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Essayer
d'aborder la question des banlieues dans sa complexité.
Dénouer les fils de l'action (ou de l'inaction) gouvernementale,
la pièce de théâtre que l'on nous joue étant
mise en scène essentiellement en fonction de 2007.
Dénoncer l'attitude du parti socialiste, au lourd passif (limites
de sa politique de la ville, absence d'une véritable politique
de gauche et surenchère sécuritaire), à l'abandon
à la fatalité et aux objectifs tout autant politiciens.
Mais surtout tenter de comprendre le malaise des banlieues et de ses jeunes,
que nous accompagnons dans nos classes en éduquant au vivre ensemble,
tout en essayant de donner du sens aux apprentissages. Pour cela, l'avis
de sociologues, de journalistes et de quelques politiques éclairés
est fort utile.
Agir ? Réagir d'abord à la " farce tragique "
au côté des associations, syndicats et partis. Nous exprimer
nombreux avec l'éclairage de notre spécificité d'enseignants.
Communiquer pour aider les citoyens (dont nous faisons partie) à
analyser la situation et à se situer politiquement sans sombrer
dans les dangereuses simplifications sécuritaires ni dans les réductions
faciles de certains courants d'extrême gauche.
Et continuer notre tâche sur le long terme en sachant que l'école
ne pourra pas changer les choses à elle toute seule, mais que sans
elle il n'y aura pas non plus de lendemains qui chantent.
Sommaire
REVUE DE PRESSE
- Le bilan chiffré
de la crise des banlieues
- Villepin annonce
des mesures en faveur de l'égalité des chances
- Contre l'échec
scolaire, le premier ministre prône le suivi des élèves
et des sanctions parentales
- La gauche et les
syndicats se montrent très critiques après les propos
du premier ministre
- Nicolas Sarkozy
provoque un tollé en proposant le "dépôt de
bilan" des ZEP
- Paris-VI et Sciences-Po
planchent sur un lycée d'excellence en banlieue
- Ecole : la sauvegarde
d'un moule
- Borloo, trésorier
de l'Education nationale
- La droite dégaine
sa rengaine sécuritaire
- Le 39e congrès
du SM s'est élevé contre la "faillite sécuritaire".
- "L'orientation
quasi définitive à 14 ans, c'est prématuré"
- La mixité
sociale au ban de l'école
- La majorité
des mineurs présentés aux juges étaient "inconnus"
des tribunaux
- Nicolas Sarkozy
teste l'accueil de jeunes venus de ZEP au sein de la "fac Pasqua"
- 73 % des étrangers
admis en France en 2004 l'ont été au titre des migrations
familiales
- Le Haut Conseil
à l'intégration rejette la discrimination positive
- Devoirs de mémoires
multiplie les débats sur les tabous de l'histoire.
- "Si on est
conscient de son passé, on devient sujet de son avenir"
- A Emerainville,
rixe, mensonges et vidéo
- La prime à
l'ordre
TEMOIGNAGES
ET REACTIONS
- ECHANGES UDAS
- Violence à géométrie variable
- Un extrait du discours fait par Sarkozy aux Préfets, aujourd'hui.
- Contre l'état d'urgence : Saisine citoyenne du Conseil Constitutionnel
REVUE DE PRESSE
Le bilan chiffré
de la crise des banlieues
Luc Bronner et Pascal
Ceaux
Le Monde, vendredi 2 décembre 2005
Deux semaines après
le retour au calme dans les banlieues françaises, le premier
ministre, Dominique de Villepin, a tenté, mardi 29 novembre,
de relativiser la gravité des incidents en les comparant aux
émeutes de Los Angeles qui avaient fait 54 morts en 1992 : "En
France, pendant ces deux semaines de troubles, personne n'est mort",
a assuré le chef du gouvernement sur CNN, en réfutant
le terme d'"émeutes" pour préférer celui
de "troubles sociaux".
La déclaration
de M. de Villepin ne tient pas compte des décès de deux
adolescents à Clichy-sous-Bois, d'un habitant de Stains et d'un
gardien de lycée à Trappes. En l'absence d'un bilan officiel
complet, Le Monde a procédé à une première
évaluation du coût humain et matériel des trois
semaines qui ont embrasé les banlieues françaises.
Dans la période
du 27 octobre au 17 novembre, trois personnes ont trouvé la mort.
Outre les deux adolescents électrocutés dans une centrale
EDF à Clichy-sous-Bois, le 27 octobre, parce qu'ils avaient voulu
échapper à la police, un retraité qui surveillait
les abords de sa résidence à Stains pour éviter
de nouveaux incendies est également décédé
le 7 novembre après une agression commise par un individu non
identifié. Son épouse a toutefois assuré qu'elle
privilégiait la thèse d'une vengeance non liée
aux violences urbaines. Un quatrième décès a été
enregistré le 21 novembre, après le retour officiel au
calme : un gardien de lycée est mort asphyxié à
Trappes alors qu'il tentait d'éteindre l'incendie de véhicules
provoqué par le jet d'un cocktail Molotov. Une habitante a par
ailleurs été grièvement blessée, le 2 novembre,
à Sevran, après avoir été aspergée
d'essence dans un bus. Elle a pu regagner son domicile après
plusieurs jours d'hospitalisation.
200 MILLIONS D'EUROS
Le ministère de l'intérieur a communiqué au Monde,
jeudi 1er décembre, des données précises en ce
qui concerne les forces de l'ordre, dont l'engagement maximum a culminé
dans la nuit du 13 au 14 novembre avec 11 500 policiers et gendarmes
mobilisés. 217 fonctionnaires et militaires ont été
blessés, dont 10 ont subi plus de dix jours d'interruption temporaire
de travail. Les forces de l'ordre ont été la cible de
tirs à balles réelles à Montfermeil, Grigny, Brest,
La Courneuve et Saint-Denis.
Les données
restent, en revanche, limitées pour les émeutiers alors
que les CRS et les gendarmes ont fait un usage important de grenades
lacrymogènes et de flash-balls. A Toulouse, un jeune homme de
21 ans a eu la main arrachée le 7 novembre par une grenade lacrymogène
qu'il tentait de renvoyer, selon la police, sur les forces de l'ordre.
Cinq policiers ont,
par ailleurs, été mis en examen pour avoir molesté
le 7 novembre un jeune homme à La Courneuve. Pendant cette période,
le SAMU de la Seine-Saint-Denis a, globalement, été moins
sollicité que d'habitude, selon Christophe Prudhomme, responsable
départemental de l'Association des médecins urgentistes
hospitaliers de France (AMUHF).
Les données
disponibles sont un peu plus précises sur le plan matériel.
La Fédération française des sociétés
d'assurance (FFSA) estime que le coût global devrait représenter
200 millions d'euros, dont 23 millions pour les quelque 10 000 véhicules
particuliers incendiés. La société d'assurance
mutuelle des collectivités locales (SMACL) a évoqué
le chiffre de 250 millions d'euros mais relativise aujourd'hui cette
évaluation après les premiers passages des experts sur
le terrain. Le ministère de l'intérieur évoque
la dégradation ou l'incendie de 233 bâtiments publics et
74 bâtiments privés dans 300 communes.
L'essentiel du coût
découle des dégradations commises sur des bâtiments
publics. Avec l'aide de la police, l'éducation nationale a recensé
255 atteintes aux biens ou aux bâtiments liées aux violences
urbaines dans les établissements scolaires du 1er au 16 novembre.
A la Tour-du-Pin, par exemple, l'incendie d'une école devrait
coûter 100 000 euros. A Brétigny-sur-Orge, la destruction
de trois salles d'une école devrait représenter 500 000
euros.
Proportionnellement,
ce sont les collèges qui ont signalé le plus de dégradations
(92 touchés sur un total de 5 200), devant les lycées
(49 sur 2 500) et les écoles (106 sur 51 000). Dans 20 % des
cas environ, les dégradations ont perturbé le fonctionnement
des classes.
De nombreux gymnases
ont été pris pour cibles. Selon la SMACL, les dégâts
représentent 6 millions d'euros à Noisy-le-Grand, 2 millions
à Massy, 2 millions à Clichy-sous-Bois, 1,6 million à
Villepinte, 1,85 million à Dunkerque, 2 millions au Mans.
La Poste a comptabilisé
une centaine de véhicules incendiés et 51 établissements
touchés, dont 6 qui ont dû temporairement fermer leurs
portes. La RATP a recensé 140 véhicules caillassés,
dont 10 bus et RER attaqués par des projectiles enflammés,
pour un coût global de 5 millions d'euros. Selon le ministère
de la culture et de la communication, une quinzaine de bibliothèques
ont été dégradées.
Des entreprises
ont subi des dégâts parfois considérables. Selon
les premiers bilans provisoires de la chambre de commerce et d'industrie
de Paris, qui regroupe des entreprises de la capitale et de la petite
couronne, une centaine d'entreprises ont été directement
touchées. Plus de 20 000 mètres carrés de locaux
ont par exemple été détruits à Aulnay-sous-Bois
dans l'incendie d'une concession Renault et d'une entreprise de textile.
Selon le ministère
de l'intérieur, 18 lieux de culte ont subi des dommages. A Romans-sur-Isère,
en particulier, un incendie a endommagé la toiture, l'autel et
du mobilier de l'église Saint-Jean-d'Ars. Des engins incendiaires
ont été lancés contre des mosquées de Carpentras,
Montbéliard et Lyon en provoquant des dégâts limités.
Deux synagogues ont été abîmées, à
Garges-lès-Gonesse et Pierrefitte-sur-Seine. Une grenade lacrymogène
a explosé, le 30 octobre, à proximité d'une mosquée
de Clichy-sous-Bois, favorisant l'entrée de gaz à l'intérieur
de la salle de prière.
Une partie de ces
actes ont fait l'objet d'un traitement judiciaire. Selon le bilan du
ministère de l'intérieur établi au 30 novembre,
4 770 interpellations ont été réalisées,
dont près de la moitié après la fin des incidents,
débouchant sur 4 402 gardes à vue. 763 individus ont été
écroués, dont plus d'une centaine de mineurs.
Selon le ministère
de la justice, 422 majeurs ont été condamnés en
comparution immédiate. La justice a en outre condamné
45 majeurs à des peines autres que la prison ferme (sursis, travail
d'intérêt général) et en a relaxé
59. Le ministère précise enfin que 152 personnes ont fait
l'objet d'une convocation dans un délai de dix jours à
deux mois. Sur les faits les plus graves, 135 informations judiciaires
ont été ouvertes (incendies et violences volontaires...).
Villepin annonce des mesures en faveur de l'égalité des
chances
Le Monde, vendredi
2 décembre 2005
Avec AFP et Reuters
Le premier ministre,
Dominique de Villepin, a présenté, jeudi 1er décembre,
lors de sa conférence de presse mensuelle, une série de
mesures en faveur de l'égalité des chances, dont certaines
feront l'objet d'un projet de loi que le gouvernement souhaite faire
adopter au cours du premier trimestre 2006. Le premier ministre compte
s'appuyer sur deux leviers - l'emploi et l'éducation - pour venir
en aide aux habitants des quartiers sensibles.
"UN CONTRAT DE RESPONSABILITÉ PARENTALE"
Concernant le volet
éducation, le gouvernement a annoncé des changements opérationnels
à la rentrée 2006, sans remettre en cause la loi Fillon.
Pour répondre
à l'échec scolaire et à l'absentéisme, le
gouvernement veut responsabiliser les parents des enfants en difficulté.
Un "contrat de responsabilité parentale" sera proposé
par un travailleur social agissant en liaison avec le chef d'établissement
et le maire. Il prévoiera un accompagnement personnalisé
de l'élève en difficulté et de ses parents. Si
les parents refusent de le signer, les allocations familiales seront
suspendues et placées sur un compte bloqué, une décision
relevant du président du conseil général.
Une évaluation
des élèves au cours de l'année de CE1, portant
sur la lecture et l'écriture, sera mise en place. Les élèves
de CE1 "devront bénéficier d'un programme personnalisé
de réussite éducative en lecture et en écriture
dans le cadre de groupes de moins de dix élèves",
a précisé le premier ministre. Cet "accompagnement
personnalisé" sera poursuivi "en dehors de l'école
grâce à la multiplication par deux des équipes de
réussite éducative", a-t-il ajouté.
Aujourd'hui 100
000 élèves, soit 10 % d'une classe d'âge, entrent
en sixième sans maîtriser la lecture ou l'écriture.
Des classes de rattrapage de moins de dix élèves seront
créées. Le ministre de l'éducation, Gilles de Robien,
remettra d'ici trois mois, pour la rentrée 2006, des propositions
sur les méthodes d'apprentissage de la lecture.
LYCÉES DE
ZEP RENFORCÉS
L'apprentissage
à 14 ans sera mis en uvre dès la rentrée
2006 et les jeunes "pourront retrouver à tout moment le
collège s'ils le désirent", a indiqué Dominique
de Villepin."Il s'agit, sans remettre en cause l'obligation de
scolarité jusqu'à 16 ans qui est un droit, de donner la
possibilité à des jeunes qui ne s'épanouissent
pas à l'école de s'engager dans des parcours différents",
a ajouté le premier ministre.
Les lycées
des zones d'éducation prioritaires (ZEP), dont le bilan est "contrasté",
selon le premier minsistre, seront renforcés, avec une meilleure
formation des enseignants, de meilleures conditions de rémunération
et de valorisation de carrière. Une classe de BTS sera ouverte
dans chaque lycée des zones d'éducation prioritaire.
Le nombre d'internats
d'excellence sera doublé et les bourses au mérite triplées.
UN LYCÉE
EXPÉRIMENTAL EN SEINE-SAINT-DENIS
Les grandes écoles
et les universités seront invitées à s'engager
avant la rentrée 2006 sur un système de tutorat (modèle
Essec) ou de filières spécifiques (modèle Sciences-Po)
pour les jeunes des ZEP.
Le lycée
parisien Henri-IV ouvrira à la rentrée 2006 une classe
d'accueil des élèves des ZEP (une trentaine) pour les
préparer aux classes préparatoires aux grandes écoles.
Ils seront logés et bénéficieront de bourses.
Richard Descoings,
directeur de Sciences-Po, est encouragé à lancer un lycée
expérimental en Seine-Saint-Denis où seront enseignés
les mêmes programmes que dans les autres établissements
scolaires mais avec des méthodes différentes.
Des préparations
aux concours administratifs dans un certain nombre de lycées
seront créées sur l'ensemble du territoire.
Sur le volet "emploi", le premier ministre a déclaré
que les jeunes habitants des zones urbaines sensibles (ZUS), suite à
un entretien à l'ANPE, se verront proposer dans les trois mois
qui suivront un emploi, une formation ou un stage. Le contrat-jeune,
réservé aux personnes avec un niveau bac (disposition
de la loi Fillon), sera étendu à l'ensemble des jeunes
des ZUS, quel que soit leur diplôme.
Le testing, méthode
qui consiste à présenter des jeunes d'origine européenne
puis des jeunes d'origine maghrébine ou africaine, pour prouver
la sélection opérée sur ces critères raciaux,
sera légalisé dans les entreprises, les boîtes de
nuit et les agences immobilières. Le CV anonyme sera également
expérimenté.
MÉCÉNAT
D'ENTREPRISE ENCOURAGÉ
La Haute Autorité
de lutte contre les discriminations (Halde) verra son pouvoir de sanction
augmenté, avec des amendes de 5 000 à 25 000 euros pour
les personnes morales. Créée par la loi du 31 décembre
2004 et présidée par Louis Schweitzer, la Halde ne peut
actuellement que servir d'intermédiaire entre ceux qui se disent
victimes de discrimination et la justice, et aider les plaignants à
rassembler les éléments de preuve et à constituer
leur dossier.
Quinze nouvelles
zones franches urbaines (ZFU) seront créées, certaines
des 85 existantes verront leur périmètre étendu
et leur durée de vie prorogé. Le mécénat
d'entreprise en faveur des PME dans les ZFU sera également encouragé
: les grandes entreprises qui investissent dans une PME présente
dans un quartier sensible pourront déduire de l'impôt sur
les sociétés 50 % des sommes investies, en plus des dégrèvements
de taxes. D'autre part, le fonds d'intervention en faveur du petit commerce
pourra intervenir plus facilement dans les zones franches.
UNE AGENCE DE LA
COHÉSION SOCIALE CRÉÉE
M. de Villepin s'est
également engagé à ce que, chaque année,
l'Etat réhabilite 30 galeries commerciales au lieu de 10 aujourd'hui.
La réglementation sera simplifiée pour permettre une implantation
des grandes surfaces et des multiplexes en ZUS.
Une agence de la
cohésion sociale et de l'égalité des chances sera
créée pour mieux concentrer les moyens et avoir une vue
globale et l'année 2006 devrait être "l'année
de l'égalité des chances, comme grande cause nationale".
"Nous disposerons désormais d'un instrument de pilotage
unique, proche des réalités du terrain et capable d'évaluer
les besoins réels", a indiqué le premier ministre.
Cette agence travaillera "naturellement en étroite concertation
avec les élus locaux", a-t-il précisé. "Je
demande à Catherine Vautrin (ministre déléguée
à la cohésion sociale et à la parité) de
préparer rapidement un comité interministériel
de la ville".
Les pouvoirs des
maires seront renforcés. Ils seront désormais chargés
de la coordination en matière de prévention de la délinquance.
Ils disposeront d'une véritable autorité pour exiger la
réparation de la part des délinquants. Les compétences
des polices municipales seront élargies.
Contre l'échec scolaire, le premier ministre prône le
suivi des élèves et des sanctions parentales
Christophe Jakubyszyn
Le Monde, vendredi 2 décembre 2005
C'est par une vaste
réforme de l'éducation que Dominique de Villepin a répondu,
jeudi 1er décembre, à la crise des banlieues. Plutôt
qu'une nouvelle loi sur l'école, le premier ministre a préféré
présenter un ensemble de mesures pour répondre à
l'échec scolaire et, surtout, accorder une attention particulière
aux élèves en difficulté et à leurs parents.
ZEP
Le chef du gouvernement justifie ainsi le rôle accru qu'il entend
donner à l'Etat : "Je ne me situe pas dans les débats
doctrinaux sur l'efficacité du modèle français,
je cherche les moyens de mettre en oeuvre concrètement et pratiquement,
pour tous les Français, nos principes républicains. Pour
cela, certains Français ont besoin d'un accompagnement personnalisé
en matière d'emploi et d'éducation." "L'école,
c'est le lieu de rendez-vous de la République", conclut-il.
Un contrat de responsabilité
parentale, assorti de sanctions, sera proposé aux parents des
enfants qui rencontrent des difficultés tellement lourdes qu'ils
perturbent l'établissement qu'ils fréquentent ou qui sont
même de facto déscolarisés avant 16 ans. Etabli
avec un travailleur social, en liaison avec les chefs d'établissement,
ce contrat pourra fixer aux parents des objectifs en termes d'assiduité
aux cours et de résultats scolaires, mais il aura également
trait à la situation et à l'accompagnement des parents
(cours de langue, aide à la recherche d'emploi).
La suspension des
allocations familiales sera décidée en cas de refus ou
de non-respect de ce contrat. Elles seront alors versées sur
un compte bloqué géré par le président du
conseil général, déjà responsable de la
gestion des caisses d'allocations familiales, et restituées si
les obligations sont de nouveau remplies. La gestion de ce compte par
le maire a été écartée, les risques de détournement
politique de la procédure étant jugés trop importants
(dans le cas d'une mairie détenue par le Front national, par
exemple).
Une partie de la
majorité réclamait la suppression pure et simple des allocations
familiale, mais Matignon juge cette proposition "injuste"
(elle ne concerne que les familles de plus de deux enfants) et "inefficace"
(la baisse des allocations est souvent compensée par la hausse
différentielle du RMI).
Un accompagnement
personnalisé sera mis en place, dès le CE1, pour l'apprentissage
de la lecture et de l'écriture. Alors que le premier ministre
affirme que 10 % des élèves, et 30 % dans les zones d'éducation
prioritaires, entrent chaque année en sixième sans maîtriser
ces deux matières, une évaluation nationale uniforme sera
mise en place au cours du CE1 pour tous les élèves. Le
non-passage de cette "barrière" se traduira par la
mise en place d'un dispositif d'accompagnement personnalisé pour
chaque enfant dans l'école (groupes de moins de 10 élèves)
et en dehors (multiplication par deux des équipes de réussite
éducative).
L'apprentissage
de la lecture sera modifié, notamment avec l'abandon de la méthode
dite "globale", dès la rentrée 2006. Même
si elle est déjà largement délaissée par
les enseignants, les manuels scolaires devraient officiellement la proscrire.
Le ministre de l'éducation nationale, Gilles de Robien, a été
chargé par le premier ministre de faire des propositions concrètes
à cet effet, dans les trois mois à venir.
La diversification
des parcours scolaires va être entérinée, avec notamment
la possibilité d'entamer un "apprentissage-junior"
dès 14 ans. Cette disposition, qui requiert une modification
législative, figurera dans le projet de loi sur l'égalité
des chances, qui sera présenté en conseil des ministres
avant la fin de l'année.
Les classes de BTS
(actuellement de 2 000) seront augmentées et chaque lycée
de ZEP devra obligatoirement en proposer au moins une dès la
rentrée 2006.
L'orientation des
élèves du collège au lycée et vers l'enseignement
supérieur sera mieux prise en charge par la création d'un
service public de l'orientation. Il devra notamment présenter,
sur Internet, toutes les statistiques nationales sur le taux de réussite
de chaque filière et qualification. Actuellement, 40 % des étudiants
entrant à l'université en sortent dépourvus de
diplôme et certaines filières présentent un taux
de réussite de 1 %.
Les zones d'éducation
prioritaires bénéficieront d'un renforcement des différentes
aides : la formation, la rémunération et la carrière
des enseignants y seront développées, les internats d'excellence
doublés et les bourses au mérite triplées. Les
efforts devraient être concentrés en outre sur 130 établissements
les plus en difficulté, par le biais de la remise à plat
de la carte des ZEP.
L'insertion dans
le marché du travail sera renforcée pour les jeunes issus
des quartiers défavorisés, confrontés à
un taux de chômage deux à trois fois supérieur à
celui de la moyenne nationale. En plus des entretiens actuellement menés
par l'ANPE avec les 70 000 jeunes issus des zones urbaines sensibles
(ZUS), le premier ministre a annoncé, jeudi, l'extension des
contrats-jeunes créés par François Fillon en 2003
et réservés jusque-là aux jeunes de moins de 23
ans de niveau bac. Ils leur seront désormais proposés,
quel que soit leur niveau de diplôme.
Les dispositifs
anti-discrimination seront renforcés avec notamment la légalisation
du "testing". La loi va permettre à la et la Haute
Autorité des discriminations de sanctionner les personnes morales
(entreprises, boîtes de nuit, agences immobilières) qui
seraient prises en faute avec des amendes pouvant aller jusqu'à
25 000 euros. Enfin, les entreprises de service public devront lancer
des expérimentations de CV anonyme et le ministre de la fonction
publique définira, avec les organisations syndicales, les moyens
de diversifier les recrutements.
UN NOUVEAU FRONT
s'est ouvert, mercredi 30 novembre, dans la rivalité Sarkozy-Villepin.
A la veille de la conférence de presse du premier ministre, le
numéro deux du gouvernement a souhaité, dans son discours
de clôture consacré à la convention de l'UMP sur
les "injustices", "déposer le bilan des ZEP (zones
d'éducation prioritaires)", qui, selon lui, ont "échoué".
Alors que M. de
Villepin, dans le quotidien 20 minutes, avait estimé "qu'il
fallait faire plus et mieux en direction des ZEP", M. Sarkozy a
fait valoir que c'était un objectif "en deçà
de nos besoins". Il en a appelé aux mânes de la "loi
Jospin de 1989 pour mettre effectivement les élèves au
centre du dispositif". Interrogé à l'issue de son
discours, M. Sarkozy a nuancé ses propos, précisant qu'il
fallait "donner de véritables moyens aux ZEP, avec des professeurs
mieux payés et moins d'élèves par classe",
affirmant qu'il n'y avait "pas de différence" entre
le premier ministre et lui.
La FCPE a jugé
"dramatique pour l'école que les combats (pour la présidentielle)
aboutissent à rendre illisibles les débats sur l'avenir
de la jeunesse". Le SGEN-CFDT a estimé "effarants et
scandaleux" les propos de M. Sarkozy.
Le ministre de l'éducation,
Gilles de Robien, a déclaré, lui, qu'il ne voyait "aucune
raison de demander le dépôt de bilan des ZEP".
LEXIQUE
DÉFINITION.On
trouve deux structures d'aides : les zones d'éducation prioritaires
(ZEP) créées en 1981 et les réseaux d'éducation
prioritaires (REP), créés en 1999.
EFFECTIFS.707 ZEP et 809 REP en 2004 en France métropolitaine
et dans les DOM, concernent 8 336 écoles et collèges et
lycées. 1,7 million d'élèves en 2003 (un sur cinq).
RÉPARTITION.Elle est inégale. La part des collégiens
qui relèvent de l'éducation prioritaire va de 8 % dans
les académies de Rennes ou de Limoges à 31 % dans celle
de Lille et 36 % dans celle de Créteil.
La gauche et les syndicats se montrent très critiques après
les propos du premier ministre
Le Monde, vendredi
2 décembre 2005
Avec AFP
Les partis de gauche
et les syndicats ont accueilli tièdement les mesures annoncées,
jeudi 1er décembre, par le premier ministre, Dominique de Villepin.
Le porte-parole
du PS, Julien Dray, a estimé qu'il avait "voulu jouer les
Père Noël", mais qu'il n'y avait "rien" dans
sa hotte, si bien que les jeunes vont être "livrés
à eux-mêmes". "Nous avons un catalogue de mesures
qui visent à faire croire qu'il se passe quelque chose, mais,
en fait, il ne va rien se passer", a déclaré M. Dray
en commentant la conférence de presse de Dominique de Villepin.
Le porte-parole a relevé qu'il n'y avait "aucun engagement
budgétaire nouveau, aucune correction par rapport au budget 2006".
"Donc, on fait dans l'artifice pour masquer l'absence de politique",
a-t-il dit. Selon le député de l'Essonne, "la seule
mesure phare qui va concerner tous les jeunes consiste à généraliser
l'apprentissage, c'est-à-dire à faire que, dès
14 ans désormais, on mettra des jeunes à la porte des
écoles". "La vérité, a soutenu Julien
Dray, c'est que personne ne s'occupera d'eux, qu'on les déscolarisera
et qu'on va fabriquer ainsi des futurs délinquants."
Le président
du groupe communiste à l'Assemblée nationale, Alain Bocquet,
a lui estimé que le premier ministre "piochait des mesurettes
dans une boîte de rustines" et ne "répondait
pas à l'urgence sociale". "En réponse à
la relégation sociale qui frappe les quartiers populaires, il
faudrait un plan d'action de grande ampleur, durable et doté
des crédits correspondants", juge le député
du Nord. "Le premier ministre préfère se contenter
de saupoudrage et d'habillage plutôt que de revenir sur la série
d'allègements d'impôts accordés au capital et aux
contribuables fortunés", poursuit-il. Selon lui, "les
maigres coups de pouce promis aux zones d'éducation prioritaires
(ZEP) et le réaménagement au rabais des filières
d'apprentissage ne résorberont pas la fracture scolaire".
"VIDE SIDÉRAL"
Pour le syndicat
Force ouvrière, "en essayant de réagir aux urgences,
le gouvernement ne remet pas en cause les fondements de sa politique
économique qui accentue la fracture sociale et républicaine".
La CFTC juge de
son côté que "l'apprentissage à 14 ans ne doit
pas être une punition, mais demeurer une modalité d'accès
à la qualification adaptée à certains jeunes".
La CFTC rappelle que "l'accès à l'éducation
jusqu'à 16 ans est un acquis social durement acquis et qu'un
retour vers la situation antérieure ne peut être institué
dans la précipitation sans garantie. " Le syndicat estime
que sur "les annonces multiples du premier ministre, aucune appréciation
budgétaire n'a été annoncée alors que de
nouveaux allègements fiscaux ou sociaux ont été
promis". De son côté, l'association SOS-Racisme "prend
acte de la déclaration du premier ministre dans laquelle il reconnaît
le testing comme mode de preuve dans les affaires de discrimination".
Le principal syndicat
des enseignants du primaire, le SNUipp-FSU, a enfin déploré
le "vide sidéral" des propos de Dominique de Villepin
sur l'Ecole. "C'est stupéfiant ou alors c'est un choix délibéré
de ne rien dire sur une période capitale, sur le moment où
tout l'avenir des jeunes se construit", a déclaré
à Gilles Moindrot, secrétaire général du
SNUipp. "Le premier ministre n'a cité le primaire que pour
dénoncer la méthode globale d'apprentissage de la lecture,
qui est abandonnée partout depuis longtemps, et pour annoncer
une évaluation des capacités en lecture en CE1, évaluation
qui n'aura rien de nouveau puisqu'elle est déjà engagée
depuis cette année", a-t-il ajouté. M. Moindrot a
par ailleurs émis des doutes sur "l'efficacité d'une
simple multiplication d'évaluations". "Ce serait ironique
si ce n'était pas si triste", a-t-il conclu.
Nicolas Sarkozy provoque un tollé en proposant le "dépôt
de bilan" des ZEP
Le Monde, jeudi
1er décembre 2005
Avec AFP
En appelant mercredi
30 novembre, lors d'une convention de l'UMP sur les injustices, à
"déposer le bilan des ZEP", Nicolas Sarkozy a de nouveau
provoqué un tollé. Affirmant que la politique des zones
d'éducation prioritaire (ZEP) avait "échoué"
, le président de l'UMP a souhaité que l'on passe "de
la politique des zones prioritaires à la politique des élèves
prioritaires".
Selon M. Sarkozy,
"l'effort spécifique en faveur des ZEP représente
1,2% du budget de l'Education nationale. Il se résume à
deux élèves de moins par classe et à une prime
dérisoire, qui est largement compensée, sur le plan budgétaire,
par le fait que les enseignants sont en début de carrière
et ne coûtent pas grand chose".
Le ministre de l'éducation
nationale Gilles de Robien a répondu dans un communiqué
qu'il ne voyait "aucune raison de demander un dépôt
de bilan des ZEP", comme l'a fait Nicolas Sarkozy. "Sans l'éducation
prioritaire, que seraient nos quartiers aujourd'hui ? Je ne vois aucune
raison quant à moi de demander un dépôt de bilan
des ZEP", a-t-il déclaré.
"UN CONTRESENS
QUI NIE LA RÉALITÉ"
Ces propos ont provoqué
de vives réactions chez les syndicats de professeurs et de parents
d'élèves. "Je ne savais pas que M. Sarkozy était
ministre de l'éducation nationale", a ironisé Georges
Dupon-Lahitte, le président de la FCPE, principale fédération
de parents d'élèves. "Il est dramatique que les combats
sur qui sera candidat à la présidentielle aboutissent
à rendre illisibles les débats sur la question essentielle
qu'est l'avenir de la jeunesse", a-t-il regretté. "En
tant que président d'une fédération de parents,
j'attends que le premier ministre éclaircisse au sein de son
gouvernement qui est en charge de quoi et qui fait quoi", a-t-il
encore dit.
C'est un "contresens
qui nie la réalité", a de son côté déclaré
Gérard Aschieri, secrétaire général de la
FSU, pour qui "les ZEP n'ont pas de moyens qui compensent assez
les inégalités sociales. . Pour le secrétaire général
du Syndicat des enseignants (SE-Unsa), Luc Bérille, "ce
sont des propos outranciers et blessants pour ceux qui travaillent dans
les ZEP". "Sur quelle base se fonde-t-il pour tenir ces propos
? ", s'est-ili interogé.
Le secrétaire
général du Sgen-CFDT, Jean-Luc Villeneuve, a quant à
lui jugé "effarant" et "scandaleux" les propos
du ministre de l'intérieur. "On a rencontré le ministre
de l'éducation nationale lundi qui nous a dit qu'il souhaitait
relancer la politique des ZEP, il nous a annoncé une réunion
en janvier-février sur les ZEP", a rappelé M. de
Villeneuve.
Nicolas Renard,
président de l'Observatoire des zones prioritaires (OZP), association
de professionnels et d'experts des ZEP, a déclaré mercredi
que les propos de Nicolas Sarkozy sur l'échec des ZEP étaient
"trop rapides". "Il y a une vraie question en terme de
résultats, mais il y a des endroits qui ont très bien
travaillé". Sur la question du coût des ZEP, M. Renard
a déploré un "saupoudrage des moyens". "C'est
là-dessus qu'il faut probablement réfléchir et
se remettre au travail", a-t-il expliqué.
Paris-VI et Sciences-Po planchent sur un lycée d'excellence
en banlieue
Catherine Rollot
Le Monde, vendredi 2 décembre 2005
Ouvrir un lycée
expérimental à partir de la mise en commun des bonnes
pratiques éducatives des lycées difficiles. L'idée
est encore à l'état de proposition mais elle est déjà
reprise par Dominique de Villepin. A l'origine de ce projet, Richard
Descoings, directeur de Sciences-Po Paris et Gilbert Béréziat,
président de l'Université Pierre-et-Marie-Curie (Paris-VI),
qui y travaillent depuis le début de l'année 2005.
" Nous sommes partis du constat qu'il existait localement des réussites
au sein d'établissements qui cumulent pourtant beaucoup d'handicaps,
mais faute de moyens ou de mutualisation, elles ne sont pas systématisées",
explique Ricard Descoings. Le directeur de Sciences-Po a donc décidé
de réunir autour de lui une vingtaine de professeurs et de chefs
d'établissement mais aussi des associations qui ont fait leurs
preuves sur le terrain afin de " mutualiser les bonnes pratiques".
Le rassemblement de toutes ses idées devrait, selon M. Descoings,
aboutir à court terme au "lycée que nous rêvons
d'offrir aux lycéens, à leurs familles, à leurs
enseignants et à la République". Ce lycée
" idéal" ne se veut pas un " lycée d'élite".
Le "lycée
expérimental" sera un établissement public, qui respectera
totalement la carte scolaire et les programmes nationaux. L'innovation
se trouvera dans un suivi scolaire personnalisé, une intégration
de l'information et de l'orientation très en amont ainsi qu'une
liaison très forte avec les entreprises. " Nous travaillons,
par exemple, sur l'idée d'internaliser au sein de cet établissement
toutes les formes de soutien scolaire qui ne sont pas accessibles par
la plupart des élèves des quartiers défavorisés
faute de moyens financiers suffisants".
Le lycée
pourrait proposer un internat pour permettre à des élèves
qui étudient souvent dans des conditions difficiles d'avoir un
lieu propice au travail. Un système de bourse financé
par des entreprises est aussi à l'étude. Autre différence
par rapport à un établissement classique : les professeurs
de l'éducation nationale seront recrutés sur la base du
volontariat. L'ouverture de cet établissement pourrait se faire
dès la rentrée 2006. "La balle est maintenant dans
les mains des politiques", considère M. Descoings qui a
envoyé un mail pour présenter son projet à une
quarantaine d'élus de tout bord. "Pour l'instant personne
ne m'a dit, c'est d'accord on y va", précise M. Descoings
qui se dit par ailleurs favorable à la proposition défendue
jeudi 1er décembre par le député Manuel Valls (PS,
Essonne) d'orienter les meilleurs élèves de chaque lycée
français vers les classes préparatoires aux grandes écoles
(CPGE).
Le projet de M.
Descoings de créer un lycée d'excellence en zone défavorisée
n'est toutefois pas le premier. Le recteur de l'académie de Créteil
a, par exemple, chargé Ghislaine Hudson, proviseur du lycée
Joliot-Curie de Dammarie-Lès-Lys (Seine-et-Marne) d'une mission
de ce type en Seine Saint-Denis.
Ecole : la sauvegarde
d'un moule
Ouvrir davantage
les filières d'excellence conforte un peu plus le système
et ne s'attaque pas à la diversification des voies de réussite.
Emmanuel DAVIDENKOFF
Libération, vendredi 02 décembre 2005
En dépit
de la bascule de la notion de "discrimination positive" vers
celle d'"égalité des chances", le gouvernement
persiste dans la même logique et applique à l'éducation
une forme d'état d'urgence qui ne fait que repousser à
demain les réponses aux questions qui se posaient hier. L'histoire
des ZEP l'a pourtant montré : quelle que soit la bonne volonté
des personnels d'éducation, il ne suffit pas de créer
des espaces d'exception pour enrayer les mécanismes d'exclusion,
a fortiori quand "donner plus à ceux qui ont moins"
se traduit, sur le terrain, par "donner à peine plus à
ceux qui ont beaucoup moins".
La question la plus
névralgique, et aussi la plus hérétique, n'est
probablement pas "comment donner plus" mais "comment
donner autrement" sans brader pour autant l'intégrité
des savoirs à transmettre. Le hic, c'est que poser la question
induit que le système éducatif, s'il ne crée pas
les inégalités, contribue au moins à les maintenir
; voire qu'il en remet une couche, dans sa propension compulsive à
hiérarchiser "bonnes" et "mauvaises" filières,
à classer "bons" et "mauvais" élèves,
phénomène qui n'exprime aucune échelle de valeur
cohérente (il y a aussi des "mauvais" élèves
dans les classes d'Henri-IV).
De ce point de vue,
le réflexe du gouvernement - comme du PS - consistant à
tenter de produire de l'égalité en ciblant les classes
préparatoires aux grandes écoles en dit long. Message
sous-jacent : le seul modèle d'excellence qui vaille est celui
des prépas ; la République fraternelle est prête
à y accueillir tous ses enfants, à condition qu'ils passent
sous les fourches caudines de cet unique instrument de "réussite".
Le recours à
l'apprentissage précoce ressortit à la même logique
: plutôt que d'interroger l'incapacité du collège
à diversifier ses approches pédagogiques, le gouvernement
externalise le problème en direction des entreprises, après
l'avoir fait en direction des associations via les "ateliers relais"
pour collégiens en instance de décrochage. Il ne s'agit
là ni de "donner plus" ni de "donner autrement"
mais de "donner ailleurs", quitte à exhumer des approches
pédagogiques alternatives finalement bien pratiques pour prendre
en charge les élèves qui ne rentrent pas dans le moule
(les pédagogues ont l'habitude : quasiment tous leurs théoriciens
ont forgé leurs outils au contact d'enfants en rupture, de Makarenko
à Korczak, de Montessori à Pestalozzi, etc.).
Seule Sciences-Po
est allée plus loin, ne se contentant pas d'aider des élèves
de ZEP à passer son concours d'entrée, mais créant
une voie d'accès parallèle (lire page 6). Pour les concepteurs
de cette formule, il va de soi que c'est la nature même du concours
qui définit le profil des élèves qui réussiront
et, en creux, celui de ceux qui échoueront à tout coup.
Etendre à
l'ensemble du système éducatif cette philosophie - celle
d'une authentique diversification des voies de réussite et non
d'une hiérarchisation permanente entre "bonnes" et
"mauvaises" filières, génératrice de
frustrations et d'exclusion - exigerait une réforme d'une ambition
que ni la droite ni la gauche ne semblent prêtes à assumer,
d'autant qu'elle n'interroge pas seulement l'école (les grandes
écoles tirent aussi leur prestige de la pérennité
du sauf-conduit social et professionnel qu'elles délivrent dans
les entreprises et la haute fonction publique). Elle seule, pourtant,
permettrait de passer de la "discrimination positive" à
l'"égalité des chances". Et ferait peut-être
oublier que la situation actuelle est en partie le produit de trois
ans et demi de choix budgétaires, pédagogiques et politiques
qui ont privé l'Education nationale du peu de marge de manoeuvre
dont elle disposait pour permettre à ses personnels d'aider plus
et mieux les élèves en difficulté.
Le ministre de l'Emploi annonce un plan ambitieux pour les jeunes en
difficulté.
Borloo, trésorier de l'Education nationale
Emmanuel DAVIDENKOFF
Libération, jeudi 25 août 2005
Sur le papier, au
moins, le dispositif de lutte contre l'échec scolaire le plus
spectaculaire depuis le retour de la droite au pouvoir n'est pas porté
par l'Education nationale, mais par le ministre de l'Emploi, Jean-Louis
Borloo. Ce dernier doit détailler ce matin en Conseil des ministres
les volets 15 et 16 de sa loi de cohésion sociale, dévolus
aux "dispositifs de réussite éducative".
Pas question évidemment
de laisser dire que Borloo fait le travail de l'Education nationale
; le ministre insiste sur le fait que ses actions "s'arrêtent
à la porte de l'école". Il n'empêche : budgétairement
et méthodologiquement, ni Luc Ferry ni François Fillon
- qui avaient pourtant fait de la lutte contre l'échec la colonne
vertébrale de leurs discours - n'avaient été aussi
loin.
Promesses. D'abord
parce que Borloo annonce un investissement que l'Education nationale
ne peut s'autoriser : 1,4 milliard d'euros sur cinq ans, à savoir,
selon Borloo, "deux fois plus que tout le budget de la politique
de la Ville du gouvernement Jospin". Pour l'heure, 31 millions
d'euros "seulement" ont été engagés,
mais la circulaire appelant à la constitution "d'équipes
de réussite éducative" n'est sortie que fin juin.
Or plus de 200 projets sont déjà remontés, au coeur
de l'été, qui concerneront dès cette année
60 000 enfants et adolescents de 2 à 16 ans. A ce rythme, l'objectif
de 750 projets d'ici à 2009 devrait être atteint facilement
- à condition que le budget suive, ce qui n'est jamais garanti
avec Borloo.
Usage de la manne
promise : apporter un "soutien individualisé aux jeunes
en fragilité en prenant en compte la globalité de leurs
difficultés scolaires, sanitaires et sociales". Ce qui,
selon Borloo, pourra passer par des aides très immédiates
: "Quand un enfant a besoin de voir un ophtalmo et qu'il faut faire
50 km pour avoir un rendez-vous rapide, on lui paiera le déplacement
et la visite." Qui gérera ces financements ? Des équipes
pluridisciplinaires ad hoc, composées de professionnels en activité
(éducateurs, pédiatres, psychologues, orthophonistes,
nutritionnistes, etc.) dépendant de structures existantes (Education
nationale, caisses d'allocations familiales, collectivités, organismes
de santé publique, offices HLM, etc.) qui se fixeront des objectifs
qualitatifs précis. Le financement moyen devrait être de
500 000 euros par équipe. Pas question pour autant d'imposer
des quotas et des méthodes d'en haut : le passage d'une logique
territoriale à une logique d'aide individualisée impose
de pouvoir faire de la dentelle. D'où le "contrat de confiance"
que Borloo propose aux équipes : "On vous donne l'argent
; utilisez-le au mieux pour les enfants, et on contrôlera a posteriori."
Le choix de cette
formule repose sur une conviction que Borloo a forgée voici plusieurs
années : "J'étais alors maire de Valenciennes ; une
maîtresse m'avait expliqué qu'elle savait dès le
jour de la rentrée quels élèves risquaient de décrocher
faute d'un environnement suffisamment protecteur - en matière
de santé, de logement, de maîtrise de la langue, etc.".
Il y a deux ans,
Borloo découvre dans le Colorado (Etats-Unis) le Perry Preschool
Project. Créé en 1962, ce programme de soutien aux enfants
et aux familles défavorisées aurait si bien fait ses preuves
que le Nobel d'économie James J. Heckman estime que chaque dollar
investi pour assurer un minimum de bien-être à un enfant
défavorisé aurait permis à la collectivité
d'en économiser 17 dans les trente-cinq années suivantes
- en dépenses d'insertion, de santé, de justice, etc.
(1). La religion de Borloo est faite : "Concentrer des moyens sur
les enfants fragiles, le plus tôt possible, donne des résultats
spectaculaires."
Recrutements. L'autre
coup de pouce de Borloo à l'école se mesure aussi en espèces
sonnantes et trébuchantes : pour la première fois depuis
2002, un ministre de l'Education nationale a pu annoncer hier 40 000
recrutements (lire ci-contre). Financés par la politique de la
ville. Borloo ministre de l'Education bis ? Il s'en défend :
"Tout le monde sait que l'école ne peut pas répondre
seule aux défis sociaux et urbains." Ce qui n'empêchera
pas le ministre de l'Emploi de rappeler aujourd'hui les deux autres
volets "égalité des chances" de sa loi : le
financement d'internats éducatifs et le soutien à la politique
d'ouverture sociale des grandes écoles. Au total, une politique
éducative qui pourrait être celle de l'Education nationale.
Les moyens en plus...
(1) www.highscope.org
Remake de la loi anticasseurs de 1970, refonte des lois sur les stupéfiants
et sur les délinquants, le gouvernement durcit le ton après
les émeutes.
La droite dégaine sa rengaine sécuritaire
Emmanuel DAVIDENKOFF,
Dominique SIMONNOT, Jacky DURAND et Matthieu ECOIFFIER
Libération, mardi 29 novembre 2005
Cela rappellera
à certains de vieux souvenirs... Pour lutter contre "les
violences en groupe", Nicolas Sarkozy prépare un remake
de la "loi anticasseurs" votée en 1970, pour réprimer
les manifestations de l'après-Mai 1968. Selon l'entourage de
Sarkozy, "après trois semaines de violences urbaines, la
classe politique et l'opinion sont prêtes".
Retour dans les années 70. En vertu de la loi anticasseurs, des
gens attrapés au hasard de manifs, pour le seul fait de s'être
trouvés là, furent condamnés. Un magasin pillé
? Une vitrine cassée ? Des affrontements avec la police lors
de distributions de tracts ? Peu importait qui, il suffisait d'être
à proximité.
Les arrestations,
les condamnations pleuvent indistinctement, même si la riposte
s'organise entre avocats, magistrats du jeune Syndicat de la magistrature,
intellectuels et militants. Cette "responsabilité collective"
heurte de plein fouet un principe du droit pénal, selon lequel
chacun est responsable de ses propres actes et pas de ceux de son voisin,
sauf au risque d'injustices flagrantes.
"Armes".
Hier, pourtant, au ministère de l'Intérieur, on disait
: "Nous avons connu par le passé, dans notre droit, cette
responsabilité collective. Aujourd'hui, la question se pose en
matière de violences urbaines, nous y réfléchissons
en examinant différents cas de figure, celles des violences graves
ou avec armes. Nous devons adapter la riposte en fonction de l'attaque
tout en maintenant le champ des libertés publiques. Pour le moment,
c'est un chantier, mais le débat mérite d'être posé
devant le Parlement." Hier, Nicolas Sarkozy a aussi annoncé
aux préfets la relance de deux dossiers (retoqués lors
de son premier séjour au ministère de l'Intérieur)
: son projet de loi sur la prévention de la délinquance
et la réforme de la loi de 1970 sur les stupéfiants. Des
textes très critiqués à l'époque pour leur
approche sécuritaire. Il songe aussi à revenir sur "l'ordonnance
de 1945" sur les mineurs, assénant : "Les mineurs de
1945 ne sont pas ceux de 2005." Mais l'ordonnance de 1945 n'a déjà
plus de "1945" que le nom, tant elle a été réformée
et durcie ces dernières années, notamment en 2001, 2002,
2004 et... 2005. Au ministère de la Justice, dont - tout de même
- dépend le traitement de la délinquance juvénile,
on assure que Pascal Clément "a le dossier en mains, et
fera connaître en temps utile des options".
Devant les préfets,
le ministère de l'Intérieur a détaillé son
plan de prévention de la délinquance appliqué aux
bancs de l'école. En matière d'éducation, Sarkozy
se nourrit à tous les râteliers. A la gauche, il emprunte
une relative confiance dans les vertus du "collège unique"
qui doit offrir "des apprentissages différenciés,
adaptés, voire manuels bien sûr en même temps que
tous les autres savoirs fondamentaux". Mais "il ne faut pas
exclure les jeunes trop tôt du circuit général".
Une pierre dans le jardin de Villepin-Robien et leur projet d'"apprentissage
à 14 ans". Il souhaite aussi le recours aux "classes-relais
pour les jeunes en rupture dans les quartiers sensibles". Inventées
par la gauche et développées par la droite, ces structures
tentent avec un succès mitigé de remettre dans le droit
chemin scolaire des collégiens en instance de rupture. A la droite,
Sarkozy reprend l'idée de taper au portefeuille les parents via
les caisses d'allocations familiales en réclamant plus de fermeté
dans l'application du code de la sécurité sociale, qui
prévoit "l'obligation de présentation d'un certificat
de scolarité (...) comme condition de versement des prestations".
"Logique policière".
Au chapitre de la lutte contre le trafic de stupéfiants, Sarkozy
ressort de ses cartons ses propositions de réforme de la loi
de 1970, élaborées en 2003 par sa Mission de lutte antidrogue
(Milad). Pour lutter contre les trafiquants de shit, il s'attaque aux
clients. Et ce, en remplaçant les peines de prison "pour
simple usage" par des contraventions de classe V (1 500 euros maximum
et inscription au casier judiciaire pour charger les récidivistes).
"Ces mesures obéissent à une logique exclusivement
policière. Il s'agit de donner aux commissariats de quartier
quelque chose de valorisant à faire : interroger un jeune arrêté
avec une barrette de shit sur son revendeur. Car, pour les enquêtes
de patrimoines sur les trafiquants, ils n'ont ni les moyens ni les compétences
nécessaires", rappelle un expert. Le code pénal prévoit
déjà la possibilité de suspendre le permis de conduire
"pour une durée d'un an au plus et l'immobilisation pour
six mois au maximum du véhicule". Ce chantier de réforme
avait été abandonné par Matignon, en juillet 2004,
après un bras de fer entre ministères répressifs
et sanitaires. Ces derniers prônaient des amendes forfaitaires,
faisant valoir qu'avec 100 000 interpellations pour usage par an, le
seul résultat concret de cette réforme serait un engorgement
des tribunaux de police.
Ce n'est pas tout
: Dominique de Villepin doit annoncer aujourd'hui un projet de loi visant
à rendre plus difficiles les "mariages arrangés"
avec les étrangers.
Le Syndicat de la magistrature fustige l'"imposture" Sarkozy
Le 39e congrès
du SM s'est élevé contre la "faillite sécuritaire".
Jacqueline COIGNARD
Libération, lundi 28 novembre 2005
Sur l'affiche, dans
les têtes, dans les discours : Nicolas Sarkozy était le
personnage obsédant du 39e congrès de Syndicat de la magistrature
(SM, gauche), qui s'est tenu à Paris ce week-end, avec pour slogan
"2005, une année noire pour les libertés et la justice".
Des années de lois sécuritaires ont débouché
sur des émeutes dans les banlieues et l'instauration de l'état
d'urgence. "Il faut le marteler : on assiste à la faillite
sécuritaire ", s'énerve un orateur.
Pourtant, le ministre
de l'Intérieur, qui "a lancé une bataille symbolique
sur le langage" comme le relève un autre magistrat, gagne
des points dans l'opinion. En parlant de "racaille" et de
"Kärcher". "Vous connaissez l'Enchanteur des médias
modernes ?" demande un ancien militant qui a repris du service
en raison des récents événements. "C'est une
société de marketing politique qui travaille pour l'UMP
et qui a acheté sur Google une série de mots-clés
comme ceux-là (Libération du 8 novembre, ndlr). En tapant
ces mots, on arrive sur le site de l'UMP, qui se vante d'avoir recruté
3 000 nouveaux adhérents comme ça en quelques jours."
Cette rupture de
langage est un phénomène "marqué du sceau
de la fausseté et de l'imposture". Sarkozy se flatte d'employer
le langage du peuple ? "Il va dans les banlieues avec trois cars
de CRS, il ne connaît rien au langage du peuple. Ce langage-là,
c'est celui de l'extrême droite." Que faire ? Les uns proposent
de commencer par une analyse de ce qui s'est passé pendant les
événements récents et de publier "un livre
noir" : "Comment la justice a-t-elle fonctionné ? Comment
a-t-elle absorbé une telle production ? Personne n'a dit que
c'était bâclé, on peut donc continuer comme ça
et devenir de véritables chambres ardentes ?" Il s'agit
de remédier au "désert d'intelligence et de débat"
et à l'absence de relais politique - avec notamment un Parti
socialiste inexistant sur ces questions -, et de se méfier du
"confort de l'obéissance" dans lequel risque de se
réfugier une majorité de magistrats.
Les congressistes
ont adopté une motion réclamant la levée immédiate
de l'état d'urgence et l'abrogation de la loi de 1955. Le syndicat
appelle également à une consultation populaire sur la
question des banlieues.
Education
Xavier Cornu, de la chambre de commerce de Paris, dénonce l'apprentissage
précoce:
"L'orientation quasi définitive à 14 ans, c'est prématuré"
Emmanuel DAVIDENKOFF
Libération, lundi 28 novembre 2005
Le gouvernement
s'apprête à préciser dans les jours à venir
comment il compte mettre en oeuvre l'apprentissage à 14 ans.
Fervent promoteur de l'apprentissage en général, Xavier
Cornu est également un fervent opposant à sa mise en oeuvre
dès 14 ans. Explications de ce directeur général
adjoint de l'enseignement et de la formation à la chambre de
commerce et d'industrie de Paris.
Pourquoi le "fanatique"
de l'apprentissage que vous dites être s'oppose-t-il à
l'apprentissage à 14 ans ?
D'abord parce qu'un
jeune de 14 ans, quel que soit le milieu dont il est issu, n'a ni les
aptitudes physiques et comportementales, ni la maturité psychologique
pour endosser la responsabilité d'un contrat de travail. A fortiori
les 15 000 jeunes en situation de déscolarisation qui sont clairement
visés par le dispositif : ils savent à peine lire, écrire
et compter, sont dans un temps de révolte et pas d'intégration
- ce ne sont pas des conditions idéales pour être embauchés
! Un tel dispositif risque donc de se retourner contre le jeune : si
vous le faites entrer en apprentissage en lui expliquant que c'est une
"dernière chance", et que le contrat est rompu au bout
de trois mois, vous lui plongez la tête sous l'eau encore plus
profondément. On n'a pas le droit de jouer avec ça.
Même si cette
orientation est "réversible", comme le promet le gouvernement
?
Mais le vrai apprentissage
ne l'est pas ! Quand vous êtes apprenti boulanger, vous n'êtes
pas apprenti couvreur, encore moins collégien modèle puisque
vous étudiez moins. Donner une orientation quasi définitive
à 16 ans, c'est déjà très tôt. 14
ans, c'est vraiment prématuré. Je crois par ailleurs aux
vertus de l'errance pédagogique : on doit avoir le droit à
l'erreur, à l'hésitation, pour affermir ses choix, a fortiori
quand on est adolescent.
Vous ne croyez pas
aux passerelles ?
Si. Je constate
simplement qu'on ne sait pas les faire fonctionner. Exemple : aujourd'hui,
vous pouvez rejoindre l'université avec un bac professionnel.
Le taux d'échec est massif, pour la seule raison que ces jeunes
n'ont pas reçu la formation qui leur permettrait de suivre des
études longues généralistes, très conceptuelles.
Mais alors, que
fait-on des collégiens de14-16 ans en rupture scolaire ?
Mon point de vue
est que l'Education nationale ne peut les abandonner au motif qu'ils
ne correspondent pas à sa façon d'enseigner. C'est à
elle de s'adapter, d'individualiser les parcours et la pédagogie,
de repenser à ses modalités d'évaluation. Les apprentis
que nous formons sont tous ébahis de notre façon de les
évaluer, qui n'a rien à voir avec ce qu'ils ont connu
au collège : nous évitons les notes humiliantes, nous
utilisons l'évaluation - qui a toujours un caractère relatif
- comme un levier pour leur donner confiance, nous valorisons les acquis
des jeunes... L'Education nationale a sans doute besoin de moyens supplémentaires
pour y parvenir, mais aussi de s'ouvrir à l'idée selon
laquelle on peut former autrement qu'elle ne le fait et obtenir, à
l'arrivée, des gens tout aussi compétents.
Elle le fait dans
le domaine de l'apprentissage : elle accueille 13 % des 370 000 apprentis...
Certes. Et pourquoi
pas 30 % ? Quelle sera sa contribution à l'objectif gouvernemental
d'accueillir 500 000 apprentis dans les années à venir
? Si l'apprentissage a autant de vertus que le dit le ministre, alors
que l'Education nationale prenne sa part, au lieu de renvoyer sur l'entreprise
le traitement des enfants en difficulté.
Les entreprises
n'ont pas à contribuer à la formation ?
Bien sûr que
si, en tant que coformatrices, mais pas en tant qu'interlocuteur unique.
Je rappelle tout de même que la fonction d'une entreprise est
de produire de la valeur ajoutée et, dans l'idéal, de
créer de l'emploi de cette façon. Elle peut contribuer
à remédier aux problèmes sociaux du pays, via la
formation, mais sa mission première n'est pas de resocialiser,
d'apprendre un métier et de payer des jeunes de 14 ans dont la
loi dit depuis 1959 que leur place est à l'école ! Je
suis par ailleurs dépité que tous nos efforts pour valoriser
l'apprentissage, pour en faire une voie noble, soient niés par
l'équation qui vient d'être suggérée entre
"jeunes en rupture" et apprentissage. Elle conteste malheureusement
tout le travail que nous accomplissons pour mettre en confiance les
jeunes en apprentissage et pour leur donner le plaisir de réussir.
Or sans désir, il n'y a pas de plaisir.
La mixité sociale au ban de l'école
Une étude
montre que, sur l'académie de Bordeaux, 10 % des collèges
concentrent 40 % des élèves issus de l'immigration. Témoignages.
Michaël HAJDENBERG
Libération, jeudi 27 octobre 2005
Avant de théoriser
la discrimination positive, le constat de la discrimination "négative"
s'impose. Il a été récemment posé par les
sociologues Georges Felouzis, Françoise Liot et Joëlle Perroton
dans leur ouvrage au titre provocateur, l'Apartheid scolaire (1), qui
tente de décrypter les stratégies de choix des parents
lors de l'inscription de leur(s) enfant(s) dans une école. Dans
quel collège l'inscrire ? Celui du secteur, qu'on dit mal famé
et de niveau médiocre ? Celui d'un quartier chic voisin, pour
lequel il faudra obtenir une dérogation ? En travaillant sur
les prénoms de 144 000 élèves de 333 établissements
publics et privés de l'académie de Bordeaux - une méthode
très critiquée mais qui est la seule permettant de contourner
le refus républicain de comptabiliser les élèves
selon leurs origines -, les trois sociologues ont établi que
10 % des collèges concentrent 40 % des élèves issus
de l'immigration.
Le collège
Edouard-Vaillant de Bordeaux est l'exemple type de ce phénomène
de contournement de la carte scolaire et du risque de ghettoïsation.
Deux parents d'élèves expriment leurs doutes. Le principal
du collège tente de leur répondre.
"Ne pas faire
du collège un ghetto"
Claire (2), mère au foyer. Deux filles au collège et un
fils en CE2.
"J'ai une certaine
sensibilité, je suis bénévole pour aider des enfants
en difficulté, mais je ne vais pas aller droit dans le mur pour
des idées. Ma fille aînée était à
Edouard-Vaillant. Mais attention : elle a pris portugais dès
la sixième pour pouvoir être acceptée en seconde
à Camille-Julian [bon établissement hors secteur]. En
primaire, même les instits vous le disent : "Si vous voulez
que votre enfant réussisse, ne le mettez pas à Edouard-Vaillant."
En même temps, on ne peut pas faire de ce collège un ghetto.
Sinon, ça risque de nous péter un jour à la gueule.
Et puis ma fille aînée m'a bien dit que les rumeurs de
viols et de drogue étaient fausses. J'y ai donc mis ma deuxième,
qui a choisi le portugais également. Sauf que, cette fois, ils
ont mélangé ceux qui font portugais, dont beaucoup viennent
du Cap-Vert, et ceux qui font arabe. Cela fait beaucoup d'enfants dont
la langue maternelle n'est pas le français. Or, pour que la mixité
fonctionne, il faut un équilibre. Je me pose sérieusement
des questions pour le dernier, qui est en CE2. Je ne vais quand même
pas lui faire faire russe en première langue pour qu'il soit
dans un autre collège. De toute façon, ce sont toujours
les enfants de médecins ou d'architectes qui obtiennent plus
facilement des dérogations. Alors, parmi les gens plus modestes,
on en voit beaucoup se tourner vers le privé. Sauf que nous,
avec trois enfants, ce n'est financièrement pas possible."
"Je veux la
mixité, pas l'insécurité"
Sylvie, ancienne assistante de direction. Trois enfants, dont un fils
en CM1.
"J'ai trois
enfants. Pour le petit dernier, Louis, qui est en CM1, je me pose des
questions que je ne me posais pas il y a quelques années. Il
doit aller à Edouard-Vaillant, comme son frère aîné,
qui a aujourd'hui 20 ans et qui y a fait une bonne scolarité.
Il dit qu'il a fait de super voyages grâce à l'établissement,
qu'il a eu beaucoup de bons profs. Mais maintenant on voit des voitures
de flics devant l'établissement, et j'ai envie de protéger
Louis, même si je ne sais pas trop de quoi. C'est peut-être
une question de population. A Edouard-Vaillant, il y a 21 nationalités.
Pourtant, j'aime mon quartier. Je ne m'y suis jamais sentie en danger.
Je suis militante associative dans différents combats pour faciliter
l'intégration. Et je trouve que les ghettos, c'est insupportable.
Je veux la mixité. Mais pas l'insécurité. Je sais
bien que plus l'effet ghetto s'accentuera, plus l'insécurité
grimpera. Mais à Edouard-Vaillant, il y a quand même beaucoup
d'enfants très abîmés. Edouard-Vaillant, c'est le
choix du coeur. Mais le choix de la raison, c'est d'aller ailleurs.
On est obligé de faire des choix différents de ce qu'on
ressent."
"Les gens fantasment
la violence"
Alain Rebière, principal du collège Edouard-Vaillant.
"Tout le monde
est pour la mixité sociale. Mais pour les autres. A Edouard-Vaillant,
on reçoit plus d'élèves en difficulté qu'ailleurs.
Mais les bons, ils sont bons partout. Les gens fantasment les phénomènes
de violence. On doit encore réparer une réputation qui
date d'il y a quinze ou vingt ans. En fait, on ne va pas à Edouard-Vaillant,
mais on ne sait plus pourquoi. Moi je vends le collège, je fais
le VRP. J'invite les parents et les enfants à visiter l'établissement.
Il y a deux ans, j'ai même prêté la cour pour une
kermesse de l'école primaire. Des élèves du collège
ont voulu entrer. Les parents n'ont pas su gérer. Au lieu de
me prévenir, ils ont appelé les flics. Tous les parents
les ont vus et ça les a marqués, alors que, en quatre
ans ici, je n'ai jamais eu à appeler les flics. Avec une histoire
bête comme celle-là, on fait dix pas en arrière.
Mais, pour certains parents, tous les moyens sont bons pour éviter
le collège. Le quartier se découvre ainsi une formidable
communauté russophile ! Ça m'agace que notre travail ne
soit pas reconnu et ça m'agace qu'on stigmatise nos élèves
alors qu'ici, ils apprennent la tolérance."
(1) L'Apartheid
scolaire. Enquête sur la ségrégation ethnique dans
les collèges, Seuil, 233 pages, 19 euros.
(2) Les prénoms
ont été modifiés.
La majorité
des mineurs présentés aux juges étaient "inconnus"
des tribunaux
Nathalie Guibert
Le Monde, samedi 26 novembre 2005
CHIFFRES
Du 29 octobre au 18 novembre, selon le dernier bilan établi par
la chancellerie, 3 101 personnes ont été mises en garde
à vue à la suite des violences urbaines, 135 informations
judiciaires ont été ouvertes, 562 majeurs incarcérés
(dont 422 déjà condam- nés à des peines
de prison ferme) et 577 mineurs ont été présentés
aux juges des enfants (dont 118 ont été placés
sous mandat de dépôt).
MODE D'EMPLOI
En cours de procédure, le juge des enfants peut ordonner un placement
provisoire, un contrôle judiciaire, une détention provisoire
ou une liberté surveillée. Lors du jugement, en dehors
d'une peine, le mineur peut faire l'objet d'une mesure éducative
(une admonestation, une remise à parents, un placement ou une
mesure de réparation).
Ils sont français, ils ont 16-17 ans, des pères ouvriers
ou chômeurs, des mères plus ou moins débordées,
des résultats moyens à l'école. Et ils sont, pour
la grande majorité d'entre eux, inconnus de la justice. Les mineurs
déférés dans le cadre des récentes violences
urbaines en Ile-de-France ne correspondent pas au profil décrit
par le ministère de l'intérieur, celui de "racailles"
dont "80 %" seraient connus pour des faits de délinquance.
La police se fonde
certes sur le fichier des infractions constatées (STIC), dont
toutes ne débouchent pas sur des procédures judiciaires.
Mais éducateurs et magistrats soulignent qu'ils n'ont pas eu
affaire, ces dernières semaines, au lot commun des mineurs présentés
à la justice : il s'agit, cette fois, de jeunes rencontrant plutôt
moins de difficultés familiales et davantage scolarisés.
La majorité d'entre eux sont inscrits dans des formations professionnelles,
souvent en apprentissage.
A Bobigny, sur 89
mineurs présentés au tribunal dans le cadre des violences,
37 étaient "connus" au plan pénal ou civil,
une dizaine d'entre eux bénéficiant d'une mesure de protection
de l'enfance. A Créteil, parmi 77 mineurs déférés
mi-novembre, 15 seulement étaient connus par la protection judiciaire
de la jeunesse (PJJ). A Nanterre, sur 41 mineurs, 22 étaient
"inconnus en délinquance", alors que 13 faisaient l'objet
d'une prise en charge dans un cadre pénal. A Pontoise, 9 des
42 adolescents présentés étaient suivis par la
PJJ.
Le noyau dur des
mineurs délinquants n'a pas été impliqué
dans les émeutes, ou bien n'a pas été pris par
la police. La direction de la PJJ de la Seine-Saint-Denis a constaté
que ses foyers étaient restés très tranquilles.
"Certains des participants aux violences étaient motivés
par la haine et l'envie d'en découdre, mais il y avait aussi
une dimension ludique dans tout cela", estime Régis Lemierre,
du service éducatif auprès du tribunal (SEAT) de Nanterre.
Loin de toute revendication politique ou sociale, "la génération
"game boy" a agi comme dans un monde virtuel : il y avait
les copains, ça brûlait de partout, c'était fascinant",
précise-t-il.
Jean-Pierre Rosenczveig,
président du tribunal pour enfants de Bobigny, confirme cette
dimension, en citant l'exemple d'"un garçon de 15 ans, connu
du tribunal car suivi par l'aide sociale à l'enfance pour avoir
subi de graves maltraitances" : "Il dormait, à minuit,
quand les copains sont venus le chercher. Il est descendu, plus pour
aller jouer avec eux que pour casser. Il s'est trouvé mêlé
à l'agression de policiers."
Dans de nombreux
cas, les éléments fournis par la police n'ont pas permis
aux juges de mettre ces mineurs en examen. A Bobigny, ils ont attribué
le statut de témoin assisté à plus du tiers des
adolescents présentés. "Beaucoup ont évité
le contact avec la police, dans un jeu du chat et de la souris",
précise M. Rosenczveig. Bon nombre ont, au final, simplement
été remis à leur famille.
Sur la base des
enquêtes sociales réalisées pour les juges, se dessine
le portrait de ces adolescents : quelques récidivistes, des jeunes
entre deux eaux, d'autres sans histoires. "On n'a pas arrêté
les véritables émeutiers. On a tapé dans la petite
fraction de jeunes désoeuvrés qui ont assisté à
ce que d'autres faisaient", affirme un magistrat du parquet.
Eddy S. (tous les
noms et prénoms ont été changés), 16 ans,
est "connu". Vols, recels, dégradations de biens publics,
violences : depuis l'âge de 11 ans, il a accumulé une dizaine
d'antécédents judiciaires sérieux, mais bénéficie
d'un suivi éducatif depuis quelques mois seulement. Sa famille,
d'origine malienne, est installée dans la Seine-Saint-Denis depuis
dix ans. Son père est invalide ; sa mère, femme de ménage.
Il y a neuf enfants au domicile. Le couple vit séparé
et la situation des enfants est fragile. Eddy a été exclu
du collège avant la 3e. Il dit avoir "démissionné",
selon cette pratique illégale et inavouée de l'éducation
nationale qui consiste à faire signer une lettre de "démission"
aux élèves encore soumis à l'obligation scolaire.
L'adolescent demande de l'aide aux éducateurs. Il veut entrer
en apprentissage et devenir électricien.
Anton P., 16 ans,
a redoublé une fois, à l'école primaire, puis s'est
fait exclure du collège. Déscolarisé pendant plusieurs
mois, il a fini par trouver une place en CAP mais connaît des
difficultés. Il fume trop de cannabis. Ses parents sont sans
profession. Leur fils devrait bientôt être placé
par la PJJ.
Lucien G., 17 ans
et demi, père ouvrier retraité, mère au foyer,
affirme ne manquer de rien à la maison. Il prépare un
bac professionnel et souhaiterait poursuivre ses études en BTS.
Il est connu pour une infraction, commise il y a déjà
plusieurs années, pour laquelle il avait reçu une admonestation.
Farid E., 14 ans
et demi, a des parents séparés, un père ouvrier
et une mère sans profession, qui s'occupe seule de ses six enfants,
nés de plusieurs unions différentes. C'est un élève
en difficulté, inscrit dans une section d'enseignement adapté
au collège. Il est plutôt remuant, mais serviable à
la maison. Influençable, il s'est laissé convaincre de
faire le guet pour un "grand". Sa mère, inquiète,
veut déménager et quitter la cité.
Mohammed S., 17
ans, né au Maroc, est arrivé en France il y a quatre ans.
Il a un petit frère. Sa mère est nourrice ; son père,
sans emploi. Le jeune homme est en CAP dans le secteur sanitaire. Ses
résultats ne sont pas brillants : il aurait préféré
apprendre la cuisine. Mais il n'a aucun problème de discipline.
Il aimerait devenir pompier.
Dylan B., 17 ans,
le dernier d'une famille de quatre enfants, n'a, lui non plus, aucun
antécédent judiciaire. Son père est ouvrier spécialisé,
sa mère employée. Il a suivi une scolarité sans
encombre jusqu'en 4e. Quand il a commencé à moins bien
suivre, sa mère lui a obtenu une place dans un internat, pour
effectuer sa classe de 3e. Ses parents sont inquiets : après
son diplôme de vendeur obtenu en apprentissage, il n'a pas trouvé
d'emploi, malgré tous ses efforts.
Kevin V., 16 ans,
a quatre frères et soeurs. Il est en CAP par apprentissage. Ses
parents - père ouvrier, mère assistante commerciale -
ont divorcé et il continue de les voir. Un autre profil "rien
à signaler", comme disent les juges.
Nicolas Sarkozy
teste l'accueil de jeunes venus de ZEP au sein de la "fac Pasqua"
Le Monde, dimanche 27 novembre 2005
Nicolas Sarkozy
veut faire de ses deux bastions, le ministère de l'intérieur
et le conseil général des Hauts-de-Seine qu'il préside,
les vitrines de la discrimination positive, qui l'oppose à Jacques
Chirac. Vendredi 25 novembre, il a ainsi confié à Richard
Descoings, directeur de l'Institut d'études politiques de Paris,
une "mission pour que le pôle universitaire Léonard-de-Vinci
soit un laboratoire de discrimination positive". Il souhaite en
effet que cette université, souvent appelée "fac
Pasqua" en référence à l'ancien président
du conseil général des Hauts-de-Seine, accueille "des
jeunes issues de zones d'éducation prioritaire (ZEP), en leur
donnant la chance d'avoir un tuteur qui les aide pendant un an",
le département prenant en charge les frais de scolarité.
M. Descoings, qui devra faire rapidement ses propositions, mène
déjà une expérience semblable à Sciences
Po.
Le ministère de l'intérieur a également annoncé,
vendredi, la création d'une classe préparatoire au concours
de commissaire qui sera réservée à quinze étudiants
des quartiers populaires.
73 % des étrangers admis en France en 2004 l'ont été
au titre des migrations familiales
Le Monde, vendredi 25 novembre 2005
Avec AFP
L'immigration familiale représentait, en 2004, 73 % du total
des étrangers admis à résider pour au moins un
an en France, soit une augmentation de 2,5 % par rapport à 2003,
selon le rapport de l'Observatoire statistique de l'immigration et de
l'intégration, publié jeudi 24 novembre.
Ce rapport, mis
en place en juillet 2004 et rédigé sous la direction de
la sociologue Jacqueline Costa-Lascoux, est inclus dans le rapport du
Haut Conseil à l'intégration (HCI) que sa présidente,
Blandine Kriegel, a remis jeudi au premier ministre Dominique de Villepin.
En 2004, 102 619
étrangers ont été admis au séjour "au
titre des migrations familiales", contre 100 149 en 2003. L'observatoire
parle de "relative stabilisation" du nombre de ces entrées,
après les fortes hausses de 2002 (+22,3 %) et 2003 (+12,7 %).
L'ASILE COMME MOTIF
PREMIER
Concernant les motifs,
l'asile représente plus de 8 % des entrées d'étrangers,
l'immigration de travail compte pour un peu plus de 5 %, les visiteurs
représentant un peu plus de 4 %. L'observatoire souligne que
la France demeure le premier pays destinataire des demandes d'asile,
devant les Etats-Unis, l'Allemagne et l'Autriche, avec une augmentation
de 5,8 % des demandes entre 2003 (62 000 demandes) et 2004 (65 600 demandes).
Les cinq premiers
pays d'origine des demandeurs sont respectivement la Turquie, la Chine,
l'Algérie, le Congo et Haïti mais, par continent, les demandeurs
proviennent d'abord d'Afrique (29 441), d'Europe (16 350) et d'Asie
(11 200). La part des mineurs isolés est grandissante : 1 221
en 2004, contre 349 l'année précédente. Parmi tous
ces demandeurs, 11 292 ont obtenu l'asile.
En ce qui concerne
la répartition par zones géographiques, le rapport montre
que les étrangers entrants bénéficiant d'un titre
de séjour d'un an au moins sont pour les deux tiers d'entre eux
originaires d'Afrique, et qu'ils résident, pour la moitié
d'entre eux, en Ile-de-France.
2,5 MILLIONS DE DEMANDES DE VISA
Quant aux demandes
de visa, passées de 3 millions en 2002 à 2,5 millions
en 2003 (soit une baisse de 17 %), elles sont restées stables
en 2004. L'observatoire note à ce sujet que le taux de refus
de visa pour 2004 est le plus élevé (18 %) de ceux des
partenaires de Schengen. Concernant les 157 596 demandes de visa de
long séjour faites en 2004, on observe une nette décrue,
de 6,2 %, par rapport à 2003.
Par ailleurs, le
nombre d'étudiants étrangers est en baisse de 8 % en 2004
: 64 043 étudiants ont fait une demande de visa, contre 69 568
en 2003.
Enfin, le nombre de naturalisations a grimpé de 17 % avec 168
826 personnes qui ont acquis la nationalité française,
soit la moitié des demandeurs. Les personnes naturalisées
sont à 64 % originaires d'Afrique (Maghreb et Afrique subsaharienne)
à 16 % d'Asie, à 14 % d'Europe et à 5 % du continent
américain.
Le Haut Conseil
à l'intégration se félicite par ailleurs de la
forte adhésion au Contrat d'accueil et d'intégration (CAI)
des étrangers en situation régulière entrant en
France. Ce contrat, mis en uvre en janvier 2005, vise à
instaurer entre la France et les entrants "une relation de confiance
et d'obligations réciproques".
Le Haut Conseil à l'intégration rejette la discrimination
positive
Le Monde, vendredi
25 novembre 2005
Avec Reuters
Dans son rapport remis à Dominique de Villepin, jeudi 24 novembre,
le Haut Conseil à l'intégration (HCI) prône "la
mobilisation des acteurs du droit commun" et rejette toute idée
de discrimination positive en France, ainsi que toute "stratégie
ethnique et communautariste".
Pour le Haut Conseil,
qui a achevé ses travaux au moment où prenaient fin trois
semaines de violences dans les banlieues, "le pire serait que sur
la base de la crise actuelle (...) la tentation d'en finir avec la promesse
républicaine de l'égalité des droits et des chances
prévale au profit de la discrimination positive et des stratégies
ethniques et communautaristes".
Le HCI "regrette
que les mesures nationales d'égalité des chances déjà
mises en uvre n'aient fait l'objet que d'une communication épisodique,
sans que la politique d'intégration qu'elle impliquait ait été
clairement défendue à une bonne altitude, comme si l'intégration
était un sujet douloureux ou dangereux".
Critiquant implicitement
l'action menée par Nicolas Sarkozy, le Haut Conseil, présidé
par Blandine Kriegel, remarque également que "les principes
de la politique républicaine d'intégration défendus
avec continuité par le président de la République
ont été continuellement suspectés, et qu'au lieu
d'une action énergique de droit commun, ce sont d'autres solutions,
pourtant largement rejetées par l'opinion publique française,
inspirées du communautarisme, notamment celles de la discrimination
positive et des quotas ethniques, qui ont constamment été
présentées comme la panacée".
UNE AGENCE CHARGÉE
DE LA POLITIQUE D'INTÉGRATION
Le HCI préconise
la nomination de personnes ou de services référents en
matière d'intégration, au niveau national et local. Et
il appelle à la création, à terme, d'une agence
unique chargée des politiques d'intégration. L'agence
de la cohésion sociale et de l'égalité des chances,
dont la création a été annoncée par Dominique
de Villepin le 8 novembre, "pourrait organiser dans les territoires
de la politique de la ville une mise en synergie efficace de ses moyens
avec ceux de l'agence unique de l'intégration". Ainsi, dans
les départements de forte immigration, un sous-préfet
pourrait être désigné pour s'occuper des questions
d'intégration.
Le Haut Conseil
salue la création, en 2005, du comité interministériel
de contrôle de l'immigration. Celui-ci, qui se réunira
mardi prochain à Matignon, a pour objectif de s'attaquer à
l'immigration clandestine. Et il se félicite de la mise en uvre
de la loi de cohésion sociale et de la création de la
conférence nationale pour l'égalité des chances,
qui vise à établir "une véritable diversité
dans l'entreprise".
Racisme
Un collectif contre l'amnésie
Devoirs de mémoires multiplie les débats sur les tabous
de l'histoire.
Nicole PENICAUT
Libération, dimanche 27 novembre 2005
"Dès
la maternelle, on n'existe pas. Ni dans les contes, ni dans les livres
d'histoire. C'est comme si on n'avait jamais rien inventé. Cela
m'a posé un problème dans ma construction identitaire.
Heureusement que mes parents avaient une bonne bibliothèque..."
Noir, né
d'une mère d'origine martiniquaise et d'un père congolais,
Jean-Claude Tchicaya dit avoir vécu douloureusement l'occultation
de tout un pan de l'histoire. C'est comme ça qu'un soir d'anniversaire,
avec trois copains, dont le rappeur Joey Starr et Olivier Besancenot
(LCR), ils ont créé le collectif Devoirs de Mémoires.
Si celui-ci n'a rien à voir avec la Fédération
des Noirs de France, il vise le même objectif : lutter contre
les discriminations, en levant notamment les tabous de l'histoire. Car,
dit Jean-Claude Tchicaya, le racisme d'aujourd'hui trouve ses fondements
dans le refoulement du passé.
L'adjoint au maire
de Bagneux (Hauts-de-Seine) a créé le collectif en 2004.
Depuis, le petit groupe s'est enrichi d'une trentaine de membres - pour
le noyau dur -, organise des conférences mensuelles (Malcolm
X, les massacres de Sétif, traces de la colonisation dans la
société). Et ambitionne de faire vivre le débat
dans différentes villes, de pousser les jeunes à voter...
"Notez bien le "s" à "mémoires"",
précise Jean-Claude Tchicaya, pour qui la bataille contre l'amnésie
de l'histoire "n'est pas une affaire à régler entre
Noirs et Arabes". Il s'agit, ajoute-t-il, "de restaurer l'histoire
aux yeux de tous pour comprendre et déconstruire les mécanismes
discriminatoires qui agissent parfois d'autorité sans que personne
ne sache pourquoi... La vérité permettra l'apaisement
dans notre société".
La loi de février
2005 imposant l'enseignement d'une version "positive" de la
présence coloniale française n'a fait que renforcer la
détermination de ce collectif. Et des nombreuses associations
qui aujourd'hui revendiquent les devoirs de mémoires.
Racisme.
Louis-Georges Tin, à l'origine de cette fédération,
détaille ses motivations:
"Si on est conscient de son passé, on devient sujet de son
avenir"
Didier ARNAUD
Libération, dimanche 27 novembre 2005
Louis-Georges Tin,
31 ans, est universitaire. Ancien élève de l'Ecole normale
supérieure, il est maître de conférences de littérature
française à l'université d'Orléans et président
du comité Idaho, à l'origine de la Journée internationale
de lutte contre l'homophobie, en mai dernier. Il est aussi à
l'origine, avec Patrick Lozès (de l'association Capdiv), de la
Fédération des Noirs de France, regroupement de plus de
56 associations, dont la création est entérinée
ce samedi dans une salle de l'Assemblée nationale.
A quoi va servir cette fédération ?
Nous avons créé
ce mouvement parce que les Noirs représentent le plus grand groupe
social en France à ne pas être fédéré
(plus de cinq millions de personnes). Entre les diverses origines et
la multiplicité d'Etats, ces groupes sociaux dominés sont
souvent divisés. Des tentatives de regroupement ont déjà
échoué. De mauvaises langues ont dit qu'on n'arriverait
pas à construire une fédération. On y est. Nous
regroupons des Antillais, des Béninois, des Ivoiriens de France.
Le mouvement pourrait s'appeler le Cran (Conseil représentatif
des associations noires), parce que du cran, justement, il nous en faut...
Quelles sont vos
chances de pérenniser ce mouvement ?
Il y a une urgence
: les émeutes en banlieue, les hôtels sociaux qui brûlent.
Il nous faut être le trait d'union entre des populations désespérées
et des autorités négligentes, voire dédaigneuses.
Nous ne sommes pas affiliés à un parti politique. Les
partis doivent prendre en compte cette question noire. Nous allons poser
des questions aux candidats, lors de la présidentielle. Nous
voulons être un groupe de pression au sens classique, effectuer
un travail républicain. Nous voulons développer la représentation
politique, organiser des événements culturels - comme
par exemple un mois de la culture noire.
Votre démarche
est-elle communautariste ?
Si on ne fait rien,
on nous dit : "Vous êtes passifs et assistés."
Lorsqu'on agit, on nous dit : "Vous êtes communautaristes."
Je remarque que les gens qui se disent contre les communautés
sont contre certaines communautés, et pas d'autres. Notre fédération
est une tentative pour échapper à cette alternative. Nous
inscrivons notre action dans le cadre légal de l'Assemblée
nationale. On est tous communautaristes et universalistes. Aujourd'hui,
à l'Assemblée, des personnalités comme Basile Boli,
Manu Dibango, Stéphane Pocrain ou Fodé Sylla devraient
nous épauler.
Quel lien faites-vous avec ce qui s'est passé en banlieue ?
Certaines associations
et collectifs oeuvrent en banlieue. Il y a donc une représentation
des quartiers dans notre fédération. Ce qui s'y est passé
est frappant. Jusqu'à une certaine époque, les Noirs étaient
invisibles dans les banlieues. On ne parlait que des Arabes et de l'islam.
Et là, d'un coup, sont apparus comme maux la polygamie et l'éducation
des enfants, stigmatisés par Hélène Carrère
d'Encausse, et les Noirs racistes, avec Alain Finkielkraut (lire page
suivante). Disons que madame Carrère d'Encausse a eu le mérite
de voir qu'il y avait des Noirs, et le démérite de les
injurier. Pour le mouvement des banlieues, il s'agit de jeunes qui,
face à une violence sociale légale, répondent par
une violence illégale. La violence de l'Etat est en sourdine
: relégation sociale, immeubles déglingués. En
France, il y a des bidonvilles. Aux Antilles aussi.
Certains pensent
qu'il ne sert à rien d'évoquer la mémoire de l'esclavage.
C'est odieux de
dire que vouloir connaître ce passé nous empêcherait
de nous intégrer. On nous dit que cela va susciter un ressentiment
actif et violent, que les enfants à qui on le rappelle vont détester
la France. Il n'y a pas à transiger, le crime est là.
On en parle trop ? On n'en a jamais parlé ! Des gens dont l'histoire
ne s'enseigne pas sont forcés de se considérer comme des
citoyens de seconde zone. On ne peut construire des citoyens sur la
base de l'amnésie. Si on est conscient de son histoire, on peut
devenir sujet de son avenir. L'école qui nous aurait restitué
cette histoire-là serait peut-être davantage respectée.
Légitime défense ou bavure? Une cassette pourrait départager
policiers et habitants.
A Emerainville, rixe, mensonges et vidéo
Marc PIVOIS
Libération, lundi 21 novembre 2005
Coups de feu, pétards
? Lorsqu'ils entrent le 7 novembre dans la cité du Clos d'Emery,
à Emerainville (Seine-et-Marne), les policiers entendent des
détonations. Certains voient même "des éclairs"
venant d'un balcon. Ne s'estimant pas en force, ils rentrent au commissariat.
Dans les banlieues, depuis presque dix jours, on compte nuit après
nuit les voitures qui brûlent. Au Clos d'Emery, tout était
calme. Jusque-là.
Bêtes noires.
Ce quartier, c'est l'une des bêtes noires des policiers du commissariat
de Noisiel, dont dépend Emerainville. Rien à voir avec
les grands ensembles. Ici, les immeubles de deux étages "ressemblent
à des bungalows", dit une résidente. Les habitants,
presque tous d'origine malienne, le surnomment avec dérision
"Petit Bamako". Le maire, Alain Kelyor (UMP), craint que le
quartier contribue à faire de sa ville "la poubelle de la
Seine-et-Marne". Dans une lettre à ses concitoyens, en septembre,
il s'en prend aux gens du voyage et aux "Africains et polygames",
à leurs "familles avec trois femmes et vingt enfants".
Une manifestation houleuse, organisée le 1er octobre par SOS
Racisme devant la mairie, avait rassemblé une partie des habitants
du Clos d'Emery. "On a bien compris que, pour lui, la poubelle
de la Seine-et-Marne, c'est nous", juge Samba Diallo.
Retour au 8 novembre,
soit le lendemain des "coups de feu". Une enquête a
été ouverte par le procureur de Meaux, et une cinquantaine
de policiers, de la sécurité publique et de la police
judiciaire, investissent le quartier vers midi, à la recherche
d'armes. En vain. Mais, selon le parquet, ils découvrent dans
un box une voiture des services municipaux volée et désossée.
"Je vois qu'ils arrachent les portes des garages. J'approche, je
dis : "Qu'est-ce que vous faites, on peut les ouvrir normalement""
raconte Guimba Traoré. Il n'est pas le seul présent sur
les lieux. Ingrid Gauthier et son compagnon, Adama Diallo, 28 ans, sont
allés chercher les enfants à l'école. Ingrid porte
son bébé de 2 mois dans les bras ; leur garçon
de 2 ans leur tient la main. "J'ai refermé brusquement mon
box, car j'étais excédée. Au même moment,
Adama a haussé le ton. Un policier m'a attrapée par les
cheveux, tandis que d'autres ont mis brutalement Adama à terre
et là, ils se sont déchaînés sur lui : coups
de pied, de matraque..." Abdoulaye Diallo, le frère d'Adama
âgé de 17 ans, intervient. "J'ai juste voulu tirer
mon frère par le bras. J'ai pris aussitôt un coup sur la
tête. A quatre, ils m'ont frappé, à coups de pied
et de matraque."
Arrivé en
France à 20 ans et depuis ouvrier à la ville de Paris,
Guimba Traoré, 60 ans, croit pouvoir s'adresser aux policiers
: "Ils tapaient sur monsieur Diallo avec leur bâton, c'était
féroce. J'ai dit : "Arrêtez, vous allez le tuer !"
Un policier m'a dit : "Dégage, le vieux !" J'ai dit
: "Quoi, tu vas me taper moi ?" Il m'a laissé et j'ai
continué à regarder. Adama est resté par terre
plus d'un quart d'heure. Eux, ils faisaient les fiers : ils jetaient
leur matraque en l'air, la rattrapaient. On voyait qu'ils étaient
contents."
"Genou éclaté".
De la fenêtre de sa chambre, Aminata, 17 ans, étudiante,
devine la scène. Elle attrape son Caméscope, descend et
commence à filmer. "Adama était à terre. J'ai
commencé à filmer pendant qu'ils lui donnaient des coups.
Un policier me demande d'arrêter, j'arrête, car j'avais
peur." Aminata monte chez une copine dont le balcon donne sur la
scène. En chemin, elle croise d'autres policiers. "Ils ont
vu le Caméscope, ils ont dit : "On va vérifier qu'il
n'est pas volé", et, à quatre, ils me l'ont arraché,
de force, car je ne voulais pas leur donner."
Voilà la
version des habitants. Celle des policiers est différente : tout
se passait bien jusqu'à l'arrivée d'Adama Diallo et de
sa compagne qui se sont rebellés, les ont traités de "fils
de putes et enculés", et les ont frappés, aidés
par trois autres personnes. Les policiers ont été contraints
d'employer la force. Adama Diallo, commerçant, son frère
Abdoulaye, Mala K., 20 ans, Ismaella D., 22 ans, et Fabrice Lavoué,
28 ans, ont été emmenés en garde à vue.
Le soir, deux d'entre eux sont conduits à l'hôpital, aux
urgences. Six points de suture dans la bouche pour Adama Diallo et la
tête à recoudre pour Fabrice Lavoué, qui aurait
été frappé au commissariat. Jugés en comparution
immédiate le lendemain, condamnés pour "outrage,
rébellion et violences sur policiers", ils écopent
de douze à dix-huit mois ferme. Abdoulaye, mineur, est placé
sous contrôle judiciaire. Des peines "très lourdes",
reconnaît le parquet, qui indique qu'un policier a obtenu vingt
et un jours d'arrêt de travail pour "un genou éclaté",
et un de ses collègues dix jours.
Dès le soir,
des engins incendiaires sont lancés sur la mairie. Au Clos d'Emery,
une dizaine d'habitants écrivent leur témoignage. Ainsi,
Béatrice Langevin : "J'ai vu M. Diallo Adama couché
par terre, il se protégeait comme il pouvait pour éviter
les coups de pied et de matraque des policiers. Ils étaient six
à s'acharner sur lui."
"Pauvre diable".
Les frères Diallo, qui ont fait appel du jugement, s'adressent
à l'avocat Dominique Tricaut qui découvre l'épisode
du Caméscope. "Où est-il, qu'est devenue la cassette
? Dans quel cadre a-t-il été saisi, a-t-il été
manipulé depuis ?" s'interroge l'avocat. Il fait part de
ses doutes au procureur de la République de Meaux, René
Pech. Dès le lendemain, 17 novembre, celui-ci saisit le directeur
de la police judiciaire de Versailles "en le missionnant lui-même
personnellement" pour qu'il procède "à toutes
vérifications utiles concernant le Caméscope et son enregistrement",
précise le magistrat.
"Samedi, à
la prison de Meaux, j'ai dit aux frères Diallo qu'un film de
leur arrestation avait été saisi. Ils ont sauté
de joie. Ils m'ont raconté qu'un policier est venu les voir au
tribunal avant le procès et qu'il leur a fait un clin d'oeil,
en marchant normalement. Arrivé à l'audience, il boitait
comme un pauvre diable", raconte l'avocat. La cassette vidéo,
sous scellés au tribunal de Meaux, attend de livrer sa vérité.
Brève
Libération,
dimanche 27 novembre 2005
La prime à l'ordre
Vingt-deux mille
fonctionnaires ayant lutté contre les violences urbaines doivent
toucher d'ici à la fin de l'année une prime de 300 euros.
Mais cette annonce du directeur général de la police nationale
ne fait pas l'unanimité parmi les syndicats de police, dont certains
se demandent sur quels crédits cette prime sera prélevée
et sur quels critères elle sera attribuée.
TEMOIGNAGES ET REACTIONS
ECHANGES UDAS
A la Réunion
il ne s'est rien passé. Classiquement, les émeutes ont
lieu en décembre janvier, quand il fait chaud. Ici on ne brûle
pas les églises et les mosquées , on pille les magasins
; c'est plus sûr en terme de butin.
Didier
Marseille : très calme effectivement.
Les connaisseurs et anciens (militant et marseillais) autour de moi
mettent cela sur le compte
- du tissu associatif ( du religieux aux sports...) et politique
- de l'hétérogénéité de la répartition
de la population. Quartier nord certes mais un peu partout des quartiers
difficiles et en particulier un centre ville encore très mixte
concernant les répartitions sociales (Gaudin s'emploie à
toute vitesse pour rectifier le tir !)
- hétérogénéité et vie associative
associé à des ambiances de village. Les quartiers sont
en fait d'ancien village (il y a peu de temps encore) et l'on retrouve
la structure, ne serait ce que dans l'habitat (petites
maisons) et le lien entre les gens ( en tout cas ça limite un
peu les difficultés )
- Et puis le côté Fier d'être Marseillais, allez
l'OOOM. Qui aurait ce coup ci évité le phénomène
d'imitation. réaction opposé à Paris.
Voilà quelques
arguments entendus...
Le dernier pouvant très bien jouer dans les deux sens à
mon avis. Vous allez voir ce que vous allez voir, ou comme cette fois
ci, on n'est pas comme vous.
Erwan
Violence à géométrie variable
J'ajouterais volontiers
une analyse à celles qui figurent dans le dossier : l'exemple
de la violence vient souvent de catégories bien insérées
(agriculteurs, routiers, chasseurs, nationalistes, etc.), et cette violence
est rarement réprimée (ex. le saccage du bureau de Voynet).
Au contraire, les violents obtiennent gain de cause. Il y a donc en
France une véritable valorisation de la violence, légitimisée
comme instrument revendicatif, avec la bénédiction de
tous les préfets et ministres qui y donnent suite et reçoivent
les casseurs avec les honneurs. (pour ne rien dire de l'invisible violence
en col blanc).
Seule la racaille est intolérable, seuls les sauvageons doivent
se montrer responsables, seules les banlieues sont invitées à
se tenir tranquilles.
Pierre, traducteur, Mens (38)
Subject: [onpeutpaspousserlesmurs] Sarkozy et l'éducation
28 novembre 2005
Bonsoir,
Un extrait du discours fait par Sarkozy aux Préfets, aujourd'hui.
Ci dessous la partie sur le rôle de l'école.
Notons le rôle de la formation à la sécurité.
Nous voici rassurés.
J'en viens aux objectifs .
I - Notre priorité
absolue doit être de donner les mêmes chances aux jeunes,
aux enfants. On a évidemment beaucoup plus de chances de réussite
si on intervient tôt dans la vie d'un enfant plutôt que
d'attendre les difficultés de l'adolescence . Il faut donc intervenir
à l'école, car c'est là que tout commence.
Trois problèmes doivent nous préoccuper
* Le repérage précoce des troubles de comportement ; la
protection maternelle et infantile, qui est censée intervenir
jusqu'à 6 ans, s'arrête le plus souvent à trois
ans ; il faut qu 'elle intervienne jusqu'à six ans et au-delà,
en relation avec l'ensemble du réseau sanitaire et social. Je
suggère qu'une convention soit conclue au sein de chaque département
entre le conseil général, responsable de la PMI, et des
secteurs de pédopsychiatrie et le préfet pour organiser
cette coopération Vous devrez aussi faciliter les conventions
d'objectifs entre services de PMI ,de santé scolaire , et avec
la cellule de veille éducative du conseil général
, afin d'assurer le repérage précoce et la continuité
du suivi des enfants dont les troubles comportementaux ont pu être
détectés
- il vous faudra aussi inciter au développement des classes-
relais, pour les jeunes en rupture dans les quartiers sensibles. L'objectif
doit être que tout élève exclu d'un établissement
scolaire ne puisse l'être
définitivement sans qu'il ne soit prévu au préalable
une structure d'accueil adaptée (institut de rééducation,
SESSAD...).
*Le repérage
des difficultés familiales. Le rôle des parents est évidemment
central. Certains n'arrivent pas à l'assumer, matériellement
ou moralement. Le maire pourrait instituer, cela s'est déjà
fait, un "conseil pour les droits et les devoirs des familles"
pour rappeler la famille à ses obligations. Il pourra, s'il le
faut proposer un apprentissage du français aux parents qui en
ont besoin, ne serait-ce que pour retrouver une autorité sur
leurs enfants. Vous devrez jouer le rôle de facilitateur pour
l'institution de ces conseils, qui pourront par exemple apparaître
dans les programmes locaux de prévention .
* la question de
l'absentéisme scolaire. Le maire est responsable du recensement
des enfants en âge d'inscription scolaire ,mais il ne suffit pas
de rappeler cette obligation .Il doit être mis en situation d'y
répondre , et votre rôle est de l'y aider .
- Des exemples : vous devrez rappeler aux maires la portée de
l'obligation de recensement, qui vaut au-delà de l'école
primaire ; Vous demanderez aux caisses d'allocations familiales de rendre
effective
l'obligation de présentation d'un certificat annuel de scolarité,
prévue par le code de la sécurité sociale comme
condition de versement des prestations ; Vous demanderez à l'inspecteur
d'académie d'opérer un retour systématique d'information
au maire pour tous les cas de non-inscription signalés ; le cas
échéant, le maire pourra faire un signalement au procureur
de la République ;
-2) au collège
et au lycée ensuite
Au collège, doivent être apportées des réponses
à deux problèmes très
difficiles :
* Premier problème : celui du collège unique. Comment
répondre à des demandes d'enfants et de jeunes très
différents, sans exclure ? Je pense qu'il faut laisser une chance
aux jeunes jusqu'à ce qu'ils sortent de la scolarité obligatoire.
Cela veut dire bien sûr qu'il faut proposer des apprentissages
différenciés, adaptés, voire manuels bien sûr
en même temps que tous les autres savoirs fondamentaux , mais
cela veut dire qu'il ne faut pas exclure les jeunes trop tôt du
circuit général .Il faudra aussi pallier l'absence de
réseau des jeunes domiciliés dans des quartiers défavorisés;
ainsi vous devrez faciliter l'obtention des
stages obligatoires pour les élèves de 3ème au
sein des services de l'Etat placés sous votre autorité
: une circulaire va être diffusée en ce sens. Il faudra
aussi pouvoir proposer aux élèves en difficulté,
ou à ceux dont les conditions de vie ne permettent pas le travail
scolaire au domicile, une aide aux devoirs individualisée, là
encore cela peut être une action à prévoir dans
un programme local
Cette égalité des chances, elle peut passer aussi par
des conditions d'études différentes telles que les internats.
Pour beaucoup de jeunes, c'est le seul moyen d'avoir des conditions
d'études favorables. Dans
chacun de vos départements, je vous demande de recenser avec
le recteur les places d'internat disponibles pour pouvoir les proposer
à ceux qui en ont besoin .Et je vous demande aussi de proposer,
en lien avec le
président du conseil général, si cela paraît
nécessaire, la création d'internats de la réussite,
comme j'ai entrepris de le faire dans les Hauts de Seine, le département
construisant les locaux et le personnel
étant fourni par l'Etat - pour encadrer un petit nombre d'élèves
défavorisés et motivés pour les études
Au ministère
de l'intérieur, j'ai décidé de faciliter l'accès
au dispositif des cadets de la République ouvert aux jeunes en
difficulté sociale, en abaissant de 18 à 16 ans l'âge
d'intégration dans la
formation des cadets de la police. A compter de 2006, ce dispositif
sera étendu, toujours dans la limite globale de 1 000 postes
aux jeunes de 16 à 18 ans qui pourront ainsi se préparer
au CAP ou au BEP des métiers de la sécurité, et
par ce biais, s'ils le souhaitent, reprendre des études longues
dans le cadre du nouveau bac professionnel "sécurité
prévention" qui ouvrira en septembre 2006 dans plusieurs
lycées professionnels.
<*> Pour consulter
votre groupe en ligne, accédez à :
http://fr.groups.yahoo.com/group/onpeutpaspousserlesmurs/
----- Original Message -----
*From:* Cimade IDF-Champagne <mailto:poste-idf@cimade.org>
*To:* "Undisclosed-Recipient:;"@wanadoo.fr
<mailto:%22Undisclosed-Recipient:;%22@wanadoo.fr>
*Sent:* Thursday, November 24, 2005 12:07 PM
*Subject:* Contre l'état d'urgence : Saisine citoyenne du Conseil
Constitutionnel
URGENT!!!!
FAIRE CIRCULER CE MAIL
Contre l'état d'urgence : Saisine citoyenne du Conseil Constitutionnel
http://www.placeauxdroits.net/page_40.php
*Soyons nombreux
à réclamer la saisine citoyenne*
La loi du 18 novembre 2005 qui proroge l'état d'urgence est en
vigueur pour trois mois. En ne saisissant pas le Conseil Constitutionnel,
garant de la conformité des lois à la Constitution, les
parlementaires ont effectué un pas de plus sur le chemin qui
met à mort la démocratie et le droit.. Un précédent
inquiétant, dénoncé par toutes les associations
de défense des droits de l'homme et des libertés avait
déjà eu lieu lors du vote de la loi du 15 novembre 2001
relative à la sécurité quotidienne. Face à
cette situation, les citoyens se voient obligés de pallier la
défaillance de leurs élus et de saisir eux-mêmes
le Conseil Constitutionnel. Par ce geste, les citoyens en appelle à
une réforme urgente afin que la procédure de " saisine
citoyenne " inexistante dans les textes, soit introduite dans la
Constitution. Une Constitution dont le Préambule (article 18)
stipule que la France " entend conduire les peuples dont elle a
pris la charge à la liberté de s'administrer eux-mêmes
et de gérer démocratiquement leurs propres affaires ;
écartant tout système de colonisation fondé sur
l'arbitraire, elle garantit à tous l'égal accès
aux fonctions publiques et l'exercice individuel ou collectif des droits
et libertés proclamés ou confirmés ci-dessus ".
Pour signer
En ligne sur le site *http://www.placeauxdroits.net*
Cliquez sur le lien " signer la pétition " et remplissez
le formulaire de signature *avec vos Nom et Prénom - etc .. Vous
recevrez ensuite un mail de confirmation, qui vous indiquera une page
web à laquelle il vous suffira de vous connecter pour valider
votre signature ATTENTION : Les signatures sous pseudonyme ou non-individuelles
ne seront pas prises en compte.
Par courrier électronique : *envoyez un mail à
saisine@placeauxdroits.net
En indiquant prénom, nom, qualité et ville Signatures
des associations, organisations et mouvements*
Pour les associations et collectifs qui souhaitent s'associer à
la saisine, envoyer un mail à saisine@placeauxdroits.net
Contre l'état d'urgence : Saisine citoyenne du Conseil Constitutionnel
http://www.placeauxdroits.net/page_40.php
LE POINT DE VUE D'UNE MILITANTE DE L'ICEM
(Institut Coopératif de l'Ecole Moderne, pédagogie Freinet)
Le gouvernement
a bien manuvré. Quelles seront les réponses des
mouvements pédagogiques et d'éducation populaire ? Depuis
les premières révoltes suite à la mort de deux
jeunes poursuivis par la police, l'émotion hypnotique de l'image
a été présente à chaque journal télévisé
tel un film d'horreur surfant sans états d'âme sur les
angoisses et les fantasmes individuels. Chacun allumant son poste pour
découvrir le prochain épisode ! Pour répondre aux
premiers incendiaires, le ministre de l'intérieur, sous
le feu des projecteurs, tel un acteur d'une série policière,
a vociféré dans un registre vulgaire et irrespectueux
des personnes. Le résultat ne s'est pas fait attendre, des centaines
de voitures, des symboles " républicains " comme des
écoles ont brûlé chaque nuit, la révolte
s'irradiant sur toute la France. L'on parle alors de guerre urbaine
et l'on mobilise une véritable armée de CRS, de policiers
et de gendarmes. Les spectateurs de ce drame, les Français, sont
émus, ils tremblent, ils ont peur. Les peurs collectives sont
pour les médias, des terres fertiles. Lorsque ces mêmes
médias servent une politique tels de fidèles chiens de
garde on obtient cette pandémie de peurs :
Peur des délinquants surtout lorsqu'ils sont jeunes
Peur des incendiaires surtout lorsqu'ils sont jeunes
Peur des récidivistes surtout lorsqu'ils sont jeunes
Peur des enfants d'immigrés surtout lorsqu'ils sont jeunes
Peur des quartiers qui deviennent forcément des repères
de délinquants, d'incendiaires, de récidivistes ...
Puis dans un deuxième
temps, les politiques, les journalistes amorcent une explication : quartiers
ghettoïsés, chômage, désespérance des
jeunes, laxisme des professeurs et des familles ...On plaint, on s'indigne,
on écrit, on débat... Les spectateurs de cette réflexion,
les téléspectateurs et les lecteurs, y sont sensibles
et opinent. Les Français sont prêts à entendre et
approuver les initiatives gouvernementales.
Le lundi 7 novembre à la télévision puis le lendemain
devant l'Assemblée nationale, Dominique de Villepin, premier
Ministre, annonce son intention de revenir sur la scolarisation jusqu'à
16 ans et de proposer aux jeunes dès 14 ans l'apprentissage pour
ceux qui n'ont plus le goût et l'envie d'étudier et pour
ceux qui ont décroché de l'école. Un nouveau label
est trouvé celui d'"apprenti junior".
Ces " apprentis juniors " seront-ils éduqués
ou occupés pour être abstraits des classes ? Les jeunes
des banlieues sont-ils éducables ? Quelques-uns oui, et ceux-là
il faut les aider et les encourager, Monsieur de Villepin généreusement
décide de multiplier par trois les bourses aux mérites
et les internats d'excellence.
L'éducation pour tous non, la charité pour quelques-uns
oui ! La bonne conscience républicaine !
Après ces
quelques propositions " éducatives ", la répression
n'est pas en reste, le gouvernement déclare l'Etat d'urgence
et ressort la loi du 3 avril 1955, message symbolique désastreux
avec la référence
inévitable à la guerre d'Algérie. Cette loi n'est
pas simplement un " couvre-feu ", elle restreint fortement
les libertés individuelles, en effet sans contrôle de justice
sur simple décision administrative, elle peut interdire la circulation
des personnes, mineures et majeures, elle peut assigner à résidence,
à perquisitionner à n'importe quelle heure, à fermer
les lieux de réunion, à contrôler les médias.
Emporté par cet élan de déni des droits humains,
Sarkozy demande à l'Assemblée nationale l'expulsion des
étrangers trublions qu'ils aient ou non des cartes de séjour.
Les spectateurs, lecteurs et auditeurs français, approuvent et
plébiscitent le gouvernement. Certes ces propositions vont entraîner
un retour au calme, une pacification des quartiers. Des remèdes
bien superficiels qui n'éradiqueront pas ce mal profond qu'est
la désespérance. Ces propositions sont-elles les seuls
projets d'éducation et de vie que le gouvernement propose à
la jeunesse ? Que des jeunes, des très jeunes brûlent leurs
écoles, leurs lieux de
vie et tout ce qui incarne l'autorité et les valeurs de ceux
qui les rejettent semblent incompréhensibles pour la plupart
des acteurs éducatifs. L'École de la République
ne peut pas être considérée comme la
première responsable de cette situation ! Les causes sont avant
tout exogènes !
Et pourtant depuis
plus d'un siècle, de nombreux militants de l'éducation
nouvelle et populaire ont observé et critiqué cette école
de Jules Ferry qui sépare, qui favorise la petite partie de la
jeunesse héritière des biens matériels et culturels
au détriment de l'autre jeunesse qu'on exclut des savoirs et
de la promotion sociale. Ils sont persuadés depuis longtemps
qu' il faut transformer radicalement le système éducatif.
Ils savent que les demandes de moyens supplémentaires, d'aménagements
du système sont insuffisantes et permettent seulement de survivre
de crise en crise. Et pourtant ces militants pédagogiques, pour
la plupart, ont participé au "Grand débat "
sur l'école et quelques mois après se sont indignés
de la loi d'orientation sans ambition et passéiste du ministre
de l'éducation François Fillon. Quelques réactions
parcellaires se sont fait entendre mais la réflexion de fond
s'est endormie. Il a fallu cette révolte pour qu'on reparle de
l'école non seulement parce qu'on la brûle mais parce qu'elle
ne tiendrait pas ses promesses : " l'égalité des
chances ", " la réussite pour tous " " l'ascenseur
social ". Elle ne transmettrait plus les valeurs républicaines,
le respect des institutions. Bien au-delà des quartiers sous
les feux de l'actualité, c'est d'abord de perspectives et de
reconnaissance dont les jeunes ont besoin aujourd'hui. Et l'école
a bien sûr son rôle à jouer en la matière.
Non pas, comme elle le fait encore beaucoup trop, en valorisant une
compétition dévastatrice, génératrice d'individualisme
et d'exclusion et où les dés, pour l'essentiel, sont jetés
d'avance entre catégories sociales. C'est une école de
la coopération dont nous avons besoin au plus haut point, valorisant
en actes la fraternité, exigeante bien sûr, avec le souci
premier de l'émancipation, éveillant les jeunes contre
toutes les manipulations. Et on ne voit que trop bien le poids médiatique
de celles-ci au sein de l'opinion, avec les évènements
actuels. Ce n'est pas l'école des banlieues qu'il faut changer
ou améliorer, c'est un autre système éducatif qu'il
faut construire et mettre en place, un système dont les objectifs
ne seront plus les mêmes et qui ne s'appuiera plus sur les mêmes
valeurs. Un système où des termes comme notation, évaluation,
programme, diplômes n'auront plus de sens et où la réussite
personnelle et la réussite collective auraient partie liée.
Depuis longtemps, les militants pédagogiques et d'éducation
populaire savent que cette transformation indispensable du système
éducatif ne peut s'abstraire d'une transformation politique radicale.
Et aujourd'hui plus que jamais, ils sont persuadés que transformer
l'école pour transformer la société et uvrer
au changement de la société pour changer l'école
sont des finalités en lien dialectique. Pourraient-ils trouver
un tel programme parmi des partis politiques obnubilés actuellement
par l'échéance de 2007, et en proie à des visions
à court terme ?
Aujourd'hui, les
mouvements pédagogiques et d'éducation populaire sont-ils
capables de proposer et de défendre un système éducatif
radicalement différent, pour porter cette école populaire
et émancipatrice ?
Si oui, il est temps de s'y mettre, ensemble !
Catherine Chabrun,
91
Présidente de l'ICEM-Pédagogie Freinet
le 14 novembre 2005
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