, ni le PS, ni la France n'auront les moyens d'enrayer de nouvelles dérives néolibérales (pour les raisons, Cf. supra), est donc une stratégie qui est vouée à l'échec et qui est porteuse de désastres politiques a venir pour l'Europe, notre pays et notre parti.

Philippe Marliere (D&S)
Londres, 23.02.2005

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A ceux qui veulent comprendre " l'opt out "

Comment passer de 48 à 65 h maxima hebdomadaire

La commission européenne a ouvert le débat le 30 décembre 2003, dans l'indifférence générale (sauf de D&S). Elle l'a clos le 30 mars 2004. Il s'agissait d'étudier l'élargissement possible de ce qui s'appelle " l'opt out ", une clause que s'étaient réservés les Britanniques dans la directive 93-104 qui fixait la durée maxima du travail à 48 h pour toute l'Europe des 15. Cette clause était contenue dans l'article 18 : elle permettait à un salarié de " renoncer à son droit de ne pas travailler plus de 48 h " à trois conditions :

- la première, c'est qu'il le fasse de son plein gré, librement. (Ce sont les " heures choisies " de Raffarin). C'est évidemment absurde puisque le salarié est " subordonné " et que cela lui est imposé... sinon, il n'a pas de contrat...

- la seconde, c'est qu'il soit placé sous surveillance d'un médecin du travail. (Quel aveu, travailler plus de 48 h nuit à la santé). C'est aussi vain : il n'y a pas assez de médecins du travail et les visites ont été espacées.

- la troisième, c'est que les heures au-dessus de 48 h soient comptabilisées. Absurde : elles ne le sont déjà pas en dessous, il n'y a pas assez de moyens de contrôle ni de sanctions.

Mais, malgré le caractère très improbable de ces " conditions ", la commission européenne feignait d'étudier la possibilité de dépasser les 48 h. Son problème était que les 10 nouveaux pays entrant le 1er mai 2004 n'avaient pas cette durée maximum du travail. Elle y voyait donc l'occasion de déréglementer ce qui l'avait été en 1993. La commission préféra laisser passer les élections du 19 juin 2004 et ne présenta un projet de directive que le 22 septembre 2004. Cette fois, elle allait loin : il s'agissait de réviser la directive 93-104 toute entière, en fixant une durée maxima à 65 h voire à 72 h.

Pour cela la commission se mit à étudier le problème posé par l'arrêt Jaeger (9 sept 04) et les médecins allemands. Ceux-ci faisaient parfois des permanences à l'hôpital qui pouvaient atteindre 72 h en alternant, heures de travail "normales", heures "d'astreinte" et heures "de garde" : ils demandaient à être payés totalement et l'avaient obtenu.

La commission propose donc de dissocier chaque catégorie d'heures, de ne pas faire entrer les heures d'astreinte dans la durée maxima qui passerait ainsi à 65 h et de déduire les heures de garde qui ne compteraient pas dans la limite de 72 h.

On retrouve la loi Borloo qui a déduit du temps de travail, le temps de trajet qu'effectue, par exemple, un ouvrier du bâtiment lorsqu'il passe prendre la camionnette et les outils au siége de l'entreprise puis se rend sur le chantier. Ou encore le temps de trajet d'un prof parisien qu'on envoie faire un cours... à Lille ! En étendant "l'opt out" et en redéfinissant la durée du travail effectif, aussi bien la commission européenne que le gouvernement Raffarin agissent de concert.
Détruire ainsi la seule durée harmonisée maxima de 48 hebdomadaires de travail entre tous les pays de l'union, entre parfaitement en cohérence avec le projet de constitution qui " exclut toute harmonisation fiscale et sociale "

Sont hypocrites tous ceux qui ont refusé de faire la lumière et de mener campagne contre l'extension de l'opt out, depuis un an que cette question est sur la table ! Sont également hypocrites tous ceux qui feignent de la découvrir et prétendent que cela n'a aucun rapport avec la constitution. Gérard Filoche.


Article 18 de la directive 93-104 " opt out "

Dispositions finales


1. a) Les États membres mettent en vigueur les dispositions législatives, réglementaires et administratives nécessaires pour se conformer à la présente directive au plus tard le 23 novembre 1996 ou s'assurent, au plus tard à cette date, que les partenaires sociaux mettent en place les dispositions nécessaires par voie d'accord, les États membres devant prendre toute mesure nécessaire pour pouvoir à tout moment garantir les résultats imposés par la présente directive. (Durée maxima hebdo de 48 h)

b) i) Toutefois, un État membre a la faculté de ne pas appliquer l'article 6 tout en respectant les principes généraux de la protection de la sécurité et de la santé des travailleurs et à condition qu'il assure, par les mesures nécessaires prises à cet effet, que :

- aucun employeur ne demande à un travailleur de travailler plus de quarante-huit heures au cours d'une période de sept jours, calculée comme moyenne de la période de référence visée à l'article 16 point 2, à moins qu'il ait obtenu l'accord du travailleur pour effectuer un tel travail,

- aucun travailleur ne puisse subir aucun préjudice du fait qu'il n'est pas disposé à donner son accord pour effectuer un tel travail,

- l'employeur tienne des registres mis à jour de tous les travailleurs qui effectuent un tel travail,

- les registres soient mis à la disposition des autorités compétentes qui peuvent interdire ou restreindre, pour des raisons de sécurité et/ou de santé des travailleurs, la possibilité de dépasser la durée maximale hebdomadaire de travail,

- l'employeur, sur demande des autorités compétentes, donne à celles-ci des informations sur les accords donnés par les travailleurs pour effectuer un travail dépassant quarante-huit heures au cours d'une période de sept jours, calculées comme moyenne de la période de référence visée à l'article 16 point 2.
Avant l'expiration d'une période de sept ans à compter de la date visée au point a), le Conseil, sur la base d'une proposition de la Commission, accompagnée d'un rapport d'évaluation, réexamine les dispositions du présent point i) et décide des suites à y donner. "


Source : Démocratie & Socialisme, extrait du N° 122 Février 2005
www.democratie-socialisme.org

http://www.legrandsoir.info/article.php3?id_article=2095

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Constitution UE : la directive Bolkestein invoquée par les adeptes du non au PS

Lu dans l'Investigateur
Jan 21, 2005

La minorité de gauche Nouveau Monde du PS entend continuer sa campagne pour le non à la Constitution européenne en dénonçant la directive européenne Bolkestein sur les services, accusée d'illustrer "la dérive libérale de l'Europe". Alors que le Parti socialiste défendra officiellement le oui au référendum national prévu avant l'été, Henri Emmanuelli et Jean-Luc Mélenchon, co-animateurs de Nouveau Monde, ont à nouveau manifesté leur volonté d'appeler les Français à rejeter le texte européen. La Constitution avait recueilli un large oui de près de 59% des militants socialistes, le 1er décembre dernier, lors d'un référendum interne que les minorités avaient été les premières à réclamer.

Pour justifier leur démarche contre la direction de leur parti, ils s'appuient sur la directive Bolkestein, accusée de "signer la déconstruction européenne" et "d'entraîner un dumping social insupportable" La directive Bolkestein, du nom de l'ancien commissaire européen à la Concurrence, a pour objectif "d'établir un cadre juridique qui supprime les obstacles à la liberté d'établissement des prestataires de services et à la libre circulation des services entre les Etats membres".

Pour Jean-Luc Mélenchon, sénateur de l'Essonne, "la question de la directive Bolkestein est liée à celle de la Constitution". Sa "base juridique figure dans le titre III de la Constitution", a insisté Henri Emmanuelli. "Avec ce texte, on renonce à construire l'Europe", a-t-il ajouté tout en se proclamant européen et fédéraliste.

Après les résultats du référendum interne, le Premier secrétaire François Hollande avait affirmé que "le choix du oui s'imposait à tous", tout en estimant "légitimes la réserve et la discrétion" des partisans du non. Jean-Luc Mélenchon avait alors été le seul à marquer sa différence: "comment pourrais-je me taire, le silence est impossible quand on croit à la justesse d'une cause", avait-il dit.

Il est désormais rejoint par le député des Landes, Henri Emmanuelli, avec qui il a créé Nouveau Monde avant le congrès de Dijon (2003), partageant la même tribune pour la première fois depuis de nombreuses semaines. Etaient également présents les députés Marc Dolez (Nord) et Germinal Peiro (Dordogne), et la député européenne Béatrice Patrie.

Au Nouveau parti socialiste (NPS), autre minorité opposée elle aussi au traité constitutionnel européen, on se refuse à lier constitution et directive. "Ces deux textes sont d'inspiration libérale", a déclaré son porte-parole Benoît Hamon, député européen, mais "la directive peut de toute façon être appliquée avec ou sans constitution".

Pour Laurent Fabius, ardent défenseur du non, "si on approuve cette directive, on favorise massivement le dumping social, on réduit la sécurité des consommateurs et on risque de casser ce qui reste de nos services publics", déclare-t-il dans une interview au Nouvel Observateur. Le NPS et les fabiusiens appellent à une "mobilisation massive" nécessaire pour combattre ce texte "contestable dans tous ses aspects".

 

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La directive Bolkestein ou le malaise européen

LE MONDE | 10.03.05 | 14h52

Le rejet de la directive Bolkestein sur la libéralisation des services masque-t-il un rejet de l'élargissement de l'Union européenne, intervenu le 1er mai 2004 ? Cette proposition de loi européenne, adoptée dans l'indifférence par la Commission en janvier 2004, à l'initiative de l'ancien commissaire néerlandais Frits Bolkestein, prévoit de libéraliser les services à l'intérieur de l'Union européenne.

L'objectif proclamé de la Commission à l'époque était de "réduire la paperasserie qui étouffe la compétitivité". Un an plus tard, en France, mais aussi en Belgique, en Allemagne et en Suède, classe politique, syndicats et citoyens se mobilisent. Tous s'inquiètent du possible afflux d'artisans et d'ouvriers venus d'Europe de l'Est proposer leurs services à l'Ouest à des prix défiant toute concurrence, entraînant salaires et normes de protection sociale dans une spirale baissière. Chacun cite l'exemple de l'entreprise lettone qui, après avoir remporté un appel d'offres en Suède pour construire une école, avait commencé par faire travailler ses ouvriers lettons à des salaires lettons, avant de devoir plier bagage après le blocus organisé par les syndicats suédois.

Qu'en est-il entre fantasmes et réalité ? La proposition de M. Bolkestein, utilisée comme repoussoir par les opposants à la Constitution alors qu'elle n'a aucun rapport avec elle, vise simplement à achever un objectif remontant au traité de Rome de 1957 et relancé en 1986 par l'Acte unique de Jacques Delors : réaliser en Europe un grand marché unique, fondé sur la liberté de circulation des capitaux, des marchandises, des travailleurs et des services.

Les deux premières libertés vont largement de pair et concernent les entreprises : pour pouvoir exporter librement, il faut aussi être en mesure d'investir dans le lieu de son choix. Les industriels ont obtenu gain de cause, en temps voulu, fin 1992, sans trop de heurts, grâce à un triple phénomène.

D'abord, l'arrêt Cassis de Dijon de 1978, prononcé par la Cour de justice européenne de Luxembourg, a mis fin au protectionnisme déguisé des Etats en décidant que, si un produit pouvait être vendu dans un Etat membre, il pouvait l'être aussi dans les autres pays de l'Union. C'en était fini des "normes prétextes" destinées à bloquer les importations. Ensuite, Jacques Delors a eu la sagesse d'accompagner la mise en œuvre de cette jurisprudence en faisant adopter des centaines de directives, qui ont harmonisé, par le haut, les normes nationales de production industrielle en Europe. Enfin, la marche vers l'euro a rendu vain et inutile tout contrôle des mouvements de capitaux.

Il en est allé tout autrement des deux autres libertés, celle sur les services et les travailleurs, qui vont elles aussi souvent de pair : pour vendre ses services à l'étranger, il faut pouvoir y travailler. La liberté de circulation des travailleurs est largement restée lettre morte, en raison de la faible mobilité des Européens, qui s'explique par des obstacles culturels et linguistiques.

Quant aux services, qui représentent les deux tiers de l'économie européenne, ils ont été longtemps épargnés par la concurrence. Soit parce qu'ils sont locaux : le salon de coiffure de Paris n'est pas en concurrence, et ne le sera jamais, avec celui de Dublin, pas plus qu'il ne l'est avec celui de Dijon. Soit parce qu'ils sont protégés par toute une série de réglementations nationales, souvent le fruit de préférences collectives concernant la santé, les services publics, l'éducation, etc.

Dans les années 1990, les Européens ont donc fait "comme si" ces deux dernières libertés existaient, mais ce n'était vrai que sur le papier. La liberté de circulation des travailleurs a été accordée alors que la pression migratoire en provenance d'Italie, d'Espagne et du Portugal s'était tarie, tandis que les services sont resté largement protégés.

L'élargissement de l'Union européenne aux pays d'Europe centrale a radicalement changé la donne. Depuis le 1er mai 2004, l'Europe dispose d'une main-d'œuvre plus qualifiée et plus pauvre que ne l'était celle des pays méditerranéens lors de leur adhésion à l'Union. Craignant un afflux de main-d'œuvre, les chanceliers allemand et autrichien, MM. Schröder et Schüssel, ont demandé et obtenu dès l'an 2000 qu'un délai maximal de sept ans soit imposé avant d'accorder aux travailleurs de ces pays la liberté de circulation. Pour la Turquie, il est même envisagé d'avoir recours en ce domaine à des clauses de sauvegarde permanentes. Sans grand débat, l'Europe fait progressivement le deuil de la liberté de circulation des travailleurs.

Ces sauvegardes n'ont pas suffi à protéger les Européens de l'Ouest, qui avaient oublié un peu vite la liberté de prestation de services. Pour accélérer la création du marché unique des services, indispensable à la relance d'une croissance européenne anémique, le commissaire Bolkestein a proposé d'appliquer aux services la jurisprudence Cassis de Dijon : si un service peut être proposé par un Polonais à Varsovie, il peut l'être aussi dans les autres pays de l'Union. La réglementation régissant ce service sera celle du pays d'origine du travailleur, en l'occurrence la Pologne.

A une exception notable : les salaires et le temps de travail. Contrairement à ce qui est avancé par ses détracteurs, M. Bolkestein s'est bien gardé de s'aventurer dans ces domaines. Ces deux sujets restent régis par une directive de 1996 sur les travailleurs détachés, mais l'amalgame fait dans le débat public révèle tout simplement que ce qui était acceptable dans une Europe homogène est devenu intolérable dans une large Union aux disparités grandissantes. Car, sur le papier, la directive de 1996 comporte en théorie tous les garde-fous suffisants : elle accorde aux salariés le droit de travailler dans un pays tiers pour une durée limitée, à condition de respecter salaire minimum et conventions collectives du pays d'accueil.

DIVERGENCES CROISSANTES

Toutefois, elle comporte des failles. Il est techniquement très difficile de faire des contrôles sur des salariés envoyés pour une courte période à l'étranger. Jusqu'à présent, nul n'avait vraiment éprouvé le besoin de le faire, les conditions de travail dans l'Europe des Quinze étant proches. Ensuite, il existe un flou sur le caractère obligatoire du respect des conventions collectives. Ce débat, qui oppose la Suède et la Lettonie, sera sans doute tranché par la Cour de justice de Luxembourg, mais il n'a rien à voir avec la directive Bolkestein. Troisièmement, la directive de 1996 ne concerne pas les travailleurs indépendants, qui peuvent facturer leurs services au tarif de leur choix. Enfin, la loi et les conventions collectives fixent uniquement des normes minimales : un informaticien tchèque peut être intéressé à offrir ses services à l'équivalent du SMIC, trois fois moins que ses concurrents occidentaux.

Sur ce point, le texte de M. Bolkestein ne change pas grand-chose, mais montre que les Européens sont désemparés face à l'hétérogénéité nouvelle de l'Union. Ce texte est aussi révélateur d'un renoncement de la Commission à harmoniser les réglementations en Europe, contrairement à ce qu'avait fait Jacques Delors.

A sa décharge, la Commission ne fait que prendre acte des divergences croissantes que connaît l'Europe élargie et de la faible volonté des Etats d'harmoniser leurs législations. Les Français ricanent en secret contre les Suédois, qui sont les premiers touchés par la concurrence de leurs voisins baltes, mais après avoir refusé pendant des années de parler en Europe d'harmonisation sociale, sous prétexte que ce sujet était de compétence nationale.

Faute de sursaut, c'est tout le marché unique qui pourrait être attaqué. Quand la commissaire polonaise Danuta Hübner explique qu'il faut favoriser les délocalisations intra-européennes, en direction de l'Europe de l'Est, elle suscite à l'Ouest un tollé, qui revient à mettre en cause la liberté de circulation des capitaux et des marchandises. On ne peut pas à la fois interdire aux Européens de l'Est d'attirer des capitaux et des investissements, d'émigrer à l'Ouest et d'y vendre leurs services.

La seule manière de préserver la cohérence du grand marché est de favoriser un rattrapage rapide des économies d'Europe de l'Est. Las, les pays les plus riches, en particulier la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni, ne veulent pas payer pour l'élargissement et entendent limiter le budget communautaire à 1 % du produit intérieur brut européen (PIB), dont moins de la moitié serait consacré à la solidarité envers les régions les plus pauvres d'Europe. Depuis des années, les Français s'inquiètent de ce que l'Europe risque de se réduire à un grand marché. En réalité, c'est l'existence même de ce grand marché qui est menacée.

Arnaud Leparmentier
o ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 11.03.05

Lisible sur http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-401042,0.html

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La directive Bolkestein contre les services publics et le droit du travail
In POLITIS
Thierry Brun

Le mécontentement des salariés du public, fortement mobilisés pour la défense du pouvoir d'achat et la sauvegarde des services publics, est notamment la conséquence de la transposition en France de directives européennes.

La crise sociale dans la Fonction publique serait-elle sans rapport avec l'Europe ? Certes, à La Poste, à la SNCF, et pour tous les fonctionnaires, la défense du pouvoir d'achat est apparue comme la principale revendication du mouvement massivement suivi de la semaine dernière. Mais, en dénonçant les réductions d'effectifs et les risques de détérioration des missions de service public, les syndicats n'ont-ils pas, implicitement au moins, fait le lien avec la question européenne ? Évidemment, sur le terrain politique, les partisans du " oui " à la Constitution se sont bien gardés d'associer ces régressions sociales à la transposition de directives européennes et au cadrage budgétaire maastrichtien du gouvernement Raffarin. Il n'y avait guère que le PCF, l'extrême gauche et le MRC de Jean-Pierre Chevènement pour mettre en relation les deux débats. Le dernier nommé s'est même distingué en souhaitant " que les grandes centrales syndicales appellent à voter "non" au référendum " sur la Constitution européenne. On comptait aussi le soutien au mouvement social des altermondialistes d'Attac. Ceux-ci ont noté " un puissant rejet des politiques néolibérales, inégalitaires et injustes du gouvernement Raffarin ", en soulignant que " ces agressions contre les droits des salariés et les services publics sont faites au nom de l'Europe ".

Sur ce terrain-là, le silence a été éloquent. À propos de la SNCF, le bureau national du parti socialiste ne pouvait faire moins que de critiquer le " recul constant du service public ferroviaire ", le " désengagement de l'État des contrats de plan ", la " filialisation de nombreux services " de la SNCF. S'agissant du mouvement dans la Fonction publique, les socialistes ont certes souligné " la perte de pouvoir d'achat des fonctionnaires depuis l'arrivée de la droite aux responsabilités ", mais sans aller plus loin. De leur côté, la droite parlementaire et le gouvernement ont singulièrement bridé leur analyse, évitant soigneusement d'aborder la question européenne, alors qu'une manifestation public-privé est prévue le 5 février pour la défense des 35 heures, les salaires, le droit du travail, la défense des statuts et l'amélioration du service public. Et qu'une autre se profile le 19 mars à Bruxelles, avec les mêmes revendications.

La fermeté du gouvernement Raffarin et de la droite n'est pas sans lien avec l'application des politiques libérales de l'Union européenne. Sans attendre, le gouvernement a écourté les débats à l'Assemblée nationale pour faire adopter, le 21 janvier, la loi de régulation des activités postales, à l'origine de la mobilisation des postiers. Cette loi est la traduction directe de deux directives européennes et elle entérine une nouvelle étape dans le processus de libéralisation des activités postales. Au nom de l'ouverture à la concurrence prônée par Bruxelles, la nouvelle loi met fin à l'égalité de traitement des usagers au sein de La Poste. Au terme d'un débat tumultueux avec le ministre de l'Industrie, Patrick Devedjian, les députés de la majorité ont ainsi renoncé à imposer aux nouveaux opérateurs postaux une couverture minimale des zones rurales. La loi met également fin au " service bancaire de base " de La Poste, avec la création d'une banque postale de droit commun qui ouvre la voie à des alliances public-privé pour la nouvelle banque.

La fermeté fut de mise avec les cheminots. En pleine mobilisation du secteur public, Medef, droite et gouvernement sont intervenus à tour de rôle sur le registre de la culpabilisation. " Où est le service minimum promis par le chef de l'État ? ", s'est demandé le président sortant du Medef, Ernest-Antoine Seillière, qui rêve de voir disparaître le droit de grève dans le secteur public des transports. Le nouveau président de l'UMP, Nicolas Sarkozy, n'a pas manqué de rappeler que la promesse du candidat Chirac en 2002 " devait être tenue avant la fin de cette législature " en 2007, via " une loi ". Le gouvernement a paru soucieux de ne pas crisper les partenaires sociaux, pendant que l'essentiel de ce qui suscitait la colère des cheminots était adopté au conseil d'administration de la SNCF, le 19 janvier. Validé, le budget 2005 de l'entreprise publique prévoit à la fois des bénéfices, de nouvelles réductions d'effectifs et une " réforme de la SNCF nécessaire pour résister à la concurrence dans le fret ", a défendu le patron du Medef. La droite et le PS ont évité, là encore, d'évoquer la transposition d'une directive européenne concernant le transport ferroviaire, pourtant à l'origine des choix budgétaires de la SNCF. L'ouverture à la concurrence du rail a été adoptée en 1997 sous un gouvernement de droite et mise en application par le gouvernement Jospin.

Le pouvoir d'achat des fonctionnaires ne figure pas dans les priorités budgétaires du gouvernement Raffarin. Le Premier ministre a concédé à plusieurs reprises " mesurer l'inquiétude qui s'exprime chez les fonctionnaires " pour ajouter aussitôt que l'État-employeur était " allé au maximum " de ce qu'il pouvait faire en matière salariale. Les fonctionnaires ont par la suite eu droit à " une vaste campagne de dénigrement ", de la part du ministre de la Fonction publique, a pointé l'Unsa. Renaud Dutreil a en effet joué sur tous les registres, notamment celui du chantage sur les journées de grève non payées, pour enfin déclarer n'avoir " pas d'argent caché sous le tapis, à remettre sur la table ".

Lire la suite et notre article dans Politis n° 836 sur la contestation de la directive Bolkestein au sein du parti socialiste.

(1) Annexe jointe à la loi de finance pour 2005.

Lisible sur http://www.politis.fr/article1220.html

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Directive Bolkestein... suite
dimanche 13 février 2005

Alors que la France manifestait tardivement, le 2 février dernier, une opposition relativement unanime au projet de directive services (dite " Bolkestein ", du nom de son initiateur, l'ancien commissaire au marché intérieur), le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a ouvert, prudemment, devant la conférence des présidents du Parlement européen, la perspective d'un réexamen de ce texte. M. Barroso a insisté sur l'importance de trouver le bon équilibre entre la nécessité de réaliser le marché intérieur des services et celle de préserver des services d'intérêt général forts, " essentiels pour une économie moderne et dynamique ". " Ma commission, a-t-il déclaré, est prête à travailler de façon constructive avec vous, le Conseil et les autres acteurs pour trouver la bonne approche ". Le premier point contesté du projet porte sur l'introduction d'un " principe du pays d'origine " (le droit applicable à la réalisation d'un service est celui du pays d'origine du prestataire de service). Certains y voient le risque d'un " dumping fiscal, social ou réglementaire " évoqué par le Président de la République lors du conseil des ministres du 2 février.

Le deuxième sujet de contestation concerne le champ d'application de la directive, qui inclut tous les services à l'exception de ceux qui ont fait l'objet d'une réglementation spécifique (transports, télécommunications, services financiers). Elle pourrait donc concerner une partie des services publics, compte tenu de la définition très large adoptée : " toute activité économique non salariée visée à l'article 50 du traité consistant à fournir une prestation qui fait l'objet d'une contrepartie économique " [art. 4, 1)]. Or, nombre de services publics sont payants (santé, logement, culture ...). Rien ne garantit donc l'exclusion implicite de ces services d'intérêt économique général. Interrogé lors des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, ce même 2 février, le Premier ministre a assuré que le gouvernement utiliserait " tous les moyens " pour s'opposer à cette directive " inacceptable ".

Lisible sur http://www.droitpublic.net/article.php3?id_article=341

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Directive Bolkestein : une machine de guerre contre les peuples d'Europe.
24 novembre 2004

Par Pierre Khalfa (Union syndicale G10 Solidaires), membre du Conseil scientifique d'Attac.

Alors que le débat sur le projet de traité constitutionnel bat son plein, la proposition de directive relative aux services dans le marché intérieur, dite "Bolkestein", du nom de l'ancien Commissaire chargé du marché intérieur, est emblématique de la vision libérale de la construction européenne.


L'objectif de cette directive "est d'établir un cadre juridique qui supprime les obstacles à la liberté d'établissement des prestataires de services et à la libre circulation des services entre les Etats membres". Comme le note l'exposé des motifs, "la proposition couvre tous les services qui représentent une activité économique au sens de la jurisprudence de la Cour relative à l'article 49 du traité". Rappelons que cette jurisprudence (C-180-184/98) indique que "constitue une activité économique toute activité consistant à offrir des biens et des services sur un marché donné". On le voit, quasiment toutes les activités de services, à l'exclusion des services régaliens de l'Etat fournis gratuitement, sont concernés. L'enjeu est donc considérable.

Le principe du pays d'origine

Ce projet de directive repose sur une innovation juridique : le principe du pays d'origine. Ce principe signifie qu'un prestataire de services est exclusivement soumis à la loi du pays où il est établi et non plus à la loi du pays où il fournit le service.

Ce principe est d'abord un renoncement à la logique d'harmonisation qui était théoriquement la doctrine officielle de l'Union européenne (UE). Certes cette doctrine avait déjà était mise à mal par le refus d'une harmonisation des règles fiscales et des droits économiques et sociaux des salariés. Pire même, souvent cette harmonisation faite "par le bas" a été porteuse de régression sociale. C'est par exemple ainsi au nom de l'égalité entre les femmes et les hommes qu'a été supprimée l'interdiction du travail de nuit pour les femmes. Une autre solution aurait été au contraire d'harmoniser "par le haut" en interdisant le travail de nuit pour tous les salariés, quitte à indiquer des exceptions à cette règle pour des raisons d'intérêt général.

Cependant le maintien d'une logique d'harmonisation dans la construction de l'UE pouvait laisser espérer qu'un jour, mobilisations sociales et rapports de force aidant, nous arriverions petit à petit à imposer une convergence par le haut des droits des habitants de l'Europe. Si elle était adoptée, cette directive renverrait cette perspective aux calendes grecques. Le principe du pays d'origine apparaît de fait comme une incitation légale aux délocalisations vers les pays de l'Union où règnent les moins-disants sociaux, fiscaux et environnementaux et où la protection des consommateurs est moindre. Il s'agit d'une incitation à créer des entreprises n'ayant qu'un siège social plus ou moins fantomatique dans ces pays et qui avec une simple boite aux lettres pourront intervenir dans toute l'Union. De plus, le contrôle de ces entreprises échapperait à l'administration du pays d'accueil. Le projet de directive indique ainsi que "l'Etat membre d'origine est chargé du contrôle du prestataire et des services qu'il fournit, y compris lorsqu'il fournit ses services dans un autre pays membre". La portée pratique d'une telle proposition apparaît clairement : c'est la porte ouverte à une liberté d'action totale pour les entreprises qui pourront agir de fait sans aucun contrôle sérieux.

Que deviennent les services publics ?

Ce projet de directive concerne l'ensemble des activités de services considérés comme une activité économique, à l'exception de celles déjà couvertes par une autre directive. Ainsi les télécommunications, les transports sont explicitement exclus de son champ d'activité. De plus, le principe du pays d'origine ne s'appliquera pas à la distribution d'électricité et de gaz, à l'eau et aux services postaux. Faut-il être rassurés pour autant ? Non car pour l'essentiel, ces secteurs sont déjà déréglementés et les missions de service public sont en train de se réduire comme une peau de chagrin, voire ont quasiment disparu comme dans le cas des télécommunications.

Mais surtout, les missions d'intérêt général ne sont pas explicitement exclues de l'application du principe du pays d'origine. Le champ des services publics est très différent d'un pays à l'autre ce qui aura des conséquences sur la manière dont un service peut être rendu. Un prestataire de service ne sera ainsi pas obligé de respecter les exigences liées à des missions de service public du pays dans lequel il fournit le service.

Enfin, comment les Etats pourront continuer à maintenir des dispositions relatives à l'intérêt général alors que le projet de directive vise explicitement à lever tous les obstacles à la liberté d'entreprendre et fournit d'ailleurs une longue liste de mesures incompatibles avec cet objectif. Plus globalement, dans une communication sur les services d'intérêt général, la Commission a d'ailleurs indiqué fin 2001 que la distinction entre activité économique et activité non économique était, de fait, sans pertinence. C'est donc l'ensemble des services publics, notamment l'éducation, la santé et les services publics locaux, qui pourraient rentrer dans le champ d'application de cette directive.

Les soins de santé

La santé n'est pas exclue en tant que telle du principe du pays d'origine. Certes, ce principe ne s'appliquera pas pour les exigences liées à "la protection de la santé publique". Cela signifie par exemple que la réglementation française sur l'amiante s'appliquera à tous les prestataires de services quel que soit leur pays d'origine. De plus, "à titre exceptionnel", un Etat pourra prendre des mesures à l'encontre d'un opérateur de santé. Mais, comme le précise le projet de directive, il s'agit là de mesures individuelles, c'est-à-dire concernant tel ou tel prestataire, et non pas d'obligations générales de politiques de santé s'appliquant à tous.

Le texte de la directive impose la suppression d'un nombre considérable de mesures qui sont pourtant à la base de la régulation des systèmes de soins dans la plupart des pays de l'Union. Ainsi, concernant les pharmacies, il deviendrait impossible pour un Etat d'imposer des normes d'implantation en fonction de la population. De même, il ne serait plus possible d'imposer à un prestataire venant d'un autre pays de l'Union des normes d'encadrement ou d'équipement dans les établissements de santé ainsi que des normes de qualité et de soins. Il deviendrait, de plus, impossible d'imposer à un opérateur de santé des tarifs obligatoires, ce qui revient à miner le système de remboursement de soins mis en place par l'assurance-maladie.

On le voit, il s'agit d'une remise en cause frontale de toute possibilité de mener réellement des politiques publiques en matière de santé.

Le droit du travail

Le projet de directive n'exclut pas explicitement les réglementations nationales en matière de droit du travail du principe du pays d'origine. Une possibilité juridique existe donc pour que puisse s'engager un démantèlement du droit du travail.

Certes, une directive (96/71/EC) de 1996 sur le détachement des travailleurs [1], qui prévoit un socle de garanties sociales minimales, n'est pas concernée par ce principe de même que le règlement (1408/71) de 1971 de coordination des régimes de sécurité sociale qui indique que "les personnes qui résident sur le territoire de l'un des Etats membres sont soumises aux obligations et sont admises au bénéfice de la législation de tout Etat membre".

Le texte ne change pas les règles formelles qui s'appliquent actuellement en matière de droit du travail et de protection sociale aux travailleurs détachés dans le cadre d'une prestation de service transfrontalière. En clair, cette directive n'autorisera pas encore France Télécom à faire venir des travailleurs portugais avec un salaire portugais comme elle vient de le faire illégalement.

Toutefois, cela ne doit pas nous rassurer pour autant. Le recours aux travailleurs détachés est déjà en pratique un moyen de contourner les règles sociales et de faire ainsi pression sur les normes d'emploi du pays où s' exerce l'activité. C'est le cas non seulement parce que les possibilités concrètes de contrôle sont réduites, mais aussi parce que la protection de ces salariés diffère très sensiblement de celles des autres salariés. Seuls le salaire minimum et la durée de travail maximum leur sont applicables et non pas les conventions collectives ni même les autres dispositions issues du code du travail. Mais surtout la capacité de résistance des salariés détachés est bien moindre que celle des autres salariés car ils sont dépendants de l'entreprise qui les emploie en matière de droit de séjour. Les salariés détachés se trouvent ainsi dans une position de subordination accrue vis-à-vis de leur employeur qui a ainsi toute liberté pour ne pas respecter ses obligations.

Dans cette situation, le projet de directive aggrave encore les risques de dumping social en rendant encore plus illusoires les possibilités de contrôle des normes sociales et donc encore plus facile leur contournement par les entreprises. Le projet de directive prévoit en effet un allégement des contraintes des entreprises en matière de détachement. Elle prévoit de supprimer " les règles tatillonnes " et " les formalités administratives à remplir avant que les entreprises puissent détacher des travailleurs ". Bref le contrôle des pratiques sociales des entreprises était faible, il deviendrait inexistant.

Un AGCS européen

On ne peut qu'être frappé par la ressemblance entre l'Accord général sur le commerce des services (AGCS) qui se négocie à l'Organisation mondiale du Commerce (OMC) et ce projet de directive : même objectif, la libéralisation complète des services ; même définition des modes de fourniture des services dont la définition est extrêmement large ; même méthode, celle des petits pas qui mène à des transformations en profondeur ; même discours rassurant visant à présenter les mesures envisagées comme de simples mesures techniques de bon sens.

Le projet de directive vise donc à donner un coup d'accélérateur à la mise en place de l'AGCS et à contourner les obstacles que les mobilisations citoyennes avaient réussi à dresser contre ce processus. Ainsi, la santé, l'éducation, la culture et l'audiovisuel étaient théoriquement " hors AGCS ". Ces secteurs tombent maintenant dans le champ d'application du projet de directive qui aura donc des effets directs sur la négociation AGCS, ce que confirme d'ailleurs l'exposé des motifs qui indique que ce projet vise à " renforcer la position de négociation " de l'Union.

Conclusion

Nous n'avons pris là que quelques exemples tirés de ce projet de texte qui contient toute une foule de dispositions qui ont toutes pour objectif de démanteler les réglementations que les Etats ont dû mettre en place, sous la pression de leurs citoyens, pour limiter le pouvoir du capital et réguler un tant soit peu l'économie en fonction de l'intérêt général. Si elle était adoptée par le Conseil des ministres et le Parlement européen, elle constituerait un recul considérable.

Le mouvement altermondialiste, dans toutes ses composantes syndicales et associatives, est devant un défi majeur. Le Forum social européen (FSE) de Londres a permis que se tienne un séminaire sur cette question et la décision de lancer une campagne européenne y a été prise. Ce point sera d' autre part à l'ordre du jour de la réunion des Attac d'Europe début décembre. Il s'agit maintenant, face à une Commission ultralibérale, d'agir concrètement afin de construire les rapports de force nécessaires. Le rejet de la directive Bolkestein sera un des mots d'ordre de la manifestation européenne du 19 mars à Bruxelles décidée lors du FSE. Mais d'autres initiatives seront absolument nécessaires avant cette date.

Pierre Khalfa

http://www.legrandsoir.info/article.php3?id_article=1908


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Directive Bolkestein : bombe contre les droits sociaux
Pierre Vanek -
28 octobre 2004

Une entreprise d'intérim installe son siège social en Pologne. Sans devoir demander la moindre autorisation aux autorités du pays, elle fait venir des travailleurs polonais sur des chantiers de n'importe où dans l'Union Européenne. Ces travailleurs sont soumis à la législation... polonaise. Salaires polonais, sécurité sociale polonaise, réglementation du travail polonaise. Et seule compétente pour contrôler le respect de cette législation sur les chantiers en question : l'inspection sociale polonaise... Politique-fiction ? Non, il s'agit du " principe du pays d'origine " que contient le projet de directive européenne déposé par la Commission le 13 janvier et rédigée par l'ultra-libéral commissaire européen chargé du marché intérieur, le Hollandais Frits Bolkestein. Elle s'applique aux services des 25 pays de l'UE et vise à " réduire la paperasserie qui étouffe la compétitivité ". Prétexte dans tous les pays pour abolir des réglementations en matière sociale, de protection des travailleurs, d'environnement ou de règles de qualité ou d'éthique à respecter par les entreprises.

L'objectif de Bolkestein est d'imposer aux 25 Etats une concurrence commerciale sans limite dans les activités de service, dans le commerce, la construction, le nettoyage, la publicité, les agences d'intérim et même la santé, l'enseignement, la culture. La Commission veut éliminer les obstacles à l'établissement et à la libre circulation des services, souvent constitués par des réglementations nationales de droits démocratiques et sociaux conquis de haute lutte par le passé. La Commission veut balayer ces droits pour transformer les services en un commerce dont le profit est le seul but.

Aujourd'hui, dans l'UE, le prestataire de service (par exemple une entreprise de construction) peut, à titre temporaire, exercer son activité dans un autre pays, à condition de respecter les conditions que ce pays impose à ses propres ressortissants. Le travailleur polonais au service d'une entreprise polonaise sur un chantier en Italie est soumis aux règles sociales en vigueur dans ce pays. Un obstacle au profit que la directive Bolkestein veut lever.

Une machine à privatiser !

L'application de la directive au secteur de la santé et des soins aux personnes aurait comme conséquences qu'un prestataire de soins d'un pays pourrait s'installer dans un autre pays sans devoir y respecter la réglementation nationale. Ce qui conduit à une privatisation totale de la politique de santé.

Les législations qui imposent un statut à ces services ou subordonnent l'octroi de subsides à un statut particulier devraient disparaître. De même que les normes d'encadrement des maisons de repos ou les normes en personnel médical et infirmier par nombre de lits en milieu hospitalier. Ou encore les réglementations limitant les honoraires des médecins. La directive ouvre la voie à la privatisation et à la mise en concurrence de presque toutes les activités de services, y compris l'enseignement, la santé et des activités culturelles qui ne fonctionneront plus que dans la logique du profit.

Le principe du pays d'origine a été approuvé par la majorité formée au Parlement européen par les chrétiens démocrates, les libéraux et la plupart des sociaux-démocrates, dans une résolution adoptée le 13 février 2003. La directive Bolkestein s'inscrit dans la lignée du Sommet européen de Lisbonne, en 2000 lorsque onze gouvernements sur quinze étaient dirigés ou co-dirigés par des socialistes, ce sommet a défini comme objectif pour l'Europe de devenir l'économie la plus compétitive du monde.

L'arbre et la forêt

Mais l'arbre Bolkestein ne doit pas cacher la forêt néolibérale. Cette directive est en effet parfaitement dans la ligne du projet de " Constitution " européenne que nombre de directions syndicales, la social-démocratie européenne et les Verts se refusent, au nom du " moindre mal ", à rejeter. Cette " Constitution " impliquerait que toute entrave à la " libre concurrence " entre entreprises dans le cadre " d'une économie sociale de marché hautement compétitive " doit être supprimée. Par " entraves ", il faut entendre les législations, les réglementations nationales qui protègent encore les travailleurs, malades, citoyens, etc. et pour lesquels le mouvement ouvrier s'est battu. De plus, le projet de Traité constitutionnel ne reconnaît pas les droits sociaux collectifs - droit au travail, à la retraite, au chômage, au revenu d'existence, au logement... - comme des droits justiciables, mais comme de simples objectifs à atteindre en " tenant compte de la nécessité de maintenir la compétitivité de l'économie de l'Union ".

Lutter contre la directive Bolkestein nécessite de s'attaquer à la source du problème : le modèle néolibéral de construction européenne dont elle n'est qu'un reflet. Cela implique s'opposer au projet de Traité constitutionnel qui veut consolider, légaliser et pérenniser cette Europe capitaliste néolibérale.

Pierre Vanek

Source : www.solidarites.ch / N° 53 19 octobre 2004.

Lisible sur http://www.legrandsoir.info/article.php3?id_article=1854


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Pourquoi le traité est un rempart contre les dérives libérales type Bolkestein ?

Le OUI socialiste


La directive dite Bolkestein, sur les services, est basée sur le traité de Nice et n'est pas liée à l'entrée en vigueur du traité constitutionnel. Il n'y a donc aucun lieu d'opérer des connections entre les deux textes,

Cette directive ouvrirait de nombreuses incertitudes sur le plan juridique et permettrait d'ouvrir de nouvelles formes de dumping social. C'est pourquoi les socialistes sont contre, la Confédération Européenne des Syndicats aussi.

C'est au nom des raisons qui leur ont fait adopter le traité constitutionnel que les socialistes s'opposent à la directive Bolkestein. Cette directive est en effet contraire à de très nombreuses dispositions du traité constitutionnel.

C'est l'adoption du traité qui peut protéger de la directive Bolkestein, pas son rejet !

Pour aller plus loin

La directive Bolkestein ne correspond ni à l'esprit ni à la lettre du Traité Constitutionnel.

La directive dite Bolkestein est contestable au regard des dispositions nouvelles introduites par le Traité Constitutionnel.

En effet, on sait que ce projet de directive aurait pour résultat de mettre en concurrence les systèmes législatifs et conventionnels des Etats membres pour les activités de services qu'il vise à libéraliser. Et que cette mise en concurrence aurait sans nul doute pour effet de " tirer " vers le bas les protections sociales, le droit du travail, la protection des consommateurs, le droit à la santé, le droit à un environnement de qualité.

Aucune disposition de cette directive n'est en effet prévue :

  • pour interdire la détérioration des conditions de vie et de travail des travailleurs, par exemple.
  • pour rendre obligatoire une évolution des droits sociaux qui permettrait une amélioration des conditions de vie et de travail des travailleurs.

Inacceptable en soi, la directive Bolkestein est clairement contraire aux dispositions du traité Constitutionnel.

Pour rappel, tant sur les questions relevant du social, de la santé, de l'environnement... le traité constitutionnel renforce des dispositions existant dans les Traités actuels et indique précisément que l'action de l'Europe doit s'inscrire dans le sens du progrès.

La directive Bolkestein contredit, notamment, les dispositions du traité suivantes :

Ainsi l'article I-3 prévoit que : " l'Union œuvre pour...une économie sociale de marché qui tend au plein emploi et au progrès social…un niveau élevé de protection et d'amélioration de la qualité de l'environnement...Elle promeut la justice et la protection sociales ".

Ou encore :

Dans l'article III-172 sur l'établissement ou le fonctionnement du marché intérieur (qui concerne notamment la libre circulation des services, objet de la proposition Bolkestein) il est stipulé que la Commission dans ses propositions en matière de santé, de sécurité, de protection de l'environnement et de protection des consommateurs " prend pour base un niveau de protection élevé ". Or aucun niveau élevé n'est spécifié dans Bolkestein, puisque cette proposition affirme la seule application du principe du pays d'origine sans rapprochement, ni harmonisation des législations des Etats membres.

On dira que l'article III-172 s'il concerne la santé, la sécurité, les consommateurs, ne vise pas les droits et intérêts des travailleurs. C'est vrai.

Cherchons alors ce que dit le Traité constitutionnel sur les droits sociaux, conditions de vie et de travail :

Article III-209 : " L'Union et ses Etats, conscients des droits sociaux fondamentaux...ont pour objectifs la promotion de l'emploi, l'amélioration des conditions de vie et de travail, permettant leur égalisation dans le progrès, une protection sociale adéquate, le dialogue social, le développement des ressources humaines permettant un niveau d'emploi élevé et durable... Ils estiment qu'une telle évolution résultera tant du fonctionnement du marché intérieur qui favorisera l'harmonisation des systèmes sociaux que des procédures prévues par la Constitution et du rapprochement des dispositions législatives, réglementaires et administratives des Etats membres ".

Cet article du Traité est donc très clair :

1. le fonctionnement du marché intérieur doit permettre l'égalisation dans le progrès des conditions de vie et de travail, ce que ne prévoit, ni ne produit la proposition Bolkestein

2. Le rapprochement (dans le sens du progrès) et l'harmonisation (dans le sens du progrès) des systèmes sociaux et des lois des Etats membres, sont les moyens d'atteindre ces objectifs et non le seul PPO préconisé par Bolkestein.

Sur les SIEG, la directive contredit à nouveau les objectifs fixés par le Traité constitutionnel :

Comme le disent les syndicats européens de la CES, les services publics ne doivent pas être inclus dans cette directive qu'engendrera des déséquilibres dans la qualité des services et surtout dans le domaine des soins de santé. Si les SIEG sont concernés, c'est qu'il n'existe pas actuellement dans le Traité de Nice de capacité de légiférer pour permettre le respect des services publics. Alors que la Constitution prévoit qu'une loi-cadre européenne peut être votée pour permettre que " ces services fonctionnent sur la base de principes et dans des conditions qui leur permettent d'accomplir leurs missions. ", le champ d'application de la directive Bolkestein prend de vitesse cet objectif en concernant les services publics.

La proposition Bolkestein est donc en total porte-à-faux par rapport aux règles définies par le traité constitutionnel.


Lisible sur http://www.ouisocialiste.net/article.php3?id_article=367



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