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Essayer
d'aborder la question des banlieues dans sa complexité.
Dénouer les fils de l'action (ou de l'inaction) gouvernementale,
la pièce de théâtre que l'on nous joue étant
mise en scène essentiellement en fonction de 2007.
Dénoncer l'attitude du parti socialiste, au lourd passif (limites
de sa politique de la ville, absence d'une véritable politique
de gauche et surenchère sécuritaire), à l'abandon
à la fatalité et aux objectifs tout autant politiciens.
Mais surtout tenter de comprendre le malaise des banlieues et de ses jeunes,
que nous accompagnons dans nos classes en éduquant au vivre ensemble,
tout en essayant de donner du sens aux apprentissages. Pour cela, l'avis
de sociologues, de journalistes et de quelques politiques éclairés
est fort utile.
Agir ? Réagir d'abord à la " farce tragique "
au côté des associations, syndicats et partis. Nous exprimer
nombreux avec l'éclairage de notre spécificité d'enseignants.
Communiquer pour aider les citoyens (dont nous faisons partie) à
analyser la situation et à se situer politiquement sans sombrer
dans les dangereuses simplifications sécuritaires ni dans les réductions
faciles de certains courants d'extrême gauche.
Et continuer notre tâche sur le long terme en sachant que l'école
ne pourra pas changer les choses à elle toute seule, mais que sans
elle il n'y aura pas non plus de lendemains qui chantent.
Sommaire
REVUE DE PRESSE
- LE GOUVERNEMENT
HESITE SUR LES MOYENS A DONNER AUX ZEP
- LE GOUVERNEMENT
RETABLIT LES CREDITS AUX ASSOCIATIONS DES QUARTIERS SENSIBLES
- DOMINIQUE DE VILLEPIN
VEUT RENFORCER LE POUVOIR DES MAIRES
- M. SARKOZY DURCIT
SON DISCOURS SUR LES BANLIEUES
- DES PARLEMENTAIRES
RECLAMENT DES POURSUITES CONTRE DES RAPPEURS
- L'ASSEMBLEE NATIONALE
EXAMINE LA NOUVELLE LOI ANTITERRORISTE
- BANLIEUES : DES
ASSOCIATIONS DENONCENT UNE "JUSTICE D'ABATTAGE"
- A VITRY-SUR-SEINE,
UNE "PREPA" POUR DEVENIR APPRENTI
- LA CRISE SOCIALE
FRANÇAISE : DES NOUVELLES PRECARITES, DES SALARIES PLUS ISOLES
- LA FRANCE PLUS
INEGALITAIRE QUE LES AUTRES PAYS EUROPEENS
- JACQUES ATTALI
RECLAME UN PLAN EN FAVEUR DU MICROCREDIT DANS LES BANLIEUES
- LE DEFI DE LA DISCRIMINATION
POSITIVE
- QUERELLES D'INTERPRETATION
COMMUNIQUES
- ECOLE, SERVICES
PUBLICS, BANLIEUES, SOCIETE :
- DES TAS D'URGENCES
!
- SANS JUSTICE SOCIALE,
PAS DE PAIX ! NON AUX DISCRIMINATIONS ET A LA RÉPRESSION !
- L'ÉTAT D'URGENCE
: UN CAMP DE REFUGIE AU CENTRE-VILLE
TEMOIGNAGES
ET REACTIONS
- ECHANGES UDAS
- BANLIEUES : L'AVIS
DE DEUX TRAVAILLEURS D'UNE MAISON DE JEUNES DE MOLENBEEK (BELGIQUE)
MATIERE
A REFLEXION
- LA VIOLENCE ET
SES LIMITES
- QUAND DELINQUANCE
RIME AVEC DECADENCE
- VENISE : LE CONSULAT
FRANÇAIS OCCUPE.
- L'APPEL DES OCCUPANTS
- DIT AU CUR
DE LA BANLIEUE
REVUE DE PRESSE
Le gouvernement
hésite sur les moyens à donner aux ZEP
Luc Bronner
Le Monde, mardi 22 novembre 2005
ZEP
Zone d'éducation prioritaire. Le dispositif a été
créé par Alain Savary, en 1981. Des indemnités
annuelles de 1 100 euros sont versées aux enseignants.
REP
Réseau d'éducation prioritaire. Dispositif complémentaire
apparu en 1999. Dans les REP, des moyens supplémentaires sont
accordés, mais les enseignants ne reçoivent pas d'indemnités.
Depuis près
de vingt-cinq ans, l'Etat affirme "donner plus à ceux qui
ont moins" grâce à la politique des zones d'éducation
prioritaires (ZEP). Cette volonté est-elle réellement
mise en uvre ? Avec l'extension progressive du dispositif, qui
touche aujourd'hui plus d'un écolier et collégien sur
cinq, la discrimination positive apparaît en réalité
assez modeste. Les quelque 600 millions d'euros consacrés chaque
année à cette politique sont en effet censés réduire
les inégalités subies par 1,7 million d'élèves
(400 millions d'euros) et compenser la pénibilité du travail
pour plus de 150 000 enseignants (200 millions d'euros).
Face à la
crise des banlieues, dans l'idée d'améliorer "l'égalité
des chances", le gouvernement, par la voix du premier ministre,
Dominique de Villepin, a promis "une réorganisation et une
relance" de l'éducation prioritaire. Le ministre de l'éducation
nationale, Gilles de Robien, qui avait fait de ce dossier une de ses
priorités, n'a, pour l'heure, donné aucune indication
précise sur les pistes qu'il comptait suivre. Plusieurs interrogations
majeures doivent encore être levées.
Le premier enjeu
est budgétaire : dans quelle mesure faut-il accentuer l'effort
financier pour l'éducation prioritaire ? Tous les acteurs s'accordent
pour juger le financement actuel, qui représente 1 % du budget
du ministère de l'éducation, nettement insuffisant. En
comparaison avec d'autres politiques, l'investissement pour les ZEP
doit être relativisé : il représente seulement 235
euros supplémentaires par élève et par an. Un collégien
de ZEP coûte ainsi, pour l'Etat, nettement moins cher qu'un lycéen
et près de deux fois moins qu'un élève de classe
préparatoire aux grandes écoles.
Autre exemple, l'éducation
nationale donne plus aux territoires ruraux : les académies les
mieux financées en métropole sont la Corse (4 960 euros
par élève en moyenne) et le Limousin (4 740 euros). Celles
qui figurent parmi les moins dotées sont à dominante urbaine,
là où les ZEP sont plus nombreuses, notamment Rhône-Alpes
(3 640 euros), Nord - Pas-de-Calais et Provence-Alpes-Côte d'Azur.
Cette différence s'explique par la petite taille des établissements
ruraux, proportionnellement plus coûteux. Mais aussi par des économies
réalisées dans les ZEP : plus jeunes, les professeurs
des établissements prioritaires sont moins bien rémunérés.
Avec ces limites,
la politique des ZEP a permis de réduire les effectifs dans les
classes : on compte deux élèves de moins en moyenne par
classe à l'école primaire et au collège. Cette
réduction est toutefois jugée inefficace par les experts.
L'économiste Thomas Piketty a ainsi montré que la diminution
du nombre d'élèves était pertinente d'un point
de vue scolaire à la condition que cette réduction soit
importante et ciblée (Le Monde du 6 septembre 2004). Plus récemment,
une étude publiée par l'Insee indiquait que les ZEP n'avaient
eu aucun impact sur la réussite des élèves, en
raison de la faiblesse des moyens déployés.
La situation ne
s'est pas améliorée ces trois dernières années.
Les gouvernements Raffarin et Villepin ont, en effet, choisi de ne pas
épargner les ZEP dans leur recherche d'économies budgétaires.
Avec le non-renouvellement des emplois-jeunes, remplacés en partie,
et la diminution du nombre d'enseignants dans les collèges et
lycées, l'Etat a réduit son intervention dans certains
quartiers difficiles. La scolarisation des élèves de 2
ans, censée réduire les inégalités dès
le plus jeune âge, a aussi souffert de ces restrictions. La FSU,
qui revendique un rattrapage budgétaire, estime que 600 postes
d'enseignants ont été perdus, en 2004, dans les ZEP.
La seconde interrogation
fondamentale porte sur la carte des ZEP : faut-il arrêter de disperser
les moyens sur un grand nombre d'établissements et les concentrer
sur les sites les plus difficiles ? Le nombre d'élèves
concernés a explosé depuis la création du dispositif.
En 1982, on recensait 8 % des écoliers et 10 % des collégiens
dans les zones d'éducation prioritaires ; en 2004, 20 % des élèves
y étaient scolarisés. Pour retrouver l'esprit initial
de la discrimination positive, l'Observatoire des zones d'éducation
prioritaires (OZP), une association professionnelle, plaide ainsi pour
le maintien de l'effort budgétaire dans les zones actuelles et
un renforcement significatif des aides dans les 5 % d'établissements
les plus difficiles. En réponse, Gilles de Robien a annoncé
qu'il comptait revoir la carte de l'éducation prioritaire tout
en laissant entendre qu'il serait prudent. Les tentatives précédentes
se sont en effet heurtées à la résistance d'enseignants
qui refusaient de perdre le label ZEP et les 1 100 euros annuels d'indemnités.
Le troisième
enjeu est celui de l'affectation des professeurs : comment inciter les
enseignants les plus expérimentés à s'engager dans
les écoles et collèges difficiles ? Aujourd'hui, dans
les ZEP, 25 % des enseignants ont moins de 30 ans, contre 15 % ailleurs.
Les établissements
populaires souffrent d'un turn-over des professeurs trop important.
Gilles de Robien a annoncé qu'il réfléchissait
à un moyen de "donner des bonus de carrière à
des professeurs expérimentés" afin qu'ils reviennent
"en ZEP épauler leurs jeunes collègues".
Le gouvernement
rétablit les crédits aux associations des quartiers sensibles
Patrick Roger
Le Monde, mardi 22 novembre 2005
Trois semaines de crise et un budget pour 2006 en augmentation... de
193 millions d'euros. Le "plan d'action" en faveur des banlieues
annoncé en urgence par Dominique de Villepin à la tribune
de l'Assemblée, le 2 novembre, a eu pour conséquence immédiate
de retarder l'examen de la mission "ville et logement". C'est
un budget revu et corrigé qui était discuté, lundi
21 novembre, à l'Assemblée nationale. "Cette situation
a imposé la nécessité d'aller plus vite et plus
loin", admet Catherine Vautrin, ministre déléguée
à la cohésion sociale.
Pour autant, les
nouveaux crédits de la politique de la ville s'apparentent davantage
à un "collectif budgétaire" qu'à un nouveau
budget. Les 193 millions d'euros supplémentaires accordés
dans cette nouvelle dotation ne compensent même pas intégralement
la baisse de 399 millions d'euros initialement prévue dans le
projet de budget pour 2006 de la mission "ville et logement"
: 7,220 milliards d'euros en autorisations d'engagement contre 7,379
milliards en 2005 (- 159 millions) et 7,190 milliards contre 7,430 en
crédits de paiement (- 240 millions).
Aussi légères
restent-elles, les corrections qu'a tenu à apporter le gouvernement
suffisent néanmoins à infirmer certaines des appréciations
portées par les rapporteurs de l'Assemblée au projet de
budget initial : "Les instruments traditionnels de la politique
de la ville (Fonds d'intervention pour la ville (FIV)) sont consolidés",
écrivait au début du mois Philippe Pemezec (UMP, Hauts-de-Seine),
au nom de la commission des affaires économiques.
Or les crédits
du FIV, qui concernent notamment les subventions aux associations, ont
connu, depuis 2002, une diminution constante : 180 millions en 2002,
146 en 2003, 132 en 2004, 109 en 2005 et 107 prévus pour 2006.
Sévèrement
critiqué sur ce point ces dernières semaines, le gouvernement
a, par conséquent, décidé de rétablir le
niveau des crédits du FIV à celui de 2002, en les portant
à 180 millions d'euros : "Les associations jouent un rôle
essentiel dans les quartiers en difficulté pour assurer le lien
social et l'accompagnement des habitants, souligne le ministère
de l'emploi et de la cohésion sociale. Elles sont en première
ligne pour développer des actions de proximité en complément,
voire en substitution, des services publics. Le gouvernement souhaite
non seulement reconnaître leur action, mais aussi et surtout la
conforter." Un brevet de vertu qui prend des accents de mea culpa.
Le ministère s'est par ailleurs engagé à ce que
les crédits délégués aux associations soient
versés, "pour leur plus grande partie", dès
le mois de janvier. Il plaide également pour le développement
de conventions pluriannuelles.
Une bonne part de
l'effort engagé dans les quartiers en 2006 se traduira par la
création de 15 nouvelles zones franches urbaines (ZFU) annoncée
par le premier ministre, qui viendront s'ajouter aux 85 ZFU existantes.
Même si, comme le reconnaît le ministre de l'emploi et de
la cohésion sociale, Jean-Louis Borloo, "il faudra bien
compter neuf mois pour que celles-ci puissent être agréées".
Ainsi, les montants d'exonérations de cotisations sociales en
ZFU prévus en 2006 passent-ils de 339 millions à 359 millions
d'euros et ceux d'exonérations fiscales de 205 à 217 millions.
Les exonérations bénéficient aux entreprises de
moins de 50 salariés exerçant leur activité dans
ces zones. Selon le projet de budget initial, 88 400 salariés
devaient être concernés au titre des 85 ZFU existantes.
L'action "prévention
et médiation sociale" va également bénéficier
d'une augmentation de ses crédits. La dotation du dispositif
"adultes-relais" passe ainsi de 43 millions dans le projet
initial à 83 millions d'euros : 3 000 postes nouveaux devraient
être créés en 2006. De même, l'augmentation
des crédits prévus pour les équipes de réussite
éducative (99 millions d'euros au lieu des 62 initialement prévus)
est censée permettre d'atteindre un objectif de 520 équipes
en fonctionnement en 2006.
Les moyens d'engagement
en rénovation urbaine restent quant à eux identiques à
ce qui avait été prévu : 465 millions mobilisés
par l'Etat sur les 2,7 milliards d'euros subventionnés par l'Agence
nationale de rénovation urbaine (ANRU) en 2006. Selon le bilan
établi par l'ANRU à la date du 4 novembre, 82 conventions,
concernant 139 quartiers et 1,044 million de personnes, pour un montant
de 9,2 milliards d'euros, avaient été signées.
Dominique de Villepin
veut renforcer le pouvoir des maires
Extrait
Le Monde, mercredi 23 novembre 2005
Lors du 88e Congrès
de l'Association des maires de France (AMF) à Paris, Dominique
de Villepin a annoncé, mardi 22 novembre, qu'il voulait "renforcer
les prérogatives" des maires en matière de sécurité,
avec notamment des "moyens juridiques et financiers nouveaux"
concernant la vidéo-surveillance. Le premier ministre les a également
félicités pour leur gestion de la crise des banlieues,
en soulignant que "leur légitimité démocratique
a permis le rétablissement du calme".
"UN VRAI PILOTE
À L'ÉCHELON LOCAL"
Les maires doivent
"également disposer d'instruments supplémentaires
pour lutter contre toutes les infractions qui ne nécessitent
pas d'enquêtes, mais qui irritent profondément nos concitoyens:
les tapages, les agressions verbales par exemple, qu'il faut constater
et verbaliser", a poursuivi le premier ministre.
"Dans le domaine
de la prévention, les moyens et les énergies sont trop
dispersés. Le prochain plan national de prévention des
violences aura donc un vrai pilote à l'échelon local :
le maire. Vous êtes les mieux placés pour écouter,
rassembler et convaincre, a ajouté le chef du gouvernement. Vous
êtes bien la pierre angulaire de la République partout
dans nos territoires".
M. Sarkozy durcit
son discours sur les banlieues
Philippe Ridet
Le Monde, mardi 22 novembre 2005
La crise des banlieues
avait un instant réuni sur la même ligne de fermeté
le premier ministre et son ministre de l'intérieur. A l'heure
du bilan, ils se séparent à nouveau. Dopé par les
sondages qui plébiscitent son action, mais talonné par
Dominique de Villepin, Nicolas Sarkozy ne veut rien partager des éventuels
bénéfices électoraux de ces vingt nuits de violences.
Samedi 19 novembre, devant 2 000 nouveaux adhérents de son parti
conviés dans le cadre de l'opération "48 heures pour
un mouvement populaire", le président de l'UMP a donné
"sa" vision des événements.
Employant une nouvelle fois les mots "Kärcher" et "racaille"
("le vocable était sans doute un peu faible", a-t-il
ironisé), le candidat à la présidentielle a radicalisé
un peu plus son discours. "La première cause du chômage,
de la désespérance, de la violence dans les banlieues,
ce ne sont pas les discriminations, ce n'est pas l'échec de l'école.
La première cause du désespoir dans les quartiers, c'est
le trafic de drogue, la loi des bandes, la dictature de la peur et la
démission de la République."
La veille, en visite
à Strasbourg, le premier ministre, M. de Villepin, dont la cote
elle aussi n'a jamais été aussi haute, avait mis en garde
sa majorité contre "les amalgames" et "la stigmatisation
des habitants des quartiers". "Je crois au rassemblement,
pas à la suspicion et à la recherche de responsables",
avait-il plaidé, réfutant la recherche d'"une cause
unique".
Poussant ce qu'il
croit être son avantage, M. Sarkozy a répliqué :
"Les problèmes d'intégration ont validé cette
analyse, notre système est à bout de souffle." Pour
le candidat, "nous devons changer profondément, rompre avec
un système politique, social, économique qui, depuis trente
ans, a produit surtout du chômage, de la dette et de l'immobilisme".
Conclusion : "C'est pour cela que je demande la rupture."
Cinglant, il poursuit : "Devant ce modèle français
que je ne cherche pas à abattre puis qu'il s'est effondré
tout seul, il y a ceux qui proposent des rustines et ceux qui proposent
la rupture."
Un sondage CSA (réalisé
le 16 novembre auprès de 957 personnes) paru le 17 dans Le Parisien-Dimanche
a semblé lui donner raison : 68 % des Français sont pour
la "prorogation de l'état d'urgence", 56 % pour "une
définition plus restrictive des règles du regroupement
familial", 55 % approuvent les "expulsions des étrangers,
même en situation régulière".
Un nouvel avantage
pour M. Sarkozy ? Ses amis veulent le croire. Sénateur (UMP)
de la Sarthe, François Fillon, interrogé dimanche sur
RTL, a expliqué que M. de Villepin ne possédait pas la
stature présidentielle, expliquant que "la relation entre
un candidat et le peuple se construit avec le temps".
Des parlementaires réclament des poursuites contre des rappeurs
Mustapha Kessous
Le Monde, vendredi 25 novembre 2005
Cent cinquante-trois
députés et 49 sénateurs, majoritairement de droite,
viennent de demander au ministre de la justice, Pascal Clément,
d'"envisager des poursuites" à l'encontre de sept groupes
de rap. Motif : leurs textes incitent, selon eux, au racisme "anti-blanc"
et à la haine de "la France". Ainsi, les groupes, 113,
récompensé par deux victoires de la musique en 2000, Smala,
Ministère Amer, Lunatic, et les rappeurs Fabe, Salif et Monsieur
R sont accusés de faire "le commerce du racisme au lieu
de l'antiracisme".
Cette coalition
parlementaire est à l'initiative du député UMP
de la Moselle François Grosdidier. "Le message de violence
de ces rappeurs reçu par des jeunes déracinés,
déculturés, peut légitimer chez eux l'incivilité,
au pire le terrorisme", explique l'élu qui cite les paroles
du groupe Lunatic : "Quand j'vois la France les jambes écartées,
j'l'encule sans huile. (...) Tu m'dis : "la France un pays libre"
; (...) attends-toi à bouffer du calibre. J'rêve de loger
dans la tête d'un flic une balle de G.L.O.C.K.". Ou celles
de la Smala : "Guerre raciale, guerre fatale, il pour il,
dent pour dent, organisation radicale, par tous les moyens il faut leur
niquer leurs mères Gouers (Français), c'est toi qui perds..."
"LA FRANCE
EST UNE GARCE"
M. Grosdidier avait
déjà attiré l'attention du garde des sceaux, au
mois d'août, en fustigeant "FranSSe", une chanson "coup
de cur de la Fnac", comme il aime à le répéter,
signée Monsieur R : "La France est une garce, n'oublie pas
de la baiser jusqu'à l'épuiser ! (...) Moi, je pisse sur
Napoléon et sur le général De Gaulle." L'artiste
a d'ailleurs fait l'objet d'une plainte déposée par Daniel
Mach, député UMP des Pyrénées-Orientales,
pour "outrage aux bonnes murs". "On ne peut pas
se cacher derrière la liberté d'expression", affirme
M. Mach avant d'ajouter, virulent : "Peut-être que Sade a
été trop lu par Dutroux et Céline par Hitler."
L'affaire sera jugée le 6 février 2006.
De son côté,
le ministre de la justice a donné l'instruction au procureur
général de Paris de procéder à l'ouverture
d'une enquête. La brigade de répression de la délinquance
sur la personne doit déterminer s'il y a bien infraction ou prescription.
Car la plupart des groupes visés par les parlementaires n'existent
plus. La dernière prose du Minister Amer remonte déjà
à plus de dix ans. Lunatic s'est dissous en 2002. Le chanteur
Fabe a pris sa retraite d'artiste il y a déjà plus de
cinq ans. Et les textes "haineux" du 113 remontent à
la même période. Sur ce point, M. Grosdidier s'explique
: "Le problème, c'est qu'on peut toujours acheter leur musique
en ligne ou en magasin." Il poursuit : "Je ne prétends
pas à l'exhaustivité. J'ai fait des recherches sur Internet.
Mon fils m'a aidé, des jeunes de ma circonscription également.
Mon collaborateur m'a fait une synthèse sur ce sujet dans laquelle
devait figurer une quinzaine de groupes. J'ai choisi les plus violents."
Après ces
recherches, le député de la Moselle a remis, mardi 22
novembre, six questions écrites à Pascal Clément
demandant des sanctions pour ces rappeurs. Le 17 novembre, le site www.surlering.com,
magazine underground en ligne, dans sa rubrique "culturisme",
proposait à ses cyberlecteurs, une "Spéciale chanson
française : "Viens kiffer ton Karaoke !" où
tu chantes, et tu chantes, et tu chantes en balançant ton menton
direct sur l'écran tu verras c'est G-E-A-N-T." Douze groupes
de rap, avec les passages des chansons qui ont fait leur succès,
se succèdent parmi lesquels les sept rappeurs incriminés.
M. Grosdidier affirme que "ça relève un peu du hasard.
Mes recherches remontent à plus de trois semaines".
"C'est affligeant
de voir que les élus ne comprennent pas la pertinence des discours",
commente Olivier Cachin, spécialiste du rap français et
auteur de L'Offensive rap (Découvertes Gallimard). "S'ils
sont violents, c'est parce qu'ils sont issus d'un milieu extrêmement
violent. Il ne faut pas s'attendre à un angélisme de leur
part. Après la polygamie, les rappeurs seraient aussi responsables
des émeutes des banlieues. C'est d'un mépris incroyable
!"
L'Assemblée
nationale examine la nouvelle loi antiterroriste
Le Monde, vendredi 25 novembre 2005
(Commentaire UDAS
: Quel rapport avec les banlieues ? Lisez jusqu'au bout)
Les députés ont été saisis, mercredi 23
novembre, du projet de loi du ministre de l'intérieur, Nicolas
Sarkozy, pour lutter contre le terrorisme. Ce nouvel arsenal comprend
la vidéo-surveillance, le contrôle de la téléphonie
mobile et d'Internet, et semble être accepté par une grande
majorité de l'Assemblée.
Le texte, débattu
en urgence pour être adopté le 29 novembre, selon les vux
du gouvernement, "met l'accent sur la nécessité d'une
meilleure organisation de la prévention", comme l'avait
indiqué le 16 novembre Nicolas Sarkozy lors de son audition par
les députés. Mercredi, le ministre de l'intérieur
a qualifié à plusieurs reprises la lutte contre le terrorisme
de "guerre" dans laquelle doit s'engager "sans faiblesse"
la France qui, a-t-il répété, est "menacée".
"Nous ne sommes nullement à l'abri de cette guerre",
il serait "irresponsable et illusoire de faire preuve d'angélisme",
"les ingrédients de la menace existent, les scénarios
d'actions violentes sur notre sol sont réels", il y a en
France des "disciples de la violence", a dit Nicolas Sarkozy.
"PRÉVENIR
ET NON SUBIR"
Cette loi antiterroriste
autorise la vidéo-surveillance dans les transports en commun,
les abords des gares mais aussi dans différents lieux accueillant
du public, comme les commerces et les lieux de culte. Cette mesure a
été retenue dans le cadre des "leçons tirées
de l'enquête menée en Grande-Bretagne après les
attentats de Londres de juillet" selon M. Sarkozy.
Autre point fort
du projet, l'allongement de la durée de conservation des informations
sur les connexions par téléphones portables. Mais le contenu
des conversations, d'ailleurs non enregistré, n'est pas visé.
Il en ira de même pour les connexions Internet, particulièrement
celles établies dans les cybercafés, qui devront conserver
les données de connexion (à l'exclusion des contenus).
Les déplacements,
en particulier internationaux, feront l'objet d'une surveillance accrue.
Les compagnies ferroviaires, aériennes et maritimes seront tenues
de fournir à l'Etat les données personnelles de leurs
clients. Parallèlement, les contrôles d'identité
seront facilités dans les trains transfrontaliers. Le ministre
a expliqué que le texte visait à "prévenir
et non subir" la menace d'attentats en France.
Plusieurs points
du projet de loi feront l'objet d'une "clause de rendez-vous"
à trois ou à cinq ans, pour décider de leur maintien
ou non dans le temps. Enfin, il est prévu un dispositif de "gel
ou (d')interdiction" des avoirs de toute nature que possèdent
des individus ou groupements suspectés de liens avec le terrorisme.
Lors de l'examen en commission, les députés ont adopté
un amendement de Thierry Mariani (UMP), auquel M. Sarkozy s'est montré
favorable, qui porte de quatre à six jours la durée maximale
de garde à vue "en cas d'imminence d'une action terroriste".
Ils ont entériné
l'aggravation des peines prévues par le texte : trente ans au
lieu de vingt pour les dirigeants d'associations de malfaiteurs terroristes
ayant pour objet des crimes d'atteinte aux personnes, vingt ans au lieu
de dix pour les participants.
"MESURES LIBERTICIDES ET ANTIDÉMOCRATIQUES"
Soutenu par l'UMP
et l'UDF, le projet a été accueilli sans hostilité
par le Parti socialiste. L'ancien ministre de l'intérieur Daniel
Vaillant a souhaité qu'il soit voté par "tout le
Parlement" avec des "garanties techniques" sur la préservation
des libertés individuelles. Le président du groupe, Jean-Marc
Ayrault, a demandé un "rendez-vous annuel d'évaluation
du Parlement" , tout en indiquant que les socialistes décideront
de leur attitude "la semaine prochaine", n'excluant pas un
vote positif si leurs "propositions" étaient adoptées.
A l'exception des
Verts qui dénoncent un projet appelé à "réduire
un peu plus (les) libertés", personne n'a explicitement
annoncé un vote négatif, même si pour le PCF, Alain
Bocquet a mis en garde contre le "renforcement d'un certain autoritarisme".
André Gérin (PCF) a dit "partager le diagnostic"
de Nicolas Sarkozy. Michel Vaxès (PCF) a été plus
critique en regrettant que le texte "se limite à la prévention
de certaines formes de violence sans chercher à prendre en compte
les menaces bioterroristes".
Le ton est bien
plus vif du côté de la LDH (Ligue des droits de l'homme)
et d'autres associations comme le Syndicat de la magistrature et le
Syndicat des avocats de France. Un collectif emmené par la LDH
estime que le projet de loi "porte atteinte aux droits fondamentaux,
aux libertés individuelles et collectives, ainsi qu'aux garanties
de la procédure judiciaire". Ces mesures "visent en
fait des objectifs moins avoués de restriction de l'immigration
et de répression musclée de la petite délinquance,
sous couvert de l'alibi d'une lutte contre le terrorisme", ajoute
le collectif.
Banlieues : des
associations dénoncent une "justice d'abattage"
Le Monde, vendredi 25 novembre 2005
Responsables associatifs,
magistrats et avocats ont vivement réagi à la publication
des derniers chiffres de la chancellerie sur les sanctions judiciaires
à l'encontre des auteurs de violences dans les banlieues.
Selon des informations
publiées, le 23 novembre, par le quotidien Le Parisien, 3 101
personnes ont été placées en garde à vue
en vingt-deux jours d'émeutes ; 422 personnes ont été
condamnées à des peines de prison ferme, la peine la plus
sévère - quatre ans - ayant été infligée
à un jeune homme par le tribunal correctionnel d'Arras pour avoir
incendié une grande surface de meubles dans une zone commerciale
de la ville. La durée moyenne des peines se situe entre six mois
et un an. Parmi les condamnés figurent 118 mineurs, selon le
journal, qui relève que 60 % d'entre eux étaient jusqu'ici
inconnus des services de police.
"Il n'y a rien
que nous ne sachions déjà, sinon la confirmation que c'est
effectivement une justice d'abattage qui se met en place à la
demande expresse du garde des sceaux", dénonce Agnès
Herzog, du Syndicat de la magistrature (gauche), avant d'appeler au
respect de plusieurs "principes fondamentaux" qu'elle estime
bafoués, notamment "le principe de séparation des
pouvoirs et celui de l'indépendance de la magistrature, le principe
d'individualisation des peines, les principes de l'ordonnance de 1945
qui repose sur la priorité à l'éducatif"...
Selon la magistrate, plusieurs notes du garde des sceaux adressées
aux présidents de tribunaux (les 6, 7 et 16 novembre notamment)
les appelaient à une véritable "mobilisation"
et les enjoignaient de privilégier les procédures rapides,
notamment celle de comparution immédiate.
"Le nombre
de mineurs incarcérés illustre la pression qui s'exerce
sur les magistrats, poursuit-elle. Deux autres chiffres nous paraissent
également importants : contrairement aux fausses affirmations
du ministre de l'intérieur, 60 % des mineurs interpellés
étaient inconnus [des services de police]. Le fait que 38 mineurs
sur 89 mineurs déférés ont été entendus
comme témoins assistés démontre clairement la fragilité
des procédures", conclut la magistrate.
"PROCÈS
EN MASSE"
Agnès Herzog
estime que ce sentiment serait partagé par plusieurs de ses collègues,
qui se disent "enfermés dans une logique de répression
et de rendement" mise en place par les autorités. Une tendance
qui inquiète également Michel Tubiana, vice-président
de la Fédération des droits de l'homme (FIDH) et président
d'honneur de la Ligue des droits de l'homme (LDH), qui a critiqué
à plusieurs reprises l'instauration de l'état d'urgence.
"On a raflé plutôt qu'interpellé", constate-t-il
en dénonçant, lui aussi, une "justice d'abattage".
Sans vouloir critiquer
le travail des magistrats au cas par cas, cet avocat de profession estime
que l'atmosphère de "procès en masse" et la
procédure même de comparution immédiate empêchent
la justice de rendre des verdicts équitables. "Il ne s'agit
pas d'une mauvaise volonté, mais d'une impossibilité quasi
matérielle", estime-t-il. Il souligne également l'effet
"forcément néfaste des appels à la répression
du gouvernement" et dénonce ses "mensonges répétés
sur les prétendus récidivistes qui seraient à l'origine
des violences dans les banlieues". Il cite notamment une circulaire,
adressée le 9 novembre par le ministre de l'intérieur
aux préfets, leur exposant les modalités de mise en uvre
du plan d'urgence.
Son confrère
de la Ligue des droits de l'homme (LDH), Jean-Pierre Dubois, dont l'organisation
a aussi dit son hostilité à l'instauration de l'état
d'urgence, s'inquiète lui, de l'image de la justice qu'auront
ces jeunes déférés devant les tribunaux. "Pour
eux, tout leur semble joué d'avance, estime-t-il. D'ailleurs,
peu font appel de leur condamnation, peut-être parce qu'ils ne
savent même pas que l'on peut faire appel, ou pensent qu'ils seront
encore plus lourdement condamnés". Face à cette "justice
expéditive et d'abattage qui, à la différence d'autres
domaines du pénal où l'on est beaucoup plus précautionneux,
condamne en série", leur sentiment d'appartenir à
une "classe méprisée ne peut que se renforcer",
conclut-il.
Plusieurs collectifs
et groupes de réflexion se sont constitués à l'initiative
de la LDH , à Paris comme en province, pour exercer une "mission
de vigilance".
A Vitry-sur-Seine,
une "prépa" pour devenir apprenti
Catherine Rollot
Le Monde, mercredi 23 novembre 2005
Il existe deux types de classes préparatoires à l'apprentissage
avant 16 ans.
CLIPA
A partir de 14 ans, les élèves peuvent intégrer
une Classe d'initiation préprofessionnelle à l'apprentissage.
Pendant un an, ils découvrent plusieurs métiers, à
l'occasion de stages, et suivent des cours au centre de formation des
apprentis (CFA), souvent situé dans un collège ou un lycée.
A l'issue de cette formation, soit les élèves réintègrent
le collège pour poursuivre leur scolarité, soit ils entrent
en CPA.
CPA
Les classes préparatoires à l'apprentissage sont ouvertes
aux élèves ayant 15 ans dans l'année en cours.
Ils alternent semaines de cours en CFA et semaines de travail chez un
employeur.
Ils reçoivent 27 heures d'enseignement par semaine, réparties
entre matières principales, matières spécifiques
(notamment d'initiation à la vie de l'entreprise) et quelques
heures de pratique. Chez l'employeur, leur temps de travail ne doit
pas excéder 35 heures par semaine. Le travail le week-end ou
après 22 heures est interdit. A l'issue de la CPA, ils peuvent
conclure un contrat d'apprentissage pour préparer un CAP ou un
BEP. En Clipa comme en CPA, les élèves restent sous statut
scolaire et ne peuvent être rémunérés.
CHIFFRES
Depuis 1995, les effectifs dans les Clipa et les CPA n'ont pas beaucoup
évolué. En 2004, on comptait 9 254 préapprentis,
contre 10 409 en 1995.
Au mur de la salle de classe, une affiche représentant une part
de bavarois aux fraises apparaît comme le seul élément
incongru. Avec sa peinture beigeâtre, ses bureaux vieillots et
son tableau noir, rien ne différencie le lieu d'une salle de
classe ordinaire. Rien, pas même l'âge des neuf élèves
qui assistent à un cours d'anglais, avec leurs bouilles d'enfants
et leur dégaine de préadolescents. Pourtant, à
15 ans, ces jeunes ont déjà un pied dans le monde du travail.
Pas encore apprentis
- l'âge minimal pour signer un contrat d'apprentissage est de
16 ans -, ils alternent chaque mois deux semaines de cours et deux semaines
en entreprise. Elèves en classe préparatoire à
l'apprentissage (CPA) au sein du centre de formation d'apprentis (CFA)
François-Rabelais à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), Yohann,
Mokhtar, Jonathan, Guillaume et leurs camarades ont intégré
en fin de quatrième cette filière peu connue, qui existe
pourtant depuis plus de trente ans.
Yohann fait partie
des 38 élèves des trois classes de préapprentissage
que compte cette année le CFA François-Rabelais, spécialisé
dans les métiers de bouche. Comme beaucoup de ses camarades,
il s'est retrouvé dans cet établissement après
un parcours scolaire incertain : "L'école ne m'intéressait
pas. J'avais redoublé ma cinquième et je ne faisais rien
en cours. En quatrième, j'ai suivi un stage d'une semaine en
cuisine, et ça m'a plu. Le collège dans lequel j'étais
a voulu me proposer une autre orientation, mais moi, je savais ce que
je voulais faire", explique-t-il. Son avenir, il le voit tout tracé
: après cette année, il espère pouvoir conclure
un contrat pour préparer un CAP de pâtisserie. "Je
me verrais bien dans la chocolaterie", ajoute-t-il.
Les élèves
ne partagent pas tous cette détermination. Certains sont là
sans vraiment savoir ce qu'ils feront plus tard, d'autres savent avant
même de rentrer qu'ils s'orienteront vers une autre filière.
Pour Jean-Luc Balmelle,
à la fois directeur du CFA François-Rabelais et principal
du collège du même nom (les deux établissements
se jouxtent), l'année en CPA ne sert pas seulement à développer
un projet professionnel, elle permet aussi de rescolariser des enfants
fâchés avec l'enseignement "classique". "Nous
ne recevons pas des élèves dans ces classes uniquement
pour qu'ils deviennent apprentis, nous voulons d'abord leur redonner
le sourire, les aider à trouver un sens dans l'enseignement",
dit-il.
Loig Picard enseigne
l'histoire-géographie et le français, plus quelques heures
de "connaissance de l'entreprise économique, juridique et
sociale". A ce titre, il peut témoigner de la métamorphose
de ses élèves : " Quand ils arrivent, ils nous disent
: "Je suis nul en telle et telle matière." Grâce
à des petits effectifs et à une pédagogie adaptée,
nous essayons de les remettre en confiance, de les rendre plus autonomes."
" Ici, tout
est plus léger, on est remis à niveau", témoigne
un élève. Pas de miracle, pourtant : sur les 29 élèves
de la promotion 2004, un seul a retrouvé le chemin du collège.
La grande majorité continue dans l'apprentissage. "Treize
élèves ont poursuivi leur formation dans notre CFA, explique
M. Balmelle, et douze sont partis vers d'autres établissements
pour apprendre tout autre chose, la mécanique ou la plomberie
notamment."
Deux autres ont
été orientés vers un dispositif de passerelle qui
leur permettra de bénéficier d'une année supplémentaire
de réflexion avant d'opter pour une filière. Un élève
seulement a arrêté en cours de route. Un taux d'abandon
faible en comparaison de ceux qui s'observent chez les plus âgés.
"Les préapprentis sont souvent moins "cassés"
que les apprentis par les ruptures scolaires, parce qu'ils sont plus
jeunes et en ont simplement moins connu. La famille est aussi plus présente
car ils sont mineurs, ils sont aussi plus surveillés. En apprentissage,
vous pouvez avoir 18 ans révolus et donc vous inscrire sans l'accord
de vos parents. A 15 ans, ce n'est pas possible", constate Jean-Luc
Balmelle.
La partie n'est
pas gagnée pour autant. Le contact avec la vie active se révèle
parfois si rude que certains retrouvent un intérêt inattendu
pour l'école. "Finalement, je préfère les
cours, car quand je rentre de chez le patron, je suis crevé,
explique Moktar. Après, direction la sieste." Les longues
heures de travail chez des patrons pas toujours attentifs au jeune âge
et aux difficultés des préapprentis, ainsi que le manque
de considération engendrent des frustrations. "Physiquement
et mentalement, c'est dur, on a la pression, et en plus, on travaille
toute la journée sans être payé", témoigne
Jonathan, qui avoue ne pas savoir encore s'il va continuer dans la boulangerie
l'année prochaine : "Peut-être la plomberie, ça
me permettra de bouger un peu plus."
Formatrice en anglais,
Delphine Fol-schweiller enseigne depuis six ans aux classes de CPA de
François-Rabelais. Elle constate tous les jours les limites de
l'intégration dans le monde du travail : "Il y a des préapprentis
qui vivent les semaines de cours comme des moments de repos, l'occasion
de retrouver les copains. Car à 15 ans, ce sont des gamins."
Le projet d'abaisser l'âge de l'apprentissage à 14 ans,
sur lequel travaille le ministre de l'éducation nationale, Gilles
de Robien, suscite chez elle, comme chez les préapprentis, bien
des craintes : "Les enfants que nous avons manquent souvent de
repères. A 15 ans, ils ont déjà du mal à
vivre l'écartèlement entre l'école et l'entreprise.
Alors à 14 ans..."
"Quatorze ans,
c'est trop tôt. Si c'est du vrai apprentissage, fini les vacances
scolaires. Et puis à cet âge, on ne sait pas ce que l'on
veut faire", explique Jonathan. Car l'apprentissage demeure, même
pour les gamins en disgrâce avec l'école, une voie qui
s'impose rarement naturellement. "Sur toutes les cinquièmes
du collège, seulement deux élèves m'ont dit spontanément
: "Monsieur, je veux faire de l'apprentissage"", confie
Jean-Luc Balmelle.
La crise sociale
française : des nouvelles précarités, des salariés
plus isolés
Eric Maurin, 42 ans, directeur d'études à l'Ecole des hautes
études en sciences sociales (EHESS) depuis 2004. Ancien élève
à Polytechnique et à l'Ecole nationale de la statistique
et de l'administration économique (Ensae), il a d'abord fait carrière
à l'Insee. Economiste, il aborde les questions de société
à partir de statistiques inédites. Son dernier ouvrage,
Le Ghetto français (La République des idées / Le
Seuil, 96 p., 10,50 euros), décrit les mécanismes de ségrégation
en France.
Le Monde, mardi 22 novembre 2005
Aupremier
regard, la société française reste la société
de classes qu'elle était dans les années 1950, avec un
haut et un bas bien identifiés, se reproduisant implacablement
de génération en génération.
Non seulement les
classes populaires (ouvriers et employés) n'ont pas disparu,
mais elles représentent toujours la majorité de la population
active (environ 60 %). En apparence, leur situation salariale reste
également très stable : un ouvrier (ou un employé)
gagne 2,5 à 3 fois moins qu'un cadre, aujourd'hui comme il y
a vingt ans. De même, le chômage touche toujours 3 ou 4
fois plus souvent les ouvriers ou les employés que les cadres.
Enfin, la démocratisation de l'accès à l'enseignement
secondaire n'a pas vraiment atténué les inégalités
considérables de perspectives scolaires et sociales pour les
enfants des différentes catégories.
L'échec scolaire
au primaire et au collège reste 4 à 5 fois plus fréquent
chez les ouvriers que chez les cadres : une majorité des enfants
de cadres finiront cadres et une toute petite minorité (moins
de 10 %) finiront ouvriers ou employés ; inversement, une majorité
des enfants d'ouvriers finiront ouvriers ou employés. En somme,
si l'on regarde le paysage à partir des catégories forgées
dans l'après-guerre - ouvriers, employés, cadres, etc.
-, il nous renvoie l'image d'une France très stable.
Et pourtant, tout
a changé.
Le symptôme
le plus cru en est la crise générale de la représentation
politique : des pans entiers du salariat modeste ont déserté
la gauche et ne se sentent plus du tout représentés par
les partis traditionnels. En mai 1981, le Parti socialiste rassemblait
74 % du vote ouvrier ; en avril 2002, il n'en captait plus que 13 %.
La droite parlementaire ne profite guère de ce rejet : le vote
des classes populaires a d'abord nourri la montée de l'abstention
et, en second lieu, le vote pour les extrêmes. Lors de la dernière
élection présidentielle, près du tiers des ouvriers
qualifiés et des contremaîtres ont voté pour l'extrême
droite.
Que s'est-il donc
passé ? En réalité, les instruments mobilisés
pour décrire le social racontent une société en
trompe-l'il.
Les mêmes
mots - ouvriers, professions intermédiaires, cadres... - décrivent
des réalités sociales n'ayant plus beaucoup à voir
avec la situation des années 1970. La classe ouvrière
puissante et organisée a cédé la place à
un nouveau prolétariat de services, invisible et dispersé.
Employés de commerce, personnels des services directs aux particuliers,
chauffeurs, manutentionnaires... Quelques métiers de services
peu qualifiés regroupent désormais à eux seuls
plus de 5 millions d'actifs, près de 3 fois plus que les ouvriers
qualifiés de type industriel, figure naguère centrale
de la classe ouvrière.
Un peu plus haut
dans la hiérarchie salariale, les professions intermédiaires
se divisent de plus en plus profondément entre une fonction publique
surdiplômée, agressée par le rétrécissement
du périmètre de l'Etat, et des classes moyennes du privé
de plus en plus menacées par l'insécurité professionnelle.
Plus haut encore, les emplois de cadres se sont multipliés, mais
leur statut s'est inexorablement banalisé, surtout dans le privé
: un nombre croissant d'entreprises gèrent leurs effectifs de
cadres comme auparavant ceux de leurs salariés ordinaires.
Un même mouvement
de fragilisation des relations d'emploi traverse le haut comme le bas
de la société, divisant et transformant les anciennes
classes sociales. Encore résiduels au début des années
1980, les contrats à durée déterminée représentent
désormais plus des deux tiers des embauches. Ils sont devenus
un passage obligé pour quiconque doit trouver ou retrouver un
emploi. Un tiers seulement des contrats temporaires sont transformés
en contrats à durée indéterminée.
Les emplois se créent
aujourd'hui dans des termes plus incertains que naguère. Par
la suite, leur destin s'écrit de façon également
beaucoup plus aléatoire. Au-delà des hauts et des bas
de la conjoncture, le risque annuel de perte d'emploi pour le chômage
a augmenté en vingt ans de 30 % environ, dans tous les métiers
salariés. Aux pires moments des restructurations du début
des années 1980, 4 % des salariés perdaient leur emploi
pour se retrouver au chômage l'année suivante. Quinze ans
plus tard, durant la phase exceptionnelle de créations d'emplois
de la fin des années 1990, ce même taux de perte d'emploi
était supérieur à 5 %. La croissance n'endigue
plus la montée de l'insécurité des emplois, laquelle
est surtout très nette dans le secteur des services.
La fragilisation
des relations d'emploi touche tout le monde, mais à des degrés
divers. Les métiers d'ouvrier et d'employé sont certes
davantage exposés que les métiers plus qualifiés,
mais - au sein de chaque grande classe sociale - les emplois impliquant
une relation de service sont davantage exposés que les autres.
Plus de 25 % des employés de commerce et des personnels des services
directs aux particuliers sont au chômage ou sous contrats à
durée limitée, près de 2 fois plus que la moyenne
nationale. Les inégalités de salaires sont restées
très stables en France, mais les inégalités d'exposition
à des conditions d'emploi fragiles ont augmenté considérablement.
La proportion d'ouvriers
sous contrats précaires est aujourd'hui 7 fois plus forte que
celle des cadres, alors que ce rapport n'était que de 1 à
4 vingt ans plus tôt. Ces nouvelles formes d'inégalité
sont aujourd'hui bien plus profondes que dans la plupart des autres
pays occidentaux. Elles génèrent des disparités
de statut inédites, assez spécifiques à la France
et qui sont en réalité des inégalités dans
le rapport à l'avenir et dans le degré de socialisation.
Elles représentent l'une des dimensions essentielles de la nouvelle
architecture sociale.
Beaucoup plus que
la mondialisation, c'est l'avènement d'une économie tournée
vers la production de services qui transforme la condition salariale
(les métiers ouvriers eux-mêmes s'exercent désormais
en majorité dans les services). Au fur et à mesure qu'elles
s'enrichissent, nos sociétés se détournent des
produits industriels standardisés. Les entreprises industrielles
elles-mêmes deviennent un lieu où se créent de plus
en plus d'emplois de services (services d'études et de commercialisation
notamment), à la périphérie de la production à
proprement parler.
Plus fragile, le
salariat est également isolé dans des structures de production
plus petites où les rapports avec l'employeur, le client et le
marché sont plus personnels et directs. Lors de la grande période
de désindustrialisation (1980-1995), la taille des entreprises
françaises s'est homogénéisée et a diminué
en moyenne d'un tiers. Les enquêtes sur les conditions de travail
révèlent que cette évolution s'accompagne d'une
multiplication des tensions liées à la pression directe
du marché, du client. Plus du tiers des ouvriers doivent désormais
respecter des délais de production inférieurs à
une heure.
L'éclatement
du salariat dans de petites structures de services favorise également
l'émergence d'arrangements extrêmement divers sur les horaires
et les conditions de travail entre employeurs et salariés. Cette
évolution rend très difficiles l'identification de problèmes
communs entre salariés d'entreprises différentes et l'émergence
d'identités collectives, et complique le travail de représentation
des syndicats, lesquels sont très peu implantés dans les
nouveaux secteurs de services. Pour les salariés, la multiplicité
et l'hétérogénéité des arrangements
locaux sont la source d'un sentiment diffus d'injustice, d'arbitraire
et d'illisibilité du monde du travail. La nouvelle entreprise
capitaliste a peu à peu cessé d'être pourvoyeuse
d'identité et de statut social. De ce point de vue, le fossé
s'est creusé entre le salariat des grandes entreprises et celui
des PME, le salariat du privé et le salariat du public.
Le statut de la
fonction publique apparaît de plus en plus comme un privilège
aux yeux des salariés du privé, dont l'horizon d'emploi
s'est rétréci et les conditions de travail durcies. Mais
les salariés du public connaissent d'autres difficultés
: durant ces années de chômage de masse, la fonction publique
a été le refuge d'un nombre croissant de surdiplômés.
Ces nouvelles générations de fonctionnaires ont le sentiment
d'avoir déjà payé leur statut par une forme de
déclassement. Elles ressentent comme d'autant plus injuste toute
tentative de remise en question des termes du contrat qu'elles ont signé
avec l'Etat.
Le malentendu et
les clivages entre public et privé sont de fait de plus en plus
saillants. Les résultats exprimés lors de la dernière
élection présidentielle ont révélé
une distance tout aussi grande entre les classes moyennes du privé
et du public qu'entre les classes populaires et les classes moyennes.
Gagnées par l'abstention et tentées par l'extrême
droite, les classes moyennes du privé rejettent de plus en plus
radicalement la société en train de s'édifier.
De nouvelles distances
se creusent entre ceux que leurs statuts et leurs diplômes protègent
devant l'avenir et les autres. Elles ne sont nulle part aussi visibles
que sur le territoire et dans les choix résidentiels. Les changements
de résidence restent en France relativement fréquents
(10 % par an environ), mais ils ne donnent lieu à aucun brassage
social.
Parmi les personnes
changeant de résidence, les plus aisées, les plus diplômées,
se massent de plus en plus exclusivement dans les quartiers les plus
riches, et ainsi de suite, les plus pauvres n'ayant par défaut
que les quartiers les plus déshérités pour emménager.
Au final, les populations les plus riches se concentrent dans quelques
territoires seulement, plus encore aujourd'hui qu'il y a vingt ans.
Les quartiers sensibles ne sont qu'une conséquence d'un processus
de séparation traversant toute la société.
L'âpreté
de la ségrégation territoriale rend sensible un changement
très profond dans la façon dont les classes sociales se
définissent désormais les unes par rapport aux autres.
La désindustrialisation a sonné le glas de catégories
sociales complémentaires dans le processus de production et sur
le lieu de travail. La complémentarité et la coexistence
des différentes classes sociales sur les lieux de production
disparaissent au profit de relations de clients à donneurs d'ordres,
c'est-à-dire de relations médiatisées par le seul
marché.
En forçant
le trait, on pourrait dire que plus rien ne soude entre elles les différentes
fractions de classes, elles n'ont plus rien à négocier
et partager. Cette évolution libère et met à nu
les tensions purement séparatistes et endogamiques qui sommeillent
dans notre société.
La France plus inégalitaire que les autres pays européens
Eric Maurin
Le Monde, mardi 22 novembre 2005
Le panel européen des ménages de l'Insee permet de comparer
l'intensité et l'évolution des inégalités
de salaires et des inégalités d'exposition aux contrats
précaires dans treize pays européens, dont la France,
la Belgique, les Pays-Bas, l'Allemagne, l'Italie, l'Angleterre et l'Espagne,
sur la période 1995-2001.
Cette comparaison
est riche d'enseignements. Elle montre, tout d'abord, que les pays où
les inégalités devant la protection de l'emploi sont les
plus fortes sont ceux où les inégalités de salaires
sont les plus faibles. Elle montre également que les ralentissements
de l'activité s'accompagnent en général d'une fragilisation
des relations d'emploi (notamment pour les salariés les moins
qualifiés) plutôt que de retards salariaux.
Dans l'ensemble,
les Européens s'organisent collectivement autour d'inégalités
salariales plutôt stables, les ajustements s'opérant à
travers une précarité plus ou moins grande des emplois.
Autrement dit, c'est la fragilisation des relations d'emploi qui sert
d'amortisseur aux variations de conjoncture.
Dans ce paysage
européen, la France se distingue par des inégalités
salariales faibles, mais aussi par des inégalités devant
la protection de l'emploi (entre qualifiés et non qualifiés,
entre jeunes et âgés, etc.) qui sont parmi les plus élevées.
C'est même l'un des pays où ces inégalités
ont le plus augmenté sur la période récente.
La représentation,
très répandue en France, d'une société attachée
à ses statuts n'est pas fausse, mais, tandis que les uns luttent
pour (et parviennent à) se maintenir dans des situations
protectrices, d'autres, toujours plus nombreux, glissent dans la précarité.
Et l'écart entre les premierset les seconds forme un clivage
de plus en plus central.
La différence
est particulièrement frappante avec le Royaume-Uni, où
les inégalités de salaires sont bien plus nettes, mais
où les emplois à durée limitée sont répartis
plus uniformément dans la population.
Jacques Attali réclame un plan en faveur du microcrédit
dans les banlieues
Anne Michel
Le Monde, mercredi 23 novembre 2005
Jacques Attali,
l'ancien conseiller de François Mitterrand devenu, en 1998, le
président de PlaNet Finance, une organisation non gouvernementale
centrée sur le soutien au microcrédit, s'est invité
dans le débat sur le malaise des quartiers en réclamant
un plan de développement national de cette forme de prêts
qui permette aux exclus bancaires, aux chômeurs ou aux RMistes,
de créer leur entreprise. Estimant que "l'accès au
crédit contribue à l'intégration économique
et sociale", M. Attali demande au gouvernement de "faire une
priorité de la mise à disposition de prêts pour
créer des entreprises dans les banlieues".
Outre des moyens
supplémentaires pour accroître les capacités de
prêt des organismes distributeurs de microcrédits - essentiellement
l'Association pour le droit à l'initiative économique
(ADIE) et France-Active, présidée par l'ancien ministre
des finances Christian Sautter -, il souhaite une politique publique
en faveur du microcrédit.
"L'argent existe,
mais rien d'efficace ne peut se faire en l'état actuel de la
réglementation, estime M. Attali. Les crédits doivent
être disponibles plus rapidement et les organismes de microcrédit
autorisés à pratiquer des taux d'intérêt
en rapport avec leurs frais. C'est à ces conditions qu'ils se
développeront dans les cités." Ces recommandations
font partie d'un plan d'action global que PlaNet Finance vient de déposer
auprès du Fonds de cohésion sociale.
EXCLUSION FINANCIÈRE
"Nous avons
besoin d'un signal fort", estime M. Attali. La présidente
de l'ADIE, Maria Nowak, approuve l'initiative et milite pour que soit
"davantage prise en compte l'initiative économique des habitants".
Environ 11 000 microcrédits ont été accordés
en 2004 en France, pour un montant de 144 millions d'euros.
La suppression,
en 2003, des aides aux créateurs d'entreprise accordées
dans le cadre du Fonds de revitalisation économique (FRE) a porté
un rude coup aux institutions de microcrédit. "On a laissé
la priorité à la rénovation urbaine et à
la sécurité, reprend Maria Nowak, il faut réorienter
la politique de la ville sur l'action sociale." Depuis sa création
en 1997, l'ADIE a permis la création de 34 000 entreprises, dont
12 % dans les quartiers difficiles.
Pour François-Xavier
Bordeaux, président de la Caisse sociale de Bordeaux, une banque
solidaire, le problème de l'exclusion financière dans
les zones urbaines sensibles dépasse celui du microcrédit.
Il prône la création d'"un service public de crédit
social qui accueillerait tout le monde, sans condition d'âge ou
de garantie, avec des crédits de 100 à 10 000 euros".
Face à ces
propositions, le gouvernement fait savoir qu'il "n'a pas attendu
pour donner une impulsion au microcrédit", renvoyant au
Fonds de cohésion sociale, doté de 73 millions d'euros.
Selon ses calculs, les mesures incitatives prévues par la loi
Borloo de cohésion sociale de janvier pourraient permettre la
création de 10 000 entreprises individuelles à l'horizon
2006 dans les zones urbaines sensibles.
Le défi de la discrimination positive
tribune de Patrick
Le Tréhondat et Patrick Silberstein
Patrick Le Tréhondat et Patrick Silberstein sont les auteurs
de Vive la discrimination positive. Plaidoyer pour une République
des égaux (Syllepse, 2004).
Politis, jeudi 24 novembre 2005
Le traitement des discriminations ne peut relever uniquement de mesures
politiques générales. Des dispositions provisoires doivent
être prises pour bloquer la machine à reproduire les inégalités.
Voici plusieurs actions possibles.
Périodiquement, la société française se
regarde dans les flammes de ses " quartiers " pour apercevoir
les inégalités et les ségrégations qu'elle
sécrète et reproduit. Le bâton de gendarme d'une
main et le goupillon républicain de l'autre, elle s'indigne,
rappelle les " principes " et morigène à tout
vent. Il faut pourtant faire plus que s'interroger sur les causes de
la violence urbaine, il faut mobiliser les moyens nécessaires
pour mettre un terme à la ségrégation et pour assurer
l'accès à l'égalité des citoyens discriminés
en raison de la couleur de leur peau, de l'étrangeté de
leur patronyme ou de leur ghetto de résidence.
Il est touchant
de voir tout un chacun désormais s'accorder à reconnaître
que les diplômes ne débouchent pas ipso facto sur des emplois
qui leur correspondent ou que les bulletins de salaires n'ouvrent pas
automatiquement les portes des agences immobilières pour ceux
dont le nom sent encore trop le sable chaud. Les faits sont là
: la nationalité française ne fait pas disparaître
les obstacles spécifiques rencontrés par les " jeunes
Français d'origine étrangère " sur le marché
du travail ou de l'habitat.
Contrairement à
ce qu'une gauche peu imaginative ou trop respectueuse des canons républicains
a longtemps feint de croire, le traitement des discriminations ne relève
pas uniquement de mesures politiques générales fortes
- par ailleurs indispensables (droit de vote, naturalisation massive,
politique de la ville, lutte contre le chômage, etc.). C'est d'ailleurs
le constat que fait le Pnud onusien dans son rapport 2004 : " Ne
compter que sur des politiques générales de croissance
économique équitable pour éliminer ces inégalités
collectives prendrait un temps insupportablement long. " Bien sûr,
la première des discriminations positives est une politique économique
et sociale (notamment par le biais de l'impôt direct) qui oriente
vers les plus démunis (individus ou territoires) une part plus
importante des dépenses publiques et des prestations sociales,
favorisant ainsi la solidarité par la redistribution. Mais l'expérience
historique montre que cela ne suffit pas à gripper la machine
à reproduire les discriminations que les auteurs américains
résument en une formule : " La discrimination cause la ségrégation
et la ségrégation maintient la discrimination. "
Ils décrivent ainsi un " effet feed back " qu'il faut
briser. C'est là que les politiques de discrimination positive
interviennent.
Celles-ci cherchent
à dépasser le constat du gouffre séparant l'inégalité
réelle de l'égalité proclamée et visent
à mettre en mouvement la puissance publique afin de " réparer
", " corriger ", " compenser ", " contrebalancer
", " inverser " les effets des discriminations ethniques
ou sexuées et bloquer la machine infernale qui reproduit les
inégalités. Dans la perspective d'une transformation sociale
en profondeur, l'égalité (de même que la démocratie)
est à la fois un principe et un objectif, un mot d'ordre d'action
et un projet.
Ne serait-il pas
possible de prendre des mesures, certes provisoires mais systématiques
et revendiquées comme telles pour leur donner force de loi et
exemplarité, qui permettent le recrutement et la formation de
salariés et de fonctionnaires issus des " minorités
invisibles " si visibles ces dernières semaines ? Ne pourrait-on
pas faire à Bordeaux ou Montpellier ce qu'a fait le service de
protection contre les incendies de Minneapolis, qui, après avoir
été condamné pour discrimination raciale à
l'embauche, a été contraint d'employer un membre des minorités
sur trois nouvelles embauches, jusqu'à ce qu'un minimum de vingt
pompiers soit issu des minorités raciales ? Ne pourrait-on pas
pratiquer à France 2 ce qui se fait en Grande-Bretagne, où
la loi de 1990 qui régit le paysage audiovisuel britannique stipule
que les sociétés qui sont candidates à la gestion
des chaînes doivent présenter les " engagements pris
pour promouvoir au sein du personnel l'égalité des chances
entre hommes et femmes et entre personnes de différents groupes
ethniques " ? Ne pourrait-on pas envisager des politiques similaires
à France Télécom, dans la Fonction publique et
ailleurs ?
Ne pourrait-on pas
renforcer et étendre les dispositions qui permettent aux comités
d'entreprise de peser sur l'égalité hommes/ femmes ? Rappelons
ici que, dans toute entreprise de plus de cinquante salariés,
l'employeur est dans l'obligation de soumettre une fois par an au comité
d'entreprise, aux délégués du personnel, aux délégués
syndicaux et à tout salarié qui en fait la demande un
rapport comparatif sur les conditions générales d'emploi
et de formation des hommes et des femmes au sein de l'entreprise. Ce
document permet d'apprécier pour chacune des catégories
professionnelles la situation respective des femmes et des hommes en
ce qui concerne l'embauche, la promotion, la classification, la qualification,
la rémunération. Il recense les mesures prises en vue
d'assurer l'égalité et énumère les objectifs
prévus. La loi du 9 mai 2001 stipule d'ailleurs que les partenaires
sociaux doivent négocier des objectifs chiffrés et des
mesures de rattrapage. Rien à voir avec des quotas - spectre
agité périodiquement - puisqu'il s'agit ici d'objectifs
à atteindre. Reste évidemment à assortir ces dispositions
d'une obligation de résultat.
Lire la suite dans
Politis n° 877
Querelles d'interprétation
Denis Sieffert
Politis, jeudi 24 novembre 2005
Sont-ce les méfaits
du Livre noir de la psychanalyse ? Il semble en tout cas que certains
se méprennent sur le sens d'un mot qui est central dans le glossaire
du docteur Freud. De tous côtés, on entend dire aujourd'hui
qu'il faut " briser les tabous ", " en finir avec les
tabous ". Comme s'il n'existait pas aussi de bons tabous. Comme
si plus rien ne devait être tu. Toute réprobation sociale
serait-elle devenue entrave insupportable à la liberté
de dire ? Nous voilà donc condamnés à tout entendre.
Et nous avons tout entendu ces jours-ci à propos de la crise
des banlieues. L'indicible d'hier est devenu le banal d'aujourd'hui.
Interrogé sur le sujet par un journal israélien, Alain
Finkielkraut, sans doute désireux d'expliquer le malaise dont
souffre la France, a cru devoir faire un détour ironique par
l'équipe de France de football. Elle n'est plus " black
blanc beur ", dit-il, mais " black-black-black ". Et,
a-t-il ajouté, " cela fait ricaner l'Europe entière
" (1). On devine que le philosophe en éprouve de la honte
pour son pays. Deux jours auparavant, à la télévision
russe, un autre grand personnage public, Hélène Carrère
d'Encausse, secrétaire perpétuelle de l'Académie
française, avait trouvé la cause profonde et première
des violences urbaines : la polygamie. " Ces gens, avait-elle commenté,
viennent directement de leurs villages africains. Or, la ville de Paris
et les autres villes d'Europe ne sont pas des villages africains. "
Étonnamment, l'académicienne comme le philosophe ont justifié
leur liberté de ton de la même manière : ils s'exprimaient
dans un média étranger. " Si l'on dit ça en
France, on va en prison ", note même Finkielkraut, qui donne
soudain de son pays une image encore moins flatteuse que celle que renvoie
l'équipe de France de football avec son trop plein de têtes
brunes. Quant à Mme Carrère d'Encausse, dans les médias
de Vladimir Poutine, bourreau des Tchétchènes, elle compare
notre télévision à la télévision
de Staline (mais l'actuel maître du Kremlin ne risque-t-il pas
de tenir cette comparaison pour un éloge de la télévision
française ?).
Visiblement, nos
intellectuels libérés de tous les tabous croient que leurs
paroles ne franchiront pas les frontières. Ils ignorent tout
d'Internet, et n'ont même jamais entendu parler de satellite ni
d'agence de presse. Sans doute sont-ils convaincus que le pigeon voyageur
qui portera leur message n'est pas près d'atteindre nos contrées.
En soi, cette vision du monde jette d'ailleurs un sérieux doute
sur la légitimité de leur analyse, et leur compréhension
du monde d'aujourd'hui. Mais l'essentiel n'est évidemment pas
là. L'essentiel, c'est que ces mots puissent être dits,
et envisagés comme une explication plausible de la plus grave
crise sociale que la France ait connue depuis longtemps. Car Alain Finkielkraut
peut se rassurer : il n'ira pas en prison. Il ne risque d'ailleurs pas
grand-chose, pas même l'opprobre médiatique réservé
à un Dieudonné, car son discours est bien dans l'air du
temps. C'est celui de MM. Bush et Cheney. C'est le discours de Nicolas
Sarkozy. C'est la grande philosophie du Kärcher. Le côté
du manche. Et de la matraque.
Jusqu'ici, on pouvait
imaginer que ce genre d'idées ne rôdait pas seulement dans
la tête de M. Le Pen. Mais ce qui était pensé n'était
pas nécessairement énoncé, car dans une communauté
humaine les tabous ont parfois des vertus. Grand pourfendeur de Mai
68, Finkielkraut s'est placé dans la situation de celui pour
qui il est interdit d'interdire. Ou, à tout le moins, de s'interdire
à soi-même.
L'affaire est révélatrice
d'un climat. On ne mesure pas assez à quel point le monde a changé
depuis les attentats du 11 septembre 2001 et le début de l'ère
Bush. La sociologie est devenue signe de faiblesse. Il n'y a pas philosophe
plus honteux que Rousseau. La psychologie est honnie. Et toute tentative
d'explication par des causes économiques et sociales vous assimile
au mieux à un incendiaire de bagnole, au pire à un terroriste.
Quelques jours après la fin des émeutes de banlieues,
on assiste à une véritable guerre des interprétations.
Mais que l'on y prenne garde, car il n'y a pas trente-six grilles de
lecture possibles. Il n'y en a que deux. L'une se situe dans le champ
politique. Elle s'adresse à des partis et à des institutions,
et leur propose des changements et une autre répartition des
richesses. L'autre demande à des hommes et à des femmes
pris individuellement d'abjurer ce qu'ils sont. Celle-ci est condamnée
à flirter avec le racisme. Elle recèle une charge de violence
illimitée. Elle est aussi la deuxième mâchoire du
libéralisme. L'organisation inégalitaire du monde n'étant
pas négociable, il ne reste plus qu'a réprimer les indociles
et à chercher en eux la cause de leur indiscipline et de nos
désordres.
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de page
COMMUNIQUES
ECOLE, SERVICES
PUBLICS, BANLIEUES, SOCIETE :
DES TAS D'URGENCES !
Nous, enseignants
de l'Ecole publique laïque et républicaine, nous sommes
profondément choqués quand les valeurs que nous enseignons
à l'école sont bafouées, y compris par l'Etat lui-même.
Nous accueillons
tous les enfants qu'on nous confie : qu'ils soient blacks, blancs ou
beurs, qu'ils soient riches ou pauvres, avec ou " sans papiers
", et quelles que soient les opinions politiques ou les croyances
religieuses de leurs parents.
Nous leur apprenons
à vivre ensemble, à prendre conscience des droits et des
devoirs de chacun. Nous essayons de donner du sens à leurs apprentissages.
Nous nous efforçons de les faire tous progresser, sur des chemins
souvent chaleureux et joyeux. Pour apprendre, les enfants ont besoin
de sérénité, de respect, de tolérance et
de solidarité. Nous sommes les garants de ces bonnes conditions
d'apprentissages.
Or nous constatons
que le service public d'Education se dégrade, comme les autres
services publics. Classes chargées, réseaux d'aide incomplets,
disparition des aide-éducateurs, concentration des écoles,
crédits culturels en baisse, diminution des moyens pour la formation
des enseignants
En même temps, une logique comptable de management nous demande
de faire du chiffre, de multiplier les évaluations, avec sans
doute la perspective de mettre les écoles en concurrence, de
" se battre pour les bonnes places " (les inscriptions dans
les " bonnes écoles " se faisant au détriment
des familles défavorisées), étape avant de privatiser
l'Education Nationale ?
En même temps
également, la vie des quartiers se dégrade de plus en
plus :
immeubles vieillissant, rénovation trop lente ou excluant les
plus défavorisés
détresse économique et sociale de zones aux taux de chômage
records
discriminations à l'embauche
économie souterraine accompagnée de violences multiples
: machisme, drogue et alcool, vols, dégradations
accompagnement des jeunes affaibli dans les écoles, collèges
et lycées par la diminution de surveillants et d'aide-éducateurs
(ou assistants d'éducation) et hors temps scolaire par la suppression
des emplois-jeunes et par la mise en difficulté des associations
par de très sensibles baisses de subventions
politique de prévention remise en cause par l'abandon de la police
de proximité, censée établir des liens de confiance
avec les jeunes
répression, tolérance zéro, contrôles au
faciès et bavures policières
La politique libérale
organise la crise sociale.
Pourquoi les banlieues
n'ont-elles pas alors explosé plus tôt ? Parce que ni les
enseignants, ni les travailleurs sociaux, ni les militants associatifs
ne pratiquent la discrimination, n'utilisent des méthodes répressives.
Jamais dans nos classes ce n'est par la violence que les enfants obtiennent
une amélioration, mais par le débat, la réflexion
collective, l'élaboration et le respect des règles ...
Sans ce travail de participation et de prévention mené
par l'ensemble des éducateurs, il y a longtemps que l'Etat ne
tiendrait plus ses banlieues.
Est-ce en traitant
la jeunesse de " racaille " à " nettoyer au "
kärcher " qu'on cherche à établir dialogue et
respect ?
Est-ce en décrétant un état d'urgence rappelant
de sombres événements qu'on construit une réelle
sérénité sur le long terme ?
Est-ce en " ethnisant " les problèmes des banlieues
qu'on règle les dramatiques difficultés sociales ? (parmi
les interpellés figurent de nombreux " blancs ", précaires
ou exclus)
Est-ce en considérant les français beurs ou blacks comme
des étrangers, sauf quand ils s'appellent Zidane, qu'on réalise
" l'intégration " ?
Est-ce en prenant comme modèle la société de consommation,
la pub et les marques, la télé-réalité et
le succès éphémère qu'on offre des perspectives
d'avenir aux jeunes ?
Que la justice fasse
son travail, en jugeant de manière posée et impartiale
les auteurs des dégradations, notamment en analysant les causes
de ces violences, oui. Mais les comparutions immédiates sont-elles
dignes d'un Etat de droit ? Les expulsions collectives d'étrangers
sont-elles légales ?
Que l'Etat fasse
également son travail, notamment en rétablissant le dialogue
avec les jeunes des banlieues, ce qui suppose dignité et respect
envers ces jeunes. Mais aussi en créant les conditions d'un renouveau
économique et social des banlieues et de la société.
C'est possible, c'est un choix politique.
Nous appelons à
écarter toutes les dérives populistes et à travailler
ensemble pour redonner du sens à la devise républicaine
: " liberté, égalité, fraternité ".
Un défi citoyen majeur.
Pour cela, l'argent est nécessaire, la démocratie participative
l'est tout autant. Il n'y aura pas de solution en écartant les
acteurs de la crise des banlieues. Nous, enseignants, souhaitons prendre
toute notre place dans ce défi.
Union des alternatives
syndicales
Union des alternatives syndicales / BP 101 / 38001 GRENOBLE cedex 1
/ tél : 04 74 92 61 39
Le site de l'UDAS : http://udas.org Contact : contact@udas.org
Manifestations
et rassemblements
SANS JUSTICE SOCIALE, PAS DE PAIX ! NON AUX DISCRIMINATIONS ET A LA RÉPRESSION
!
Mardi 15 novembre 2005
La révolte
des jeunes dans la plupart des quartiers populaires de l'Hexagone depuis
plus de deux semaines, est révélatrice d'une véritable
crise sociale attisée par les politiques répressives et
sécuritaire et les discrimination en tout genres.
La mort des deux jeunes de Clichy-sous-Bois ayant voulu échapper
à un contrôle policier est une conséquence de l'escalade
sécuritaire développée par le Ministre de l'Intérieur
et soutenue par Chirac et le gouvernement :
multiplication des contrôles au faciès et des arrestations
arbitraires des jeunes des quartiers défavorisés, expulsion
de familles d'immeubles parisiens dits insalubres, sans relogement,
"rafles" et expulsion de sans papiers dans les quartiers populaires
(Belleville, Barbès ...). Cette politique sécuritaire,
à des fins populistes et démagogiques, se double d'une
politique anti-sociale : baisse des crédits des associations
de quartiers, fin des emplois jeunes, démantèlement des
services publics, hausse des loyers des HLM, accentuation de la précarité
avec les CNE (contrats nouvelle embauche)...
Face à une situation sociale d'urgence, le Gouvernement et Chirac
n'ont comme seule réponse immédiate la mise en place de
l'état d'urgence (loi du 3 avril 1955) pour "museler la
contestation sociale" et faire "régner l'ordre public".
1800 jeunes arrêtés et l'expulsion des jeunes étrangers,
voilà les seuls résultats d'une telle politique. La réponse
à cette crise sociale ne passe ni par la répression, ni
par la provocation. C'est bien d'une autre politique sociale et économique,
en rupture avec les orientations libérales actuelles, que les
jeunes et habitants des quartiers défavorisés ont besoin.
Par conséquent, nous appelons la jeunesse (jeunes précaires,
chômeurs, étudiants, lycéens) à manifester
mercredi 16 novembre pour exiger : la vérité sur les circonstances
de la mort de Ziad Benna et Bouna Traoré, et que justice soit
rendue.
l'arrêt des politiques de la criminalisation des populations défavorisées,
immigrées et des jeunes des quartiers populaires. - L'arrêt
des incarcérations en séries, les jugements injustes,
expéditifs et arbitraires et des expulsions et reconduites à
la frontières. - la rétablissement et l'augmentation massive
des crédits destinés aux associations de quartiers. l'instauration
d'un plan d'urgence pour permettre l'accès à l'éducation,
logement, emploi, santé, transports, culture, condition d'une
véritable justice sociale. - le retrait immédiat de l'état
d'urgence, la fin de la logique répressive et de la surenchère
policière.
Manifestation Mercredi 16 Novembre Départ à 14h devant
la fac de Saint-Denis Métro Saint-Denis Université (ligne
13)
Premiers signataires : Alternative Libertaire, ATTAC Campus, CEDETIM,
CLEPS (Comité lycéen Etudiant Paris Sud), Collectif des
Étudiants Étrangers de Paris 8, Collectif Jeunes Chercheurs
Contre la Précarité (JCCP), CNT-STE (75, 92, 93) , Droit
Au Logement (DAL), Droits Devant, Emancipation Tendance Intersyndicale,
FASTI, IPAM, LDH Fédération 93, MIB, No Pasaran, SUD-Etudiant,
Réseau Citoyens Solidaires (RESOCI) 93, Réseau Féministe
"ruptures", VAMOS ! ...
------------------------------------------
D'autres manifestations et rassemblements sont prévus à
Besançon vendredi 18 novembre à 17 H 30, Place du 8 septembre
à l'appel de FSU, SOLIDAIRES, SUD Education, AC, AFPS, ATTAC,
CDDLE, FOL, ALTERNATIFS, LCR, PCF, à Strasbourg devant l'hôtel
du préfet (place Broglie, côté opéra) à
18h00 mardi 15 novembre 2005; à Reims, mercredi 16 novembre au
Théâtre à 17h30.
Sujet : CONTES DE L'URGENCE AVEC ISABELLE ST-PIERRE, CLAUDETTE L'HEUREUX,
EVELINE MENARD, ERIC GAUTHIER ET PAUL BRADLEY
Communiqué : Montréal le 2 novembre 2005
L'ÉTAT
D'URGENCE : un camp de réfugié au centre-ville
DU 23 AU 27 NOVEMBRE 2005, PLACE ÉMILIE GAMELIN métro
Berri
Une célébration de solidarité, un lieu de création
qui réfléchit à la cohésion sociale.
Depuis 1998 : L'État
d'Urgence est un rendez-vous annuel avec et dans la rue orchestré
par l'ATSA en collaboration avec plusieurs artistes et organismes privés
et publics. Tel un camp de réfugiés humanitaire implanté
en plein centre ville riche, son objectif de lieu de rencontre stimule
la solidarité humaine et la création artistique socialement
engagée.
L'État d'Urgence
c'est 50 000$ de vêtements chauds dans la rue, trois repas par
jour pour attabler 150 personnes et une table de collation ouverte 24h,
un dortoir pour les nuits ainsi qu? une programmation multidisciplinaire
de haut calibre et gratuite pour tous où les artistes viennent
donner et créer dans un univers festif, qui suscite une expérience
humaine inoubliable entre les solitudes sociales et entre plusieurs
médiums culturels intégrés à la vie quotidienne
du campement. La mise en scène réaliste prend corps sous
deux chapiteaux chauffés ouverts à tous 24hrs sur 24hrs.
À l'extérieur, des braseros vous réchauffent pendant
que l'action à l'intérieur des tentes vous est projetée
sur un écran géant.
L'État d'Urgence
est un Manifestival, un lieu engagé et multidisciplinaire pour
venir découvrir les artistes autrement, dans un climat de partage
et de cohésion sociale, sans artifice mais avec un contact direct
et chaleureux que vous ne retrouverez nulle part ailleurs! À
Vous de jouer!
VOICI UN AVANT GOÛT
DE LA PROGRAMMATION DE L'ÉTAT D'URGENCE 2005!
L'horaire précis et les détails de l'implication des artistes
sur le www.atsa.qc.ca dès le 11 novembre.
_VENEZ découvrir
les artistes de la PERFORMANCE Louise Dubreuil et Claudia Bernal et
une spectaculaire INSTALLATION de l'artiste visuel Mario Duchesneau,
Vous laissez transporter par LES CONTEURS Claudette l'Heureux, Paul
Bradley, Éric Gauthier, Éveline Ménard et Isabelle
Saint-Pierre, conteuse en résidence des productions Vif-Argent,
en quête de conteurs de rue afin que l'ATSA produise les Contes
de l'Urgence pour l'édition 2006!
_SWINGUER LA BAQUAISSE avec la calleuse Mireille Girard et ses musiciens
et d'excellent _BANDS ET FORMATIONS MUSICALES : Polémil Bazar
/ Les Balthazar / Les Voix Ferrées / Les Têtes Ailleurs
/ Urbains Desbois / La Fanfare Pourpour / Kumpa'nia.
_LES SOUPERS DJ de l'État d'Urgence seront animés avec
les DJ Colins, Soul Sista, Luc Raymond et DJ Kim.
_VENDREDI THÉÂTRAL avec Mise au Jeu et Le match libre de
La Ligue Nationale d'Improvisation .
_RIRE avec Guy Nantel / Le parti Rhinocéros et la Fanfare du
peuple / François Gourd / Stéphane Crête / Nathalie
Claude.
_Écouter LES CONFÉRENCIERS Marc-Henri Faure de Oxfam /
Louis Jacob, sociologue à l'UQAM sur l'art et l'errance / Sophie
Rondeau de la Croix-Rouge canadienne et Philippe Ducros, écrivain.
_Voir les PHOTOS de Isabelle Hayeur / Ana Rewakowicz / Le Refuge Meurling
/ Martin Savoie
_Applaudir les jeunes ARTISTES FORAINS de La Caserne 18-30
_Sans oublier les FILMS ET COURTS MÉTRAGES Ryan / Si j'avais
un Chapeau / La Vidéo Paradiso / L'État d'Urgence 04 /
Le Banquet / l'Égalité / Le Ciel Gris.
La Vidéo
Paradiso sera sur place et réalisera avec les jeunes et moins
jeunes de la rue une série de Clips d'Urgence qui seront présentés
au Cabaret du dimanche!
VOUS POUVEZ AIDER
L'ÉTAT D'URGENCE
Ce siège
festif est une résistance à l'individualisme et à
la dégradation des rapports sociaux, mais vous comprendrez que
cela ne se fait pas sans un certain besoin de financement L'État
d'Urgence est porté à bout de bras par l'ATSA avec un
financement dérisoire. L'activité principale, par l'intermédiaire
de laquelle nous sollicitons des dons pour financer l'État d'Urgence
2005 est :
LE BANQUET COCHON
? C'EST TOQUÉ MA COLOMBE!
Un banquet gastronomique
préparé gracieusement par les chefs Martin Picard du "
Pied de Cochon ", Normand Laprise de " Toqué ",
Moustafa Rougabi de " La Colombe " et Jean-Paul Grappe.
Grâce à la participation des étudiants de l'ITHQ
et la complicité de La Tablée des chefs, ce banquet cinq
services est offert à plus de 180 personnes de la rue le samedi
26 novembre 2005 à partir de 18 :00 sur le site de l'État
d'Urgence.
Nous vous invitons
à encourager l'État d'Urgence 2005 en achetant un ou plusieurs
couverts symboliques d'une valeur de 50 $ chacun qui nous permettra
d'offrir une expérience inoubliable aux plus démunis.
Quelques places
seront disponibles pour ceux qui auront acheté deux couverts
et plus! Nous vous invitons à nous donner vos coordonnées
si vous souhaitez être du tirage pour ce Banquet Cochon !
Vous pouvez acheter
des billets en ligne en cliquant sur le www.atsa.qc.ca
ou envoyer un chèque à :
ATSA : 4430 rue Drolet, Montréal, QUÉBEC H2W 2L8
En mentionnant qu'il s'agit d'un don pour l'État d'Urgence 2005
L'État d'Urgence,
c'est aussi une opportunité de plus de 200 plages de temps de
bénévolat à combler! N'hésitez pas à
communiquer avec nous au 514-844-9830 info@atsa.qc.ca
Il y en aura pour
toute la famille au camp cette année.
Toute la programmation sera sous peu sur le site www.atsa.qc.ca afin
que vous puissiez prévoir votre séjour sur notre terre
d'accueil !
SOLIDAIREMENT VÔTRE!
ATSA est un organisme
à but non lucratif, fondé en 1997 par les artistes Pierre
Allard et Annie Roy, qui font des installations urbaines événementielles
visant la réflexion active à des problématiques
sociales, environnementales et patrimoniales. L'État d'Urgence
de l'ATSA est en partie supporté financièrement par le
développement social et communautaire de la Ville de Montréal,
le CAC, le CALQ, le CAM, Engrenage Noir, Cirque du Monde, Bell Canada
et quelques partenaires privés grâce à des dizaines
de généreux commanditaires et au soutien du milieu communautaire,
artistique et de la restauration.
Pour information
: Contactez Annie Roy, cofondatrice de l'ATSA
au 514-581-5457 / info@atsa.qc.ca
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TEMOIGNAGES ET REACTIONS
ECHANGES UDAS
Je ne suis pas sûre
que le projet soit de "privatiser" l'école. Du moins
en maternelle et en élémentaire, voire en collège.
Je verrais plutôt une consommation à la manière
privée. Ce qui est déjà en route de belle lurette
(elle est où la lurette ?), mais qui augmente avec cette mise
en compétition des écoles. Il a été démontré
(par des sociologues je crois) que les classes moyennes (enseignants
par exemple) et moyennes-sup sont celles qui utilisent le mieux les
services publics. Pour l'école par exemple ça passe par
des stratégies d'habitat. On choisit son lieu de vie selon l'école
du quartier. Il semble que des agents immobiliers donnent le type d'école
proche pour valoriser une maison. Ca passe aussi par le choix de filières
par exemple (les classes à horaires aménagés de
langues peu communes, à objectifs culturels, musique, danse si
possible classique sont très recherchées par la bourgeoisie)
même et surtout quand elles sont dans des écoles publiques.
Il y a sûrement encore plein de perversités à découvrir.
C'est tout bénéf. On est trié et on ne paie pas.
Comme être riche et le rester sur le dos de l'Etat qu'on accable
par ailleurs. Résultats des courses, les plus démunis
qui ne connaissent pas ou pas assez ces systèmes restent et resteront
entre eux. On assiste et on assistera à l'augmentation des zones
ghettos de non droits où restera un service publique mais de
moindre qualité. Comme ça on saura bien qui est qui et
où. Et les plus pauvres se boufferont entre eux en attaquant
ce qui leur restera du service publique et tout le monde sera .....
Ceux qui ont travaillé en REP connaissent bien tout ça.
Ils savaient depuis longtemps que ça devait péter. Ca
pétait déjà mais on ne le disait pas toujours.
La seule question c'était : " quand ? "
Chantal
"Trente services
sociaux ne sont pas une garantie pour l'emploi"
Banlieues : l'avis
de deux travailleurs d'une maison de jeunes de Molenbeek (Belgique)
Alors que les banlieues
françaises flambaient, la situation est restée relativement
calme chez nous. Un entretien avec Touria Aziz et Dirk De Block, qui
travaillent tous deux à /Centrum West/, une maison de jeunes
de Molenbeek.
/Thomas Blommaert/
/23-11-2005/
Il fait un froid
de canard quand nous quittons le métro à Ribaucourt, à
un jet de pierre de la maison des jeunes de Molenbeek. Dans nos têtes
résonne la fameuse petite phrase du film /La Haine/, imposée
ces
dernières semaines comme le cri de toute une génération:
/"La société française est comparable à
un homme qui tombe d'un gratte-ciel et qui, à chaque étage,
dit: jusqu'ici, ça va. Mais le plus important, ce n'est pas la
chute, mais l'atterrissage."/
Bien que, ces dernières semaines, il ait fait relativement calme
chez nous, nous nous sommes demandé: si la société
française est un gratte-ciel, qu'en est-il de la société
belge? Et comment se comporte en
gros Molenbeek, qui traîne derrière elle une réputation
de coin à problèmes?
*Touria Aziz. *Géographiquement,
il y a certainement une différence. Les banlieues se trouvent
à des dizaines de kilomètres du centre de Paris, alors
que Molenbeek est tout près du centre de Bruxelles. Pourtant,
la problématique sociale et économique est plus ou moins
la même. À Paris, 40 % des jeunes sont sans travail, c'est
comparable au bas de Molenbeek /[le haut de Molenbeek est un peu plus
chic]/. Et, tout comme en France, des tas de jeunes ici décrochent
très tôt de l'école. Autres similitudes: le nombre
limité d'habitant d'origine belge ou le très mauvais état
de l'habitat.
*Notre gouvernement
dit que des situations à la française sont impossibles
en Belgique. Le réseau social serait plus important ici. *
* Dirk De Block.
*Méfions-nous de ce genre de propos. Un réseau social
peut retarder une explosion, pas l'empêcher. Car ce n'est pas
parce qu'on dispose de trente services sociaux qu'il y a plus d'emploi.
Et ce
n'est pas parce qu'il y a dix centres qui s'occupent d'accompagnement
des devoirs scolaires que l'enseignement fonctionne.
N'avoir pas de travail, en soi, ce n'est pas une situation sans perspective.
Etre pauvre non plus, en soi. Mais s'il naît chez les jeunes une
conscience collective du fait qu'au bout de trente ans, ils ne voient
toujours pas le moindre progrès pour leur communauté,
alors, là, vous obtenez une situation sans perspective. A la
longue, on crée des cas dans lesquels les jeunes ne saisissent
même plus les rares chances qui leur sont proposées. Tout
simplement, parce qu'ils n'y croient plus. C'est également la
différence, je pense, avec les nouveaux venus en Belgique, qui
croient encore qu'ils vont pouvoir s'en sortir ici..
*La frustration
qui ronge les jeunes de Paris est-elle présente ici aussi? *
* Touria Aziz. *Tout
à fait. Récemment, notre maison de jeunes a organisé
un débat sur les événements dans les banlieues
françaises. C'est avec surprise que j'ai découvert des
avis assez nuancés, chez les
jeunes. La plupart condamnent les incendies de voitures. Mais tous comprennent
plus ou moins bien les frustrations à la base des émeutes..
*Bien des gens ont
surtout eu peur du caractère violent des événements.
Pourquoi les jeunes ne réagissent-ils pas autrement? *
* Touria Aziz. *Concevoir
la frustration de ces jeunes est presque impossible. Même les
travailleurs ou les chômeurs belges sont dans une réalité
absolument différente.
* Dirk De Block.
*Cette façon d'agir est un signe d'impuissance. Si nous ne faisons
pas du grabuge, rien ne bouge, pensent-ils. Cette idée s'est
développée au fil des années. Ils ne connaissent
pas d'autre façon non plus de peser sur la politique. Les gars
de la maison de jeunes disent: "Le politique est conscient de notre
existence une fois tous les dix ans, et c'est quand ça flambe."*
*
*Touria Aziz. */[elle
opine] /Généralement aussi, c'est après des émeutes
que les pouvoirs publics lâchent des sous. Nous l'avons également
remarqué après les événements de Cureghem
/[Anderlecht] /en 1997.
*C'est presque un
plaidoyer pour les émeutes, non? *
* Dirk De Block.
*Non, c'est tout simplement une constatation: trois jours de grabuge
ont rapporté plus de moyens publics que vingt ans d'un travail
patient dans le secteur social.
* Touria Aziz. *Le
terreau qui a abouti aux émeutes de Cureghem n'a d'ailleurs jamais
disparu. Par la suite, les hommes politiques ont fait quelques petits
gestes. Ils ont investi dans la qualité de la vie, la
présence du secteur social s'est un tantinet étoffée,
on s'est occupé de réaménager de belles placettes,
etc. Mais, comme le disent nos jeunes: ce n'est pas avec du béton
qu'on va changer les choses.
*Pourquoi ces jeunes
ne vont-ils pas frapper à la porte des hommes politiques? A Paris,
certains jeunes incendient les voitures de leurs voisins, qui connaissent
pourtant la même situation sans perspective. *
* Dirk De Block.
*Il y a non seulement, parmi les jeunes, un manque d'organisation, mais
aussi de conscientisation. Ils ne se rendent pas compte de qui sont
leurs amis ou leurs ennemis. En soi, ce n'est pas une donnée
nouvelle. Il y a cent ans, quand les travailleurs belges se sont retrouvés
dans la même situation, il y a également des actions très
contre-productives. Depuis la destruction de machines jusqu'aux bagarres
entre eux. Ce n'est que lorsque le syndicat a commencé à
peser structurellement sur le mouvement ouvrier que ces situations explosives
ont disparu.
A vrai dire, nous devrions avoir un syndicat des quartiers, car il n'y
a aucune organisation défendant les intérêts des
habitants des quartiers en tant que groupe. Il y a bien un secteur social.
Mais il est morcelé en des milliers d'asbl différentes
et, en outre, il dépend des subsides des pouvoirs publics.
*"Ce sont /nos/ jeunes" *
*Dirk De Block.*
Les médias semblaient attendre des émeutes à Molenbeek?
Ah! Ca fait longtemps déjà que ce quartier a mauvaise
réputation, bien avant même qu'il y ait des Marocains.
Il y a cent ans, ce sont les Flamands qui ont été les
premiers migrants ici. Sales types, gros baiseurs, fouteurs de m: tous
ces noms d'oiseaux montrent bien qu'on ne les aimait guère. Le
mépris était tel que le pont reliant le bas de Molenbeek
au centre de Bruxelles se levait quand les échauffourées
éclataient. Mais, à vrai dire, il ne faut pas remonter
su loin dans le passé. L'un de mes prédécesseurs
à la maison des jeunes m'a raconté comment ça se
passait, ici, il y a trente ans, quand les jeunes étaient tous
des Belges d'origine : bagarres, problèmes scolaires, alcoolisme
et, dans son cas, pneus crevés et vitres éclatées.
Cela au moins, ça n'arrive pas avec les hôtes actuels de
la maison des jeunes.
Les problèmes sont restés, mais la couleur de la peau
du groupe qui les subit a changé. Nous devons donc bien nous
rendre compte que les problèmes des jeunes sont aussi les problèmes
de notre société et que ces jeunes, eux aussi, sont des
fils et filles de travailleurs.
Vous pouvez réagir
à cette interview sur redaction@solidaire.org
<mailto:redaction@solidaire.org> et vous trouverez par ailleurs
l'interview complète sur www.solidaire.org /
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MATIERES A RELEXION
LA VIOLENCE ET
SES LIMITES
"Avec vos pétitions,
manifestations et banderoles vous avez bonne mine, nous autres avec
quelques nuits d'émeutes on a tout de suite obtenu quelque chose
!...".
C'est à peu
près le seul message "politique" qu'ont voulu faire
passer en clair les quelques jeunes des banlieues qui se sont exprimés
sur les dernières "violences urbaines". Quelle/s leçon/s
devons-nous en tirer?
LA VIOLENCE PAIE-T-ELLE?
On peut légitimement
se poser la question et ce indépendamment de toute considération
morale que l'on peut émettre à propos de cette violence.
Il est exact que
les demandes réitérées des jeunes, des éducateurs,
des associations, de toutes celles et tous ceux qui avaient/ont conscience
de ce qui se passe dans les cités sont restées sans réponse
et il est non moins exact que pour mettre fin aux violences, en plus
des mesures répressives, un effort"social" quoique
dérisoire, pour ne pas dire simplement financier, a été
fait en direction des banlieues. Cet effort aurait-il été
fait en l'absence de violence? On peut en douter. Alors?
Alors il est exact
que de brûler, casser, "passer à la télé"
ça fait bouger les gouvernants. La question qui demeure c'est
tout de même "qu'obtient on?"
Quelle est la rançon
de la violence?
Si les mesures prises
en faveur des banlieues l'ont été sous la contrainte,
ce qui est le cas, il est bien évident qu'elles sont purement
circonstancielles, autrement dit, ne faisant pas partie d'un plan politique,
elles seront remises en question à la première occasion,
sinon sur le long terme. Elles n'ont qu'un seul objectif: rétablir
le calme.
On peut raisonner
en disant "C'est toujours ça de pris!". C'est vrai,
mais c'est aussi faire preuve d'une relative courte vue.
On peut aussi raisonner
en disant "Plus on fait de dégâts, plus on obtient".
Là on fait un raisonnement faux. Il ny a pas proportionnalité
entre l'intensité de l'action et ses résultats, et ce
pour deux raisons:
- l'Etat est obligé (politiquement) d'imposer des limites à
l'"insurrection" en particulier lorsqu'elle, volontairement
ou non, déstabilise ou risque de déstabiliser le système,
ou touche des intérêts vitaux et /ou politiques,
- le désaveu
dans la population l'emporte sur la compréhension. L'effet entraînement,
en l'absence de projet politique, ne jouant pas /plus.
Dans les deux cas
la répression s'abat sans que l'on n'obtienne rien, pas même
le soutien de la majorité de la population.
Tout compte fait,
au sens propre comme au sens figuré, la violence paie peu. C'est
cher payer pour les contestataires, pour des mesures conjoncturelles,
probablement éphémères qui sur le fond ne changeront
rien à la situation.
UNE VIOLENCE CONTENUE
Ne nous faisons
pas d'illusions, tous les Etats se sont prémunis contre le danger
insurrectionnel. Ils ont mis au point toute une panoplie de moyens de
plus en plus sophistiqués et efficaces:
- sur le plan militaire: les forces de répression sont nombreuses
et bien équipées, quadrillent le pays, écoutent,
fichent. Même l'armée est aujourd'hui uniquement formée
de mercenaires. Finie la possibilité de noyauter, retourner une
armée de citoyens.
- sur le plan juridique: un arsenal dissuasif pouvant aller jusquau
couvre feu partiel ou total
- sur le plan politique: le système électoral qui donne
l'illusion du fonctionnement démocratique en jouant habilement
de l'alternance et en faisant jouer l'épouvantail au FN. En cas
de troubles graves, recours aux élections avec" remise des
pendules à l'heure", on nous a déjà fait le
coup.
- sur le plan idéologique: servie par des médias bien
contrôlés par l'Etat et les puissances financières,
la pensée unique structure les cerveaux, oriente les réflexions,
suggère les réactions, manipule les sondages, crée
les craintes "salutaires", indique les "bons choix".
Une telle organisation
n'est pas nouvelle, elle a été éprouvée
à toutes les époques de l'Histoire avec des variantes
et bien sûr des moyens différents.
Il nous faut partir
du principe que dans un affrontement direct, force restera au système.
D'ailleurs un mouvement insurrectionnel, même parfaitement organisé,
même avec des objectifs clairs, n'est pas forcément gage
de succès, du moins sur le plan historique, l'exemple de la Révolution
russe est là pour nous le rappeler.
AU DELA DE LA FASCINATION
DE LA VIOLENCE
Le spectacle de
la violence fascine, c'est bien connu et fait dire, et faire, souvent
n'importe quoi, fait prendre la réalité pour ses désirs.
La violence d'une révolte peut n'avoir rien à voir avec
une stratégie de changement social, la preuve. Cela dit la violence
de la révolte a un sens qu'il est nécessaire de décrypter.
Exercice difficile car on est toujours tenté de faire dire à
l'évènement observé, ce que l'on souhaiterait qu'il
dise, souvent plus que ce qu'il signifie réellement. Il peut
y avoir un total décalage entre la violence de la révolte
et les conditions nécessaires au changement. Croire que, parce
qu'une révolte commence, révolte qui peut prendre différentes
formes ("violences urbaines", grève générale
), le processus de changement est engagé, c'est s'exposer
à de graves déboires et à une grande déception.
Il est regrettable,
et somme toute symptomatique, que certains de celles et ceux qui dénoncent,
à juste titre, le spectacle de la société marchand,
tombent dans le piège du spectacle de la violence
Le processus
est identique même si l'objet est différent ... Attitude
à méditer
Ce qui fait le succès
d'un processus de changement, ce n'est pas l'acte final, qui peut être
ou non violent, pas même la répétition systématique
de révoltes violentes, c'est tout ce qui précède,
la mise en place de nouveaux rapports sociaux, et qui fonde le nouveau
système. Or, nous n'avons comme vision de l'Histoire, à
l'image de l'actualité dans les médias, que ce qui marque,
ce qui est clinquant et spectaculaire. Cette vision nous donne une fausse
impression de ce qu'est réellement la dynamique de l'Histoire.
N'en rester qu'à cette vision superficielle nous condamne à
reproduire le spectacle de ce qu'est véritablement notre impuissance,
et la violence peut être alors le surdéterminant qui nous
permet de nous maintenir dans l'illusion de l'efficacité.
La stratégie
du changement s'élabore à partir d'un autre champ, celui
de la praxis, celui qui substitue une alternative concrète, viable
et donc crédible aux rapports sociaux qui ont fait leur temps.(voir
l'article "TRANSITION")
L'expérience
de la révolte est à double tranchant. L'impossibilité,
de dépasser le cadre trompeur de son image empêche d'en
saisir sa véritable signification. C'est cette incapacité
qui donne à la violence un sens qu'elle n'a pas. C'est cette
incapacité qui fait la différence entre révolte
et véritable changement social.
Patrick MIGNARD
Voir également
l'article: "VIOLENCE ET CHANGEMENT SOCIAL"
Matière
à réflexion
QUAND DELINQUANCE
RIME AVEC DECADENCE
"Violences urbaines", incivisme, vandalisme, des termes qui
ne constituent plus des entrefilets dans l'actualité mais qui
de plus en plus la structurent.
Une société
décadente est une société qui n'arrive plus à
assumer ses contradictions, à assurer la "paix sociale",
c'est-à-dire assurer le maintien et la stabilité du rapport
social dominant (ici le salariat) avec ses propres moyens, une société
qui n'a plus comme recours que la violence pour gérer ses contradictions.
Ces évènements
qui choquent par leur violence et la gratuité des actes, sont
le fait d'individus qui ont perdu tous repères, qui n'ont plus
aucune référence sociale, exclus du tissu social ils s'en
prennent à tous les symboles même les plus respectables
de notre société comme la violence contre les pompiers.
Ce ne sont pas eux qui sont décadents mais le système
qui est capable de les engendrer.
LE PROBLEME ET SA
SOLUTION
Comment avoir la
prétention de trouver une solution à ce problème
alors qu'on ne sait pas, ou plutôt, on ne veut pas le poser correctement.
Car de quoi s'agit-il?
A moins d'affirmer
que les "bandes des banlieues" sont des délinquants-nés,
ce que l'extrême droite appelle les "bandes ethniques"
et que donc la solution est leur élimination au sens physique
du terme, la seule autre explication c'est que ce phénomène,
qui prend de l'ampleur, est d'origine sociale.
L'exclusion massive
de salariés du "bas de l'échelle sociale", combinée
avec des relents de racisme de l'époque coloniale a jeté
aux marges de notre société toute une population exclue
du lien social fondé sur le salariat, d'ailleurs le seul lien
que le système marchand puisse créer.
Les cités
autrefois ouvrières se sont transformées en "ghettos
sans espoir" regroupant une population consciente d'être
parquée, exclue, à la recherche d'une stabilité
sociale que le système marchand lui refuse. (voir l'article "DROGUE,
ECONOMIE SOUTERRAINE ET SOCIETE PARALLELE")
On a beaucoup critiqué
et l'on critique beaucoup, et je pense à juste titre, les conceptions
"communautaristes" des pays anglo-saxons, au nom d'une conception
de la citoyenneté issue des Lumières. Soit! Mais le problème
c'est que cette intégration citoyenne n'a pas marché pour
ces populations. Pourquoi?
La réponse
facile serait de dire, et beaucoup ne se gênent pas pour l'affirmer:
"Elles n'ont pas voulu s'intégrer". Ceci est absolument
faux.
Dès le début,
dans les années soixante, les immigrés, que nous avions
besoin pour nos usines, ont été traités comme du
bétail
J'exagère? Souvenez vous: bidonvilles, marchands
de sommeil, ratonnades
et, ce qui n'a rien arrangé, en
pleine guerre dAlgérie
puis, ce qui a aggravé
la situation, l'ouverture vers la mondialisation Jusqu'aux Harkis qui
ont été, et sont, victimes de la même discrimination
Le système
marchand a considéré ces êtres de la même
manière qu'il traite tout individu, de manière utilitaire
Or là, à la différence des salariés
nationaux marginalisés, il s'agissait d'une population fragilisée,
coupée de ses racines, d'une culture très différente
de la nôtre, qui aurait eu un besoin urgent et spécifique
d'aide à l'intégration
C'est tout le contraire
qui a été fait
et l'on s'étonne qu'à
la troisième/quatrième génération la rupture
ait lieu
Ce qui est étonnant c'est qu'elle ne se soit
pas produite plus tôt.
Nous vivons aujourd'hui,
au niveau national, avec les violences urbaines, les conséquences
du fonctionnement de ce système aggravées par des politiques
irresponsables et démagogiques.
Le repliement communautaire
de ces populations ne s'explique certainement pas par leurs volontés
de recréer, à priori, une communauté: aucun texte,
aucune déclaration, aucun discours, aucun mouvement constitué
ne l'atteste, mais par l'incapacité du système marchand
de faire fonctionner la citoyenneté. Le système politique
de démocratie marchande a été incapable, et est
incapable de faire fonctionner l'intégration, d'où le
développement rampant du communautarisme qui est un moyen de
recréer un lien social refusé par le système lui
même. (voir l'article "LA MARCHANDISE CONTRE LA CITOYENNETE").
Ce que nous analysons
comme une intention, la tendance communautariste, n'est en fait que
la conséquence du fonctionnement du marché (exclusion
d'une bonne partie de cette population du rapport salarial), aggravé
de l'échec de l'intégration (ségrégation
raciale qui ne dit pas son nom).
Il est bien évident
qu'aucune force politique, aucun parti politique, aucun homme politique
n'est capable, n'a le courage d'assumer une telle faillite
ces
hommes clairvoyants et responsables préfèrent en jeter
la responsabilité sur les "sauvageons" (la Gauche),
les "bandes ethniques", (l'extrême droite), la "
racaille à nettoyer au karcher" (la Droite)
chacun
appréciera les nuances
Nous sommes aujourd'hui
entrain de payer non seulement les conséquences du fonctionnement
du système marchand, mais aussi l'incompétence des politiciens
que nous reconduisons systématiquement au pouvoir.
Pris à la
gorge par un problème qu'il ne veut pas voir, l'Etat ne peut
plus agir qu'avec ce qu'il connaît le mieux, qui demande le moins
de réflexion, qui peut plaire aux citoyens excédés
et qui est payant électoralement, la répression.
MAIS QUE FAIT LA
POLICE?
Justement, parlons
en.
L'accumulation de
forces de police ne peut évidemment pas résoudre le problème,
au contraire, sa présence est un puissant excitant pour des individus
qui désormais exècrent tout ce qui peut représenter
un ordre qui les exclut.
La police ne peut
agir que sur les conséquences, la délinquance, pas sur
les causes de celle-ci. N'oublions jamais que la police n'est que le
bras armé du pouvoir, or le pouvoir, l'Etat n'a pas pour vocation
de remettre en question le fondement du système dont il est le
garant. C'est donc tout logiquement qu'il intervient avec le seul moyen
qui lui reste: la force. Ceci est vrai dans ce cas, mais ceci est aussi
vrai dans de nombreux conflits sociaux aujourd'hui, du fait du rétrécissement
de ses marges de manuvres.(voir l'article "NEGOCIER, MAIS
NEGOCIER QUOI?")
La différence
avec les autres conflits c'est que, dans les violences urbaines, il
n'y a pas à proprement parler de revendications précises
telles qu'on les connaît dans les autres conflits, d'où
l'apparence du caractère "gratuit" des actes de vandalisme,
ce qui bien entendu motive encore plus le pouvoir pour utiliser la force,
et avec l'approbation du plus grand nombre qui ne "comprend pas"
de telles attitudes d'incivisme
l'impasse sociale est totale.
Dans ce contexte
c'est donc le fait policier qui l'emporte sur le fait social. Les conditions
de l'intervention policière occultent le vrai problème
qui est à l'origine de la situation.
La question n'est
plus de savoir "comment en est-on arrivé à cette
situation?", mais "que s'est-il passé lors de l'intervention
policière?". La discussion, la réflexion, si j'ose
dire, glissent sur le terrain de l'anecdote, de la désinformation,
quand ce n'est pas de la propagande et de l'exploitation politicienne.
Les protagonistes racontent chacun leur histoire, ont leur version dans
laquelle ils sont innocents et victimes, se renvoient la responsabilité
ce qui se termine dans les méandres des polémiques
politiciennes, des procédures administratives, voire judiciaires
... jusqu'à la prochaine fois. Car il est bien évident
qu'il y aura une/des "prochaines fois"
tout simplement
parce que rien n'est réglé et que la situation qui a engendré
l'évènement perdure.
Le phénomène
de violence que la France connaît sur le plan intérieur
est en fait un des aspects, le volet local, des conséquences
de la mondialisation marchande. L'instrumentalisation des individus,
le pillage des richesses naturelles à travers toute la planète,
le développement inégalitaire, autrement dit le développement
économique fait en dépit des valeurs humanistes, atteint
aujourd'hui les limites du tolérable pour les riches, du supportable
pour les pauvres. Le déploiement de force dans les cités
n'a d'égal que l'érection d'une muraille protectrice autour
de l'Europe et/ou des Etats Unis pour contenir la pauvreté. Il
est temps d'en prendre conscience.
Patrick MIGNARD
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Venise : le consulat
français occupé.
Un groupe de cinquante
personnes a occupé les bureaux du consulat de France sur le campo
de Santa Maria Formosa à Venise, pour protester contre la loi
spéciale approuvée en France, qui impose le couvre-feu,
et contre les déportations des protagonistes des affrontements
dans les banlieues françaises. Ils ont exposé des banderoles
de protestation contre le Premier Ministre français "un
des principaux responsables" - ont dit les Désobéissants
- de ce qui s'est passé ces derniers jours en France :"Amnistie
pour les délits sociaux" et "Sarkozy casse toi!"
était écrit sur les banderoles. A travers la responsable
du consulat français vénitien a été contacté
le consul de l'Ambassade française de Milan pour faire parvenir
au Ministre Sarkozy les demandes des occupants: l'amnistie pour les
jeunes arrêtés et inculpés depuis le début
des révoltes en France et la fin des mesures répressives
que le gouvernement français a adopté.
L'appel que les
occupants adressent aux réseaux du mouvement est de construire
des initiatives dans toute l'Europe. A 13 heures, les occupants ont
décidé de quitter le Consulat, après avoir réussi
à utiliser ses moyens de communication pour à envoyer
l'appel avec les demandes à tous les organes de presse et institutionnels
français, ont-ils expliqué
L'Appel des occupants
L'insurrection des
jeunes des banlieues en France montre avec évidence qu'en Europe
aujourd'hui on a passe les bornes. Les conditions de vie de milliers
de personnes, en particulier des migrants de première, deuxième
et troisième génération sont desormais intolérables;
cela ne représente que la cime d'un iceberg, cette malaise qui
se généralise et menace notre vie de plus en plus précaire.
La révolte, parfois, se révèle comme l'unique moyen
pour se défendre de la violence que L'Etat exerce au quotidien
sur la multitude des précaires. Pour cela, nous pensons que les
mesures draconiennes que l'Etat français vient d'appliquer dans
ces derniers jours ne soient que la réaction effrayée
d'une classe politique désormais aliénée de la
vie réelle des citoyens qu'elle prétend de représenter
et de la société.
Mais la société dans son ensemble a démontré
sa maturité et sa capacité d'autonomie et d'autogestion.
Les jeunes 'banlieusards' ont défendu la société
contre l'Etat.
Nous, précaires d'Europe lançons un appel pour que des
actions, des occupations et des initiatives soient organisées
afin de ne pas lâcher la pression sur les institutions qui représentent
le gouvernement français à l'étranger.
Nous demandons :
- la suppression immédiate de l'état d'urgence en France
- une amnistie générale pour tous ceux et celles qui ont
lutté et luttent pour défendre leur dignité et
la justice sociale
- la suspension de toutes les expulsions indiscriminées des citoyens,
avec ou sans permis de séjour.
Enfin, nous soutenons les démissions du ministre français
Sarkozy, raciste et xénophobe au pouvoir, puisque son uvre
de provocation est intolérable.
Consulat de France
occupé
Venise, 18/11/05
Dit au cur
de la banlieue
Publié mardi
15 novembre 2005 sur le site http://rebellyon.info
Minguettes, novembre
2005
La violence d'une partie de la jeunesse des banlieues est légitime,
nécessaire et saine. Cette violence est légitime parce
qu'elle est à la mesure de la somme inouïe des violences
sociales subies par cette jeunesse, génération après
génération, depuis 30 ans.
Cette violence est à la mesure du refus d'entendre cette voix
par tous ceux à qui elle était adressée. Pendant
des dizaines d'années il y a eu une volonté systématique
d'étouffer, de déformer l'expression pacifique qui n'a
jamais cessé de se manifester.
Cette violence aujourd'hui n'est ni gratuite, ni insignifiante, ni délinquante.
Elle dit des choses essentielles aujourd'hui pour la vie des populations
des quartiers d'habitat populaire et à partir de là pour
la société toute entière.
C'était le seul recours pour se faire entendre. C'est la violence
des oubliés qui se manifestent avec rage parce que en face on
veut les oublier et les faire taire .
Cette violence est saine parce qu'elle ne vise pas à maintenir
l'injustice et le désordre social ; elle n'est pas le fait d'une
minorité privilégiée qui veut préserver
ses privilèges. Au delà des apparences trompeuses, cette
jeunesse qui se manifeste depuis quelques jours, est en lutte contre
l'injustice fondamentale de cette société.
Elle exprime un immense désir de vivre dignement, autrement que
dans l'absence d'avenir.
Cette jeunesse des quartiers populaires est courageuse, révoltée
et très désespérée.
Le temps est venu de dire cela publiquement, à haute voix, avec
courage si on veut réellement prendre la mesure de la situation
et être à la hauteur de ce qui se passe dans les banlieues.
Voilà ce qu'il faut affirmer aujourd'hui, sans préalable
et sans se laisser intimider, si on veut être entendu par ces
jeunes qui se sont révoltés parce qu'il n'avait pas d'autre
issue pour faire entendre leur désespoir et leurs espoirs.
Il faut oser affirmer cela parce que la révolte spontanée
et pourtant si ample de ces jeunes est un signe pour la population des
quartiers : le temps de subir, de se faire insulter, de se laisser diviser
est passé. Quelque chose commence qui s'appelle l'espoir et nous
le devons à ces jeunes sans espoir.
Nous connaissons bien tous ces responsables qui parlent soudain de paix,
qui appellent à la fin des violences et au retour à l'ordre.
Pendant des années, pour des raisons électorales, ils
ont fait de la surenchère dans le sécuritaire ; ils ont
jeté de l'huile sur le feu pour dresser les habitants des quartiers,
attisant les conflits, profitant de toutes les occasions pour propager
l'intolérance, salir les richesses de nos cultures diverses,
de nos valeurs.
Nous n'appellerons pas au calme avec eux parce que les quartiers connaissent
bien ce calme de l'abandon, du découragement, de la mise à
l'écart.
Nous ne dirons pas un seul mot pour appeler au calme .
Parce que ce calme que nous voulons ne peut être que celui que
la population des quartiers obtiendra en mettant fin aux violences policières
provocatrices. Le calme que nous voulons ne peut naître que du
débat incessant et intense - une prise de parole directe, vivante
- comme savent le faire ceux qui en sont privés. Le calme que
nous voulons avec tous les habitants des quartiers ne sera pas le calme
de la soumission.
La répression policière, la justice d'exception et le
quadrillage n'a jamais rien rien réglé, ni ici, ni ailleurs.
Le calme que nous voulons ne reviendra que lorsque la population des
quartiers si semblable dans la souffrance, dans le courage, dans la
ténacité et dans la générosité, mais
aussi si diverse, si multiple et si contradictoire, fera taire elle-même
le discours de haine et de division que tiennent tous ceux qui veulent
nous maintenir dans l'impuissance à changer ce monde pour nous
et nos enfants.
Qu'ils soient de droite ou de gauche, nous les connaissons bien ceux
qui nous insultent dans leurs mairies ou dans leurs ministères
en disant que nous sommes des assistés, un poids mort, et qu'il
faut nous répartir un peu partout comme un rebut dangereux ;
ceux qui accusent les familles qui ont si peu, quand eux-mêmes
s'accordent tout et s'excusent tout ; ceux qui commencent à raser
nos quartiers pour ne plus nous entendre, pour ne plus nous voir, si
près de leur petit monde égoïste et peureux ; ceux
qui aujourd'hui s'indignent de la violence des jeunes alors que eux-mêmes
se sont tus et ont été complices des violences policières,
des humiliations et même de la mort de jeunes pendant des années.
La population des quartiers n'attend plus rien depuis longtemps de tous
ceux là et leurs petites disputes complices sont dérisoires.
Il est à craindre que le retour à ce qu'ils appellent
l'ordre républicain ne soit le retour à leurs vieux discours
avec en prime la haine suscitée par la peur.
Peu importe.
A partir de maintenant dans nos quartiers doit se manifester une parole
publique organisée, se développer le dialogue entre tous
et sur tout, pour faire entendre nos besoins, nos projets dans tous
les domaines.
Personne ne doit plus décider pour nous, sans nous, contre nous
sans courir le risque de nous retrouver en face.
La politique de rénovation urbaine et le prétexte de la
mixité sociale, présentées maintenant comme des
remèdes miracle sont au contraire les éléments
qui préparent tôt ou tard de nouvelles explosions.
Mais depuis quelques jours la banlieue a cessé d'être un
enjeu pour les "autres" ou un prétexte à gesticulations
électorales ; elle est devenue un acteur. Et nous le devons à
cette révolte.
Michel Ganozzi
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