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Etat d'urgence
Réagir à la " farce tragique " ...
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ETAT D'URGENCE

Tome 6


Essayer d'aborder la question des banlieues dans sa complexité.

Dénouer les fils de l'action (ou de l'inaction) gouvernementale, la pièce de théâtre que l'on nous joue étant mise en scène essentiellement en fonction de 2007.

Dénoncer l'attitude du parti socialiste, au lourd passif (limites de sa politique de la ville, absence d'une véritable politique de gauche et surenchère sécuritaire), à l'abandon à la fatalité et aux objectifs tout autant politiciens.

Mais surtout tenter de comprendre le malaise des banlieues et de ses jeunes, que nous accompagnons dans nos classes en éduquant au vivre ensemble, tout en essayant de donner du sens aux apprentissages. Pour cela, l'avis de sociologues, de journalistes et de quelques politiques éclairés est fort utile.

Agir ? Réagir d'abord à la " farce tragique " au côté des associations, syndicats et partis. Nous exprimer nombreux avec l'éclairage de notre spécificité d'enseignants.

Communiquer pour aider les citoyens (dont nous faisons partie) à analyser la situation et à se situer politiquement sans sombrer dans les dangereuses simplifications sécuritaires ni dans les réductions faciles de certains courants d'extrême gauche.

Et continuer notre tâche sur le long terme en sachant que l'école ne pourra pas changer les choses à elle toute seule, mais que sans elle il n'y aura pas non plus de lendemains qui chantent.


Sommaire


REVUE DE PRESSE

  • Muhittin, rescapé de Clichy, donne sa version
  • "Ce que vous avez vu, on le vit depuis des années"
  • Prévention de la délinquance : Sarkozy refait tout sauf la police
  • A Emerainville, le maire UMP invente la "décohabitation"
  • Pour Lutte ouvrière, la révolte des banlieues était "stérile"
  • PS : les sénateurs plus rebelles que les députés
  • Monsieur le Président, ils vous ont fait une lettre
  • Une formation en fac torpillée parce que trop colorée?
  • Pour Robien, fini de "tergiverser" sur la présence policière à l'école
  • La FSU critique les propositions de Gilles de Robien
  • Police au lycée: une idée fixe qui lasse
  • Cas d'écoles
  • Robien décidé à chouchouter 250 collèges de ZEP
  • Accueil mitigé pour les syndicats
  • Il est grand temps de changer l'école

COMMUNIQUES

  • Appel pour une amnistie des révoltés de novembre
  • Qu'on soit d'accord ou pas avec elle, cette démarche a le mérite d'ouvrir le débat …
  • FCPE

TEMOIGNAGES ET REACTIONS

  • Proposition d'action en cours : réagir sans attendre aux annonces de de Robien
  • Invitation à contributions : La politique de cohésion des villes
  • Sarko versus Kassovitz

RELANCER L'EDUCATION PRIORITAIRE

  • Extrait du discours de Gilles de Robien du 13-12-05
  • Relancer l'Education prioritaire
  • Les nouvelles propositions de Gilles de Robien
  • 200 collèges " ambition réussite "


 

REVUE DE PRESSE

Muhittin, rescapé de Clichy, donne sa version

Sorti de l'hôpital, il confirme avoir été poursuivi par la police.
Jacky DURAND
Libération, vendredi 16 décembre 2005


Ses copains avaient accroché une grande banderole colorée au pied de son immeuble: "Bienvenue à Muhittin." Muhittin Altun, 17 ans, a retrouvé les siens, hier après-midi, dans le quartier du Chêne-Pointu à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis).

Grièvement électrocuté le 27 octobre dans le transformateur électrique où Zyed Benna et Bouna Traore ont trouvé la mort, l'adolescent a quitté hier l'hôpital. "Il est fou de joie à l'idée de rentrer enfin chez lui", a indiqué son avocat. "On n'a rien prévu de particulier pour son retour. On souhaite lui faire un accueil intime, en famille", indiquait hier un membre de l'association Au-delà des mots (ADM), créée après les émeutes . Dans un entretien au Parisien hier, Muhittin a maintenu avoir été poursuivi par la police le 27 octobre. Il affirme être allé jouer au football à Livry-Gargan (Seine-Saint-Denis) avec Zyed et Bouna. "Au retour, dit-il, j'ai vu Bouna courir et crier derrière nous. Il nous a dit : "Courez, courez, les policiers sont en train de nous courser!" Zyed lui a demandé : "Mais qu'est-ce qui se passe?" Bouna a répondu : "Ils ont attrapé David, et ils nous coursent !" Alors on s'est tous mis à courir." Quand ils ont entendu les sirènes de police se rapprocher, les trois garçons sont allés se cacher dans le site EDF. "On est resté là environ trente minutes. Je voulais sortir, rentrer chez moi, après tout, on n'avait rien fait ! Mais on entendait des voix, des aboiements de chiens. Et puis l'électricité nous a atteints. Mes copains ont été projetés à gauche, moi à droite. J'ai vu mes habits en train de brûler, comme dans un rêve." Cette version des faits, avancée par Muhittin dès le 10 novembre devant un juge d'instruction de Bobigny, contredit les affirmations du ministre de l'Intérieur et de la police. Le 28 octobre,celui-ci avait affirmé que "la police ne poursuivait pas physiquement" les victimes. Le 29 octobre, le procureur de la République de Bobigny avait indiqué que les trois jeunes s'étaient "crus poursuivis" par des policiers "alors qu'ils ne l'étaient pas".



"Ce que vous avez vu, on le vit depuis des années"

Paroles de policiers confrontés pendant trois semaines aux émeutes.
Jacky DURAND
Libération, mercredi 07 décembre 2005

Un petit Noël mais pas de nouvel an. Nicolas Sarkozy a confirmé, le 1er décembre, devant le congrès de Synergie (deuxième syndicat d'officiers), l'attribution d'une prime de 300 euros à "22 000 agents de la police nationale les plus impliqués dans les opérations liées aux violences urbaines". Mais les congés de fin d'année seront réduits au minimum réglementaire. Pas plus de 25 % des effectifs de la police nationale ne seront en repos pour la Saint-Sylvestre. "Mais ça fait déjà quelques années qu'on est tous sur le pont pour le coup de chaud du nouvel an", explique un syndicaliste.
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Des officiers de police débordés

La fin de cette année revêt toutefois une importance particulière après les trois semaines d'émeutes entre la fin octobre et novembre. "On est très inquiets pour cette Saint-Sylvestre, concède un vieux routier de la Seine-Saint-Denis, où 75 voitures ont brûlé lors du nouvel an 2004. Il n'y a pas de raison que ça ne recommence pas."

Signes avant-coureurs

Les 10 000 voitures brûlées sur l'ensemble du territoire n'ont pas fini de faire gamberger dans les rangs de la police, où l'on décrit ce mois de novembre comme un épisode emblématique de l'évolution des violences urbaines. Un haut fonctionnaire analyse : "L'ampleur nous a surpris, c'était inédit. Mais on avait déjà été alerté sur une ambiance tendue en banlieue. Notre analyse était fondée sur plusieurs éléments, dont la nuit du 13 juillet 2005 où une centaine de voitures avaient été incendiées en Seine-Saint-Denis. On était passé au stade de la guérilla urbaine avec des gens coordonnés et mobiles. Ils jouaient avec les CRS, les piégeaient. On avait même vu une voiture balancée dans l'escalier du RER. Cependant, le mois de novembre restera un événement considérable en termes d'étendue, de simultanéité. Il y a un avant et un après- novembre 2005."

Philippe (1) est gardien de la paix depuis cinq ans en Seine-Saint-Denis. Quand il a appris la mort des deux jeunes à Clichy-sous-Bois, le 27 octobre, il s'attendait à "une réponse des jeunes. Mais pas à un tel mouvement". Un officier confirme : "On est sorti du scénario classique. Quand il arrivait quelque chose de grave à un môme, d'habitude, on se tapait deux nuits de violences, après, ça se tassait." Quand il a sillonné les rues de La Courneuve, d'Aubervilliers et de Saint-Denis, Philippe a été impressionné par le chassé-croisé entre les jeunes, la police et les caméras de télévision, et parle de "concours" : "Si le voisin brûlait 30 voitures dans son quartier, alors il fallait faire mieux que lui et en brûler 40 ici. Tout à coup, les gamins ont eu le sentiment de se retrouver sous les feux de la rampe alors qu'ils avaient la conviction d'être les oubliés des médias. On s'est mis, du jour au lendemain, à parler d'eux alors qu'avant ils pensaient qu'on n'évoquait la banlieue que lorsqu'une barre s'écroulait. Durant ces semaines d'émeutes, tous les jeunes étaient devant la télé pour voir quels quartiers passaient au JT."

Dans cette configuration de surenchère avancée par les policiers, Eric, quinze ans de sécurité publique dans le Val-d'Oise, a vu s'échauffer les cités "habituelles" avec "des jeunes qui cherchaient l'affrontement. Ils connaissent nos limites en matériel et en effectifs pour les repousser. Ils savent que l'effet du flash-ball est limité au-delà de dix mètres et que l'on peut s'en protéger en mettant deux, trois blousons". Cependant, l'officier a également constaté que "dans des cités qui n'étaient pas habituées à ce genre d'événement, des patrouilles se sont retrouvées piégées dans le noir avec des voitures qui brûlaient. Sur l'ensemble des jeunes interpellés, une minorité était connue. La majorité s'est agrégée sur cette minorité qui a distillé son savoir-faire en matière d'émeutes".

Conscience commune

Les témoignages des policiers recueillis par Libération démentent toutes les tentatives politiques, dont celle de Nicolas Sarkozy, pour lier ces violences à une forme d'organisation : "Il n'y a pas eu d'organisation mais ces jeunes ont ressenti qu'ils appartenaient tous à la même condition défavorisée, dit un ponte du renseignement. Un si grand nombre de cités ne s'embrasent pas comme ça sans une conscience commune, avec, pour moteur, le chômage et la discrimination. Il y a des ferments de révolte." Pierre, quinze ans chez les CRS, précise : "On ne peut pas parler d'organisation générale mais, dans certains endroits, il y a eu des gens qui préparaient les cocktails Molotov alors que dans d'autres lieux, des jeunes étaient encadrés par des grands frères."

Pierre et Philippe n'ont connu d'affrontements que dans les nuits qui ont suivi les morts de Clichy-sous-Bois : "On a vécu deux soirées de bagarres dans le 93, sinon il n'y a pas eu de contact ; les gens brûlaient les voitures et s'enfuyaient", dit l'officier de CRS qui porte le regard le plus véhément sur la crise des banlieues : "Ce que vous avez vu, c'est ce que l'on vit depuis des années ! Un week-end, c'est 300 bagnoles qui brûlent. Simplement, les préfets, les directeurs de la sécurité publique ne veulent pas en parler. Il y a une omerta. A part l'usage des armes à feu à Grigny et à La Courneuve, la situation n'a pas été plus violente que d'habitude. La grosse différence, c'est qu'en novembre les émeutes se sont généralisées sur tout le territoire."

Deux ou trois rues

Un autre policier en Seine-Saint-Denis parle d'"harcèlement" plutôt que d'"affrontements" : "Une fois la tribune médiatique obtenue , les émeutiers n'avaient plus intérêt à l'affrontement. En fait, les émeutes, ça ne touchait que deux ou trois rues dans chaque commune." Toutefois, Claude capitaine en Seine-et-Marne, estime avoir été confronté au cours de la crise des banlieues "à une situation plus virulente, avec des gens plus déterminés que d'habitude" dans son département.

Si la violence n'est pas l'élément le plus saillant dans le récit des policiers, ils insistent davantage sur les dommages causés aux bâtiments publics, notamment ceux à usage collectif. "On n'a jamais vu autant d'édifices incendiés", constate un responsable policier du 93. "On s'attaque maintenant aux écoles alors qu'avant on ne s'en prenait qu'aux bleus (les policiers)", dit Pierre. Selon le ministère de l'Intérieur, 233 bâtiments publics et 74 bâtiments privés ont été incendiés ou vandalisés dans 300 communes.

Trois semaines après les dernières nuits d'émeutes, les policiers s'estiment plutôt confortés dans leurs missions par les réactions de la population : "Ces événements ont réduit le décalage entre l'opinion et nous, policiers, affirme Claude pour qui, il faudrait donner aux jeunes des banlieues une raison d'espérer, quelque chose de palpable à atteindre." Mais ajoute-t-il, "il faut aussi que l'on comprenne que celui qui casse doit être aidé mais également sanctionné". Pierre dit : "Ce qui a changé, c'est le regard des gens sur nous. On a senti une adhésion, une demande de sécurité dans les banlieues, les gens ont peur."

Dépôt de bilan

L'analyse développée par un autre officier en Essonne ébauche, en revanche, une ligne de fracture entre les cités et le reste du territoire : "Les gens qui n'habitent pas dans les banlieues nous soutiennent. Ceux qui habitent les cités ont peur face aux violences ou sont indifférents face à notre action. La plupart des personnes qui ont vu leurs véhicules dégradés ont peur de déposer plainte." Pour un autre fonctionnaire : "Plus que jamais la police est un fusible, une forme d'exutoire face à des jeunes désoeuvrés, en rupture familiale. On fait les frais d'une absence de politique en banlieue. Si l'on se souvient que Chirac parlait de réduire la fracture sociale lors de sa campagne électorale de 1995, aujourd'hui, il frise le dépôt de bilan."

(1) A leur demande, les policiers sont désignés par des prénoms d'emprunt.

(Lire aussi sur liberation.fr le blog de Zineddine et Ouardi, entrepreneurs à Aulnay.)



Prévention de la délinquance : Sarkozy refait tout sauf la police

Son projet de loi prévoit de réformer la justice, l'éducation, le logement, la santé... Mais aucun question-nement sur ses propres troupes.
Jacqueline COIGNARD
Libération, vendredi 16 décembre 2005

Un maire tout puissant, des miniprocureurs, une police intouchable, le retour de la loi "anticasseurs", l'appel à la délation... Voilà l'esprit du projet de loi sur la prévention de la délinquance que Nicolas Sarkozy s'apprête à dégainer.

Retravaillé une énième fois (onzième rédaction environ depuis 2003), le texte, mitonné en petit comité, devrait sortir incessamment des tiroirs du ministère de l'Intérieur. Après les émeutes de novembre dans les banlieues, les rédacteurs ont ajouté un court chapitre intitulé : "La réponse pénale aux violences urbaines". Pas l'ombre d'un questionnement sur les rapports entre les institutions - notamment la police - et les habitants des banlieues. Plutôt un plaidoyer justifiant une renaissance de la loi anticasseurs de 1970 (1). Les "événements récents (...) ont permis de mesurer une fois de plus les limites du principe juridique de la personnalisation de la responsabilité pénale", indique le texte. "L'individu n'est responsable pénalement que de ses propres actes et les enquêteurs devront apporter la preuve des éléments constitutifs de chaque infraction commise, et notamment l'élément matériel", regrettent les rédacteurs. D'où l'idée de "disposer d'outils législatifs" permettant "d'incriminer les instigateurs, les meneurs, mais aussi chacun des participants au regroupement, cause de troubles graves à l'ordre républicain, la responsabilité pénale personnelle découlant de la participation individuelle et volontaire au groupe fauteur de troubles".

Dans tout le reste du texte, on cherche en vain des mesures qui pourraient concerner les troupes du ministère de l'Intérieur. En revanche, celles de tous les autres ministères sont impliquées. Le projet prévoit de réformer la justice, l'éducation nationale, le logement, la famille, la santé... Les auteurs n'hésitent pas à agréger des mesures préconisées dans divers rapports remis à tel ou tel ministère, ou à réclamer... des dispositifs qui existent déjà (il réinvente les centres éducatifs fermés et les jugements à délai rapproché, pour les mineurs notamment). Résultat, cet ensemble hétéroclite ressemble davantage à un programme du patron de l'UMP en campagne pour 2007 qu'à une ébauche de projet de loi du ministre de l'Intérieur.

Antienne. Alors qu'il déborde largement sur le champ social, le texte réaffirme pourtant, au fil de ses métamorphoses, une critique de "la culture de l'excuse sociale et économique" pour insister au contraire sur "l'intégration des normes" et "la perception des interdits". En préambule, on retrouve toujours la même antienne : "Cette confusion constatée entre prévention et politique sociale est à l'origine du développement d'une culture de l'excuse sociale ou économique au comportement du délinquant, qui conduit souvent les professionnels, dont la générosité n'est pas à mettre en doute, à des formes de découragement."

Le maire reste aussi le personnage clé, d'une rédaction à l'autre. Lors du premier passage de Sarkozy à l'Intérieur, c'était déjà le leitmotiv : il faut un pilote dans l'avion de la prévention et ça ne peut être que le maire. Cette fois, il n'est plus classé dans les "élus", mais dans les "professionnels" de la prévention de la délinquance. Est toujours question dans ce projet du très contesté "partage de l'information" sur les personnes qui bénéficient de mesures sociales ou qui ont maille à partir avec la justice. "Les actions menées en direction de personnes susceptibles d'être victimes ou auteurs d'infractions se trouvent aujourd'hui largement entravées par des difficultés de coordination entre les multiples professions appelées à intervenir", martèle le texte.

En mars 2004, cette idée avait fait descendre dans la rue les représentants de ces diverses professions : médecins des centres de protection maternelle et infantile (PMI), infirmières scolaires, assistantes sociales, éducateurs spécialisés, magistrats... Ils manifestaient leur volonté de refuser cette culture de la délation, en foulant au pied leur déontologie professionnelle. Et soulignaient les dangers de cette politique de stigmatisation des personnes en difficulté, désignées comme une charge, et rangées dans la catégorie de délinquants potentiels n'ayant pas droit au respect de leur vie privée.

Le texte prétend éviter l'écueil en affirmant : "les acteurs concernés ne seront habilités à se communiquer entre eux que les renseignements nécessaires à l'accomplissement de leurs missions, c'est-à-dire dans l'intérêt de la personne qui en bénéficie". Et le maire ne serait plus le centralisateur direct de toutes ces informations. Un personnage intermédiaire servirait de tampon : le coordinateur responsable du partage de l'information. Lequel serait nommé par... le maire.

Tapage. Autre innovation majeure : dans le cadre de la lutte contre les "incivilités", le délégué du procureur (généralement un ancien policier désigné par le parquet) pourrait s'autosaisir de certaines infractions (les contraventions de quatrième classe comme les troubles de voisinage, tapages, menaces, insultes, violences légères...), sans attendre d'en être chargé par le procureur. Et le maire pourrait également saisir le délégué du procureur dans le même genre de cas. Même si le dispositif est limité à des infractions légères, il constituerait une rupture importante. Jusque-là, le maire n'a aucun pouvoir d'injonction sur les services de l'Etat (police, justice, éducation nationale). Cette capacité de saisir le délégué du procureur lui donnerait une prise sur les services du parquet. Dans sa maison de la justice et du droit, le délégué deviendrait ainsi un mini-procureur susceptible d'infliger directement des rappels à la loi, des mesures de réparation ou de médiations pénales. "Il s'agit, lorsque les mécanismes naturels de régulation sociale sont défaillants, de permettre la prise de conscience, par l'auteur d'une incivilité, de sa faute et de l'existence d'une réponse sociale moralement ou matériellement significative", indique le texte.
(1) Cette loi, votée en 1970, édictait une responsabilité collective lors de manifestations et a été abrogée en 1981.


A Emerainville, le maire UMP invente la "décohabitation"

Il dit lutter contre "la polygamie" avec des relogements loin de sa commune.

Marc PIVOIS
Libération, lundi 19 décembre 2005

Emerainville est une petite commune de quelque 7000 habitants en Seine-et-Marne. Coquette, enchâssée dans des forêts, à taille humaine. Voilà pour les apparences. Mais, sous les vertes frondaisons, règne une ambiance moins bucolique. La révolte gronde. D'abord du côté du personnel communal. Les procès d'employés de la ville contre le maire UMP, Alain Kelyor, se multiplient. Une partie de la population commence aussi à relever la tête. Notamment les habitants du quartier du Clos d'Emery, dont la majorité est d'ascendance malienne. Le 10 décembre, une marche silencieuse à travers la ville a réuni quelque 200 personnes. Contre le racisme et l'ostracisme. Le maire avait refusé d'autoriser la manifestation. Elle a tout de même eu lieu, et il était l'un des premiers visés.

"Le Bronx". Alain Kelyor a été élu en 1995. L'un de ses thèmes de campagne : restaurer l'image du Clos d'Emery. En clair, chasser les Africains qui s'y sont installés. Le "Petit Bamako", comme le nomment eux-mêmes les habitants, alors que le maire préfère dire "le Bronx", est un quartier d'immeubles de deux à trois étages, en copropriété. En 1985, l'immobilier connaissait une crise. Rien ne se vendait. Le quartier, pas encore desservi par la ligne E du RER, était perdu au diable Vauvert. Un ouvrier de la Ville de Paris, qui venait de faire venir sa femme et ses enfants du Mali, cherchait un logement à acheter, pas cher. Il a fait affaire avec l'agent chargé de solder l'invendable Clos d'Emery, qui lui a proposé un deal : faites venir vos collègues et je vous donnerai une petite commission. En quelques années, une trentaine de familles maliennes et sénégalaises avaient acheté des appartements le long de la "rue des Belles Histoires".

Durant son premier mandat, Kelyor s'emploie surtout à remettre au pas les services communaux. La gauche a longtemps géré la ville, et les employés sont plutôt rétifs à la nouvelle équipe. Pour le seconder, il fait venir des directeurs de services à poigne. Le premier, après quelques années, devra partir, accusé d'avoir piqué dans la caisse. La seconde, toujours en activité, a elle aussi connu les foudres de la justice dans un ancien poste, en Bourgogne. "La secrétaire de la mairie d'Avallon jonglait avec les comptes", relatait alors l'Yonne républicaine. Geneviève Talbordet a été condamnée à six mois de prison avec sursis pour détournement de fonds, travail clandestin, caisse noire... C'est elle qui dirige d'une main de fer les services municipaux. Le maire affirme n'avoir que "trois procès en cours pour des contestations de note". En réalité, près d'une dizaine de procédures initiées par des agents, à titre individuel ou collectif, sont en marche. "Le maire et ses proches sont des spécialistes du harcèlement moral : notes baissées sans motivation, mutations vexatoires... Il suffit d'être vu en train de discuter avec un opposant au maire pour subir les foudres", assure un employé.

Mais c'est surtout au Clos d'Emery que le maire multiplie les initiatives. Pour "nettoyer" le quartier, tout est bon. Les pressions, d'abord. Avec, comme cheval de bataille, la lutte contre la polygamie. "Si vous êtes Africain et polygame, vous pouvez à loisir pratiquer cette forme d'union pourtant interdite dans notre pays, et obtenir tous les avantages sociaux correspondants", écrit Kelyor dans sa Lettre du maire de septembre. Puis : "Il est plus facile d'expulser Monsieur DUPONT-DURANT, sa femme et ses deux gosses, qu'une famille avec trois femmes et vingt enfants sous la protection de toutes les associations caritatives".

Concept maison. Alain Kelyor ne se contente pas de dénoncer. Il agit, fort d'un concept maison : la "décohabitation". Il s'agit de convaincre l'une des épouses de quitter le cercle familial. "Elles n'ont qu'une envie, c'est de partir, déclare Alain Kelyor à Libération. La polygamie, c'est très chouette en Afrique, mais ici, elles se retrouvent à trois bonnes femmes et vingt gosses dans un trois pièces, c'est beaucoup moins drôle..." Par le truchement de l'Association pour le développement local et de la prévention (ADLP), présidée par Kelyor, la ville rachète des appartements en dehors de sa commune. Si possible, loin, très loin. "On ne peut pas les reloger à Emerainville, on n'a plus de logements sociaux disponibles", assure Kelyor. Ainsi, une femme a été "relogée" avec ses enfants dans un appartement à 40 kilomètres. Le maire s'occupe aussi plus classiquement du quartier : "Je l'ai désenclavé en ouvrant une impasse sur le reste de la ville." En fait, il a ouvert à la circulation une allée sur laquelle donnent directement les maisons, sans trottoirs. "Nos gosses ont l'habitude d'y jouer. Les soirs d'été, tout le monde est là. Maintenant, il y a des voitures qui passent à toute vitesse. Il veut tuer nos gosses, ma parole !" dit une mère de famille.

Club coquin. "Aux cantonales, il y avait un candidat FN dans tous les cantons, sauf dans un, Emerainville", lance l'élu PS Jean-Francis Dauriac. Pourtant, l'élu se défend d'être raciste. "Il nous a proposé de nous allouer une salle de prière avec des horaires élargis, à condition qu'on signe un papier pour dire qu'il n'est pas raciste", raconte Makan Camara, porte-parole officieux de la communauté. Sur un mode plus léger, le maire fait aussi jaser, puisque la "Roylek" (anagramme de Kelyor), société civile immobilière qu'il détient avec son épouse, est récemment passée entre les mains d'un de ses proches, Daniel Podevyn, et de sa société, Le 5 et Plus, un club coquin d'Emerainville.


Pour Lutte ouvrière, la révolte des banlieues était "stérile"

Elle serait le fait de "jeunes gens désorientés" dépourvus d'idées politiques.

Christophe FORCARI
Libération, vendredi 16 décembre 2005

La révolte des banlieues ? Du "hooliganisme" pour Lutte ouvrière. Même si le parti d'Arlette Laguiller se garde de coucher le terme noir sur blanc, c'est, en tout cas, le sentiment de la direction du groupuscule. Pour les révolutionnaires purs et durs de LO, le fait de brûler la voiture du prolétaire voisin traduit, à tout le moins, un manque flagrant de conscience de classe. Les dirigeants de la formation trotskiste jugent "stériles" les émeutes dans les quartiers pauvres provoqués par des "jeunes désorientés".

Embryon de révolte. Une analyse des événements fortement discutée lors du dernier congrès de l'organisation trotskiste, il y a trois semaines à Paris. Pour la fraction minoritaire, autorisée depuis 1996, ces événements expriment la révolte, certes aveugle, d'une partie de la jeunesse ouvrière et prolétaire, pas seulement immigrée. Un véritable embryon de révolte, même si elle bouscule les grilles de lecture traditionnelle de la direction du parti. Les minoritaires de LO reprochent également à la direction d'avoir calé leurs positions sur celles des autres partis à la gauche de la gauche, et notamment de la LCR, en se contentant de pointer les responsabilités gouvernementales.

C'est "niet". Dans le texte final approuvé par la majorité des délégués, les majoritaires de LO accusent le gouvernement, responsable par sa politique, du déclenchement de ces manifestations de "jeunes asociaux". "Nous ne reprenons pas ces termes à notre compte, c'est une citation du gouvernement", se défend Michel Rodinson, membre de la direction de LO, qui regrette "la façon dont ces jeunes ont exprimé une révolte qui ne se donnait aucun but politique, ni social". Une citation que, pourtant, les responsables de LO, au fil de leur analyse, semblent faire leur. Dans l'organe de réflexion mensuel du parti Lutte de classe de novembre, ils fustigent des manifestants qui "ont cherché à démolir le peu qui, dans les quartiers pauvres, représente une certaine vie sociale". Et dénoncent "certains gauchistes qui présentent ce qu'ils appellent le radicalisme des jeunes de banlieue comme un exemple à suivre pour les travailleurs. C'est passablement stupide. La violence aveugle n'est en rien un signe de radicalisation. C'est le signe d'une désorientation profonde, la marque de l'inconscience". Des émeutiers en bleus de chauffe passent encore, mais chaussés de Nike, en survêtement et casquette, là, c'est "niet" pour les révolutionnaires.

Contre l'état d'urgence. L'appréciation de LO sur ces événements rejoint en partie l'analyse qu'en fait la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) d'Alain Krivine et Olivier Besancenot. La formation trotskiste rivale de celle d'Arlette Laguiller déplore également que ce mouvement "se soit fait sans plate-forme unifiante, sans revendications et sans débouchés politiques". "Mais c'est une authentique révolte populaire des exclus du libéralisme", ajoute toutefois Christian Picquet, membre de la direction de la LCR, pour qui "la qualifier de mouvement d'asociaux revient à passer totalement à côté de la plaque". "C'est vrai qu'on a du mal à appréhender le mouvement", reconnaît un autre responsable de la Ligue qui s'est contentée de manifester à deux reprises contre l'instauration de l'état d'urgence. "Nous n'avons pas réussi à mobiliser comme nous le souhaitions", avoue Alain Krivine. Les deux organisations d'extrême gauche peinent à appréhender cette révolte des jeunes, et plus encore à lui donner des débouchés politiques.

PS : les sénateurs plus rebelles que les députés

Ils voteront contre le projet de loi antiterroriste de Sarkozy à la différence de leurs collègues.
Didier HASSOUX
Libération, jeudi 15 décembre 2005


Les sénateurs perdent en sagesse. Singulièrement ceux qui siègent sur les bancs socialistes. Ils s'apprêtent à voter aujourd'hui contre le projet de loi antiterroriste de Nicolas Sarkozy. Leurs collègues députés, eux, avaient choisi, selon la formule de leur président, Jean-Marc Ayrault, une "abstention constructive et responsable". Cette différence d'appréciation entre parlementaires issus du même parti illustre, une nouvelle fois, l'embarras du PS lorsqu'il est question de sécurité. Ses dirigeants courent en permanence après un "équilibre entre les besoins de sécurité et les exigences de liberté".

La décision de voter contre le projet de loi a été formellement acquise mardi lors de la rencontre hebdomadaire du groupe PS du palais du Luxembourg. Mais le débat à huis clos de la semaine passée ne laissait guère de doutes. Certains sénateurs, comme Michel Charasse, ont certes plaidé pour l'abstention. De même, le président du groupe, Jean-Pierre Bel, soucieux de "l'harmonie entre les deux groupes parlementaires". Mais une très grande majorité de sénateurs conteste l'"utilité" et l'"efficacité" du projet de loi. Et non des moindres : Catherine Tasca, Robert Badinter, Louis Mermaz, Jean-Pierre Sueur, Jean-Luc Mélenchon, etc. Ils dénoncent un texte "d'affichage", destiné à faire la promotion de son auteur en vue des échéances électorales. Badinter, ancien garde des Sceaux, a ainsi souhaité que la loi soit "toujours irréprochable au regard des libertés fondamentales". Ancienne ministre de Lionel Jospin, Catherine Tasca a reproché à Sarkozy de pratiquer "un amalgame entre la délinquance, l'immigration et le terrorisme. C'est tout à fait inacceptable !".

D'accord sur le fond, mais soucieux de l'unité du parti, Pierre Mauroy a tout de même rappelé la position du groupe PS à l'Assemblée. Mélenchon lui a rétorqué : "Nous ne sommes pas obligés de voter la même bêtise !"

Restait alors à Jean-Pierre Bel à en référer à François Hollande. Il l'a fait discrètement, mardi, en marge du bureau national. Le patron du PS n'a pu qu'entériner. Et à travailler à l'élaboration d'une position commune des parlementaires socialistes pour la deuxième lecture du projet de loi.



Monsieur le Président, ils vous ont fait une lettre

Des élèves d'un lycée professionnel disent leur frustration sur leur orientation.

Marie-Joëlle GROS
Libération, vendredi 16 décembre 2005

C'est une lettre adressée à Chirac, datée du 10 novembre : "Monsieur le président de la République, nous sommes des élèves du lycée professionnel Valmy, de Colombes [Hauts-de-Seine], en terminale bioservices. Nous vous écrivons pour vous expliquer ce qui se passe dans notre pays, la façon dont nous voyons les choses et comment nous les vivons." Depuis plusieurs jours, des voitures, des gymnases et des écoles brûlent en banlieue. Dans les couloirs du lycée, les élèves ne parlent que de ça. Mais, en classe, silence. Pendant un cours d'éducation civique, un enseignant décide d'ouvrir les vannes. Sa première question est prudente : "Qu'est-ce qui se passe en France ?" Les mots des élèves explosent. Une fille propose : "Et si on écrivait une lettre à Chirac..." C'était deux jours avant son intervention télévisée. "Le Président, il boit son café sur les Champs-Elysées, il ne voit pas ce qui se passe..."
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Appel pour les "condamnés de novembre"

"Les gens te poussent à aller dans la merde"

Régis Signarbieux, professeur de lettres et d'histoire-géographie, s'est installé au tableau : "Il a juste mis les points et les virgules", précise Arlette, lycéenne. Ces jeunes ont entre 16 et 17 ans et vivent tous en cité, à Nanterre (Hauts-de-Seine), Saint-Ouen-l'Aumône (Val-d'Oise), Villeneuve-la-Garenne (Hauts-de-Seine), Gennevilliers (Hauts-de-Seine)... Ils ont reçu les mots de Nicolas Sarkozy comme une gifle. Et écrivent au Président : "Selon nous, un ministre doit avoir un minimum de respect dans sa façon de parler et faire attention à ce qu'il dit. Il n'a pas à dire qu'il va nettoyer les cités au Kärcher et traiter les jeunes de racaille." Aziz explique : "On avait un poing sur le coeur. Mais on voulait dire aussi que brûler des voitures et des écoles, ça non. Même si on comprend pourquoi." Dans leur lettre, ils évoquent la façon dont on est considéré quand on vit en cité, et le regard posé sur les élèves des sections professionnelles. "Souvent, des jeunes agressent les personnes qu'ils aimeraient être, qui ont un bon travail, qui sont bien habillées", écrivent-ils.

Ils sont arrivés au lycée Valmy à la rentrée 2004. A reculons. Après des années chaotiques de collège. La plupart ont rapidement été orientés en Segpa (Section d'enseignement général et professionnel adapté) ou en classe d'insertion. Des structures pour élèves en grande difficulté. Arlette : "Les gens t'entraînent, te poussent à aller dans la merde. Quand tu vis dans une cité, c'est gâté. J'ai gâté mes rêves." Ses parents viennent de recevoir une lettre proposant d'orienter sa soeur, aujourd'hui en CM1, vers une classe de Segpa. "Je leur ai dit de répondre non, poursuit Arlette, d'origine sénégalaise. La Segpa, c'est une classe de débiles. C'est la honte."

Zora, orientée en Segpa en 6e, tempère : "Les profs cherchent des solutions pour les élèves qui ont des lacunes, mais c'est pas les bonnes. La Segpa, ça nous empêche de prendre les chemins qu'on veut en sortant." Au collège, aucun n'avait inscrit ce BEP (brevet d'enseignement professionnel) bioservices dans ses choix d'orientation. Le nom sonne bien, mais son contenu est plus rude. Il recouvre deux spécialités : "agent technique d'alimentation" et "maintenance et hygiène des locaux". Les jeunes résument : "Cuisine et ménage." Ces jours-ci, ils sont en stage, non rémunérés. Héléna, dans un hôpital : "On me fait nettoyer les joints d'ascenseur au Scotch Brite. C'est pas un stage !" Arlette persifle : "Une formation pour apprendre à faire le ménage, c'est inquiétant..." Difficile d'en tirer une fierté. Pour eux-mêmes, comme pour leurs parents qui connaissent déjà ces boulots-là. Marie-Odile se rêvait infirmière. Sa famille, guadeloupéenne, lui a fait comprendre que, si elle ratait ses études en France, il lui faudrait rentrer "au pays", "pour laisser la place à d'autres qui réussiront peut-être mieux".

"Il faut bien qu'on passe des diplômes"

Jusqu'aux premiers TP (travaux pratiques), ces élèves ignoraient en quoi consistait le BEP bioservices. "Quand j'ai réalisé que j'étais dans le ménage, j'ai voulu démissionner, raconte Candia, d'origine malienne. On m'a dit "tu changeras plus tard, tu feras une autre formation après". Mais "après", c'est jamais venu." Elle rêve de travailler auprès d'enfants. Tous se sont résignés : "Il faut bien qu'on passe des diplômes. Faut pas baisser les bras." André voulait être horticulteur ou sapeur-pompier, il se retrouve en cuisine. Comme Aziz, qui se verrait bien conducteur de métro. Le père de Kago travaille en cuisine : "C'est difficile d'en sortir." Elle voulait être infirmière au bloc opératoire. Arlette, dans le tourisme. L'enseignant explique la difficulté de faire cours à des élèves qui n'ont pas demandé à venir là. Il leur a proposé début décembre d'enregistrer une émission de radio, et de raconter cette orientation contrainte (2).

"C'est mieux que faire le ménage"

Pour lui, il est possible d'avancer pas à pas, comme Zora. Après la Segpa, Zora s'est retrouvée en CAP (certificat d'aptitude professionnelle) "agent technique de collectivité". Puis elle a arrêté l'école et a atterri chez McDo : "C'était pire." C'est la seule qui a postulé pour ce BEP bioservices. Ensuite, elle enchaînera par un bac pro hygiène et environnement puis, peut-être, sur un BTS (brevet de technicien supérieur) : "Encadrer des équipes, c'est mieux que faire le ménage." Pendant les stages, le lycée leur manque. La proposition de Villepin d'envoyer des jeunes de 14 ans en apprentissage les met hors d'eux : "En Afrique, il y a le travail des enfants, et tout le monde dit que c'est de la maltraitance. Et, là, c'est la troisième puissance mondiale qui propose ça !", tonne Marie-Odile.

Ils craignent que les violences des dernières semaines augmentent encore le racisme. "On a additionné les perturbateurs, mais en fait c'est une minorité qu'on montre en grand à la télé", déplore Aziz. Ils ont écrit à Chirac : "Le couvre-feu et l'expulsion des étrangers qui ont commis des violences n'arrangeront rien. De même pour les emprisonnements." Et lui promettent qu'ils iront voter en 2007. "Les hommes politiques nous jettent des fleurs pour qu'on vote pour eux. Ils font des grandes listes avec tout ce qu'ils jurent qu'ils vont faire. Et puis ils oublient", résume Kago. Pour l'instant, leur lettre est restée sans réponse.

(1) http://radio-clype.scola.ac-paris.fr/emission.php?eid=6


Après une guerre intestine à Villetaneuse, une note de l'inspection jette le trouble.
Une formation en fac torpillée parce que trop colorée?

Marie-Joëlle GROS
Libération, mardi 20 décembre 2005


C'est une guerre fétide comme l'université sait parfois en générer. Avec, au beau milieu, des étudiants totalement désorientés. Ils s'étaient inscrits en confiance à l'institut universitaire professionnalisé (IUP) Ville et Santé, rattaché à Paris XIII-Villetaneuse depuis 1994. Une formation diluée par la présidence de l'université en décembre 2004, au mépris des étudiants qui la fréquentaient. Une partie d'entre eux a déposé, le 12 décembre 2005, un recours devant le tribunal administratif pour contester le traitement qui leur a été réservé.

Mixage de compétences. Planté sur le campus de Bobigny, en Seine-Saint-Denis, l'IUP Ville et Santé a longtemps fourni une formation en accord avec les besoins du marché de l'emploi. 1 500 étudiants ont suivi le cursus, dont une partie en formation continue. Une fois diplômés, ces professionnels allaient encadrer des équipements de santé, en bénéficiant d'une formation à la fois médicale, managériale, financière... Une formation qui se voulait résolument transversale. Un diplômé de 2002, aujourd'hui au ministère de la Santé, témoigne : "Des inspecteurs des impôts venaient nous parler fiscalité. Des directeurs des ressources humaines nous livraient leurs expériences... C'était parfaitement en prise avec la réalité. Il y avait un grand mixage des compétences, on couvrait la totalité d'un domaine." Des querelles intestines expliqueraient selon lui la "destruction" de cette formation.

Les enseignants qui l'avaient mise au point sont particulièrement amers : "On a cassé une machine formidable, qui assurait un bon boulot à la sortie." Ils ont déposé un dossier devant le tribunal administratif.

De leur côté, les étudiants dénoncent l'éclatement de leur formation en cours de route et ses conséquences : des conditions d'examen non réglementaires, des relevés de notes fantasques, délivrés à retardement... En effet, à la faveur de la réforme LMD (Licence Mastère Doctorat) (1),le contenu de l'IUP a été éparpillé par la présidence entre l'UFR de médecine et celle de sciences éco. Malmenés au cours d'une année universitaire particulièrement chaotique, beaucoup d'étudiants ont raté leurs épreuves. "Je vais encore en cours, mais je ne sais pas comment l'année va se terminer, raconte une étudiante en licence. Je ressens un immense découragement. J'avais choisi cette formation parce qu'elle avait bonne réputation. Mais on l'a fait exploser en vol et elle n'a plus de sens."

Créé par un professeur de médecine, Pierre Cornillot, l'un des fondateurs de la faculté de médecine de Bobigny, l'IUP Ville et Santé amenait "des gens de milieux fragiles à une réussite sociale", explique-t-il. Aujourd'hui, ce professeur de médecine en retraite est abasourdi : "Voir tout ce travail démoli, c'est complètement fou et choquant. Cela relève de la bêtise humaine." Alain Neuman, président de Villetaneuse, en a "plein le dos de cette histoire". Pour lui, l'IUP se caractérisait surtout par des "dysfonctionnements graves : des profs pas habilités à faire cours, des diplômes qui n'en n'étaient pas, des étudiants qui n'avaient pas le niveau requis... Je suis le garant de mon université et de son niveau scientifique." Il évoque des "voyous", des "magouilles", et lâche : "On n'inscrit pas des étudiants juste parce qu'ils sont marocains ! On n'inscrit pas n'importe qui !" Des arguments que l'Inspection générale semble avoir entendus.

Fautes de français. Appelée à la rescousse, celle-ci a rédigé en juin 2005 un rapport qui fait lourdement allusion à la nationalité des étudiants de l'IUP, "comme si l'équipe locale mettait en oeuvre un projet qui lui était propre. On remarquera particulièrement les recrutements marocains, algériens, tunisiens et comoriens". Et se moque des fautes de français relevées dans les tracts et pétitions des étudiants. Ces commentaires ont profondément choqué la direction de l'IUP. "L'Inspection générale se couvre de ridicule, tonne Pierre Cornillot. C'est indigne d'elle." Des enseignants, "médusés", osent à peine y croire : "Qu'on nous reproche des choses d'ordre professionnel, mais pas ça !" Nombre d'enseignants de l'IUP, intervenant professionnels, sont eux aussi d'origine étrangère : "Faut-il rappeler que la Seine-Saint-Denis est un département particulièrement coloré, celui qui compte le plus d'étrangers, soulignent les enseignants. En quoi le recrutement et la formation de ces publics posent problème ?"

Contactés, les deux inspecteurs qui ont rédigé ce rapport restent aux abonnés absents. Leur note, d'une quinzaine de pages, soulève d'autres arguments. Ainsi, pour justifier le démantèlement de l'IUP, l'inspection pointe son statut défini comme "expérimental" à sa création, en 1994. Or cela fait onze ans que cela dure... comme le relèvent les inspecteurs : "Les panneaux indicateurs de la ville de Bobigny portent tous la mention "IUP Ville et Santé"". Avant de botter en touche : "Nombre des clés de compréhension de ce conflit sont à chercher dans la complexité des relations interpersonnelles qui lient les acteurs depuis l'origine de l'IUP."

(1) Harmonisation européenne des diplômes, qui entre progressivement en application dans les universités.Société

Pour Robien, fini de "tergiverser" sur la présence policière à l'école

Après le drame d'Etampes, le ministre de l'éducation planche sur des permanences de policiers ou magistrats dans les établissements sensibles o L'auteur des coups de couteau a été déféré au Parquet qui a ouvert une information judiciaire pour tentative d'homicide o

par L. B. (avec agences)
LIBERATION.FR : lundi 19 décembre 2005 - 19:33


Des magistrats et des policiers pour permettre "aux profs, aux personnels, de pouvoir se confier". C'est l'idée sur laquelle planche actuellement le ministre de l'Education nationale, Gilles de Robien, avec son collègue de l'Intérieur. "Avec Nicolas Sarkozy et les partenaires sociaux, j'aimerais réfléchir à une permanence, une fois, deux fois, trois fois par semaine le cas échéant, de la justice ou de la police", dans les établissement sensibles, a-t-il indiqué lundi. Objectif: rassurer les professeurs, bien sûr, mais aussi permettre aux policiers de savoir ce qui se passe à l'intérieur de l'école: "Je crois qu'il ne faut pas tergiverser, on a trop longtemps tergiversé sur, par exemple, la présence de la police aux abords des établissements scolaires, à l'intérieur des établissements: l'Ecole est un lieu de la République qui doit assurer une sérénité pour l'enseignement. (Il est) très important que les forces de police et de justice soient au courant de menaces", a affirmé Gilles de Robien en référence à la jeune professeure d'arts plastiques gravement agressée vendredi dans un lycée d'enseignement professionnel d'Etampes et qui avait reçu des menaces (lire l'article).

Si elle ne s'était pas tourné vers la police, Karin Montet-Toutain, avait tiré la sonnette d'alarme avant d'être atteinte de trois coups de couteau. En signalant les menaces de viol et de meurtre à son encontre à sa hiérarchie mais aussi en prenant contact avec un avocat. Ce qui n'a pas empêché le ministre de botter en touche sur la question d'éventuels manquements de la hiérarchie de l'Education nationale en rappelant que ces menaces "émanaient d'une autre classe". "Son inspecteur pédagogique devait la rencontrer dans quelques jours, entre-temps, c'est dans une autre classe que l'incident s'est produit", a expliqué le ministre. Et d'ajouter: "Il ne faut pas que les enseignants hésitent à porter plainte, quelquefois ils hésitent en se disant: "Ça va faire pire que mieux"". L'avocat de Karin Montet-Toutain, Me Koffi Senah, a pour sa part déclaré qu'il étudiait la possibilité de mettre en cause la responsabilité de l'Etat, s'il s'avérait qu'elle avait alerté sa hiérarchie et que celle-ci avait "pêché par abstention".

Alors que Gilles de Robien veut manier répression et formation - "On peut avoir beaucoup de connaissances, les transmettre et ne pas forcément avoir suffisamment d'autorité dans des cas comme celui-là: je crois que ça s'apprend", a-t-il dit - le Parti socialiste a souligné la nécessité de renforcer l'encadrement dans les lycées. Et propose de réduire à 15 le nombre d'élèves par classe dans les ZEP.

Lundi après-midi, l'auteur de l'agression, Kevani Wansale, 18 ans, en garde à vue depuis samedi soir, a été déféré devant le parquet d'Evry qui a ouvert une information judiciaire pour tentative d'homicide. Selon une source policière, le jeune homme a reconnu l'agression de sa professeur principale. Il a raconté n'avoir pas supporté des réflexions de sa mère après un conseil de classe. Son avocat, Me Christophe Gouget, qui l'a rencontré lors de sa garde à vue dimanche, a indiqué qu'il "était dépressif et très conscient de la gravité de son acte". Les professeur du lycée Louis-Blériot ont de leur côté prévenu qu'ils exerceront leur droit de retrait à la rentrée des vacances de Noël. Et l'Unsa-Education a rappelé lundi que "trop d'établissements, comme ce lycée, ont connu des suppressions de postes, que trop de secteurs ont été gravement négligés comme celui des assistants sociaux, des infirmières et des médecins scolaires". Selon le syndicat, "c'est aussi l'environnement social et scolaire qu'il importe de transformer pour que de tels drames ne se reproduisent pas".


La FSU critique les propositions de Gilles de Robien
mardi 20 décembre 2005 (Reuters - 09:07)


PARIS - Le secrétaire général de la FSU a estimé sur RTL que la mise en place de permanences judicio-policières dans les établissements scolaires pour y prévenir la violence n'était pas une "bonne solution".

"Je pense que ce n'est pas la bonne solution, je pense que c'est beaucoup d'idéologie et peu d'efficacité", a déclaré Gérard Aschieri à propos de cette proposition du ministre de l'Education nationale.

Gilles de Robien a lancé cette idée lundi, trois jours après l'agression à coups de couteau d'une enseignante d'Etampes, dans l'Essonne.

"J'aimerais bien savoir quel est l'objectif recherché et à quoi pense le ministre", a déclaré le dirigeant du syndicat d'enseignants. "J'en ai un peu assez de ce type de méthode où on ne répond pas aux demandes des gens sur le terrain et où on sort de son chapeau, sans concertation, des propositions qui ne correspondent pas à ce que les gens attendent."

"Dans le lycée d'Etampes, on ne demande pas une permanence police et justice, on demande un principal adjoint, un proviseur adjoint, on demande des personnels d'éducation, on demande des assistantes sociales, des infirmières", a-t-il poursuivi.

"M. de Robien n'arrête pas (...) de faire des annonces et de nous dire on va discuter après sur la base de mes annonces. Ce n'est pas une bonne manière de faire", a-t-il ajouté. "La meilleure façon de procéder c'est d'abord de discuter, c'est de prendre le temps de discuter et ne pas réagir sous la pression de l'événement en sortant à chaque fois un gadget."

Le secrétaire général de la FSU a en revanche approuvé l'enquête administrative demandé par Gilles de Robien à l'inspection générale de l'Education nationale sur le lycée Louis-Blériot d'Etampes, où Karen Montet-Toutain, professeur d'arts plastiques, a été agressée vendredi dernier en plein cours par un élève de 18 ans.

"Ça me paraît positif que l'inspection générale fasse une enquête et fasse un rapport sur la situation. C'est l'intérêt de tout le monde de comprendre ce qui s'est passé, y compris pour éviter que l'on se retrouve dans de telles situations", a dit Gérard Aschieri.

Il a également jugé "raisonnable" l'intention de l'enseignante d'Etampes de porter plainte contre l'Education nationale. "L'événement est suffisamment grave pour qu'on se donne tous les moyens de comprendre ce qui s'est passé et de situer les responsabilités", a-t-il déclaré. "Je préfère une enquête judiciaire à des rumeurs, à des on-dit, à des démentis, qu'on sache ce qui s'est passé."
Police au lycée: une idée fixe qui lasse

Tollé d'enseignants, de juges et de policiers contre la proposition du ministre de l'Education.
Marie-Joëlle GROS
Libération, mercredi 21 décembre 2005

Gilles de Robien a encore raté le coche. Sa proposition de mettre en place des permanences justice-police dans les établissements scolaires en réponse à l'agression au couteau d'une enseignante dans un lycée professionnel, à Etampes (Essonne), vendredi, ne recueille que de violents tirs de barrage. "C'est n'importe quoi, chaque ministre occupe le territoire de l'autre (...) C'est un bavardage sans fond", a estimé hier Dominique Barella, président de l'Union syndicale des magistrats (USM). "Au niveau de la faisabilité, cela n'a aucun sens. Il y a plus de collèges et de lycées que de magistrats s'occupant de mineurs dans ce pays." Quatre cents en l'occurrence, pour environ 8 000 établissements scolaires dans le secondaire. L'Unsa-police juge "inacceptable" l'idée du ministre. Et les éducateurs de la Protection judiciaire de la jeunesse (SNPES-PJJ-FSU) y voient "une politique du tout sécuritaire où, à chaque incident, ces choses-là ressurgissent parce que le traitement social est complètement évacué". Pas faux. La dernière fois que des ministres avaient agité la même idée, c'était le duo Sarkozy-Ferry en 2003. Déjà, des portiques de sécurité et des caméras de vidéosurveillance pour équiper les établissements sensibles étaient venus compléter le dispositif de mesures proposées. Tandis que le nombre d'adultes présents dans les établissements fondait comme neige au soleil, provoquant un tollé syndical.

"Idée vaine". En réponse à ces annonces sans aucune nouveauté, les chefs d'établissement se montrent particulièrement las. "On en est au 6e ou 7e plan violence. A chaque fois, on ressort une nouvelle série de mesures...", rappelle Philippe Guittet, secrétaire général du SNPDEN, syndicat majoritaire chez les principaux et proviseurs. Volée de bois vert aussi, côté politique. François Bayrou, ex-ministre de l'Education, a saisi l'occasion de renvoyer Robien dans les cordes : "Mettre des policiers dans chaque établissement scolaire est une idée vaine (...) ça n'est pas du tout le chemin à suivre", a déclaré le président de l'UDF, trop content de tancer le félon resté au gouvernement. Quant au premier secrétaire du PS, François Hollande, il ne peut accepter d'"imaginer ou de pérenniser" de telles solutions.

Les syndicats enseignants étaient montés au créneau sitôt les annonces formulées. Leur discours est quasi unanime : des partenariats police- éducation peuvent être envisagés - et le sont d'ailleurs de façon ponctuelle -, mais pas systématiquement. Hier, le Snes a enfoncé le clou, estimant qu'il fallait "laisser à l'Education nationale les moyens de régler ses problèmes en interne d'abord".

Plainte rare. L'enseignante agressée aurait justement souhaité que l'Education nationale l'écoute. Bien décidée à porter plainte, elle réfléchit encore aux destinataires de ses accusations : ministre, recteur, inspecteur d'académie et proviseur... autant qu'à sa formulation. Il est rare qu'un enseignant porte plainte contre son employeur pour non-assistance à personne en danger. Des moyens de tirer la sonnette d'alarme existent pourtant. Encore faut-il faire savoir qu'ils existent (lire ci-dessous).

Grand Angle
Laura et Francis sont un couple de jeunes instituteurs. L'un enseigne dans une cité, l'autre dans un quartier aisé : ils croisent leur expérience de premier poste et racontent deux mondes que tout oppose.
Cas d'écoles
Nicole GAUTHIER et Pierre MORNET
Libération, vendredi 09 décembre 2005


Ils sont professeurs des écoles depuis trois mois et en couple depuis moins d'un an. Sortis en juin de l'Institut universitaire de formation des maîtres (IUFM), Laura, 25 ans, et Francis, 26 ans (1), ont pris le premier poste de leur carrière à la rentrée 2005. Laura a été nommée dans l'école cossue d'un village bourgeois. A quelques kilomètres, Francis exerce au coeur d'une cité dite "sensible" dans une grosse agglomération. Le soir, il leur arrive de comparer les cahiers et le quotidien de leurs élèves, de s'échanger idées et conseils pour le lendemain et de se dépanner en craies et en trombones.

Laura et Francis ont choisi un métier qu'ils aiment. Laura, 1 424 euros par mois, n'exclut pas de rester dans l'enseignement toute sa vie - elle envisage d'enseigner à l'étranger, ou de devenir conseillère pédagogique... Francis, 1 360 euros mensuels, dit qu'il a "trouvé [sa] voie". Mais ignore s'il aura envie d'exercer ce métier pendant toute la durée d'une carrière, quarante ans. Pour Libération, ils ont dressé le tableau contrasté de leur première expérience.

La classe, l'école, le quartier

"Au milieu d'un petit ghetto"
Francis. J'ai un CE1 de 21 élèves. Onze enfants ont déjà un an de retard, alors qu'à 8 ans ils commencent tout juste leur scolarité. Dans l'autre CE1 de l'école, il n'y a que deux redoublants. En clair, on m'a refilé tous les cas, cas psychologiques, cas sociaux, parce que j'étais le petit nouveau. Il y a un gamin qui a largement le niveau CE2 : on l'a fait redoubler uniquement parce qu'il était insupportable. Une partie de la classe n'a aucun problème, les autres cumulent toutes les difficultés : de langue, de lecture, de dyslexie...

J'ai seize familles monoparentales. Quatre élèves sont de nationalité française ; les autres sont turcs, marocains, algériens, kosovars, portugais...

L'école est au milieu d'un petit ghetto, des tours plantées au coeur d'un quartier bourgeois. En revanche, on bénéficie de grandes cours de récréation, d'un gymnase, d'un beau gazon.


"Bonjour maîtresse"
Laura. J'ai une classe de CM1 de 19 élèves (de 9 ans). C'est peu, mais, du CE2 au CM1, des élèves disparaissent : l'école de ce petit village tranquille dépend d'un collège situé dans une zone sensible de la ville à côté. Du coup, avant le cours moyen, les parents retirent les élèves pour les mettre dans le privé, afin qu'ils n'aillent pas dans ce collège.

J'ai 12 filles et 7 garçons, des enfants polis, cultivés, des "gloutons" qu'il faut alimenter parce qu'ils sont issus de familles aisées. Tous les parents travaillent, ils sont chirurgien, dentiste, photographe, instituteur, je n'ai aucun fils ou fille d'ouvrier, ils sont tous de nationalité française. Il y a six familles recomposées - c'est la moyenne nationale. Quand ils entrent en classe, les enfants disent "bonjour maîtresse", ils répondent "oui maîtresse" quand on les interroge, je n'ai pas donné une seule punition depuis le début de l'année.

Les relations avec les élèves

"Des règles de vie"
Laura. Je m'étais préparée à devoir serrer la vis : en CM1, ce sont des "grands". Je suis arrivée avec ma liste de "règles de vie", et le premier jour je leur ai demandé laquelle ils pensaient avoir le plus de mal à respecter. Timidement, il y en a un qui s'est lancé : "Moi, c'est le soin, j'ai beaucoup de mal, mais j'ai travaillé pendant les vacances, je vais aussi m'entraîner tous les week-ends." Et un autre : "Moi, j'ai du mal à lever la main avant de parler, parce que je veux tout de suite tout dire, mais je vous promets, maîtresse, que je vais faire des efforts." Je me suis dit que j'avais édicté trop de règles.

"L'école, c'est la fête"
Francis. Moi, je leur ai donné trois règles : je respecte les autres, je respecte le matériel, je viens à l'école pour travailler. Mais, pour mes élèves, l'école, c'est la bouffée d'air frais. A la rentrée, Laura a demandé à sa classe de dessiner une activité de vacances ; elle a eu une gamine qui n'arrivait pas à représenter le bateau trois-mâts de son père. Moi, j'ai eu des vélos, des télés, des vélos, des télés, sauf pour ceux qui étaient retournés au Maghreb et avaient vu la mer. Un jour, pour leur faire étudier le goût, j'avais amené du chocolat, du pamplemousse, une orange, des cacahuètes, des chips, du citron... Le pamplemousse, ils ne savaient pas ce que c'était.

Dans ce contexte, l'école, c'est la fête, ils font des activités attrayantes, ils ont l'impression de respirer, de se détendre, ils ont de l'espace, ils sont en sécurité. A la maison, c'est tendu, et il n'y a pas de place parce qu'ils vivent à 4 ou 5 gamins dans 20 ou 30 m2. Aucun enfant ne m'a dit qu'il n'aimait pas l'école, et tous ont un immense besoin qu'on valorise tout ce qu'ils font. Il y en a un qui me met le souk dans la classe toute la journée, mais il est en telle demande d'attention que, dans le couloir, il veut me prendre la main pour que je m'occupe de lui.

Cela dit, les règles de vie du cours s'arrêtent aux portes de la classe. Mon influence est nulle par rapport à l'influence sociale. Ces gamins sont adorables, ils ne sont pas encore bouffés par la vie. J'ai simplement l'impression, parfois, de leur faire faire quelque chose qui les rendra heureux deux jours.

Les ambitions des élèves

"Plan de carrière"
Laura. Mes élèves ont tous un "plan de carrière", parfois extrêmement précis. J'en ai un qui veut étudier la nappe phréatique, un autre devenir égyptologue, j'ai aussi trois pilotes de chasse en puissance. Lors d'un rapide tour de table, il n'y avait que deux élèves qui n'avaient pas pour ambition une CSP + : une veut devenir esthéticienne - elle est très coquette - et un autre "chauffeur de bus".

"Ils ne savent pas"
Francis. Les filles veulent être "maîtresses", en général, c'est la personne la plus stable qu'elles connaissent. Les garçons répondent invariablement : "Je ne sais pas", "je ne sais pas", "je ne sais pas".

Les relations avec les parents

"Ils sont exigeants"
Laura. Les parents sont toujours derrière leurs gamins, ils surveillent tout ce que je fais, le "cahier du jour" est systématiquement signé par le père et la mère. Ils ne sont pas inquiets, mais exigeants. Ils savent que, quoi qu'il arrive, sauf accident, leurs enfants s'en sortiront. Lorsque je les ai réunis, une semaine après la rentrée, j'ai eu des questions très précises : pourquoi j'utilise tel manuel, qu'est-ce qu'on va faire en sport, comment j'aborde les programmes... Le pire, je crois, c'est une mère d'élève, institutrice, qui a vingt ans de métier. Elle avait examiné le détail de mon emploi du temps, me suggérait de faire plus de telle ou telle matière, alors que tout ce que je prépare est conforme aux nouveaux programmes et qu'elle n'est pas censée intervenir dans la pédagogie. Elle se le permet parce que je suis jeune. Je sais que mon âge fait beaucoup jaser, à la porte de l'école.

"Entre la bouffe et le stylo bleu"
Francis. Seul un tiers des parents travaillent - généralement le père, pas la mère. Quand ils ont un job, ils sont cariste, manutentionnaire, ou dans les services de sécurité. L'école est encore perçue comme un espoir d'ascenseur social, même si 55 % des gamins de CM2 ont au moins un an de retard.

Les parents attendent beaucoup, mais ils n'arrivent pas à formuler quoi. L'école est importante, mais elle se télescope avec les autres urgences : manger aussi c'est important, alors, entre la bouffe et l'achat d'un stylo bleu, la hiérarchie des priorités n'est pas évidente. Ils n'ont aucune projection vers l'avenir, ils sont paumés et maladroits. La mère d'une élève m'a expliqué qu'elle "dressait [ses] enfants pour qu'ils réussissent" et en donnait pour preuve que son aîné était en Segpa (2). La Segpa, c'est la voie de garage pour les élèves en difficulté, mais elle ne l'a pas compris. Les parents gèrent au jour le jour : ils veulent que les gamins lisent, sachent compter ; leur demande s'arrête là.

Par rapport à l'école, ils ont une relation compliquée. Parfois, ils soupçonnent les profs de punir leur gamin de façon injuste. Mais, au final, les instits sont les seules personnes que les parents peuvent aller voir quand ils veulent râler. L'administration les envoie promener, chez eux ils ne peuvent rien dire à leurs voisins, l'école est l'un des rares endroits où on les écoute sans agressivité. Du coup, elle sert de défouloir.

Je suis aussi confronté à des situations qui parfois relèvent de l'horreur. Comme cette mère, enceinte de son cinquième enfant, qui est venue me voir avec trois de ses gamins qui avaient été placés très jeunes en famille d'accueil et qu'elle avait récupérés il y a un an et demi. Elle voulait un prétexte pour remettre à la Ddass celui qui est dans ma classe, faute de place à la maison et parce que son nouveau concubin voulait s'en débarrasser. J'avais beau lui expliquer qu'il travaille bien à l'école, elle hurlait : "C'est de la mauvaise graine !" en secouant son gamin qu'elle avait forcé à assister à l'entretien. Quelques jours plus tard, ce gosse m'a dit qu'il avait mal et m'a montré une croûte énorme sur le torse, je l'ai signalé au médecin scolaire.

J'ai aussi un gamin qui a longtemps été SDF avec sa mère. Il n'a pas de dents de devant, celles qui lui restent sont toutes bleues, il a les sinus et les amygdales complètement abîmés. Sa mère est alcoolique, elle souffre d'une maladie grave, elle est sous médicaments et a du mal à parler...

Les relations avec les autres enseignants

"Chacun pour soi"
Francis. Quand je suis arrivé dans ma classe, il n'y avait que des chaises, des tables et un bureau. Pas d'affiches à mettre au mur, pas d'éponge, pas de craies, rien. Certains ont fini par avoir pitié en me filant des affiches sur le corps humain jaunies et vieilles de vingt ans... C'est Laura qui m'a prêté des craies. Une collègue m'a cédé des manuels en me faisant comprendre qu'il faudrait que je les rende. J'ai réussi à avoir une dizaine de Bled (3), c'était le bonheur. Mais, au final, entre les redoublants qu'on m'avait refilés, le matériel de ma classe qui avait été pillé, et la façon sauvage qu'ont mes collègues de se répartir les créneaux pour le sport, les salles de sciences ou d'informatique, je constate que les profs se comportent comme les enfants : chacun pour soi.

"L'entente cordiale"
Laura. Pour mes collègues, j'ai l'air sympathique, et je suis débutante. Ils me disent qu'ils sont prêts à répondre à toutes mes questions. Mais on n'a jamais le temps de discuter. En gros, c'est une entente cordiale, sans plus.

(1) Pour préserver leur anonymat, les prénoms ont été changés et les lieux n'ont pas été précisés.
(2) Section d'enseignement général et professionnel adapté, destinée aux élèves en grande difficulté.
(3) Livre d'orthographe et de grammaire mythique, du nom de son auteur.

Robien décidé à chouchouter 250 collèges de ZEP

Les moyens seront concentrés sur ces établissements aux dépens d'autres.

Marie-Joëlle GROS
Libération, mercredi 14 décembre 2005


Toucher à la carte des ZEP, bien des ministres de l'Education s'étaient épargné une telle entreprise. La logique, depuis la création des zones d'éducation prioritaire en 1981, était plutôt à l'élargissement du dispositif qu'à sa diminution. Avec pour conséquence un saupoudrage des moyens, l'enveloppe n'étant pas élastique. En choisissant de concentrer les moyens sur 200 à 250 collèges comme il l'a annoncé hier, Gilles de Robien prend le parti de rompre avec ses prédécesseurs. Bien que pressé par Dominique de Villepin à engager au plus vite une réforme, le ministre de l'Education n'a cependant pas eu droit à une rallonge budgétaire. Sa relance des ZEP doit se faire "à budget constant". Reste alors une option : concentrer les moyens sur quelques-uns, en serrant la ceinture des autres.

"Dynamitage". Pour définir sa nouvelle politique d'éducation prioritaire, le ministre distingue trois catégories d'établissements. La première, archiprioritaire (EP1) cible les établissements concentrant les publics les plus fragiles : pour eux, le ministre envisage un renfort d'enseignants confirmés, une infirmière à demeure, des heures de soutien scolaire, etc. La deuxième, moyennement prioritaire (EP2), rassemble les établissements qui connaissent un peu plus de mixité sociale : ceux-là devront se débrouiller avec les moyens dont ils disposent déjà. La troisième enfin, plus vraiment prioritaire (EP3), se compose d'établissements appelés à sortir du dispositif ZEP à l'horizon de trois ans. Devant ces nouvelles répartitions, les réactions syndicales ne se sont pas fait attendre : le Snes-FSU (majoritaire dans les lycées et collèges) crie au "dynamitage de la politique des ZEP". L'Unsa, tout en reconnaissant une "nécessaire concentration des moyens sur les établissements en difficulté", craint qu'on déshabille Jacques pour habiller Paul, et donc une "fragilisation" des établissements visés et des personnels qui y travaillent. Et s'y oppose.

Dans les détails, dès la rentrée 2006, 200 à 250 collèges EP1 bénéficieront du label "ambition réussite" qui, dans l'esprit du ministre, doit atténuer la stigmatisation, les sentiments de "découragement" ou de "relégation" éprouvés par les élèves des ZEP. Ces collèges fonctionneront en "réseau de réussite" avec environ 1 000 écoles primaires. Pour eux spécialement, 1 000 enseignants expérimentés seront recrutés sur des "postes à profil", et sur la base du volontariat. Ils seront en moyenne cinq par établissement, sans charge de classe et "accompagneront élèves et jeunes enseignants", moyennant des bonifications de carrière à condition d'y rester au minimum cinq ans.

Le ministre compte également mettre l'accent sur la formation : les IUFM devront préparer les aspirants professeurs aux publics difficiles. Ce qui est encore rarement le cas. En renfort, 3 000 assistants pédagogiques, "étudiants se destinant à l'enseignement", seront affectés dans ces établissements ciblés. Travail en groupe encouragé, expérimentations bienvenues, le ministre s'engage à privilégier la pédagogie et même à renoncer aux redoublements, ce qui est au passage une position inverse à celle de Luc Ferry en son temps. Enfin, ces collèges devront proposer aux élèves des heures d'aide aux devoirs, à raison de quatre soirs par semaine au minimum.

Chaque collège "ambition réussite" signera un contrat pour cinq ans avec l'inspection académique, et il sera régulièrement évalué. Le ministre a, de plus, annoncé dix-huit mesures qui cette fois concerneront l'ensemble de l'éducation prioritaire. La plupart font partie du projet de loi sur l'égalité des chances, annoncé le 1er décembre. On y trouve par exemple la volonté de réduire la "fracture culturelle", en invitant "100 000 étudiants à s'engager dans l'accompagnement de 100 000 élèves de l'éducation prioritaire".

Brèche. Une logique de tutorat très en vogue depuis que l'école de commerce Essec l'a instituée en 2003. Une logique de solidarité aussi, qui plaît bien à Gilles de Robien. Mais qui a ses limites. Ainsi, une mesure fait mouche : celle qui consiste à permettre aux meilleurs élèves des établissements "ambition réussite" de déroger à la carte scolaire pour s'inscrire dans le lycée de leur choix. C'est évidemment dommageable pour les lycées délaissés qui comptent justement sur ces têtes de classe pour tirer les autres vers le haut. Le Snes s'est immédiatement rué dans la brèche, dénonçant le passage d'"une logique territoriale de lutte contre les inégalités à celle d'une individualisation des parcours et de la distinction de quelques élèves méritants".



Accueil mitigé pour les syndicats

Liberation.fr
LIBERATION.FR : mardi 13 décembre 2005 - 16:37

Le Snes-FSU, premier syndicat des lycées et collèges, s'est indigné mardi des mesures annoncées par le ministre de l'Education nationale sur l'éducation prioritaire qui constituent, selon lui, "un véritable plan de dynamitage de la politique des ZEP". Dans un communiqué, le SNES reproche qu'aucun moyen nouveau ne soit débloqué mais que "tout se fasse, au contraire, par redéploiement dans le cadre d'un budget programmé à la baisse avec recentrage des moyens sur un établissement sur cinq ce qui va de fait exclure et abandonner tous les autres". Le Snes a également désapprouvé "les parcours profondément dérogatoires qui accentuent la ségrégation avec mesures dites d'excellence pour les plus "méritants" et mesures de relégation pour les autres". "Ces annonces confirment l'orientation de la loi Fillon et son choix de passer d'une logique territoriale de lutte contre les inégalités à celle d'une individualisation des parcours et de distinction de quelques-uns", conclut le syndicat.
Sur le même sujet


Une nouvelle ambition pour les ZEP

L'Unsa-Education, deuxième fédération de l'enseignement, s'est elle félicitée du "revirement à l'égard des ZEP négligées jusqu'à maintenant". Elle applaudit aussi "la découverte par le ministre de l'inutilité du redoublement". Mais si le syndicat estime nécessaire "la concentration de moyens sur les établissements en difficulté est nécessaire", il dit craindre un redéploiement des crédits. "S'il s'agit de financer les collèges "ambition réussite" en supprimant les moyens des autres établissements, s'il s'agit de réduire considérablement le nombre des ZEP, cette politique sera à courte vue avec un grand risque de fragiliser davantage les établissements et les personnels qui y travaillent et l'Unsa-éducation s'y opposera", prévient le syndicat.



Point de vue
Il est grand temps de changer l'école
Claire Brisset
Le Monde, jeudi 22 décembre 2005

Identifier "l'énoncé ancré dans la situation d'énonciation et l'énoncé coupé de la situation d'énonciation" ; analyser les "pronoms déictiques" et les "didascalies d'énonciation". Ce stupéfiant jargon, qui forme un volume, n'est pas destiné aux agrégés de grammaire. On le trouve tel quel dans un manuel de français à l'usage des élèves de troisième (éditions Hatier, 2003).


La chose est déjà formidable. Tout aussi formidable est la rédaction du programme élaboré par l'éducation nationale pour cette même classe de troisième ; il est en effet de la même eau, précisant que "l'accent est mis en classe de troisième sur la dimension axiologique du lexique", et les auteurs des manuels reprennent ces programmes à la lettre, sans l'ombre d'une modification.

Nous avons donc des adolescents de 15 ans soumis à ces consignes incompréhensibles, alors même que l'on se désole de voir plus de 100 000 enfants quitter le système scolaire sans aucune qualification. Quelle formidable machine à exclure que ces programmes totalement coupés de la langue, de la vraie langue, celle qui sert à communiquer ! Quel extraordinaire aveuglement sur la vie réelle des enfants, des adolescents et sur leurs enseignants, que de leur imposer le maniement de concepts dérivés de la linguistique la plus savante, directement importés de l'Université au collège !

Il est temps, vraiment temps, de dire et de redire que l'école s'adresse aux enfants, aux adolescents, qu'elle doit leur parler une langue qu'ils comprennent ; grand temps de soutenir les efforts des enseignants à qui la société confie ce qu'elle a de plus précieux.

Notre société continue de s'interroger constamment sur le rôle de l'école : est-elle avant tout un outil de transmission du savoir ? Ou bien un lieu d'éducation, au sens large du terme ?

Sur cette question, soyons clairs. Le débat devrait être tranché depuis quinze ans, depuis que la France a ratifié la Convention internationale sur les droits de l'enfant, qui précise très clairement dans ses articles sur l'éducation que cette dernière doit viser à "favoriser l'épanouissement de la personnalité de l'enfant et le développement de ses dons". Si on l'ose écrire, la messe est dite : l'école est certes un lieu de transmission du savoir, mais aussi un lieu d'éducation.

ÉLÈVES ET PROFESSEURS SOUFFRENT


Est-ce le cas ? Est-ce le cas dans un pays, le nôtre, qui continue à penser que pédagogie et psychologie de l'enfant et de l'adolescent ne doivent occuper qu'une place marginale dans la formation des futurs enseignants, sous prétexte que la pédagogie serait un don inné ? De tous les pays industrialisés, la France est le seul à maintenir cette position dont on mesure à quel point elle peut placer les enseignants, notamment les plus jeunes, en très grande difficulté. Cela me semble être un point essentiel : la psychopédagogie doit trouver une place centrale dans la formation de tout enseignant, et un véritable tutorat des jeunes professionnels par les plus anciens doit être restauré.

Ce tutorat s'est délité au fil du temps, et de très jeunes professeurs se voient confier des classes qui les angoissent, sans y être suffisamment préparés. Ils s'en plaignent d'ailleurs amèrement.

Le ministre de l'éducation, Gilles de Robien, s'est engagé dans un travail absolument essentiel pour l'avenir de l'école, donc des enfants et adolescents de notre pays : revoir les programmes de formation des futurs enseignants - à savoir leur donner réellement les outils dont ils ont besoin.

Sans cet effort, sans ce travail de fond, notre système scolaire continuera, sur sa lancée, d'exclure, année après année, des dizaines de milliers d'enfants dont il a pourtant la responsabilité éminente de préparer l'avenir. Ce travail courageux doit être soutenu et salué, comme le sera, je l'espère, le chantier - qui reste entièrement à mener - sur l'adaptation des programmes et des manuels.

En d'autres termes, changer l'école, ce n'est pas seulement ouvrir le dossier de l'éducation prioritaire. Certes, ce point est, lui aussi, essentiel, et les mesures annoncées, qui parent au plus pressé, auraient dû être prises depuis longtemps.

Mais elles ne suffiront pas. C'est l'ensemble de notre système scolaire qui est en très grande souffrance : et pour les enfants qui y vivent, et pour les adultes qui y travaillent, et pour les parents que l'école a trop longtemps laissés, eux aussi, sur le bord du chemin.
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Claire Brisset, défenseure des enfants, est l'auteur notamment de Quinze millions d'enfants à défendre, Ils sont la prunelle de nos yeux. (Albin Michel, 2005, 289 pages, 19,50 ¤).



 


COMMUNIQUE

Appel pour une amnistie des révoltés de novembre
Transmis par le réseau " Coordeducmars "
lundi 12 décembre 2005

Qu'on soit d'accord ou pas avec elle, cette démarche a le mérite d'ouvrir le débat …

Durant les trois semaines de troubles du mois de novembre, les condamnations qui se sont abattues sur les révoltés des banlieues, ou présumés tels, ont été prononcées dans un climat de surenchère médiatique et politique. Beaucoup d'observateurs présents aux audiences, d'avocats et de journalistes ont noté la lourdeur des peines (3 mois ferme pour avoir montré ses fesses !) et l'identification hasardeuse des " coupables. " Des jeunes qui ont toujours vécu en France sont menacés d'expulsion. Les défauts habituels
d'une justice à la chaîne on été ici gravement multipliés.

Au malaise que suscite cet emballement de la machine à punir, vient s'ajouter la constations d'un étrange paradoxe. Certes, les destructions (de véhicules et de bâtiments), n'ont pour principal effet que de rendre encore plus difficile la vie dans les quartiers populaires. Mais il faut remarquer que, si le gouvernement s'est aujourd'hui décidé à rendre, au moins en partie, les subventions de soutien aux banlieues qu'il avait supprimées, c'est bel et bien grâce au signal d'alarme qu'a été cette révolte..

Quoi que racontent des politiciens qui ont fait de la surenchère sécuritaire leur fonds de commerce, les révoltes de novembre furent une manifestation de colère sociale, sans plan prémédité, sans manitou manipulateur. Quel que soit le sentiment de rejet que provoquent chez beaucoup les formes prises par cette colère, sa légitimité est implicitement reconnue par la société, où l'on débat incessamment du " malaise des banlieues. " La répression est l'aveux de faiblesse d'une classe politique déboussolée, qui ne compte plus que sur la prison et la régression sociale (apprentissage à 14 ans et chasse aux immigrés) pour résoudre les aspects les plus brûlants de la question sociale.

Nous pensons, nous, qu'un signal de solidarité doit être adressé aux cités, pour sortir de cette spirale d'une stigmatisation encore aggravée par la réactivation d'une loi coloniale et par le couvre-feu.

Il faut sans tarder amnistier tous les condamnés des révoltes de novembre.

PREMIERS SIGNATAIRES

Jean-Pierre Bastid, écrivain
Eric Benveniste, éditeur
Olivier Besancenot, postier, porte parole de LCR
Maria Bianchini, professeur des écoles
Rémi Boyer
Yves Coleman, traducteur
Gérard Delteil, écrivain
Hervé Delouche, éditeur
Alain Dugrand, écrivain
Jimmy Gladiator, écrivain, retraité de l'éducation nationale
Frédéric Goldbronn, cinéaste
Odile Henry, sociologue
Olivier Hobé, poète
Alain Krivine,journaliste, porte parole de LCR
Brigitte Larguèze, sociologue
Jean-Paul Lajarrige
Jérôme Leroy, écrivain et professeur en ZEP depuis 16 ans
Jean-Pierre Masse, sociologue
Fabienne Messica, journaliste
François Muratet, écrivain
Fabrice Pascaud
Gilles Perrault, écrivain
Michel Pialoux, sociologue
François Pinto, correcteur
Alain Pojolat, syndicaliste
Laurence Proteau, sociologue
Serge Quadruppani, écrivain et traducteur
Maurice Rajfus, écrivain
Ody Saban, artiste-peintre
Sud-Education Paris

FCPE
Déclaration

Les graves incidents qui se déroulent depuis dix jours dans les villes dites "sensibles" préoccupent la FCPE, car c'est l'avenir d'une partie de notre jeunesse qui est ici en jeu.

Les formes violentes que prend cette révolte, la destruction pour la destruction, conduisent à l'impasse et sont inacceptables d'autant qu'elles atteignent surtout ceux qui sont en situation sociale difficile. Mais elles ne sauraient malheureusement surprendre tant une partie de la population a depuis bien longtemps perdu toute raison d'espérer.

En outre, on ne peut insulter, stigmatiser, et provoquer sans prendre le risque de réactions d'exaspération.

Il serait trop facile de tenter de faire croire au complot, à l'action des trafiquants et autres malfrats ou de groupes religieux. La généralisation de la situation de crise que nous connaissons aujourd'hui est la manifestation explosive d'un malaise latent, d'une fracture sociale et culturelle profonde que les politiques ont refusé de voir ou n'ont pas su traiter efficacement.

Depuis des années, la FCPE dénonce le mépris et la défiance affichés à l'encontre de la jeunesse. Cette attitude concerne tous les jeunes mais plus fortement ceux qui ont le plus de difficultés à s'intégrer dans la société.

La société tout entière porte une lourde responsabilité mais l'Ecole doit aussi s'interroger.

L'échec dans la lutte contre les inégalités scolaires, la persistance, voire le renforcement, d'une logique élitiste qui conduit à l'exclusion de ceux qui ne sont pas dans la norme, constituent une violence institutionnelle devenue insupportable.

Dans cette République, dont l'un des principes fondateurs est l'égalité, certains jeunes constatent au quotidien qu'ils sont moins égaux que d'autres, que les valeurs de référence qu'essaie de leur transmettre l'école ne sont, pour eux et pour eux seuls,. que théoriques.

Le contexte social, le chômage massif les problèmes criants de logement, le blocage du dialogue social par un gouvernement qui reste sourd à toutes les revendications sont autant de facteurs amplificateurs du malaise.

Les jeunes revendiquent le respect, la reconnaissance, la justice, l'égalité, un travail, un logement, l'accès aux loisirs : c'est-à-dire, tout simplement, l'espoir, comme les autres, de pouvoir construire leur vie.


Quand l'horizon est bouché, quand la désespérance, la peur, l'angoisse de l'avenir ne se maîtrisent plus, quand le dialogue est rompu, on ne peut s'étonner que la violence prenne le dessus.

Quand les responsables politiques comprendront-ils enfin que la lutte contre l'échec scolaire passe par une transformation en profondeur de l'école ?

Quand les acteurs de l'Ecole accepteront-ils tous d'assumer leur mission d'éducation citoyenne ?

En réduisant drastiquement le budget de l'Ecole, en mettant en péril les associations laïques qui œuvrent dans les quartiers, en privilégiant la répression plutôt que l'éducation et la prévention le gouvernement a pris un risque majeur dont on se demande s'il est aujourd'hui capable de mesurer toutes les conséquences.

Il doit entendre tous ceux qui dénoncent cette logique qui s'avère aujourd'hui suicidaire et prendre enfin les mesures de grande ampleur qui assurent effectivement et durablement les conditions d'une intégration sociale, culturelle et économique d'un pan entier de notre population, aujourd'hui méprisé et marginalisé !



TEMOIGNAGES ET REACTIONS

Proposition d'action en cours : réagir sans attendre aux annonces de de Robien
Réseau des bahuts
mardi 20 décembre 2005.


A ceux qui souhaitent réagir sans attendre aux annonces de de Robien ce jour, je propose de reprendre à leur compte le courrier ci-après (plusieurs collègues, dont je suis, l'ont déjà envoyé à leurs syndicats) :

"Suite au drame de notre collègue du lycée professionnel Louis-Blériot d'Etampes et à l'allocution du ministre de l'éducation nationale, nous soussignés, enseignants et personnels de l'enseignement public, nous adressons à nos syndicats pour demander :
qu'ils affirment et apportent effectivement leur soutien total à la victime, ainsi qu'à ses collègues, contre leur hiérarchie ;
qu'ils condamnent publiquement les allégations du ministre, selon lesquelles le "manque d'autorité" des enseignants serait la cause des violences scolaires ;
et en conséquence, qu'ils annoncent leur refus de toute concertation avec le ministère sur ce terrain ou sur celui de l'entrée de la police dans les établissements scolaires."

Voici les coordonnées des principaux syndicats :
SNES : secgene@snes.edu
FSU : fsu.nationale@fsu.fr
SNFOLC : snfolc.national@dial.oleane.fr
CGT Educ'action : unsen@ferc.cgt.fr
SE UNSA : hdf@se-unsa.org
SGEN-CFDT : fede@sgen-cfdt.org
SNETAA EIL : snetaanat@aol.com
CNT-FTE : fede-educ@cnt-f.org
SUD : fede@sudeducation.org

N'oubliez pas de me faire parvenir une copie de votre envoi, à cette adresse zero_police@reseaudesbahuts.lautre.net !

Salutations militantes, YB

Invitation à contributions : La politique de cohésion des villes
Claude Jacquier
13-12-05


Après le résultat des consultations sur la Constitution, l'Europe n'a pas cessé d'exister. Elle continue sur la base des anciens textes que ces consultations n'avaient pas le pouvoir d'abolir. En particulier, et c'est heureux, la Commission européenne continue de demander l'avis des Européens sur de nombreux textes, une demande d'avis à laquelle les Français, en général, répondent peu.

La Commission européenne invite à nouveau les Européens à donner leur avis et à contribuer sur un texte important pour nos villes intitulé "La politique de cohésion et les villes : la contribution des villes et des agglomérations à la croissance et à l'emploi au sein des régions". Ce texte a été présenté aux Conseil des ministres en charge de la politique régionale dans chaque Etat-membre à Bristol le 6 décembre 2005. (il est téléchargeable en allemand, en anglais, en français sur le site http://europa.eu.int/comm/regional_policy/consultation/urban/index_fr.htm). Cette consultation est ouverte sur ce site jusqu'au 17 février 2006 et les avis de tous les Européens sont ensuite en libre consultation.

Le texte qui résultera de cette consultation sera en quelque sorte, le cadre de référence à partir duquel sera élaborée la politique de soutien aux villes pour la période 2007-2013. L'enjeu est donc de taille et il serait bon que les Français qui se plaignent généralement des méfaits de " Bruxelles ", se manifestent. Il serait bon aussi que les divers acteurs de notre région urbaine grenobloise (particuliers, associations, entreprises industrielles et commerciales, organisations régionales et autorités locales, organisations financières, université et recherche) fassent entendre leur voix.

Je me permets de rappeler ici que les Etats ont toujours été réticents à faire une place aux villes dans le débat européen. L'Etat français n'a pas été le dernier dans ce petit jeu. Tout le monde sait, notamment dans la région grenobloise, quel peut être le rôle essentiel des villes et des régions urbaines dans l'invention et la mise en œuvre des innovations techniques, économiques, sociales, culturelles et politiques.

Le texte sur lequel tout un chacun peut se prononcer est un compromis dans un débat entre les différentes instances européennes (Commission, Etats-membres, Parlement) Ce compromis peut encore évoluer dans un sens plus favorable aux villes et aux régions urbaines. Votre contribution y aidera grandement.

E mail : claude.jacquier@upmf-grenoble.fr

E mail : claude.jacquier7@wanadoo.fr

 


Sarko versus Kassovitz
Un commentaire signé Nicolas Sarkozy, daté du 22 Novembre 2005, répond à la note postée sur mon site internet quelques jours plus tôt.

Voici recopiée ici à l'identique, la lettre, dont l'originale (digital) doit être perdu au milieu des commentaires d'anonymes. Je me suis permis de lui répondre en bas de page :

nicolas sarkozy a dit...

PHASE I : SARKO

Monsieur,

J'ai pris connaissance de vos propos développés sur votre blog relatifs à la crise qui a traversé plusieurs de nos banlieues. Au-delà de vos flèches caricaturales et provocantes dont je suis la cible, j'ai tenu à vous répondre personnellement car je crois aux vertus du débat et de l'échange, notamment avec celles et ceux qui ne souscrivent pas à mes idées ou mes actes.

Le premier point qui m'a frappé à la lecture de votre blog, c'est qu'il laisse fortement entendre que la crise actuelle a surgi soudainement, comme par un malheureux hasard. Vous l'attachez de façon réductrice et manichéenne à ma personne et à quelques mots prononcés par moi-même... Ces mots, j'assume leur tonalité directe et franche car ils sont fondés sur la réalité d'un quotidien vécu par une majorité de nos concitoyens dans les cités. Au surplus, j'estime que le "politiquement correct" et la langue de bois qui prévaut depuis des décennies ne sont pas indifférents à la montée du vote extrémiste dont je combats depuis toujours les idées et les leaders.


Vous connaissez, semble-t-il, suffisamment "les quartiers" pour savoir, au fond de vous-même, que la situation est tendue depuis de longues années et que le malaise est profond. Votre film, "La haine", qui date de 1995, évoquait déjà ce malaise que des gouvernements, de droite comme de gauche, ont dû gérer avec plus ou moins de réussites. Limiter cette crise aux faits et gestes du Ministre de l'Intérieur, c'est, d'une certaine façon et une fois encore, passer à côté des vrais problèmes. Je mets cela sur le compte d'un coup de cœur mal placé.


Le second point qui m'a heurté, c'est que vous paraissez vous faire, sans nuance, le porte-parole d'une minorité de casseurs plutôt que l'interprète d'une majorité de familles et de jeunes qui vit, elle aussi, dans les cités et qui en a assez de constater que la culture de la violence et des rapports de forces s'est imposée sur celle de l'Etat de droit. Pourquoi n'avoir aucun mot pour ceux dont la voiture a brûlé, les privant ainsi d'un outil de liberté et de travail durement acquis ? Pourquoi ne pas évoquer ces jeunes dont les gymnases ont été réduits en cendres et ces enfants dont l'école est détruite ? Pourquoi, par ailleurs, n'avoir aucune pensée pour les 110 policiers blessés, les pompiers caillassés et les médecins injuriés ?


Votre proximité affective à l'égard des jeunes des cités est compréhensible et estimable, mais j'ai le sentiment qu'elle vous conduit à accepter ce qui n'est pas acceptable. Ce n'est pas rendre service aux banlieues que de prendre fait et cause pour une minorité dont les actes sont répréhensibles et parfois même meurtriers. Je crois même le contraire. Vivre dans un quartier populaire ou être le fils de parents ou grands-parents immigrés n'autorise nullement à lancer des cocktails molotov sur la police et des pierres sur les pompiers. Laisser entendre le contraire, c'est, selon moi, insulter toutes celles et tous ceux qui, dans des conditions d'existences identiques, se comportent en citoyen responsable.

Je n'ignore nullement le fait que derrière cette crise il y a des facteurs économiques, sociaux et culturels. J'en ai mesuré l'ampleur et c'est pourquoi je défends, notamment, le principe de la discrimination positive ou encore le vote des étrangers aux élections municipales.

Il est temps de briser l'égalité de façade dont notre pays est coutumier depuis trop longtemps ! Il est temps de donner toutes ses chances à la France plurielle dont j'estime qu'elle est un atout et non un handicap ! A cet égard, je veux vous dire que la Police est sans doute le service public le plus représentatif de cette France plurielle que j'appelle de mes voeux.

Cette nouvelle impulsion dont les quartiers ont tant besoin, ne peut être engagée en l'absence d'un rétablissement des règles républicaines. Le développement des trafics, des violences, des "tournantes", de l'immigration clandestine, minent tous les efforts que nous pouvons entreprendre. En ces zones de non-droit, l'ordre républicain n'est pas l'adversaire du progrès, mais bien son allié.

Nous sommes en présence d'une des crises urbaines les plus complexes et les plus aiguës que nous ayons eu à affronter. Elle exige de la fermeté et beaucoup de sang froid. Ces sont ces instructions précises que j'ai donné aux forces de police et de gendarmerie. Elles agissent avec une maîtrise et un professionnalisme qui font honneur à notre démocratie. Au cours des quatre dernières semaines, certaines de nos unités ont fait face, dans le calme et la discipline, à une violence dont je vous demande de ne pas sous-estimer la brutalité.


Voilà les quelques réflexions que m'inspire la lecture de votre blog. Je sais que vous êtes, avec votre style et vos convictions, à la recherche d'une prise de conscience des pouvoirs publics vis à vis des banlieues. Depuis tant d'années, beaucoup d'argent a été engagé, beaucoup d'efforts ont été entrepris par les services de l'Etat comme par les acteurs de terrain. Les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes. Nous y avons tous notre part de responsabilité. Comment faire mieux et autrement ? Cette question, il faut maintenant la résoudre.


Demeurant disponible pour poursuivre, si vous le jugez utile, notre échange de vive voix, je vous prie de croire, Monsieur, à l'assurance de mes sentiments les meilleurs.

Nicolas Sarkozy

PHASE 2 : KASSOVITZ

Mr le Ministre de l'intérieur.

Cette lettre qui ne vous était pas directement adressée mais à laquelle vous avez promptement répondu, n'est pas comme vous le laissez entendre, un pamphlet en l'honneur des casseurs, ni une insulte aux pompiers caillassés et aux policiers blessés. Le simple fait que vous détourniez mes propos pour éviter de répondre aux vraies questions, confirme votre aveuglement face à votre responsabilité dans ces événements.

Quoi que vous puissiez dire, les quartiers de France ont bel et bien explosés quelques heures après vos mots dur et blessant, malencontreusement stigmatisés par un accident qui a vu la mort de deux adolescents dans des conditions atroces. Accident tragique, et tellement symbolique des conditions de vie des quartiers de France. Ces gymnases, ces voitures et ces écoles qui brûlent, dont vous m'accusez de n'avoir que faire, j'en parlait déjà il y a 10 ans dans " La HAINE " , que vous évoquez sans même, je pense, l'avoir vu.

Je n'ai pas besoin de vivre dans une cité, ni d'avoir fait de hautes études pour comprendre que ces institutions sont les représentants d'un Etat qui renonce à regarder le problème en face et qui continu, gouvernement après gouvernement à se rejeter les responsabilités comme vous le faites si brillamment.

Vous n'êtes pas responsable dites vous.

Les policiers et les pompiers qui ont courageusement défendu vos bavures , sont les malheureuses victimes de votre politique agressive, tout comme les habitants des quartiers qui y ont perdu leurs véhicules et pour certains leur moyen de subsister.

Ne rejetez pas la responsabilité de vos propos sur une situation dont nous connaissons tous l'histoire, si vous n'êtes pas le seul responsable des problèmes des banlieues, vous en êtes le symbole politique, et vos propos ont allumé la mèche d'une révolte qui vous a dépassé. Que vous vous offusquiez qu'on vous prenne pour cible me surprend et me fait douter de votre capacité à vous remettre en cause.

Vous avez raison quand vous dites que " l'ordre républicain n'est pas l'adversaire du progrès, mais bien son allié. ", mais pour rétablir l'ordre républicain dans les quartiers il faut que les représentants de cette république soient au dessus de tout soupçons.

Vous avez magnifiquement géré, comme à votre habitude, l'impact de ces émeutes et des images auprès des medias et vous avez bien heureusement donné des instructions de retenue aux forces de l'ordre, mais ne résumez pas le comportement de la police à ce qu'il s'est passé sur ces quatre dernières semaines face aux medias du monde entier. Vous le savez, le problème de respect entre la police et les jeunes ne date pas d'aujourd'hui. Les gouvernements de gauche ou de droite, vont et viennent mais ce problème persiste au quotidien. Depuis des générations maintenant. La mort brutale de Malik OUSEKINE, suivie par les remarques inhumaine de Charles Pasqua (un de vos prédécesseurs), datent de bientôt 20 ans. La mort de Makomé, abattu de sang froid dans un commissariat du 18eme, et de nombreux autres, victimes de la perte des valeurs républicaines que vous défendez, parsèment l'histoire de la France d'aujourd'hui. C'est ce passé, lourd en injustices qui alimente notre présent. Je vous demande juste de ne pas l'oublier, même si vous n'en êtes pas directement responsable.

Il faut rééduquer les esprits, pas les manipuler. Cette mésentente entre les forces de l'ordre et les jeunes des cités est un problème profond qui ne sera résolu qu'après un réel travail d'éducation auprès des deux partis.

Non, je ne suis pas contre la Police, au contraire, je souhaite comme tous les citoyens de ce pays, une police plus considérée, plus éduquée, plus respectée, plus humaine... Une Police en laquelle je peux faire confiance avec ma sécurité personnelle et celle de mes enfants, quel que soit ma position sociale, ma couleur de peau, mon âge, mes croyances... Quand vous évoquez le retour des valeurs républicaines, n'oubliez pas que pour obtenir du respect, vous devez inspirer le respect. Si la police a perdue le respect qui lui est dû, peut être devriez vous vous posez encore une fois les vraies questions.

Vous vous dites tendu vers l'avenir, mais vos méthodes sont répressives et obsolètes. Vous cédez à la panique et votez le retour d'une loi militaire déterrée d'une des pages les plus sombre de l'histoire de notre pays. Le choix de cette loi symbolique fait honte à la France et à votre classe politique.

Encore une fois, vous n'êtes pas responsable. Comme d'habitude.

Vous terminez votre lettre par cette phrase terrible qui conclue froidement tel un chef d'entreprise devant un bilan négatif, que" Depuis tant d'années, beaucoup d'argent a été engagé, beaucoup d'efforts ont été entrepris par les services de l'Etat comme par les acteurs de terrain. Les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes. " .. Pensez vous pouvoir diriger la France comme une vulgaire multinationale ? Sachez que les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes d'une France que vous, les politiciens de tout bord, ne regardez pas dans les yeux depuis trop longtemps.

Pensez-vous pouvoir " licencier " ces jeunes qui vous font de l'ombre ? Les nettoyer comme des déchets sur un trottoir ? L'équilibre démocratique n'a jamais trouvé sa source dans la répression, et vous le savez, si solution il y a elle est dans l'aide sociale et la compréhension des problèmes. Si vous ne continuez pas le dialogue, que va t'il se passer ? Il est de votre devoir ainsi que celui des institutions Française de répondre à la violence avec intelligence pour éviter de perdre le contact avec une jeunesse dont certains pourraient basculer dans d'autres formes de violences plus extrêmes et réellement dangereuses.

Vous n'êtes pas responsable. Effectivement je pense que vous êtes irresponsable.

En vous promenant à Argenteuil à 23 heures, entouré de policiers et de journalistes, vous avez sans doute voulu apprécier comme un citoyen lambda, l'ambiance de la vie d'un quartier, et non pas provoquer une confrontation inévitable. Quand à vos " quelques mots ", en affirmant haut et fort que vous alliez " nettoyer les cités au Karcher ", vous vouliez certainement dire : " Réhabiliter et nettoyer ces immeubles vétustes dans lesquels des enfants tombent dans des cages d'ascenseurs pour cause de mauvais entretiens et aider les familles qui payent leurs impôts comme tout le monde à retrouver un environnement et un respect depuis longtemps perdu ", et quand vous avez menacé les " racailles " de vous débarrasser d'eux, vous vouliez dire, " Mettre en prison pour longtemps les quelques personnes réellement dangereuses et généralement connues des services de police et offrir à toute une partie de cette jeunesse la possibilité d'entrevoir un avenir différent à travers une action sociale cohérente et généreuse pour les faire sortir de la petite délinquance. ".

Comme beaucoup de Français, j'ai dû mal vous comprendre.

Le combat que vous voulez mener Monsieur le Ministre, nous voulons tous le mener avec vous, et mis à part les quelques vrais voyous qui entretiennent la violence à travers les " réseaux " de la drogue et qui empoisonnent la vie de l'ensemble des habitants des quartiers, tout les autres, y compris les jeunes à casquette que vous appelez " racailles " et dont certains encombrent aujourd'hui vos prisons, ont le même désir : Ils veulent un avenir, des conditions de vie égales à tout les citoyens, un respect, une identité...

Ne voulant pas rentrer dans un débat de mots avec vous, et malgré le respect que je vous dois, je ne souhaite pas vous rencontrer " de vive voix ".

Je comprend votre louable envie de communiquer avec vos adversaires, surtout connus des media, mais permettez moi de m'en tenir à mon statut de citoyen critique et sans attache politique. Contrairement à vous et à ce que vous pouvez dire, je ne représente que ma voix, pas celle d'un parti politique, ni celle de la banlieue, et encore moins celle des casseurs.

Néanmoins, votre invitation montre que vous êtes ouvert au dialogue, j'espère que vous en ferez bon usage avec les personnes directement concernées.

Je vous invite à rencontrer les différents acteurs de la vie des cités et principalement les milliers d'associations de quartiers qui se battent au quotidien pour garder le contact avec des millions d'habitants. Aidez-les, elles en ont dramatiquement besoin.

Je voudrais clore ce court échange en vous assurant mon profond attachement à la culture et aux valeurs de notre pays. Si le débat est si passionné, c'est parce que nous sommes tous concernés. Cette culture ouverte sur le monde nous est spécifique et unique, reconnue par toute les autres nations comme un modèle de politique sociale, même si la réalité à surpris le reste de la planète. Nous sommes Français, rebelles dans l'âme, quel que soit nos convictions politiques, toujours prêt à se battre pour défendre une cause que nous jugeons honorable. C'est cet état d'esprit que vous défendez à travers vos actions, comprenez que d'autres fassent de même, même si les moyens utilisés sont inadéquates et injustes. Ce sont pour eux le seul moyen de se faire entendre. Le symbole de ces milliers de voitures qui brûlent et de la perte totale de l'autorité politique ne sont pas de simples explosions de violence. Soyez attentif. L'avenir d'une France multiculturelle et anti raciste en dépend.

Déjà les échos des chants de l'extrême droite se font entendrent dans votre camp. Je suis certain que cela vous dégoûte autant que moi.

Cet extrait d'un commentaire posté par un anonyme sur le site en réaction à votre réaction, résume, je pense, les inquiétudes de beaucoup de Français, en tout cas elle résume mes craintes :

" ...La grandeur d'un homme politique ne réside pas dans sa capacité à cultiver les peurs du peuple pour y trouver une niche électorale. La grandeur d'un homme d'Etat réside dans sa capacité à transcender la Nation avec conviction et désintérêt personnel. Votre " verbe " vous fera sans doute gagner la confiance des brebis égarées du 21 avril. Votre intérêt personnel vous empêchera de transcender la Nation.(...).Jusqu'ici tout va bien, jusqu'ici tout va bien... vous êtes en tête des sondages... "

Je voudrais vous laisser avec une dernière pensée qui me vient de mon père, un Hongrois, comme le votre, arrivé en France, terre d'accueil et des droits de l'homme en 1956, pour fuir le régime communiste Russe. Ce n'est pas de la grande philosophie, mais juste un conseil venant d'un homme qui a survécu à des guerres et des révolutions.

" Pour arriver en haut d'une échelle, monte les échelons un par un, tu te casseras la gueule de moins haut ".

A méditer.

En vous souhaitant bonne chance dans votre irrésistible ascension aux plus hautes marches de l'Etat, je vous assure monsieur le ministre de l'intérieur de mes sentiments les meilleurs.

Mathieu Kassovitz


" RELANCER L'EDUCATION PRIORITAIRE "

Extrait du discours de Gilles de Robien du 13-12-05
Relancer l'Education prioritaire
Transmis par le réseau " Coordeducmars "

J'en viens à présent à l'avenir de l'éducation prioritaire.
Dès mon arrivée, j'ai souhaité revoir son fonctionnement. Le Premier Ministre m'a conforté dans cette voie en me demandant, il y quinze jours de lui donner un plan de refonte. J'ai consulté, réfléchi, travaillé, -en particulier sur la base d'un rapport d'étape qui m'a été remis par les Inspections générales sur l'évaluation des ZEP.
Je voudrais d'abord vous dire où nous en sommes.
Tout a commencé dans les années 80, quand on a décidé, selon la formule désormais consacrée, d'innover " en donnant plus à ceux qui ont moins ". Dans son principe l'idée était bonne ; elle était même excellente..
Elle a d'ailleurs donné des résultats. Le travail que font les professeurs dans les ZEP doit être reconnu ; et je ne laisserai pas dire qu'ils se sont fatigués pour rien. Sans les ZEP, où en serions-nous ?

La vraie question est de savoir si la mise en ouvre du principe " donner plus à ceux qui ont moins " a été optimale. A cette question, je réponds clairement NON.
Aujourd'hui, on donne trop peu, à trop de monde.
D'ailleurs, on ne donne pas vraiment à des " personnes ", mais à des " zones ", qui sont définies de manière trop vague, trop hétérogène, pour des effets qui sont, en conséquence, insuffisants.

Plus précisément, le dispositif des ZEP a rapidement souffert de quatre défauts majeurs :
- Premier défaut : une extension non pilotée, au gré des pressions locales. Les critères de définition des ZEP sont trop fluctuants d'un endroit à l'autre. Je crois que ce n'est pas conforme à l'égalité des chances que nous voulons promouvoir.
- En conséquence, le dispositif souffre d'un deuxième défaut : le saupoudrage, qui entraîne une baisse de l'efficacité. Aujourd'hui près de 20% des élèves sont en ZEP !
- Troisième défaut : L'éducation prioritaire souffre d'un manque de dynamisme et d'évaluation à court terme, qui peut parfois susciter un certain désespoir ;
- Enfin, dernier défaut : tel qu'il est, le dispositif engendre un sentiment de " relégation " ; cela vient de ce qu'être " classé ZEP " revenait jusqu'ici à reconnaître un échec, plutôt qu'à fixer une ambition. Cela doit
changer !

Pour pallier ces défauts, et redonner un élan à l'éducation prioritaire, j'ai donc décidé de repenser complètement le système. Nous allons le rendre plus ciblé, plus énergique, plus efficace -avec un seul objectif : la réussite des élèves.
Les propositions que je présente aujourd'hui feront bien évidemment l'objet d'une concertation avec les organisations syndicales, les parents d'élèves et les collectivités locales.
La refonte que j'envisage passe par
- une nouvelle logique (I),
- une action très énergique sur les collèges les plus en difficulté (II).

I. UNE NOUVELLE LOGIQUE
La nouvelle logique consiste à ne pas découper des " zones ", mais à définir des publics, selon des critères homogènes et plus précis. Il s'agit avant tout de s'intéresser aux personnes, et d'agir sur tous les
leviers disponibles pour améliorer leur situation. Cela implique un nouveau pilotage, mais aussi une action selon trois axes :
- La réduction des inégalités culturelles
- Les relations avec les familles
- La formation et la carrière des professeurs.

Un nouveau pilotage
En redéfinissant le périmètre à partir de critères plus serrés, nous allons pouvoir donner vraiment plus à ceux qui ont vraiment besoin d'aide. Selon ces critères, nous allons choisir les 200 à 250 collèges où les élèves sont le plus en difficulté, pour concentrer sur eux notre effort. Quatre critères nationaux seront retenus pour déterminer la liste de ces établissements, qui constitueront le " niveau 1 " de l'Education prioritaire :
- La situation sociale des familles (plus de deux tiers de catégories socio-professionnelles défavorisées),
- la part d'élèves ayant un retard supérieur à deux ans à l'entrée au collège,
- l'évaluation des résultats à l'entrée en 6e,
- le nombre d'élèves non francophones.

Pour les autres, je souhaite retenir les deux niveaux qui me sont proposés par les Inspections générales : Un niveau 2, qui comprendra les Zones urbaines moins sensibles, bénéficiant d'une plus grande mixité sociale (ces établissements continueront de recevoir les moyens actuels). Un niveau 3, qui regroupera les établissements appelés à sortir en trois ans du dispositif de l'éducation prioritaire.
Pour l'ensemble, je nommerai un délégué ministériel à l'enseignement prioritaire, aux côtés du directeur de l'enseignement scolaire.
Par ailleurs, je l'ai dit, notre action suivra trois axes :

Premier axe : l'orientation et la réduction des inégalités culturelles
Il faut en effet que les adolescents des quartiers difficiles puissent poursuivre leurs études et découvrir toutes les filières sans être arrêtés par leur origine sociale :
- C'est pourquoi un plus grand nombre d'élèves recevront une bourse au mérite : leur nombre passera de 28 000 à 100 000 en 2006.
- Pour faire découvrir les filières d'excellence aux élèves motivés, 100 000 étudiants des grandes écoles et des universités s'engageront dans l'accompagnement de 100 000 élèves de collège ou de lycée de l'éducation prioritaire.

Deuxième axe : le partenariat avec les familles

- Aujourd'hui, que se passe-t-il ? Beaucoup de parents hésitent à venir au collège, parce qu'ils ne parlent pas bien le Français, parce qu'ils ne s'y sentent pas à l'aise. Nous allons les aider à revenir en confiance à
l'école, pour le bien de leurs enfants.
- L'école ou le collège devront expliquer aux parents le règlement intérieur ; ils organiseront avec eux des rendez-vous trimestriels pour faire le point sur la situation de leur enfant. Il faut créer de vraies " écoles des parents " .

Troisième axe : la formation et le métier d'enseignant
- Les instituts universitaires de formation des maîtres devront enseigner à tous les futurs professeurs les compétences particulières exigées par l'enseignement dans l'éducation prioritaire.
- Par ailleurs, les équipes dans les établissements d'éducation prioritaire devront être stabilisées, par des dispositifs encourageant les enseignants à y rester au moins cinq ans.

Voilà pour l'architecture d'ensemble.

J'en viens au fer de lance de notre action : les 200 à 250 collèges les plus en difficulté, que nous voulons labelliser collèges " ambition réussite ".

II. LES COLLEGES " AMBITION REUSSITE "
Nous avons en effet décidé de mener une action massive et concentrée. Le but est de prouver le plus rapidement possible qu'il n'y a pas de fatalité, pour redonner confiance à l'ensemble du système. Nous voulons ainsi faire naître, par la force même de l'exemple et par un effet d'entraînement, un nouvel esprit d'ambition dans les quartiers difficiles.
Sélectionnés sur les critères que j'ai cités il y a quelques instants, ces 200 à 250 établissements seront labellisés collèges " ambition réussite " ; ils formeront, avec les écoles primaires de leur secteur, des " réseaux de réussite " .



Les nouvelles propositions de Gilles de Robien
200 collèges " ambition réussite "
Transmis par le réseau " Coordeducmars "

I - Une action ciblée autour de 200 à 250 collèges " ambition réussite " labellisés par le ministre

A. Sortir d'une logique de zones pour une logique d'élèves

Tous les rapports et études convergent : les niveaux de difficultés ne sont pas tous égaux à l'intérieur des actuelles zones d'éducation prioritaire. Cet avis est partagé par de nombreux organismes et de nombreux chercheurs. Plutôt que de s'attacher à la notion de zone, il s'agit de s'intéresser aux élèves scolarisés dans l'établissement de référence, à savoir le collège.
C'est pourquoi une liste nationale de collèges " ambition réussite " sera arrêtée par le ministre, après avis des recteurs et des inspecteurs d'académie, sur la base de quatre critères :
un critère social (plus des deux tiers de CSP défavorisées) ;
la part d'élèves ayant un retard supérieur à deux ans à l'entrée au collège ;
l'évaluation des résultats à l'entrée en 6e ;
le nombre d'élèves non francophones.

Mesure 1
Chaque collège labellisé par le ministre devient un collège " ambition réussite ", unité de référence du " réseau de réussite " créé avec les écoles de son secteur et disposant de moyens renforcés.

B. Créer un " réseau de réussite "
En lien avec les collectivités locales, une organisation " réseau de réussite ", formé par le collège et les écoles de son secteur, sera mise en place. Cette organisation aura pour but de faciliter la transition entre la
classe de CM2 et la classe de sixième ; elle renforcera le suivi du parcours des élèves, notamment de ceux qui ont connu des difficultés à l'école élémentaire et qui ont bénéficié de programmes personnalisés de réussite éducative ; elle assurera les liaisons avec les partenaires extérieurs (notamment l'Agence nationale pour l'égalité des chances).

Mesure 2
L'Ecole supérieure de l'Education nationale (ESEN) organisera tous les ans une session de formation destinée aux cadres des collèges " ambition réussite ". Seront notamment abordés à l'occasion de ces formations : les politiques de l'égalité des chances, le travail partenarial, la conduite de projets et le management des équipes.


C. Renforcer les moyens
Les équipes éducatives des collèges " ambition réussite " et des écoles élémentaires du réseau seront renforcées :

Mesure 3
par 1 000 enseignants expérimentés supplémentaires affectés aux collèges " ambition réussite " dès la rentrée 2006. Ils auront pour tâche à la fois d'accompagner les élèves dans le cadre des programmes personnalisés de réussite éducative et de participer à la formation des jeunes enseignants. L'affectation de ces enseignants permettra aussi de donner de la souplesse dans l'emploi du temps des professeurs pour le travail en équipe.

Mesure 4
par 3 000 assistants pédagogiques, se destinant aux métiers de l'enseignement, pour assurer de l'aide aux devoirs et faire du soutien scolaire.

Mesure 5

Les collèges " ambition réussite " disposeront d'au moins une infirmière scolaire.

Mesure 6

L'augmentation des dispositifs relais (+ 200 à la rentrée 2006), qui prennent en charge temporairement les élèves les plus perturbateurs avant de les remettre en classe dans leur cursus normal, bénéficiera en priorité aux collèges " ambition réussite ".

D. Faire venir les 1 000 enseignants supplémentaires selon une
procédure particulière Les exigences de l'éducation prioritaire nécessitent la participation de jeunes enseignants, qui apportent leur dynamisme, leur générosité et un regard nouveau ; elles requièrent pareillement celle d'enseignants chevronnés, à même de faire bénéficier leurs jeunes collègues de leur
expérience et de leurs conseils. Ces enseignants expérimentés, volontaires pour le service " ambition réussite ", se verront proposer des postes spécifiques, afin de renforcer les équipes en place et favoriser la
dynamique du projet d'établissement.

Il appartiendra au recteur, dans chacune des académies concernées, de proposer un " profilage " de leur poste au sein des établissements, en liaison avec les chefs d'établissement. Ces postes pourront prendre la forme de postes en service partagé entre le collège et une école ou entre le collège et le lycée, à pourvoir par un enseignant du second degré ou du premier degré. Une fiche de poste sera déterminée en relation avec le projet d'établissement et donnera lieu à une lettre de mission entre l'enseignant et le chef d'établissement.
Le recrutement de ces enseignants aura lieu par le mouvement spécifique intra- académique. Un contingent supplémentaire d'accès à la hors classe sera prévu pour ces enseignants après cinq années passées dans un collège " ambition réussite ".

E. Donner aux élèves des collèges " ambition réussite " la fierté de leur établissement en développant des projets d'excellence

Mesure 7
Chaque collège sera reconnu par une spécialité de haut niveau d'ordre culturel, sportif, scientifique, environnemental ou linguistique qui irriguera l'ensemble des enseignements et des activités inscrites dans son projet. Il sera parrainé par une institution culturelle, un centre sportif, un laboratoire d'université ou d'organisme de recherche, une personnalité exceptionnelle.

F. Contractualiser et évaluer

Mesure 8
Les " réseaux de réussite " s'inscriront dans une dynamique de projet qui fera l'objet d'une contractualisation pour quatre à cinq ans entre l'établissement et l'inspecteur d'académie. Cette contractualisation déterminera clairement les objectifs pédagogiques ; elle prévoira des expérimentations. La latitude des chefs d'établissement et de leurs équipes pédagogiques sera renforcée. L'organisation de la journée et de la semaine scolaires fera l'objet d'un soin particulier (éviter la concentration de cours qui nécessitent une attention plus soutenue, aménagement de temps de pause et de révision dans le cadre d'heures de permanence pendant la journée.). Une évaluation régulière de la progression des résultats sera menée.

Mesure 9
Elle se fondera sur un " baromètre de la réussite scolaire " : la maîtrise de la lecture, la progression dans l'acquisition du socle commun, l'amélioration des résultats aux évaluations nationales et au diplôme
national du brevet, le respect du règlement de l'établissement. La contractualisation et la mise en ouvre du projet d'établissement nécessitent la constitution d'équipes de direction stables : à cet effet, les personnels de direction en poste durablement dans ces établissements bénéficieront de mesures spécifiques d'avancement et de promotion.

Mesure 10
Chaque " réseau de réussite " sera suivi par un inspecteur général de l'éducation nationale. Il établira un rapport annuel au ministre et la synthèse de l'ensemble des rapports sera communiquée au Haut conseil de
l'éducation.

G. Individualiser les parcours : au collège " ambition réussite ", on ne redouble pas


Mesure 11
Les élèves des collèges " ambition réussite " connaissent des difficultés sociales similaires, mais diffèrent fortement par leurs origines et leur histoire. Pour eux, il faut plus encore individualiser les parcours et
encourager les talents. Ainsi, par exemple, l'enfant primo arrivant, déjà scolarisé dans son pays d'origine, et l'enfant qui connaît des difficultés d'apprentissage ne peuvent être scolarisés au même rythme, au risque de créer découragement et décrochage.
Un livret de compétences retracera le parcours individuel de chaque élève depuis l'école primaire. Les établissements mettront en place des groupes de compétences à l'image de ce qui est prévu pour l'apprentissage d'une langue étrangère. Ce livret permettra à chaque élève de connaître son niveau de départ et les objectifs qu'il doit se fixer pour acquérir le socle commun de connaissances. L'objectif est de donner confiance aux élèves et de supprimer, grâce à l'aide individualisée, tout redoublement.

H. Mettre en place des études accompagnées dans les " réseaux de réussite "
Il existe aussi une inégalité forte entre les enfants selon qu'ils ont la possibilité ou non d'être accompagnés et guidés dans leurs devoirs.

Mesure 12
C'est pourquoi tous les collèges et écoles (pour les élèves de CE2, CM1, CM2) des " réseaux de réussite " devront mettre en place quatre soirs par semaine des études accompagnées obligatoires : celles-ci seront encadrées par des enseignants volontaires ou de futurs enseignants (assistants pédagogiques) ou par des associations dans le cadre des contrats de réussite éducative.

I. Avancer l'enseignement de découverte professionnelle à la classe
de quatrième

Mesure 13
Pour donner plus tôt aux élèves des collèges " ambition réussite " une connaissance des métiers et des voies de formation, l'enseignement de découverte professionnelle de trois heures sera avancé en classe de
quatrième.

J. Faire accéder les élèves aux nouvelles technologies L'égalité des chances passe aussi par l'accès aux nouvelles technologies mises au service de l'accompagnement scolaire.

Mesure 14
Le ministère lancera avec la Caisse des dépôts et consignations un appel à projet en direction des collectivités territoriales dont l'objet sera de mettre en ouvre un accompagnement numérique au profit des élèves en fin d'école primaire : chaque élève bénéficiera d'un ordinateur et de l'accès à une liaison Internet ainsi qu'à des contenus pédagogiques.


K. Déroger à la carte scolaire des lycées

Mesure 15
Tous les élèves des collèges " ambition réussite " ayant obtenu une mention bien ou très bien au diplôme national du brevet auront le droit de déroger au secteur de recrutement des lycées de leur académie. Cette mesure sera applicable dès la rentrée 2006.

II - Des objectifs clairs pour relancer l'éducation prioritaire Les propositions suivantes concernent l'ensemble des écoles et établissements scolaires de l'éducation prioritaire, y compris les collèges
" ambition réussite ".

A. Acquérir les savoirs fondamentaux dès l'école primaire : on entre au collège en sachant lire
La réussite au collège est impossible sans la connaissance des bases, au premier rang desquelles figurent la lecture et l'écriture. La maîtrise de la langue est la première étape du combat pour l'égalité des chances..
L'école maternelle, en éducation prioritaire encore plus qu'ailleurs, joue un rôle essentiel dans la découverte du langage, la préparation à l'apprentissage de la lecture et l'ouverture au monde de l'écrit : les
professeurs des écoles veilleront particulièrement à faire parler chaque enfant à différents moments de la journée pour développer leurs capacités à s'exprimer. A l'école élémentaire, les efforts doivent être concentrés pour que tous les enfants sachent lire au CP et au plus tard en CE1. C'est pourquoi la méthode globale et les méthodes qui en sont dérivées ne seront plus utilisées. Il faut désormais systématiser les méthodes préconisées par les chercheurs : partir du son et de l'écriture du son, pour aller vers la
lecture de la syllabe, puis du mot, puis du texte. Les inspecteurs de l'éducation nationale veilleront à rendre cette mesure effective à la rentrée 2006. Une évaluation de la lecture et de l'écriture sera mise en
ouvre au CE1, dès le mois de septembre, afin de permettre la mise en place rapide des programmes personnalisés de réussite éducative pour les élèves repérés en difficulté.

B. Créer un environnement de réussite
Réduire les inégalités après la classe. L'effort en faveur de la lecture et de l'écriture sera prolongé en dehors des heures de cours (clubs de lecture, ateliers d'écriture, initiatives associatives.).

Mesure 1
Dans chaque quartier d'éducation prioritaire, une " école ouverte " fonctionnera pendant les vacances scolaires. Elle proposera des activités qui contribueront à l'apprentissage ou à la pratique orale d'une langue vivante étrangère.

Mesure 2
Le développement, en concertation avec les collectivités territoriales, des internats de réussite éducative (25 en 2006), qui peuvent bénéficier de l'intervention de personnels spécialisés, contribue à créer un environnement propice au travail.

Mesure 3
Enfin, pour faciliter l'accès des élèves (scolarisés en troisième, en lycée professionnel ou en formation postbac) aux stages obligatoires en milieu professionnel, le ministère de l'Education nationale lance, avec le concours du ministre délégué à la promotion de l'égalité des chances l'opération " objectif stage " : les entreprises d'un bassin d'emploi s'engageront, dans une relation de confiance avec les établissements scolaires, à accueillir les jeunes qui n'auraient pas trouvé de stage par eux-mêmes.

Réinvestir les parents dans l'éducation de leurs enfants. Pour aider les élèves à réussir, l'école doit aussi s'ouvrir aux parents. De trop nombreux parents hésitent à y venir, pour de multiples raisons (difficultés de compréhension de la langue, mauvais souvenir parfois de leur propre scolarité, crainte d'y être confrontés au regard négatif porté par l'institution sur leurs nfants.). Il faut les aider à revenir en confiance à
l'école et être des membres à part entière de la communauté éducative.

Mesure 4
En amont du nouveau dispositif de contrat de responsabilité parentale - qui vise les cas de carence de l'autorité parentale -, l'institution scolaire doit jouer pleinement son rôle d'information et d'éducation : l'école ou le collège devront présenter et expliquer aux parents le règlement intérieur ; ils organiseront avec eux des rendez-vous trimestriels pour faire le point sur la situation de leur enfant et les informer des actions de soutien personnalisé qui seront décidées afin que les parents puissent s'y associer d'une manière ou d'une autre. Au collège, les bulletins scolaires des élèves qui auront bénéficié d'un programme personnalisé de réussite éducative seront remis en main propre aux parents par un enseignant de la classe pour avoir un échange sur les progrès de leur enfant ou ses difficultés.

Mesure 5
S'il y a lieu, il conviendra de s'assurer le concours d'un interprète extérieur à la famille pour permettre aux mères, notamment, de s'investir davantage dans l'éducation de leur enfant.

Mesure 6
Un guide de l'accompagnement à la scolarité, composé de fiches pratiques, sera élaboré par la Délégation interministérielle à la famille et diffusé largement.

Mesure 7
Dans toute la mesure du possible, une salle sera aménagée dans les équipements scolaires pour accueillir " l'école des parents ", organiser des cours d'alphabétisation, des rencontres, des activités associatives ou des permanences des associations de parents. Elle pourra être utilisée par la municipalité dans le cadre des contrats de réussite éducative.

C. Réduire la fracture culturelle
Découvrir, être curieux, se cultiver : ces aptitudes que les enfants et les jeunes portent en eux ne doit pas se briser sur l'écueil du quartier d'origine. II faut " ouvrir leur tête au monde " (Azouz Begag). On
encouragera la présentation de la dimension culturelle dans l'enseignement des diverses disciplines et on développera les sections européennes en collège. Des initiatives sont prévues pour élargir l'horizon d'études et de connaissances des jeunes.

Mesure 8
La charte pour l'égalité des chances dans l'accès aux formations d'excellence, signée le 17 janvier 2005 par l'Etat et les conférences des présidents d'université, des grandes écoles, des directeurs d'école et
formations d'ingénieurs, sera mise en ouvre : 100 000 étudiants des grandes écoles et universités s'engageront dans l'accompagnement de 100 000 élèves de l'éducation prioritaire, choisis pour leurs motivations ; ils leur offriront " un parcours de familiarisation avec des filières d'excellence afin de les préparer à les intégrer dans les meilleures conditions ". Toutes sortes d'actions pourront être envisagées : actions éducatives ou culturelles, actions en lien avec les enseignants. Les recteurs seront chargés de favoriser les rapprochements entre les établissements d'enseignement supérieur et les établissements scolaires. Les bureaux et associations d'étudiants seront invités à apporter leur concours.

Mesure 9
500 heures de programmes de radio, également accessibles sur Internet, traiteront des grands sujets de civilisation et d'actualité : ils seront réalisés par l'Académie des Sciences morales et politiques ; cette ouverture dans le domaine de la culture générale constituera un soutien précieux pour les lycéens de l'éducation prioritaire désireux de poursuivre des études supérieures.

Mesure 10

Enfin, l'attractivité des lycées de l'éducation prioritaire pourra être accrue par la mise en place de modules de préparation aux concours administratifs, qui seront ouverts dans dix académies avec l'appui des
services de formation des personnels administratifs des rectorats.

D. Le projet d'orientation

Mesure 11
Les élèves de quatrième, troisième, seconde et terminale des établissements de l'éducation prioritaire se verront proposer un entretien individuel d'orientation, organisé chaque année entre janvier et mars. Cet entretien, conduit par le professeur principal ou le conseiller d'orientation-psychologue, assisté d'une personne issue du monde professionnel qui pourra utilement être choisie parmi les parents d'élèves,
permettra à l'élève de réfléchir à son projet professionnel.

E. Après la troisième : une sortie vers le choix et l'excellence
Trop d'élèves sont orientés par défaut dans l'établissement le plus proche de leur domicile ; dans le même temps, des familles mieux informées sélectionnent des options pour obtenir une inscription dans l'établissement de leur choix. Ces pratiques renforcent la ghettoïsation des établissements de l'éducation prioritaire.
C'est le premier objectif du schéma national d'orientation que d'apporter à tous les élèves le même niveau de connaissance des voies de formation (statut scolaire ou apprentissage), des filières d'enseignement et de leurs débouchés.
Les options étant trop souvent utilisées pour contourner la carte scolaire, les recteurs veilleront, lorsqu'ils créent de nouvelles options, à les installer en priorité dans les lycées accueillant les élèves issus de
l'éducation prioritaire.

Mesure 12
Les élèves boursiers de l'éducation prioritaire qui se sont distingués par leur effort dans le travail scolaire au cours de la classe de troisième bénéficieront de l'augmentation du nombre des bourses au mérite (porté de 28 000 à 100 000 au budget 2006).

F. Stabiliser et aider les équipes pédagogiques
Mieux former les enseignants
Le ministre fixera, dans le cahier des charges de la formation initiale des maîtres, les compétences que ceux-ci doivent acquérir en priorité, notamment pour traiter la difficulté scolaire, prendre en compte l'hétérogénéité des élèves dans la transmission des savoirs et exercer l'autorité.

Favoriser la stabilité des équipes
Il est indispensable, dans l'éducation prioritaire plus qu'ailleurs, de réaliser un travail inscrit dans la durée. Ceci nécessite la constitution d'équipes pédagogiques stables autour du projet d'établissement. Lorsqu'un
enseignant a consacré au moins cinq années au service de la réussite des élèves de l'éducation prioritaire, il est juste de tenir compte de son effort et de son engagement pour la suite de sa carrière. C'est l'objet du
dispositif des " affectations à caractère prioritaire justifiant une valorisation " (APV).

Mesure 13
A l'issue de cinq années passées en éducation prioritaire, les enseignants bénéficieront d'une forte priorité de mutation (qui leur permettra de gagner au moins dix ans pour la satisfaction de leur vou de mutation).

Apporter le soutien des corps d'inspection
Les corps d'inspection et les conseillers pédagogiques du premier degré interviendront spécifiquement auprès des jeunes professeurs au début de leur première année d'enseignement pour les conseiller dans leur prise de fonction.

Mesure 14
Les inspections seront plus régulières dans les établissements (tous les ans dans les collèges " ambition réussite ") afin que les enseignants puissent bénéficier des conseils et du soutien pédagogique nécessaires à la réalisation du projet de l'établissement. Cette fréquence accrue offrira davantage d'opportunités de bénéficier d'un avancement d'échelon au grand choix, permettant ainsi de valoriser leur valeur professionnelle et la qualité de leur investissement.

Mesure 15
Les corps d'inspection veilleront à ce que les professeurs de l'éducation prioritaire bénéficient de séquences de formation continue. Les demandes de formation continue présentées par les équipes pédagogiques des écoles et des établissements de l'éducation prioritaire seront inscrites en priorité dans
les plans académiques et départementaux de formation.

G. Piloter le dispositif et l'évaluer
Restaurer un vrai pilotage national de l'éducation prioritaire
Ce pilotage doit porter sur la définition de l'objet de l'éducation prioritaire et sur les protocoles et outils pédagogiques et didactiques nécessaires ; il doit autoriser une plus grande autonomie des responsables
locaux dans le choix des moyens et des profils nécessaires à la mise en ouvre de cette politique.

Mesure 16

Pour piloter cette politique, un délégué ministériel à l'enseignement prioritaire sera nommé aux côtés du directeur de l'enseignement scolaire. Il pourra être assisté par un observatoire national de la réussite en éducation prioritaire.
Le délégué ministériel sera l'animateur du dispositif, l'interlocuteur des autres ministères et notamment de l'Agence nationale pour l'égalité des chances ; il s'appuiera sur les compétences de la direction de l'enseignement scolaire et pourra faire appel, en tant que de besoin, à l'expertise des autres directions du ministère.

Mesure 17

Il devra proposer au ministre l'évolution de la liste des établissements concernés par l'éducation prioritaire selon les règles définies nationalement. Les inspections générales ont à cet effet proposé le schéma
suivant :
réorganiser la carte de l'éducation prioritaire à partir de critères objectifs, arrêtés au plan national, prenant en compte des éléments sociaux économiques extérieurs à l'Education nationale (appartenance à une ZUS, absence totale de mixité sociale, niveau de chômage, degré de violence ...). Cette hypothèse permettrait de fondre dans le dispositif de l'éducation prioritaire les classifications " établissement sensible " ou en " zone violence " lorsqu'elles s'en distinguent encore. L'Observatoire des zones
urbaines sensibles sera consulté à ce sujet.
Proposer une distinction entre trois niveaux parmi les dispositifs de l'éducation prioritaire (EP) actuels :
Un niveau EP1 Il correspondrait aux collèges " ambition réussite " et aux écoles de leur
secteur (grande concentration de difficultés sociales et scolaires).
Un niveau EP2. Zone urbaine mais moins sensible, qui comporte plus de mixité sociale : les établissements continueraient de recevoir les moyens actuels.
Un niveau EP3. ZEP/REP qui ont vocation à sortir en trois ans du dispositif de l'éducation
prioritaire (les personnels actuellement en fonction conserveront les indemnités liées à l'éducation prioritaire tant qu'ils sont en poste dans ces établissements et durant trois ans maximum).

Conforter le pilotage local

Mesure 18
Le pilotage local sera renforcé notamment dans les dix académies qui regroupent
le plus grand nombre d'établissements prioritaires. Un inspecteur pédagogique régional sera spécialisé dans l'éducation prioritaire : il aura pour mission, sous l'autorité du recteur, d'accompagner le projet
pédagogique des établissements, de les aider à formaliser la contractualisation et de les évaluer.

 


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