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Gilles de
Robien maintient son projet de police à l'école
Le Monde, mardi 10 janvier 2006
Je suis très
favorable à ce qu'il y ait des permanences policières
[dans les établissements scolaires]", et ce "à
condition que le chef d'établissement, que le conseil d'administration
soient d'accord", a déclaré à nouveau
le ministre de l'éducation nationale, Gilles de Robien, lors
du Grand Jury Le Figaro-RTL-LCI, dimanche 8 janvier. Le ministre
de l'éducation prépare actuellement une circulaire
pour "clarifier" la possibilité d'ouvrir ce type
de permanences dans les lycées et collèges.
"Il n'y
a pas de honte à ce que les services publics travaillent
ensemble et dans des lieux communs", a déclaré
Gilles de Robien. "Il n'est pas anormal que, devant une priorité
qui doit être éducative, on fasse tout ce qu'il faut
avec les services publics de l'Etat pour que la transmission du
savoir puisse avoir lieu", a-t-il insisté, ajoutant
que "le prix de cette sérénité" peut
passer par "une fois, deux fois, trois fois par semaine, la
présence d'un policier en civil qui tienne une permanence
dans un bureau pour que les professeurs puissent davantage confier
leurs craintes, et le cas échéant leurs soupçons".
Le ministre n'a, en revanche, pas précisé le projet
d'antennes judiciaires dans les lycées.
Gilles de Robien
a lancé dimanche l'idée de former les professeurs
à enseigner deux matières afin d'"optimiser l'Education
nationale"."Je crois qu'on pourrait donner aux élèves
enseignants, et donc aux enseignants, peut-être plus d'une
matière à enseigner. C'est la bivalence", a déclaré
le ministre de l'éducation nationale lors du Grand Jury RTL-LCI-Le
Figaro.
Cette "bivalence"
serait mise en place "à moyen terme" dans le cadre
d'une réforme des instituts universitaires de formation des
matres (IUFM) à laquelle le ministre réfléchit.
"Nous dirons peut-être dans cette réforme des
IUFM qu'elle doit permettre à des enseignants de savoir enseigner
deux matières. Peut-être le français avec l'histoire,
peut-être des sciences avec les mathématiques",
a expliqué Gilles de Robien.
Des expériences
de bivalence ont déjà été tentées
dans les années 1980, avant d'être abandonnées,
avec les professeurs d'enseignement général de collège.
Gilles de Robien
a assuré, dimanche 9 janvier, qu'au vu des éléments
à sa disposition il n'y avait pas eu de faute à l'origine
de l'agression à coups de couteau d'une enseignante au lycée
professionnel Louis-Blériot d'Etampes (Essonne) en décembre
2005."Ce que je sais, ce que je peux dire ce soir, avec des
éléments objectifs, c'est qu'il n'y a pas de fautes
caractérisées ou de fautes graves dans cet établissement
qui auraient pu, le cas échéant, entraîner cela",
a déclaré le ministre de l'éducation nationale.
Selon lui, "en aucun cas, on ne pouvait imaginer un risque,
et surtout un risque aussi grave."
Le ministre
a reconnu que l'enseignante avait fait des signalements avant le
drame, mais il a laissé entendre que l'intéressée
n'avait pas réclamé de sanctions. Gilles de Robien
a précisé qu'outre l'enquête judiciaire en cours
sous l'autorité du procureur de la République, son
ministère menait une enquête administrative dont les
conclusions doivent lui être remises "mardi ou mercredi".
"Je ne laisserai aucune zone d'ombre sur un cas aussi important
et douloureux", a promis le ministre de l'éducation.
Après
l'agression de la professeure d'arts plastiques Karen Montet-Toutain
en plein cours par un élève le 16 décembre,
les professeurs avaient usé de leur droit de retrait. Les
400 élèves du lycée ont finalement repris les
cours lundi matin. - (Avec AFP)
Fin décembre,
au lendemain de l'agression au couteau d'une enseignante par un
de ses élèves en plein cours, à Etampes (Essonne),
le ministre avait annoncé qu'il envisageait d'installer à
l'intérieur des établissements des "permanences
police-justice" .
Interrogé
sur la manière de ramener vers l'école les jeunes
en échec scolaire grave ou en rupture, il a estimé
que "rien ne serait pire que de faire une grande loi de plus".
"C'est en diversifiant l'offre d'éducation qu'on arrivera
à intéresser le plus possible de jeunes à s'instruire",
a-t-il argumenté, citant l'acquisition du socle commun de
connaissances et compétences à maîtriser en
fin de troisième, comme "une des réponses à
l'absentéisme et la violence".
LA PRÉSENCE
D'ADULTES EST "INDISPENSABLE"
Alors que le budget 2006 supprime des postes d'enseignants et réduit
les recrutements, Gilles de Robien a jugé indispensable "la
présence d'adultes dans les établissements scolaires"
notamment les plus difficiles. Le ministre a justifié ces
suppressions de 2 083 postes d'enseignants dans les collèges-lycées
annoncées la semaine dernière par des variations démographiques.
Sur la baisse
de postes aux concours de recrutement d'enseignants, annoncée
pendant les vacances de Noël, il a assuré que, si 7
500 nouveaux enseignants de moins seront recrutés (6 000
en collèges-lycées, 1 500 en primaire), il allait
"embaucher en 2006 dans le primaire et limiter la hausse dans
le secondaire". Il a rappelé que 300 postes supplémentaires
d'infirmières et 5 000 postes d'assistants pédagogiques
seraient créés en 2006.
Selon lui, les
réactions des organisations syndicales, qui l'ont accusé
d'"abdiquer toute ambition éducative", "peuvent
être extrêmement sévères, plus sévères
en général que la réalité". "Les
syndicats disent en général : 'on manque de moyens'
; je crois qu'on peut sortir du dilemme des moyens, l'éducation
nationale, c'est du quantitatif mais aussi du qualitatif",
a soutenu M. de Robien.
Il a ainsi cité
la possibilité pour les élèves de troisième
de faire trois heures hebdomadaires de découverte professionnelle,
le dédoublement des classes de langue vivante en terminale,
ou encore la réforme de l'IUFM (Institut universitaire de
formation des maîtres) afin que les jeunes soient mieux former
à l'enseignement.
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"La classe devient un lieu de plus en plus violent"
Entretien avec Eric Debarbieux
Le Monde, jeudi 5 janvier 2006
L'agression
d'une enseignante durant un cours, au lycée professionnel
Louis-Blériot d'Etampes (Essonne), le 16 décembre
2005, est-il le signe d'un durcissement de la violence en milieu
scolaire ?
Cet événement dramatique est symptomatique de l'état
de solitude dans lequel vivent les enseignants. A l'école,
les gens qui se font agresser sont le plus souvent des victimes
de remplacement, des boucs émissaires. En criminologie, on
parle de la théorie de la disponibilité des cibles.
Les victimes isolées sont plus vulnérables. C'est
la même chose pour les enseignants qui ne bénéficient
pas de la protection du groupe.
On constate une augmentation réelle de la violence scolaire
depuis 1996. Pas partout, mais dans les zones où l'inégalité
sociale est la plus forte. Depuis la fin des années 1990,
on a également noté une augmentation de cette violence
dans son intensité. Cela s'explique par le fait qu'il s'agit
plus souvent d'une violence de groupe, de bande. Les victimes sont
le plus souvent des élèves, mais ce constat vaut aussi
pour les enseignants. La salle de classe devient un lieu de plus
en plus violent.
Comment expliquez-vous cette solitude des enseignants ?
Les chefs d'établissement ont parfois tendance à ne
pas vouloir faire de vague, par peur notamment de nuire à
la réputation de leur établissement. Pourtant, l'expérience
montre que, lorsqu'il y a menace de mort, il faut dramatiser tout
de suite, tirer le signal d'alarme. Ensuite, les enseignants ne
sont pas préparés à travailler en équipe,
au contraire. Il faut s'attaquer au problème de leur formation.
De plus, le système national d'affectation des professeurs
du second degré est catastrophique. De jeunes enseignants
inexpérimentés arrivent dans des établissements
difficiles, où ils n'ont qu'une envie : partir. Cela conduit
à un turn-over de plus de 60 % des enseignants, chaque année,
dans certains collèges.
Enfin, il y
a une forte ségrégation en France entre, d'un côté,
le maintien de l'ordre, qui incomberait notamment aux conseillers
principaux d'éducation, et, de l'autre, celui de la transmission
des savoirs.
Le ministre de l'éducation a déclaré réfléchir
à des permanences de la police et de la justice et à
l'installation de portiques de sécurité dans les établissements
scolaires.
Cette méthode suppose que la violence est un phénomène
qui vient principalement de l'extérieur, ce qui est totalement
surréaliste.
La violence vient d'abord de l'intérieur : ce peut être,
au départ, une ambiance qui se dégrade, des rapports
qui se tendent au sein de la classe, avec une certaine responsabilité
de l'institution scolaire. Cette question ne peut pas être
résolue par la simple présence de personnalités
extérieures dans l'établissement. Le choix de cette
seule méthode supposerait un abandon total de ce qu'on connaît
des pratiques de prévention par l'école elle-même.
Les recherches
et les évaluations internationales ont montré que
les systèmes de vidéosurveillance ou de détecteurs
de métaux n'étaient pas efficaces. Ils peuvent même
avoir un effet inverse. Je ne suis pas contre la présence
de policiers dans les écoles par principe, s'il s'agit d'une
vraie police de proximité qui a tissé des liens avec
le quartier. Mais il faut être très prudent et ne pas
risquer d'envenimer la situation avec une politique de répression.
Je vous rappelle toutefois qu'on a mis de côté, en
France, l'expérience d'une police de proximité en
2002.
Chaque ministre de l'éducation nationale avance un plan pour
lutter contre la violence scolaire...
Les politiques publiques contre les violences scolaires ne peuvent
être simplement réactives à un événement.
A chaque agression spectaculaire succèdent des annonces.
J'ai vu l'affolement des cabinets ministériels face à
de telles situations. Il y a là un manque de vision globale.
A un problème complexe, on veut apporter une solution simple.
Mais un plan national qui n'est pas relié aux acteurs de
terrain a peu de chances d'aboutir.
Vous organisez la troisième conférence mondiale sur
la violence à l'école, du 12 au 14 janvier, à
Bordeaux. Quelle est la situation de la France par rapport aux autres
pays ?
Il ne s'agit pas de faire un hit-parade de la lutte contre la violence
scolaire. La France a ses points forts et ses points faibles. C'est
un des rares pays au monde à avoir mis en place un système
de statistiques nationales sur les violences scolaires, aussi imparfait
soit-il.
En revanche, notre pays se distingue par une montée de la
violence anti-institutionnelle plus forte qu'ailleurs. Une des impasses
françaises réside également dans le fait que
l'établissement scolaire est déconnecté de
la communauté de voisinage. Or, la proximité de l'école
par rapport au quartier est un des points forts de la lutte contre
la violence scolaire.
Nous sommes
au contraire dans une crispation identitaire de l'institution, des
enseignants. Plus qu'ailleurs, ceux-ci expriment une méfiance
à l'égard des parents d'élèves. Au lieu
d'avoir une action commune, on recherche un coupable. On se prive
ainsi des meilleurs alliés possibles.
Propos recueillis par Martine Laronche
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Menaces :
Robien invite les enseignants à porter plainte
Marie-Joëlle GROS
Libération, jeudi 12 janvier 2006
Gilles de Robien
demande aux enseignants de ne "jamais hésiter à
porter plainte" lorsqu'ils font l'objet de menaces et de ne
pas se limiter à en informer leur hiérarchie, comme
l'avait fait Karen Montet-Toutain, 27 ans, l'enseignante d'Etampes,
en Essonne (Libération d'hier). En présentant ses
voeux à la presse, le ministre de l'Education a maintenu
qu'"il n'y a pas eu de faute grave de l'administration"
au lycée professionnel Louis-Blériot. Un rapport de
l'Inspection générale devrait lui être remis
la semaine prochaine.
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Violence
et école
Editorial, Le Monde, dimanche 15 janvier 2006
A son tour,
le gouvernement Villepin est confronté au casse-tête
de la violence à l'école dans les quartiers difficiles,
dont elle est le triste apanage. Dans le cas de l'école,
en effet, le lien entre violence et difficultés sociales
et économiques est avéré. A chaque agression
spectaculaire, les gouvernements annoncent, dans la précipitation,
des plans pour endiguer le phénomène. Ainsi, après
les coups de couteau qu'une enseignante d'Etampes a reçus
d'un élève, le 16 décembre 2005, l'actuel ministre
de l'éducation nationale, Gilles de Robien, s'est dit prêt
à envisager des permanences de la police et de la justice
dans les établissements scolaires.
Cette annonce
procède d'une logique de "sanctuarisation" de l'école
qui tend à accréditer l'idée que l'ennemi viendrait
de l'extérieur. Or toutes les études montrent que
la violence est d'abord un phénomène interne, qui
se développe quotidiennement dans les établissements.
Si l'augmentation de cette violence reste limitée, elle est
d'autant plus difficile à maîtriser que les équipes
pédagogiques des zones sensibles sont instables. Le ministère
nomme de jeunes professeurs inexpérimentés qui, pour
beaucoup, tentent de quitter ces établissements le plus vite
possible. Or, d'après des recherches menées au Etats-Unis,
une mobilité importante des enseignants est davantage associée
à la violence que les difficultés des parents.
Au surplus,
ces enseignants apparaissent très seuls et démunis.
Ils ont choisi l'enseignement par amour de leur discipline ; ils
se retrouvent dépassés par leurs élèves
et confrontés à des rapports de forces au sein de
leurs classes. Mais l'idée selon laquelle les professeurs
auraient pour seule mission la transmission des savoirs, idée
très solidement ancrée en France, est une illusion.
La France est le seul pays à avoir des conseillers principaux
d'éducation chargés de la discipline, tandis que les
futurs enseignants, pendant leur cursus, n'apprennent rien, ou si
peu, sur la gestion des classes difficiles.
La comparaison
avec les expériences étrangères montre pourtant
que cette gestion est essentielle. La répression n'empêche
pas la violence de la part d'élèves qui, de toute
façon, passent à l'acte parce qu'ils ont perdu leurs
repères. L'efficacité commanderait plutôt d'établir
une "routine de la prévention", selon la formule
du sociologue Eric Debarbieux.
Des facteurs
sur lesquels l'école n'a pas de prise font que, dans les
quartiers touchés par la violence, certains parents ont de
plus en plus de mal à assumer leur part du devoir éducatif.
Il est donc essentiel que les enseignants acceptent de contribuer
à pallier cette carence. A charge pour les pouvoirs publics
de les aider à franchir le pas. En donnant l'impulsion et
les moyens, en consacrant à la discussion le temps et l'énergie
qu'il faudra, il faut aider le monde enseignant à accepter
une révolution intellectuelle devenue indispensable.
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La solitude
des enseignants face aux violences des élèves
Catherine Rollot
Le Monde, dimanche 15 janvier 2006
Enseigner la
peur au ventre. Le témoignage de Karine Montet-Toutain, la
professeur d'arts appliqués agressée par un de ses
élèves à Etampes (Le Monde du 12 janvier),
a révélé un désarroi que beaucoup de
professeurs partagent. Le sujet est tabou. L'éducation nationale
a du mal à s'avouer que ceux qu'elle forme à transmettre
les savoirs peuvent se sentir désarmés et seuls face
à des classes difficiles.
Pourtant, arriver
à "tenir ses élèves" ne s'improvise
pas et constitue même le principal souci des enseignants entrant
dans le métier. Laurence Janot, maître de conférences
à l'institut de formation des maîtres (IUFM) d'Aquitaine,
s'est intéressée aux appréhensions des jeunes
professeurs stagiaires dans des établissements situés
en zone d'éducation prioritaire (ZEP). Elle a présenté
ses travaux à l'occasion de la troisième conférence
mondiale sur la violence à l'école, qui s'est tenue
du 12 au 14 janvier à Bordeaux. Son constat est sans appel.
53 % des interrogés craignent de manquer de compétences
relationnelles, 27 % de ne pas être soutenus par leurs collègues
ou leur direction, 14 % d'être victimes de violences et seulement
6 % de ne pas maîtriser leur matière.
"Les jeunes
enseignants sont minés par l'angoisse d'être déstabilisés
dans la relation avec l'élève, de ne pas savoir gérer
une classe ou de manquer d'autorité. En revanche, ils sont
très confiants dans la solidité de leur bagage intellectuel",
dit la chercheuse.
Cette inquiétude
est encore renforcée par le fait qu'ils sont conscients qu'un
bon professeur n'est pas seulement un "puits de sciences".
Au palmarès des compétences indispensables pour enseigner,
ils placent l'écoute, les traits de personnalité,
la patience, la communication... au même rang que la maîtrise
didactique.
Ces résultats
n'étonnent pas Dominique Berger, psychologue, qui intervient
dans plusieurs IUFM. "Dans la formation des enseignants, les
cours de psychologie sont réduits à la portion congrue.
Six heures d'enseignement seulement par an après l'année
du concours à Lyon, par exemple. De plus, ces cours sont
souvent faits par des professeurs de philosophie, ce qui induit
une approche particulière qui néglige ce qui est du
domaine du travail sur soi."
Pourtant, les
initiatives qui existent dans certains IUFM, comme ceux de Créteil,
d'Aquitaine ou d'Auvergne, montrent bien l'utilité d'une
bonne préparation aux situations difficiles. "Il ne
faut pas oublier que le profil de l'étudiant d'IUFM est celui
d'un élève qui a réussi. L'échec scolaire
est quelque chose qui lui est assez étranger, car il ne l'a
pas connu personnellement", remarque Catherine Mancel-Montoya,
chercheuse au laboratoire de recherches sociales en éducation
et en formation (Larsef) à l'université de Bordeaux-II.
Il va souvent s'y trouver confronté à la sortie de
sa formation.
A titre d'exemple,
un tiers des jeunes enseignants formés à l'IUFM d'Aquitaine
sont affectés dans un établissement sensible de la
région parisienne. Pour atténuer ce "choc",
le centre d'Aquitaine propose en option, depuis quatre ans, une
formation à la gestion des situations difficiles. Un peu
de théorie, mais surtout de la pratique, via le théâtre
notamment, pour apprendre aux stagiaires les attitudes qui peuvent
permettre de désamorcer un conflit. Ou au moins de faire
retomber un peu la pression.
Au-delà
du travail sur soi, l'étudiant y découvre aussi la
nécessité de travailler et de communiquer avec ses
collègues. Un aspect globalement peu encouragé en
France. "Les IUFM forment surtout des bêtes à
concours. Le pli du travail en équipe n'y est pas donné.
C'est une erreur terrible alors qu'il est prouvé que la solidarité
entre enseignants au sein d'un établissement est une protection
de premier ordre contre la violence", dénonce Eric Debarbieux,
professeur en sciences de l'éducation et directeur de l'Observatoire
international de la violence à l'école.
Claire Beaumont
est professeur à l'université de Sherbrooke au Québec,
spécialiste des questions de prévention de la violence
en milieu scolaire, elle a travaillé avec des professeurs
canadiens et français. Elle se dit frappée par la
solitude de la plupart des enseignants en France. "Ouvrir sa
classe et dire "J'ai besoin d'aide, je n'y arrive plus"
est probablement mieux accepté chez nous."
De fait, les
nombreux programmes qui se sont développés au Québec
pour la formation des enseignants à la prévention
des troubles de comportement chez les élèves utilisent
souvent la carte de l'entraide entre jeunes ou entre professeurs.
Ainsi, par un système de "mentorat", le jeune enseignant
qui arrive dans une école est pris en charge par un de ses
collègues, auprès de qui il peut exposer ses difficultés
et se faire aider.
Cet accompagnement
par un pair est, de l'avis de Laurence Janot, une des pistes qui
pourrait être explorée en France et qui aiderait les
enseignants à sortir de leur isolement. Mais c'est loin d'être
la seule.
Pour la chercheuse,
tout ne doit pas reposer sur les enseignants. Les stratégies
d'adaptation individuelle et de gestion de la violence que ceux-ci
peuvent apprendre doivent être soutenues par une organisation
du travail collective. "Il faut arrêter de stigmatiser
l'enseignant et de personnaliser les problèmes. Les difficultés
que peut rencontrer un professeur doivent être prises en tant
que difficultés de l'établissement et concerner l'ensemble
de son personnel." L'environnement, et notamment le soutien
de l'équipe de direction en cas de problèmes professionnels,
est décisif. "Aussi doué, aussi compétent,
aussi bien formé soit-il, le professeur verra ses risques
de perdre pied face à la violence augmenter selon le mode
de management de sa direction. Le manque de confiance, l'incohérence,
l'autoritarisme ou encore l'inertie sont, de ce point de vue, dévastateurs
car ils augmentent le stress et rendent plus vulnérables
à toute agression."
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Gilles de Robien veut généraliser "une note
de vie scolaire" dans les collèges
Martine Laronche
Le Monde, vendredi 13 janvier 2006
Dès la
rentrée 2006, les élèves de collège
se verront attribuer "une note de vie scolaire", a annoncé,
mercredi 11 janvier, le ministre de l'éducation nationale,
Gilles de Robien. "Le respect dû aux enseignants et à
tous les personnels travaillant dans les établissements scolaires
fait partie du comportement attendu des élèves au
titre du socle (commun des connaissances et des compétences)",
a-t-il estimé pour expliquer cette mesure.
Cette note, trimestrielle, sanctionnera le comportement et l'attitude
des élèves de la sixième à la troisième.
Elle sera attribuée par le principal du collège après
consultation du conseiller principal d'éducation, précise-t-on
dans l'entourage du ministre. Le ministère indiquera, d'ici
le printemps, les modalités de sa mise en oeuvre.
La loi d'orientation
et de programme du 23 avril 2005 prévoit déjà
que le brevet national des collèges comprenne une note de
vie scolaire. Cette note, qui n'interviendra pas avant la session
2007 du brevet, a pour objet de sanctionner l'acquisition par les
élèves de règles de comportement qui devraient
être comprises dans le socle commun. Ce socle, actuellement
en cours de définition par le Haut Conseil de l'éducation,
doit définir ce que tout élève doit maîtriser
en termes de connaissances et de compétences, à l'issue
de sa scolarité obligatoire.
L'annonce de
la généralisation d'une note de vie scolaire au collège
intervient après l'agression au couteau d'une enseignante
à Etampes (Essonne), le 16 décembre 2005. A cette
occasion, Gilles de Robien a également annoncé qu'il
était en train de revoir la circulaire de 1998 sur la prévention
de la violence en milieu scolaire. Il a rappelé son souhait
qu'un "policier référent tienne une permanence
- s'il le faut -, dans un collège ou un lycée, si
le besoin s'en fait sentir et si le chef d'établissement
le souhaite". La réforme de l'apprentissage rompt avec
l'éducation de l'égalité des chances instaurée
dans les années 50.
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Formation à 14 ans: l'école capitule
Emmanuel DAVIDENKOFF
Libération, vendredi 30 décembre 2005
Quelques semaines,
en cette fin d'année 2005, auront donc suffi à enterrer
soixante ans de politiques publiques d'éducation. Sans que
cette réforme, qui n'assume pas sa portée, suscite
le moindre mouvement de contestation de la part d'une "forteresse
Education nationale" apparemment anesthésiée
par douze années de combats perdus ; à la rigueur
budgétaire des années Bayrou (1993-1997) ont succédé
les dévastatrices années Allègre (1997-2000),
des années Lang foisonnantes en projet (et prolixes en moyens)
mais sans lendemains (2000-2002), de cacophoniques années
Ferry (2002-2004) marquées par le plus long mouvement social
dans le secteur (printemps 2003), et une discrète année
Fillon (2004-2005) consacrée à l'accouchement d'une
loi adoptée dans sa lettre au printemps, démantelée
dans son esprit aux premiers frimas.
Pourtant, aucun
de ces ministres n'était revenu sur la dynamique inaugurée
dans les années 1950 : tenter d'accroître le niveau
de formation du plus grand nombre de jeunes, objectif des principaux
textes qui structurent l'architecture scolaire, de la réforme
Berthoin de 1959 (scolarité obligatoire jusqu'à 16
ans) à la loi Fillon de 2005 (50 % d'une classe d'âge
diplômée du supérieur) en passant par la loi
Haby de 1975 (collège unique), la création du baccalauréat
professionnel par Chevènement en 1985 et la loi Jospin de
1989 (80 % d'une classe d'âge au niveau du bac, 100 % de jeunes
qualifiés).
A l'évidence,
ces politiques n'ont pas atteint leurs objectifs formels. La France,
comme tous les pays développés, reste confrontée
à une poche apparemment irréductible de 10 % à
20 % d'élèves en très grande difficulté.
Son école se révèle incapable de compenser
les inégalités de tous ordres (social, urbain, culturel,
etc.), hormis via des dispositifs dérogatoires, coûteux
et qui ne bénéficient qu'à une poignée
de jeunes. Surtout, les acteurs du système n'ont jamais joué
le jeu qu'"imposent" les textes pour assurer un minimum
de justice scolaire.
Du côté
des parents : contournement de la carte scolaire, stratégies
sans cesse renouvelées de choix d'options ou de filières
réputées plus protectrices, demandes de constitution
de classes de niveaux, "zapping" entre secteurs public
et privé, recours croissant aux cours particuliers payants,
etc.
Du côté
des professionnels de l'éducation, la résistance est
plus diffuse mais peut se résumer au résultat, constant,
des sondages portant sur l'objectif du "collège unique"
: la majorité des enseignants a toujours jugé irréaliste
l'idée d'amener tous les jeunes en fin de troisième.
Elle s'illustre aussi par l'impuissance du système à
raisonner autrement qu'en termes hiérarchiques et en alternatives
binaires : la "réussite" se définit en fonction
d'un modèle uniforme (les grandes écoles) qui impose,
dès le collège voire dès le primaire, l'excellence
dans les matières générales et abstraites (et
encore, pas toutes), les autres choix se faisant par défaut...
quand ils existent (orientations non désirées). Elle
se manifeste encore par les réticences de l'Education nationale
à diffuser des approches d'enseignement alternatives, ce
qui ne serait pas absurde une fois établi le fait que le
système dominant fonctionne pour une majorité d'élèves
mais laisse de côté une minorité assez nombreuse
pour mériter mieux que des "expérimentations"
parcellaires soumises au stop and go, intenables pour les équipes,
qu'imposent les fluctuations budgétaires et politiques. A
l'arrivée, un échec, analysé sous toutes ses
coutures par vingt ans au moins de discours sur l'éducation.
Au nom du "pragmatisme",
Gilles de Robien, aiguillonné par Dominique de Villepin,
a donc décidé de tirer un trait sur les vieilles lunes
de la démocratisation en autorisant l'apprentissage à
14 ans avec signature du premier contrat de travail à 15,
décisions qui signent la fin de l'obligation scolaire à
16 ans et du "collège unique". Dans une vision
du monde non moins idéale que celle qui portait le projet
d'un collège efficace à 100 %, une telle mesure ne
manquerait pas de vertus : après tout, si les enfants en
difficulté à 14 ans pouvaient trouver une voie de
réussite en entrant dans le monde du travail, pourquoi ne
pas renoncer à leur inculquer, au moins momentanément,
au moins sous la forme traditionnelle, des savoirs auxquels ils
se montrent rétifs ? Le hic, relevé par nombre de
défenseurs de l'apprentissage, est que plonger dans le monde
du travail sans en dominer les codes (qui ne sont pas moins stricts
- litote - que ceux du collège) condamne à un échec
annoncé, d'autant plus douloureux qu'il est présenté
comme une "dernière chance". Mais le "bénéfice"
collatéral ne manque pas d'attrait : le collège -
et avec lui le système éducatif - ne sera plus tenu
comptable de ces échecs, dont la responsabilité incombera
avant tout au jeune qui "n'aura pas voulu".
Car c'est bien
une morale du "quand on veut, on peut" qui sous-tend cette
vision de l'éducation, comme si aucun paramètre exogène
n'affectait le rapport au monde des individus, comme si les conditions
dans lesquelles les enfants se présentent le matin aux portes
de l'école étaient suffisamment homogènes pour
que tous soient également prêts à accéder
aux beautés du savoir et à goûter aux vertus
du travail et de l'effort émancipateurs. Cette morale se
double d'une logique utilitariste qui réduit l'école
à un instrument de production de main-d'oeuvre plus ou moins
qualifiée puisque cette morale, pour les élèves
"qui s'ennuient" (dixit Villepin), s'appliquera à
l'apprentissage d'un métier, non à l'acquisition de
connaissances et à l'entrée dans les richesses du
patrimoine culturel (il est ici entendu que, si l'élève
"ne veut pas" à 14 ans, il ne "pourra"
jamais).
La réforme
actuelle réconciliera peut-être l'école et le
"parler vrai" (de fait, en l'état, le système
"marche mal"). Mais en oubliant que la principale vertu
de la politique de démocratisation de l'accès au savoir
menée depuis soixante ans était d'inscrire la mission
quotidienne de 1,3 million de personnels de l'Education nationale
dans un cadre non négociable : jusqu'à l'âge
de 16 ans et l'obtention d'un diplôme ou d'un titre qualifiant,
tout enfant méritait que le service public d'éducation
se mobilise pour lui. Mission impossible ? A l'évidence oui,
si l'on prend au pied de la lettre les objectifs chiffrés
tels que "100 % de réussite" ; à l'évidence
non, si l'on reformule l'exigence en termes d'obligation de moyens
et non de résultats.
Or, plutôt
que d'aider les personnels à dépasser un sentiment
d'échec de plus en plus délétère au
fil de la dégradation des conditions d'enseignement et du
niveau des élèves en français ou en sciences,
le gouvernement a fait le choix de légitimer la tentation
de renoncer face à l'ampleur, il est vrai titanesque, de
la tâche.
Rien n'indique
que les moins favorisés tireront profit de la réforme
que leur révolte a suscitée, ni qu'un système
qui se désintéresse de ses moutons noirs produira
plus d'égalité qu'un système qui, même
imparfaitement, prétendait offrir à tous une chance
d'accéder au savoir, à la culture, à la citoyenneté.
Au moins, l'Education nationale semble dormir sur ses deux oreilles
: la générosité dont ses personnels, individuellement,
ne sont pas avares est aujourd'hui muette, tout comme elle l'a été
quand la prise en charge des élèves en échec
a été externalisée en direction des associations
(via les ateliers-relais) ou des collectivités (via le plan
Borloo), autant de décisions qui font système avec
celle de renvoyer aux entreprises la formation des jeunes dès
14 ans.
Si l'on veut
croire que ce silence n'exprime pas le renoncement de centaines
de milliers d'éducateurs à (tenter d') éduquer
tous les enfants, force est de constater qu'il ne dément
pas l'Etat qui, lui, affiche son renoncement. Au motif, pied de
nez ultime et dérisoire, de favoriser une "égalité
des chances" qui risque de devenir d'autant plus incantatoire
que la puissance publique aura dégagé l'école
de toute responsabilité dans son avènement.
DOSSIER
QUELLE DISCRIMINATION POSITIVE ?
LA LETTRE DE L'EDUCATION
Supplément au n° 507 - 12 décembre 2005
Zones d'éducation
de nouveau prioritaire
Grands oubliés
de la loi sur l'école, les quartiers sensibles ont rappelé,
à travers les émeutes récentes, leur existence
au gouvernement.
Pour y répondre, celui-ci a décidé de précipiter
l'annonce, cette semaine, de quinze mesures en faveur des zones
d'éducation prioritaires (ZEP). Au lieu d'abandonner ce qui
est devenu le principal outil de l'éducation nationale dans
les quartiers difficiles, le ministère souhaite le renforcer,
alors qu'aucun bilan global n'a encore été dressé.
Radiographie
et enjeux d'une relance.
L'école, miroir de la dégradation sociale
Des milliers de voitures brûlées, un théâtre
saccagé, des établissements scolaires calcinés...
A l'automne, plus de 270 quartiers difficiles ont rappelé
brutalement leur existence au pays. La photographie de ces quartiers,
dressée par l'Observatoire des - 750 - zones urbaines sensibles
(Onzus), donne la mesure du problème : 20,7% de chômage,
38,5 % pour les moins de 25 ans et un revenu moyen annuel de 19000
euros, contre plus de 27000 euros dans le reste de la France. Les
statistiques en matière d'éducation reflètent
ces données : 58 % des enfants scolarisés dans ces
quartiers sont fils ou filles d'ouvrier ou d'inactif, 35 % ont au
moins un parent issu de l'immigration et 15 % parlent " toujours
ou souvent une autre langue " que le français à
la maison. Enclavés entre les grandes voies de circulation,
" le territoire de ces quartiers borne l'horizon. La structure
de l'espace social, dégradé, est souvent intériorisée
par leurs habitants" et leurs élèves, souligne
le sociologue Smaïn Laacher. Conséquence inéluctable
: un taux d'échec scolaire trois à quatre fois supérieur
à la normale, selon l'auteur de L'Institution scolaire et
ses miracles (La Dispute, 2005), où il décrit les
conditions de réussite, qui font aujourd'hui défaut
à ces quartiers : morale du travail, de la prudence, expérience
de l'école.
Les ratés
d'une discrimination fondée sur le territoire
En créant les zones d'éducation prioritaire en 1981,
le ministre de l'éducation Alain Savary (socialiste) a fait
le pari de casser cette logique sociale. Ce dispositif de discrimination
positive fondée sur le territoire devait "promouvoir
une ''école inégalitaire'' pour créer les conditions
d'une véritable égalité". Objectif : doter
de moyens plus importants les zones et les milieux où le
taux d'échec scolaire est le plus fort. A la rentrée
1982, 363 ZEP voient le jour. En 1992, on en dénombre 530.
En 1999, leur nombre enfle encore: aux 663 ZEP sont ajoutés
des centaines de réseaux d'éducation prioritaires
(REP). A la rentrée 2004, on recense 707 ZEP, 809 REP, concernant
8386 établissements et scolarisant environ 20% des élèves
français.
Cette approche territoriale impliquait, selon Jean-Claude Emin et
Françoise uvrard dans un article du Système
éducatif en France (La Documentation française, 2003),
" un partenariat avec les autres services publics, avec les
élus locaux, voire avec les mouvements associatifs et suppose
une colLaboration avec les uns et les autres, des analyses conjointes
des problèmes, la mise au point de dispositifs coordonnés,
alors que l'école développait une tradition de séparation
de son environnement". Cependant, l'expansion excessive des
ZEP a dilué cette intention originelle. Près de vingt-cinq
ans plus tard, la même volonté de rassembler les énergies
a conduit le ministre de l'emploi Jean-Louis Borloo à créer
des équipes locales de réussite éducative pour
venir en aide aux élèves les plus en difficulté
(plan de cohésion sociale, voir La Lettre n0494). Aux portes
de l'école, cette fois. Une politique qui, en centrant l'effort
sur le soutien individuel, semble reléguer l'approche territoriale.
Alors, l'action territoriale est-elle condamnée, comme le
suggère Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur ?
A priori, non. Dominique de Villepin affirme même sa volonté
de resserrer les moyens sur 10 % des ZEP les plus dégradées,
suivant en cela les préconisations de l'observatoire des
ZEP (0ZP).
Moyens en personnel
enseignant et tailles de classes en collège à la rentrée
2004
ZEP HorsZEP Total
Nombre d'heures hebdomadaires i 38 1,25 1,27
d'enseignement par élève
Nombre moyen d'élèves par classe 22,2 24,5 24
Nombre moyen
d'élèees
par structure pédagogique 21,3 -t J%? 22,7
Mieux utiliser
l'argent
A y regarder de près, les moyens dégagés pour
les ZEP semblent relativement faibles. Si le plan Borloo est doté
de 300 millions d'euros par an en moyenne, les 8386 établissements
et écoles publics classés en ZEP ou REP bénéficient
d'environ 600 millions d'euros par an. Sur ce total, 200 millions
sont réservés aux primes des enseignants envoyés
en ZEP, et 400 millions aux activités pédagogiques.
L'Etat investit donc environ 235 euros de plus pour un élève
scolarisé dans un collège de ZEP, soit un peu mieux
qu'en Angleterre (lire page 4). Malgré cet effort, une étude
publiée récemment par l'lnsee rappelait que les collèges
hors ZEP étaient souvent mieux dotés en raison, en
particulier " d'une plus grande facilité à collecter
des ressources propres " (voir La Lettre n° 498). Et encore
cette comparaison ne prend-elle pas en compte les salaires des enseignants
: le surcoût engagé par l'Etat est largement compensé
par le fait que les établissements ZEP concentrent beaucoup
de professeurs de moins de 35 ans, aux rémunérations
moins élevées.
Mais, le plus important, concernant le financement, est son utilisation...
Tout d'abord, la prime pour les enseignants semble peu attractive
(1100 euros par an) et peu pertinente. Quelques heures prises sur
le temps de service pour la concertation seraient plus efficace,
assure le SGEN-CFDT. De même, l'effort pour baisser de seulement
un ou deux élèves l'effectif des classes semble peu
rentable, selon l'économiste Thomas Pikett. "La légère
politique de ciblage des moyens actuellement en vigueur en faveur
des ZEP permet de réduire de 10% l'écart de réussite
entre ZEP et non-ZEP", explique ce chercheur. Or pour le réduire
de 40%, il faudrait redéployer les moyens en ouvrant des
classes de 18 élèves dans les ZEP et de 24 élèves
hors ZEP et ce à budget constant (voir La Lettre n°469).
Une perspective qui risque d'être mal admise par les familles
hors ZEP... Nicolas Renard, président de l'OZP propose pour
sa part d'explorer d'autres solutions: " On pourrait imaginer
de toucher au groupe classe, de l'augmenter dans certains cours
tout en dégageant du temps pour mener les activités
en petits groupes de soutien scolaire "
Le même métier ?
Toucher au groupe classe signifie ouvrir le dialogue avec les enseignants,
mais il faudrait avant tout casser la mauvaise image des ZEP auprès
des professionnels. Selon une enquête du ministère
datant de 2001, "la majorité des enseignants des écoles
et des collèges ordinaires pensent qu'enseigner en ZEP ce
n'est pas du tout le même métier". Ce à
quoi Nicolas Renard rétorque que " les enseignant en
ZEP ne sont ni des éducateurs ni des personnels sociaux".
En tout cas, pour les jeunes professeurs tout juste sortis de l'IUFM,
qui viennent accumuler en ZEP les bonifications indiciaires qui
leur permettront d'être mutés rapidement dans un "bon"
établissement, et les enseignants plus expérimentés
et volontaires, un bilan s'impose : "Enseigner en ZEP provoque
des réactions contraires. D'une part, chez certains, un découragement
très fréquent, et d'autre part, chez d'autres, un
engagement professionnel plus fort que la moyenne se manifestant
par un travail collectif plus fréquent et l'acceptation d'un
rôle d'éducateur ",révèle l'enquête.
En fait, pour l'ensemble des professeurs, un établissement
n'obtiendra des résultats probants que si la mixité
de ces acteurs est assurée, avec trois impératifs
: des " enseignants volontaires", une "équipe
pédagogique stable, soudée derrière un projet"
et un vrai pilotage tripartite entre le chef d'établissement,
le coordinateur de la ZEP et l'inspection académique, estime
l'OZP. Marie Duru-Bellat remarque en effet qu'" une mobilisation
des personnels [estl bien plus efficace " qu'une " mobilisation
financière". Il faudrait ainsi "développer
dans notre pays un mixte de directives plus précises et d'initiatives
laissées aux équipes sous la direction stricte d'un
suivi et d'une évaluation ex-post des actions entreprises".
Sous cette appellation qui peut sembler technocratique, la chercheuse
met en avant une exigence de pilotage des établissements
par les résultats. A l'image des propositions du rapport
Thélot, fin 2004, qui proposait " une véritable
contractualisation fondée sur l'évaluation "
associée à " une répartition différenciée
du financement des établissements". Et si un établissement
n'arrive plus à s'en sortir, il pourrait être purement
et simplement fermé. L'OZP ne demande pas autre chose: "
Il faut réactiver le contrat de réussite dans les
ZEP créé aux assises de Rouen en 1998, en fixant des
financements pluriannuels, avec une réelle évaluation
et un accompagnement en termes de formation. "
Quels résultats ?
Pour mener un réel pilotage, les établissements doivent
mieux connaître leurs résultats. Et, Si l'on accable
souvent les ZEP pour leur faillite, aucun bilan global et sérieux
ne vient l'étayer... Pas plus que l'on ne connaît les
facteurs de réussite. Plusieurs pistes existent pour jauger
l'éducation prioritaire. Des chercheurs de l'lnsee ont ainsi
étudié les parcours des élèves scolarisés
en ZEP sur la période 1982-1992. Les auteurs ont conclu,
pessimistes, que la politique de ZEP n'a eu " aucun effet significatif
sur la réussite des élèves " en termes
d'acquisition de diplôme ou de passage en classe supérieure.
La méthode a été contestée, car les
décisions de passage au niveau supérieur sont réglées
au sein des établissements. Plus probante, l'étude
récente de l'inspection générale (voir page
I de La Lettre), se fondant cette fois sur les évaluations
de 6e et les résultats du brevet national des collèges,
estime que " la valeur ajoutée des collèges ZEP
est supérieure à celle des autres collèges
", même si le niveau reste assez faible. Déjà
en 2001, la revue Education et formation notait que les résultats
moyens des élèves de ZEP étaient inférieurs
de 10 points en français et de 13 points en mathématiques,
par rapport aux autres élèves. De même, les
résultats aux tests de compétence de fin de 3e montrent
que seuls 15% des élèves en ZEP-REP maîtrisent
de façon satisfaisante ou à peu près satisfaisante
ces compétences après le collège, contre 25,1
% hors ZEP
Malgré ces scores faibles, sur la longue
durée, rappelle Nicolas Renard, " l'écart des
résultats scolaires entre élèves ZEP et hors
ZEP s'est maintenu, alors que les écarts au sein de la société
française se sont accentués. Que se serait-il passé
sans le dispositif de l'éducation prioritaire ?" Cependant,
l'exigence est aujourd'hui non plus de maintenir les écarts,
mais de les faire diminuer. Une réforme ciblée et
ambitieuse, avec un budget supplémentaire pour les ZEP devra
y aider.
REPÈRES
Trois relances
en vingt-cinq ans
"1967: En Angleterre, le rapport rédigé par Bridget
Plowden préconise la création d'Education Priority
Areas ou zones d'éducation prioritaires (ZEP).
" 1981: Le ministre de l'éducation Alain Savary lance
les ZEP dispositif transitoire pour aider les établissements
de 363 zones à sortir de leurs difficultés.
"1990: Première relance des ZEP par le ministre de l'éducation
Lionel Jospin.
"1998: Seconde relance des ZEP et création des réseaux
d'éducation prioritaire (REP) par Ségolène
royal, ministre déléguée à l'enseignement
scolaire.
" 2004: Dans son plan de cohésion sociale, le ministre
de l'emploi Jean-Louis Borl prévoit un "volet réussite
éducative", doté de 1,4 milliard sur cinq ans.
"2005: Le ministre de l'éducation Gilles de Robien doit
annoncer ce 15 décembre la troisième relance des ZEP
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L'importance de la " réponse locale "pour faire
réussir les élèves
LA LETTRE DE L'EDUCATION
Supplément au n° 507 - 12 décembre 2005
L'inspection
générale décrit, dans un rapport, comment certains
établissements parviennent à faire réussir
leurs élèves, et estime qu'il faut " optimiser
et améliorer" les ZEP.
Un rapport de
l'IGAENR met en valeur l'importance de l'effet établissement,
de la " réponse locale", sur les résultats
des élèves. A partir de visites dans une centaine
d'EPLE, aux résultats très contrastés, les
inspecteurs ont tenté de voir comment se construisait la
performance scolaire. Un certain type de politique volontariste
menée par les équipes de direction produit des "résultats
positifs" dans des collèges au profil très différent
(centre-ville, ZEP, rural), si les conditions ne sont pas trop dégradées.
Ainsi " la volonté de prendre en charge l'hétérogénéité
des élèves par des actions individualisées
et des dispositif adaptés qui ne soient pas conçus
et organisés comme des filières cloisonnées
constitue la pierre angulaire des projets d'établissement
qui obtiennent de bons résultats". Grâce à
l'accueil des 6e, l'aide aux devoirs, des dispositifs spécifiques
en 4e et en 3e, etc., les résultats sont meilleurs que ceux
attendus. Les inspecteurs citent plusieurs exemples, y compris dans
des établissements situés dans des contextes très
défavorisés, en ZEP notamment. De même, l'IGAENR
souligne l' " impact important" de la "qualité"
du pilotage sur les performances des élèves. C'est
la "subtile alchimie" du management de l'équipe
de direction, des moyens affectés, de l'implication de l'équipe
enseignante, de l'intensité de la vie scolaire, entre autres,
qui fera que l'établissement fonctionnera bien, et obtiendra
de bons résultats. Exception faite, cependant, des collèges
ZEP où les performances restent "globalement faibles",
même si la valeur ajoutée s'y révèle
supérieure que dans d'autres établissements. "
Cela ne condamne pas pour autant le dispositif des ZEF et son cortège
de moyens renforcés, estiment les rapporteurs, mais il faut
se poser la question de son amélioration et de son optimisation."
La qualité du pilotage, la faculté d'entraînement
du chef d'établissement "paraissent justifier les efforts
entrepris jusque-là pour assurer la mixité sociale
et pour renforcer les moyens à dispositi0n des élèves
les plus défavorisés . Malgré l'environnement
social (difficultés économiques et sociales des familles),
dont l'impact est déterminant, montre le rapport : "
Force est de constater que malgré les moyens supplémentaires
alloués aux établissements classés en ZEP,
les résultats des élèves sont inférieurs
à ceux des autres établissements. " Et malgré
le retard des élèves à leur arrivée
au collège, qui est parfois " insurmontable ".
Dans leurs recommandation, les inspecteurs demandent notamment l'amélioration
des chefs d'établissement au management et fixent un certain
nombre de priorités nationales : favoriser la prise en charge
globale de l'élève ou renforcer l'accompagnement pédagogique
des établissements les plus en difficulté.
ENTRETIEN
Costas Meghir
[ Costas Meghir est professeur à l'University College of
London. En tant que membre de 'Institute for Fiscal Studies, il
a participé à l'évaluation du programme Excellence
in cities.]
LA LETTRE DE L'EDUCATION
Supplément au n° 507 - 12 décembre 2005
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L'éducation
compensatoire anglaise a " un effet significatif " dans
les zones les plus pauvres
Il apparaît
très important que les établissements puissent choisir
leurs enseignants.
Comment le Royaume-Uni
aide-t-il les élèves le plus en difficulté?
Il existe, depuis
1999, un programme appelé Excellence in cities (EIC) qui
propose un certain nombre d'options pour améliorer les performances
des établissements dans les régions les plus pauvres
du pays, les zones où la proportion d'élèves
dont les parents perçoivent des allocations familiales est
la plus grande. Il repose sur un partenariat entre les autorités
locales d'éducation (local education authorities, LEA) et
les établissements scolaires. Excellence in cities s'appuie
sur trois piliers principaux: le Gifird and talented programme (programme
pour les enfants doués) est destiné à aider
les 5 à 10% de bons élèves qui, dans ces zones,
ne sont pas assez poussés, qui sont en "sous-régime",
ceux pour qui "c'est trop facile "t Ces jeunes ont des
cours supplémentaires, l'après-midi, par exemple,
ou pendant l'été. Il est en général
considéré que les meilleurs éléments
du public ne sont pas assez poussés par rapport à
leurs condisciples du privé qui, eux, accèdent aux
meilleures universités. Le second pilier, Learning support
units, s'adresse au contraire aux élèves le plus en
difficulté, perturbateurs ou qui ont tout simplement quitté
l'école. Il s'agit de cours de soutien, d'accompagnement
ou de tout autre moyen que l'établissement aura décidé.
Enfin, dernier pilier, les Learning mentors sont des personnes référentes
chargées d'aider tous les élèves à régler
d'éventuels problèmes éducatifs ou comportementaux.
Une extension d'Excellence in cities, appelée Excellence
clusters, concerne par ailleurs des zones plus petites, des quartiers
particulièrement démunis, dans les anciennes zones
industrielles, par exemple. En pratique, EiC fait un certain nombre
de suggestions, mais laisse beaucoup de liberté aux équipes
éducatives, en concertation avec les LEA, pour décider
comment elles dépensent l'argent et quelles priorités
elles privilégient. L'Etat accroît son financement.
Il devrait être de 1 milliard d'euros en 2006. Le financement
actuel correspond à quelque 180 euros par élève
et par an. EiC concerne quelque 60 LEA, 900 établissements
secondaires, un millier d'écoles, auxquels il faut ajouter
une centaine d'établissements pour Excellence clusters.
Excellence in
cities est-il efficace?
J'ai participé
à l'évaluation du programme. Nous avons comparé
l'évolution des performances des élèves dans
les établissements secondaires qui bénéficient
d'Excellence in cities, avant et après le programme, avec
celles des établissements similaires mais sans EiC, et avec
des établissements ordinaires. Et nous avons constaté
une progression de 3,4% de la proportion des élèves
qui atteignent le niveau exigé par l'Etat à un âge
donné. Mais, dans le détail, il y a de grandes différences
entre les élèves. La meilleure amélioration
(+5 %) concerne les élèves des établissements
où les familles sont les plus pauvres et qui avaient déjà
un niveau assez bon. Lorsque le niveau initial était bas,
l'amélioration est presque nulle. Mais quand le niveau de
compétence initial était moyen, l'amélioration
est de 1,4%. Dans les établissements situés dans le
segment moyen de pauvreté des parents et dans ceux où
les familles sont les moins pauvres, il n'y a pas d'effet. Compte
tenu que l'Etat dépense en moyenne 7500 euros par élève
et par an, l'effet engendré par les 180 euros supplémentaires
donnés au titre d'Excellence in cities est donc significatif,
mais concentré dans les "établissements les plus
pauvres". l'aspect pessimiste du bilan est que cela marche
mieux avec les élèves qui avaient un niveau initial
assez bon.
En France, le
bilan des ZEP est aujourd'hui controversé. Qu'en pensez-vous?
Je ne connais
pas bien le système français, mais je sais qu'il existe
une grande différence entre les établissements français
et leurs homologues anglais. Les premiers ne peuvent pas choisir
leurs enseignants. Or de nombreuses études américaines
montrent que la qualité des professeurs est très importante
dans la performance des élèves. Cette qualité
n'est pas facilement mesurable avec des critères objectifs.
C'est un talent. Il apparaît donc très important que
les établissements puissent choisir leurs enseignants par
un contact direct. Ce qui est le cas au Royaume-Uni, où le
recrutement des professeurs est totalement décentralisé.
Mais il y a sûrement d'autres différences entre les
deux pays. Il est difficile d'isoler une raison pour expliquer des
différences de résultats, s'il y a différence
de résultats. D'autres études montrent que l'autonomie
des établissements est une bonne chose, tout comme leur mise
en concurrence, en permettant aux élèves d'en changer.
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Des mesures pour l'égalité des chances en écho
à la crise des banlieues
Services France et Société
Le Monde, jeudi 12 janvier 2006
La vague de
violences urbaines de novembre 2005 a fait ressurgir avec force
le thème de l'égalité des chances, qui fait
l'objet d'un projet de loi présenté, mercredi 11 janvier,
au conseil des ministres. Lors d'une conférence de presse,
mardi, le ministre de l'emploi, Jean-Louis Borloo, a rappelé
que le "troisième pilier" de son plan de cohésion
sociale, intitulé "l'égalité des chances",
prévoyait nombre des mesures, aujourd'hui intégrées
dans le projet de loi.
Le gouvernement ne minimise pas pour autant l'urgence d'apporter
de nouvelles réponses, plus efficaces, et d'intensifier les
efforts au sortir "d'une épreuve grave", selon
l'expression qui figure dans l'exposé des motifs. Le ministère
reconnaît notamment "des faiblesses et des insuffisances"
dans la lutte contre les discriminations.
Le projet de
loi, qui contient 28 articles, passe en revue tous les volets de
la politique de cohésion sociale : logement, emploi, égalité
des chances. Il propose une réforme de l'apprentissage ouvrant
la possibilité de signer un contrat d'apprenti dès
15 ans, la mise en place d'un "contrat de responsabilité
parentale" et la création d'un "service civil volontaire".
Le projet de
loi prévoit aussi la création d'une "Agence nationale
pour la cohésion sociale et l'égalité des chances",
ou encore des mesures spécifiques pour lutter contre les
discriminations dans le domaine audiovisuel. Six préfets
"à l'égalité des chances" vont être
nommés, dont trois en région parisienne.
Une quinzaine
de nouvelles zones franches urbaines devraient être créées,
avec un système d'exonérations de charges fiscales
et sociales pour les entreprises qui souhaitent s'y installer. Le
texte prévoit aussi l'élargissement des conditions
d'accès au dispositif de soutien à l'emploi des jeunes
en entreprise (SEJE). Celui-ci pourrait désormais profiter
aux jeunes, jusqu'à 25 ans, issus de zones urbaines sensibles
(ZUS), dont le taux de chômage atteignait, en 2004, 40 % pour
les filles et 36 % pour les garçons, selon l'Observatoire
des ZUS.
Le contrat de
responsabilité parentale est l'un des points du texte qui
risquent de susciter des polémiques. Le projet de loi permet
au président du conseil général de demander
à la justice la mise sous tutelle des prestations familiales
en cas de non-respect de ce contrat.
LÉGALISATION DU "TESTING"
Depuis l'annonce
de ce dispositif - dont les modalités d'application seront
précisées par décret -, le gouvernement subit
des pressions contraires : le monde éducatif s'inquiète
de voir ce type de sanctions appliquées à des problèmes
de comportements des élèves (Le Monde du 7 décembre).
A l'inverse,
le gouvernement devra tempérer les ardeurs d'une partie de
sa majorité, qui réclame depuis longtemps la suppression
des allocations familiales pour les parents d'enfants délinquants.
Le projet de
loi instaure l'apprentissage junior. "Volontaire" et "réversible",
le contrat d'apprentissage repose sur un projet pédagogique
en deux phases. La première, dite "apprentissage junior
initial", prendra la forme d'un "parcours d'initiation
aux métiers". Ce parcours, possible dès 14 ans,
se déroulera sous statut scolaire, dans un lycée professionnel,
ou un centre de formation d'apprentis. Une équipe pédagogique,
dont un des membres exercera la fonction de tuteur, assurera avec
le jeune et sa famille l'élaboration et le suivi du projet
pédagogique.
L'apprenti junior
conservera en outre un lien avec son établissement d'origine
via un correspondant. Pendant cette année d'initiation aux
enseignements généraux, s'ajouteront des enseignements
technologiques et pratiques, ainsi que des stages en milieu professionnel.
Le projet de loi prévoit "le versement d'une gratification".
Le ministre délégué à l'emploi, Gérard
Larcher, a évoqué un montant d'" environ 50 euros
par semaine". A l'issue de ce parcours, une deuxième
phase, dite "apprentissage junior confirmé", pourra
déboucher sur la signature d'un contrat d'apprentissage à
partir de 15 ans.
Le gouvernement
souhaitait à travers ce projet de loi donner à la
Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour
l'égalité (Halde) des pouvoirs de sanctions, en l'autorisant
notamment à infliger des amendes pouvant aller jusqu'à
25 000 euros, et à accompagner celles-ci d'une obligation
d'affichage et de diffusion de la décision. Il a fait marche
arrière à la suite de l'avis du Conseil d'Etat - dont
Le Monde a obtenu une copie -, qui a jugé "très
large et imprécise" la définition, donnée
par le texte initial, des manquements pouvant faire l'objet de l'action
répressive de la Halde.
Dans sa version
finale, le projet de loi ne donne plus à la Halde que la
possibilité de recommander aux préfets de prendre,
le cas échéant, des sanctions administratives à
l'égard des entreprises coupables de comportements discriminatoires.
Enfin, le texte
légalise le "testing", pratique développée
par SOS-Racisme, afin d'établir de façon incontestable
l'existence ou non d'un comportement discriminatoire.
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L'opération
"Parrainez un jeune" boostée depuis les émeutes
Quelque 200 chefs d'entreprise vont accueillir des mineurs en difficulté.
Jacqueline COIGNARD
Libération, samedi 07 janvier 2006
Les émeutes
de novembre ont dopé l'opération "Parrainez un
jeune qui a raté une marche de la vie" lancée
l'été dernier par le ministère. Ces dernières
semaines, les parrains potentiels se sont multipliés : quelque
200 chefs d'entreprise se sont proposés d'accueillir des
jeunes suivis par les services de la protection judiciaire de la
jeunesse (PJJ). Mineurs en danger qui ont bénéficié
d'une assistance éducative, ou jeunes délinquants,
ils sont plus de 80 000 par an à passer dans le bureau d'un
juge des enfants. Des entreprises comme Total, Suez, Bel, Andros,
la radio NRJ ou la Sodexho figurent dans la liste des parrains.
Mais aussi des artisans (certains célèbres, comme
le cuisinier Pierre Gagnaire), commerçants, professions libérales.
"Toute personne bien insérée dans la société
peut aider le jeune en lui prodiguant des conseils pratiques et
en lui ouvrant son carnet d'adresse", explique le ministère.
"Beaucoup de futurs parrains ont répondu à l'appel
après avoir vu les images d'émeutes à la télé,
et ont manifesté leur volonté de se rendre utiles",
selon la responsable de l'opération.
Perspectives.
Le ministre réunira les parrains le 24 janvier. Des filleuls
de 13 à 21 ans, sélectionnés sur leur motivation
par les directions départementales de la PJJ, leur seront
présentés très rapidement. Le projet sera à
adapter au cas par cas, en fonction de l'âge et du profil
du jeune. Dans un premier temps, la PJJ choisira des jeunes "pas
trop difficiles" et qui ne sont pas en plein milieu d'une ou
plusieurs procédures judiciaires. "Nous sommes très
clairs avec les jeunes : il ne s'agit pas de promesses d'embauche",
explique par ailleurs la responsable. Mais, avec ces jeunes qui
n'ont pas de projets ou qui passent de l'un à l'autre au
cours de la même journée, il s'agit d'abord d'ouvrir
des perspectives. Puis d'affiner un projet, avec l'aide éventuelle
des éducateurs qui les encadrent au quotidien. Le parrain
doit donc discuter, l'aider à trouver un stage, un contrat
d'apprentissage, à rédiger un CV, à se préparer
à un entretien d'embauche... Selon le ministère, le
parrain serait une "clé de contact" qui partage
son expérience et ouvre à son filleul ses réseaux
professionnels et personnels.
haut de page
" Le gouvernement fabrique de l'insécurité "
Christophe Kantcheff et Ingrid Merckx
Politis, mercredi 11 janvier 2006
Jean-Pierre
Dubois, président de la Ligue des droits de l'homme, revient
sur les événements de novembre en banlieue. Il dénonce
l'évidente impasse sécuritaire, dont les étrangers
sont les premières victimes. Et appelle les citoyens à
réinvestir le terrain politique.
Comment qualifier le climat en France en ce début d'année
2006 ?
Jean-Pierre
Dubois. Le climat est mauvais. La société est en crise
profonde depuis des années. Crise sociale pour l'essentiel,
peut-être aussi identitaire. Qui s'accompagne d'un déficit
durable de réponses politiques. En l'absence de perspectives
crédibles pour une grande part de la population, la politique
du gouvernement actuel est de nature à augmenter la crise
: division, haine, fragmentation sociale.
Qu'avez-vous
pensé des événements de novembre dans les banlieues
?
Face à
cette crise plus violente que les précédentes, essentiellement
sociale, les réponses, sécuritaires, ont été
d'une envergure inédite : une loi d'exception avec l'état
d'urgence. Ce qui s'est passé dans les banlieues fut tout
sauf une révolte politiquement pensée. J'ai parlé
à plusieurs reprises - comme d'autres militants de la Ligue
- avec des jeunes impliqués dans les violences, leur disant
: " Pourquoi détruire l'école, les gymnases et
les centres sociaux ? " Ils répondaient : " Oui,
on sait que c'est idiot, mais, si on ne le fait pas, personne ne
nous entend. " Exister en détruisant ce qui est essentiel
à sa propre vie me semble être le signe même
de la relégation.
Les auteurs
de violence étaient là plus lucides qu'on ne l'a dit.
Ils ont conscience d'être dans cette situation de relégation
totale, et l'ont exprimé à leur manière. Leur
expression est de type punk, no future. On peut être en désaccord
avec ce qu'ils font - c'est mon cas. Et cette violence n'a au bout
du compte servi que de prétexte et de légitimation
à une terrible dérive sécuritaire. Mais quand
ces jeunes disent : " Autrement, on ne parle plus de nous ",
ils ont raison. À partir du moment où ils cessent
ce comportement, qui s'intéresse à eux aujourd'hui
?
Contre les jeunes
interpellés, la justice s'est montrée particulièrement
sévère et expéditive...
Indépendamment
de la loi d'exception, qui a très peu servi concrètement,
la réalité est celle d'un traitement judiciaire accéléré.
Tout a été bouclé quasiment en huit jours.
En outre, les peines ont été d'une très grande
inégalité, les mêmes faits donnant quinze jours
de prison ferme, trois mois ou six mois, selon les endroits. Si
cela ne date pas d'hier, c'est absolument intolérable. Que
cherche-t-on en condamnant à de la prison ferme, parce qu'ils
ont brûlé une voiture, des gens qui n'ont pas de casier
judiciaire ? Je ne dis pas qu'il ne fallait pas réagir ;
une réponse symbolique pénale, comme une peine d'intérêt
général par exemple, aurait été appropriée.
Mais, en optant pour la prison ferme, on accule ces gamins à
des comportements toujours plus violents. En fait, on fabrique de
l'insécurité. C'est, globalement, la politique du
gouvernement. On voit bien pourquoi : elle rapporte politiquement.<
Des familles,
des voisins se sont improvisés médiateurs pendant
ces émeutes. Mais les militants ont déserté
ces quartiers. Est-ce définitif ?
Si les mobilisations
spontanées et remarquables de familles ou de voisins ont
évité l'escalade de la violence, elles ne règlent
rien sur le fond. La question essentielle est de trouver de nouveaux
modes de socialisation politique pour ces solidarités spontanées.
Un exemple qui marche : les forums pour l'égalité,
sortes d'initiatives locales de terrain (cité, quartier)
où l'on met sur la table ce qui ne va pas, pour construire
des cahiers de doléances. Mais l'étape suivante consiste
à trouver qui va porter ces revendications, ce qui exige,
de la part des habitants, une organisation, et celle-ci n'aura pas
les formes traditionnelles. Sur un terrain microlocal, un certain
nombre d'associations ont une vraie capacité à réagir
vite. Mais chacune reste dans sa commune. Ce qu'il faut faire, même
si cela n'a pas d'efficacité réelle avant dix ans
peut-être, c'est inciter les initiatives locales à
se fédérer dans des cadres qui n'échappent
pas aux habitants. Afin qu'il n'y ait pas de récupération.
Cela met la barre très haut.
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dans Politis n° 884
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Plus de la
moitié des communes favorisées ne construisent pas
assez de HLM.
Loi SRU: des sanctions plus lourdes pour les riches égoïstes
Tonino SERAFINI
Libération, samedi 07 janvier 2006
La commune de
Neuilly-sur-Seine, fief de Nicolas Sarkozy (maire de 1983 à
2002 et premier adjoint depuis), va devoir passer à la caisse.
La ville chic et select du ministre de l'Intérieur rechigne
toujours à construire des HLM. Son objectif triennal, l'obligeant
à rattraper son retard en matière de logements sociaux,
n'a pas été rempli. Elle n'est pas la seule d'ailleurs.
Avec elle, 63 communes de la région parisienne font l'objet
d'"arrêtés de constat de carence" dressés
par les préfets. Toutes devront payer des amendes accrues.
Délai
de vingt ans. En Ile-de-France, 186 communes sont concernées
par la loi SRU, qui oblige chaque collectivité de plus de
1500 habitants à atteindre un quota de 20 % de logements
sociaux, dans un objectif de mixité sociale. Ces villes déficitaires
disposent d'un délai de vingt ans pour combler progressivement
leur manque. Et tous les trois ans les services de l'Etat comptent.
La loi étant entrée en application en 2002, les préfets
ont donc établi fin 2005 des bilans chiffrés que Libération
s'est procurés. Constat : sur les 186 communes franciliennes
concernées, moins de la moitié (91) ont satisfait
à leurs obligations.
Parmi les bons
élèves, on compte par exemple Versailles (Yvelines)
avec 229 HLM à construire et autant réalisés,
Saint-Cloud ou encore Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), qui
en ont même construit davantage.
En revanche,
97 villes sont en dessous de leur objectif triennal. Parfois de
façon caricaturale: 25 communes ont décidé
d'ignorer purement et simplement la loi SRU, avec zéro HLM
réalisé en trois ans. Pour elles, les sanctions financières
vont être alourdies. L'amende qui leur est habituellement
infligée (152 euros par logement social manquant sur leur
territoire) sera doublée pour atteindre 304 euros. Il s'agit
souvent de collectivités de moins de 10 000 habitants, où
les maires font de la résistance au logement social pour
des motifs électoralistes. Pour les autres collectivités,
la majoration sera proportionnelle au nombre de HLM réalisés
au regard de l'objectif triennal imparti. Par exemple, Saint-Maur-des-Fossés
(Val-de-Marne). Cette commune résidentielle de 74 000 habitants
n'a réalisé que 157 logements HLM alors qu'elle devait
en bâtir 743. Soit 78 % de programmes non réalisés
et une amende augmentée d'autant.
La loi est la
loi. Mais les préfets bénéficient d'une petite
marge d'appréciation dans l'application des sanctions. Et
celle-ci paraît avoir profité à Neuilly-sur-Seine.
Alors que la ville de Nicolas Sarkozy n'a créé que
439 logements sur les 815 figurant à son objectif triennal,
la majoration de son amende sera limitée à 26 %. Le
préfet aurait pu lui infliger un surplus allant jusqu'à
46 %. Il en a décidé autrement. Pourquoi ? Le manque
de terrains à bâtir a peut-être joué en
sa faveur. A moins que ce ne soit son statut de "ville du ministre
de l'Intérieur"... Malgré tout, "le fait
que Neuilly soit sanctionné est symboliquement très
fort", affirme un préfet francilien : "Les déclarations
de Chirac (1) ont conforté l'action des préfets, leur
légitimité à agir contre les communes en état
de carence, y compris celles qui sont administrées par des
personnalités politiques influentes."
Souplesse. Dans
ce registre, outre Neuilly-sur-Seine, la ville du Raincy (Seine-Saint-Denis),
qui a pour maire le vice-président de l'Assemblée
nationale, Eric Raoult (UMP), devra aussi passer à la caisse.
Et ce malgré les vociférations de son édile
contre les HLM et l'obligation d'en construire. Majoration : 54
%. Enfin, une trentaine de communes n'ayant pas réalisé
totalement leur programme ont néanmoins été
exonérées de toute pénalité supplémentaire.
Notamment lorsqu'elles ont satisfait leurs objectifs à plus
de 70 % ou 80%. Comme Enghien-les-Bains (Val-d'Oise) avec 86 logements
sociaux créés sur les 105 exigés, Nogent-sur-Marne
(135 de faits sur les 150 demandés) ou encore Paris (10 683
créations pour 11 310 prévus dans l'objectif triennal).
Même tolérance pour les villes déjà très
proches de la barre des 20 % de logements sociaux comme Ecouen (19,8
% de HLM sur son territoire).
Les constats
de carence dans les autres régions de France commencent tout
juste à remonter au ministère de la Cohésion
sociale. Sur l'ensemble du territoire national, 735 villes sont
concernées par la loi SRU. On sait déjà qu'une
moitié n'a pas totalement rempli ses objectifs. Au final,
plus de 200 communes de l'Hexagone pourraient se voir infliger des
pénalités supplémentaires.
(1) Après
la crise des banlieues, Jacques Chirac avait déclaré
à propos de la SRU: "Cette loi sera appliquée
[...]. J'ai demandé que les préfets puissent faire
les constats de carence nécessaires d'ici au mois de décembre
et que les pénalités prévues par les textes
soient appliquées aux communes qui n'auraient pas fait l'effort
nécessaire."
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Chat
Quelle politique de l'immigration en France ?
Chat modéré par Constance Baudry et Stéphane
Mazzorato
Le Monde, mercredi 04 janvier 2006
L'intégralité du débat avec Claire Rodier,
juriste spécialiste des questions de l'immigration et membre
du Gisti
Airikc : L'"immigration
choisie" est un système utilisé par beaucoup
de pays comme le Canada qui "profile" très précisément
ses candidats. N'est-ce pas un bon moyen de s'assurer que l'intégration
se passera sans difficulté majeure ?
Claire Rodier : Je ne suis pas sûre qu'on puisse appliquer
le modèle canadien de façon universelle. Le Canada
pratique en effet partiellement l'immigration choisie, mais pas
seulement. Il accueille tous les ans des quotas de réfugiés
par exemple, dans le cadre de ce qu'on appelle la réinstallation,
c'est-à-dire des personnes sélectionnées non
pas en fonction de leurs capacités professionnelles, mais
au contraire, sur la base de leur vulnérabilité et
de leurs besoins de protection spécifique. Je donne cette
précision pour resituer le contexte canadien dans ce qu'il
est, à savoir celui d'un pays qui a toujours eu et aura encore
pendant très longtemps non seulement besoin de main-d'uvre,
mais aussi d'une immigration de peuplement. C'est un pays où
la densité de population est extrêmement faible et
où il y a des capacités d'accueil énormes,
y compris en termes de besoins pour le renouvellement de la population.
On est donc
dans un contexte très différent en France, où
l'immigration n'est en aucun cas une nécessité en
matière de reproduction de la population. Et on ne peut pas
juste comparer le schéma canadien ou ce qu'a été
le schéma australien pendant un moment, en disant que c'est
un bon modèle pour la France. En France, on a une immigration
ancienne qui est depuis pas mal d'années fondée sur
sa propre existence. J'entends par là qu'une grande partie
de la population immigrée qui vient en France vient parce
qu'elle a déjà des liens avec la France. Soit parce
qu'elle y a de la famille - c'est le regroupement familial -, soit
parce qu'elle a avec la France des attaches fondées sur des
liens historiques - et je pense naturellement à l'héritage
et aux suites des colonisations.
Donc décider
du jour au lendemain qu'on va passer à une immigration choisie,
une immigration qui serait fondée uniquement sur les besoins
économiques, c'est d'une certaine façon remettre en
cause non seulement une tradition migratoire de la France, mais
surtout remettre en cause un mode d'entrée en France qui
est fondé sur le droit. Notamment le droit de vivre en famille
ou, dans un autre registre, le droit à trouver une protection
quand on est persécuté dans son pays. La différence
entre le type d'immigration pratiqué au Canada, c'est qu'effectivement
il y a de la part des autorités une volonté très
forte d'intégrer les populations accueillies pour en faire
des Canadiens. Ou en tout cas, des personnes qui ont les mêmes
droit que les nationaux.
"UN CONCEPT
D'IMMIGRATION JETABLE"
Les projets dont on a entendu parler ces derniers mois autour de
l'immigration choisie s'orientent plutôt vers un concept d'immigration
jetable. On va chercher les gens quand on en a besoin, on ne s'occupe
pas spécialement de leur intégration, en tout cas
pas sur le plan social, et quand il n'y a plus d'emplois pour eux,
on s'en débarrasse. C'est en tout cas ce qui ressort de l'avant-projet
de loi sur l'immigration qui circule depuis quelques jours.
Eric : On parle
aujourd'hui d'"immigration choisie" mais comment faisait-on
avant ? L'immigration n'a-t-elle pas toujours été
choisie finalement ?
Claire Rodier : On pourrait dire qu'une grande partie de la politique
migratoire de la France s'est faite sur un principe utilitariste.
Et cela depuis toujours, et en tout cas depuis l'après-seconde
guerre mondiale. Ça s'est fait de façon différente
selon les périodes, puisque pendant tout ce qu'on a appelé
les "trente glorieuses", le choix, c'était plutôt
du laisser-faire. On laissait immigrer la main- d'uvre et
on laissait le patronat choisir, y compris dans les pays d'origine,
la force de travail dont il avait besoin.
On ne peut pas
non plus dire que l'immigration a toujours été choisie,
dans la mesure où, d'une façon que les gouvernements
successifs n'ont jamais anticipée, à partir des années
1970-1980, ces immigrés - qu'on a laissés venir -
ont commencé à faire venir leur propre famille. Ce
qui est une démarche complètement naturelle, mais
que la loi française n'avait pas prévue au début.
Du coup, ce processus est perçu comme une immigration subie.
C'est présenté comme tel, et c'est aussi une des raisons
pour lesquelles ce qu'on appelle la deuxième et la troisième
générations continuent à être perçues
comme des intrus. Ce qu'on a pu constater, par exemple, dans les
mouvements des banlieues au cours de l'automne dernier.
Airikc : En
Irlande, le gouvernement a cessé d'accorder la nationalité
automatique aux enfants nés sur son sol du fait du développement
d'un "tourisme de maternité" qui se terminait par
un regroupement familial... N'y a t-il pas un "abus" en
Irlande, en France ou ailleurs en Europe de ce principe humain qu'est
le regroupement familial ?
Claire Rodier : En Irlande, l'acquisition automatique de la nationalité
était inscrite dans la loi et dans la Constitution, cela
n'a jamais été le cas en France : un enfant né
en France de deux parents étrangers n'a jamais acquis automatiquement
la nationalité française.
Deuxième
chose : y a-t-il un abus du regroupement familial ? Pour moi, on
ne peut pas parler d'abus accolé à la notion de regroupement
familial. Le droit de vivre en famille est un droit fondamental
qui est inscrit dans beaucoup de conventions internationales. Il
est aussi inscrit dans la Constitution française. Le Conseil
d'Etat a dit en 1978 qu'il s'appliquait aux étrangers comme
aux Français. On ne peut pas considérer que quelqu'un
qui est immigré durablement dans un pays pourrait se voir
refuser l'application de ce droit à vivre en famille. Ou
alors, on va tomber dans un système parfaitement utilitariste
où on ne prend de l'immigré que ce dont on a besoin,
à savoir sa force de travail, et où on ne lui reconnaît
aucun droit attaché à la personne. Le modèle
caricatural de ce système, c'était les Bantoustans
du temps de l'Afrique du Sud de l'apartheid.
On ne peut pas
concevoir un système d'immigration qui serait fondé
uniquement sur l'intérêt que tire le pays d'accueil
et qui ne prendrait pas en considération les besoins, les
aspirations de la personne qui migre. Ou alors cela voudrait dire
qu'on renonce à un certain nombre de principes.
Cécile : Quelles sont les limites imposées par l'Union
européenne en matière de politique de l'immigration
?
Claire Rodier : En fait, l'UE n'a pas posé énormément
de règles contraignantes à ce jour en matière
d'immigration. Elle est en train de le faire plutôt dans le
domaine de l'asile, avec des règles très restrictives
pour l'accueil des réfugiés. Mais pour l'immigration,
le consensus qui s'est établi entre les Etats membres de
l'Union, ce sont plutôt des grandes lignes, pas trop contraignantes,
qui laissent à chacun la possibilité d'adapter sa
politique d'immigration à ses besoins, notamment en main-d'uvre.
Ours : La politique
de Nicolas Sarkozy est-elle plus répressive que celle de
nos voisins européens ?
Thomas : Que pensez-vous du durcissement programmé de l'accès
à la nationalité française ?
Claire Rodier : Entre les différents pays d'Europe, il est
un peu difficile de faire des comparaisons dans la mesure où
certains pays, comme l'Angleterre, vont se montrer très restrictifs,
par exemple sur l'accès du territoire aux demandeurs d'asile,
beaucoup plus qu'en France, mais où, en revanche, les conditions
d'intégration, d'accès au travail pour les migrants
de main-d'uvre sont beaucoup plus ouvertes.
On considère
en général que les pays les plus au sud de l'Europe
(Grèce, Espagne, Italie) ont des systèmes plus laxistes,
avec moins de contrôles, et donc plus de failles dans le système
de vérification des papiers des étrangers. Mais ces
pays peuvent avoir - en particulier l'Italie et la Grèce
- des pratiques très répressives en matière
d'expulsion, par exemple.
Deuxième
question : ce qui est prévu en matière de nationalité
actuellement, c'est un renforcement de la lutte contre la présomption
de fraude. C'est-à-dire qu'on va mettre en place des délais
supplémentaires avant que les personnes qui ont "vocation"
à devenir français du fait de leur insertion dans
la société, ou du fait surtout de leurs attaches familiales,
puissent obtenir la nationalité française. Et on va
être beaucoup plus regardant sur la vérification que
ce ne sont pas des fraudeurs, par exemple qu'ils n'ont pas contracté
des mariages blancs, uniquement pour la nationalité, ou qu'ils
n'ont pas reconnu des enfants uniquement pour devenir parents d'enfants
français.
Ces restrictions
annoncées, ce durcissement, sont très préjudiciables
à la population étrangère qui a des attaches
familiales en France, parce que cela fait peser une suspicion sur
l'ensemble dans le but de dépister la minorité de
fraudeurs. Et faire peser la suspicion sur les conjoints de Français,
les parents d'enfants français, c'est entretenir un climat
de méfiance vis-à-vis d'une population qui a pourtant
toutes les raisons de rester en France, et des lois comme celle
qui va être présentée pour durcir l'accès
à la nationalité, du coup, vont tout à fait
à l'encontre de la politique d'intégration que le
gouvernement prétend vouloir appliquer.
Jy : Comment
mieux associer immigration et intégration, selon vous ? Quelles
sont les propositions du Gisti ?
Claire Rodier : Il faut peut-être avoir une notion de l'intégration
qui soit différente de celle dont on entend beaucoup parler
actuellement de la part des membres du gouvernement. La bonne définition
de l'intégration, ce n'est pas demander tout aux étrangers
en matière d'efforts pour se conformer à la société
qu'ils viennent rejoindre. L'intégration, ça marche
dans les deux sens : intégrer, ça veut dire aussi
qu'une société d'accueil doit se donner les moyens
que les personnes à intégrer aient envie de faire
partie de cette société.
Cela veut dire,
par exemple, offrir l'égalité des chances à
l'école, et non pas un système scolaire à deux
ou trois vitesses, ça veut dire offrir la possibilité
de travailler avec les mêmes chances aux enfants d'étrangers
et aux enfants de Français dits "de souche". Ce
n'est pas le cas aujourd'hui, où l'on a un système
très inégalitaire sur le plan du travail à
cause du racisme et de la discrimination.
Ca veut dire
aussi ne pas donner à la population française l'impression
que les étrangers ou les immigrés constituent une
menace. Or le discours qui est tenu avec les propos par exemple
du ministre de l'intérieur au moment des émeutes de
banlieue, mais aussi les lois qui régissent l'immigration,
qui sont particulièrement xénophobes au sens de rejet
de l'étranger, sont exactement des anti-modèles d'intégration
et sont des facteurs de désintégration qui sont difficilement
rattrapables.
La proposition
du Gisti, c'est d'inverser le système d'accueil des étrangers
qui est aujourd'hui fondé sur la fermeture des frontières
et d'avoir une vision beaucoup plus ouverte, avec en arrière-plan
l'idée que la régulation des flux migratoires ne peut
pas se faire à coup de murs érigés pour protéger
des sociétés occidentales contre un étranger
vu comme une menace.
Sanattack :
La question de l'immigration a toujours été présente
dans les débats entourant chaque campagne présidentielle,
mais ce thème ne prend-il pas la place que celui de l'insécurité
avait prise aux élections de 2002 ?
Claire Rodier : On pourrait dire que les deux marchent main dans
la main, avec une alternance insécurité/immigration
tout à fait entretenue par les responsables politiques. Une
des preuves de ce que l'immigration est avant tout un enjeu électoral,
et pas du tout une nécessité de gestion technique,
c'est que la dernière loi sur l'immigration de M. Sarkozy
date de tout juste deux ans et a été présentée
comme une réforme de fond pour régler tous les problèmes
qu'avait rencontrés M. Sarkozy à son arrivée
au gouvernement.
Il apparaît
qu'aujourd'hui M. Sarkozy a besoin d'engranger des voix pour la
campagne qui va bientôt démarrer, et qu'une des valeurs
sûres pour cela c'est le thème de l'immigration, donc
il n'hésite pas à faire comme si la loi qui porte
son nom n'existait pas et à expliquer que tout est à
faire à nouveau.
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Violences urbaines: un mouvement "largement spontané"
(procureur de paris)
AFP 11.01.06 | 19h41
Les violences
urbaines de novembre étaient un phénomène "largement
spontané", a estimé mercredi le procureur de
la République de Paris Jean-Claude Marin, lors de l'audience
solennelle de rentrée du tribunal de grande instance de Paris.
Dressant le bilan de l'activité du tribunal au cours de ces
évènements, M. Marin a affirmé qu'il n'y avait
"nulle trace de revendication de type identitaire, de structuration
ou d'organisation de mouvements qui apparaissent largement spontanés,
nul stigmate d'une impulsion ou d'une récupération
politique ou religieuse".
"Les motivations des actes sont difficiles à cerner
et n'ont pu être approchées que pour les personnes
ayant reconnu les faits qui leur étaient reprochés:
il en ressort massivement une dimension ludique et immature",
selon M. Marin.
Aux premiers
jours des émeutes, le ministre de l'Intérieur Nicolas
Sarkozy avait estimé que les violences étaient "parfaitement
organisées".
"Si ce
n'est pas l'ordre de la police républicaine (qui prévaut),
ce sera soit l'ordre des bandes, des mafias, soit un autre ordre,
celui des extrémistes", avait-il également déclaré.
Un total de
57 personnes a été déféré devant
la justice parisienne pendant les émeutes urbaines.
"Les lieux
qui ont connu le plus grand nombre d'évènements sont
ceux de forte densité de logements sociaux et de population
précarisée, tel le 19e arrondissement de Paris, qui
totalise, à lui seul, 30% des faits constatés pendant
la période étudiée", a précisé
le haut magistrat.
"S'agissant
des auteurs d'infractions, ils se révèlent être,
pour plus de 75%, âgés entre 16 et 21 ans, 63% ayant
même entre 16 et 18 ans, domiciliés, pour 82,5%, dans
la capitale, de nationalité française à 87%
et, pour 55% des mineurs, sans antécédents judiciaires
en matière pénale", selon M. Marin.
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Le référendum de Saint-Denis sur le droit de vote
des étrangers suspendu par la justice
Laetitia Van Eeckhout
Le Monde, dimanche 15 janvier 2006
Statuant en
référé sur requête du préfet de
Seine-Saint-Denis, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a
suspendu, vendredi 13 janvier, la décision du conseil municipal
de Saint-Denis d'organiser, le 26 mars, un référendum
d'initiative locale sur le droit de vote et l'éligibilité
des étrangers aux élections locales. La juridiction
a estimé qu'il "existait un doute sérieux sur
sa légalité".
Jean-François Cordet, le préfet, juge illégale
cette consultation, estimant que son objet ne relève pas
de la compétence communale mais du Parlement et parce que
la commune de Saint-Denis "a décidé d'y associer
les résidents étrangers non ressortissants d'un Etat
de l'Union européenne".
"Il ne
s'agit pas de nous substituer au Parlement, s'est défendu,
à l'audience, vendredi, Didier Paillard, le maire (PCF) de
Saint-Denis, ville où un habitant sur quatre est étranger.
Mais pour qu'une telle décision soit prise, il nous semble
important que les habitants d'une ville comme Saint-Denis, très
concernée par ce sujet, puissent avoir leur mot à
dire. Ce référendum a pour seul et unique objectif
de recueillir l'avis de nos concitoyens sur un sujet majeur, et
de le faire dans des conditions irréfutables."
Invoquant la
Convention européenne des droits de l'homme, M. Paillard
a ajouté que "le droit des habitants d'une ville à
être consultés ne saurait être lié à
leur nationalité".
A la sortie
du tribunal administratif, l'élu a insisté : "On
ne peut déplorer que les gens s'abstiennent et, en même
temps, écarter un quart de la population, en refusant de
mettre en oeuvre une résolution du Conseil de l'Europe sur
le droit de vote des étrangers aux élections locales."
Une fois le
jugement du tribunal connu, en fin de journée, M. Paillard
annonçait qu'il allait faire appel de la suspension et, quoi
qu'il en soit, "continuer" : "Nous organiserons une
consultation donnant la parole à tous les Dionysiens, même
si cela n'a pas le poids d'un référendum d'initiative
locale répondant à toutes les règles juridiques."
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