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249 collèges et 1 600 écoles vont être aidés
en priorité
Martine Laronche / Le Monde, 09 février 2006
Les 249 collèges
et les 1600 écoles primaires qui s'y rattachent seront labélisés,
à la rentrée 2006,"ambition réussite",
a annoncé le ministre de l'éducation nationale, Gilles
de Robien, mercredi 8 février. Repérés parmi
les établissements les plus en difficulté, ils bénéficieront
de moyens supplémentaires au titre de l'éducation
prioritaire : 1000 enseignants expérimentés, 3000
assistants pédagogiques, 200 infirmières scolaires,200
dispositifs relais pour les élèves perturbateurs (Le
Monde du 14 décembre). Pierre Polivka, inspecteur général
de l'éducation nationale, est nommé délégué
ministériel à l'enseignement prioritaire.
On comptait
à la rentrée 2005, 876 collèges classés
en zone d'éducation prioritaire (ZEP). A la rentrée2006,ils
seront 894, car 18 établissements qui ne bénéficiaient
pas du label ZEP en 2005, malgré leur situation difficile,
seront classés "ambition réussite". Le choix
des 249 collèges s'est fait sur des critères sociaux
et scolaires : plus des deux tiers des élèves appartiennent
à des familles défavorisées, plus de 10 % des
élèves de sixième y ont un retard de deux ans
ou plus, les résultats aux évaluations nationales
de sixième en français et en mathématiques
sont très inférieurs à la moyenne nationale.
Les proportions de parents RMistes et non francophones ont été
également prises en compte.
Après
avoir consulté les organisations syndicales et de parents
d'élèves sur son plan, M.de Robien y a apporté
certaines modifications. Ainsi,les écoles devraient être
mieux prises en compte dans les réseaux "ambition réussite",
y compris en ce qui concerne la répartition des 1000 postes
d'enseignants expérimentés. Il sera créé
pour chaque réseau, avant le 1er mai 2006, un comité
exécutif qui réunit le principal, le principal adjoint
et tous les directeurs des écoles maternelles et élémentaires
rattachées.
Les réseaux
"ambition réussite" feront l'objet d'une contractualisation
pour quatre ou cinq ans avec les autorités académiques.
Cette contractualisation détermine les objectifs pédagogiques
et prévoit, éventuellement, des expérimentations
avec une autonomie renforcée des chefs d'établissement
et des équipes pédagogiques. L'organisation de la
journée devra éviter la concentration des cours qui
nécessitent une attention plus soutenue. Les meilleurs élèves
des collèges "ambition réussite" (mention
très bien au brevet) pourront pour suivre leur scolarité
dans le lycée de leur choix dans l'académie.
Par ailleurs,
le ministre devait rappeler qu'aucun établissement ne sortira
du dispositif ZEP à la rentrée 2006, contrairement
à des rumeurs qui avaient circulé dans les établissements.
Dans la Seine-Saint-Denis, les craintes d'un démantèlement
de l'éducation prioritaire avaient notamment conduit des
enseignants à occuper leurs collèges. En revanche,
à partir de l'automne 2006, les recteurs devraient examiner
académie par académie la situation des établissements
qui n'ont plus lieu d'être en ZEP, compte tenu de l'amélioration
sociale du quartier et scolaire des élèves. Ces collèges
devraient alors, dans un délai de trois ans, sortir de l'éducation
prioritaire.
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Le ministre
dégaine sa liste des 249 collèges ZEP archiprioritaires
Robien reste
muet sur les établissements quittant le dispositif.
par Marie-Joëlle
GROS / Libération, jeudi 09 février 2006
Eviter de parler
de ce qui fâche, c'est l'option choisie par le ministre de
l'Education pour annoncer une étape supplémentaire
dans sa réforme des ZEP. Hier, Gilles de Robien a rendu publique
la liste des 249 collèges labellisés "ambition-réussite"
pour la rentrée 2006. Ces collèges et les 1 600 écoles
primaires de leurs secteurs formeront la catégorie archiprioritaire
(EP1) du nouveau dispositif. Robien a en revanche tu le nombre d'établissements
appelés à perdre leur étiquette ZEP (EP3),
et les moyens afférents, à partir de la rentrée
2007.
Parmi les 249
élus, 18 n'étaient pas classés ZEP jusque-là
(dont 15 dans les DOM-TOM). "Plutôt qu'un dispositif
figé, nous adapterons la carte des ZEP aux évolutions
des quartiers. Il y aura donc tous les ans des entrées et
des sorties du dispositif." Ces collèges "ambition-réussite"
ont été sélectionnés sur une série
de critères : la part d'enfants issus de milieux défavorisés
(plus de 66 % dans l'établissement) présentant des
résultats faibles aux évaluations de 6e, comptant
un retard scolaire supérieur à deux ans, le nombre
de parents bénéficiaires du RMI et les parents non
francophones.
Pour ces collèges,
le ministre annonce un renfort de "1 000 enseignants expérimentés".
Pas 1 000 de plus en réalité, certains exercent déjà
en ZEP. Mais ils pourront se porter candidats pour devenir "enseignants-référents"
dans leurs établissements, bénéficieront d'incitations
financières et d'un déroulement de carrière
accéléré. Le ministre leur promet une infirmière
à demeure, mais pas encore d'assistants sociaux pour tous
: "Cela viendra dans les étapes suivantes."
Les syndicats
enseignants ont vivement critiqué les mesures annoncées.
Notamment celle qui permet à un élève ayant
une mention "bien" ou "très bien" au
brevet de déroger à la carte scolaire pour s'inscrire
dans le lycée de son choix. "Le ministre accrédite
l'idée que l'on peut réussir en ZEP, mais à
la seule condition d'en sortir", note le SE-Unsa.
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Sarkozy
s'agite contre la violence scolaire
Entre autres
idées: portiques aux entrées des écoles, policiers
référents, carnet de comportement de 0 à 18
ans, internats...
par Marie-Joëlle
GROS / Libération, samedi 04 février 2006
Si Nicolas Sarkozy était ministre de l'Education nationale,
voire Président, il imposerait la "tolérance
zéro" pour lutter contre la violence scolaire. Comme
il n'est que ministre de l'Intérieur, le président
de l'UMP s'est rendu vendredi dans un collège de Courbevoie,
sur ses terres des Hauts-de-Seine, pour faire savoir aux enseignants
et chefs d'établissement qu'en sa qualité de président
du conseil général, il pouvait faire beaucoup pour
eux, dès maintenant : "Je suis à la fois élu
du département et ministre de l'Intérieur. Alors profitez-en
!"
Se référant
à l'agression au couteau d'une enseignante d'Etampes (Essonne),
en décembre, le ministre de l'Intérieur demande :
"Peut-on accepter d'être frappé par ses élèves
?" Son raisonnement est simple : "Si on a peur à
l'école, c'est qu'on n'est pas en République."
Or, la République, dit-il, c'est l'ordre et la discipline.
"Chaque école doit avoir sa loi", martèle
Sarkozy, qui appelle à un renforcement des règlements
intérieurs des établissements. Il y mettrait "apprendre
la politesse en classe, se lever quand l'enseignant entre dans la
salle de classe, sanctionner un élève insolent ou
menaçant..." Parmi les chefs d'établissement,
des dents grincent : "Mais, enfin ! il croit que ça
se passe comment ?"
"Ecole
sanctuaire". Le ministre ne veut pas polémiquer. L'"idéologie"
le fatigue, il est temps qu'on "cesse d'opposer pédagogie
et sécurité". Pour lui, "l'école
est un sanctuaire, et on doit tout faire pour". Aux chefs d'établissement
du département qui en feront la demande, il mettra à
leur disposition, "dès la rentrée de février",
un policier référent. Et des portiques de sécurité
pour qui veut. Pas d'emballement dans la salle.
Le ministre
se préoccupe aussi de prévention de la délinquance.
"Il faut détecter les troubles du comportement dès
6 ans. Et pas se contenter de contrôler, comme il y a quarante
ans, poids, taille et vaccins." Selon lui, la médecine
scolaire doit prendre le relais des services de la protection maternelle
et infantile (PMI). Un chef d'établissement proteste : "Le
problème, c'est qu'on n'a pas de médecin scolaire."
Qu'à cela ne tienne, le président du conseil général
envisage de faire appel à des médecins libéraux
et aux hôpitaux. L'important étant de "détecter
des problèmes précoces, sans attendre l'adolescence
pour agir". Il préconise la création d'un "carnet
de développement de l'enfant", qu'il nomme "carnet
de comportement", allant de "la naissance à l'entrée
dans la vie d'adulte". Pas pour "ficher les élèves",
mais "pour un suivi sans faille par des professionnels".
"Vigilance".
Au registre "vigilance et professionnalisme", il souhaite
également faire former les surveillants des collèges
par des policiers et des magistrats. Et construire des internats
réservés "aux élèves exclus des
collèges". Il en existe un à Asnières,
trois autres seraient en préparation. Sarkozy avoue volontiers
que toutes ces mesures sont des déclinaisons locales de son
projet de loi de lutte contre la délinquance, qui sera examiné
en mars. Et dont les Hauts-de-Seine font office de laboratoire.
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Nicolas
Sarkozy: "Les enseignants doivent aussi être sensibilisés
au repérage des enfants présentant des troubles ou
à risque"
"Il y a
deux chantiers qui sont devant nous si nous voulons être enfin
acteurs d'une politique efficace: la prévention de la délinquance
des très jeunes, et la réponse à la violence
des mineurs", déclare Nicolas Sarkozy, ministre l'Intérieur
et de l'Aménagement du territoire, aujourd'hui, jeudi 26
janvier 2006, à l'occasion d'un déplacement à
Montbéliard (Doubs), qui a installé un conseil intercommunal
de sécurité et de prévention de la délinquance
en 2003. Les chiffres "montrent sans ambiguïté"
que "la violence a progressé parmi les jeunes: en 2005,
42% des auteurs de vols avec violence, 56% des auteurs de vols de
2 roues et 51% des auteurs de vol à la tire interpellés
étaient mineurs. La proportion était de 25% pour les
agressions sexuelles." En outre, "la violence touche de
plus en plus des adolescents, voire des enfants, de douze ans, même
de dix ans".
Parce que la
détection des troubles de comportement chez l'enfant est
"un enjeu très fort", il faut "recréer
une chaîne continue pour [le suivi des enfants], en étendant
la compétence de la PMI (protection maternelle et infantile),
non pas jusqu'au début, mais jusqu' à la fin de l'école
primaire. Au-delà, la médecine scolaire doit prendre
le relais avec la même vigilance. Pour cela, il faut des règles
et des rendez-vous fixes. Par exemple, le bilan à trois ans
est une étape clé pour dépister précocement
les troubles du comportement et des apprentissages. Même chose
à six ans." En cas de "vrai trouble psychique dès
l'enfance, la PMI devra faire appel à des psychologues ou
des pédopsychiatres, à des travailleurs sociaux aussi
parce que l'environnement est souvent en cause". Nicolas Sarkozy
propose "même que l'on institue un véritable carnet
de développement de l'enfant qui le suivra de sa naissance
à sa vie adulte".
ENSEIGNANTS
"Les enseignants
doivent aussi être sensibilisés au repérage
des enfants présentant des troubles ou à risque. Ils
doivent être préparés, dans leur formation à
coopérer avec les services de santé scolaire dans
cet objectif. Je ne demande pas qu'ils deviennent des médecins,
mais qu'ils puissent demander de l'aide. Cessons de faire comme
si la vie de tous les enfants se déroulait chez eux de façon
harmonieuse, avec un père et une mère attentifs. On
en est souvent très loin, pour toutes sortes de raisons.
Il faut en tenir compte. J'ajoute que naturellement, je n'exclus
pas les parents bien au contraire, il faudra les informer au maximum
et les aider autant que cela sera possible."
Deuxième
chantier du ministre: apporter une "réponse à
la délinquance des mineurs". Parmi divers "principes
simples, mais qui devraient être intangibles", Nicolas
Sarkozy souhaite "donner obligatoirement une réponse
individualisée à chaque acte répréhensible"
et "donner une réponse rapide". Il faudrait aussi
"améliorer la rapidité du traitement judiciaire
des mineurs délinquants" grâce à "des
mesures nouvelles". Par exemple, "pour les infractions
passibles d'une amende maximale de 750 euros [telles que notamment
l'absentéisme scolaire], il faut étendre aux mineurs
la possibilité de classement sans suite mais sous condition.
En fait, il s'agit de responsabiliser immédiatement le mineur
et ses parents en créant des alternatives aux poursuites
qui soient concrètes: demander aux responsables légaux
de conduire le mineur auprès d'un psychologue ou d'un psychiatre,
accomplir un stage de citoyenneté ou de formation civique
en présence des parents, réparer le dommage, procéder
à un rappel à la loi des parents et du mineur
"
VIOLENCES SCOLAIRES
Nicolas Sarkozy
veut "faire une mention spéciale pour les violences
scolaires". C'est une forme "de délinquance à
part, car elle se commet dans une sphère qui devrait être
protégée. L'école, c'est un lieu mis à
disposition de tous par la République, c'est donc le fruit
d'un effort de tous les contribuables qui doit être respecté.
C'est aussi un lieu où traditionnellement les parents confient
leurs enfants à des enseignants. Cette règle est maintenant
violemment remise en cause par des incidents graves et c'est particulièrement
intolérable. Là encore, fermer les yeux consisterait
à approuver un système où les plus fortunés
se réfugient à l'école privée (...).
Il faut d'abord que l'école ait une loi, qui est le règlement
intérieur. Un règlement dont l'adoption doit se faire
de façon solennelle, en y associant les enseignants, les
parents et les élèves qui doivent être informés
précisément de son contenu." Ce règlement
doit aussi être "précis".
Le ministre
a "demandé aux policiers et aux gendarmes de venir,
chaque fois que la demande en sera faite, expliquer aux professeurs,
aux conseillers d'éducation, aux parents d'élèves,
aux élèves, les règles de droit et les mécanismes
judiciaires". L'école doit également "être
tenue au courant des suites judiciaires d'un dossier concernant
un élève - c'est ce que l'on appelle le partage d'informations
- ne serait-ce que pour préparer son retour au sein de la
communauté scolaire dans de bonnes conditions. Enfin, si
la communauté éducative le demande, pourquoi ne pas
avoir un policier à l'intérieur de l'établissement?
Cela n'a rien d'anormal si la situation hélas le justifie.
(...) L'objectif est clairement de faire cesser l'impunité
ressentie par les mineurs délinquants."
DIVERSIFIER
LES MESURES
Pour des faits
"graves ou réitérés", il faut "procéder
à une présentation sans délai du mineur. Pourquoi
pas une comparution immédiate, aujourd'hui applicable aux
majeurs, mais que l'on pourrait étendre aux mineurs récidivistes.
De même, il existe la procédure dite de 'la composition
pénale' qui 'propose' à un délinquant qui reconnaît
les faits certaines obligations en contrepartie de l'abandon des
poursuites." Nicolas Sarkozy "souhaite la proposer pour
(...) avoir un traitement rapide, lisible et accepté, y compris
par la victime".
"Quant
aux mesures elles-mêmes, il faut cesser de prononcer des sanctions
qui n'ont de sens que pour le magistrat qui les prononce, telles
que l'admonestation ou la remise à parents dont le nombre
de prononcés n'est pas limité
. Elles ne devraient
être prononcées qu'une fois pour le même type
d'infraction. (...) On constate, de façon générale,
une insuffisance de mesures pouvant être prononcées
à l'égard des mineurs", qui ne sont "pas
assez diverses, et donc pas adaptées aux réalités
(...). On pourrait concevoir, lorsque cela est nécessaire,
d'éloigner temporairement un mineur délinquant pour
le placer dans un établissement adapté de type 'internat'
tout en restant dans un univers scolaire classique. Ce ne serait
pas un placement punitif, coercitif, mais une mesure destinée
à effectuer un travail sur le comportement du mineur. De
même, le travail d'intérêt général,
qui présente un grand intérêt, doit être
réhabilité."
Lire aussi:
- Prévention de la délinquance: la politique du gouvernement
présentée devant l'Assemblée nationale "début
mars", selon Nicolas Sarkozy (L'AEF du 25/01/2006, 60621)
- Voeux à la presse de Nicolas Sarkozy: prévention
de la délinquance, politique d'immigration choisie, autonomie
des universités... (L'AEF du 12/01/2006, 60114)
- Prévention de la délinquance: le maire pourrait
proposer un stage de soutien à la parentalité (L'AEF
du 27/12/2005, 59656)
- Prévention de la délinquance: "le maire sera
clairement désigné par la loi comme le pilote en matière
d'animation et de coordination" (L'AEF du 27/12/2005, 59655)
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Pas
de zéro de conduite pour les enfants de trois ans
Appel en réponse à l'expertise INSERM sur le trouble
des conduites chez l'enfant
Une récente expertise de l'INSERM préconise le dépistage
du " trouble des conduites " chez l'enfant dès
le plus jeune âge. Les professionnels sont invités
à repérer des facteurs de risque prénataux
et périnataux, génétiques, environnementaux
et liés au tempérament et à la personnalité.
Pour exemple sont évoqués à propos de jeunes
enfants " des traits de caractère tels que la froideur
affective, la tendance à la manipulation, le cynisme "
et la notion " d'héritabilité (génétique]
du trouble des conduites ". Le rapport insiste sur le dépistage
à 36 mois des signes suivants : " indocilité,
hétéroagressivité, faible contrôle émotionnel,
impulsivité, indice de moralité bas ", etc. Faudra-t-il
aller dénicher à la crèche les voleurs de cubes
ou les babilleurs mythomanes ?
Devant ces symptômes,
les enfants dépistés seraient soumis à une
batterie de tests élaborés sur la base des théories
de neuropsychologie comportementaliste qui permettent de repérer
toute déviance à une norme établie selon les
critères de la littérature scientifique anglo-saxonne.
Avec une telle approche déterministe et suivant un implacable
principe de linéarité, le moindre geste, les premières
bêtises d'enfant risquent d'être interprétés
comme l'expression d'une personnalité pathologique qu'il
conviendrait de neutraliser au plus vite par une série de
mesures associant rééducation et psychothérapie.
A partir de six ans, l'administration de médicaments, psychostimulants
et thymorégulateurs devrait permettre de venir à bout
des plus récalcitrants. L'application de ces recommandations
n'engendrera-t-elle pas un formatage des comportements des enfants,
n'induira-t-elle pas une forme de toxicomanie infantile, sans parler
de l'encombrement des structures de soin chargées de traiter
toutes les sociopathies ? L'expertise de l'INSERM, en médicalisant
à l'extrême des phénomènes d'ordre éducatif,
psychologique et social, entretient la confusion entre malaise social
et souffrance psychique, voire maladie héréditaire.
En stigmatisant
comme pathologique toute manifestation vive d'opposition inhérente
au développement psychique de l'enfant, en isolant les symptômes
de leur signification dans le parcours de chacun, en les considérant
comme facteurs prédictifs de délinquance, l'abord
du développement singulier de l'être humain est nié
et la pensée soignante robotisée.
Au contraire, plutôt que de tenter le dressage ou le rabotage
des comportements, il convient de reconnaître la souffrance
psychique de certains enfants à travers leur subjectivité
naissante et de leur permettre de bénéficier d'une
palette thérapeutique la plus variée.
Pour autant, tous les enfants n'en relèvent pas et les réponses
aux problèmes de comportement se situent bien souvent dans
le domaine éducatif, pédagogique ou social.
Cette expertise
INSERM intervient au moment où plusieurs rapports sont rendus
publics au sujet de la prévention de la délinquance.
On y lit notamment des propositions visant à dépister
dès les trois premières années de leur vie
les enfants dont l'" instabilité émotionnelle
(impulsivité, intolérance aux frustrations, non maîtrise
de notre langue) [va) engendrer cette violence et venir alimenter
les faits de délinquance ". On assiste dès lors,
sous couvert de " caution scientifique ", à la
tentative d'instrumentalisation des pratiques de soins dans le champ
pédopsychiatrique à des fins de sécurité
et d'ordre public. Le risque de dérive est patent : la détection
systématique d'enfants " agités " dans les
crèches, les écoles maternelles, au prétexte
d'endiguer leur délinquance future, pourrait transformer
ces établissements de lieux d'accueil ou d'éducation
en lieux de traque aux yeux des parents, mettant en péril
leur vocation sociale et le concept-même de prévention.
Professionnels,
parents, citoyens, dans le champ de la santé, de l'enfance,
de l'éducation, etc. :
- Nous nous élevons contre les risques de dérives
des pratiques de soins, notamment psychiques, vers des fins normatives
et de contrôle social.
- Nous refusons la médicalisation ou la psychiatrisation
de toute manifestation de mal-être social.
- Nous nous engageons à préserver dans nos pratiques
professionnelles et sociales la pluralité des approches dans
les domaines médical, psychologique, social, éducatif
vis-à-vis des difficultés des enfants en prenant en
compte la singularité de chacun au sein de son environnement.
- Nous en appelons à un débat démocratique
sur la prévention, la protection et les soins prodigués
aux enfants, dans un esprit de clarté quant aux fonctions
des divers acteurs du champ social (santé, éducation,
justice
) et quant aux interrelations entre ces acteurs.
-
Premiers signataires
: Dr Christine Bellas-Cabane (pédiatre, présidente
du syndicat national des médecins de PMI), Dr François
Bourdillon (président de la société française
de santé publique), Dr Marie-Laure Cadart (médecin,
anthropologue, syndicat national des médecins de PMI), Michèle
Clément (secrétaire générale du syndicat
national des psychologues), Dr Yvonne Coinçon (pédopsychiatre,
association des psychiatres de secteur infanto-juvénile),
Pr Boris Cyrulnik (neuropsychiatre et éthologue), Pr Pierre
Delion (chef de service de pédopsychiatrie au CHU de Lille),
Danièle Delouvin (psychologue, présidente d'A.NA.PSY.p.e.
- association nationale des psychologues pour la petite enfance),
Dr Michel Dugnat (pédopsychiatre, unité parents-bébés
hôpital de Montfavet), Dr Marie-Thérèse Fritz
(pédiatre, syndicat national des médecins de PMI),
Sylviane Giampino (psychanalyste, psychologue petite enfance, fondatrice
d'A.NA.PSY.p.e.), Pr Bernard Golse (chef de service de pédopsychiatrie
CHU Necker-enfants malades, professeur Université Paris V),
Pr Roland Gori (psychanalyste, professeur d'université),
Pr Catherine Graindorge (chef de service de pédopsychiatrie
Fondation Vallée, professeur Université Paris XI),
Pr Philippe Gutton (pédopsychiatre, professeur des universités),
Alberto Konicheckis (maître de conférences en psychologie
clinique, Université de Provence), Dr Evelyne Lenoble (pédopsychiatre,
hôpital Sainte-Anne), Pr Roger Misès (professeur émérite
de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent, Université
Paris XI), Pr Martine Myquel (présidente de la société
française de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent et
des disciplines associées), Gérard Neyrand (professeur
de sociologie Université Toulouse III), Dr Pierre Paresys
(Union syndicale de la psychiatrie), Danielle Rapoport (psychologue
clinicienne, association Bien-traitance formation), Dr Pierre Staël
(président du syndicat des psychiatres français),
Dr Pierre Suesser (pédiatre, syndicat national des médecins
de PMI)
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Le
texte sur l'apprentissage à 14 ans a été adopté
Le Monde, 04-02-06
Les députés
ont approuvé, dans la nuit de jeudi 2 à vendredi 3
février, la mise en place d'un système d'apprentissage
à partir de 14 ans prévu dans le projet de loi sur
l'égalité des chances.
Premier article
adopté du projet de loi après plus de deux jours de
débats, l'apprentissage à 14 ans fait partie des mesures
annoncées par le premier ministre, Dominique de Villepin,
lors de la crise des banlieues. La "formation d'apprenti junior"
comprendra deux phases, "l'apprentissage junior initial"
avec initiation aux métiers à partir de 14 ans et
"l'apprentissage junior confirmé" avec un contrat
d'apprentissage à partir de 15 ans. Le texte offre aux apprentis
la possibilité d'interrompre leur formation et de réintégrer
le collège. Les députés ont adopté un
amendement de la commission des affaires culturelles, instaurant
un tutorat chargé du suivi de l'élève en apprentissage.
"C'est
la fin de l'obligation scolaire à 16 ans", a critiqué
le socialiste Christian Paul pour lequel le gouvernement va, avec
ce texte, "renforcer la discrimination scolaire". "Ce
n'est pas une remise en cause du collège unique, ce n'est
pas la fin de la scolarité obligatoire, c'est une autre voie
de formation", s'est défendu le ministre de l'éducation
nationale Gilles de Robien.
LE TRAVAIL DE
NUIT EN QUESTION
"C'est une formation de réussite dans le cadre de la
scolarité obligatoire car le jeune peut reprendre sa scolarité
dans un collège", a-t-il insisté. "Vous
êtes de nature optimiste, vous êtes le seul à
le dire", a estimé le communiste Jacques Bruhnes, en
citant les avis contraires des syndicats de salariés ou de
fédérations d'artisans. Pour Christian Paul, il s'agit
d'un maintien fictif de l'obligation de scolarité à
16 ans "car c'est une sortie sans retour". "Ça
ne tient pas debout", a renchéri Henri Emmanuelli (PS).
Le Parti socialiste a également contesté la "réalité
des moyens du tutorat".
"Quid du
travail de nuit entre 15 et 16 ans ?" a interrogé Alain
Vidalies (PS) qui n'a pas été convaincu par la réponse
de Gérard Larcher pour lequel il existe des "dispositifs
protecteurs". "Oui ou non ?" a insisté M.
Emmanuelli obtenant une réponse claire du rapporteur, Laurent
Hénart (UMP). "Oui", a-t-il dit, mais "beaucoup
sur tous les bancs de cet hémicycle, en charge de ministères
sociaux et du travail, ont laissé travailler de nuit, les
dimanches et jours fériés des apprentis pendant des
décennies sur la base de simple textes réglementaires
sans pouvoir régler le problème" avant une loi
de 2005, a-t-il poursuivi.
Francis Vercarmer a considéré que "l'UDF n'était
pas opposé à l'apprentissage junior à condition
d'avoir de vraies garanties : un vrai stage professionnel et la
garantie d'un retour dans la scolarité classique". Les
débats à l'Assemblée reprendront, mardi 7 février,
avec le vote sur l'apprentissage puis le très controversé
amendement gouvernemental créant le contrat de première
embauche (CPE). Les opposants au CPE manifesteront le même
jour à l'appel des organisations de jeunes et les confédérations
syndicales.
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Adoption
du CPE par l'Assemblée nationale
AFP 09.02.06 | 02h40
L'Assemblée nationale a adopté dans la nuit de mercredi
à jeudi le Contrat première embauche (CPE) instauré
dans le projet de loi sur l'égalité des chances par
un amendement du gouvernement, au terme d'une longue bataille de
procédure menée avec âpreté par la gauche.
La séance a été levée sitôt adopté
le CPE par 51 voix UMP, contre 23 voix PS, PCF, Verts et UDF. Il
restait aux députés à examiner encore 25 articles,
d'ici à la fin de la semaine, pour achever l'examen du projet
de loi sur l'égalité des chances qui fera l'objet
d'un vote solennel le 21 février.
Ce contrat, réservé aux jeunes de moins de 26 ans
embauchés dans une entreprise de plus de 20 salariés,
quel que soit leur niveau de qualification, est un contrat à
durée indéterminée (CDI), assorti d'une "période
de consolidation" de deux ans au cours de laquelle le salarié
peut être licencié sans motif. Il fera l'objet d'une
évaluation fin 2008.
"Le CPE
est un nouveau contrat de travail reposant sur un nouvel équilibre
entre souplesse pour l'entreprise et droits nouveaux pour le jeune
salarié", s'est félicité Gérard
Larcher (Emploi), dans une déclaration à l'AFP. Il
viendra "conforter les premiers succès remportés
en matière de baisse du chômage et offrir à
tous les jeunes une perspective d'avenir", a-t-il ajouté.
Depuis le 31
janvier, début de l'examen du texte égalité
des chances, les députés de gauche et de l'UDF ont
ferraillé contre ce contrat, à leurs yeux, "précaire".
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Contrat
première embauche : les objectifs cachés du plan Villepin
Thierry Brun / Politis
Les contrats
nouvelles et première embauches sont des pièces maîtresses
de la bataille pour l'emploi de Dominique de Villepin. Mais les
effets de cette politique risquent d'être paradoxaux à
la veille du renversement démographique dû au "
papy-boom ".
Le contrat première
embauche (CPE) va-t-il créer des emplois ? La question peut
paraître saugrenue et lourde de préjugés, mais
elle a été posée à Gérard Larcher,
ministre délégué à l'Emploi, dès
le lendemain de la présentation de ce nouveau contrat par
le Premier ministre. Ce dernier a certes répondu par un oui
franc et sans surprise, mais il n'a pas fourni d'arguments pour
justifier la mise en place d'un clone du contrat nouvelles embauches
(CNE). La même question se pose pour l'ensemble de la politique
de l'emploi menée au pas de charge par Dominique de Villepin,
mais les réponses déçoivent. Le Premier ministre
a ouvert l'année 2006 par un véritable aggiornamento
social, dont l'objectif est de rompre avec " les logiques de
partage du travail qui ont échoué " depuis près
de trente ans. " Ni l'avancement du départ à
la retraite des seniors ni la politique de réduction du temps
de travail n'ont permis de faire baisser durablement le chômage,
en particulier celui des jeunes ", a-t-il critiqué.
Il faut donc " faire sauter les verrous et les blocages qui
paralysent la société française ".
La radicalisation
du gouvernement vise dans un premier temps à remettre en
cause le contrat à durée indéterminée
comme cadre juridique normal des relations entre salariés
et employeurs. Évoquée par Dominique de Villepin,
la démographie justifie cette rupture dans les politiques
de l'emploi. Cependant, là où son prédécesseur
Jean-Pierre Raffarin se réjouissait d'une baisse de la population
active, l'actuel Premier ministre s'en inquiète : "
En 2006, la population active va baisser pour la première
fois [...], nous allons avoir besoin de nouveaux salariés
dans les services à la personne et nous constatons des pénuries
de main-d'uvre dans certains secteurs ou certaines régions.
" Les chiffres lui donnent raison : la hausse annuelle de la
population active avoisinerait les 40 000 dès cette année
contre 180 000 en 2002. Cette baisse se conjugue avec le départ
en retraite de la génération du baby-boom. Mais pourquoi
s'en inquiéter ?
La situation
démographique et économique étant plus favorable
à Villepin que pendant la période Jospin, elle devrait
l'inciter à mener une politique ambitieuse de créations
d'emplois et de hausse des salaires, propice aux consultations sociales.
Or, malgré l'habillage très habile du chef du gouvernement,
les récents plans pour l'emploi ont choisi une autre direction.
D'abord, le passage en force est de mise : des ordonnances mettent
en place un contrat nouvelles embauches (CNE) en juin 2005. Un petit
groupe de travail de Matignon, chargé des questions de l'emploi,
concocte ensuite le CPE en catimini et l'impose. " Nous avons
lorgné vers le CNE parce qu'il donne de bons premiers résultats.
Il était donc logique d'avoir envie de l'étendre à
toutes les entreprises ", estime l'UMP Hervé Mariton,
membre de ce groupe de travail, qui a cogité aussi une "
stratégie de communication " anticipant une probable
confrontation sociale. Malgré le tollé syndical et
étudiant, la procédure d'urgence est utilisée
pour l'examen du projet de loi qui porte paradoxalement le nom d'"
égalité des chances " et instaure le CPE (voir
ci-contre). Et la perspective d'un mouvement social le 7 février
ne change en rien les discours gouvernementaux.
Les raisons
de cette entreprise de démolition du code du travail sont
à chercher, pour une part, dans la rivalité politique
qui oppose le Premier ministre à Nicolas Sarkozy. Dans la
compétition qui l'oppose au ministre de l'Intérieur
pour être le favori de son camp en 2007, Dominique de Villepin
en a oublié qu'il avait pris l'engagement d'évaluer
le CNE avant de précipiter son extension aux jeunes. Et les
choix gouvernementaux doivent beaucoup à l'idéologie,
plus qu'à la rationalité économique. La feuille
de route présentée par Dominique de Villepin en décembre
dernier prévoit que le contrat de travail soit coûte
que coûte sur la table des négociations, et les pistes
explorées sont le contrat unique, fusionnant CDD et CDI.
Le ministre de l'Emploi, Jean-Louis Borloo, confirme de son côté
qu'une nouvelle forme de CDI est à l'étude, avec le
mois de juin comme date butoir. La logique des plans pour l'emploi
est simple : plus de flexibilité génère plus
d'emploi, estiment les libéraux, ce qui leur fait dire que
le gouvernement est sur la bonne voie. Les ordonnances créant
le CNE pour les entreprises de moins de 20 salariés ont aussi
été accompagnées d'un décret relatif
au suivi de la recherche d'emploi qui durcit les conditions d'indemnisation.
La combinaison est certes conforme au dogme libéral selon
lequel une indemnisation du chômage trop généreuse
" désinciterait " les demandeurs d'emplois à
se porter sur le marché du travail, tandis que les rigidités
et le coût du travail trop élevé décourageraient
les employeurs d'embaucher. Mais les effets de cette politique de
l'offre dans un contexte de faible croissance économique
ont largement prouvé leur inefficacité.
Sous couvert
de " réhabiliter le travail ", la bataille pour
l'emploi de Dominique de Villepin et de son prédécesseur
mène inévitablement à plus de flexibilité
et de précarité, plutôt qu'à susciter
un boum de la création d'emploi. On l'a vu sous le gouvernement
Raffarin ; " jusqu'en mars 2004, le ministre de l'Emploi de
l'époque, François Fillon, a conduit une politique
d'inspiration libérale qui a eu pour effet de court terme,
faute de moyens et en période de faible demande, d'accélérer
la progression du chômage au lieu de l'endiguer ", met
en évidence Matthieu Lemoine, de l'Observatoire français
des conjonctures économiques (OFCE)(1). Cette politique s'est
notamment traduite par un assouplissement des 35 heures, un allongement
de la durée d'activité et une réorientation
des effectifs aidés du secteur non-marchand vers le secteur
marchand. Les rares marges de manuvre budgétaires ont
été consacrées à des exonérations
de charges supplémentaires, pour harmoniser les différents
Smic créés par les 35 heures... et à la baisse
du coût du travail. En réalité, ce n'est qu'après
l'échec des régionales en 2004 que des budgets supplémentaires
ont été débloqués pour enrayer le désastre,
avec le plan de cohésion sociale de Jean-Louis Borloo. Résultat,
depuis huit mois que le chômage recule, la baisse du nombre
de demandeurs d'emploi (158 000 pour la catégorie 1), paradoxalement,
ne se traduit pas par un afflux d'embauches. La réduction
du chômage est artificielle et s'accompagne d'une hausse spectaculaire
du nombre de personnes couvertes par les minima sociaux : au 31
décembre 2004, un peu plus de six millions de personnes (allocataires,
conjoints, enfants) étaient concernées. Quant à
la flexibilité, Dominique de Villepin lui-même souligne
que " 70 % des contrats sont des CDD, et la moitié de
ces contrats ne durent pas plus d'un mois ".
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de page
Contrat
première embauche, les jeunes sans illusions
Luc Bronner,
avec Antoine Albertini (à Bastia), Geoffroy Deffrennes (à
Lille), Hugues Daniel (à Bordeaux), Sophie Landrin (à
Lyon), Jean-Pierre Tenoux (à Besançon), Even Vallérie
(à Rennes).
Le Monde, 07-02-06
Bonnet blanc en laine enfoncé sur la tête, grand sourire
accroché aux oreilles, Sulay Djalo, 25 ans, juge le contrat
première embauche (CPE) "scandaleux" et "inacceptable".
Mais il ne répondra pas à l'appel des syndicats à
manifester, mardi 7 février, dans les rues parisiennes. Pas
le temps et pas de motivation suffisante : il se voit déjà
comme un "Indiana Jones" à devoir jongler entre
ses nuits de réceptionniste dans un hôtel à
Paris, ses heures de "pion" dans un collège et
son master de sciences de l'éducation à l'université
Paris-VIII à Saint-Denis. Alors, dénoncer la précarité,
s'inquiéter des conséquences matérielles des
deux années de période d'essai, pourquoi pas ? Mais
manifester, ce "jeune de banlieue" dit non.
Pour l'heure,
la rhétorique guerrière des syndicats ne galvanise
pas la jeunesse. Le CPE, on est naturellement contre quand on a
entre 18 et 26 ans et qu'on s'inquiète de sa future insertion
professionnelle. Mais, à la veille de la manifestation contre
le projet défendu par le gouvernement, ces critiques trouvent
un écho limité sur les campus, dans les lycées,
dans les entreprises. La "déclaration de guerre à
la jeunesse", comme la qualifie l'UNEF, le principal syndicat
étudiant, n'a pas encore donné lieu à la mobilisation
générale. Une vague inquiétude, quelques discussions
entre copains, mais la colère n'a pas débordé
le noyau dur des militants.
L'information
syndicale sur les conséquences du CPE n'a pas pénétré
toutes les consciences. La première fois qu'elle a vu une
affiche de l'UNEF, il y a quelques jours, Sarah Benkemoun, 19 ans,
en licence d'"info-com" à Paris-VIII, a cru qu'on
parlait des "conseillers principaux d'éducation".
Christophe Lenerand, 23 ans, étudiant en chimie à
Paris-VI, a seulement entendu parler du sujet la semaine dernière
lorsque Dominique de Villepin a été invité
au journal télévisé de France 2. Sa copine
de cantine, Céline Autran, 21 ans, également en chimie,
a bien lu quelques articles mais, chaque chose en son temps, elle
a surtout bossé ses partiels de janvier.
L'instauration
d'une période d'essai de deux années pendant lesquelles
le salarié de moins de 26 ans peut être licencié
sans motif est toutefois connue. Et vivement critiquée dans
son principe comme dans ses conséquences matérielles.
Loubna Belrhali, Bastiaise de 22 ans, évoque son expérience
personnelle pour condamner le CPE. Cette jeune femme issue d'un
milieu modeste a d'abord poursuivi des études de droit "en
pointillé" à la faculté d'Aix-en-Provence,
puis s'est tournée vers une formation courte - un brevet
de technicien supérieur de professions immobilières
-, qu'on lui avait présentée comme "une excellente
passerelle vers le monde du travail". Mais depuis qu'elle a
obtenu son diplôme, en mai 2005, elle n'est pas parvenue à
décrocher le moindre emploi dans l'immobilier.
"Le gouvernement
présente ces contrats comme des tremplins pour l'emploi,
mais c'est juste la promesse d'un éternel retour à
la case départ. Après avoir obtenu mon BTS, j'ai d'abord
enchaîné les inévitables stages qui ne débouchent
sur rien avant de me dire : 'Cherche dans un autre secteur !', raconte
la jeune femme. J'ai trouvé un emploi dans une boutique de
prêt-à-porter de luxe et, là, j'ai compris tout
de suite. Le jour de l'entretien d'embauche, je m'étais préparée,
levée tôt, j'avais bien révisé mon CV.
Ça a duré deux minutes ! Le 'recruteur' voulait juste
voir à quoi je ressemblais et m'a dit : 'De toute façon,
c'est un CNE', un contrat nouvelles embauches !" Elle n'imagine
pas "replonger" avec un CPE : "C'est typiquement
le genre de contrat qui n'offre aucune perspective à part
se retrouver dans un call-center pourri [centre d'appel téléphonique]
pendant dix-huit mois."
Pour les futurs
bénéficiaires du CPE, le contrat aggrave la relation
inégalitaire entre le patron et le salarié. "Je
crains les abus de pouvoir de l'employeur. Il pourra facilement
dire : si tu fais pas ça, je te vire. Il y aura une menace
permanente pour le salarié, qui pourra se faire licencier
du jour au lendemain", explique Sarah Benkemoun, dont les parents
financent les études. "La période d'essai est
difficile à vivre. Ça veut dire que, pendant deux
ans, on n'est pas dans une position d'égal à égal,
on est inférieur, on peut rien négocier, sur les salaires,
les vacances", note Céline Autran, qui étudie
sur le campus de Jussieu mais vit toujours chez ses parents à
Drancy (Seine-Saint-Denis).
François
Duriez, 21 ans, craint aussi le détournement de la loi par
les entreprises. Cet étudiant en histoire à Lille,
militant à l'UNEF et à la Jeunesse communiste depuis
six mois, en veut pour preuve l'attitude présente des patrons.
"J'ai été placé par une société
d'intérim chez un sous-traitant de Renault. Dans la législation
actuelle, un intérim est justifié par le remplacement
provisoire d'un salarié ou par l'accroissement temporaire
de la production. Mais je me suis vite aperçu que c'était
'mytho' [faux]. Quand je suis arrivé, j'ai bien vu que l'usine
tournait grâce à des intérimaires en masse,
sans cesse renouvelés. Et, parmi eux, rien que des jeunes.
Les seuls CDI étaient des salariés plus âgés."
Comme les autres,
Antoine Petitjean, jeune homme de 24 ans, qui rêve d'intégrer
l'école militaire de haute montagne à Chamonix ou
celle des sous-officiers d'active à Saint-Maixent, ne se
fait pas d'illusions. Là encore, c'est son expérience
personnelle qui parle, forgée dans son emploi de serveur
à mi-temps en CDI dans une pizzeria du centre de Besançon
(Doubs). "Chaque soir jusqu'à 2 heures du matin, six
jours sur sept, en salle fumeurs, ce qui fait plus de 35 heures
par semaine."
S'il devait
se retrouver sur le marché de l'emploi, Antoine sait qu'il
n'échapperait probablement pas au CPE. "Avec cette possibilité
de licencier pendant deux ans, certains employeurs pourraient se
montrer assez capricieux. Quand je bossais en intérim, il
y avait toujours cette même menace implicite : si tu ne fais
pas tout ce qu'on te demande, on ne te reprendra pas la semaine
prochaine ! C'est une sorte de rapport entre employés et
patrons auxquels on est habitués, mais, là, c'est
deux ans ininterrompus de pression qu'il faudrait accepter sans
certitude d'être gardé à l'arrivée."
Le profil de
Julien Mouazan, 23 ans, est radicalement différent, mais
son analyse est similaire. Le jeune homme a arrêté
ses études en 2004 pour fonder, à Rennes, 4com, une
microsociété qui achemine des SMS en nombre et conçoit
des sites Internet. "Ce qui me titille dans le CPE, c'est la
période d'essai de deux ans. A mon avis, on n'en a pas besoin
pour juger une personne, cela va simplement permettre au patron
d'avoir les coudées franches pour se séparer du salarié
à sa convenance." En patron soucieux de ses intérêts
économiques, Julien envisage toutefois de recruter un CPE
d'ici à la fin de l'année pour assurer le développement
commercial de son entreprise. "Mon associé et moi, nous
serons sans doute en mesure d'embaucher un premier salarié
avant la fin de l'année. Je crois qu'on le fera en CPE, car
il n'y a que des avantages pour l'entreprise. A part le fait que
le salarié puisse partir sans préavis au cours des
premiers mois."
Les jeunes,
déjà confrontés à la difficulté
de trouver un logement dans les villes universitaires, s'inquiètent
des réactions des banquiers et des bailleurs lorsqu'ils apprendront
qu'ils sont en période d'essai pour deux ans. "Pour
les jeunes qui ont des parents susceptibles de se porter garants
pour un logement, ça pourra fonctionner." Pour les autres,
Thibaut Cheron, 23 ans, étudiant à Bordeaux, militant
des jeunesses socialistes, prédit la galère. Il imagine
que beaucoup seront contraints de parcourir un véritable
chemin de croix dans la précarité, passant "de
périodes de stages à des CDD, puis à un CPE",
une façon, explique-t-il, de formater des individus dociles
: "Comment se syndiquer quand on peut être viré
sans raison ?"
Loubna Belrhali dénonce le statut d'une génération
éternellement "en période d'essai". "Le
problème de ces contrats est très simple : on trouve
un job facilement, mais on ne peut tout simplement pas en vivre.
Quel propriétaire accepterait de louer à quelqu'un
qui peut se retrouver sans boulot du jour au lendemain ? Quelle
banque va vous donner un crédit à la consommation
ou étudier avec vous des possibilités de découvert
? Pas d'appartement, pas de voiture, on ne peut prétendre
à rien." Pour ceux qui souhaitent fonder une famille,
il faudra attendre - ou prendre le risque de l'insécurité.
Justine Lambert,
20 ans, étudiante à l'Institut d'études politiques
de Lyon, s'est rendue à une assemblée générale
organisée par l'UNEF sur le campus et en est également
ressortie très inquiète. La jeune femme aux cheveux
bruns et aux yeux clairs rêve de travailler dans une ONG ou
une administration intervenant dans le domaine de l'environnement.
Mais dans quelles conditions ? Aujourd'hui, l'étudiante est
boursière, travaille l'été comme femme de ménage
ou blanchisseuse et habite dans un appartement avec une colocataire.
"Ses parents sont médecins, donc on n'a pas eu de mal
à trouver un logement, dit Justine. Sans elle, je n'aurais
jamais réussi. Il est devenu impossible à un jeune
sans garantie de trouver un logement sur Lyon." Elle craint
que ce statut ne se prolonge indéfiniment. "Le CPE instaure
une précarité pour tous les jeunes, les non-diplômés
comme les diplômés. Or jusqu'à présent
les diplômés parvenaient encore à trouver du
travail sans inéluctablement passer par des CDD." Elle
prévoit des difficultés pour cette jeunesse précarisée
: "Au lieu d'aborder la vie active avec l'idée de s'épanouir
dans le travail et de se projeter dans l'avenir, le CPE va soumettre
le jeune de moins de 26 ans à une pression terrible de son
employeur, qui pourra le licencier à n'importe quel moment,
sans motif. Cette mesure privera les jeunes de toute possibilité
de financer un projet. En ce sens, elle risque d'être complètement
contre-productive sur le plan économique. C'est un frein,
y compris pour la consommation."
Même sans
être engagé politiquement, personne ne se fait d'illusions
sur l'objectif du gouvernement. "Je ne crois pas au hasard
: la période d'essai dure deux ans, ce qui veut dire que
les licenciements auront lieu juste après l'élection
présidentielle", croit savoir Céline Autran en
pensant aux entreprises qui licencieront "après un an,
onze mois et trente jours". Derrière le CPE, donc, une
opération de réductions statistiques du chômage
: "Le gouvernement veut adoucir les sondages, dit joliment
Sulay Djalo. Comme c'est la guerre entre Villepin et Sarkozy, ils
veulent montrer qu'ils font quelque chose." Le jeune homme,
né en Guinée-Bissau, mais de nationalité française,
fustige l'opération de communication : "Les politiques
nous prennent pour des imbéciles. M. de Villepin, par exemple,
avait dit qu'il voulait tout changer en cent jours. On n'est pas
à Koh Lantah ! Ce n'est pas en quelques semaines qu'on peut
accomplir ce que des décennies de politiques de l'emploi
n'ont pu faire."
Ces jeunes ne
demandent pas le maintien du système actuel, qui conduit
à un taux de chômage élevé. Ils voudraient
des politiques beaucoup plus ambitieuses. "La solution ne passe
pas par la modification du droit du travail, mais par la relance
économique", affirme ainsi François Duriez. D'autres
évoquent une réforme d'ampleur de l'éducation
nationale pour mieux préparer à la recherche d'un
emploi. Plus globalement, Julien Mouazan, le jeune patron rennais,
juge la vision politique du monde du travail périmée.
"A droite comme à gauche, on a découragé
le travail depuis trente ans. Les métiers manuels ont été
dévalorisés." Lui n'hésite pas à
envisager une orientation radicalement différente en cas
d'échec de son entreprise : "Cela ne me dérangerait
pas de devenir plombier, quand je vois le planning de travail qu'ont
les artisans plusieurs mois à l'avance. Ils ont peut-être
mal aux genoux, mais ils ont du travail."
Le discours
de l'opposition parlementaire et syndicale ne convainc pas beaucoup
plus. La critique du gouvernement ne vaut pas plébiscite
pour la gauche. "Ce qui m'énerve, explique Justine Lambert,
c'est qu'aucun parti politique, aucun syndicat, n'est capable de
formuler des solutions alternatives." L'année prochaine,
elle poursuivra ses études dans une université au
Mexique. "Si je trouve un travail, je n'hésiterai pas
: je n'aurai aucune envie de rentrer en France."
haut
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Le
droit de retrait, "cri d'alerte" des enseignants
Martine Laronche / Le Monde, 04-02-06
LE DROIT DE
RETRAIT
a été appliqué à la fonction publique
en vertu d'un décret du 9 mai 1995 modifiant celui du 28
mai 1982 relatif à l'hygiène et à la sécurité
du travail. Il prévoit "qu'aucune sanction, aucune retenue
de salaire ne peut être prise à l'encontre d'un agent
ou d'un groupe d'agents qui se sont retirés d'une situation
de travail dont ils avaient un motif raisonnable de penser qu'elle
présentait un danger grave et imminent pour la vie ou la
santé de chacun d'eux".
L'EXERCICE DE CE DROIT
peut être soumis à appréciation : le 16 juin
2005, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté
la requête d'enseignants qui demandaient l'annulation d'une
décision du recteur d'académie de Versailles refusant
de leur reconnaître un droit de retrait. Les enseignants avaient
cessé le travail une semaine, estimant leur sécurité
- et celle des élèves - menacée à la
suite d'incidents.Mercredi 1er février, un professeur de
lycée professionnel de Bobigny, en Seine-Saint-Denis, était
frappé à coups de poing par un élève
en plein cours. Mardi 24 janvier, une professeure enceinte du collège
Lenain-de-Tillemont à Montreuil, dans le même département,
était agrippée violemment au cou alors qu'elle essayait
de retenir par la veste un élève de 6e qui n'avait
rien à faire dans sa classe.
Lundi 16 janvier,
une enseignante du lycée professionnel Camille-Claudel de
Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) était frappée par un
jeune extérieur à l'établissement, ce qui lui
a valu une luxation de l'épaule. Depuis l'agression d'une
enseignante à Etampes (Essonne), le 16 décembre, frappée
de plusieurs coups de couteau en plein cours, plusieurs faits de
violence graves se sont produits, le plus souvent dans des lycées
professionnels.
Face à
ces agressions, les professeurs, désemparés, invoquent
de plus en plus souvent leur "droit de retrait". Inscrit
dans le code du travail, celui-ci permet à un agent de cesser
le travail s'il a "un motif raisonnable de penser que sa situation
de travail présente un danger grave et imminent pour sa vie
ou pour sa santé".
Dans l'académie
de Créteil, selon nos recensements, des enseignants d'au
moins six établissements ont invoqué, en janvier,
le droit de retrait à la suite de violences, le plus souvent
en Seine-Saint-Denis. Le rectorat fait toutefois remarquer que les
violences physiques contre adultes dans les établissements
scolaires de l'académie sont plutôt stables, comparées
à celles de janvier 2005. Pour Bernard Saint-Girons, recteur
de l'académie, les actes de violence ne sont pas plus nombreux
depuis la rentrée 2005, mais "plus forts".
Dans la plupart
des cas, le droit de retrait invoqué par les enseignants
est considéré par leur hiérarchie comme abusif
au regard de la réglementation. Les professeurs concernés
sont le plus souvent considérés comme grévistes
et subissent donc des retenues de salaire. Malgré cette application
restrictive, de plus en plus d'enseignants d'établissements
difficiles voient dans ce droit le seul recours possible pour alerter
leurs autorités sur leur situation. "Le droit de retrait
est un cri d'alerte envers la hiérarchie", considère
Francis Berguin, secrétaire national du SNES, le principal
syndicat des enseignants du second degré.
Après
une semaine de droit de retrait, les cours ont repris, mercredi
1er février, au collège Lenain-de-Tillemont. Dans
l'amertume, car les enseignants ne se satisfont pas des propositions
de l'inspection d'académie. L'établissement devrait
bénéficier de trois emplois aidés supplémentaires
et être classé, à la rentrée 2006, dans
les 200 à 250 établissements jugés les plus
prioritaires. A ce titre, il bénéficiera de moyens
supplémentaires.
"De plus
en plus de mômes de 6e pètent les plombs, remarque
Jean Chambon, professeur d'histoire-géographie dans l'établissement
depuis 1999. La situation s'est dégradée depuis deux
ou trois ans."
Coups de pied
dans les portes, hurlements dans les couloirs, bagarres entre élèves
et insultes forment le quotidien de ces enseignants dont certains
associent le climat tendu des dernières semaines à
la crise des banlieues d'octobre-novembre. "On a alerté
à maintes reprises la hiérarchie, inspection d'académie,
recteur, ministre, maire ou conseil général, de la
situation, assure Thomas Vachellerie, professeur d'éducation
physique et sportive. Jusqu'à l'agression de notre collègue,
nous n'avions rien eu de concret, à part des belles paroles."
"Ce sont
surtout des femmes qui sont agressées, remarque Isabelle
Adrey, professeur d'histoire-géographie. Voir la peur de
mes collègues femmes m'est insupportable."
Les enseignants
ont élaboré un tableau de bord de l'établissement,
"situé dans un véritable ghetto urbain".
On y constate l'aggravation des conditions de vie des familles des
enfants accueillis dans le collège et la baisse des moyens
de surveillance. En 1999, il y avait 12 surveillants pour 418 élèves.
Aujourd'hui, il n'y en a plus que 9 pour 585 élèves,
assurent les enseignants. "Il nous faut des moyens pédagogiques
supplémentaires pour pouvoir continuer à fonctionner,
certainement pas des policiers", conclut Thomas Vachellerie.
En cessation
de travail du 23 janvier au 3 février, des personnels de
l'établissement scolaire Jean-Jaurès à Paris,
dans le 19e arrondissement, font état de dangers plus insidieux.
C'est un élève qui dit à une surveillante "Ta
gueule" ou "Je vais te foutre des coups de couteau dans
le cul", un autre qui menace un camarade au cutter, un autre
encore qui lève la main sur une surveillante après
avoir tenté de lui toucher la poitrine, des ateliers qui
ne sont pas aux normes de sécurité...
Etablissement
régional d'enseignement adapté (EREA), Jean-Jaurès
reçoit des jeunes de 12 à 20 ans environ qui concentrent
difficultés scolaires et sociales. "La violence concerne
avant tout les élèves, explique Jean-Louis Sarrato,
professeur des écoles. On ne peut plus assurer la sécurité
des enfants. Ils ont peur, et des délégués
d'élèves sont venus nous alerter le 18 janvier. Ça
fait un moment qu'entre nous, on se dit que ça va péter."
Nicolas Carteret,
enseignant spécialisé, raconte les jeux violents dans
la cour. Comme le "petit pont massacreur" au cours duquel
l'élève qui laisse passer la balle entre ses jambes
est roué de coups. Ou le "jeu de la bouteille"
: on la fait tourner au sol, celui qu'elle désigne est battu.
Les enseignants
ne se satisfont pas de l'annonce du rectorat qui leur accorde trois
emplois vie scolaire. "Nous voulons des personnels formés
et pas des jeunes recrutés sur un emploi précaire
sur le seul critère qu'ils étaient au chômage",
disent-ils. "A aucun moment, nous n'avons été
alertés de la situation dans cet établissement, note-t-on
au rectorat de Paris. Ces enseignants surfent sur des événements
graves comme l'agression à coup de couteau d'une enseignante
à Etampes. Ils seront considérés comme grévistes,
à l'exception de ceux qui exercent dans des ateliers vétustes
et en mauvais état."
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Bienvenue
dans un monde meilleur
Jean-Pierre Levaray / Le Monde libertaire #1422 du 19 au 25 janvier
2006
Jadis, c'était
dans les romans, les bédés ou les films de science-fiction
que nous découvrions des prospectives sur le futur nous annonçant
un monde policé: un monde où la télé
aurait un pouvoir extravagant; où nos faits et gestes seraient
surveillés; où l'armée serait présente
partout, de façon visible ou de façon insidieuse;
où les policiers auraient des pouvoirs disproportionnés,
etc. Aujourd'hui, inutile de se pencher sur des abstractions artistiques,
le monde militaro-policier promis est en passe de devenir notre
quotidien. Bien sûr les flics n'ont 'pas tout à fait
la tronche de Robocop, mais on s'en approche. Esthétiquement,
le monde, parce que plus grand qu'un écran de cinéma,
ne ressemble pas encore aux décors de Blade Runner ou de
Minority Report, tout comme Big Brocher a su se farder pour passer
plus facilement par le canal hertzien, mais ce n'est pas être
parano que de dire ça.
La vidéosurveillance ne se cantonne plus depuis longtemps
à des villes comme Levallois-Perret. C'est devenu un leitmotiv
électoraliste des maires. L'installation de caméras
est en cours dans un nombre de villes important et gageons que les
villes non encore pourvues, sauront trouver des associations de
" braves citoyens " qui demanderont plus de sécurité
et par-là même des caméras partout des halls
d'immeubles, aux centre-villes, en passant par les parkings d'hypermarchés.
Pourtant, les attentats de Londres de l'été dernier
ont prouvé l'inutilité de ce genre de surveillance,
puisque les caméras, omniprésentes dans la capitale,
n'ont pas permis d'empêcher les explosions.
Bientôt une nouvelle carte d'identité: le projet du
ministère de l'Intérieur, baptisé " INES
" (Identité nationale électronique sécurisée),
vise à créer une carte d'identité électronique
à éléments biométriques. Cette nouvelle
carte d'identité serait équipée d'une puce
électronique, lisible sans contact, et contiendrait des éléments
d'identification biométriques personnels (empreintes digitales
et photographie . numérisée). Ces éléments
numérisés seraient conservés dans un fichier
central. Réunissant plusieurs fonctionnalités, cette
carré constituerait un nouveau " Sésame ":
Sont. ainsi prévues non seulement une fonction d'identification
sécuritaire, mais aussi des fonctions de signature électronique
destinées à permettre, d'une part, l'accès
à des prestations administratives par Internet et, d'autre
part, l'authentification de transactions commerciales conclues par
voie électronique. Enfin, la carte d'identité inclurait
aussi un portefeuille électronique personnel permettant le
stockage volontaire de données diverses.
Ce qui veut dire la traçabilité des êtres humains
comme il y a celle de la viande ou des OGM. Quand on vous dit que
le meilleur des mondes est à notre porte.
Et ça ne fait que commencer.
Il serait utile d'ajouter le bracelet électronique, ce nouveau
gadget dont le principe a été validé par la
loi du 19 décembre 1997. Cette loi prévoit que le
bracelet électronique s'applique aux, personnes, condamnées
à moins d'un an de prison ou aux personnes dont le reliquat
de peine est de moins d'un an. Il peut aussi s'appliquer comme modalité
de la libération conditionnelle. En février 2000,
les députés ont étendu son application aux
prévenus comme alternative à la détention provisoire.
Désormais ce sont les juges qui proposent aux condamnés,
en fonction de leur capacité à prouver leur bonne
volonté, ce boulet électronique. Le consentement des
forçats modernes est obligatoire. La dernière loi
Perben a généralise le dispositif à 3 000 personnes
condamnées ou placées sous contrôle judiciaire.
On pourrait également parler des nouveaux drones miniatures,
présentés lors du dernier salon du matériel
militaro-policier. Ces avions sans pilote mais avec une caméra,
désormais beaucoup plus petits, peuvent être utilisés
dans les banlieues et espionner les émeutiers.
Mais tout cela ne reste que des gadgets. Ils sont efficaces aujourd'hui
parce qu'il y a des lois pour les accompagner. La loi Perben 2,
par exemple, augmente les pouvoirs des policiers et des juges, aggrave
les conditions d'incarcération et prolonge les gardes à
vue. Cette loi prévoit aussi la généralisation
de pratiques policières souterraines: l'infiltration de policiers
dans les réseaux; la notion de " délinquance
et de criminalité organisées " dérogatoire
au droit commun; la création de fichiers, etc.
D'autre part, en novembre 2005, en réponse aux émeutes
populaires des cités, l'État et ses représentants
parlementaires ont voté l'état d'urgence (alors que
les émeutes étaient terminées). Une réponse
répressive complètement disproportionnée, qui
n'a été appliquée que lors de la guerre d'Algérie
et en Nouvelle Calédonie en 1984. En fait, l'État
a utilisé ces émeutes pour se donner des pouvoirs
au cas où... Certes cet " État d'urgence "
a été levé le 3 janvier 2006, mais il s'agissait
d'un coup de semonce, histoire de montrer ce que peut mettre en
branle s'il se sent attaqué. Car on ne donne pas des pouvoirs
supplémentaires aux préfets et au ministre de l'Intérieur,
sans avoir des idées derrière la tête. Les préfets
pouvaient interdire sous forme de couvre-feu la circulation des
personnes ou des véhicules dans les lieux précis et
à des heures fixées par arrêté; ils pouvaient
instituer " des zones de protection ou de sécurité
où le séjour des personnes est réglementé
", interdire de séjour " toute personne cherchant
à entraver, de quelque manière que ce soit, l'action
des pouvoirs publics " . Le ministre de l'Intérieur
pouvait assigner à résidence toute personne "
dont l'activité s'avérait dangereuse pour la sécurité
et l'ordre public ". Le ministre de l'Intérieur ou les
préfets auraient pu " ordonner la fermeture provisoire
des salles de spectacle, débits de boissons et lieux de réunion
" et " les réunions de nature à provoquer
ou à entretenir le désordre " ainsi qu'"
ordonner la remise des armes de première, quatrième
et cinquième catégories ". Enfin, par disposition
expresse, le ministre de l'Intérieur et les préfets
pouvaient ordonner des perquisitions à domicile " de
jour et de nuit " et prendre " toute mesure pour assurer
le contrôle de la presse et de la radio ". Les perquisitions
pouvaient être faites sans le contrôle d'un juge).
Certes cela n'a été appliqué que sous un mode
homéopathique, mais il s'agissait d'un bâton brandi
pour pouvoir réprimer encore davantage.
Sous couvert de davantage de sécurité, tout cela ne
va que dans un seul sens: la répression de toutes dissidences
populaires, que ce soit celle des jeunes ou lors de conflits sociaux.
Ce sont des armes pour la guerre que veut mener l'État, pour
maintenir son ordre, pour que le capital (je sais, dire ces mots
fait ringard) continue à perdurer. Les sanctions contre le
mouvement social, contre les grèves dures mais aussi contre
les jeunes émeutiers (que ce soit les " jeunes de cités
" ou les lycéens) sont une preuve évidente de
cette volonté. Et ce n'est pas fini.
Certes, nous n'en sommes pas encore aux dictatures des feus-Pays
de l'Est ou de celles des Pinochet et consorts. Il n'y a pas encore
des chars d'assaut à chaque carrefour, pourtant cela gagne
petit à petit. Cela se fait par petites touches, de façon
insidieuse, pour qu'on ait le temps de s'habituer, que cela devienne
notre quotidien. Comme une sale habitude.
C'est un fascisme mou qui s'instaure...
De même, on peut penser que la répression des émeutes
de novembre 2005 n'était qu'un coup de semonce, juste une
façon de s'entraîner (hélicoptère surveillant
le territoire comme à Los Angeles, comparution immédiate,
dérives racistes du gouvernement), pour préparer le
terrain à une répression d'un véritable soulèvement
populaire. Ce n'est pas pour rien que les entraînements dans
les casernes de gendarmerie ou de forces d'intervention visent à
affiner des stratégies contre des manifestations de grande
ampleur et relativement violente.
Les gouvernants savent qu'avec une population en cours de paupérisation,
les raisons de se révolter ne vont pas manquer.
Pourtant, la révolte ne semble pas à l'ordre du jour.
Depuis des années, en réaction au chômage, à
la répression, aux pertes diverses et variées sur
le pouvoir d'achat, la retraite, la santé... et alors qu'un
mouvement social n'arrive pas à émerger, une grande
majorité des gens préfère s'enfermer dans (individualisme
et le repli sur soi. Cette réaction, liée à
une télévision qui ne fait qu'annoncer des catastrophes
actuelles ou à venir, des guerres qui s'enlisent, ou des
peuples en sursis, ne va pas dans le bon sens. Elle est même
le corollaire de l'état policier qui se profile. Puisque
seul chez soi, avec la peur des lendemains, il ne reste plus que
des aspirations à davantage de " sécurité
" : une sécurité pour les jours à venir
mais qui se transforme vite en sécurité policière
revue et corrigée parles gouvernements.
La tendance va être difficile à inverser. Retrouver
des réflexes de luttes collectives et proposer d'autres futurs
sont les seules réponses face à cette militarisation
de la société. C'est ce à quoi il faut s'employer.
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Nicolas
Sarkozy, Carrefour et la biométrie dans le collimateur des
Big Brother Awards"
Damien Leloup , avec AFP / Le Monde, 03-02-06
Cinq "récompenses" pour autant d'atteintes au droit
à la vie privée : l'organisation Big Brother Awards
établit chaque année un palmarès des personnalités,
des entreprises et des collectivités qui, à ses yeux,
menacent la liberté de chacun. Elle remettra, vendredi 3
février, ses cinq Orwells 2005. L'année dernière,
les Big Brother Awards avaient notamment distingué le fichier
national des empreintes génétiques, et une filiale
de TF1 spécialisée dans le traitement des images de
vidéosurveillance.
Dans le palmarès
des nominés 2005, la biométrie fait une entrée
en fanfare. Alors qu'elle n'avait qu'un seul "candidat"
l'an dernier (le passeport biométrique européen, qui
avait toutefois emporté l"'Orwell Europe"), l'identification
des êtres humains par des critères biologiques a réussi
le tour de force de placer sept de ses défenseurs dans la
liste. Le projet de passeport biométrique du ministère
de l'intérieur se retrouve ainsi en bonne position dans la
catégorie "Orwell Etats et élus", tandis
que deux directeurs de collège et un proviseur se disputeront
l'"Orwell localités" pour avoir installé
des systèmes d'identification biométriques dans les
cantines.
Au chapitre
des célébrités, le ministre de la justice,
Pascal Clément, déjà titulaire de l'Orwell
2004 "Etats et élus" pour son projet de bracelet
électronique, pourrait bien réussir un doublé
: il reste en effet nominé dans la même catégorie
que l'année dernière, pour les mêmes raisons.
D'autres ministres sont dans la liste : Xavier Bertrand, pour sa
réforme de l'assurance-maladie qui "met en péril
l'intimité des données de santé", selon
l'organisation, et surtout Nicolas Sarkozy, nominé à
la fois pour l'Orwell "novlangue" et l'Orwell "ensemble
de son uvre". Dans cette dernière catégorie,
il sera opposé à une autre personnalité, le
président de la Commission nationale de l'informatique et
des libertés (CNIL), Alex Türk, pour les "manquements
et omissions de la CNIL".
Côté
entreprises, ce sont des grandes marques qui sont montrées
du doigt. La grande distribution est en bonne place : Carrefour
et Lidl sont nominés pour leurs politiques de vidéosurveillance
des employés. Les deux mastodontes trouveront en face d'eux
une filiale de la SNCF, Canal+, ou encore AXA et Groupama.
Le jury, qui
accueille notamment cette année Andy Bichlbaum, l'un des
fondateurs des Yes Men (des activistes altermondialistes), remettra
également son prix Voltaire, qui récompense des initiatives
de défense de la vie privée. Sans surprise, on trouve
dans la liste des nominés deux collectifs anti-biométrie.
Verdict à 20 h 30, vendredi 3 février, à la
Maison des arts urbains, à Paris.
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L'identité
biométrique à la française
Le Monde, 29-12-05, Stéphane Foucart
Le ministère
de l'intérieur a revu sa copie. Fin janvier 2005, la Place
Beauvau avait mandaté une association paragouvernementale
- le Forum des droits sur l'Internet - pour organiser un débat
national sur la première version de son projet de carte nationale
d'identité électronique et biométrique. Le
projet, baptisé "Identité nationale électronique
sécurisée" (INES), avait fait l'objet de nombreuses
critiques lors de la remise du rapport du Forum, cinq mois plus
tard (Le Monde du 17 juin 2005).
Refondu, INES
demeure en suspens sur certains points de détail, mais ses
grandes orientations sont désormais stables. Principale évolution
: la future carte ne sera pas obligatoire, contrairement à
ce qui avait été envisagé en première
instance. Le réexamen du projet ayant pris plusieurs mois,
le nouveau titre ne devrait être mis en circulation que vers
la fin 2008 et non courant 2007. Quant au passeport biométrique,
originellement intégré au projet INES, il est soumis
aux exigences d'un calendrier établi par l'Union européenne
et les Etats-Unis et devrait entrer en service, dans une première
version, dès 2006.
La future carte
comprendra, comme prévu, une puce électronique lisible
sans contact, dans laquelle seront stockés l'état
civil du titulaire, sa photo numérisée et six à
huit de ses empreintes digitales. Du fait du caractère "sans
contact" de la puce, l'une des craintes exprimées était
de voir se développer le contrôle d'identité
à distance et à l'insu des intéressés.
Un dispositif de "déverrouillage" de la puce a
ainsi été ajouté. "Pour qu'un appareil
puisse lire la puce, il faut qu'il ait eu auparavant accès
à une clé qui figure sur la piste optique de la carte.
Sans ce code, la puce reste "muette", explique Sophie
Planté, l'une des responsables du projet. Cela rend techniquement
impossible l'accès à la puce si le titulaire n'a pas
sciemment présenté son titre." En outre, la lecture
sans contact est limitée, précise Mme Planté,
à une distance d'environ 1 centimètre.
Une autre critique
formulée par les associations de défense des libertés
concernait la mise sur pied d'une base de données centrale
de la population. Avec, à la clé, la possibilité
de remonter, grâce à cette base, d'une empreinte anonyme
vers l'identité de son "propriétaire". Les
associations plaidaient pour un système décentralisé
dans lequel les données biométriques seraient uniquement
stockées localement, sur la puce.
En dépit
des craintes de dérives, cette option a été
écartée par les concepteurs du projet, qui demeurent
attachés au principe de la centralisation des données.
"Sans base centrale, argumente Philippe Sauzey, directeur du
programme INES, il serait impossible d'être certain qu'une
même personne ne dispose pas d'identités multiples
et, à l'inverse, qu'une seule identité n'a pas été
attribuée plusieurs fois." De son côté,
Mme Planté précise que "Tout ce que nous allons
faire, c'est compléter le fichier actuel, qui contient les
données alphanumériques figurant sur chaque carte,
par deux autres fichiers : l'un contenant les empreintes digitales,
l'autre la photographie numérisée".
L'accès
au fichier des empreintes digitales sera interdit, sauf autorisation
d'un juge ou d'un procureur. En outre, la traçabilité
de cet accès est prévue et "le fonctionnement
du système sera contrôlé par une autorité
indépendante qui pourra être la Commission nationale
de l'informatique et des libertés (CNIL)", ajoute Daniel
Canepa, secrétaire général du ministère
de l'intérieur.
Pour compléter
ce dispositif, les auteurs du projet réfléchissent
à l'instauration d'un système permettant aux détenteurs
de la carte d'être informés, via Internet par exemple,
de toute consultation des données les concernant. "Cela
existe en Belgique, précise M. Sauzey, où la carte
d'identité électronique, qui est obligatoire, est
identifiée par un numéro unique utilisé par
toutes les administrations." Une telle "optimisation administrative"
n'est pas inscrite au projet INES, qui, rappelle Mme Planté,
"a pour seul et unique but de sécuriser les titres d'identité".
Pour autant,
des fonctions annexes sont prévues. Un segment de la puce
sera réservé à un certificat d'authentification
électronique qui permettra de sécuriser, sur Internet,
des transactions commerciales ou des téléprocédures
administratives. Un lecteur de carte à puce ad hoc branché
à un ordinateur personnel permettra d'utiliser cette fonctionnalité.
Les conclusions du Forum des droits sur l'Internet étaient
pourtant relativement hostiles à l'adjonction de ces services
annexes, considérant qu'ils ne devaient pas figurer sur une
carte d'identité nationale.
"Les citoyens
produisent aujourd'hui principalement leurs titres d'identité
pour des usages privés, paiement par chèque ou retrait
d'un pli recommandé par exemple, dit Mme Planté. Il
nous a semblé illogique de ne pas offrir les mêmes
services pour les échanges dématérialisés."
La création d'un module supplémentaire sur la puce
garantissant que le titulaire est majeur est également à
l'étude.
Outre les caractéristiques
techniques du titre, les modalités de son attribution seront
également revues. Le projet originel prévoyait que
seuls 350 points du territoire seraient équipés du
matériel d'acquisition d'empreintes, pour des questions de
coût. Des réflexions sont engagées pour étendre
la couverture du territoire.
La question
est à double tranchant : plus nombreux seront les points
de délivrance, plus la probabilité d'erreurs sera
grande. Le principal risque réside dans la première
attribution du titre : il sera difficile à un citoyen de
recouvrer son identité si celle-ci a été attribuée,
en première instance, à une autre personne. Les premières
empreintes digitales déposées pourraient faire foi.
"Nous sommes conscients de ce risque et nous travaillons à
la mise en uvre de procédures pour sécuriser
au mieux cette opération, dit M. Sauzey. Mais, en tout état
de cause, nous sommes attachés à ce que demeure le
principe selon lequel "l'identité se prouve par tous
moyens"."
Une question
demeure. Celle de la nécessité de ce projet, né
en 2001 sous le nom "Titre fondateur" et dont le budget
annuel s'élève à plus de 200 millions d'euros.
Car, pour l'heure, aucune étude n'évalue précisément
le coût et l'ampleur de la fraude à l'identité,
contre laquelle doit lutter le projet INES. De telles études
sont en cours, mais un autre paramètre est pris en compte
: "Nous sommes dans une situation où, par nos décisions,
nous pouvons handicaper ou non le savoir-faire industriel français,
qui est, dans ce domaine, considérable", dit M. Canepa.
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Les
jeunes sont les premières victimes du mal-logement
Le Monde, 03-02-06 / Bertrand Bissuel
Malgré
l'augmentation du nombre d'habitations mises en chantier (+ 13,1
% en 2005), qui a atteint des niveaux inégalés depuis
le début des années 1980, quelque trois millions de
personnes souffrent du "mal-logement".
Les jeunes en
sont particulièrement victimes, comme le montre la Fondation
Abbé Pierre (FAP) dans son rapport annuel, publié
mercredi 1er février.
Les 15-30 ans
"subissent plus violemment que d'autres une double crise",
souligne l'association : celle, tout d'abord, du marché du
travail. Environ 20 % des moins de 25 ans actifs sont au chômage
; dans deux cas sur trois, l'accès à l'emploi est
synonyme de contrats précaires pour cette tranche d'âge.
Les jeunes doivent
aussi composer avec "une offre de logement limitée et
inadaptée". De plus en plus nombreux à rechercher
un toit, ils sont, bien souvent, "orientés" vers
de petits appartements du parc privé, qui affichent des prix
au mètre carré parmi les plus élevés.
Beaucoup ne
parviennent même pas à trouver un toit ou à
payer un loyer : en 2002, 55 % des jeunes de 19 à 26 ans
déclaraient vivre chez leurs parents ; plus des trois quarts
indiquaient qu'"ils n'avaient pas les moyens d'envisager de
décohabiter", rapporte la FAP.
Le phénomène
est particulièrement visible pour les jeunes "qui ont
connu l'échec scolaire, les difficultés d'insertion
professionnelle, les ruptures familiales"... Mais il n'épargne
pas les étudiants et ceux qui sont "intégrés
socialement et économiquement". Résultat : les
dépenses liées au logement grèvent leur budget,
des couples sont dans l'impossibilité d'emménager,
etc.
"Faute
d'une offre locative accessible", certains se rabattent, contraints
et forcés, sur la colocation ou sur l'acquisition d'une habitation,
quitte à emprunter sur vingt-cinq ans ou à solliciter
"l'épargne familiale quand c'est possible", constate
la Fondation.
Mais ces "stratégies
de contournement" ne sont pas à la portée de
tout le monde. Il n'est pas étonnant, dès lors, de
retrouver un nombre grandissant de jeunes en errance : plus d'un
tiers des personnes sans domicile ont entre 18 et 29 ans, alors
même que cette tranche d'âge ne représente que
23 % de la population générale.
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Les
principales mesures de l'avant-projet de loi sur l'immigration
Laetitia Van Eeckhout / Le Monde, 08-02-06
En lien avec
les différents ministères concernés, la Place
Beauvau met la toute dernière main à l'avant-projet
de loi sur l'immigration que Nicolas Sarkozy devrait présenter,
jeudi 9 février, lors du comité interministériel
de contrôle de l'immigration. La logique d'"immigration
choisie et non plus subie" prévaut, concept dont le
ministre de l'intérieur entend faire le "principe fondateur
de la nouvelle politique d'immigration".
L'immigration de travail. Par arrêté, le principe de
l'opposabilité de la situation de l'emploi pourra être
remis en cause pour les professions et dans les bassins d'emploi
en proie à des pénuries de main-d'oeuvre. L'étranger
se verra alors délivrer une carte de séjour temporaire
d'un an, renouvelable sur la durée de son contrat de travail.
A moins qu'il y ait rupture du contrat, auquel cas elle lui sera
retirée.
Par ailleurs,
le projet de loi crée un nouveau titre de séjour "compétences
et talents", d'une durée de trois ans, renouvelable.
Cette carte sera délivrée à l'étranger
"susceptible de participer, du fait de ses compétences
et de ses talents, de façon significative et durable au développement
de l'économie française ou du pays dont il a la nationalité".
Sont concernés les scientifiques, les intellectuels, les
créateurs d'entreprise, les artistes, les sportifs de haut
niveau, les cadres à haut potentiel.
Des étudiants
triés sur le volet. Les étudiants feront l'objet d'une
sélection multicritère (filière, nationalité,
niveau d'études...). Les élus bénéficieront
de plein droit d'une carte de séjour d'un an, ou d'une durée
pouvant aller jusqu'à quatre ans s'ils s'engagent dans un
cycle pour obtenir le grade de master. Ces derniers seront favorisés
: ils pourront obtenir, à la fin de leurs études,
un titre de séjour de six mois pour recherche et occupation
d'un emploi. Mais ce, précise-t-on dans l'entourage du ministre,
"au regard de leur projet professionnel, de leur projet de
retour et des conditions dans lesquelles ils envisagent de participer
au développement de leur pays".
Instauration
du principe de quotas. Le terme de quotas, refusé par l'Elysée
et Matignon, n'apparaît pas dans le projet de loi, mais le
principe est posé : ainsi, le gouvernement devra tous les
ans, dans son rapport sur les orientations de la politique d'immigration
remis au Parlement, indiquer "à titre prévisionnel
le nombre, la nature et les différentes catégories
de visas de long séjour et de titres de séjour"
pour les trois années suivantes, "en distinguant en
particulier l'admission au séjour aux fins d'emploi, aux
fins d'études et pour motifs familiaux" et "en
tenant compte de la situation démographique de la France,
de ses perspectives de croissance, des besoins de son marché
de l'emploi et de ses capacités d'accueil" en matière
de logement, d'éducation, de services publics.
Une nouvelle
mesure d'éloignement : l'obligation de quitter le territoire.
L'administration pourrait désormais assortir sa décision
de refus ou de retrait d'un titre de séjour d'une "obligation
à quitter le territoire français". L'étranger
n'aura alors plus que quinze jours, contre un mois actuellement,
à compter de la notification de la décision de l'administration,
pour déposer un recours, suspensif, devant le tribunal administratif.
Un durcissement
des conditions du regroupement familial. Le projet de loi réévalue
encore à la hausse les critères du regroupement familial
en termes de ressources et de logement et il allonge à dix-huit
mois, contre douze aujourd'hui, le délai de séjour
en France requis pour en faire la demande.
Des mariages
mixtes plus strictement encadrés. Pour obtenir une carte
de séjour temporaire, les conjoints de Français devront
justifier d'un visa long séjour de plus de trois mois. Par
ailleurs, ils devront attendre trois ans et non plus deux ans pour
demander une carte de résident. Et celle-ci ne leur sera
plus attribuée de plein droit : ils devront justifier de
leur "intégration républicaine" dans la
société française. Enfin, la durée de
communauté de vie leur permettant de demander la nationalité
française passerait de deux à quatre ans si leur couple
réside en France et de trois à cinq ans si leur couple
réside à l'étranger.
Des régularisations
au cas par cas. Le projet de loi prévoit d'abroger la disposition
prévoyant la délivrance d'une carte de séjour
à l'étranger vivant de façon habituelle en
France depuis plus de dix ans. "Les régularisations
resteront possibles mais se feront au cas par cas", indique
l'entourage de Nicolas Sarkozy.
La régularisation
sur fondement de la vie privée et familiale serait désormais
très encadrée : l'étranger devrait dorénavant
apporter la preuve de liens personnels et familiaux "anciens,
stables et intenses", et justifier de ressources "stables
et suffisantes pour subvenir à ses besoins" et d'un
logement "considéré comme normal pour une famille
comparable vivant en France", ainsi que de son "intégration
républicaine". Cette "condition d'intégration
républicaine" deviendrait désormais une condition
quasi générale d'attribution de carte de séjour,
temporaire ou permanente.
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