|
REVUE DE
PRESSE
Muhittin,
rescapé de Clichy, donne sa version
Sorti de
l'hôpital, il confirme avoir été poursuivi par
la police.
Jacky DURAND
Libération, vendredi 16 décembre 2005
Ses copains avaient accroché une grande banderole colorée
au pied de son immeuble: "Bienvenue à Muhittin."
Muhittin Altun, 17 ans, a retrouvé les siens, hier après-midi,
dans le quartier du Chêne-Pointu à Clichy-sous-Bois
(Seine-Saint-Denis).
Grièvement
électrocuté le 27 octobre dans le transformateur électrique
où Zyed Benna et Bouna Traore ont trouvé la mort,
l'adolescent a quitté hier l'hôpital. "Il est
fou de joie à l'idée de rentrer enfin chez lui",
a indiqué son avocat. "On n'a rien prévu de particulier
pour son retour. On souhaite lui faire un accueil intime, en famille",
indiquait hier un membre de l'association Au-delà des mots
(ADM), créée après les émeutes . Dans
un entretien au Parisien hier, Muhittin a maintenu avoir été
poursuivi par la police le 27 octobre. Il affirme être allé
jouer au football à Livry-Gargan (Seine-Saint-Denis) avec
Zyed et Bouna. "Au retour, dit-il, j'ai vu Bouna courir et
crier derrière nous. Il nous a dit : "Courez, courez,
les policiers sont en train de nous courser!" Zyed lui a demandé
: "Mais qu'est-ce qui se passe?" Bouna a répondu
: "Ils ont attrapé David, et ils nous coursent !"
Alors on s'est tous mis à courir." Quand ils ont entendu
les sirènes de police se rapprocher, les trois garçons
sont allés se cacher dans le site EDF. "On est resté
là environ trente minutes. Je voulais sortir, rentrer chez
moi, après tout, on n'avait rien fait ! Mais on entendait
des voix, des aboiements de chiens. Et puis l'électricité
nous a atteints. Mes copains ont été projetés
à gauche, moi à droite. J'ai vu mes habits en train
de brûler, comme dans un rêve." Cette version des
faits, avancée par Muhittin dès le 10 novembre devant
un juge d'instruction de Bobigny, contredit les affirmations du
ministre de l'Intérieur et de la police. Le 28 octobre,celui-ci
avait affirmé que "la police ne poursuivait pas physiquement"
les victimes. Le 29 octobre, le procureur de la République
de Bobigny avait indiqué que les trois jeunes s'étaient
"crus poursuivis" par des policiers "alors qu'ils
ne l'étaient pas".
"Ce que vous avez vu, on le vit depuis des années"
Paroles de
policiers confrontés pendant trois semaines aux émeutes.
Jacky DURAND
Libération, mercredi 07 décembre 2005
Un petit Noël
mais pas de nouvel an. Nicolas Sarkozy a confirmé, le 1er
décembre, devant le congrès de Synergie (deuxième
syndicat d'officiers), l'attribution d'une prime de 300 euros à
"22 000 agents de la police nationale les plus impliqués
dans les opérations liées aux violences urbaines".
Mais les congés de fin d'année seront réduits
au minimum réglementaire. Pas plus de 25 % des effectifs
de la police nationale ne seront en repos pour la Saint-Sylvestre.
"Mais ça fait déjà quelques années
qu'on est tous sur le pont pour le coup de chaud du nouvel an",
explique un syndicaliste.
Sur le même sujet
Des officiers de police débordés
La fin de cette
année revêt toutefois une importance particulière
après les trois semaines d'émeutes entre la fin octobre
et novembre. "On est très inquiets pour cette Saint-Sylvestre,
concède un vieux routier de la Seine-Saint-Denis, où
75 voitures ont brûlé lors du nouvel an 2004. Il n'y
a pas de raison que ça ne recommence pas."
Signes avant-coureurs
Les 10 000 voitures
brûlées sur l'ensemble du territoire n'ont pas fini
de faire gamberger dans les rangs de la police, où l'on décrit
ce mois de novembre comme un épisode emblématique
de l'évolution des violences urbaines. Un haut fonctionnaire
analyse : "L'ampleur nous a surpris, c'était inédit.
Mais on avait déjà été alerté
sur une ambiance tendue en banlieue. Notre analyse était
fondée sur plusieurs éléments, dont la nuit
du 13 juillet 2005 où une centaine de voitures avaient été
incendiées en Seine-Saint-Denis. On était passé
au stade de la guérilla urbaine avec des gens coordonnés
et mobiles. Ils jouaient avec les CRS, les piégeaient. On
avait même vu une voiture balancée dans l'escalier
du RER. Cependant, le mois de novembre restera un événement
considérable en termes d'étendue, de simultanéité.
Il y a un avant et un après- novembre 2005."
Philippe (1)
est gardien de la paix depuis cinq ans en Seine-Saint-Denis. Quand
il a appris la mort des deux jeunes à Clichy-sous-Bois, le
27 octobre, il s'attendait à "une réponse des
jeunes. Mais pas à un tel mouvement". Un officier confirme
: "On est sorti du scénario classique. Quand il arrivait
quelque chose de grave à un môme, d'habitude, on se
tapait deux nuits de violences, après, ça se tassait."
Quand il a sillonné les rues de La Courneuve, d'Aubervilliers
et de Saint-Denis, Philippe a été impressionné
par le chassé-croisé entre les jeunes, la police et
les caméras de télévision, et parle de "concours"
: "Si le voisin brûlait 30 voitures dans son quartier,
alors il fallait faire mieux que lui et en brûler 40 ici.
Tout à coup, les gamins ont eu le sentiment de se retrouver
sous les feux de la rampe alors qu'ils avaient la conviction d'être
les oubliés des médias. On s'est mis, du jour au lendemain,
à parler d'eux alors qu'avant ils pensaient qu'on n'évoquait
la banlieue que lorsqu'une barre s'écroulait. Durant ces
semaines d'émeutes, tous les jeunes étaient devant
la télé pour voir quels quartiers passaient au JT."
Dans cette configuration
de surenchère avancée par les policiers, Eric, quinze
ans de sécurité publique dans le Val-d'Oise, a vu
s'échauffer les cités "habituelles" avec
"des jeunes qui cherchaient l'affrontement. Ils connaissent
nos limites en matériel et en effectifs pour les repousser.
Ils savent que l'effet du flash-ball est limité au-delà
de dix mètres et que l'on peut s'en protéger en mettant
deux, trois blousons". Cependant, l'officier a également
constaté que "dans des cités qui n'étaient
pas habituées à ce genre d'événement,
des patrouilles se sont retrouvées piégées
dans le noir avec des voitures qui brûlaient. Sur l'ensemble
des jeunes interpellés, une minorité était
connue. La majorité s'est agrégée sur cette
minorité qui a distillé son savoir-faire en matière
d'émeutes".
Conscience commune
Les témoignages
des policiers recueillis par Libération démentent
toutes les tentatives politiques, dont celle de Nicolas Sarkozy,
pour lier ces violences à une forme d'organisation : "Il
n'y a pas eu d'organisation mais ces jeunes ont ressenti qu'ils
appartenaient tous à la même condition défavorisée,
dit un ponte du renseignement. Un si grand nombre de cités
ne s'embrasent pas comme ça sans une conscience commune,
avec, pour moteur, le chômage et la discrimination. Il y a
des ferments de révolte." Pierre, quinze ans chez les
CRS, précise : "On ne peut pas parler d'organisation
générale mais, dans certains endroits, il y a eu des
gens qui préparaient les cocktails Molotov alors que dans
d'autres lieux, des jeunes étaient encadrés par des
grands frères."
Pierre et Philippe
n'ont connu d'affrontements que dans les nuits qui ont suivi les
morts de Clichy-sous-Bois : "On a vécu deux soirées
de bagarres dans le 93, sinon il n'y a pas eu de contact ; les gens
brûlaient les voitures et s'enfuyaient", dit l'officier
de CRS qui porte le regard le plus véhément sur la
crise des banlieues : "Ce que vous avez vu, c'est ce que l'on
vit depuis des années ! Un week-end, c'est 300 bagnoles qui
brûlent. Simplement, les préfets, les directeurs de
la sécurité publique ne veulent pas en parler. Il
y a une omerta. A part l'usage des armes à feu à Grigny
et à La Courneuve, la situation n'a pas été
plus violente que d'habitude. La grosse différence, c'est
qu'en novembre les émeutes se sont généralisées
sur tout le territoire."
Deux ou trois
rues
Un autre policier
en Seine-Saint-Denis parle d'"harcèlement" plutôt
que d'"affrontements" : "Une fois la tribune médiatique
obtenue , les émeutiers n'avaient plus intérêt
à l'affrontement. En fait, les émeutes, ça
ne touchait que deux ou trois rues dans chaque commune." Toutefois,
Claude capitaine en Seine-et-Marne, estime avoir été
confronté au cours de la crise des banlieues "à
une situation plus virulente, avec des gens plus déterminés
que d'habitude" dans son département.
Si la violence
n'est pas l'élément le plus saillant dans le récit
des policiers, ils insistent davantage sur les dommages causés
aux bâtiments publics, notamment ceux à usage collectif.
"On n'a jamais vu autant d'édifices incendiés",
constate un responsable policier du 93. "On s'attaque maintenant
aux écoles alors qu'avant on ne s'en prenait qu'aux bleus
(les policiers)", dit Pierre. Selon le ministère de
l'Intérieur, 233 bâtiments publics et 74 bâtiments
privés ont été incendiés ou vandalisés
dans 300 communes.
Trois semaines
après les dernières nuits d'émeutes, les policiers
s'estiment plutôt confortés dans leurs missions par
les réactions de la population : "Ces événements
ont réduit le décalage entre l'opinion et nous, policiers,
affirme Claude pour qui, il faudrait donner aux jeunes des banlieues
une raison d'espérer, quelque chose de palpable à
atteindre." Mais ajoute-t-il, "il faut aussi que l'on
comprenne que celui qui casse doit être aidé mais également
sanctionné". Pierre dit : "Ce qui a changé,
c'est le regard des gens sur nous. On a senti une adhésion,
une demande de sécurité dans les banlieues, les gens
ont peur."
Dépôt
de bilan
L'analyse développée
par un autre officier en Essonne ébauche, en revanche, une
ligne de fracture entre les cités et le reste du territoire
: "Les gens qui n'habitent pas dans les banlieues nous soutiennent.
Ceux qui habitent les cités ont peur face aux violences ou
sont indifférents face à notre action. La plupart
des personnes qui ont vu leurs véhicules dégradés
ont peur de déposer plainte." Pour un autre fonctionnaire
: "Plus que jamais la police est un fusible, une forme d'exutoire
face à des jeunes désoeuvrés, en rupture familiale.
On fait les frais d'une absence de politique en banlieue. Si l'on
se souvient que Chirac parlait de réduire la fracture sociale
lors de sa campagne électorale de 1995, aujourd'hui, il frise
le dépôt de bilan."
(1) A leur demande,
les policiers sont désignés par des prénoms
d'emprunt.
(Lire aussi
sur liberation.fr le blog de Zineddine et Ouardi, entrepreneurs
à Aulnay.)
Prévention de la délinquance : Sarkozy refait tout
sauf la police
Son projet
de loi prévoit de réformer la justice, l'éducation,
le logement, la santé... Mais aucun question-nement sur ses
propres troupes.
Jacqueline COIGNARD
Libération, vendredi 16 décembre 2005
Un maire tout
puissant, des miniprocureurs, une police intouchable, le retour
de la loi "anticasseurs", l'appel à la délation...
Voilà l'esprit du projet de loi sur la prévention
de la délinquance que Nicolas Sarkozy s'apprête à
dégainer.
Retravaillé
une énième fois (onzième rédaction environ
depuis 2003), le texte, mitonné en petit comité, devrait
sortir incessamment des tiroirs du ministère de l'Intérieur.
Après les émeutes de novembre dans les banlieues,
les rédacteurs ont ajouté un court chapitre intitulé
: "La réponse pénale aux violences urbaines".
Pas l'ombre d'un questionnement sur les rapports entre les institutions
- notamment la police - et les habitants des banlieues. Plutôt
un plaidoyer justifiant une renaissance de la loi anticasseurs de
1970 (1). Les "événements récents (...)
ont permis de mesurer une fois de plus les limites du principe juridique
de la personnalisation de la responsabilité pénale",
indique le texte. "L'individu n'est responsable pénalement
que de ses propres actes et les enquêteurs devront apporter
la preuve des éléments constitutifs de chaque infraction
commise, et notamment l'élément matériel",
regrettent les rédacteurs. D'où l'idée de "disposer
d'outils législatifs" permettant "d'incriminer
les instigateurs, les meneurs, mais aussi chacun des participants
au regroupement, cause de troubles graves à l'ordre républicain,
la responsabilité pénale personnelle découlant
de la participation individuelle et volontaire au groupe fauteur
de troubles".
Dans tout le
reste du texte, on cherche en vain des mesures qui pourraient concerner
les troupes du ministère de l'Intérieur. En revanche,
celles de tous les autres ministères sont impliquées.
Le projet prévoit de réformer la justice, l'éducation
nationale, le logement, la famille, la santé... Les auteurs
n'hésitent pas à agréger des mesures préconisées
dans divers rapports remis à tel ou tel ministère,
ou à réclamer... des dispositifs qui existent déjà
(il réinvente les centres éducatifs fermés
et les jugements à délai rapproché, pour les
mineurs notamment). Résultat, cet ensemble hétéroclite
ressemble davantage à un programme du patron de l'UMP en
campagne pour 2007 qu'à une ébauche de projet de loi
du ministre de l'Intérieur.
Antienne. Alors
qu'il déborde largement sur le champ social, le texte réaffirme
pourtant, au fil de ses métamorphoses, une critique de "la
culture de l'excuse sociale et économique" pour insister
au contraire sur "l'intégration des normes" et
"la perception des interdits". En préambule, on
retrouve toujours la même antienne : "Cette confusion
constatée entre prévention et politique sociale est
à l'origine du développement d'une culture de l'excuse
sociale ou économique au comportement du délinquant,
qui conduit souvent les professionnels, dont la générosité
n'est pas à mettre en doute, à des formes de découragement."
Le maire reste
aussi le personnage clé, d'une rédaction à
l'autre. Lors du premier passage de Sarkozy à l'Intérieur,
c'était déjà le leitmotiv : il faut un pilote
dans l'avion de la prévention et ça ne peut être
que le maire. Cette fois, il n'est plus classé dans les "élus",
mais dans les "professionnels" de la prévention
de la délinquance. Est toujours question dans ce projet du
très contesté "partage de l'information"
sur les personnes qui bénéficient de mesures sociales
ou qui ont maille à partir avec la justice. "Les actions
menées en direction de personnes susceptibles d'être
victimes ou auteurs d'infractions se trouvent aujourd'hui largement
entravées par des difficultés de coordination entre
les multiples professions appelées à intervenir",
martèle le texte.
En mars 2004,
cette idée avait fait descendre dans la rue les représentants
de ces diverses professions : médecins des centres de protection
maternelle et infantile (PMI), infirmières scolaires, assistantes
sociales, éducateurs spécialisés, magistrats...
Ils manifestaient leur volonté de refuser cette culture de
la délation, en foulant au pied leur déontologie professionnelle.
Et soulignaient les dangers de cette politique de stigmatisation
des personnes en difficulté, désignées comme
une charge, et rangées dans la catégorie de délinquants
potentiels n'ayant pas droit au respect de leur vie privée.
Le texte prétend
éviter l'écueil en affirmant : "les acteurs concernés
ne seront habilités à se communiquer entre eux que
les renseignements nécessaires à l'accomplissement
de leurs missions, c'est-à-dire dans l'intérêt
de la personne qui en bénéficie". Et le maire
ne serait plus le centralisateur direct de toutes ces informations.
Un personnage intermédiaire servirait de tampon : le coordinateur
responsable du partage de l'information. Lequel serait nommé
par... le maire.
Tapage. Autre
innovation majeure : dans le cadre de la lutte contre les "incivilités",
le délégué du procureur (généralement
un ancien policier désigné par le parquet) pourrait
s'autosaisir de certaines infractions (les contraventions de quatrième
classe comme les troubles de voisinage, tapages, menaces, insultes,
violences légères...), sans attendre d'en être
chargé par le procureur. Et le maire pourrait également
saisir le délégué du procureur dans le même
genre de cas. Même si le dispositif est limité à
des infractions légères, il constituerait une rupture
importante. Jusque-là, le maire n'a aucun pouvoir d'injonction
sur les services de l'Etat (police, justice, éducation nationale).
Cette capacité de saisir le délégué
du procureur lui donnerait une prise sur les services du parquet.
Dans sa maison de la justice et du droit, le délégué
deviendrait ainsi un mini-procureur susceptible d'infliger directement
des rappels à la loi, des mesures de réparation ou
de médiations pénales. "Il s'agit, lorsque les
mécanismes naturels de régulation sociale sont défaillants,
de permettre la prise de conscience, par l'auteur d'une incivilité,
de sa faute et de l'existence d'une réponse sociale moralement
ou matériellement significative", indique le texte.
(1) Cette loi, votée en 1970, édictait une responsabilité
collective lors de manifestations et a été abrogée
en 1981.
A Emerainville, le maire UMP invente la "décohabitation"
Il dit lutter
contre "la polygamie" avec des relogements loin de sa
commune.
Marc PIVOIS
Libération, lundi 19 décembre 2005
Emerainville
est une petite commune de quelque 7000 habitants en Seine-et-Marne.
Coquette, enchâssée dans des forêts, à
taille humaine. Voilà pour les apparences. Mais, sous les
vertes frondaisons, règne une ambiance moins bucolique. La
révolte gronde. D'abord du côté du personnel
communal. Les procès d'employés de la ville contre
le maire UMP, Alain Kelyor, se multiplient. Une partie de la population
commence aussi à relever la tête. Notamment les habitants
du quartier du Clos d'Emery, dont la majorité est d'ascendance
malienne. Le 10 décembre, une marche silencieuse à
travers la ville a réuni quelque 200 personnes. Contre le
racisme et l'ostracisme. Le maire avait refusé d'autoriser
la manifestation. Elle a tout de même eu lieu, et il était
l'un des premiers visés.
"Le Bronx".
Alain Kelyor a été élu en 1995. L'un de ses
thèmes de campagne : restaurer l'image du Clos d'Emery. En
clair, chasser les Africains qui s'y sont installés. Le "Petit
Bamako", comme le nomment eux-mêmes les habitants, alors
que le maire préfère dire "le Bronx", est
un quartier d'immeubles de deux à trois étages, en
copropriété. En 1985, l'immobilier connaissait une
crise. Rien ne se vendait. Le quartier, pas encore desservi par
la ligne E du RER, était perdu au diable Vauvert. Un ouvrier
de la Ville de Paris, qui venait de faire venir sa femme et ses
enfants du Mali, cherchait un logement à acheter, pas cher.
Il a fait affaire avec l'agent chargé de solder l'invendable
Clos d'Emery, qui lui a proposé un deal : faites venir vos
collègues et je vous donnerai une petite commission. En quelques
années, une trentaine de familles maliennes et sénégalaises
avaient acheté des appartements le long de la "rue des
Belles Histoires".
Durant son premier
mandat, Kelyor s'emploie surtout à remettre au pas les services
communaux. La gauche a longtemps géré la ville, et
les employés sont plutôt rétifs à la
nouvelle équipe. Pour le seconder, il fait venir des directeurs
de services à poigne. Le premier, après quelques années,
devra partir, accusé d'avoir piqué dans la caisse.
La seconde, toujours en activité, a elle aussi connu les
foudres de la justice dans un ancien poste, en Bourgogne. "La
secrétaire de la mairie d'Avallon jonglait avec les comptes",
relatait alors l'Yonne républicaine. Geneviève Talbordet
a été condamnée à six mois de prison
avec sursis pour détournement de fonds, travail clandestin,
caisse noire... C'est elle qui dirige d'une main de fer les services
municipaux. Le maire affirme n'avoir que "trois procès
en cours pour des contestations de note". En réalité,
près d'une dizaine de procédures initiées par
des agents, à titre individuel ou collectif, sont en marche.
"Le maire et ses proches sont des spécialistes du harcèlement
moral : notes baissées sans motivation, mutations vexatoires...
Il suffit d'être vu en train de discuter avec un opposant
au maire pour subir les foudres", assure un employé.
Mais c'est surtout
au Clos d'Emery que le maire multiplie les initiatives. Pour "nettoyer"
le quartier, tout est bon. Les pressions, d'abord. Avec, comme cheval
de bataille, la lutte contre la polygamie. "Si vous êtes
Africain et polygame, vous pouvez à loisir pratiquer cette
forme d'union pourtant interdite dans notre pays, et obtenir tous
les avantages sociaux correspondants", écrit Kelyor
dans sa Lettre du maire de septembre. Puis : "Il est plus facile
d'expulser Monsieur DUPONT-DURANT, sa femme et ses deux gosses,
qu'une famille avec trois femmes et vingt enfants sous la protection
de toutes les associations caritatives".
Concept maison.
Alain Kelyor ne se contente pas de dénoncer. Il agit, fort
d'un concept maison : la "décohabitation". Il s'agit
de convaincre l'une des épouses de quitter le cercle familial.
"Elles n'ont qu'une envie, c'est de partir, déclare
Alain Kelyor à Libération. La polygamie, c'est très
chouette en Afrique, mais ici, elles se retrouvent à trois
bonnes femmes et vingt gosses dans un trois pièces, c'est
beaucoup moins drôle..." Par le truchement de l'Association
pour le développement local et de la prévention (ADLP),
présidée par Kelyor, la ville rachète des appartements
en dehors de sa commune. Si possible, loin, très loin. "On
ne peut pas les reloger à Emerainville, on n'a plus de logements
sociaux disponibles", assure Kelyor. Ainsi, une femme a été
"relogée" avec ses enfants dans un appartement
à 40 kilomètres. Le maire s'occupe aussi plus classiquement
du quartier : "Je l'ai désenclavé en ouvrant
une impasse sur le reste de la ville." En fait, il a ouvert
à la circulation une allée sur laquelle donnent directement
les maisons, sans trottoirs. "Nos gosses ont l'habitude d'y
jouer. Les soirs d'été, tout le monde est là.
Maintenant, il y a des voitures qui passent à toute vitesse.
Il veut tuer nos gosses, ma parole !" dit une mère de
famille.
Club coquin.
"Aux cantonales, il y avait un candidat FN dans tous les cantons,
sauf dans un, Emerainville", lance l'élu PS Jean-Francis
Dauriac. Pourtant, l'élu se défend d'être raciste.
"Il nous a proposé de nous allouer une salle de prière
avec des horaires élargis, à condition qu'on signe
un papier pour dire qu'il n'est pas raciste", raconte Makan
Camara, porte-parole officieux de la communauté. Sur un mode
plus léger, le maire fait aussi jaser, puisque la "Roylek"
(anagramme de Kelyor), société civile immobilière
qu'il détient avec son épouse, est récemment
passée entre les mains d'un de ses proches, Daniel Podevyn,
et de sa société, Le 5 et Plus, un club coquin d'Emerainville.
Pour Lutte ouvrière, la révolte des banlieues était
"stérile"
Elle serait
le fait de "jeunes gens désorientés" dépourvus
d'idées politiques.
Christophe
FORCARI
Libération, vendredi 16 décembre 2005
La révolte
des banlieues ? Du "hooliganisme" pour Lutte ouvrière.
Même si le parti d'Arlette Laguiller se garde de coucher le
terme noir sur blanc, c'est, en tout cas, le sentiment de la direction
du groupuscule. Pour les révolutionnaires purs et durs de
LO, le fait de brûler la voiture du prolétaire voisin
traduit, à tout le moins, un manque flagrant de conscience
de classe. Les dirigeants de la formation trotskiste jugent "stériles"
les émeutes dans les quartiers pauvres provoqués par
des "jeunes désorientés".
Embryon de révolte.
Une analyse des événements fortement discutée
lors du dernier congrès de l'organisation trotskiste, il
y a trois semaines à Paris. Pour la fraction minoritaire,
autorisée depuis 1996, ces événements expriment
la révolte, certes aveugle, d'une partie de la jeunesse ouvrière
et prolétaire, pas seulement immigrée. Un véritable
embryon de révolte, même si elle bouscule les grilles
de lecture traditionnelle de la direction du parti. Les minoritaires
de LO reprochent également à la direction d'avoir
calé leurs positions sur celles des autres partis à
la gauche de la gauche, et notamment de la LCR, en se contentant
de pointer les responsabilités gouvernementales.
C'est "niet".
Dans le texte final approuvé par la majorité des délégués,
les majoritaires de LO accusent le gouvernement, responsable par
sa politique, du déclenchement de ces manifestations de "jeunes
asociaux". "Nous ne reprenons pas ces termes à
notre compte, c'est une citation du gouvernement", se défend
Michel Rodinson, membre de la direction de LO, qui regrette "la
façon dont ces jeunes ont exprimé une révolte
qui ne se donnait aucun but politique, ni social". Une citation
que, pourtant, les responsables de LO, au fil de leur analyse, semblent
faire leur. Dans l'organe de réflexion mensuel du parti Lutte
de classe de novembre, ils fustigent des manifestants qui "ont
cherché à démolir le peu qui, dans les quartiers
pauvres, représente une certaine vie sociale". Et dénoncent
"certains gauchistes qui présentent ce qu'ils appellent
le radicalisme des jeunes de banlieue comme un exemple à
suivre pour les travailleurs. C'est passablement stupide. La violence
aveugle n'est en rien un signe de radicalisation. C'est le signe
d'une désorientation profonde, la marque de l'inconscience".
Des émeutiers en bleus de chauffe passent encore, mais chaussés
de Nike, en survêtement et casquette, là, c'est "niet"
pour les révolutionnaires.
Contre l'état
d'urgence. L'appréciation de LO sur ces événements
rejoint en partie l'analyse qu'en fait la Ligue communiste révolutionnaire
(LCR) d'Alain Krivine et Olivier Besancenot. La formation trotskiste
rivale de celle d'Arlette Laguiller déplore également
que ce mouvement "se soit fait sans plate-forme unifiante,
sans revendications et sans débouchés politiques".
"Mais c'est une authentique révolte populaire des exclus
du libéralisme", ajoute toutefois Christian Picquet,
membre de la direction de la LCR, pour qui "la qualifier de
mouvement d'asociaux revient à passer totalement à
côté de la plaque". "C'est vrai qu'on a du
mal à appréhender le mouvement", reconnaît
un autre responsable de la Ligue qui s'est contentée de manifester
à deux reprises contre l'instauration de l'état d'urgence.
"Nous n'avons pas réussi à mobiliser comme nous
le souhaitions", avoue Alain Krivine. Les deux organisations
d'extrême gauche peinent à appréhender cette
révolte des jeunes, et plus encore à lui donner des
débouchés politiques.
PS : les sénateurs
plus rebelles que les députés
Ils voteront
contre le projet de loi antiterroriste de Sarkozy à la différence
de leurs collègues.
Didier HASSOUX
Libération, jeudi 15 décembre 2005
Les sénateurs perdent en sagesse. Singulièrement ceux
qui siègent sur les bancs socialistes. Ils s'apprêtent
à voter aujourd'hui contre le projet de loi antiterroriste
de Nicolas Sarkozy. Leurs collègues députés,
eux, avaient choisi, selon la formule de leur président,
Jean-Marc Ayrault, une "abstention constructive et responsable".
Cette différence d'appréciation entre parlementaires
issus du même parti illustre, une nouvelle fois, l'embarras
du PS lorsqu'il est question de sécurité. Ses dirigeants
courent en permanence après un "équilibre entre
les besoins de sécurité et les exigences de liberté".
La décision
de voter contre le projet de loi a été formellement
acquise mardi lors de la rencontre hebdomadaire du groupe PS du
palais du Luxembourg. Mais le débat à huis clos de
la semaine passée ne laissait guère de doutes. Certains
sénateurs, comme Michel Charasse, ont certes plaidé
pour l'abstention. De même, le président du groupe,
Jean-Pierre Bel, soucieux de "l'harmonie entre les deux groupes
parlementaires". Mais une très grande majorité
de sénateurs conteste l'"utilité" et l'"efficacité"
du projet de loi. Et non des moindres : Catherine Tasca, Robert
Badinter, Louis Mermaz, Jean-Pierre Sueur, Jean-Luc Mélenchon,
etc. Ils dénoncent un texte "d'affichage", destiné
à faire la promotion de son auteur en vue des échéances
électorales. Badinter, ancien garde des Sceaux, a ainsi souhaité
que la loi soit "toujours irréprochable au regard des
libertés fondamentales". Ancienne ministre de Lionel
Jospin, Catherine Tasca a reproché à Sarkozy de pratiquer
"un amalgame entre la délinquance, l'immigration et
le terrorisme. C'est tout à fait inacceptable !".
D'accord sur
le fond, mais soucieux de l'unité du parti, Pierre Mauroy
a tout de même rappelé la position du groupe PS à
l'Assemblée. Mélenchon lui a rétorqué
: "Nous ne sommes pas obligés de voter la même
bêtise !"
Restait alors
à Jean-Pierre Bel à en référer à
François Hollande. Il l'a fait discrètement, mardi,
en marge du bureau national. Le patron du PS n'a pu qu'entériner.
Et à travailler à l'élaboration d'une position
commune des parlementaires socialistes pour la deuxième lecture
du projet de loi.
Monsieur le Président, ils vous ont fait une lettre
Des élèves
d'un lycée professionnel disent leur frustration sur leur
orientation.
Marie-Joëlle
GROS
Libération, vendredi 16 décembre 2005
C'est une lettre
adressée à Chirac, datée du 10 novembre : "Monsieur
le président de la République, nous sommes des élèves
du lycée professionnel Valmy, de Colombes [Hauts-de-Seine],
en terminale bioservices. Nous vous écrivons pour vous expliquer
ce qui se passe dans notre pays, la façon dont nous voyons
les choses et comment nous les vivons." Depuis plusieurs jours,
des voitures, des gymnases et des écoles brûlent en
banlieue. Dans les couloirs du lycée, les élèves
ne parlent que de ça. Mais, en classe, silence. Pendant un
cours d'éducation civique, un enseignant décide d'ouvrir
les vannes. Sa première question est prudente : "Qu'est-ce
qui se passe en France ?" Les mots des élèves
explosent. Une fille propose : "Et si on écrivait une
lettre à Chirac..." C'était deux jours avant
son intervention télévisée. "Le Président,
il boit son café sur les Champs-Elysées, il ne voit
pas ce qui se passe..."
Sur le même sujet
Appel pour les "condamnés de novembre"
"Les
gens te poussent à aller dans la merde"
Régis
Signarbieux, professeur de lettres et d'histoire-géographie,
s'est installé au tableau : "Il a juste mis les points
et les virgules", précise Arlette, lycéenne.
Ces jeunes ont entre 16 et 17 ans et vivent tous en cité,
à Nanterre (Hauts-de-Seine), Saint-Ouen-l'Aumône (Val-d'Oise),
Villeneuve-la-Garenne (Hauts-de-Seine), Gennevilliers (Hauts-de-Seine)...
Ils ont reçu les mots de Nicolas Sarkozy comme une gifle.
Et écrivent au Président : "Selon nous, un ministre
doit avoir un minimum de respect dans sa façon de parler
et faire attention à ce qu'il dit. Il n'a pas à dire
qu'il va nettoyer les cités au Kärcher et traiter les
jeunes de racaille." Aziz explique : "On avait un poing
sur le coeur. Mais on voulait dire aussi que brûler des voitures
et des écoles, ça non. Même si on comprend pourquoi."
Dans leur lettre, ils évoquent la façon dont on est
considéré quand on vit en cité, et le regard
posé sur les élèves des sections professionnelles.
"Souvent, des jeunes agressent les personnes qu'ils aimeraient
être, qui ont un bon travail, qui sont bien habillées",
écrivent-ils.
Ils sont arrivés
au lycée Valmy à la rentrée 2004. A reculons.
Après des années chaotiques de collège. La
plupart ont rapidement été orientés en Segpa
(Section d'enseignement général et professionnel adapté)
ou en classe d'insertion. Des structures pour élèves
en grande difficulté. Arlette : "Les gens t'entraînent,
te poussent à aller dans la merde. Quand tu vis dans une
cité, c'est gâté. J'ai gâté mes
rêves." Ses parents viennent de recevoir une lettre proposant
d'orienter sa soeur, aujourd'hui en CM1, vers une classe de Segpa.
"Je leur ai dit de répondre non, poursuit Arlette, d'origine
sénégalaise. La Segpa, c'est une classe de débiles.
C'est la honte."
Zora, orientée
en Segpa en 6e, tempère : "Les profs cherchent des solutions
pour les élèves qui ont des lacunes, mais c'est pas
les bonnes. La Segpa, ça nous empêche de prendre les
chemins qu'on veut en sortant." Au collège, aucun n'avait
inscrit ce BEP (brevet d'enseignement professionnel) bioservices
dans ses choix d'orientation. Le nom sonne bien, mais son contenu
est plus rude. Il recouvre deux spécialités : "agent
technique d'alimentation" et "maintenance et hygiène
des locaux". Les jeunes résument : "Cuisine et
ménage." Ces jours-ci, ils sont en stage, non rémunérés.
Héléna, dans un hôpital : "On me fait nettoyer
les joints d'ascenseur au Scotch Brite. C'est pas un stage !"
Arlette persifle : "Une formation pour apprendre à faire
le ménage, c'est inquiétant..." Difficile d'en
tirer une fierté. Pour eux-mêmes, comme pour leurs
parents qui connaissent déjà ces boulots-là.
Marie-Odile se rêvait infirmière. Sa famille, guadeloupéenne,
lui a fait comprendre que, si elle ratait ses études en France,
il lui faudrait rentrer "au pays", "pour laisser
la place à d'autres qui réussiront peut-être
mieux".
"Il faut
bien qu'on passe des diplômes"
Jusqu'aux premiers
TP (travaux pratiques), ces élèves ignoraient en quoi
consistait le BEP bioservices. "Quand j'ai réalisé
que j'étais dans le ménage, j'ai voulu démissionner,
raconte Candia, d'origine malienne. On m'a dit "tu changeras
plus tard, tu feras une autre formation après". Mais
"après", c'est jamais venu." Elle rêve
de travailler auprès d'enfants. Tous se sont résignés
: "Il faut bien qu'on passe des diplômes. Faut pas baisser
les bras." André voulait être horticulteur ou
sapeur-pompier, il se retrouve en cuisine. Comme Aziz, qui se verrait
bien conducteur de métro. Le père de Kago travaille
en cuisine : "C'est difficile d'en sortir." Elle voulait
être infirmière au bloc opératoire. Arlette,
dans le tourisme. L'enseignant explique la difficulté de
faire cours à des élèves qui n'ont pas demandé
à venir là. Il leur a proposé début
décembre d'enregistrer une émission de radio, et de
raconter cette orientation contrainte (2).
"C'est
mieux que faire le ménage"
Pour lui, il
est possible d'avancer pas à pas, comme Zora. Après
la Segpa, Zora s'est retrouvée en CAP (certificat d'aptitude
professionnelle) "agent technique de collectivité".
Puis elle a arrêté l'école et a atterri chez
McDo : "C'était pire." C'est la seule qui a postulé
pour ce BEP bioservices. Ensuite, elle enchaînera par un bac
pro hygiène et environnement puis, peut-être, sur un
BTS (brevet de technicien supérieur) : "Encadrer des
équipes, c'est mieux que faire le ménage." Pendant
les stages, le lycée leur manque. La proposition de Villepin
d'envoyer des jeunes de 14 ans en apprentissage les met hors d'eux
: "En Afrique, il y a le travail des enfants, et tout le monde
dit que c'est de la maltraitance. Et, là, c'est la troisième
puissance mondiale qui propose ça !", tonne Marie-Odile.
Ils craignent
que les violences des dernières semaines augmentent encore
le racisme. "On a additionné les perturbateurs, mais
en fait c'est une minorité qu'on montre en grand à
la télé", déplore Aziz. Ils ont écrit
à Chirac : "Le couvre-feu et l'expulsion des étrangers
qui ont commis des violences n'arrangeront rien. De même pour
les emprisonnements." Et lui promettent qu'ils iront voter
en 2007. "Les hommes politiques nous jettent des fleurs pour
qu'on vote pour eux. Ils font des grandes listes avec tout ce qu'ils
jurent qu'ils vont faire. Et puis ils oublient", résume
Kago. Pour l'instant, leur lettre est restée sans réponse.
(1) http://radio-clype.scola.ac-paris.fr/emission.php?eid=6
Après une guerre intestine à Villetaneuse, une
note de l'inspection jette le trouble.
Une formation en fac torpillée parce que trop colorée?
Marie-Joëlle
GROS
Libération, mardi 20 décembre 2005
C'est une guerre fétide comme l'université sait parfois
en générer. Avec, au beau milieu, des étudiants
totalement désorientés. Ils s'étaient inscrits
en confiance à l'institut universitaire professionnalisé
(IUP) Ville et Santé, rattaché à Paris XIII-Villetaneuse
depuis 1994. Une formation diluée par la présidence
de l'université en décembre 2004, au mépris
des étudiants qui la fréquentaient. Une partie d'entre
eux a déposé, le 12 décembre 2005, un recours
devant le tribunal administratif pour contester le traitement qui
leur a été réservé.
Mixage de compétences.
Planté sur le campus de Bobigny, en Seine-Saint-Denis, l'IUP
Ville et Santé a longtemps fourni une formation en accord
avec les besoins du marché de l'emploi. 1 500 étudiants
ont suivi le cursus, dont une partie en formation continue. Une
fois diplômés, ces professionnels allaient encadrer
des équipements de santé, en bénéficiant
d'une formation à la fois médicale, managériale,
financière... Une formation qui se voulait résolument
transversale. Un diplômé de 2002, aujourd'hui au ministère
de la Santé, témoigne : "Des inspecteurs des
impôts venaient nous parler fiscalité. Des directeurs
des ressources humaines nous livraient leurs expériences...
C'était parfaitement en prise avec la réalité.
Il y avait un grand mixage des compétences, on couvrait la
totalité d'un domaine." Des querelles intestines expliqueraient
selon lui la "destruction" de cette formation.
Les enseignants
qui l'avaient mise au point sont particulièrement amers :
"On a cassé une machine formidable, qui assurait un
bon boulot à la sortie." Ils ont déposé
un dossier devant le tribunal administratif.
De leur côté,
les étudiants dénoncent l'éclatement de leur
formation en cours de route et ses conséquences : des conditions
d'examen non réglementaires, des relevés de notes
fantasques, délivrés à retardement... En effet,
à la faveur de la réforme LMD (Licence Mastère
Doctorat) (1),le contenu de l'IUP a été éparpillé
par la présidence entre l'UFR de médecine et celle
de sciences éco. Malmenés au cours d'une année
universitaire particulièrement chaotique, beaucoup d'étudiants
ont raté leurs épreuves. "Je vais encore en cours,
mais je ne sais pas comment l'année va se terminer, raconte
une étudiante en licence. Je ressens un immense découragement.
J'avais choisi cette formation parce qu'elle avait bonne réputation.
Mais on l'a fait exploser en vol et elle n'a plus de sens."
Créé
par un professeur de médecine, Pierre Cornillot, l'un des
fondateurs de la faculté de médecine de Bobigny, l'IUP
Ville et Santé amenait "des gens de milieux fragiles
à une réussite sociale", explique-t-il. Aujourd'hui,
ce professeur de médecine en retraite est abasourdi : "Voir
tout ce travail démoli, c'est complètement fou et
choquant. Cela relève de la bêtise humaine." Alain
Neuman, président de Villetaneuse, en a "plein le dos
de cette histoire". Pour lui, l'IUP se caractérisait
surtout par des "dysfonctionnements graves : des profs pas
habilités à faire cours, des diplômes qui n'en
n'étaient pas, des étudiants qui n'avaient pas le
niveau requis... Je suis le garant de mon université et de
son niveau scientifique." Il évoque des "voyous",
des "magouilles", et lâche : "On n'inscrit
pas des étudiants juste parce qu'ils sont marocains ! On
n'inscrit pas n'importe qui !" Des arguments que l'Inspection
générale semble avoir entendus.
Fautes de français.
Appelée à la rescousse, celle-ci a rédigé
en juin 2005 un rapport qui fait lourdement allusion à la
nationalité des étudiants de l'IUP, "comme si
l'équipe locale mettait en oeuvre un projet qui lui était
propre. On remarquera particulièrement les recrutements marocains,
algériens, tunisiens et comoriens". Et se moque des
fautes de français relevées dans les tracts et pétitions
des étudiants. Ces commentaires ont profondément choqué
la direction de l'IUP. "L'Inspection générale
se couvre de ridicule, tonne Pierre Cornillot. C'est indigne d'elle."
Des enseignants, "médusés", osent à
peine y croire : "Qu'on nous reproche des choses d'ordre professionnel,
mais pas ça !" Nombre d'enseignants de l'IUP, intervenant
professionnels, sont eux aussi d'origine étrangère
: "Faut-il rappeler que la Seine-Saint-Denis est un département
particulièrement coloré, celui qui compte le plus
d'étrangers, soulignent les enseignants. En quoi le recrutement
et la formation de ces publics posent problème ?"
Contactés,
les deux inspecteurs qui ont rédigé ce rapport restent
aux abonnés absents. Leur note, d'une quinzaine de pages,
soulève d'autres arguments. Ainsi, pour justifier le démantèlement
de l'IUP, l'inspection pointe son statut défini comme "expérimental"
à sa création, en 1994. Or cela fait onze ans que
cela dure... comme le relèvent les inspecteurs : "Les
panneaux indicateurs de la ville de Bobigny portent tous la mention
"IUP Ville et Santé"". Avant de botter en
touche : "Nombre des clés de compréhension de
ce conflit sont à chercher dans la complexité des
relations interpersonnelles qui lient les acteurs depuis l'origine
de l'IUP."
(1) Harmonisation
européenne des diplômes, qui entre progressivement
en application dans les universités.Société
Pour Robien, fini de "tergiverser" sur la présence
policière à l'école
Après
le drame d'Etampes, le ministre de l'éducation planche sur
des permanences de policiers ou magistrats dans les établissements
sensibles o L'auteur des coups de couteau a été déféré
au Parquet qui a ouvert une information judiciaire pour tentative
d'homicide o
par L. B.
(avec agences)
LIBERATION.FR : lundi 19 décembre 2005 - 19:33
Des magistrats et des policiers pour permettre "aux profs,
aux personnels, de pouvoir se confier". C'est l'idée
sur laquelle planche actuellement le ministre de l'Education nationale,
Gilles de Robien, avec son collègue de l'Intérieur.
"Avec Nicolas Sarkozy et les partenaires sociaux, j'aimerais
réfléchir à une permanence, une fois, deux
fois, trois fois par semaine le cas échéant, de la
justice ou de la police", dans les établissement sensibles,
a-t-il indiqué lundi. Objectif: rassurer les professeurs,
bien sûr, mais aussi permettre aux policiers de savoir ce
qui se passe à l'intérieur de l'école: "Je
crois qu'il ne faut pas tergiverser, on a trop longtemps tergiversé
sur, par exemple, la présence de la police aux abords des
établissements scolaires, à l'intérieur des
établissements: l'Ecole est un lieu de la République
qui doit assurer une sérénité pour l'enseignement.
(Il est) très important que les forces de police et de justice
soient au courant de menaces", a affirmé Gilles de Robien
en référence à la jeune professeure d'arts
plastiques gravement agressée vendredi dans un lycée
d'enseignement professionnel d'Etampes et qui avait reçu
des menaces (lire l'article).
Si elle ne s'était
pas tourné vers la police, Karin Montet-Toutain, avait tiré
la sonnette d'alarme avant d'être atteinte de trois coups
de couteau. En signalant les menaces de viol et de meurtre à
son encontre à sa hiérarchie mais aussi en prenant
contact avec un avocat. Ce qui n'a pas empêché le ministre
de botter en touche sur la question d'éventuels manquements
de la hiérarchie de l'Education nationale en rappelant que
ces menaces "émanaient d'une autre classe". "Son
inspecteur pédagogique devait la rencontrer dans quelques
jours, entre-temps, c'est dans une autre classe que l'incident s'est
produit", a expliqué le ministre. Et d'ajouter: "Il
ne faut pas que les enseignants hésitent à porter
plainte, quelquefois ils hésitent en se disant: "Ça
va faire pire que mieux"". L'avocat de Karin Montet-Toutain,
Me Koffi Senah, a pour sa part déclaré qu'il étudiait
la possibilité de mettre en cause la responsabilité
de l'Etat, s'il s'avérait qu'elle avait alerté sa
hiérarchie et que celle-ci avait "pêché
par abstention".
Alors que Gilles
de Robien veut manier répression et formation - "On
peut avoir beaucoup de connaissances, les transmettre et ne pas
forcément avoir suffisamment d'autorité dans des cas
comme celui-là: je crois que ça s'apprend", a-t-il
dit - le Parti socialiste a souligné la nécessité
de renforcer l'encadrement dans les lycées. Et propose de
réduire à 15 le nombre d'élèves par
classe dans les ZEP.
Lundi après-midi,
l'auteur de l'agression, Kevani Wansale, 18 ans, en garde à
vue depuis samedi soir, a été déféré
devant le parquet d'Evry qui a ouvert une information judiciaire
pour tentative d'homicide. Selon une source policière, le
jeune homme a reconnu l'agression de sa professeur principale. Il
a raconté n'avoir pas supporté des réflexions
de sa mère après un conseil de classe. Son avocat,
Me Christophe Gouget, qui l'a rencontré lors de sa garde
à vue dimanche, a indiqué qu'il "était
dépressif et très conscient de la gravité de
son acte". Les professeur du lycée Louis-Blériot
ont de leur côté prévenu qu'ils exerceront leur
droit de retrait à la rentrée des vacances de Noël.
Et l'Unsa-Education a rappelé lundi que "trop d'établissements,
comme ce lycée, ont connu des suppressions de postes, que
trop de secteurs ont été gravement négligés
comme celui des assistants sociaux, des infirmières et des
médecins scolaires". Selon le syndicat, "c'est
aussi l'environnement social et scolaire qu'il importe de transformer
pour que de tels drames ne se reproduisent pas".
La FSU critique les propositions de Gilles de Robien
mardi 20 décembre 2005 (Reuters - 09:07)
PARIS - Le secrétaire général de la FSU a estimé
sur RTL que la mise en place de permanences judicio-policières
dans les établissements scolaires pour y prévenir
la violence n'était pas une "bonne solution".
"Je pense
que ce n'est pas la bonne solution, je pense que c'est beaucoup
d'idéologie et peu d'efficacité", a déclaré
Gérard Aschieri à propos de cette proposition du ministre
de l'Education nationale.
Gilles de Robien
a lancé cette idée lundi, trois jours après
l'agression à coups de couteau d'une enseignante d'Etampes,
dans l'Essonne.
"J'aimerais
bien savoir quel est l'objectif recherché et à quoi
pense le ministre", a déclaré le dirigeant du
syndicat d'enseignants. "J'en ai un peu assez de ce type de
méthode où on ne répond pas aux demandes des
gens sur le terrain et où on sort de son chapeau, sans concertation,
des propositions qui ne correspondent pas à ce que les gens
attendent."
"Dans le
lycée d'Etampes, on ne demande pas une permanence police
et justice, on demande un principal adjoint, un proviseur adjoint,
on demande des personnels d'éducation, on demande des assistantes
sociales, des infirmières", a-t-il poursuivi.
"M. de
Robien n'arrête pas (...) de faire des annonces et de nous
dire on va discuter après sur la base de mes annonces. Ce
n'est pas une bonne manière de faire", a-t-il ajouté.
"La meilleure façon de procéder c'est d'abord
de discuter, c'est de prendre le temps de discuter et ne pas réagir
sous la pression de l'événement en sortant à
chaque fois un gadget."
Le secrétaire
général de la FSU a en revanche approuvé l'enquête
administrative demandé par Gilles de Robien à l'inspection
générale de l'Education nationale sur le lycée
Louis-Blériot d'Etampes, où Karen Montet-Toutain,
professeur d'arts plastiques, a été agressée
vendredi dernier en plein cours par un élève de 18
ans.
"Ãa
me paraît positif que l'inspection générale
fasse une enquête et fasse un rapport sur la situation. C'est
l'intérêt de tout le monde de comprendre ce qui s'est
passé, y compris pour éviter que l'on se retrouve
dans de telles situations", a dit Gérard Aschieri.
Il a également
jugé "raisonnable" l'intention de l'enseignante
d'Etampes de porter plainte contre l'Education nationale. "L'événement
est suffisamment grave pour qu'on se donne tous les moyens de comprendre
ce qui s'est passé et de situer les responsabilités",
a-t-il déclaré. "Je préfère une
enquête judiciaire à des rumeurs, à des on-dit,
à des démentis, qu'on sache ce qui s'est passé."
Police au lycée: une idée fixe qui lasse
Tollé
d'enseignants, de juges et de policiers contre la proposition du
ministre de l'Education.
Marie-Joëlle GROS
Libération, mercredi 21 décembre 2005
Gilles de Robien
a encore raté le coche. Sa proposition de mettre en place
des permanences justice-police dans les établissements scolaires
en réponse à l'agression au couteau d'une enseignante
dans un lycée professionnel, à Etampes (Essonne),
vendredi, ne recueille que de violents tirs de barrage. "C'est
n'importe quoi, chaque ministre occupe le territoire de l'autre
(...) C'est un bavardage sans fond", a estimé hier Dominique
Barella, président de l'Union syndicale des magistrats (USM).
"Au niveau de la faisabilité, cela n'a aucun sens. Il
y a plus de collèges et de lycées que de magistrats
s'occupant de mineurs dans ce pays." Quatre cents en l'occurrence,
pour environ 8 000 établissements scolaires dans le secondaire.
L'Unsa-police juge "inacceptable" l'idée du ministre.
Et les éducateurs de la Protection judiciaire de la jeunesse
(SNPES-PJJ-FSU) y voient "une politique du tout sécuritaire
où, à chaque incident, ces choses-là ressurgissent
parce que le traitement social est complètement évacué".
Pas faux. La dernière fois que des ministres avaient agité
la même idée, c'était le duo Sarkozy-Ferry en
2003. Déjà, des portiques de sécurité
et des caméras de vidéosurveillance pour équiper
les établissements sensibles étaient venus compléter
le dispositif de mesures proposées. Tandis que le nombre
d'adultes présents dans les établissements fondait
comme neige au soleil, provoquant un tollé syndical.
"Idée
vaine". En réponse à ces annonces sans aucune
nouveauté, les chefs d'établissement se montrent particulièrement
las. "On en est au 6e ou 7e plan violence. A chaque fois, on
ressort une nouvelle série de mesures...", rappelle
Philippe Guittet, secrétaire général du SNPDEN,
syndicat majoritaire chez les principaux et proviseurs. Volée
de bois vert aussi, côté politique. François
Bayrou, ex-ministre de l'Education, a saisi l'occasion de renvoyer
Robien dans les cordes : "Mettre des policiers dans chaque
établissement scolaire est une idée vaine (...) ça
n'est pas du tout le chemin à suivre", a déclaré
le président de l'UDF, trop content de tancer le félon
resté au gouvernement. Quant au premier secrétaire
du PS, François Hollande, il ne peut accepter d'"imaginer
ou de pérenniser" de telles solutions.
Les syndicats
enseignants étaient montés au créneau sitôt
les annonces formulées. Leur discours est quasi unanime :
des partenariats police- éducation peuvent être envisagés
- et le sont d'ailleurs de façon ponctuelle -, mais pas systématiquement.
Hier, le Snes a enfoncé le clou, estimant qu'il fallait "laisser
à l'Education nationale les moyens de régler ses problèmes
en interne d'abord".
Plainte rare.
L'enseignante agressée aurait justement souhaité que
l'Education nationale l'écoute. Bien décidée
à porter plainte, elle réfléchit encore aux
destinataires de ses accusations : ministre, recteur, inspecteur
d'académie et proviseur... autant qu'à sa formulation.
Il est rare qu'un enseignant porte plainte contre son employeur
pour non-assistance à personne en danger. Des moyens de tirer
la sonnette d'alarme existent pourtant. Encore faut-il faire savoir
qu'ils existent (lire ci-dessous).
Grand Angle
Laura et Francis sont un couple de jeunes instituteurs. L'un enseigne
dans une cité, l'autre dans un quartier aisé : ils
croisent leur expérience de premier poste et racontent deux
mondes que tout oppose.
Cas d'écoles
Nicole GAUTHIER et Pierre MORNET
Libération, vendredi 09 décembre 2005
Ils sont professeurs des écoles depuis trois mois et en couple
depuis moins d'un an. Sortis en juin de l'Institut universitaire
de formation des maîtres (IUFM), Laura, 25 ans, et Francis,
26 ans (1), ont pris le premier poste de leur carrière à
la rentrée 2005. Laura a été nommée
dans l'école cossue d'un village bourgeois. A quelques kilomètres,
Francis exerce au coeur d'une cité dite "sensible"
dans une grosse agglomération. Le soir, il leur arrive de
comparer les cahiers et le quotidien de leurs élèves,
de s'échanger idées et conseils pour le lendemain
et de se dépanner en craies et en trombones.
Laura et Francis
ont choisi un métier qu'ils aiment. Laura, 1 424 euros par
mois, n'exclut pas de rester dans l'enseignement toute sa vie -
elle envisage d'enseigner à l'étranger, ou de devenir
conseillère pédagogique... Francis, 1 360 euros mensuels,
dit qu'il a "trouvé [sa] voie". Mais ignore s'il
aura envie d'exercer ce métier pendant toute la durée
d'une carrière, quarante ans. Pour Libération, ils
ont dressé le tableau contrasté de leur première
expérience.
La classe, l'école,
le quartier
"Au milieu
d'un petit ghetto"
Francis. J'ai un CE1 de 21 élèves. Onze enfants ont
déjà un an de retard, alors qu'à 8 ans ils
commencent tout juste leur scolarité. Dans l'autre CE1 de
l'école, il n'y a que deux redoublants. En clair, on m'a
refilé tous les cas, cas psychologiques, cas sociaux, parce
que j'étais le petit nouveau. Il y a un gamin qui a largement
le niveau CE2 : on l'a fait redoubler uniquement parce qu'il était
insupportable. Une partie de la classe n'a aucun problème,
les autres cumulent toutes les difficultés : de langue, de
lecture, de dyslexie...
J'ai seize familles
monoparentales. Quatre élèves sont de nationalité
française ; les autres sont turcs, marocains, algériens,
kosovars, portugais...
L'école
est au milieu d'un petit ghetto, des tours plantées au coeur
d'un quartier bourgeois. En revanche, on bénéficie
de grandes cours de récréation, d'un gymnase, d'un
beau gazon.
"Bonjour maîtresse"
Laura. J'ai une classe de CM1 de 19 élèves (de 9 ans).
C'est peu, mais, du CE2 au CM1, des élèves disparaissent
: l'école de ce petit village tranquille dépend d'un
collège situé dans une zone sensible de la ville à
côté. Du coup, avant le cours moyen, les parents retirent
les élèves pour les mettre dans le privé, afin
qu'ils n'aillent pas dans ce collège.
J'ai 12 filles
et 7 garçons, des enfants polis, cultivés, des "gloutons"
qu'il faut alimenter parce qu'ils sont issus de familles aisées.
Tous les parents travaillent, ils sont chirurgien, dentiste, photographe,
instituteur, je n'ai aucun fils ou fille d'ouvrier, ils sont tous
de nationalité française. Il y a six familles recomposées
- c'est la moyenne nationale. Quand ils entrent en classe, les enfants
disent "bonjour maîtresse", ils répondent
"oui maîtresse" quand on les interroge, je n'ai
pas donné une seule punition depuis le début de l'année.
Les relations
avec les élèves
"Des règles
de vie"
Laura. Je m'étais préparée à devoir
serrer la vis : en CM1, ce sont des "grands". Je suis
arrivée avec ma liste de "règles de vie",
et le premier jour je leur ai demandé laquelle ils pensaient
avoir le plus de mal à respecter. Timidement, il y en a un
qui s'est lancé : "Moi, c'est le soin, j'ai beaucoup
de mal, mais j'ai travaillé pendant les vacances, je vais
aussi m'entraîner tous les week-ends." Et un autre :
"Moi, j'ai du mal à lever la main avant de parler, parce
que je veux tout de suite tout dire, mais je vous promets, maîtresse,
que je vais faire des efforts." Je me suis dit que j'avais
édicté trop de règles.
"L'école,
c'est la fête"
Francis. Moi, je leur ai donné trois règles : je respecte
les autres, je respecte le matériel, je viens à l'école
pour travailler. Mais, pour mes élèves, l'école,
c'est la bouffée d'air frais. A la rentrée, Laura
a demandé à sa classe de dessiner une activité
de vacances ; elle a eu une gamine qui n'arrivait pas à représenter
le bateau trois-mâts de son père. Moi, j'ai eu des
vélos, des télés, des vélos, des télés,
sauf pour ceux qui étaient retournés au Maghreb et
avaient vu la mer. Un jour, pour leur faire étudier le goût,
j'avais amené du chocolat, du pamplemousse, une orange, des
cacahuètes, des chips, du citron... Le pamplemousse, ils
ne savaient pas ce que c'était.
Dans ce contexte,
l'école, c'est la fête, ils font des activités
attrayantes, ils ont l'impression de respirer, de se détendre,
ils ont de l'espace, ils sont en sécurité. A la maison,
c'est tendu, et il n'y a pas de place parce qu'ils vivent à
4 ou 5 gamins dans 20 ou 30 m2. Aucun enfant ne m'a dit qu'il n'aimait
pas l'école, et tous ont un immense besoin qu'on valorise
tout ce qu'ils font. Il y en a un qui me met le souk dans la classe
toute la journée, mais il est en telle demande d'attention
que, dans le couloir, il veut me prendre la main pour que je m'occupe
de lui.
Cela dit, les
règles de vie du cours s'arrêtent aux portes de la
classe. Mon influence est nulle par rapport à l'influence
sociale. Ces gamins sont adorables, ils ne sont pas encore bouffés
par la vie. J'ai simplement l'impression, parfois, de leur faire
faire quelque chose qui les rendra heureux deux jours.
Les ambitions
des élèves
"Plan de
carrière"
Laura. Mes élèves ont tous un "plan de carrière",
parfois extrêmement précis. J'en ai un qui veut étudier
la nappe phréatique, un autre devenir égyptologue,
j'ai aussi trois pilotes de chasse en puissance. Lors d'un rapide
tour de table, il n'y avait que deux élèves qui n'avaient
pas pour ambition une CSP + : une veut devenir esthéticienne
- elle est très coquette - et un autre "chauffeur de
bus".
"Ils ne
savent pas"
Francis. Les filles veulent être "maîtresses",
en général, c'est la personne la plus stable qu'elles
connaissent. Les garçons répondent invariablement
: "Je ne sais pas", "je ne sais pas", "je
ne sais pas".
Les relations
avec les parents
"Ils sont
exigeants"
Laura. Les parents sont toujours derrière leurs gamins, ils
surveillent tout ce que je fais, le "cahier du jour" est
systématiquement signé par le père et la mère.
Ils ne sont pas inquiets, mais exigeants. Ils savent que, quoi qu'il
arrive, sauf accident, leurs enfants s'en sortiront. Lorsque je
les ai réunis, une semaine après la rentrée,
j'ai eu des questions très précises : pourquoi j'utilise
tel manuel, qu'est-ce qu'on va faire en sport, comment j'aborde
les programmes... Le pire, je crois, c'est une mère d'élève,
institutrice, qui a vingt ans de métier. Elle avait examiné
le détail de mon emploi du temps, me suggérait de
faire plus de telle ou telle matière, alors que tout ce que
je prépare est conforme aux nouveaux programmes et qu'elle
n'est pas censée intervenir dans la pédagogie. Elle
se le permet parce que je suis jeune. Je sais que mon âge
fait beaucoup jaser, à la porte de l'école.
"Entre
la bouffe et le stylo bleu"
Francis. Seul un tiers des parents travaillent - généralement
le père, pas la mère. Quand ils ont un job, ils sont
cariste, manutentionnaire, ou dans les services de sécurité.
L'école est encore perçue comme un espoir d'ascenseur
social, même si 55 % des gamins de CM2 ont au moins un an
de retard.
Les parents
attendent beaucoup, mais ils n'arrivent pas à formuler quoi.
L'école est importante, mais elle se télescope avec
les autres urgences : manger aussi c'est important, alors, entre
la bouffe et l'achat d'un stylo bleu, la hiérarchie des priorités
n'est pas évidente. Ils n'ont aucune projection vers l'avenir,
ils sont paumés et maladroits. La mère d'une élève
m'a expliqué qu'elle "dressait [ses] enfants pour qu'ils
réussissent" et en donnait pour preuve que son aîné
était en Segpa (2). La Segpa, c'est la voie de garage pour
les élèves en difficulté, mais elle ne l'a
pas compris. Les parents gèrent au jour le jour : ils veulent
que les gamins lisent, sachent compter ; leur demande s'arrête
là.
Par rapport
à l'école, ils ont une relation compliquée.
Parfois, ils soupçonnent les profs de punir leur gamin de
façon injuste. Mais, au final, les instits sont les seules
personnes que les parents peuvent aller voir quand ils veulent râler.
L'administration les envoie promener, chez eux ils ne peuvent rien
dire à leurs voisins, l'école est l'un des rares endroits
où on les écoute sans agressivité. Du coup,
elle sert de défouloir.
Je suis aussi
confronté à des situations qui parfois relèvent
de l'horreur. Comme cette mère, enceinte de son cinquième
enfant, qui est venue me voir avec trois de ses gamins qui avaient
été placés très jeunes en famille d'accueil
et qu'elle avait récupérés il y a un an et
demi. Elle voulait un prétexte pour remettre à la
Ddass celui qui est dans ma classe, faute de place à la maison
et parce que son nouveau concubin voulait s'en débarrasser.
J'avais beau lui expliquer qu'il travaille bien à l'école,
elle hurlait : "C'est de la mauvaise graine !" en secouant
son gamin qu'elle avait forcé à assister à
l'entretien. Quelques jours plus tard, ce gosse m'a dit qu'il avait
mal et m'a montré une croûte énorme sur le torse,
je l'ai signalé au médecin scolaire.
J'ai aussi un
gamin qui a longtemps été SDF avec sa mère.
Il n'a pas de dents de devant, celles qui lui restent sont toutes
bleues, il a les sinus et les amygdales complètement abîmés.
Sa mère est alcoolique, elle souffre d'une maladie grave,
elle est sous médicaments et a du mal à parler...
Les relations
avec les autres enseignants
"Chacun
pour soi"
Francis. Quand je suis arrivé dans ma classe, il n'y avait
que des chaises, des tables et un bureau. Pas d'affiches à
mettre au mur, pas d'éponge, pas de craies, rien. Certains
ont fini par avoir pitié en me filant des affiches sur le
corps humain jaunies et vieilles de vingt ans... C'est Laura qui
m'a prêté des craies. Une collègue m'a cédé
des manuels en me faisant comprendre qu'il faudrait que je les rende.
J'ai réussi à avoir une dizaine de Bled (3), c'était
le bonheur. Mais, au final, entre les redoublants qu'on m'avait
refilés, le matériel de ma classe qui avait été
pillé, et la façon sauvage qu'ont mes collègues
de se répartir les créneaux pour le sport, les salles
de sciences ou d'informatique, je constate que les profs se comportent
comme les enfants : chacun pour soi.
"L'entente
cordiale"
Laura. Pour mes collègues, j'ai l'air sympathique, et je
suis débutante. Ils me disent qu'ils sont prêts à
répondre à toutes mes questions. Mais on n'a jamais
le temps de discuter. En gros, c'est une entente cordiale, sans
plus.
(1) Pour préserver
leur anonymat, les prénoms ont été changés
et les lieux n'ont pas été précisés.
(2) Section d'enseignement général et professionnel
adapté, destinée aux élèves en grande
difficulté.
(3) Livre d'orthographe et de grammaire mythique, du nom de son
auteur.
Robien décidé
à chouchouter 250 collèges de ZEP
Les moyens
seront concentrés sur ces établissements aux dépens
d'autres.
Marie-Joëlle
GROS
Libération, mercredi 14 décembre 2005
Toucher à la carte des ZEP, bien des ministres de l'Education
s'étaient épargné une telle entreprise. La
logique, depuis la création des zones d'éducation
prioritaire en 1981, était plutôt à l'élargissement
du dispositif qu'à sa diminution. Avec pour conséquence
un saupoudrage des moyens, l'enveloppe n'étant pas élastique.
En choisissant de concentrer les moyens sur 200 à 250 collèges
comme il l'a annoncé hier, Gilles de Robien prend le parti
de rompre avec ses prédécesseurs. Bien que pressé
par Dominique de Villepin à engager au plus vite une réforme,
le ministre de l'Education n'a cependant pas eu droit à une
rallonge budgétaire. Sa relance des ZEP doit se faire "à
budget constant". Reste alors une option : concentrer les moyens
sur quelques-uns, en serrant la ceinture des autres.
"Dynamitage".
Pour définir sa nouvelle politique d'éducation prioritaire,
le ministre distingue trois catégories d'établissements.
La première, archiprioritaire (EP1) cible les établissements
concentrant les publics les plus fragiles : pour eux, le ministre
envisage un renfort d'enseignants confirmés, une infirmière
à demeure, des heures de soutien scolaire, etc. La deuxième,
moyennement prioritaire (EP2), rassemble les établissements
qui connaissent un peu plus de mixité sociale : ceux-là
devront se débrouiller avec les moyens dont ils disposent
déjà. La troisième enfin, plus vraiment prioritaire
(EP3), se compose d'établissements appelés à
sortir du dispositif ZEP à l'horizon de trois ans. Devant
ces nouvelles répartitions, les réactions syndicales
ne se sont pas fait attendre : le Snes-FSU (majoritaire dans les
lycées et collèges) crie au "dynamitage de la
politique des ZEP". L'Unsa, tout en reconnaissant une "nécessaire
concentration des moyens sur les établissements en difficulté",
craint qu'on déshabille Jacques pour habiller Paul, et donc
une "fragilisation" des établissements visés
et des personnels qui y travaillent. Et s'y oppose.
Dans les détails,
dès la rentrée 2006, 200 à 250 collèges
EP1 bénéficieront du label "ambition réussite"
qui, dans l'esprit du ministre, doit atténuer la stigmatisation,
les sentiments de "découragement" ou de "relégation"
éprouvés par les élèves des ZEP. Ces
collèges fonctionneront en "réseau de réussite"
avec environ 1 000 écoles primaires. Pour eux spécialement,
1 000 enseignants expérimentés seront recrutés
sur des "postes à profil", et sur la base du volontariat.
Ils seront en moyenne cinq par établissement, sans charge
de classe et "accompagneront élèves et jeunes
enseignants", moyennant des bonifications de carrière
à condition d'y rester au minimum cinq ans.
Le ministre
compte également mettre l'accent sur la formation : les IUFM
devront préparer les aspirants professeurs aux publics difficiles.
Ce qui est encore rarement le cas. En renfort, 3 000 assistants
pédagogiques, "étudiants se destinant à
l'enseignement", seront affectés dans ces établissements
ciblés. Travail en groupe encouragé, expérimentations
bienvenues, le ministre s'engage à privilégier la
pédagogie et même à renoncer aux redoublements,
ce qui est au passage une position inverse à celle de Luc
Ferry en son temps. Enfin, ces collèges devront proposer
aux élèves des heures d'aide aux devoirs, à
raison de quatre soirs par semaine au minimum.
Chaque collège
"ambition réussite" signera un contrat pour cinq
ans avec l'inspection académique, et il sera régulièrement
évalué. Le ministre a, de plus, annoncé dix-huit
mesures qui cette fois concerneront l'ensemble de l'éducation
prioritaire. La plupart font partie du projet de loi sur l'égalité
des chances, annoncé le 1er décembre. On y trouve
par exemple la volonté de réduire la "fracture
culturelle", en invitant "100 000 étudiants à
s'engager dans l'accompagnement de 100 000 élèves
de l'éducation prioritaire".
Brèche.
Une logique de tutorat très en vogue depuis que l'école
de commerce Essec l'a instituée en 2003. Une logique de solidarité
aussi, qui plaît bien à Gilles de Robien. Mais qui
a ses limites. Ainsi, une mesure fait mouche : celle qui consiste
à permettre aux meilleurs élèves des établissements
"ambition réussite" de déroger à
la carte scolaire pour s'inscrire dans le lycée de leur choix.
C'est évidemment dommageable pour les lycées délaissés
qui comptent justement sur ces têtes de classe pour tirer
les autres vers le haut. Le Snes s'est immédiatement rué
dans la brèche, dénonçant le passage d'"une
logique territoriale de lutte contre les inégalités
à celle d'une individualisation des parcours et de la distinction
de quelques élèves méritants".
Accueil mitigé pour les syndicats
Liberation.fr
LIBERATION.FR : mardi 13 décembre 2005 - 16:37
Le Snes-FSU,
premier syndicat des lycées et collèges, s'est indigné
mardi des mesures annoncées par le ministre de l'Education
nationale sur l'éducation prioritaire qui constituent, selon
lui, "un véritable plan de dynamitage de la politique
des ZEP". Dans un communiqué, le SNES reproche qu'aucun
moyen nouveau ne soit débloqué mais que "tout
se fasse, au contraire, par redéploiement dans le cadre d'un
budget programmé à la baisse avec recentrage des moyens
sur un établissement sur cinq ce qui va de fait exclure et
abandonner tous les autres". Le Snes a également désapprouvé
"les parcours profondément dérogatoires qui accentuent
la ségrégation avec mesures dites d'excellence pour
les plus "méritants" et mesures de relégation
pour les autres". "Ces annonces confirment l'orientation
de la loi Fillon et son choix de passer d'une logique territoriale
de lutte contre les inégalités à celle d'une
individualisation des parcours et de distinction de quelques-uns",
conclut le syndicat.
Sur le même sujet
Une nouvelle ambition pour les ZEP
L'Unsa-Education,
deuxième fédération de l'enseignement, s'est
elle félicitée du "revirement à l'égard
des ZEP négligées jusqu'à maintenant".
Elle applaudit aussi "la découverte par le ministre
de l'inutilité du redoublement". Mais si le syndicat
estime nécessaire "la concentration de moyens sur les
établissements en difficulté est nécessaire",
il dit craindre un redéploiement des crédits. "S'il
s'agit de financer les collèges "ambition réussite"
en supprimant les moyens des autres établissements, s'il
s'agit de réduire considérablement le nombre des ZEP,
cette politique sera à courte vue avec un grand risque de
fragiliser davantage les établissements et les personnels
qui y travaillent et l'Unsa-éducation s'y opposera",
prévient le syndicat.
Point de vue
Il est grand temps de changer l'école
Claire Brisset
Le Monde, jeudi 22 décembre 2005
Identifier "l'énoncé
ancré dans la situation d'énonciation et l'énoncé
coupé de la situation d'énonciation" ; analyser
les "pronoms déictiques" et les "didascalies
d'énonciation". Ce stupéfiant jargon, qui forme
un volume, n'est pas destiné aux agrégés de
grammaire. On le trouve tel quel dans un manuel de français
à l'usage des élèves de troisième (éditions
Hatier, 2003).
La chose est déjà formidable. Tout aussi formidable
est la rédaction du programme élaboré par l'éducation
nationale pour cette même classe de troisième ; il
est en effet de la même eau, précisant que "l'accent
est mis en classe de troisième sur la dimension axiologique
du lexique", et les auteurs des manuels reprennent ces programmes
à la lettre, sans l'ombre d'une modification.
Nous avons donc
des adolescents de 15 ans soumis à ces consignes incompréhensibles,
alors même que l'on se désole de voir plus de 100 000
enfants quitter le système scolaire sans aucune qualification.
Quelle formidable machine à exclure que ces programmes totalement
coupés de la langue, de la vraie langue, celle qui sert à
communiquer ! Quel extraordinaire aveuglement sur la vie réelle
des enfants, des adolescents et sur leurs enseignants, que de leur
imposer le maniement de concepts dérivés de la linguistique
la plus savante, directement importés de l'Université
au collège !
Il est temps,
vraiment temps, de dire et de redire que l'école s'adresse
aux enfants, aux adolescents, qu'elle doit leur parler une langue
qu'ils comprennent ; grand temps de soutenir les efforts des enseignants
à qui la société confie ce qu'elle a de plus
précieux.
Notre société
continue de s'interroger constamment sur le rôle de l'école
: est-elle avant tout un outil de transmission du savoir ? Ou bien
un lieu d'éducation, au sens large du terme ?
Sur cette question,
soyons clairs. Le débat devrait être tranché
depuis quinze ans, depuis que la France a ratifié la Convention
internationale sur les droits de l'enfant, qui précise très
clairement dans ses articles sur l'éducation que cette dernière
doit viser à "favoriser l'épanouissement de la
personnalité de l'enfant et le développement de ses
dons". Si on l'ose écrire, la messe est dite : l'école
est certes un lieu de transmission du savoir, mais aussi un lieu
d'éducation.
ÉLÈVES
ET PROFESSEURS SOUFFRENT
Est-ce le cas ? Est-ce le cas dans un pays, le nôtre, qui
continue à penser que pédagogie et psychologie de
l'enfant et de l'adolescent ne doivent occuper qu'une place marginale
dans la formation des futurs enseignants, sous prétexte que
la pédagogie serait un don inné ? De tous les pays
industrialisés, la France est le seul à maintenir
cette position dont on mesure à quel point elle peut placer
les enseignants, notamment les plus jeunes, en très grande
difficulté. Cela me semble être un point essentiel
: la psychopédagogie doit trouver une place centrale dans
la formation de tout enseignant, et un véritable tutorat
des jeunes professionnels par les plus anciens doit être restauré.
Ce tutorat s'est
délité au fil du temps, et de très jeunes professeurs
se voient confier des classes qui les angoissent, sans y être
suffisamment préparés. Ils s'en plaignent d'ailleurs
amèrement.
Le ministre
de l'éducation, Gilles de Robien, s'est engagé dans
un travail absolument essentiel pour l'avenir de l'école,
donc des enfants et adolescents de notre pays : revoir les programmes
de formation des futurs enseignants - à savoir leur donner
réellement les outils dont ils ont besoin.
Sans cet effort,
sans ce travail de fond, notre système scolaire continuera,
sur sa lancée, d'exclure, année après année,
des dizaines de milliers d'enfants dont il a pourtant la responsabilité
éminente de préparer l'avenir. Ce travail courageux
doit être soutenu et salué, comme le sera, je l'espère,
le chantier - qui reste entièrement à mener - sur
l'adaptation des programmes et des manuels.
En d'autres
termes, changer l'école, ce n'est pas seulement ouvrir le
dossier de l'éducation prioritaire. Certes, ce point est,
lui aussi, essentiel, et les mesures annoncées, qui parent
au plus pressé, auraient dû être prises depuis
longtemps.
Mais elles ne
suffiront pas. C'est l'ensemble de notre système scolaire
qui est en très grande souffrance : et pour les enfants qui
y vivent, et pour les adultes qui y travaillent, et pour les parents
que l'école a trop longtemps laissés, eux aussi, sur
le bord du chemin.
------------------------------------------------------------------------
Claire Brisset, défenseure des enfants, est l'auteur notamment
de Quinze millions d'enfants à défendre, Ils sont
la prunelle de nos yeux. (Albin Michel, 2005, 289 pages, 19,50 ¤).
COMMUNIQUE
Appel pour
une amnistie des révoltés de novembre
Transmis par le réseau " Coordeducmars "
lundi 12 décembre 2005
Qu'on soit d'accord
ou pas avec elle, cette démarche a le mérite d'ouvrir
le débat
Durant les trois
semaines de troubles du mois de novembre, les condamnations qui
se sont abattues sur les révoltés des banlieues, ou
présumés tels, ont été prononcées
dans un climat de surenchère médiatique et politique.
Beaucoup d'observateurs présents aux audiences, d'avocats
et de journalistes ont noté la lourdeur des peines (3 mois
ferme pour avoir montré ses fesses !) et l'identification
hasardeuse des " coupables. " Des jeunes qui ont toujours
vécu en France sont menacés d'expulsion. Les défauts
habituels
d'une justice à la chaîne on été ici
gravement multipliés.
Au malaise que
suscite cet emballement de la machine à punir, vient s'ajouter
la constations d'un étrange paradoxe. Certes, les destructions
(de véhicules et de bâtiments), n'ont pour principal
effet que de rendre encore plus difficile la vie dans les quartiers
populaires. Mais il faut remarquer que, si le gouvernement s'est
aujourd'hui décidé à rendre, au moins en partie,
les subventions de soutien aux banlieues qu'il avait supprimées,
c'est bel et bien grâce au signal d'alarme qu'a été
cette révolte..
Quoi que racontent
des politiciens qui ont fait de la surenchère sécuritaire
leur fonds de commerce, les révoltes de novembre furent une
manifestation de colère sociale, sans plan prémédité,
sans manitou manipulateur. Quel que soit le sentiment de rejet que
provoquent chez beaucoup les formes prises par cette colère,
sa légitimité est implicitement reconnue par la société,
où l'on débat incessamment du " malaise des banlieues.
" La répression est l'aveux de faiblesse d'une classe
politique déboussolée, qui ne compte plus que sur
la prison et la régression sociale (apprentissage à
14 ans et chasse aux immigrés) pour résoudre les aspects
les plus brûlants de la question sociale.
Nous pensons,
nous, qu'un signal de solidarité doit être adressé
aux cités, pour sortir de cette spirale d'une stigmatisation
encore aggravée par la réactivation d'une loi coloniale
et par le couvre-feu.
Il faut sans
tarder amnistier tous les condamnés des révoltes de
novembre.
PREMIERS SIGNATAIRES
Jean-Pierre
Bastid, écrivain
Eric Benveniste, éditeur
Olivier Besancenot, postier, porte parole de LCR
Maria Bianchini, professeur des écoles
Rémi Boyer
Yves Coleman, traducteur
Gérard Delteil, écrivain
Hervé Delouche, éditeur
Alain Dugrand, écrivain
Jimmy Gladiator, écrivain, retraité de l'éducation
nationale
Frédéric Goldbronn, cinéaste
Odile Henry, sociologue
Olivier Hobé, poète
Alain Krivine,journaliste, porte parole de LCR
Brigitte Larguèze, sociologue
Jean-Paul Lajarrige
Jérôme Leroy, écrivain et professeur en ZEP
depuis 16 ans
Jean-Pierre Masse, sociologue
Fabienne Messica, journaliste
François Muratet, écrivain
Fabrice Pascaud
Gilles Perrault, écrivain
Michel Pialoux, sociologue
François Pinto, correcteur
Alain Pojolat, syndicaliste
Laurence Proteau, sociologue
Serge Quadruppani, écrivain et traducteur
Maurice Rajfus, écrivain
Ody Saban, artiste-peintre
Sud-Education Paris
FCPE
Déclaration
Les graves incidents
qui se déroulent depuis dix jours dans les villes dites "sensibles"
préoccupent la FCPE, car c'est l'avenir d'une partie de notre
jeunesse qui est ici en jeu.
Les formes violentes
que prend cette révolte, la destruction pour la destruction,
conduisent à l'impasse et sont inacceptables d'autant qu'elles
atteignent surtout ceux qui sont en situation sociale difficile.
Mais elles ne sauraient malheureusement surprendre tant une partie
de la population a depuis bien longtemps perdu toute raison d'espérer.
En outre, on
ne peut insulter, stigmatiser, et provoquer sans prendre le risque
de réactions d'exaspération.
Il serait trop
facile de tenter de faire croire au complot, à l'action des
trafiquants et autres malfrats ou de groupes religieux. La généralisation
de la situation de crise que nous connaissons aujourd'hui est la
manifestation explosive d'un malaise latent, d'une fracture sociale
et culturelle profonde que les politiques ont refusé de voir
ou n'ont pas su traiter efficacement.
Depuis des années,
la FCPE dénonce le mépris et la défiance affichés
à l'encontre de la jeunesse. Cette attitude concerne tous
les jeunes mais plus fortement ceux qui ont le plus de difficultés
à s'intégrer dans la société.
La société
tout entière porte une lourde responsabilité mais
l'Ecole doit aussi s'interroger.
L'échec
dans la lutte contre les inégalités scolaires, la
persistance, voire le renforcement, d'une logique élitiste
qui conduit à l'exclusion de ceux qui ne sont pas dans la
norme, constituent une violence institutionnelle devenue insupportable.
Dans cette République,
dont l'un des principes fondateurs est l'égalité,
certains jeunes constatent au quotidien qu'ils sont moins égaux
que d'autres, que les valeurs de référence qu'essaie
de leur transmettre l'école ne sont, pour eux et pour eux
seuls,. que théoriques.
Le contexte
social, le chômage massif les problèmes criants de
logement, le blocage du dialogue social par un gouvernement qui
reste sourd à toutes les revendications sont autant de facteurs
amplificateurs du malaise.
Les jeunes revendiquent
le respect, la reconnaissance, la justice, l'égalité,
un travail, un logement, l'accès aux loisirs : c'est-à-dire,
tout simplement, l'espoir, comme les autres, de pouvoir construire
leur vie.
Quand l'horizon est bouché, quand la désespérance,
la peur, l'angoisse de l'avenir ne se maîtrisent plus, quand
le dialogue est rompu, on ne peut s'étonner que la violence
prenne le dessus.
Quand les responsables
politiques comprendront-ils enfin que la lutte contre l'échec
scolaire passe par une transformation en profondeur de l'école
?
Quand les acteurs
de l'Ecole accepteront-ils tous d'assumer leur mission d'éducation
citoyenne ?
En réduisant
drastiquement le budget de l'Ecole, en mettant en péril les
associations laïques qui uvrent dans les quartiers, en
privilégiant la répression plutôt que l'éducation
et la prévention le gouvernement a pris un risque majeur
dont on se demande s'il est aujourd'hui capable de mesurer toutes
les conséquences.
Il doit entendre
tous ceux qui dénoncent cette logique qui s'avère
aujourd'hui suicidaire et prendre enfin les mesures de grande ampleur
qui assurent effectivement et durablement les conditions d'une intégration
sociale, culturelle et économique d'un pan entier de notre
population, aujourd'hui méprisé et marginalisé
!
TEMOIGNAGES ET REACTIONS
Proposition
d'action en cours : réagir sans attendre aux annonces de
de Robien
Réseau des bahuts
mardi 20 décembre 2005.
A ceux qui souhaitent réagir sans attendre aux annonces de
de Robien ce jour, je propose de reprendre à leur compte
le courrier ci-après (plusieurs collègues, dont je
suis, l'ont déjà envoyé à leurs syndicats)
:
"Suite
au drame de notre collègue du lycée professionnel
Louis-Blériot d'Etampes et à l'allocution du ministre
de l'éducation nationale, nous soussignés, enseignants
et personnels de l'enseignement public, nous adressons à
nos syndicats pour demander :
qu'ils affirment et apportent effectivement leur soutien total à
la victime, ainsi qu'à ses collègues, contre leur
hiérarchie ;
qu'ils condamnent publiquement les allégations du ministre,
selon lesquelles le "manque d'autorité" des enseignants
serait la cause des violences scolaires ;
et en conséquence, qu'ils annoncent leur refus de toute concertation
avec le ministère sur ce terrain ou sur celui de l'entrée
de la police dans les établissements scolaires."
Voici les coordonnées
des principaux syndicats :
SNES : secgene@snes.edu
FSU : fsu.nationale@fsu.fr
SNFOLC : snfolc.national@dial.oleane.fr
CGT Educ'action : unsen@ferc.cgt.fr
SE UNSA : hdf@se-unsa.org
SGEN-CFDT : fede@sgen-cfdt.org
SNETAA EIL : snetaanat@aol.com
CNT-FTE : fede-educ@cnt-f.org
SUD : fede@sudeducation.org
N'oubliez pas
de me faire parvenir une copie de votre envoi, à cette adresse
zero_police@reseaudesbahuts.lautre.net !
Salutations
militantes, YB
Invitation à contributions : La politique de cohésion
des villes
Claude Jacquier
13-12-05
Après le résultat des consultations sur la Constitution,
l'Europe n'a pas cessé d'exister. Elle continue sur la base
des anciens textes que ces consultations n'avaient pas le pouvoir
d'abolir. En particulier, et c'est heureux, la Commission européenne
continue de demander l'avis des Européens sur de nombreux
textes, une demande d'avis à laquelle les Français,
en général, répondent peu.
La Commission
européenne invite à nouveau les Européens à
donner leur avis et à contribuer sur un texte important pour
nos villes intitulé "La politique de cohésion
et les villes : la contribution des villes et des agglomérations
à la croissance et à l'emploi au sein des régions".
Ce texte a été présenté aux Conseil
des ministres en charge de la politique régionale dans chaque
Etat-membre à Bristol le 6 décembre 2005. (il est
téléchargeable en allemand, en anglais, en français
sur le site http://europa.eu.int/comm/regional_policy/consultation/urban/index_fr.htm).
Cette consultation est ouverte sur ce site jusqu'au 17 février
2006 et les avis de tous les Européens sont ensuite en libre
consultation.
Le texte qui
résultera de cette consultation sera en quelque sorte, le
cadre de référence à partir duquel sera élaborée
la politique de soutien aux villes pour la période 2007-2013.
L'enjeu est donc de taille et il serait bon que les Français
qui se plaignent généralement des méfaits de
" Bruxelles ", se manifestent. Il serait bon aussi que
les divers acteurs de notre région urbaine grenobloise (particuliers,
associations, entreprises industrielles et commerciales, organisations
régionales et autorités locales, organisations financières,
université et recherche) fassent entendre leur voix.
Je me permets
de rappeler ici que les Etats ont toujours été réticents
à faire une place aux villes dans le débat européen.
L'Etat français n'a pas été le dernier dans
ce petit jeu. Tout le monde sait, notamment dans la région
grenobloise, quel peut être le rôle essentiel des villes
et des régions urbaines dans l'invention et la mise en uvre
des innovations techniques, économiques, sociales, culturelles
et politiques.
Le texte sur
lequel tout un chacun peut se prononcer est un compromis dans un
débat entre les différentes instances européennes
(Commission, Etats-membres, Parlement) Ce compromis peut encore
évoluer dans un sens plus favorable aux villes et aux régions
urbaines. Votre contribution y aidera grandement.
E mail : claude.jacquier@upmf-grenoble.fr
E mail : claude.jacquier7@wanadoo.fr
Sarko versus Kassovitz
Un commentaire signé Nicolas Sarkozy, daté du 22 Novembre
2005, répond à la note postée sur mon site
internet quelques jours plus tôt.
Voici recopiée
ici à l'identique, la lettre, dont l'originale (digital)
doit être perdu au milieu des commentaires d'anonymes. Je
me suis permis de lui répondre en bas de page :
nicolas sarkozy
a dit...
PHASE I : SARKO
Monsieur,
J'ai pris connaissance
de vos propos développés sur votre blog relatifs à
la crise qui a traversé plusieurs de nos banlieues. Au-delà
de vos flèches caricaturales et provocantes dont je suis
la cible, j'ai tenu à vous répondre personnellement
car je crois aux vertus du débat et de l'échange,
notamment avec celles et ceux qui ne souscrivent pas à mes
idées ou mes actes.
Le premier
point qui m'a frappé à la lecture de votre blog, c'est
qu'il laisse fortement entendre que la crise actuelle a surgi soudainement,
comme par un malheureux hasard. Vous l'attachez de façon
réductrice et manichéenne à ma personne et
à quelques mots prononcés par moi-même... Ces
mots, j'assume leur tonalité directe et franche car ils sont
fondés sur la réalité d'un quotidien vécu
par une majorité de nos concitoyens dans les cités.
Au surplus, j'estime que le "politiquement correct" et
la langue de bois qui prévaut depuis des décennies
ne sont pas indifférents à la montée du vote
extrémiste dont je combats depuis toujours les idées
et les leaders.
Vous connaissez, semble-t-il, suffisamment "les quartiers"
pour savoir, au fond de vous-même, que la situation est tendue
depuis de longues années et que le malaise est profond. Votre
film, "La haine", qui date de 1995, évoquait déjà
ce malaise que des gouvernements, de droite comme de gauche, ont
dû gérer avec plus ou moins de réussites. Limiter
cette crise aux faits et gestes du Ministre de l'Intérieur,
c'est, d'une certaine façon et une fois encore, passer à
côté des vrais problèmes. Je mets cela sur le
compte d'un coup de cur mal placé.
Le second point qui m'a heurté, c'est que vous paraissez
vous faire, sans nuance, le porte-parole d'une minorité de
casseurs plutôt que l'interprète d'une majorité
de familles et de jeunes qui vit, elle aussi, dans les cités
et qui en a assez de constater que la culture de la violence et
des rapports de forces s'est imposée sur celle de l'Etat
de droit. Pourquoi n'avoir aucun mot pour ceux dont la voiture a
brûlé, les privant ainsi d'un outil de liberté
et de travail durement acquis ? Pourquoi ne pas évoquer ces
jeunes dont les gymnases ont été réduits en
cendres et ces enfants dont l'école est détruite ?
Pourquoi, par ailleurs, n'avoir aucune pensée pour les 110
policiers blessés, les pompiers caillassés et les
médecins injuriés ?
Votre proximité affective à l'égard des jeunes
des cités est compréhensible et estimable, mais j'ai
le sentiment qu'elle vous conduit à accepter ce qui n'est
pas acceptable. Ce n'est pas rendre service aux banlieues que de
prendre fait et cause pour une minorité dont les actes sont
répréhensibles et parfois même meurtriers. Je
crois même le contraire. Vivre dans un quartier populaire
ou être le fils de parents ou grands-parents immigrés
n'autorise nullement à lancer des cocktails molotov sur la
police et des pierres sur les pompiers. Laisser entendre le contraire,
c'est, selon moi, insulter toutes celles et tous ceux qui, dans
des conditions d'existences identiques, se comportent en citoyen
responsable.
Je n'ignore
nullement le fait que derrière cette crise il y a des facteurs
économiques, sociaux et culturels. J'en ai mesuré
l'ampleur et c'est pourquoi je défends, notamment, le principe
de la discrimination positive ou encore le vote des étrangers
aux élections municipales.
Il est temps
de briser l'égalité de façade dont notre pays
est coutumier depuis trop longtemps ! Il est temps de donner toutes
ses chances à la France plurielle dont j'estime qu'elle est
un atout et non un handicap ! A cet égard, je veux vous dire
que la Police est sans doute le service public le plus représentatif
de cette France plurielle que j'appelle de mes voeux.
Cette nouvelle
impulsion dont les quartiers ont tant besoin, ne peut être
engagée en l'absence d'un rétablissement des règles
républicaines. Le développement des trafics, des violences,
des "tournantes", de l'immigration clandestine, minent
tous les efforts que nous pouvons entreprendre. En ces zones de
non-droit, l'ordre républicain n'est pas l'adversaire du
progrès, mais bien son allié.
Nous sommes
en présence d'une des crises urbaines les plus complexes
et les plus aiguës que nous ayons eu à affronter. Elle
exige de la fermeté et beaucoup de sang froid. Ces sont ces
instructions précises que j'ai donné aux forces de
police et de gendarmerie. Elles agissent avec une maîtrise
et un professionnalisme qui font honneur à notre démocratie.
Au cours des quatre dernières semaines, certaines de nos
unités ont fait face, dans le calme et la discipline, à
une violence dont je vous demande de ne pas sous-estimer la brutalité.
Voilà les quelques réflexions que m'inspire la lecture
de votre blog. Je sais que vous êtes, avec votre style et
vos convictions, à la recherche d'une prise de conscience
des pouvoirs publics vis à vis des banlieues. Depuis tant
d'années, beaucoup d'argent a été engagé,
beaucoup d'efforts ont été entrepris par les services
de l'Etat comme par les acteurs de terrain. Les résultats
ne sont pas à la hauteur des attentes. Nous y avons tous
notre part de responsabilité. Comment faire mieux et autrement
? Cette question, il faut maintenant la résoudre.
Demeurant disponible pour poursuivre, si vous le jugez utile, notre
échange de vive voix, je vous prie de croire, Monsieur, à
l'assurance de mes sentiments les meilleurs.
Nicolas Sarkozy
PHASE 2 : KASSOVITZ
Mr le Ministre
de l'intérieur.
Cette lettre
qui ne vous était pas directement adressée mais à
laquelle vous avez promptement répondu, n'est pas comme vous
le laissez entendre, un pamphlet en l'honneur des casseurs, ni une
insulte aux pompiers caillassés et aux policiers blessés.
Le simple fait que vous détourniez mes propos pour éviter
de répondre aux vraies questions, confirme votre aveuglement
face à votre responsabilité dans ces événements.
Quoi que vous
puissiez dire, les quartiers de France ont bel et bien explosés
quelques heures après vos mots dur et blessant, malencontreusement
stigmatisés par un accident qui a vu la mort de deux adolescents
dans des conditions atroces. Accident tragique, et tellement symbolique
des conditions de vie des quartiers de France. Ces gymnases, ces
voitures et ces écoles qui brûlent, dont vous m'accusez
de n'avoir que faire, j'en parlait déjà il y a 10
ans dans " La HAINE " , que vous évoquez sans même,
je pense, l'avoir vu.
Je n'ai pas
besoin de vivre dans une cité, ni d'avoir fait de hautes
études pour comprendre que ces institutions sont les représentants
d'un Etat qui renonce à regarder le problème en face
et qui continu, gouvernement après gouvernement à
se rejeter les responsabilités comme vous le faites si brillamment.
Vous n'êtes
pas responsable dites vous.
Les policiers
et les pompiers qui ont courageusement défendu vos bavures
, sont les malheureuses victimes de votre politique agressive, tout
comme les habitants des quartiers qui y ont perdu leurs véhicules
et pour certains leur moyen de subsister.
Ne rejetez pas
la responsabilité de vos propos sur une situation dont nous
connaissons tous l'histoire, si vous n'êtes pas le seul responsable
des problèmes des banlieues, vous en êtes le symbole
politique, et vos propos ont allumé la mèche d'une
révolte qui vous a dépassé. Que vous vous offusquiez
qu'on vous prenne pour cible me surprend et me fait douter de votre
capacité à vous remettre en cause.
Vous avez raison
quand vous dites que " l'ordre républicain n'est pas
l'adversaire du progrès, mais bien son allié. ",
mais pour rétablir l'ordre républicain dans les quartiers
il faut que les représentants de cette république
soient au dessus de tout soupçons.
Vous avez magnifiquement
géré, comme à votre habitude, l'impact de ces
émeutes et des images auprès des medias et vous avez
bien heureusement donné des instructions de retenue aux forces
de l'ordre, mais ne résumez pas le comportement de la police
à ce qu'il s'est passé sur ces quatre dernières
semaines face aux medias du monde entier. Vous le savez, le problème
de respect entre la police et les jeunes ne date pas d'aujourd'hui.
Les gouvernements de gauche ou de droite, vont et viennent mais
ce problème persiste au quotidien. Depuis des générations
maintenant. La mort brutale de Malik OUSEKINE, suivie par les remarques
inhumaine de Charles Pasqua (un de vos prédécesseurs),
datent de bientôt 20 ans. La mort de Makomé, abattu
de sang froid dans un commissariat du 18eme, et de nombreux autres,
victimes de la perte des valeurs républicaines que vous défendez,
parsèment l'histoire de la France d'aujourd'hui. C'est ce
passé, lourd en injustices qui alimente notre présent.
Je vous demande juste de ne pas l'oublier, même si vous n'en
êtes pas directement responsable.
Il faut rééduquer
les esprits, pas les manipuler. Cette mésentente entre les
forces de l'ordre et les jeunes des cités est un problème
profond qui ne sera résolu qu'après un réel
travail d'éducation auprès des deux partis.
Non, je ne suis
pas contre la Police, au contraire, je souhaite comme tous les citoyens
de ce pays, une police plus considérée, plus éduquée,
plus respectée, plus humaine... Une Police en laquelle je
peux faire confiance avec ma sécurité personnelle
et celle de mes enfants, quel que soit ma position sociale, ma couleur
de peau, mon âge, mes croyances... Quand vous évoquez
le retour des valeurs républicaines, n'oubliez pas que pour
obtenir du respect, vous devez inspirer le respect. Si la police
a perdue le respect qui lui est dû, peut être devriez
vous vous posez encore une fois les vraies questions.
Vous vous dites
tendu vers l'avenir, mais vos méthodes sont répressives
et obsolètes. Vous cédez à la panique et votez
le retour d'une loi militaire déterrée d'une des pages
les plus sombre de l'histoire de notre pays. Le choix de cette loi
symbolique fait honte à la France et à votre classe
politique.
Encore une fois,
vous n'êtes pas responsable. Comme d'habitude.
Vous terminez
votre lettre par cette phrase terrible qui conclue froidement tel
un chef d'entreprise devant un bilan négatif, que" Depuis
tant d'années, beaucoup d'argent a été engagé,
beaucoup d'efforts ont été entrepris par les services
de l'Etat comme par les acteurs de terrain. Les résultats
ne sont pas à la hauteur des attentes. " .. Pensez vous
pouvoir diriger la France comme une vulgaire multinationale ? Sachez
que les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes
d'une France que vous, les politiciens de tout bord, ne regardez
pas dans les yeux depuis trop longtemps.
Pensez-vous
pouvoir " licencier " ces jeunes qui vous font de l'ombre
? Les nettoyer comme des déchets sur un trottoir ? L'équilibre
démocratique n'a jamais trouvé sa source dans la répression,
et vous le savez, si solution il y a elle est dans l'aide sociale
et la compréhension des problèmes. Si vous ne continuez
pas le dialogue, que va t'il se passer ? Il est de votre devoir
ainsi que celui des institutions Française de répondre
à la violence avec intelligence pour éviter de perdre
le contact avec une jeunesse dont certains pourraient basculer dans
d'autres formes de violences plus extrêmes et réellement
dangereuses.
Vous n'êtes
pas responsable. Effectivement je pense que vous êtes irresponsable.
En vous promenant
à Argenteuil à 23 heures, entouré de policiers
et de journalistes, vous avez sans doute voulu apprécier
comme un citoyen lambda, l'ambiance de la vie d'un quartier, et
non pas provoquer une confrontation inévitable. Quand à
vos " quelques mots ", en affirmant haut et fort que vous
alliez " nettoyer les cités au Karcher ", vous
vouliez certainement dire : " Réhabiliter et nettoyer
ces immeubles vétustes dans lesquels des enfants tombent
dans des cages d'ascenseurs pour cause de mauvais entretiens et
aider les familles qui payent leurs impôts comme tout le monde
à retrouver un environnement et un respect depuis longtemps
perdu ", et quand vous avez menacé les " racailles
" de vous débarrasser d'eux, vous vouliez dire, "
Mettre en prison pour longtemps les quelques personnes réellement
dangereuses et généralement connues des services de
police et offrir à toute une partie de cette jeunesse la
possibilité d'entrevoir un avenir différent à
travers une action sociale cohérente et généreuse
pour les faire sortir de la petite délinquance. ".
Comme beaucoup
de Français, j'ai dû mal vous comprendre.
Le combat que
vous voulez mener Monsieur le Ministre, nous voulons tous le mener
avec vous, et mis à part les quelques vrais voyous qui entretiennent
la violence à travers les " réseaux " de
la drogue et qui empoisonnent la vie de l'ensemble des habitants
des quartiers, tout les autres, y compris les jeunes à casquette
que vous appelez " racailles " et dont certains encombrent
aujourd'hui vos prisons, ont le même désir : Ils veulent
un avenir, des conditions de vie égales à tout les
citoyens, un respect, une identité...
Ne voulant pas
rentrer dans un débat de mots avec vous, et malgré
le respect que je vous dois, je ne souhaite pas vous rencontrer
" de vive voix ".
Je comprend
votre louable envie de communiquer avec vos adversaires, surtout
connus des media, mais permettez moi de m'en tenir à mon
statut de citoyen critique et sans attache politique. Contrairement
à vous et à ce que vous pouvez dire, je ne représente
que ma voix, pas celle d'un parti politique, ni celle de la banlieue,
et encore moins celle des casseurs.
Néanmoins,
votre invitation montre que vous êtes ouvert au dialogue,
j'espère que vous en ferez bon usage avec les personnes directement
concernées.
Je vous invite
à rencontrer les différents acteurs de la vie des
cités et principalement les milliers d'associations de quartiers
qui se battent au quotidien pour garder le contact avec des millions
d'habitants. Aidez-les, elles en ont dramatiquement besoin.
Je voudrais
clore ce court échange en vous assurant mon profond attachement
à la culture et aux valeurs de notre pays. Si le débat
est si passionné, c'est parce que nous sommes tous concernés.
Cette culture ouverte sur le monde nous est spécifique et
unique, reconnue par toute les autres nations comme un modèle
de politique sociale, même si la réalité à
surpris le reste de la planète. Nous sommes Français,
rebelles dans l'âme, quel que soit nos convictions politiques,
toujours prêt à se battre pour défendre une
cause que nous jugeons honorable. C'est cet état d'esprit
que vous défendez à travers vos actions, comprenez
que d'autres fassent de même, même si les moyens utilisés
sont inadéquates et injustes. Ce sont pour eux le seul moyen
de se faire entendre. Le symbole de ces milliers de voitures qui
brûlent et de la perte totale de l'autorité politique
ne sont pas de simples explosions de violence. Soyez attentif. L'avenir
d'une France multiculturelle et anti raciste en dépend.
Déjà
les échos des chants de l'extrême droite se font entendrent
dans votre camp. Je suis certain que cela vous dégoûte
autant que moi.
Cet extrait
d'un commentaire posté par un anonyme sur le site en réaction
à votre réaction, résume, je pense, les inquiétudes
de beaucoup de Français, en tout cas elle résume mes
craintes :
" ...La
grandeur d'un homme politique ne réside pas dans sa capacité
à cultiver les peurs du peuple pour y trouver une niche électorale.
La grandeur d'un homme d'Etat réside dans sa capacité
à transcender la Nation avec conviction et désintérêt
personnel. Votre " verbe " vous fera sans doute gagner
la confiance des brebis égarées du 21 avril. Votre
intérêt personnel vous empêchera de transcender
la Nation.(...).Jusqu'ici tout va bien, jusqu'ici tout va bien...
vous êtes en tête des sondages... "
Je voudrais
vous laisser avec une dernière pensée qui me vient
de mon père, un Hongrois, comme le votre, arrivé en
France, terre d'accueil et des droits de l'homme en 1956, pour fuir
le régime communiste Russe. Ce n'est pas de la grande philosophie,
mais juste un conseil venant d'un homme qui a survécu à
des guerres et des révolutions.
" Pour
arriver en haut d'une échelle, monte les échelons
un par un, tu te casseras la gueule de moins haut ".
A méditer.
En vous souhaitant
bonne chance dans votre irrésistible ascension aux plus hautes
marches de l'Etat, je vous assure monsieur le ministre de l'intérieur
de mes sentiments les meilleurs.
Mathieu Kassovitz
" RELANCER
L'EDUCATION PRIORITAIRE "
Extrait du
discours de Gilles de Robien du 13-12-05
Relancer l'Education prioritaire
Transmis par le réseau " Coordeducmars "
J'en viens à
présent à l'avenir de l'éducation prioritaire.
Dès mon arrivée, j'ai souhaité revoir son fonctionnement.
Le Premier Ministre m'a conforté dans cette voie en me demandant,
il y quinze jours de lui donner un plan de refonte. J'ai consulté,
réfléchi, travaillé, -en particulier sur la
base d'un rapport d'étape qui m'a été remis
par les Inspections générales sur l'évaluation
des ZEP.
Je voudrais d'abord vous dire où nous en sommes.
Tout a commencé dans les années 80, quand on a décidé,
selon la formule désormais consacrée, d'innover "
en donnant plus à ceux qui ont moins ". Dans son principe
l'idée était bonne ; elle était même
excellente..
Elle a d'ailleurs donné des résultats. Le travail
que font les professeurs dans les ZEP doit être reconnu ;
et je ne laisserai pas dire qu'ils se sont fatigués pour
rien. Sans les ZEP, où en serions-nous ?
La vraie question
est de savoir si la mise en ouvre du principe " donner plus
à ceux qui ont moins " a été optimale.
A cette question, je réponds clairement NON.
Aujourd'hui, on donne trop peu, à trop de monde.
D'ailleurs, on ne donne pas vraiment à des " personnes
", mais à des " zones ", qui sont définies
de manière trop vague, trop hétérogène,
pour des effets qui sont, en conséquence, insuffisants.
Plus précisément,
le dispositif des ZEP a rapidement souffert de quatre défauts
majeurs :
- Premier défaut : une extension non pilotée, au gré
des pressions locales. Les critères de définition
des ZEP sont trop fluctuants d'un endroit à l'autre. Je crois
que ce n'est pas conforme à l'égalité des chances
que nous voulons promouvoir.
- En conséquence, le dispositif souffre d'un deuxième
défaut : le saupoudrage, qui entraîne une baisse de
l'efficacité. Aujourd'hui près de 20% des élèves
sont en ZEP !
- Troisième défaut : L'éducation prioritaire
souffre d'un manque de dynamisme et d'évaluation à
court terme, qui peut parfois susciter un certain désespoir
;
- Enfin, dernier défaut : tel qu'il est, le dispositif engendre
un sentiment de " relégation " ; cela vient de
ce qu'être " classé ZEP " revenait jusqu'ici
à reconnaître un échec, plutôt qu'à
fixer une ambition. Cela doit
changer !
Pour pallier
ces défauts, et redonner un élan à l'éducation
prioritaire, j'ai donc décidé de repenser complètement
le système. Nous allons le rendre plus ciblé, plus
énergique, plus efficace -avec un seul objectif : la réussite
des élèves.
Les propositions que je présente aujourd'hui feront bien
évidemment l'objet d'une concertation avec les organisations
syndicales, les parents d'élèves et les collectivités
locales.
La refonte que j'envisage passe par
- une nouvelle logique (I),
- une action très énergique sur les collèges
les plus en difficulté (II).
I. UNE NOUVELLE
LOGIQUE
La nouvelle logique consiste à ne pas découper des
" zones ", mais à définir des publics, selon
des critères homogènes et plus précis. Il s'agit
avant tout de s'intéresser aux personnes, et d'agir sur tous
les
leviers disponibles pour améliorer leur situation. Cela implique
un nouveau pilotage, mais aussi une action selon trois axes :
- La réduction des inégalités culturelles
- Les relations avec les familles
- La formation et la carrière des professeurs.
Un nouveau pilotage
En redéfinissant le périmètre à partir
de critères plus serrés, nous allons pouvoir donner
vraiment plus à ceux qui ont vraiment besoin d'aide. Selon
ces critères, nous allons choisir les 200 à 250 collèges
où les élèves sont le plus en difficulté,
pour concentrer sur eux notre effort. Quatre critères nationaux
seront retenus pour déterminer la liste de ces établissements,
qui constitueront le " niveau 1 " de l'Education prioritaire
:
- La situation sociale des familles (plus de deux tiers de catégories
socio-professionnelles défavorisées),
- la part d'élèves ayant un retard supérieur
à deux ans à l'entrée au collège,
- l'évaluation des résultats à l'entrée
en 6e,
- le nombre d'élèves non francophones.
Pour les autres,
je souhaite retenir les deux niveaux qui me sont proposés
par les Inspections générales : Un niveau 2, qui comprendra
les Zones urbaines moins sensibles, bénéficiant d'une
plus grande mixité sociale (ces établissements continueront
de recevoir les moyens actuels). Un niveau 3, qui regroupera les
établissements appelés à sortir en trois ans
du dispositif de l'éducation prioritaire.
Pour l'ensemble, je nommerai un délégué ministériel
à l'enseignement prioritaire, aux côtés du directeur
de l'enseignement scolaire.
Par ailleurs, je l'ai dit, notre action suivra trois axes :
Premier axe
: l'orientation et la réduction des inégalités
culturelles
Il faut en effet que les adolescents des quartiers difficiles puissent
poursuivre leurs études et découvrir toutes les filières
sans être arrêtés par leur origine sociale :
- C'est pourquoi un plus grand nombre d'élèves recevront
une bourse au mérite : leur nombre passera de 28 000 à
100 000 en 2006.
- Pour faire découvrir les filières d'excellence aux
élèves motivés, 100 000 étudiants des
grandes écoles et des universités s'engageront dans
l'accompagnement de 100 000 élèves de collège
ou de lycée de l'éducation prioritaire.
Deuxième
axe : le partenariat avec les familles
- Aujourd'hui,
que se passe-t-il ? Beaucoup de parents hésitent à
venir au collège, parce qu'ils ne parlent pas bien le Français,
parce qu'ils ne s'y sentent pas à l'aise. Nous allons les
aider à revenir en confiance à
l'école, pour le bien de leurs enfants.
- L'école ou le collège devront expliquer aux parents
le règlement intérieur ; ils organiseront avec eux
des rendez-vous trimestriels pour faire le point sur la situation
de leur enfant. Il faut créer de vraies " écoles
des parents " .
Troisième
axe : la formation et le métier d'enseignant
- Les instituts universitaires de formation des maîtres devront
enseigner à tous les futurs professeurs les compétences
particulières exigées par l'enseignement dans l'éducation
prioritaire.
- Par ailleurs, les équipes dans les établissements
d'éducation prioritaire devront être stabilisées,
par des dispositifs encourageant les enseignants à y rester
au moins cinq ans.
Voilà
pour l'architecture d'ensemble.
J'en viens au
fer de lance de notre action : les 200 à 250 collèges
les plus en difficulté, que nous voulons labelliser collèges
" ambition réussite ".
II. LES COLLEGES
" AMBITION REUSSITE "
Nous avons en effet décidé de mener une action massive
et concentrée. Le but est de prouver le plus rapidement possible
qu'il n'y a pas de fatalité, pour redonner confiance à
l'ensemble du système. Nous voulons ainsi faire naître,
par la force même de l'exemple et par un effet d'entraînement,
un nouvel esprit d'ambition dans les quartiers difficiles.
Sélectionnés sur les critères que j'ai cités
il y a quelques instants, ces 200 à 250 établissements
seront labellisés collèges " ambition réussite
" ; ils formeront, avec les écoles primaires de leur
secteur, des " réseaux de réussite " .
Les nouvelles propositions de Gilles de Robien
200 collèges " ambition réussite "
Transmis par le réseau " Coordeducmars "
I - Une action
ciblée autour de 200 à 250 collèges "
ambition réussite " labellisés par le ministre
A. Sortir d'une
logique de zones pour une logique d'élèves
Tous les rapports
et études convergent : les niveaux de difficultés
ne sont pas tous égaux à l'intérieur des actuelles
zones d'éducation prioritaire. Cet avis est partagé
par de nombreux organismes et de nombreux chercheurs. Plutôt
que de s'attacher à la notion de zone, il s'agit de s'intéresser
aux élèves scolarisés dans l'établissement
de référence, à savoir le collège.
C'est pourquoi une liste nationale de collèges " ambition
réussite " sera arrêtée par le ministre,
après avis des recteurs et des inspecteurs d'académie,
sur la base de quatre critères :
un critère social (plus des deux tiers de CSP défavorisées)
;
la part d'élèves ayant un retard supérieur
à deux ans à l'entrée au collège ;
l'évaluation des résultats à l'entrée
en 6e ;
le nombre d'élèves non francophones.
Mesure 1
Chaque collège labellisé par le ministre devient un
collège " ambition réussite ", unité
de référence du " réseau de réussite
" créé avec les écoles de son secteur
et disposant de moyens renforcés.
B. Créer
un " réseau de réussite "
En lien avec les collectivités locales, une organisation
" réseau de réussite ", formé par
le collège et les écoles de son secteur, sera mise
en place. Cette organisation aura pour but de faciliter la transition
entre la
classe de CM2 et la classe de sixième ; elle renforcera le
suivi du parcours des élèves, notamment de ceux qui
ont connu des difficultés à l'école élémentaire
et qui ont bénéficié de programmes personnalisés
de réussite éducative ; elle assurera les liaisons
avec les partenaires extérieurs (notamment l'Agence nationale
pour l'égalité des chances).
Mesure 2
L'Ecole supérieure de l'Education nationale (ESEN) organisera
tous les ans une session de formation destinée aux cadres
des collèges " ambition réussite ". Seront
notamment abordés à l'occasion de ces formations :
les politiques de l'égalité des chances, le travail
partenarial, la conduite de projets et le management des équipes.
C. Renforcer les moyens
Les équipes éducatives des collèges "
ambition réussite " et des écoles élémentaires
du réseau seront renforcées :
Mesure 3
par 1 000 enseignants expérimentés supplémentaires
affectés aux collèges " ambition réussite
" dès la rentrée 2006. Ils auront pour tâche
à la fois d'accompagner les élèves dans le
cadre des programmes personnalisés de réussite éducative
et de participer à la formation des jeunes enseignants. L'affectation
de ces enseignants permettra aussi de donner de la souplesse dans
l'emploi du temps des professeurs pour le travail en équipe.
Mesure 4
par 3 000 assistants pédagogiques, se destinant aux métiers
de l'enseignement, pour assurer de l'aide aux devoirs et faire du
soutien scolaire.
Mesure 5
Les collèges
" ambition réussite " disposeront d'au moins une
infirmière scolaire.
Mesure 6
L'augmentation
des dispositifs relais (+ 200 à la rentrée 2006),
qui prennent en charge temporairement les élèves les
plus perturbateurs avant de les remettre en classe dans leur cursus
normal, bénéficiera en priorité aux collèges
" ambition réussite ".
D. Faire venir
les 1 000 enseignants supplémentaires selon une
procédure particulière Les exigences de l'éducation
prioritaire nécessitent la participation de jeunes enseignants,
qui apportent leur dynamisme, leur générosité
et un regard nouveau ; elles requièrent pareillement celle
d'enseignants chevronnés, à même de faire bénéficier
leurs jeunes collègues de leur
expérience et de leurs conseils. Ces enseignants expérimentés,
volontaires pour le service " ambition réussite ",
se verront proposer des postes spécifiques, afin de renforcer
les équipes en place et favoriser la
dynamique du projet d'établissement.
Il appartiendra
au recteur, dans chacune des académies concernées,
de proposer un " profilage " de leur poste au sein des
établissements, en liaison avec les chefs d'établissement.
Ces postes pourront prendre la forme de postes en service partagé
entre le collège et une école ou entre le collège
et le lycée, à pourvoir par un enseignant du second
degré ou du premier degré. Une fiche de poste sera
déterminée en relation avec le projet d'établissement
et donnera lieu à une lettre de mission entre l'enseignant
et le chef d'établissement.
Le recrutement de ces enseignants aura lieu par le mouvement spécifique
intra- académique. Un contingent supplémentaire d'accès
à la hors classe sera prévu pour ces enseignants après
cinq années passées dans un collège "
ambition réussite ".
E. Donner aux
élèves des collèges " ambition réussite
" la fierté de leur établissement en développant
des projets d'excellence
Mesure 7
Chaque collège sera reconnu par une spécialité
de haut niveau d'ordre culturel, sportif, scientifique, environnemental
ou linguistique qui irriguera l'ensemble des enseignements et des
activités inscrites dans son projet. Il sera parrainé
par une institution culturelle, un centre sportif, un laboratoire
d'université ou d'organisme de recherche, une personnalité
exceptionnelle.
F. Contractualiser
et évaluer
Mesure 8
Les " réseaux de réussite " s'inscriront
dans une dynamique de projet qui fera l'objet d'une contractualisation
pour quatre à cinq ans entre l'établissement et l'inspecteur
d'académie. Cette contractualisation déterminera clairement
les objectifs pédagogiques ; elle prévoira des expérimentations.
La latitude des chefs d'établissement et de leurs équipes
pédagogiques sera renforcée. L'organisation de la
journée et de la semaine scolaires fera l'objet d'un soin
particulier (éviter la concentration de cours qui nécessitent
une attention plus soutenue, aménagement de temps de pause
et de révision dans le cadre d'heures de permanence pendant
la journée.). Une évaluation régulière
de la progression des résultats sera menée.
Mesure 9
Elle se fondera sur un " baromètre de la réussite
scolaire " : la maîtrise de la lecture, la progression
dans l'acquisition du socle commun, l'amélioration des résultats
aux évaluations nationales et au diplôme
national du brevet, le respect du règlement de l'établissement.
La contractualisation et la mise en ouvre du projet d'établissement
nécessitent la constitution d'équipes de direction
stables : à cet effet, les personnels de direction en poste
durablement dans ces établissements bénéficieront
de mesures spécifiques d'avancement et de promotion.
Mesure 10
Chaque " réseau de réussite " sera suivi
par un inspecteur général de l'éducation nationale.
Il établira un rapport annuel au ministre et la synthèse
de l'ensemble des rapports sera communiquée au Haut conseil
de
l'éducation.
G. Individualiser
les parcours : au collège " ambition réussite
", on ne redouble pas
Mesure 11
Les élèves des collèges " ambition réussite
" connaissent des difficultés sociales similaires, mais
diffèrent fortement par leurs origines et leur histoire.
Pour eux, il faut plus encore individualiser les parcours et
encourager les talents. Ainsi, par exemple, l'enfant primo arrivant,
déjà scolarisé dans son pays d'origine, et
l'enfant qui connaît des difficultés d'apprentissage
ne peuvent être scolarisés au même rythme, au
risque de créer découragement et décrochage.
Un livret de compétences retracera le parcours individuel
de chaque élève depuis l'école primaire. Les
établissements mettront en place des groupes de compétences
à l'image de ce qui est prévu pour l'apprentissage
d'une langue étrangère. Ce livret permettra à
chaque élève de connaître son niveau de départ
et les objectifs qu'il doit se fixer pour acquérir le socle
commun de connaissances. L'objectif est de donner confiance aux
élèves et de supprimer, grâce à l'aide
individualisée, tout redoublement.
H. Mettre en
place des études accompagnées dans les " réseaux
de réussite "
Il existe aussi une inégalité forte entre les enfants
selon qu'ils ont la possibilité ou non d'être accompagnés
et guidés dans leurs devoirs.
Mesure 12
C'est pourquoi tous les collèges et écoles (pour les
élèves de CE2, CM1, CM2) des " réseaux
de réussite " devront mettre en place quatre soirs par
semaine des études accompagnées obligatoires : celles-ci
seront encadrées par des enseignants volontaires ou de futurs
enseignants (assistants pédagogiques) ou par des associations
dans le cadre des contrats de réussite éducative.
I. Avancer l'enseignement
de découverte professionnelle à la classe
de quatrième
Mesure 13
Pour donner plus tôt aux élèves des collèges
" ambition réussite " une connaissance des métiers
et des voies de formation, l'enseignement de découverte professionnelle
de trois heures sera avancé en classe de
quatrième.
J. Faire accéder
les élèves aux nouvelles technologies L'égalité
des chances passe aussi par l'accès aux nouvelles technologies
mises au service de l'accompagnement scolaire.
Mesure 14
Le ministère lancera avec la Caisse des dépôts
et consignations un appel à projet en direction des collectivités
territoriales dont l'objet sera de mettre en ouvre un accompagnement
numérique au profit des élèves en fin d'école
primaire : chaque élève bénéficiera
d'un ordinateur et de l'accès à une liaison Internet
ainsi qu'à des contenus pédagogiques.
K. Déroger à la carte scolaire des lycées
Mesure 15
Tous les élèves des collèges " ambition
réussite " ayant obtenu une mention bien ou très
bien au diplôme national du brevet auront le droit de déroger
au secteur de recrutement des lycées de leur académie.
Cette mesure sera applicable dès la rentrée 2006.
II - Des objectifs
clairs pour relancer l'éducation prioritaire Les propositions
suivantes concernent l'ensemble des écoles et établissements
scolaires de l'éducation prioritaire, y compris les collèges
" ambition réussite ".
A. Acquérir
les savoirs fondamentaux dès l'école primaire : on
entre au collège en sachant lire
La réussite au collège est impossible sans la connaissance
des bases, au premier rang desquelles figurent la lecture et l'écriture.
La maîtrise de la langue est la première étape
du combat pour l'égalité des chances..
L'école maternelle, en éducation prioritaire encore
plus qu'ailleurs, joue un rôle essentiel dans la découverte
du langage, la préparation à l'apprentissage de la
lecture et l'ouverture au monde de l'écrit : les
professeurs des écoles veilleront particulièrement
à faire parler chaque enfant à différents moments
de la journée pour développer leurs capacités
à s'exprimer. A l'école élémentaire,
les efforts doivent être concentrés pour que tous les
enfants sachent lire au CP et au plus tard en CE1. C'est pourquoi
la méthode globale et les méthodes qui en sont dérivées
ne seront plus utilisées. Il faut désormais systématiser
les méthodes préconisées par les chercheurs
: partir du son et de l'écriture du son, pour aller vers
la
lecture de la syllabe, puis du mot, puis du texte. Les inspecteurs
de l'éducation nationale veilleront à rendre cette
mesure effective à la rentrée 2006. Une évaluation
de la lecture et de l'écriture sera mise en
ouvre au CE1, dès le mois de septembre, afin de permettre
la mise en place rapide des programmes personnalisés de réussite
éducative pour les élèves repérés
en difficulté.
B. Créer
un environnement de réussite
Réduire les inégalités après la classe.
L'effort en faveur de la lecture et de l'écriture sera prolongé
en dehors des heures de cours (clubs de lecture, ateliers d'écriture,
initiatives associatives.).
Mesure 1
Dans chaque quartier d'éducation prioritaire, une "
école ouverte " fonctionnera pendant les vacances scolaires.
Elle proposera des activités qui contribueront à l'apprentissage
ou à la pratique orale d'une langue vivante étrangère.
Mesure 2
Le développement, en concertation avec les collectivités
territoriales, des internats de réussite éducative
(25 en 2006), qui peuvent bénéficier de l'intervention
de personnels spécialisés, contribue à créer
un environnement propice au travail.
Mesure 3
Enfin, pour faciliter l'accès des élèves (scolarisés
en troisième, en lycée professionnel ou en formation
postbac) aux stages obligatoires en milieu professionnel, le ministère
de l'Education nationale lance, avec le concours du ministre délégué
à la promotion de l'égalité des chances l'opération
" objectif stage " : les entreprises d'un bassin d'emploi
s'engageront, dans une relation de confiance avec les établissements
scolaires, à accueillir les jeunes qui n'auraient pas trouvé
de stage par eux-mêmes.
Réinvestir
les parents dans l'éducation de leurs enfants. Pour aider
les élèves à réussir, l'école
doit aussi s'ouvrir aux parents. De trop nombreux parents hésitent
à y venir, pour de multiples raisons (difficultés
de compréhension de la langue, mauvais souvenir parfois de
leur propre scolarité, crainte d'y être confrontés
au regard négatif porté par l'institution sur leurs
nfants.). Il faut les aider à revenir en confiance à
l'école et être des membres à part entière
de la communauté éducative.
Mesure 4
En amont du nouveau dispositif de contrat de responsabilité
parentale - qui vise les cas de carence de l'autorité parentale
-, l'institution scolaire doit jouer pleinement son rôle d'information
et d'éducation : l'école ou le collège devront
présenter et expliquer aux parents le règlement intérieur
; ils organiseront avec eux des rendez-vous trimestriels pour faire
le point sur la situation de leur enfant et les informer des actions
de soutien personnalisé qui seront décidées
afin que les parents puissent s'y associer d'une manière
ou d'une autre. Au collège, les bulletins scolaires des élèves
qui auront bénéficié d'un programme personnalisé
de réussite éducative seront remis en main propre
aux parents par un enseignant de la classe pour avoir un échange
sur les progrès de leur enfant ou ses difficultés.
Mesure 5
S'il y a lieu, il conviendra de s'assurer le concours d'un interprète
extérieur à la famille pour permettre aux mères,
notamment, de s'investir davantage dans l'éducation de leur
enfant.
Mesure 6
Un guide de l'accompagnement à la scolarité, composé
de fiches pratiques, sera élaboré par la Délégation
interministérielle à la famille et diffusé
largement.
Mesure 7
Dans toute la mesure du possible, une salle sera aménagée
dans les équipements scolaires pour accueillir " l'école
des parents ", organiser des cours d'alphabétisation,
des rencontres, des activités associatives ou des permanences
des associations de parents. Elle pourra être utilisée
par la municipalité dans le cadre des contrats de réussite
éducative.
C. Réduire
la fracture culturelle
Découvrir, être curieux, se cultiver : ces aptitudes
que les enfants et les jeunes portent en eux ne doit pas se briser
sur l'écueil du quartier d'origine. II faut " ouvrir
leur tête au monde " (Azouz Begag). On
encouragera la présentation de la dimension culturelle dans
l'enseignement des diverses disciplines et on développera
les sections européennes en collège. Des initiatives
sont prévues pour élargir l'horizon d'études
et de connaissances des jeunes.
Mesure 8
La charte pour l'égalité des chances dans l'accès
aux formations d'excellence, signée le 17 janvier 2005 par
l'Etat et les conférences des présidents d'université,
des grandes écoles, des directeurs d'école et
formations d'ingénieurs, sera mise en ouvre : 100 000 étudiants
des grandes écoles et universités s'engageront dans
l'accompagnement de 100 000 élèves de l'éducation
prioritaire, choisis pour leurs motivations ; ils leur offriront
" un parcours de familiarisation avec des filières d'excellence
afin de les préparer à les intégrer dans les
meilleures conditions ". Toutes sortes d'actions pourront être
envisagées : actions éducatives ou culturelles, actions
en lien avec les enseignants. Les recteurs seront chargés
de favoriser les rapprochements entre les établissements
d'enseignement supérieur et les établissements scolaires.
Les bureaux et associations d'étudiants seront invités
à apporter leur concours.
Mesure 9
500 heures de programmes de radio, également accessibles
sur Internet, traiteront des grands sujets de civilisation et d'actualité
: ils seront réalisés par l'Académie des Sciences
morales et politiques ; cette ouverture dans le domaine de la culture
générale constituera un soutien précieux pour
les lycéens de l'éducation prioritaire désireux
de poursuivre des études supérieures.
Mesure 10
Enfin, l'attractivité
des lycées de l'éducation prioritaire pourra être
accrue par la mise en place de modules de préparation aux
concours administratifs, qui seront ouverts dans dix académies
avec l'appui des
services de formation des personnels administratifs des rectorats.
D. Le projet
d'orientation
Mesure 11
Les élèves de quatrième, troisième,
seconde et terminale des établissements de l'éducation
prioritaire se verront proposer un entretien individuel d'orientation,
organisé chaque année entre janvier et mars. Cet entretien,
conduit par le professeur principal ou le conseiller d'orientation-psychologue,
assisté d'une personne issue du monde professionnel qui pourra
utilement être choisie parmi les parents d'élèves,
permettra à l'élève de réfléchir
à son projet professionnel.
E. Après
la troisième : une sortie vers le choix et l'excellence
Trop d'élèves sont orientés par défaut
dans l'établissement le plus proche de leur domicile ; dans
le même temps, des familles mieux informées sélectionnent
des options pour obtenir une inscription dans l'établissement
de leur choix. Ces pratiques renforcent la ghettoïsation des
établissements de l'éducation prioritaire.
C'est le premier objectif du schéma national d'orientation
que d'apporter à tous les élèves le même
niveau de connaissance des voies de formation (statut scolaire ou
apprentissage), des filières d'enseignement et de leurs débouchés.
Les options étant trop souvent utilisées pour contourner
la carte scolaire, les recteurs veilleront, lorsqu'ils créent
de nouvelles options, à les installer en priorité
dans les lycées accueillant les élèves issus
de
l'éducation prioritaire.
Mesure 12
Les élèves boursiers de l'éducation prioritaire
qui se sont distingués par leur effort dans le travail scolaire
au cours de la classe de troisième bénéficieront
de l'augmentation du nombre des bourses au mérite (porté
de 28 000 à 100 000 au budget 2006).
F. Stabiliser
et aider les équipes pédagogiques
Mieux former les enseignants
Le ministre fixera, dans le cahier des charges de la formation initiale
des maîtres, les compétences que ceux-ci doivent acquérir
en priorité, notamment pour traiter la difficulté
scolaire, prendre en compte l'hétérogénéité
des élèves dans la transmission des savoirs et exercer
l'autorité.
Favoriser la
stabilité des équipes
Il est indispensable, dans l'éducation prioritaire plus qu'ailleurs,
de réaliser un travail inscrit dans la durée. Ceci
nécessite la constitution d'équipes pédagogiques
stables autour du projet d'établissement. Lorsqu'un
enseignant a consacré au moins cinq années au service
de la réussite des élèves de l'éducation
prioritaire, il est juste de tenir compte de son effort et de son
engagement pour la suite de sa carrière. C'est l'objet du
dispositif des " affectations à caractère prioritaire
justifiant une valorisation " (APV).
Mesure 13
A l'issue de cinq années passées en éducation
prioritaire, les enseignants bénéficieront d'une forte
priorité de mutation (qui leur permettra de gagner au moins
dix ans pour la satisfaction de leur vou de mutation).
Apporter le
soutien des corps d'inspection
Les corps d'inspection et les conseillers pédagogiques du
premier degré interviendront spécifiquement auprès
des jeunes professeurs au début de leur première année
d'enseignement pour les conseiller dans leur prise de fonction.
Mesure 14
Les inspections seront plus régulières dans les établissements
(tous les ans dans les collèges " ambition réussite
") afin que les enseignants puissent bénéficier
des conseils et du soutien pédagogique nécessaires
à la réalisation du projet de l'établissement.
Cette fréquence accrue offrira davantage d'opportunités
de bénéficier d'un avancement d'échelon au
grand choix, permettant ainsi de valoriser leur valeur professionnelle
et la qualité de leur investissement.
Mesure 15
Les corps d'inspection veilleront à ce que les professeurs
de l'éducation prioritaire bénéficient de séquences
de formation continue. Les demandes de formation continue présentées
par les équipes pédagogiques des écoles et
des établissements de l'éducation prioritaire seront
inscrites en priorité dans
les plans académiques et départementaux de formation.
G. Piloter le
dispositif et l'évaluer
Restaurer un vrai pilotage national de l'éducation prioritaire
Ce pilotage doit porter sur la définition de l'objet de l'éducation
prioritaire et sur les protocoles et outils pédagogiques
et didactiques nécessaires ; il doit autoriser une plus grande
autonomie des responsables
locaux dans le choix des moyens et des profils nécessaires
à la mise en ouvre de cette politique.
Mesure 16
Pour piloter
cette politique, un délégué ministériel
à l'enseignement prioritaire sera nommé aux côtés
du directeur de l'enseignement scolaire. Il pourra être assisté
par un observatoire national de la réussite en éducation
prioritaire.
Le délégué ministériel sera l'animateur
du dispositif, l'interlocuteur des autres ministères et notamment
de l'Agence nationale pour l'égalité des chances ;
il s'appuiera sur les compétences de la direction de l'enseignement
scolaire et pourra faire appel, en tant que de besoin, à
l'expertise des autres directions du ministère.
Mesure 17
Il devra proposer
au ministre l'évolution de la liste des établissements
concernés par l'éducation prioritaire selon les règles
définies nationalement. Les inspections générales
ont à cet effet proposé le schéma
suivant :
réorganiser la carte de l'éducation prioritaire à
partir de critères objectifs, arrêtés au plan
national, prenant en compte des éléments sociaux économiques
extérieurs à l'Education nationale (appartenance à
une ZUS, absence totale de mixité sociale, niveau de chômage,
degré de violence ...). Cette hypothèse permettrait
de fondre dans le dispositif de l'éducation prioritaire les
classifications " établissement sensible " ou en
" zone violence " lorsqu'elles s'en distinguent encore.
L'Observatoire des zones
urbaines sensibles sera consulté à ce sujet.
Proposer une distinction entre trois niveaux parmi les dispositifs
de l'éducation prioritaire (EP) actuels :
Un niveau EP1 Il correspondrait aux collèges " ambition
réussite " et aux écoles de leur
secteur (grande concentration de difficultés sociales et
scolaires).
Un niveau EP2. Zone urbaine mais moins sensible, qui comporte plus
de mixité sociale : les établissements continueraient
de recevoir les moyens actuels.
Un niveau EP3. ZEP/REP qui ont vocation à sortir en trois
ans du dispositif de l'éducation
prioritaire (les personnels actuellement en fonction conserveront
les indemnités liées à l'éducation prioritaire
tant qu'ils sont en poste dans ces établissements et durant
trois ans maximum).
Conforter le
pilotage local
Mesure 18
Le pilotage local sera renforcé notamment dans les dix académies
qui regroupent
le plus grand nombre d'établissements prioritaires. Un inspecteur
pédagogique régional sera spécialisé
dans l'éducation prioritaire : il aura pour mission, sous
l'autorité du recteur, d'accompagner le projet
pédagogique des établissements, de les aider à
formaliser la contractualisation et de les évaluer.
|