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Etat d'urgence
Réagir à la " farce tragique " ...
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ETAT D'URGENCE

Tome 3

Essayer d'aborder la question des banlieues dans sa complexité.
Dénouer les fils de l'action (ou de l'inaction) gouvernementale, la pièce de théâtre que l'on nous joue étant mise en scène essentiellement en fonction de 2007.
Dénoncer l'attitude du parti socialiste, au lourd passif (limites de sa politique de la ville, absence d'une véritable politique de gauche et surenchère sécuritaire), à l'abandon à la fatalité et aux objectifs tout autant politiciens.
Mais surtout tenter de comprendre le malaise des banlieues et de ses jeunes, que nous accompagnons dans nos classes en éduquant au vivre ensemble, tout en essayant de donner du sens aux apprentissages. Pour cela, l'avis de sociologues, de journalistes et de quelques politiques éclairés est fort utile.
Agir ? Réagir d'abord à la " farce tragique " au côté des associations, syndicats et partis. Nous exprimer nombreux avec l'éclairage de notre spécificité d'enseignants.
Communiquer pour aider les citoyens (dont nous faisons partie) à analyser la situation et à se situer politiquement sans sombrer dans les dangereuses simplifications sécuritaires ni dans les réductions faciles de certains courants d'extrême gauche.
Et continuer notre tâche sur le long terme en sachant que l'école ne pourra pas changer les choses à elle toute seule, mais que sans elle il n'y aura pas non plus de lendemains qui chantent.


Sommaire


REVUE DE PRESSE

  • LE GOUVERNEMENT HESITE SUR LES MOYENS A DONNER AUX ZEP
  • LE GOUVERNEMENT RETABLIT LES CREDITS AUX ASSOCIATIONS DES QUARTIERS SENSIBLES
  • DOMINIQUE DE VILLEPIN VEUT RENFORCER LE POUVOIR DES MAIRES
  • M. SARKOZY DURCIT SON DISCOURS SUR LES BANLIEUES
  • DES PARLEMENTAIRES RECLAMENT DES POURSUITES CONTRE DES RAPPEURS
  • L'ASSEMBLEE NATIONALE EXAMINE LA NOUVELLE LOI ANTITERRORISTE
  • BANLIEUES : DES ASSOCIATIONS DENONCENT UNE "JUSTICE D'ABATTAGE"
  • A VITRY-SUR-SEINE, UNE "PREPA" POUR DEVENIR APPRENTI
  • LA CRISE SOCIALE FRANÇAISE : DES NOUVELLES PRECARITES, DES SALARIES PLUS ISOLES
  • LA FRANCE PLUS INEGALITAIRE QUE LES AUTRES PAYS EUROPEENS
  • JACQUES ATTALI RECLAME UN PLAN EN FAVEUR DU MICROCREDIT DANS LES BANLIEUES
  • LE DEFI DE LA DISCRIMINATION POSITIVE
  • QUERELLES D'INTERPRETATION

COMMUNIQUES

  • ECOLE, SERVICES PUBLICS, BANLIEUES, SOCIETE :
  • DES TAS D'URGENCES !
  • SANS JUSTICE SOCIALE, PAS DE PAIX ! NON AUX DISCRIMINATIONS ET A LA RÉPRESSION !
  • L'ÉTAT D'URGENCE : UN CAMP DE REFUGIE AU CENTRE-VILLE

TEMOIGNAGES ET REACTIONS

  • ECHANGES UDAS
  • BANLIEUES : L'AVIS DE DEUX TRAVAILLEURS D'UNE MAISON DE JEUNES DE MOLENBEEK (BELGIQUE)

MATIERE A REFLEXION

  • LA VIOLENCE ET SES LIMITES
  • QUAND DELINQUANCE RIME AVEC DECADENCE
  • VENISE : LE CONSULAT FRANÇAIS OCCUPE.
  • L'APPEL DES OCCUPANTS
  • DIT AU CŒUR DE LA BANLIEUE

REVUE DE PRESSE

Le gouvernement hésite sur les moyens à donner aux ZEP
Luc Bronner
Le Monde, mardi 22 novembre 2005


ZEP
Zone d'éducation prioritaire. Le dispositif a été créé par Alain Savary, en 1981. Des indemnités annuelles de 1 100 euros sont versées aux enseignants.
REP
Réseau d'éducation prioritaire. Dispositif complémentaire apparu en 1999. Dans les REP, des moyens supplémentaires sont accordés, mais les enseignants ne reçoivent pas d'indemnités.

Depuis près de vingt-cinq ans, l'Etat affirme "donner plus à ceux qui ont moins" grâce à la politique des zones d'éducation prioritaires (ZEP). Cette volonté est-elle réellement mise en œuvre ? Avec l'extension progressive du dispositif, qui touche aujourd'hui plus d'un écolier et collégien sur cinq, la discrimination positive apparaît en réalité assez modeste. Les quelque 600 millions d'euros consacrés chaque année à cette politique sont en effet censés réduire les inégalités subies par 1,7 million d'élèves (400 millions d'euros) et compenser la pénibilité du travail pour plus de 150 000 enseignants (200 millions d'euros).

Face à la crise des banlieues, dans l'idée d'améliorer "l'égalité des chances", le gouvernement, par la voix du premier ministre, Dominique de Villepin, a promis "une réorganisation et une relance" de l'éducation prioritaire. Le ministre de l'éducation nationale, Gilles de Robien, qui avait fait de ce dossier une de ses priorités, n'a, pour l'heure, donné aucune indication précise sur les pistes qu'il comptait suivre. Plusieurs interrogations majeures doivent encore être levées.

Le premier enjeu est budgétaire : dans quelle mesure faut-il accentuer l'effort financier pour l'éducation prioritaire ? Tous les acteurs s'accordent pour juger le financement actuel, qui représente 1 % du budget du ministère de l'éducation, nettement insuffisant. En comparaison avec d'autres politiques, l'investissement pour les ZEP doit être relativisé : il représente seulement 235 euros supplémentaires par élève et par an. Un collégien de ZEP coûte ainsi, pour l'Etat, nettement moins cher qu'un lycéen et près de deux fois moins qu'un élève de classe préparatoire aux grandes écoles.

Autre exemple, l'éducation nationale donne plus aux territoires ruraux : les académies les mieux financées en métropole sont la Corse (4 960 euros par élève en moyenne) et le Limousin (4 740 euros). Celles qui figurent parmi les moins dotées sont à dominante urbaine, là où les ZEP sont plus nombreuses, notamment Rhône-Alpes (3 640 euros), Nord - Pas-de-Calais et Provence-Alpes-Côte d'Azur. Cette différence s'explique par la petite taille des établissements ruraux, proportionnellement plus coûteux. Mais aussi par des économies réalisées dans les ZEP : plus jeunes, les professeurs des établissements prioritaires sont moins bien rémunérés.

Avec ces limites, la politique des ZEP a permis de réduire les effectifs dans les classes : on compte deux élèves de moins en moyenne par classe à l'école primaire et au collège. Cette réduction est toutefois jugée inefficace par les experts. L'économiste Thomas Piketty a ainsi montré que la diminution du nombre d'élèves était pertinente d'un point de vue scolaire à la condition que cette réduction soit importante et ciblée (Le Monde du 6 septembre 2004). Plus récemment, une étude publiée par l'Insee indiquait que les ZEP n'avaient eu aucun impact sur la réussite des élèves, en raison de la faiblesse des moyens déployés.

La situation ne s'est pas améliorée ces trois dernières années. Les gouvernements Raffarin et Villepin ont, en effet, choisi de ne pas épargner les ZEP dans leur recherche d'économies budgétaires. Avec le non-renouvellement des emplois-jeunes, remplacés en partie, et la diminution du nombre d'enseignants dans les collèges et lycées, l'Etat a réduit son intervention dans certains quartiers difficiles. La scolarisation des élèves de 2 ans, censée réduire les inégalités dès le plus jeune âge, a aussi souffert de ces restrictions. La FSU, qui revendique un rattrapage budgétaire, estime que 600 postes d'enseignants ont été perdus, en 2004, dans les ZEP.

La seconde interrogation fondamentale porte sur la carte des ZEP : faut-il arrêter de disperser les moyens sur un grand nombre d'établissements et les concentrer sur les sites les plus difficiles ? Le nombre d'élèves concernés a explosé depuis la création du dispositif. En 1982, on recensait 8 % des écoliers et 10 % des collégiens dans les zones d'éducation prioritaires ; en 2004, 20 % des élèves y étaient scolarisés. Pour retrouver l'esprit initial de la discrimination positive, l'Observatoire des zones d'éducation prioritaires (OZP), une association professionnelle, plaide ainsi pour le maintien de l'effort budgétaire dans les zones actuelles et un renforcement significatif des aides dans les 5 % d'établissements les plus difficiles. En réponse, Gilles de Robien a annoncé qu'il comptait revoir la carte de l'éducation prioritaire tout en laissant entendre qu'il serait prudent. Les tentatives précédentes se sont en effet heurtées à la résistance d'enseignants qui refusaient de perdre le label ZEP et les 1 100 euros annuels d'indemnités.

Le troisième enjeu est celui de l'affectation des professeurs : comment inciter les enseignants les plus expérimentés à s'engager dans les écoles et collèges difficiles ? Aujourd'hui, dans les ZEP, 25 % des enseignants ont moins de 30 ans, contre 15 % ailleurs.

Les établissements populaires souffrent d'un turn-over des professeurs trop important. Gilles de Robien a annoncé qu'il réfléchissait à un moyen de "donner des bonus de carrière à des professeurs expérimentés" afin qu'ils reviennent "en ZEP épauler leurs jeunes collègues".

Le gouvernement rétablit les crédits aux associations des quartiers sensibles
Patrick Roger
Le Monde, mardi 22 novembre 2005


Trois semaines de crise et un budget pour 2006 en augmentation... de 193 millions d'euros. Le "plan d'action" en faveur des banlieues annoncé en urgence par Dominique de Villepin à la tribune de l'Assemblée, le 2 novembre, a eu pour conséquence immédiate de retarder l'examen de la mission "ville et logement". C'est un budget revu et corrigé qui était discuté, lundi 21 novembre, à l'Assemblée nationale. "Cette situation a imposé la nécessité d'aller plus vite et plus loin", admet Catherine Vautrin, ministre déléguée à la cohésion sociale.

Pour autant, les nouveaux crédits de la politique de la ville s'apparentent davantage à un "collectif budgétaire" qu'à un nouveau budget. Les 193 millions d'euros supplémentaires accordés dans cette nouvelle dotation ne compensent même pas intégralement la baisse de 399 millions d'euros initialement prévue dans le projet de budget pour 2006 de la mission "ville et logement" : 7,220 milliards d'euros en autorisations d'engagement contre 7,379 milliards en 2005 (- 159 millions) et 7,190 milliards contre 7,430 en crédits de paiement (- 240 millions).

Aussi légères restent-elles, les corrections qu'a tenu à apporter le gouvernement suffisent néanmoins à infirmer certaines des appréciations portées par les rapporteurs de l'Assemblée au projet de budget initial : "Les instruments traditionnels de la politique de la ville (Fonds d'intervention pour la ville (FIV)) sont consolidés", écrivait au début du mois Philippe Pemezec (UMP, Hauts-de-Seine), au nom de la commission des affaires économiques.

Or les crédits du FIV, qui concernent notamment les subventions aux associations, ont connu, depuis 2002, une diminution constante : 180 millions en 2002, 146 en 2003, 132 en 2004, 109 en 2005 et 107 prévus pour 2006.

Sévèrement critiqué sur ce point ces dernières semaines, le gouvernement a, par conséquent, décidé de rétablir le niveau des crédits du FIV à celui de 2002, en les portant à 180 millions d'euros : "Les associations jouent un rôle essentiel dans les quartiers en difficulté pour assurer le lien social et l'accompagnement des habitants, souligne le ministère de l'emploi et de la cohésion sociale. Elles sont en première ligne pour développer des actions de proximité en complément, voire en substitution, des services publics. Le gouvernement souhaite non seulement reconnaître leur action, mais aussi et surtout la conforter." Un brevet de vertu qui prend des accents de mea culpa. Le ministère s'est par ailleurs engagé à ce que les crédits délégués aux associations soient versés, "pour leur plus grande partie", dès le mois de janvier. Il plaide également pour le développement de conventions pluriannuelles.

Une bonne part de l'effort engagé dans les quartiers en 2006 se traduira par la création de 15 nouvelles zones franches urbaines (ZFU) annoncée par le premier ministre, qui viendront s'ajouter aux 85 ZFU existantes. Même si, comme le reconnaît le ministre de l'emploi et de la cohésion sociale, Jean-Louis Borloo, "il faudra bien compter neuf mois pour que celles-ci puissent être agréées". Ainsi, les montants d'exonérations de cotisations sociales en ZFU prévus en 2006 passent-ils de 339 millions à 359 millions d'euros et ceux d'exonérations fiscales de 205 à 217 millions. Les exonérations bénéficient aux entreprises de moins de 50 salariés exerçant leur activité dans ces zones. Selon le projet de budget initial, 88 400 salariés devaient être concernés au titre des 85 ZFU existantes.

L'action "prévention et médiation sociale" va également bénéficier d'une augmentation de ses crédits. La dotation du dispositif "adultes-relais" passe ainsi de 43 millions dans le projet initial à 83 millions d'euros : 3 000 postes nouveaux devraient être créés en 2006. De même, l'augmentation des crédits prévus pour les équipes de réussite éducative (99 millions d'euros au lieu des 62 initialement prévus) est censée permettre d'atteindre un objectif de 520 équipes en fonctionnement en 2006.

Les moyens d'engagement en rénovation urbaine restent quant à eux identiques à ce qui avait été prévu : 465 millions mobilisés par l'Etat sur les 2,7 milliards d'euros subventionnés par l'Agence nationale de rénovation urbaine (ANRU) en 2006. Selon le bilan établi par l'ANRU à la date du 4 novembre, 82 conventions, concernant 139 quartiers et 1,044 million de personnes, pour un montant de 9,2 milliards d'euros, avaient été signées.

Dominique de Villepin veut renforcer le pouvoir des maires
Extrait
Le Monde, mercredi 23 novembre 2005

Lors du 88e Congrès de l'Association des maires de France (AMF) à Paris, Dominique de Villepin a annoncé, mardi 22 novembre, qu'il voulait "renforcer les prérogatives" des maires en matière de sécurité, avec notamment des "moyens juridiques et financiers nouveaux" concernant la vidéo-surveillance. Le premier ministre les a également félicités pour leur gestion de la crise des banlieues, en soulignant que "leur légitimité démocratique a permis le rétablissement du calme".

"UN VRAI PILOTE À L'ÉCHELON LOCAL"

Les maires doivent "également disposer d'instruments supplémentaires pour lutter contre toutes les infractions qui ne nécessitent pas d'enquêtes, mais qui irritent profondément nos concitoyens: les tapages, les agressions verbales par exemple, qu'il faut constater et verbaliser", a poursuivi le premier ministre.

"Dans le domaine de la prévention, les moyens et les énergies sont trop dispersés. Le prochain plan national de prévention des violences aura donc un vrai pilote à l'échelon local : le maire. Vous êtes les mieux placés pour écouter, rassembler et convaincre, a ajouté le chef du gouvernement. Vous êtes bien la pierre angulaire de la République partout dans nos territoires".

M. Sarkozy durcit son discours sur les banlieues
Philippe Ridet
Le Monde, mardi 22 novembre 2005

La crise des banlieues avait un instant réuni sur la même ligne de fermeté le premier ministre et son ministre de l'intérieur. A l'heure du bilan, ils se séparent à nouveau. Dopé par les sondages qui plébiscitent son action, mais talonné par Dominique de Villepin, Nicolas Sarkozy ne veut rien partager des éventuels bénéfices électoraux de ces vingt nuits de violences. Samedi 19 novembre, devant 2 000 nouveaux adhérents de son parti conviés dans le cadre de l'opération "48 heures pour un mouvement populaire", le président de l'UMP a donné "sa" vision des événements.


Employant une nouvelle fois les mots "Kärcher" et "racaille" ("le vocable était sans doute un peu faible", a-t-il ironisé), le candidat à la présidentielle a radicalisé un peu plus son discours. "La première cause du chômage, de la désespérance, de la violence dans les banlieues, ce ne sont pas les discriminations, ce n'est pas l'échec de l'école. La première cause du désespoir dans les quartiers, c'est le trafic de drogue, la loi des bandes, la dictature de la peur et la démission de la République."

La veille, en visite à Strasbourg, le premier ministre, M. de Villepin, dont la cote elle aussi n'a jamais été aussi haute, avait mis en garde sa majorité contre "les amalgames" et "la stigmatisation des habitants des quartiers". "Je crois au rassemblement, pas à la suspicion et à la recherche de responsables", avait-il plaidé, réfutant la recherche d'"une cause unique".

Poussant ce qu'il croit être son avantage, M. Sarkozy a répliqué : "Les problèmes d'intégration ont validé cette analyse, notre système est à bout de souffle." Pour le candidat, "nous devons changer profondément, rompre avec un système politique, social, économique qui, depuis trente ans, a produit surtout du chômage, de la dette et de l'immobilisme". Conclusion : "C'est pour cela que je demande la rupture." Cinglant, il poursuit : "Devant ce modèle français que je ne cherche pas à abattre puis qu'il s'est effondré tout seul, il y a ceux qui proposent des rustines et ceux qui proposent la rupture."

Un sondage CSA (réalisé le 16 novembre auprès de 957 personnes) paru le 17 dans Le Parisien-Dimanche a semblé lui donner raison : 68 % des Français sont pour la "prorogation de l'état d'urgence", 56 % pour "une définition plus restrictive des règles du regroupement familial", 55 % approuvent les "expulsions des étrangers, même en situation régulière".

Un nouvel avantage pour M. Sarkozy ? Ses amis veulent le croire. Sénateur (UMP) de la Sarthe, François Fillon, interrogé dimanche sur RTL, a expliqué que M. de Villepin ne possédait pas la stature présidentielle, expliquant que "la relation entre un candidat et le peuple se construit avec le temps".


Des parlementaires réclament des poursuites contre des rappeurs
Mustapha Kessous
Le Monde, vendredi 25 novembre 2005

Cent cinquante-trois députés et 49 sénateurs, majoritairement de droite, viennent de demander au ministre de la justice, Pascal Clément, d'"envisager des poursuites" à l'encontre de sept groupes de rap. Motif : leurs textes incitent, selon eux, au racisme "anti-blanc" et à la haine de "la France". Ainsi, les groupes, 113, récompensé par deux victoires de la musique en 2000, Smala, Ministère Amer, Lunatic, et les rappeurs Fabe, Salif et Monsieur R sont accusés de faire "le commerce du racisme au lieu de l'antiracisme".

Cette coalition parlementaire est à l'initiative du député UMP de la Moselle François Grosdidier. "Le message de violence de ces rappeurs reçu par des jeunes déracinés, déculturés, peut légitimer chez eux l'incivilité, au pire le terrorisme", explique l'élu qui cite les paroles du groupe Lunatic : "Quand j'vois la France les jambes écartées, j'l'encule sans huile. (...) Tu m'dis : "la France un pays libre" ; (...) attends-toi à bouffer du calibre. J'rêve de loger dans la tête d'un flic une balle de G.L.O.C.K.". Ou celles de la Smala : "Guerre raciale, guerre fatale, œil pour œil, dent pour dent, organisation radicale, par tous les moyens il faut leur niquer leurs mères Gouers (Français), c'est toi qui perds..."

"LA FRANCE EST UNE GARCE"

M. Grosdidier avait déjà attiré l'attention du garde des sceaux, au mois d'août, en fustigeant "FranSSe", une chanson "coup de cœur de la Fnac", comme il aime à le répéter, signée Monsieur R : "La France est une garce, n'oublie pas de la baiser jusqu'à l'épuiser ! (...) Moi, je pisse sur Napoléon et sur le général De Gaulle." L'artiste a d'ailleurs fait l'objet d'une plainte déposée par Daniel Mach, député UMP des Pyrénées-Orientales, pour "outrage aux bonnes mœurs". "On ne peut pas se cacher derrière la liberté d'expression", affirme M. Mach avant d'ajouter, virulent : "Peut-être que Sade a été trop lu par Dutroux et Céline par Hitler." L'affaire sera jugée le 6 février 2006.

De son côté, le ministre de la justice a donné l'instruction au procureur général de Paris de procéder à l'ouverture d'une enquête. La brigade de répression de la délinquance sur la personne doit déterminer s'il y a bien infraction ou prescription. Car la plupart des groupes visés par les parlementaires n'existent plus. La dernière prose du Minister Amer remonte déjà à plus de dix ans. Lunatic s'est dissous en 2002. Le chanteur Fabe a pris sa retraite d'artiste il y a déjà plus de cinq ans. Et les textes "haineux" du 113 remontent à la même période. Sur ce point, M. Grosdidier s'explique : "Le problème, c'est qu'on peut toujours acheter leur musique en ligne ou en magasin." Il poursuit : "Je ne prétends pas à l'exhaustivité. J'ai fait des recherches sur Internet. Mon fils m'a aidé, des jeunes de ma circonscription également. Mon collaborateur m'a fait une synthèse sur ce sujet dans laquelle devait figurer une quinzaine de groupes. J'ai choisi les plus violents."

Après ces recherches, le député de la Moselle a remis, mardi 22 novembre, six questions écrites à Pascal Clément demandant des sanctions pour ces rappeurs. Le 17 novembre, le site www.surlering.com, magazine underground en ligne, dans sa rubrique "culturisme", proposait à ses cyberlecteurs, une "Spéciale chanson française : "Viens kiffer ton Karaoke !" où tu chantes, et tu chantes, et tu chantes en balançant ton menton direct sur l'écran tu verras c'est G-E-A-N-T." Douze groupes de rap, avec les passages des chansons qui ont fait leur succès, se succèdent parmi lesquels les sept rappeurs incriminés. M. Grosdidier affirme que "ça relève un peu du hasard. Mes recherches remontent à plus de trois semaines".

"C'est affligeant de voir que les élus ne comprennent pas la pertinence des discours", commente Olivier Cachin, spécialiste du rap français et auteur de L'Offensive rap (Découvertes Gallimard). "S'ils sont violents, c'est parce qu'ils sont issus d'un milieu extrêmement violent. Il ne faut pas s'attendre à un angélisme de leur part. Après la polygamie, les rappeurs seraient aussi responsables des émeutes des banlieues. C'est d'un mépris incroyable !"

L'Assemblée nationale examine la nouvelle loi antiterroriste
Le Monde, vendredi 25 novembre 2005

(Commentaire UDAS : Quel rapport avec les banlieues ? Lisez jusqu'au bout)
Les députés ont été saisis, mercredi 23 novembre, du projet de loi du ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy, pour lutter contre le terrorisme. Ce nouvel arsenal comprend la vidéo-surveillance, le contrôle de la téléphonie mobile et d'Internet, et semble être accepté par une grande majorité de l'Assemblée.

Le texte, débattu en urgence pour être adopté le 29 novembre, selon les vœux du gouvernement, "met l'accent sur la nécessité d'une meilleure organisation de la prévention", comme l'avait indiqué le 16 novembre Nicolas Sarkozy lors de son audition par les députés. Mercredi, le ministre de l'intérieur a qualifié à plusieurs reprises la lutte contre le terrorisme de "guerre" dans laquelle doit s'engager "sans faiblesse" la France qui, a-t-il répété, est "menacée". "Nous ne sommes nullement à l'abri de cette guerre", il serait "irresponsable et illusoire de faire preuve d'angélisme", "les ingrédients de la menace existent, les scénarios d'actions violentes sur notre sol sont réels", il y a en France des "disciples de la violence", a dit Nicolas Sarkozy.

"PRÉVENIR ET NON SUBIR"

Cette loi antiterroriste autorise la vidéo-surveillance dans les transports en commun, les abords des gares mais aussi dans différents lieux accueillant du public, comme les commerces et les lieux de culte. Cette mesure a été retenue dans le cadre des "leçons tirées de l'enquête menée en Grande-Bretagne après les attentats de Londres de juillet" selon M. Sarkozy.

Autre point fort du projet, l'allongement de la durée de conservation des informations sur les connexions par téléphones portables. Mais le contenu des conversations, d'ailleurs non enregistré, n'est pas visé. Il en ira de même pour les connexions Internet, particulièrement celles établies dans les cybercafés, qui devront conserver les données de connexion (à l'exclusion des contenus).

Les déplacements, en particulier internationaux, feront l'objet d'une surveillance accrue. Les compagnies ferroviaires, aériennes et maritimes seront tenues de fournir à l'Etat les données personnelles de leurs clients. Parallèlement, les contrôles d'identité seront facilités dans les trains transfrontaliers. Le ministre a expliqué que le texte visait à "prévenir et non subir" la menace d'attentats en France.

Plusieurs points du projet de loi feront l'objet d'une "clause de rendez-vous" à trois ou à cinq ans, pour décider de leur maintien ou non dans le temps. Enfin, il est prévu un dispositif de "gel ou (d')interdiction" des avoirs de toute nature que possèdent des individus ou groupements suspectés de liens avec le terrorisme. Lors de l'examen en commission, les députés ont adopté un amendement de Thierry Mariani (UMP), auquel M. Sarkozy s'est montré favorable, qui porte de quatre à six jours la durée maximale de garde à vue "en cas d'imminence d'une action terroriste".

Ils ont entériné l'aggravation des peines prévues par le texte : trente ans au lieu de vingt pour les dirigeants d'associations de malfaiteurs terroristes ayant pour objet des crimes d'atteinte aux personnes, vingt ans au lieu de dix pour les participants.


"MESURES LIBERTICIDES ET ANTIDÉMOCRATIQUES"

Soutenu par l'UMP et l'UDF, le projet a été accueilli sans hostilité par le Parti socialiste. L'ancien ministre de l'intérieur Daniel Vaillant a souhaité qu'il soit voté par "tout le Parlement" avec des "garanties techniques" sur la préservation des libertés individuelles. Le président du groupe, Jean-Marc Ayrault, a demandé un "rendez-vous annuel d'évaluation du Parlement" , tout en indiquant que les socialistes décideront de leur attitude "la semaine prochaine", n'excluant pas un vote positif si leurs "propositions" étaient adoptées.

A l'exception des Verts qui dénoncent un projet appelé à "réduire un peu plus (les) libertés", personne n'a explicitement annoncé un vote négatif, même si pour le PCF, Alain Bocquet a mis en garde contre le "renforcement d'un certain autoritarisme". André Gérin (PCF) a dit "partager le diagnostic" de Nicolas Sarkozy. Michel Vaxès (PCF) a été plus critique en regrettant que le texte "se limite à la prévention de certaines formes de violence sans chercher à prendre en compte les menaces bioterroristes".

Le ton est bien plus vif du côté de la LDH (Ligue des droits de l'homme) et d'autres associations comme le Syndicat de la magistrature et le Syndicat des avocats de France. Un collectif emmené par la LDH estime que le projet de loi "porte atteinte aux droits fondamentaux, aux libertés individuelles et collectives, ainsi qu'aux garanties de la procédure judiciaire". Ces mesures "visent en fait des objectifs moins avoués de restriction de l'immigration et de répression musclée de la petite délinquance, sous couvert de l'alibi d'une lutte contre le terrorisme", ajoute le collectif.

Banlieues : des associations dénoncent une "justice d'abattage"
Le Monde, vendredi 25 novembre 2005

Responsables associatifs, magistrats et avocats ont vivement réagi à la publication des derniers chiffres de la chancellerie sur les sanctions judiciaires à l'encontre des auteurs de violences dans les banlieues.

Selon des informations publiées, le 23 novembre, par le quotidien Le Parisien, 3 101 personnes ont été placées en garde à vue en vingt-deux jours d'émeutes ; 422 personnes ont été condamnées à des peines de prison ferme, la peine la plus sévère - quatre ans - ayant été infligée à un jeune homme par le tribunal correctionnel d'Arras pour avoir incendié une grande surface de meubles dans une zone commerciale de la ville. La durée moyenne des peines se situe entre six mois et un an. Parmi les condamnés figurent 118 mineurs, selon le journal, qui relève que 60 % d'entre eux étaient jusqu'ici inconnus des services de police.

"Il n'y a rien que nous ne sachions déjà, sinon la confirmation que c'est effectivement une justice d'abattage qui se met en place à la demande expresse du garde des sceaux", dénonce Agnès Herzog, du Syndicat de la magistrature (gauche), avant d'appeler au respect de plusieurs "principes fondamentaux" qu'elle estime bafoués, notamment "le principe de séparation des pouvoirs et celui de l'indépendance de la magistrature, le principe d'individualisation des peines, les principes de l'ordonnance de 1945 qui repose sur la priorité à l'éducatif"... Selon la magistrate, plusieurs notes du garde des sceaux adressées aux présidents de tribunaux (les 6, 7 et 16 novembre notamment) les appelaient à une véritable "mobilisation" et les enjoignaient de privilégier les procédures rapides, notamment celle de comparution immédiate.

"Le nombre de mineurs incarcérés illustre la pression qui s'exerce sur les magistrats, poursuit-elle. Deux autres chiffres nous paraissent également importants : contrairement aux fausses affirmations du ministre de l'intérieur, 60 % des mineurs interpellés étaient inconnus [des services de police]. Le fait que 38 mineurs sur 89 mineurs déférés ont été entendus comme témoins assistés démontre clairement la fragilité des procédures", conclut la magistrate.

"PROCÈS EN MASSE"

Agnès Herzog estime que ce sentiment serait partagé par plusieurs de ses collègues, qui se disent "enfermés dans une logique de répression et de rendement" mise en place par les autorités. Une tendance qui inquiète également Michel Tubiana, vice-président de la Fédération des droits de l'homme (FIDH) et président d'honneur de la Ligue des droits de l'homme (LDH), qui a critiqué à plusieurs reprises l'instauration de l'état d'urgence. "On a raflé plutôt qu'interpellé", constate-t-il en dénonçant, lui aussi, une "justice d'abattage".

Sans vouloir critiquer le travail des magistrats au cas par cas, cet avocat de profession estime que l'atmosphère de "procès en masse" et la procédure même de comparution immédiate empêchent la justice de rendre des verdicts équitables. "Il ne s'agit pas d'une mauvaise volonté, mais d'une impossibilité quasi matérielle", estime-t-il. Il souligne également l'effet "forcément néfaste des appels à la répression du gouvernement" et dénonce ses "mensonges répétés sur les prétendus récidivistes qui seraient à l'origine des violences dans les banlieues". Il cite notamment une circulaire, adressée le 9 novembre par le ministre de l'intérieur aux préfets, leur exposant les modalités de mise en œuvre du plan d'urgence.

Son confrère de la Ligue des droits de l'homme (LDH), Jean-Pierre Dubois, dont l'organisation a aussi dit son hostilité à l'instauration de l'état d'urgence, s'inquiète lui, de l'image de la justice qu'auront ces jeunes déférés devant les tribunaux. "Pour eux, tout leur semble joué d'avance, estime-t-il. D'ailleurs, peu font appel de leur condamnation, peut-être parce qu'ils ne savent même pas que l'on peut faire appel, ou pensent qu'ils seront encore plus lourdement condamnés". Face à cette "justice expéditive et d'abattage qui, à la différence d'autres domaines du pénal où l'on est beaucoup plus précautionneux, condamne en série", leur sentiment d'appartenir à une "classe méprisée ne peut que se renforcer", conclut-il.

Plusieurs collectifs et groupes de réflexion se sont constitués à l'initiative de la LDH , à Paris comme en province, pour exercer une "mission de vigilance".

A Vitry-sur-Seine, une "prépa" pour devenir apprenti
Catherine Rollot
Le Monde, mercredi 23 novembre 2005


Il existe deux types de classes préparatoires à l'apprentissage avant 16 ans.
CLIPA
A partir de 14 ans, les élèves peuvent intégrer une Classe d'initiation préprofessionnelle à l'apprentissage. Pendant un an, ils découvrent plusieurs métiers, à l'occasion de stages, et suivent des cours au centre de formation des apprentis (CFA), souvent situé dans un collège ou un lycée. A l'issue de cette formation, soit les élèves réintègrent le collège pour poursuivre leur scolarité, soit ils entrent en CPA.
CPA
Les classes préparatoires à l'apprentissage sont ouvertes aux élèves ayant 15 ans dans l'année en cours. Ils alternent semaines de cours en CFA et semaines de travail chez un employeur.
Ils reçoivent 27 heures d'enseignement par semaine, réparties entre matières principales, matières spécifiques (notamment d'initiation à la vie de l'entreprise) et quelques heures de pratique. Chez l'employeur, leur temps de travail ne doit pas excéder 35 heures par semaine. Le travail le week-end ou après 22 heures est interdit. A l'issue de la CPA, ils peuvent conclure un contrat d'apprentissage pour préparer un CAP ou un BEP. En Clipa comme en CPA, les élèves restent sous statut scolaire et ne peuvent être rémunérés.
CHIFFRES
Depuis 1995, les effectifs dans les Clipa et les CPA n'ont pas beaucoup évolué. En 2004, on comptait 9 254 préapprentis, contre 10 409 en 1995.


Au mur de la salle de classe, une affiche représentant une part de bavarois aux fraises apparaît comme le seul élément incongru. Avec sa peinture beigeâtre, ses bureaux vieillots et son tableau noir, rien ne différencie le lieu d'une salle de classe ordinaire. Rien, pas même l'âge des neuf élèves qui assistent à un cours d'anglais, avec leurs bouilles d'enfants et leur dégaine de préadolescents. Pourtant, à 15 ans, ces jeunes ont déjà un pied dans le monde du travail.

Pas encore apprentis - l'âge minimal pour signer un contrat d'apprentissage est de 16 ans -, ils alternent chaque mois deux semaines de cours et deux semaines en entreprise. Elèves en classe préparatoire à l'apprentissage (CPA) au sein du centre de formation d'apprentis (CFA) François-Rabelais à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), Yohann, Mokhtar, Jonathan, Guillaume et leurs camarades ont intégré en fin de quatrième cette filière peu connue, qui existe pourtant depuis plus de trente ans.

Yohann fait partie des 38 élèves des trois classes de préapprentissage que compte cette année le CFA François-Rabelais, spécialisé dans les métiers de bouche. Comme beaucoup de ses camarades, il s'est retrouvé dans cet établissement après un parcours scolaire incertain : "L'école ne m'intéressait pas. J'avais redoublé ma cinquième et je ne faisais rien en cours. En quatrième, j'ai suivi un stage d'une semaine en cuisine, et ça m'a plu. Le collège dans lequel j'étais a voulu me proposer une autre orientation, mais moi, je savais ce que je voulais faire", explique-t-il. Son avenir, il le voit tout tracé : après cette année, il espère pouvoir conclure un contrat pour préparer un CAP de pâtisserie. "Je me verrais bien dans la chocolaterie", ajoute-t-il.

Les élèves ne partagent pas tous cette détermination. Certains sont là sans vraiment savoir ce qu'ils feront plus tard, d'autres savent avant même de rentrer qu'ils s'orienteront vers une autre filière.

Pour Jean-Luc Balmelle, à la fois directeur du CFA François-Rabelais et principal du collège du même nom (les deux établissements se jouxtent), l'année en CPA ne sert pas seulement à développer un projet professionnel, elle permet aussi de rescolariser des enfants fâchés avec l'enseignement "classique". "Nous ne recevons pas des élèves dans ces classes uniquement pour qu'ils deviennent apprentis, nous voulons d'abord leur redonner le sourire, les aider à trouver un sens dans l'enseignement", dit-il.

Loig Picard enseigne l'histoire-géographie et le français, plus quelques heures de "connaissance de l'entreprise économique, juridique et sociale". A ce titre, il peut témoigner de la métamorphose de ses élèves : " Quand ils arrivent, ils nous disent : "Je suis nul en telle et telle matière." Grâce à des petits effectifs et à une pédagogie adaptée, nous essayons de les remettre en confiance, de les rendre plus autonomes."

" Ici, tout est plus léger, on est remis à niveau", témoigne un élève. Pas de miracle, pourtant : sur les 29 élèves de la promotion 2004, un seul a retrouvé le chemin du collège. La grande majorité continue dans l'apprentissage. "Treize élèves ont poursuivi leur formation dans notre CFA, explique M. Balmelle, et douze sont partis vers d'autres établissements pour apprendre tout autre chose, la mécanique ou la plomberie notamment."

Deux autres ont été orientés vers un dispositif de passerelle qui leur permettra de bénéficier d'une année supplémentaire de réflexion avant d'opter pour une filière. Un élève seulement a arrêté en cours de route. Un taux d'abandon faible en comparaison de ceux qui s'observent chez les plus âgés. "Les préapprentis sont souvent moins "cassés" que les apprentis par les ruptures scolaires, parce qu'ils sont plus jeunes et en ont simplement moins connu. La famille est aussi plus présente car ils sont mineurs, ils sont aussi plus surveillés. En apprentissage, vous pouvez avoir 18 ans révolus et donc vous inscrire sans l'accord de vos parents. A 15 ans, ce n'est pas possible", constate Jean-Luc Balmelle.

La partie n'est pas gagnée pour autant. Le contact avec la vie active se révèle parfois si rude que certains retrouvent un intérêt inattendu pour l'école. "Finalement, je préfère les cours, car quand je rentre de chez le patron, je suis crevé, explique Moktar. Après, direction la sieste." Les longues heures de travail chez des patrons pas toujours attentifs au jeune âge et aux difficultés des préapprentis, ainsi que le manque de considération engendrent des frustrations. "Physiquement et mentalement, c'est dur, on a la pression, et en plus, on travaille toute la journée sans être payé", témoigne Jonathan, qui avoue ne pas savoir encore s'il va continuer dans la boulangerie l'année prochaine : "Peut-être la plomberie, ça me permettra de bouger un peu plus."

Formatrice en anglais, Delphine Fol-schweiller enseigne depuis six ans aux classes de CPA de François-Rabelais. Elle constate tous les jours les limites de l'intégration dans le monde du travail : "Il y a des préapprentis qui vivent les semaines de cours comme des moments de repos, l'occasion de retrouver les copains. Car à 15 ans, ce sont des gamins." Le projet d'abaisser l'âge de l'apprentissage à 14 ans, sur lequel travaille le ministre de l'éducation nationale, Gilles de Robien, suscite chez elle, comme chez les préapprentis, bien des craintes : "Les enfants que nous avons manquent souvent de repères. A 15 ans, ils ont déjà du mal à vivre l'écartèlement entre l'école et l'entreprise. Alors à 14 ans..."

"Quatorze ans, c'est trop tôt. Si c'est du vrai apprentissage, fini les vacances scolaires. Et puis à cet âge, on ne sait pas ce que l'on veut faire", explique Jonathan. Car l'apprentissage demeure, même pour les gamins en disgrâce avec l'école, une voie qui s'impose rarement naturellement. "Sur toutes les cinquièmes du collège, seulement deux élèves m'ont dit spontanément : "Monsieur, je veux faire de l'apprentissage"", confie Jean-Luc Balmelle.

La crise sociale française : des nouvelles précarités, des salariés plus isolés
Eric Maurin, 42 ans, directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) depuis 2004. Ancien élève à Polytechnique et à l'Ecole nationale de la statistique et de l'administration économique (Ensae), il a d'abord fait carrière à l'Insee. Economiste, il aborde les questions de société à partir de statistiques inédites. Son dernier ouvrage, Le Ghetto français (La République des idées / Le Seuil, 96 p., 10,50 euros), décrit les mécanismes de ségrégation en France.
Le Monde, mardi 22 novembre 2005

Aupremier regard, la société française reste la société de classes qu'elle était dans les années 1950, avec un haut et un bas bien identifiés, se reproduisant implacablement de génération en génération.

Non seulement les classes populaires (ouvriers et employés) n'ont pas disparu, mais elles représentent toujours la majorité de la population active (environ 60 %). En apparence, leur situation salariale reste également très stable : un ouvrier (ou un employé) gagne 2,5 à 3 fois moins qu'un cadre, aujourd'hui comme il y a vingt ans. De même, le chômage touche toujours 3 ou 4 fois plus souvent les ouvriers ou les employés que les cadres. Enfin, la démocratisation de l'accès à l'enseignement secondaire n'a pas vraiment atténué les inégalités considérables de perspectives scolaires et sociales pour les enfants des différentes catégories.

L'échec scolaire au primaire et au collège reste 4 à 5 fois plus fréquent chez les ouvriers que chez les cadres : une majorité des enfants de cadres finiront cadres et une toute petite minorité (moins de 10 %) finiront ouvriers ou employés ; inversement, une majorité des enfants d'ouvriers finiront ouvriers ou employés. En somme, si l'on regarde le paysage à partir des catégories forgées dans l'après-guerre - ouvriers, employés, cadres, etc. -, il nous renvoie l'image d'une France très stable.

Et pourtant, tout a changé.

Le symptôme le plus cru en est la crise générale de la représentation politique : des pans entiers du salariat modeste ont déserté la gauche et ne se sentent plus du tout représentés par les partis traditionnels. En mai 1981, le Parti socialiste rassemblait 74 % du vote ouvrier ; en avril 2002, il n'en captait plus que 13 %. La droite parlementaire ne profite guère de ce rejet : le vote des classes populaires a d'abord nourri la montée de l'abstention et, en second lieu, le vote pour les extrêmes. Lors de la dernière élection présidentielle, près du tiers des ouvriers qualifiés et des contremaîtres ont voté pour l'extrême droite.

Que s'est-il donc passé ? En réalité, les instruments mobilisés pour décrire le social racontent une société en trompe-l'œil.

Les mêmes mots - ouvriers, professions intermédiaires, cadres... - décrivent des réalités sociales n'ayant plus beaucoup à voir avec la situation des années 1970. La classe ouvrière puissante et organisée a cédé la place à un nouveau prolétariat de services, invisible et dispersé. Employés de commerce, personnels des services directs aux particuliers, chauffeurs, manutentionnaires... Quelques métiers de services peu qualifiés regroupent désormais à eux seuls plus de 5 millions d'actifs, près de 3 fois plus que les ouvriers qualifiés de type industriel, figure naguère centrale de la classe ouvrière.

Un peu plus haut dans la hiérarchie salariale, les professions intermédiaires se divisent de plus en plus profondément entre une fonction publique surdiplômée, agressée par le rétrécissement du périmètre de l'Etat, et des classes moyennes du privé de plus en plus menacées par l'insécurité professionnelle. Plus haut encore, les emplois de cadres se sont multipliés, mais leur statut s'est inexorablement banalisé, surtout dans le privé : un nombre croissant d'entreprises gèrent leurs effectifs de cadres comme auparavant ceux de leurs salariés ordinaires.

Un même mouvement de fragilisation des relations d'emploi traverse le haut comme le bas de la société, divisant et transformant les anciennes classes sociales. Encore résiduels au début des années 1980, les contrats à durée déterminée représentent désormais plus des deux tiers des embauches. Ils sont devenus un passage obligé pour quiconque doit trouver ou retrouver un emploi. Un tiers seulement des contrats temporaires sont transformés en contrats à durée indéterminée.

Les emplois se créent aujourd'hui dans des termes plus incertains que naguère. Par la suite, leur destin s'écrit de façon également beaucoup plus aléatoire. Au-delà des hauts et des bas de la conjoncture, le risque annuel de perte d'emploi pour le chômage a augmenté en vingt ans de 30 % environ, dans tous les métiers salariés. Aux pires moments des restructurations du début des années 1980, 4 % des salariés perdaient leur emploi pour se retrouver au chômage l'année suivante. Quinze ans plus tard, durant la phase exceptionnelle de créations d'emplois de la fin des années 1990, ce même taux de perte d'emploi était supérieur à 5 %. La croissance n'endigue plus la montée de l'insécurité des emplois, laquelle est surtout très nette dans le secteur des services.

La fragilisation des relations d'emploi touche tout le monde, mais à des degrés divers. Les métiers d'ouvrier et d'employé sont certes davantage exposés que les métiers plus qualifiés, mais - au sein de chaque grande classe sociale - les emplois impliquant une relation de service sont davantage exposés que les autres. Plus de 25 % des employés de commerce et des personnels des services directs aux particuliers sont au chômage ou sous contrats à durée limitée, près de 2 fois plus que la moyenne nationale. Les inégalités de salaires sont restées très stables en France, mais les inégalités d'exposition à des conditions d'emploi fragiles ont augmenté considérablement.

La proportion d'ouvriers sous contrats précaires est aujourd'hui 7 fois plus forte que celle des cadres, alors que ce rapport n'était que de 1 à 4 vingt ans plus tôt. Ces nouvelles formes d'inégalité sont aujourd'hui bien plus profondes que dans la plupart des autres pays occidentaux. Elles génèrent des disparités de statut inédites, assez spécifiques à la France et qui sont en réalité des inégalités dans le rapport à l'avenir et dans le degré de socialisation. Elles représentent l'une des dimensions essentielles de la nouvelle architecture sociale.

Beaucoup plus que la mondialisation, c'est l'avènement d'une économie tournée vers la production de services qui transforme la condition salariale (les métiers ouvriers eux-mêmes s'exercent désormais en majorité dans les services). Au fur et à mesure qu'elles s'enrichissent, nos sociétés se détournent des produits industriels standardisés. Les entreprises industrielles elles-mêmes deviennent un lieu où se créent de plus en plus d'emplois de services (services d'études et de commercialisation notamment), à la périphérie de la production à proprement parler.

Plus fragile, le salariat est également isolé dans des structures de production plus petites où les rapports avec l'employeur, le client et le marché sont plus personnels et directs. Lors de la grande période de désindustrialisation (1980-1995), la taille des entreprises françaises s'est homogénéisée et a diminué en moyenne d'un tiers. Les enquêtes sur les conditions de travail révèlent que cette évolution s'accompagne d'une multiplication des tensions liées à la pression directe du marché, du client. Plus du tiers des ouvriers doivent désormais respecter des délais de production inférieurs à une heure.

L'éclatement du salariat dans de petites structures de services favorise également l'émergence d'arrangements extrêmement divers sur les horaires et les conditions de travail entre employeurs et salariés. Cette évolution rend très difficiles l'identification de problèmes communs entre salariés d'entreprises différentes et l'émergence d'identités collectives, et complique le travail de représentation des syndicats, lesquels sont très peu implantés dans les nouveaux secteurs de services. Pour les salariés, la multiplicité et l'hétérogénéité des arrangements locaux sont la source d'un sentiment diffus d'injustice, d'arbitraire et d'illisibilité du monde du travail. La nouvelle entreprise capitaliste a peu à peu cessé d'être pourvoyeuse d'identité et de statut social. De ce point de vue, le fossé s'est creusé entre le salariat des grandes entreprises et celui des PME, le salariat du privé et le salariat du public.

Le statut de la fonction publique apparaît de plus en plus comme un privilège aux yeux des salariés du privé, dont l'horizon d'emploi s'est rétréci et les conditions de travail durcies. Mais les salariés du public connaissent d'autres difficultés : durant ces années de chômage de masse, la fonction publique a été le refuge d'un nombre croissant de surdiplômés. Ces nouvelles générations de fonctionnaires ont le sentiment d'avoir déjà payé leur statut par une forme de déclassement. Elles ressentent comme d'autant plus injuste toute tentative de remise en question des termes du contrat qu'elles ont signé avec l'Etat.

Le malentendu et les clivages entre public et privé sont de fait de plus en plus saillants. Les résultats exprimés lors de la dernière élection présidentielle ont révélé une distance tout aussi grande entre les classes moyennes du privé et du public qu'entre les classes populaires et les classes moyennes. Gagnées par l'abstention et tentées par l'extrême droite, les classes moyennes du privé rejettent de plus en plus radicalement la société en train de s'édifier.

De nouvelles distances se creusent entre ceux que leurs statuts et leurs diplômes protègent devant l'avenir et les autres. Elles ne sont nulle part aussi visibles que sur le territoire et dans les choix résidentiels. Les changements de résidence restent en France relativement fréquents (10 % par an environ), mais ils ne donnent lieu à aucun brassage social.

Parmi les personnes changeant de résidence, les plus aisées, les plus diplômées, se massent de plus en plus exclusivement dans les quartiers les plus riches, et ainsi de suite, les plus pauvres n'ayant par défaut que les quartiers les plus déshérités pour emménager. Au final, les populations les plus riches se concentrent dans quelques territoires seulement, plus encore aujourd'hui qu'il y a vingt ans. Les quartiers sensibles ne sont qu'une conséquence d'un processus de séparation traversant toute la société.

L'âpreté de la ségrégation territoriale rend sensible un changement très profond dans la façon dont les classes sociales se définissent désormais les unes par rapport aux autres. La désindustrialisation a sonné le glas de catégories sociales complémentaires dans le processus de production et sur le lieu de travail. La complémentarité et la coexistence des différentes classes sociales sur les lieux de production disparaissent au profit de relations de clients à donneurs d'ordres, c'est-à-dire de relations médiatisées par le seul marché.

En forçant le trait, on pourrait dire que plus rien ne soude entre elles les différentes fractions de classes, elles n'ont plus rien à négocier et partager. Cette évolution libère et met à nu les tensions purement séparatistes et endogamiques qui sommeillent dans notre société.


La France plus inégalitaire que les autres pays européens
Eric Maurin
Le Monde, mardi 22 novembre 2005


Le panel européen des ménages de l'Insee permet de comparer l'intensité et l'évolution des inégalités de salaires et des inégalités d'exposition aux contrats précaires dans treize pays européens, dont la France, la Belgique, les Pays-Bas, l'Allemagne, l'Italie, l'Angleterre et l'Espagne, sur la période 1995-2001.

Cette comparaison est riche d'enseignements. Elle montre, tout d'abord, que les pays où les inégalités devant la protection de l'emploi sont les plus fortes sont ceux où les inégalités de salaires sont les plus faibles. Elle montre également que les ralentissements de l'activité s'accompagnent en général d'une fragilisation des relations d'emploi (notamment pour les salariés les moins qualifiés) plutôt que de retards salariaux.

Dans l'ensemble, les Européens s'organisent collectivement autour d'inégalités salariales plutôt stables, les ajustements s'opérant à travers une précarité plus ou moins grande des emplois. Autrement dit, c'est la fragilisation des relations d'emploi qui sert d'amortisseur aux variations de conjoncture.

Dans ce paysage européen, la France se distingue par des inégalités salariales faibles, mais aussi par des inégalités devant la protection de l'emploi (entre qualifiés et non qualifiés, entre jeunes et âgés, etc.) qui sont parmi les plus élevées. C'est même l'un des pays où ces inégalités ont le plus augmenté sur la période récente.

La représentation, très répandue en France, d'une société attachée à ses statuts n'est pas fausse, mais, tandis que les uns luttent pour (et parviennent à) se maintenir dans des situations
protectrices, d'autres, toujours plus nombreux, glissent dans la précarité. Et l'écart entre les premierset les seconds forme un clivage de plus en plus central.

La différence est particulièrement frappante avec le Royaume-Uni, où les inégalités de salaires sont bien plus nettes, mais où les emplois à durée limitée sont répartis plus uniformément dans la population.


Jacques Attali réclame un plan en faveur du microcrédit dans les banlieues
Anne Michel
Le Monde, mercredi 23 novembre 2005

Jacques Attali, l'ancien conseiller de François Mitterrand devenu, en 1998, le président de PlaNet Finance, une organisation non gouvernementale centrée sur le soutien au microcrédit, s'est invité dans le débat sur le malaise des quartiers en réclamant un plan de développement national de cette forme de prêts qui permette aux exclus bancaires, aux chômeurs ou aux RMistes, de créer leur entreprise. Estimant que "l'accès au crédit contribue à l'intégration économique et sociale", M. Attali demande au gouvernement de "faire une priorité de la mise à disposition de prêts pour créer des entreprises dans les banlieues".

Outre des moyens supplémentaires pour accroître les capacités de prêt des organismes distributeurs de microcrédits - essentiellement l'Association pour le droit à l'initiative économique (ADIE) et France-Active, présidée par l'ancien ministre des finances Christian Sautter -, il souhaite une politique publique en faveur du microcrédit.

"L'argent existe, mais rien d'efficace ne peut se faire en l'état actuel de la réglementation, estime M. Attali. Les crédits doivent être disponibles plus rapidement et les organismes de microcrédit autorisés à pratiquer des taux d'intérêt en rapport avec leurs frais. C'est à ces conditions qu'ils se développeront dans les cités." Ces recommandations font partie d'un plan d'action global que PlaNet Finance vient de déposer auprès du Fonds de cohésion sociale.

EXCLUSION FINANCIÈRE

"Nous avons besoin d'un signal fort", estime M. Attali. La présidente de l'ADIE, Maria Nowak, approuve l'initiative et milite pour que soit "davantage prise en compte l'initiative économique des habitants". Environ 11 000 microcrédits ont été accordés en 2004 en France, pour un montant de 144 millions d'euros.

La suppression, en 2003, des aides aux créateurs d'entreprise accordées dans le cadre du Fonds de revitalisation économique (FRE) a porté un rude coup aux institutions de microcrédit. "On a laissé la priorité à la rénovation urbaine et à la sécurité, reprend Maria Nowak, il faut réorienter la politique de la ville sur l'action sociale." Depuis sa création en 1997, l'ADIE a permis la création de 34 000 entreprises, dont 12 % dans les quartiers difficiles.

Pour François-Xavier Bordeaux, président de la Caisse sociale de Bordeaux, une banque solidaire, le problème de l'exclusion financière dans les zones urbaines sensibles dépasse celui du microcrédit. Il prône la création d'"un service public de crédit social qui accueillerait tout le monde, sans condition d'âge ou de garantie, avec des crédits de 100 à 10 000 euros".

Face à ces propositions, le gouvernement fait savoir qu'il "n'a pas attendu pour donner une impulsion au microcrédit", renvoyant au Fonds de cohésion sociale, doté de 73 millions d'euros. Selon ses calculs, les mesures incitatives prévues par la loi Borloo de cohésion sociale de janvier pourraient permettre la création de 10 000 entreprises individuelles à l'horizon 2006 dans les zones urbaines sensibles.


Le défi de la discrimination positive

tribune de Patrick Le Tréhondat et Patrick Silberstein
Patrick Le Tréhondat et Patrick Silberstein sont les auteurs de Vive la discrimination positive. Plaidoyer pour une République des égaux (Syllepse, 2004).
Politis, jeudi 24 novembre 2005


Le traitement des discriminations ne peut relever uniquement de mesures politiques générales. Des dispositions provisoires doivent être prises pour bloquer la machine à reproduire les inégalités. Voici plusieurs actions possibles.


Périodiquement, la société française se regarde dans les flammes de ses " quartiers " pour apercevoir les inégalités et les ségrégations qu'elle sécrète et reproduit. Le bâton de gendarme d'une main et le goupillon républicain de l'autre, elle s'indigne, rappelle les " principes " et morigène à tout vent. Il faut pourtant faire plus que s'interroger sur les causes de la violence urbaine, il faut mobiliser les moyens nécessaires pour mettre un terme à la ségrégation et pour assurer l'accès à l'égalité des citoyens discriminés en raison de la couleur de leur peau, de l'étrangeté de leur patronyme ou de leur ghetto de résidence.

Il est touchant de voir tout un chacun désormais s'accorder à reconnaître que les diplômes ne débouchent pas ipso facto sur des emplois qui leur correspondent ou que les bulletins de salaires n'ouvrent pas automatiquement les portes des agences immobilières pour ceux dont le nom sent encore trop le sable chaud. Les faits sont là : la nationalité française ne fait pas disparaître les obstacles spécifiques rencontrés par les " jeunes Français d'origine étrangère " sur le marché du travail ou de l'habitat.

Contrairement à ce qu'une gauche peu imaginative ou trop respectueuse des canons républicains a longtemps feint de croire, le traitement des discriminations ne relève pas uniquement de mesures politiques générales fortes - par ailleurs indispensables (droit de vote, naturalisation massive, politique de la ville, lutte contre le chômage, etc.). C'est d'ailleurs le constat que fait le Pnud onusien dans son rapport 2004 : " Ne compter que sur des politiques générales de croissance économique équitable pour éliminer ces inégalités collectives prendrait un temps insupportablement long. " Bien sûr, la première des discriminations positives est une politique économique et sociale (notamment par le biais de l'impôt direct) qui oriente vers les plus démunis (individus ou territoires) une part plus importante des dépenses publiques et des prestations sociales, favorisant ainsi la solidarité par la redistribution. Mais l'expérience historique montre que cela ne suffit pas à gripper la machine à reproduire les discriminations que les auteurs américains résument en une formule : " La discrimination cause la ségrégation et la ségrégation maintient la discrimination. " Ils décrivent ainsi un " effet feed back " qu'il faut briser. C'est là que les politiques de discrimination positive interviennent.

Celles-ci cherchent à dépasser le constat du gouffre séparant l'inégalité réelle de l'égalité proclamée et visent à mettre en mouvement la puissance publique afin de " réparer ", " corriger ", " compenser ", " contrebalancer ", " inverser " les effets des discriminations ethniques ou sexuées et bloquer la machine infernale qui reproduit les inégalités. Dans la perspective d'une transformation sociale en profondeur, l'égalité (de même que la démocratie) est à la fois un principe et un objectif, un mot d'ordre d'action et un projet.

Ne serait-il pas possible de prendre des mesures, certes provisoires mais systématiques et revendiquées comme telles pour leur donner force de loi et exemplarité, qui permettent le recrutement et la formation de salariés et de fonctionnaires issus des " minorités invisibles " si visibles ces dernières semaines ? Ne pourrait-on pas faire à Bordeaux ou Montpellier ce qu'a fait le service de protection contre les incendies de Minneapolis, qui, après avoir été condamné pour discrimination raciale à l'embauche, a été contraint d'employer un membre des minorités sur trois nouvelles embauches, jusqu'à ce qu'un minimum de vingt pompiers soit issu des minorités raciales ? Ne pourrait-on pas pratiquer à France 2 ce qui se fait en Grande-Bretagne, où la loi de 1990 qui régit le paysage audiovisuel britannique stipule que les sociétés qui sont candidates à la gestion des chaînes doivent présenter les " engagements pris pour promouvoir au sein du personnel l'égalité des chances entre hommes et femmes et entre personnes de différents groupes ethniques " ? Ne pourrait-on pas envisager des politiques similaires à France Télécom, dans la Fonction publique et ailleurs ?

Ne pourrait-on pas renforcer et étendre les dispositions qui permettent aux comités d'entreprise de peser sur l'égalité hommes/ femmes ? Rappelons ici que, dans toute entreprise de plus de cinquante salariés, l'employeur est dans l'obligation de soumettre une fois par an au comité d'entreprise, aux délégués du personnel, aux délégués syndicaux et à tout salarié qui en fait la demande un rapport comparatif sur les conditions générales d'emploi et de formation des hommes et des femmes au sein de l'entreprise. Ce document permet d'apprécier pour chacune des catégories professionnelles la situation respective des femmes et des hommes en ce qui concerne l'embauche, la promotion, la classification, la qualification, la rémunération. Il recense les mesures prises en vue d'assurer l'égalité et énumère les objectifs prévus. La loi du 9 mai 2001 stipule d'ailleurs que les partenaires sociaux doivent négocier des objectifs chiffrés et des mesures de rattrapage. Rien à voir avec des quotas - spectre agité périodiquement - puisqu'il s'agit ici d'objectifs à atteindre. Reste évidemment à assortir ces dispositions d'une obligation de résultat.

Lire la suite dans Politis n° 877

Querelles d'interprétation
Denis Sieffert
Politis, jeudi 24 novembre 2005

Sont-ce les méfaits du Livre noir de la psychanalyse ? Il semble en tout cas que certains se méprennent sur le sens d'un mot qui est central dans le glossaire du docteur Freud. De tous côtés, on entend dire aujourd'hui qu'il faut " briser les tabous ", " en finir avec les tabous ". Comme s'il n'existait pas aussi de bons tabous. Comme si plus rien ne devait être tu. Toute réprobation sociale serait-elle devenue entrave insupportable à la liberté de dire ? Nous voilà donc condamnés à tout entendre. Et nous avons tout entendu ces jours-ci à propos de la crise des banlieues. L'indicible d'hier est devenu le banal d'aujourd'hui. Interrogé sur le sujet par un journal israélien, Alain Finkielkraut, sans doute désireux d'expliquer le malaise dont souffre la France, a cru devoir faire un détour ironique par l'équipe de France de football. Elle n'est plus " black blanc beur ", dit-il, mais " black-black-black ". Et, a-t-il ajouté, " cela fait ricaner l'Europe entière " (1). On devine que le philosophe en éprouve de la honte pour son pays. Deux jours auparavant, à la télévision russe, un autre grand personnage public, Hélène Carrère d'Encausse, secrétaire perpétuelle de l'Académie française, avait trouvé la cause profonde et première des violences urbaines : la polygamie. " Ces gens, avait-elle commenté, viennent directement de leurs villages africains. Or, la ville de Paris et les autres villes d'Europe ne sont pas des villages africains. " Étonnamment, l'académicienne comme le philosophe ont justifié leur liberté de ton de la même manière : ils s'exprimaient dans un média étranger. " Si l'on dit ça en France, on va en prison ", note même Finkielkraut, qui donne soudain de son pays une image encore moins flatteuse que celle que renvoie l'équipe de France de football avec son trop plein de têtes brunes. Quant à Mme Carrère d'Encausse, dans les médias de Vladimir Poutine, bourreau des Tchétchènes, elle compare notre télévision à la télévision de Staline (mais l'actuel maître du Kremlin ne risque-t-il pas de tenir cette comparaison pour un éloge de la télévision française ?).

Visiblement, nos intellectuels libérés de tous les tabous croient que leurs paroles ne franchiront pas les frontières. Ils ignorent tout d'Internet, et n'ont même jamais entendu parler de satellite ni d'agence de presse. Sans doute sont-ils convaincus que le pigeon voyageur qui portera leur message n'est pas près d'atteindre nos contrées. En soi, cette vision du monde jette d'ailleurs un sérieux doute sur la légitimité de leur analyse, et leur compréhension du monde d'aujourd'hui. Mais l'essentiel n'est évidemment pas là. L'essentiel, c'est que ces mots puissent être dits, et envisagés comme une explication plausible de la plus grave crise sociale que la France ait connue depuis longtemps. Car Alain Finkielkraut peut se rassurer : il n'ira pas en prison. Il ne risque d'ailleurs pas grand-chose, pas même l'opprobre médiatique réservé à un Dieudonné, car son discours est bien dans l'air du temps. C'est celui de MM. Bush et Cheney. C'est le discours de Nicolas Sarkozy. C'est la grande philosophie du Kärcher. Le côté du manche. Et de la matraque.

Jusqu'ici, on pouvait imaginer que ce genre d'idées ne rôdait pas seulement dans la tête de M. Le Pen. Mais ce qui était pensé n'était pas nécessairement énoncé, car dans une communauté humaine les tabous ont parfois des vertus. Grand pourfendeur de Mai 68, Finkielkraut s'est placé dans la situation de celui pour qui il est interdit d'interdire. Ou, à tout le moins, de s'interdire à soi-même.

L'affaire est révélatrice d'un climat. On ne mesure pas assez à quel point le monde a changé depuis les attentats du 11 septembre 2001 et le début de l'ère Bush. La sociologie est devenue signe de faiblesse. Il n'y a pas philosophe plus honteux que Rousseau. La psychologie est honnie. Et toute tentative d'explication par des causes économiques et sociales vous assimile au mieux à un incendiaire de bagnole, au pire à un terroriste. Quelques jours après la fin des émeutes de banlieues, on assiste à une véritable guerre des interprétations. Mais que l'on y prenne garde, car il n'y a pas trente-six grilles de lecture possibles. Il n'y en a que deux. L'une se situe dans le champ politique. Elle s'adresse à des partis et à des institutions, et leur propose des changements et une autre répartition des richesses. L'autre demande à des hommes et à des femmes pris individuellement d'abjurer ce qu'ils sont. Celle-ci est condamnée à flirter avec le racisme. Elle recèle une charge de violence illimitée. Elle est aussi la deuxième mâchoire du libéralisme. L'organisation inégalitaire du monde n'étant pas négociable, il ne reste plus qu'a réprimer les indociles et à chercher en eux la cause de leur indiscipline et de nos désordres.


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COMMUNIQUES

ECOLE, SERVICES PUBLICS, BANLIEUES, SOCIETE :
DES TAS D'URGENCES !

Nous, enseignants de l'Ecole publique laïque et républicaine, nous sommes profondément choqués quand les valeurs que nous enseignons à l'école sont bafouées, y compris par l'Etat lui-même.

Nous accueillons tous les enfants qu'on nous confie : qu'ils soient blacks, blancs ou beurs, qu'ils soient riches ou pauvres, avec ou " sans papiers ", et quelles que soient les opinions politiques ou les croyances religieuses de leurs parents.

Nous leur apprenons à vivre ensemble, à prendre conscience des droits et des devoirs de chacun. Nous essayons de donner du sens à leurs apprentissages. Nous nous efforçons de les faire tous progresser, sur des chemins souvent chaleureux et joyeux. Pour apprendre, les enfants ont besoin de sérénité, de respect, de tolérance et de solidarité. Nous sommes les garants de ces bonnes conditions d'apprentissages.

Or nous constatons que le service public d'Education se dégrade, comme les autres services publics. Classes chargées, réseaux d'aide incomplets, disparition des aide-éducateurs, concentration des écoles,
crédits culturels en baisse, diminution des moyens pour la formation des enseignants …
En même temps, une logique comptable de management nous demande de faire du chiffre, de multiplier les évaluations, avec sans doute la perspective de mettre les écoles en concurrence, de " se battre pour les bonnes places " (les inscriptions dans les " bonnes écoles " se faisant au détriment des familles défavorisées), étape avant de privatiser l'Education Nationale ?

En même temps également, la vie des quartiers se dégrade de plus en plus :
immeubles vieillissant, rénovation trop lente ou excluant les plus défavorisés
détresse économique et sociale de zones aux taux de chômage records
discriminations à l'embauche
économie souterraine accompagnée de violences multiples : machisme, drogue et alcool, vols, dégradations
accompagnement des jeunes affaibli dans les écoles, collèges et lycées par la diminution de surveillants et d'aide-éducateurs (ou assistants d'éducation) et hors temps scolaire par la suppression des emplois-jeunes et par la mise en difficulté des associations par de très sensibles baisses de subventions
politique de prévention remise en cause par l'abandon de la police de proximité, censée établir des liens de confiance avec les jeunes
répression, tolérance zéro, contrôles au faciès et bavures policières …

La politique libérale organise la crise sociale.

Pourquoi les banlieues n'ont-elles pas alors explosé plus tôt ? Parce que ni les enseignants, ni les travailleurs sociaux, ni les militants associatifs ne pratiquent la discrimination, n'utilisent des méthodes répressives. Jamais dans nos classes ce n'est par la violence que les enfants obtiennent une amélioration, mais par le débat, la réflexion collective, l'élaboration et le respect des règles ... Sans ce travail de participation et de prévention mené par l'ensemble des éducateurs, il y a longtemps que l'Etat ne tiendrait plus ses banlieues.

Est-ce en traitant la jeunesse de " racaille " à " nettoyer au " kärcher " qu'on cherche à établir dialogue et respect ?
Est-ce en décrétant un état d'urgence rappelant de sombres événements qu'on construit une réelle sérénité sur le long terme ?
Est-ce en " ethnisant " les problèmes des banlieues qu'on règle les dramatiques difficultés sociales ? (parmi les interpellés figurent de nombreux " blancs ", précaires ou exclus)
Est-ce en considérant les français beurs ou blacks comme des étrangers, sauf quand ils s'appellent Zidane, qu'on réalise " l'intégration " ?
Est-ce en prenant comme modèle la société de consommation, la pub et les marques, la télé-réalité et le succès éphémère qu'on offre des perspectives d'avenir aux jeunes ?

Que la justice fasse son travail, en jugeant de manière posée et impartiale les auteurs des dégradations, notamment en analysant les causes de ces violences, oui. Mais les comparutions immédiates sont-elles dignes d'un Etat de droit ? Les expulsions collectives d'étrangers sont-elles légales ?

Que l'Etat fasse également son travail, notamment en rétablissant le dialogue avec les jeunes des banlieues, ce qui suppose dignité et respect envers ces jeunes. Mais aussi en créant les conditions d'un renouveau économique et social des banlieues et de la société. C'est possible, c'est un choix politique.

Nous appelons à écarter toutes les dérives populistes et à travailler ensemble pour redonner du sens à la devise républicaine : " liberté, égalité, fraternité ".
Un défi citoyen majeur.
Pour cela, l'argent est nécessaire, la démocratie participative l'est tout autant. Il n'y aura pas de solution en écartant les acteurs de la crise des banlieues. Nous, enseignants, souhaitons prendre toute notre place dans ce défi.

Union des alternatives syndicales
Union des alternatives syndicales / BP 101 / 38001 GRENOBLE cedex 1 / tél : 04 74 92 61 39
Le site de l'UDAS : http://udas.org Contact : contact@udas.org

Manifestations et rassemblements
SANS JUSTICE SOCIALE, PAS DE PAIX ! NON AUX DISCRIMINATIONS ET A LA RÉPRESSION !

Mardi 15 novembre 2005

La révolte des jeunes dans la plupart des quartiers populaires de l'Hexagone depuis plus de deux semaines, est révélatrice d'une véritable crise sociale attisée par les politiques répressives et sécuritaire et les discrimination en tout genres.
La mort des deux jeunes de Clichy-sous-Bois ayant voulu échapper à un contrôle policier est une conséquence de l'escalade sécuritaire développée par le Ministre de l'Intérieur et soutenue par Chirac et le gouvernement :
multiplication des contrôles au faciès et des arrestations arbitraires des jeunes des quartiers défavorisés, expulsion de familles d'immeubles parisiens dits insalubres, sans relogement, "rafles" et expulsion de sans papiers dans les quartiers populaires (Belleville, Barbès ...). Cette politique sécuritaire, à des fins populistes et démagogiques, se double d'une politique anti-sociale : baisse des crédits des associations de quartiers, fin des emplois jeunes, démantèlement des services publics, hausse des loyers des HLM, accentuation de la précarité avec les CNE (contrats nouvelle embauche)...
Face à une situation sociale d'urgence, le Gouvernement et Chirac n'ont comme seule réponse immédiate la mise en place de l'état d'urgence (loi du 3 avril 1955) pour "museler la contestation sociale" et faire "régner l'ordre public". 1800 jeunes arrêtés et l'expulsion des jeunes étrangers, voilà les seuls résultats d'une telle politique. La réponse à cette crise sociale ne passe ni par la répression, ni par la provocation. C'est bien d'une autre politique sociale et économique, en rupture avec les orientations libérales actuelles, que les jeunes et habitants des quartiers défavorisés ont besoin.
Par conséquent, nous appelons la jeunesse (jeunes précaires, chômeurs, étudiants, lycéens) à manifester mercredi 16 novembre pour exiger : la vérité sur les circonstances de la mort de Ziad Benna et Bouna Traoré, et que justice soit rendue.
l'arrêt des politiques de la criminalisation des populations défavorisées, immigrées et des jeunes des quartiers populaires. - L'arrêt des incarcérations en séries, les jugements injustes, expéditifs et arbitraires et des expulsions et reconduites à la frontières. - la rétablissement et l'augmentation massive des crédits destinés aux associations de quartiers. l'instauration d'un plan d'urgence pour permettre l'accès à l'éducation, logement, emploi, santé, transports, culture, condition d'une véritable justice sociale. - le retrait immédiat de l'état d'urgence, la fin de la logique répressive et de la surenchère policière.
Manifestation Mercredi 16 Novembre Départ à 14h devant la fac de Saint-Denis Métro Saint-Denis Université (ligne 13)
Premiers signataires : Alternative Libertaire, ATTAC Campus, CEDETIM, CLEPS (Comité lycéen Etudiant Paris Sud), Collectif des Étudiants Étrangers de Paris 8, Collectif Jeunes Chercheurs Contre la Précarité (JCCP), CNT-STE (75, 92, 93) , Droit Au Logement (DAL), Droits Devant, Emancipation Tendance Intersyndicale, FASTI, IPAM, LDH Fédération 93, MIB, No Pasaran, SUD-Etudiant, Réseau Citoyens Solidaires (RESOCI) 93, Réseau Féministe "ruptures", VAMOS ! ...
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D'autres manifestations et rassemblements sont prévus à Besançon vendredi 18 novembre à 17 H 30, Place du 8 septembre à l'appel de FSU, SOLIDAIRES, SUD Education, AC, AFPS, ATTAC, CDDLE, FOL, ALTERNATIFS, LCR, PCF, à Strasbourg devant l'hôtel du préfet (place Broglie, côté opéra) à 18h00 mardi 15 novembre 2005; à Reims, mercredi 16 novembre au Théâtre à 17h30.



Sujet : CONTES DE L'URGENCE AVEC ISABELLE ST-PIERRE, CLAUDETTE L'HEUREUX, EVELINE MENARD, ERIC GAUTHIER ET PAUL BRADLEY

Communiqué : Montréal le 2 novembre 2005

L'ÉTAT D'URGENCE : un camp de réfugié au centre-ville
DU 23 AU 27 NOVEMBRE 2005, PLACE ÉMILIE GAMELIN métro Berri
Une célébration de solidarité, un lieu de création qui réfléchit à la cohésion sociale.

Depuis 1998 : L'État d'Urgence est un rendez-vous annuel avec et dans la rue orchestré par l'ATSA en collaboration avec plusieurs artistes et organismes privés et publics. Tel un camp de réfugiés humanitaire implanté en plein centre ville riche, son objectif de lieu de rencontre stimule la solidarité humaine et la création artistique socialement engagée.

L'État d'Urgence c'est 50 000$ de vêtements chauds dans la rue, trois repas par jour pour attabler 150 personnes et une table de collation ouverte 24h, un dortoir pour les nuits ainsi qu? une programmation multidisciplinaire de haut calibre et gratuite pour tous où les artistes viennent donner et créer dans un univers festif, qui suscite une expérience humaine inoubliable entre les solitudes sociales et entre plusieurs médiums culturels intégrés à la vie quotidienne du campement. La mise en scène réaliste prend corps sous deux chapiteaux chauffés ouverts à tous 24hrs sur 24hrs. À l'extérieur, des braseros vous réchauffent pendant que l'action à l'intérieur des tentes vous est projetée sur un écran géant.

L'État d'Urgence est un Manifestival, un lieu engagé et multidisciplinaire pour venir découvrir les artistes autrement, dans un climat de partage et de cohésion sociale, sans artifice mais avec un contact direct et chaleureux que vous ne retrouverez nulle part ailleurs! À Vous de jouer!

VOICI UN AVANT GOÛT DE LA PROGRAMMATION DE L'ÉTAT D'URGENCE 2005!
L'horaire précis et les détails de l'implication des artistes sur le www.atsa.qc.ca dès le 11 novembre.

_VENEZ découvrir les artistes de la PERFORMANCE Louise Dubreuil et Claudia Bernal et une spectaculaire INSTALLATION de l'artiste visuel Mario Duchesneau, Vous laissez transporter par LES CONTEURS Claudette l'Heureux, Paul Bradley, Éric Gauthier, Éveline Ménard et Isabelle Saint-Pierre, conteuse en résidence des productions Vif-Argent, en quête de conteurs de rue afin que l'ATSA produise les Contes de l'Urgence pour l'édition 2006!
_SWINGUER LA BAQUAISSE avec la calleuse Mireille Girard et ses musiciens et d'excellent _BANDS ET FORMATIONS MUSICALES : Polémil Bazar / Les Balthazar / Les Voix Ferrées / Les Têtes Ailleurs / Urbains Desbois / La Fanfare Pourpour / Kumpa'nia.
_LES SOUPERS DJ de l'État d'Urgence seront animés avec les DJ Colins, Soul Sista, Luc Raymond et DJ Kim.
_VENDREDI THÉÂTRAL avec Mise au Jeu et Le match libre de La Ligue Nationale d'Improvisation .
_RIRE avec Guy Nantel / Le parti Rhinocéros et la Fanfare du peuple / François Gourd / Stéphane Crête / Nathalie Claude.
_Écouter LES CONFÉRENCIERS Marc-Henri Faure de Oxfam / Louis Jacob, sociologue à l'UQAM sur l'art et l'errance / Sophie Rondeau de la Croix-Rouge canadienne et Philippe Ducros, écrivain.
_Voir les PHOTOS de Isabelle Hayeur / Ana Rewakowicz / Le Refuge Meurling / Martin Savoie
_Applaudir les jeunes ARTISTES FORAINS de La Caserne 18-30
_Sans oublier les FILMS ET COURTS MÉTRAGES Ryan / Si j'avais un Chapeau / La Vidéo Paradiso / L'État d'Urgence 04 / Le Banquet / l'Égalité / Le Ciel Gris.

La Vidéo Paradiso sera sur place et réalisera avec les jeunes et moins jeunes de la rue une série de Clips d'Urgence qui seront présentés au Cabaret du dimanche!

VOUS POUVEZ AIDER L'ÉTAT D'URGENCE

Ce siège festif est une résistance à l'individualisme et à la dégradation des rapports sociaux, mais vous comprendrez que cela ne se fait pas sans un certain besoin de financement L'État d'Urgence est porté à bout de bras par l'ATSA avec un financement dérisoire. L'activité principale, par l'intermédiaire de laquelle nous sollicitons des dons pour financer l'État d'Urgence 2005 est :

LE BANQUET COCHON ? C'EST TOQUÉ MA COLOMBE!

Un banquet gastronomique préparé gracieusement par les chefs Martin Picard du " Pied de Cochon ", Normand Laprise de " Toqué ", Moustafa Rougabi de " La Colombe " et Jean-Paul Grappe.
Grâce à la participation des étudiants de l'ITHQ et la complicité de La Tablée des chefs, ce banquet cinq services est offert à plus de 180 personnes de la rue le samedi 26 novembre 2005 à partir de 18 :00 sur le site de l'État d'Urgence.

Nous vous invitons à encourager l'État d'Urgence 2005 en achetant un ou plusieurs couverts symboliques d'une valeur de 50 $ chacun qui nous permettra d'offrir une expérience inoubliable aux plus démunis.

Quelques places seront disponibles pour ceux qui auront acheté deux couverts et plus! Nous vous invitons à nous donner vos coordonnées si vous souhaitez être du tirage pour ce Banquet Cochon !

Vous pouvez acheter des billets en ligne en cliquant sur le www.atsa.qc.ca
ou envoyer un chèque à :
ATSA : 4430 rue Drolet, Montréal, QUÉBEC H2W 2L8
En mentionnant qu'il s'agit d'un don pour l'État d'Urgence 2005

L'État d'Urgence, c'est aussi une opportunité de plus de 200 plages de temps de bénévolat à combler! N'hésitez pas à communiquer avec nous au 514-844-9830 info@atsa.qc.ca

Il y en aura pour toute la famille au camp cette année.
Toute la programmation sera sous peu sur le site www.atsa.qc.ca afin que vous puissiez prévoir votre séjour sur notre terre d'accueil !

SOLIDAIREMENT VÔTRE!

ATSA est un organisme à but non lucratif, fondé en 1997 par les artistes Pierre Allard et Annie Roy, qui font des installations urbaines événementielles visant la réflexion active à des problématiques sociales, environnementales et patrimoniales. L'État d'Urgence de l'ATSA est en partie supporté financièrement par le développement social et communautaire de la Ville de Montréal, le CAC, le CALQ, le CAM, Engrenage Noir, Cirque du Monde, Bell Canada et quelques partenaires privés grâce à des dizaines de généreux commanditaires et au soutien du milieu communautaire, artistique et de la restauration.

Pour information : Contactez Annie Roy, cofondatrice de l'ATSA
au 514-581-5457 / info@atsa.qc.ca


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TEMOIGNAGES ET REACTIONS

ECHANGES UDAS

Je ne suis pas sûre que le projet soit de "privatiser" l'école. Du moins en maternelle et en élémentaire, voire en collège. Je verrais plutôt une consommation à la manière privée. Ce qui est déjà en route de belle lurette (elle est où la lurette ?), mais qui augmente avec cette mise en compétition des écoles. Il a été démontré (par des sociologues je crois) que les classes moyennes (enseignants par exemple) et moyennes-sup sont celles qui utilisent le mieux les services publics. Pour l'école par exemple ça passe par des stratégies d'habitat. On choisit son lieu de vie selon l'école du quartier. Il semble que des agents immobiliers donnent le type d'école proche pour valoriser une maison. Ca passe aussi par le choix de filières par exemple (les classes à horaires aménagés de langues peu communes, à objectifs culturels, musique, danse si possible classique sont très recherchées par la bourgeoisie) même et surtout quand elles sont dans des écoles publiques. Il y a sûrement encore plein de perversités à découvrir. C'est tout bénéf. On est trié et on ne paie pas. Comme être riche et le rester sur le dos de l'Etat qu'on accable par ailleurs. Résultats des courses, les plus démunis qui ne connaissent pas ou pas assez ces systèmes restent et resteront entre eux. On assiste et on assistera à l'augmentation des zones ghettos de non droits où restera un service publique mais de moindre qualité. Comme ça on saura bien qui est qui et où. Et les plus pauvres se boufferont entre eux en attaquant ce qui leur restera du service publique et tout le monde sera .....
Ceux qui ont travaillé en REP connaissent bien tout ça. Ils savaient depuis longtemps que ça devait péter. Ca pétait déjà mais on ne le disait pas toujours. La seule question c'était : " quand ? "
Chantal

"Trente services sociaux ne sont pas une garantie pour l'emploi"

Banlieues : l'avis de deux travailleurs d'une maison de jeunes de Molenbeek (Belgique)

Alors que les banlieues françaises flambaient, la situation est restée relativement calme chez nous. Un entretien avec Touria Aziz et Dirk De Block, qui travaillent tous deux à /Centrum West/, une maison de jeunes de Molenbeek.
/Thomas Blommaert/
/23-11-2005/

Il fait un froid de canard quand nous quittons le métro à Ribaucourt, à un jet de pierre de la maison des jeunes de Molenbeek. Dans nos têtes résonne la fameuse petite phrase du film /La Haine/, imposée ces
dernières semaines comme le cri de toute une génération: /"La société française est comparable à un homme qui tombe d'un gratte-ciel et qui, à chaque étage, dit: jusqu'ici, ça va. Mais le plus important, ce n'est pas la chute, mais l'atterrissage."/
Bien que, ces dernières semaines, il ait fait relativement calme chez nous, nous nous sommes demandé: si la société française est un gratte-ciel, qu'en est-il de la société belge? Et comment se comporte en
gros Molenbeek, qui traîne derrière elle une réputation de coin à problèmes?

*Touria Aziz. *Géographiquement, il y a certainement une différence. Les banlieues se trouvent à des dizaines de kilomètres du centre de Paris, alors que Molenbeek est tout près du centre de Bruxelles. Pourtant, la problématique sociale et économique est plus ou moins la même. À Paris, 40 % des jeunes sont sans travail, c'est comparable au bas de Molenbeek /[le haut de Molenbeek est un peu plus chic]/. Et, tout comme en France, des tas de jeunes ici décrochent très tôt de l'école. Autres similitudes: le nombre limité d'habitant d'origine belge ou le très mauvais état de l'habitat.

*Notre gouvernement dit que des situations à la française sont impossibles en Belgique. Le réseau social serait plus important ici. *

* Dirk De Block. *Méfions-nous de ce genre de propos. Un réseau social peut retarder une explosion, pas l'empêcher. Car ce n'est pas parce qu'on dispose de trente services sociaux qu'il y a plus d'emploi. Et ce
n'est pas parce qu'il y a dix centres qui s'occupent d'accompagnement des devoirs scolaires que l'enseignement fonctionne.
N'avoir pas de travail, en soi, ce n'est pas une situation sans perspective. Etre pauvre non plus, en soi. Mais s'il naît chez les jeunes une conscience collective du fait qu'au bout de trente ans, ils ne voient toujours pas le moindre progrès pour leur communauté, alors, là, vous obtenez une situation sans perspective. A la longue, on crée des cas dans lesquels les jeunes ne saisissent même plus les rares chances qui leur sont proposées. Tout simplement, parce qu'ils n'y croient plus. C'est également la différence, je pense, avec les nouveaux venus en Belgique, qui croient encore qu'ils vont pouvoir s'en sortir ici..

*La frustration qui ronge les jeunes de Paris est-elle présente ici aussi? *

* Touria Aziz. *Tout à fait. Récemment, notre maison de jeunes a organisé un débat sur les événements dans les banlieues françaises. C'est avec surprise que j'ai découvert des avis assez nuancés, chez les
jeunes. La plupart condamnent les incendies de voitures. Mais tous comprennent plus ou moins bien les frustrations à la base des émeutes..

*Bien des gens ont surtout eu peur du caractère violent des événements. Pourquoi les jeunes ne réagissent-ils pas autrement? *

* Touria Aziz. *Concevoir la frustration de ces jeunes est presque impossible. Même les travailleurs ou les chômeurs belges sont dans une réalité absolument différente.

* Dirk De Block. *Cette façon d'agir est un signe d'impuissance. Si nous ne faisons pas du grabuge, rien ne bouge, pensent-ils. Cette idée s'est développée au fil des années. Ils ne connaissent pas d'autre façon non plus de peser sur la politique. Les gars de la maison de jeunes disent: "Le politique est conscient de notre existence une fois tous les dix ans, et c'est quand ça flambe."* *

*Touria Aziz. */[elle opine] /Généralement aussi, c'est après des émeutes que les pouvoirs publics lâchent des sous. Nous l'avons également remarqué après les événements de Cureghem /[Anderlecht] /en 1997.

*C'est presque un plaidoyer pour les émeutes, non? *

* Dirk De Block. *Non, c'est tout simplement une constatation: trois jours de grabuge ont rapporté plus de moyens publics que vingt ans d'un travail patient dans le secteur social.

* Touria Aziz. *Le terreau qui a abouti aux émeutes de Cureghem n'a d'ailleurs jamais disparu. Par la suite, les hommes politiques ont fait quelques petits gestes. Ils ont investi dans la qualité de la vie, la
présence du secteur social s'est un tantinet étoffée, on s'est occupé de réaménager de belles placettes, etc. Mais, comme le disent nos jeunes: ce n'est pas avec du béton qu'on va changer les choses.

*Pourquoi ces jeunes ne vont-ils pas frapper à la porte des hommes politiques? A Paris, certains jeunes incendient les voitures de leurs voisins, qui connaissent pourtant la même situation sans perspective. *

* Dirk De Block. *Il y a non seulement, parmi les jeunes, un manque d'organisation, mais aussi de conscientisation. Ils ne se rendent pas compte de qui sont leurs amis ou leurs ennemis. En soi, ce n'est pas une donnée nouvelle. Il y a cent ans, quand les travailleurs belges se sont retrouvés dans la même situation, il y a également des actions très contre-productives. Depuis la destruction de machines jusqu'aux bagarres entre eux. Ce n'est que lorsque le syndicat a commencé à peser structurellement sur le mouvement ouvrier que ces situations explosives ont disparu.
A vrai dire, nous devrions avoir un syndicat des quartiers, car il n'y a aucune organisation défendant les intérêts des habitants des quartiers en tant que groupe. Il y a bien un secteur social. Mais il est morcelé en des milliers d'asbl différentes et, en outre, il dépend des subsides des pouvoirs publics.


*"Ce sont /nos/ jeunes" *

*Dirk De Block.* Les médias semblaient attendre des émeutes à Molenbeek? Ah! Ca fait longtemps déjà que ce quartier a mauvaise réputation, bien avant même qu'il y ait des Marocains. Il y a cent ans, ce sont les Flamands qui ont été les premiers migrants ici. Sales types, gros baiseurs, fouteurs de m: tous ces noms d'oiseaux montrent bien qu'on ne les aimait guère. Le mépris était tel que le pont reliant le bas de Molenbeek au centre de Bruxelles se levait quand les échauffourées éclataient. Mais, à vrai dire, il ne faut pas remonter su loin dans le passé. L'un de mes prédécesseurs à la maison des jeunes m'a raconté comment ça se passait, ici, il y a trente ans, quand les jeunes étaient tous des Belges d'origine : bagarres, problèmes scolaires, alcoolisme et, dans son cas, pneus crevés et vitres éclatées. Cela au moins, ça n'arrive pas avec les hôtes actuels de la maison des jeunes.
Les problèmes sont restés, mais la couleur de la peau du groupe qui les subit a changé. Nous devons donc bien nous rendre compte que les problèmes des jeunes sont aussi les problèmes de notre société et que ces jeunes, eux aussi, sont des fils et filles de travailleurs.

Vous pouvez réagir à cette interview sur redaction@solidaire.org
<mailto:redaction@solidaire.org> et vous trouverez par ailleurs l'interview complète sur www.solidaire.org /


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MATIERES A RELEXION

LA VIOLENCE ET SES LIMITES

"Avec vos pétitions, manifestations et banderoles vous avez bonne mine, nous autres avec quelques nuits d'émeutes on a tout de suite obtenu quelque chose !...".

C'est à peu près le seul message "politique" qu'ont voulu faire passer en clair les quelques jeunes des banlieues qui se sont exprimés sur les dernières "violences urbaines". Quelle/s leçon/s devons-nous en tirer?

LA VIOLENCE PAIE-T-ELLE?

On peut légitimement se poser la question et ce indépendamment de toute considération morale que l'on peut émettre à propos de cette violence.

Il est exact que les demandes réitérées des jeunes, des éducateurs, des associations, de toutes celles et tous ceux qui avaient/ont conscience de ce qui se passe dans les cités sont restées sans réponse et il est non moins exact que pour mettre fin aux violences, en plus des mesures répressives, un effort"social" quoique dérisoire, pour ne pas dire simplement financier, a été fait en direction des banlieues. Cet effort aurait-il été fait en l'absence de violence? On peut en douter. Alors?

Alors il est exact que de brûler, casser, "passer à la télé" ça fait bouger les gouvernants. La question qui demeure c'est tout de même "qu'obtient on?"

Quelle est la rançon de la violence?

Si les mesures prises en faveur des banlieues l'ont été sous la contrainte, ce qui est le cas, il est bien évident qu'elles sont purement circonstancielles, autrement dit, ne faisant pas partie d'un plan politique, elles seront remises en question à la première occasion, sinon sur le long terme. Elles n'ont qu'un seul objectif: rétablir le calme.

On peut raisonner en disant "C'est toujours ça de pris!". C'est vrai, mais c'est aussi faire preuve d'une relative courte vue.

On peut aussi raisonner en disant "Plus on fait de dégâts, plus on obtient". Là on fait un raisonnement faux. Il n‚y a pas proportionnalité entre l'intensité de l'action et ses résultats, et ce pour deux raisons:
- l'Etat est obligé (politiquement) d'imposer des limites à l'"insurrection" en particulier lorsqu'elle, volontairement ou non, déstabilise ou risque de déstabiliser le système, ou touche des intérêts vitaux et /ou politiques,

- le désaveu dans la population l'emporte sur la compréhension. L'effet entraînement, en l'absence de projet politique, ne jouant pas /plus.

Dans les deux cas la répression s'abat sans que l'on n'obtienne rien, pas même le soutien de la majorité de la population.

Tout compte fait, au sens propre comme au sens figuré, la violence paie peu. C'est cher payer pour les contestataires, pour des mesures conjoncturelles, probablement éphémères qui sur le fond ne changeront rien à la situation.

UNE VIOLENCE CONTENUE

Ne nous faisons pas d'illusions, tous les Etats se sont prémunis contre le danger insurrectionnel. Ils ont mis au point toute une panoplie de moyens de plus en plus sophistiqués et efficaces:
- sur le plan militaire: les forces de répression sont nombreuses et bien équipées, quadrillent le pays, écoutent, fichent. Même l'armée est aujourd'hui uniquement formée de mercenaires. Finie la possibilité de noyauter, retourner une armée de citoyens.
- sur le plan juridique: un arsenal dissuasif pouvant aller jusqu‚au couvre feu partiel ou total
- sur le plan politique: le système électoral qui donne l'illusion du fonctionnement démocratique en jouant habilement de l'alternance et en faisant jouer l'épouvantail au FN. En cas de troubles graves, recours aux élections avec" remise des pendules à l'heure", on nous a déjà fait le coup.
- sur le plan idéologique: servie par des médias bien contrôlés par l'Etat et les puissances financières, la pensée unique structure les cerveaux, oriente les réflexions, suggère les réactions, manipule les sondages, crée les craintes "salutaires", indique les "bons choix".

Une telle organisation n'est pas nouvelle, elle a été éprouvée à toutes les époques de l'Histoire avec des variantes et bien sûr des moyens différents.

Il nous faut partir du principe que dans un affrontement direct, force restera au système. D'ailleurs un mouvement insurrectionnel, même parfaitement organisé, même avec des objectifs clairs, n'est pas forcément gage de succès, du moins sur le plan historique, l'exemple de la Révolution russe est là pour nous le rappeler.

AU DELA DE LA FASCINATION DE LA VIOLENCE

Le spectacle de la violence fascine, c'est bien connu et fait dire, et faire, souvent n'importe quoi, fait prendre la réalité pour ses désirs. La violence d'une révolte peut n'avoir rien à voir avec une stratégie de changement social, la preuve. Cela dit la violence de la révolte a un sens qu'il est nécessaire de décrypter. Exercice difficile car on est toujours tenté de faire dire à l'évènement observé, ce que l'on souhaiterait qu'il dise, souvent plus que ce qu'il signifie réellement. Il peut y avoir un total décalage entre la violence de la révolte et les conditions nécessaires au changement. Croire que, parce qu'une révolte commence, révolte qui peut prendre différentes formes ("violences urbaines", grève générale …), le processus de changement est engagé, c'est s'exposer à de graves déboires et à une grande déception.

Il est regrettable, et somme toute symptomatique, que certains de celles et ceux qui dénoncent, à juste titre, le spectacle de la société marchand, tombent dans le piège du spectacle de la violence … Le processus est identique même si l'objet est différent ... Attitude à méditer …

Ce qui fait le succès d'un processus de changement, ce n'est pas l'acte final, qui peut être ou non violent, pas même la répétition systématique de révoltes violentes, c'est tout ce qui précède, la mise en place de nouveaux rapports sociaux, et qui fonde le nouveau système. Or, nous n'avons comme vision de l'Histoire, à l'image de l'actualité dans les médias, que ce qui marque, ce qui est clinquant et spectaculaire. Cette vision nous donne une fausse impression de ce qu'est réellement la dynamique de l'Histoire. N'en rester qu'à cette vision superficielle nous condamne à reproduire le spectacle de ce qu'est véritablement notre impuissance, et la violence peut être alors le surdéterminant qui nous permet de nous maintenir dans l'illusion de l'efficacité.

La stratégie du changement s'élabore à partir d'un autre champ, celui de la praxis, celui qui substitue une alternative concrète, viable et donc crédible aux rapports sociaux qui ont fait leur temps.(voir l'article "TRANSITION")

L'expérience de la révolte est à double tranchant. L'impossibilité, de dépasser le cadre trompeur de son image empêche d'en saisir sa véritable signification. C'est cette incapacité qui donne à la violence un sens qu'elle n'a pas. C'est cette incapacité qui fait la différence entre révolte et véritable changement social.
Patrick MIGNARD

Voir également l'article: "VIOLENCE ET CHANGEMENT SOCIAL"

 

Matière à réflexion

QUAND DELINQUANCE RIME AVEC DECADENCE


"Violences urbaines", incivisme, vandalisme, des termes qui ne constituent plus des entrefilets dans l'actualité mais qui de plus en plus la structurent.

Une société décadente est une société qui n'arrive plus à assumer ses contradictions, à assurer la "paix sociale", c'est-à-dire assurer le maintien et la stabilité du rapport social dominant (ici le salariat) avec ses propres moyens, une société qui n'a plus comme recours que la violence pour gérer ses contradictions.

Ces évènements qui choquent par leur violence et la gratuité des actes, sont le fait d'individus qui ont perdu tous repères, qui n'ont plus aucune référence sociale, exclus du tissu social ils s'en prennent à tous les symboles même les plus respectables de notre société comme la violence contre les pompiers. Ce ne sont pas eux qui sont décadents mais le système qui est capable de les engendrer.

LE PROBLEME ET SA SOLUTION

Comment avoir la prétention de trouver une solution à ce problème alors qu'on ne sait pas, ou plutôt, on ne veut pas le poser correctement. Car de quoi s'agit-il?

A moins d'affirmer que les "bandes des banlieues" sont des délinquants-nés, ce que l'extrême droite appelle les "bandes ethniques" et que donc la solution est leur élimination au sens physique du terme, la seule autre explication c'est que ce phénomène, qui prend de l'ampleur, est d'origine sociale.

L'exclusion massive de salariés du "bas de l'échelle sociale", combinée avec des relents de racisme de l'époque coloniale a jeté aux marges de notre société toute une population exclue du lien social fondé sur le salariat, d'ailleurs le seul lien que le système marchand puisse créer.

Les cités autrefois ouvrières se sont transformées en "ghettos sans espoir" regroupant une population consciente d'être parquée, exclue, à la recherche d'une stabilité sociale que le système marchand lui refuse. (voir l'article "DROGUE, ECONOMIE SOUTERRAINE ET SOCIETE PARALLELE")

On a beaucoup critiqué et l'on critique beaucoup, et je pense à juste titre, les conceptions "communautaristes" des pays anglo-saxons, au nom d'une conception de la citoyenneté issue des Lumières. Soit! Mais le problème c'est que cette intégration citoyenne n'a pas marché pour ces populations. Pourquoi?

La réponse facile serait de dire, et beaucoup ne se gênent pas pour l'affirmer: "Elles n'ont pas voulu s'intégrer". Ceci est absolument faux.

Dès le début, dans les années soixante, les immigrés, que nous avions besoin pour nos usines, ont été traités comme du bétail … J'exagère? Souvenez vous: bidonvilles, marchands de sommeil, ratonnades … et, ce qui n'a rien arrangé, en pleine guerre d‚Algérie … puis, ce qui a aggravé la situation, l'ouverture vers la mondialisation Jusqu'aux Harkis qui ont été, et sont, victimes de la même discrimination …

Le système marchand a considéré ces êtres de la même manière qu'il traite tout individu, de manière utilitaire … Or là, à la différence des salariés nationaux marginalisés, il s'agissait d'une population fragilisée, coupée de ses racines, d'une culture très différente de la nôtre, qui aurait eu un besoin urgent et spécifique d'aide à l'intégration … C'est tout le contraire qui a été fait … et l'on s'étonne qu'à la troisième/quatrième génération la rupture ait lieu … Ce qui est étonnant c'est qu'elle ne se soit pas produite plus tôt.

Nous vivons aujourd'hui, au niveau national, avec les violences urbaines, les conséquences du fonctionnement de ce système aggravées par des politiques irresponsables et démagogiques.

Le repliement communautaire de ces populations ne s'explique certainement pas par leurs volontés de recréer, à priori, une communauté: aucun texte, aucune déclaration, aucun discours, aucun mouvement constitué ne l'atteste, mais par l'incapacité du système marchand de faire fonctionner la citoyenneté. Le système politique de démocratie marchande a été incapable, et est incapable de faire fonctionner l'intégration, d'où le développement rampant du communautarisme qui est un moyen de recréer un lien social refusé par le système lui même. (voir l'article "LA MARCHANDISE CONTRE LA CITOYENNETE").

Ce que nous analysons comme une intention, la tendance communautariste, n'est en fait que la conséquence du fonctionnement du marché (exclusion d'une bonne partie de cette population du rapport salarial), aggravé de l'échec de l'intégration (ségrégation raciale qui ne dit pas son nom).

Il est bien évident qu'aucune force politique, aucun parti politique, aucun homme politique n'est capable, n'a le courage d'assumer une telle faillite … ces hommes clairvoyants et responsables préfèrent en jeter la responsabilité sur les "sauvageons" (la Gauche), les "bandes ethniques", (l'extrême droite), la " racaille à nettoyer au karcher" (la Droite) … chacun appréciera les nuances …

Nous sommes aujourd'hui entrain de payer non seulement les conséquences du fonctionnement du système marchand, mais aussi l'incompétence des politiciens que nous reconduisons systématiquement au pouvoir.

Pris à la gorge par un problème qu'il ne veut pas voir, l'Etat ne peut plus agir qu'avec ce qu'il connaît le mieux, qui demande le moins de réflexion, qui peut plaire aux citoyens excédés et qui est payant électoralement, la répression.

MAIS QUE FAIT LA POLICE?

Justement, parlons en.

L'accumulation de forces de police ne peut évidemment pas résoudre le problème, au contraire, sa présence est un puissant excitant pour des individus qui désormais exècrent tout ce qui peut représenter un ordre qui les exclut.

La police ne peut agir que sur les conséquences, la délinquance, pas sur les causes de celle-ci. N'oublions jamais que la police n'est que le bras armé du pouvoir, or le pouvoir, l'Etat n'a pas pour vocation de remettre en question le fondement du système dont il est le garant. C'est donc tout logiquement qu'il intervient avec le seul moyen qui lui reste: la force. Ceci est vrai dans ce cas, mais ceci est aussi vrai dans de nombreux conflits sociaux aujourd'hui, du fait du rétrécissement de ses marges de manœuvres.(voir l'article "NEGOCIER, MAIS NEGOCIER QUOI?")

La différence avec les autres conflits c'est que, dans les violences urbaines, il n'y a pas à proprement parler de revendications précises telles qu'on les connaît dans les autres conflits, d'où l'apparence du caractère "gratuit" des actes de vandalisme, ce qui bien entendu motive encore plus le pouvoir pour utiliser la force, et avec l'approbation du plus grand nombre qui ne "comprend pas" de telles attitudes d'incivisme … l'impasse sociale est totale.

Dans ce contexte c'est donc le fait policier qui l'emporte sur le fait social. Les conditions de l'intervention policière occultent le vrai problème qui est à l'origine de la situation.

La question n'est plus de savoir "comment en est-on arrivé à cette situation?", mais "que s'est-il passé lors de l'intervention policière?". La discussion, la réflexion, si j'ose dire, glissent sur le terrain de l'anecdote, de la désinformation, quand ce n'est pas de la propagande et de l'exploitation politicienne. Les protagonistes racontent chacun leur histoire, ont leur version dans laquelle ils sont innocents et victimes, se renvoient la responsabilité … ce qui se termine dans les méandres des polémiques politiciennes, des procédures administratives, voire judiciaires ... jusqu'à la prochaine fois. Car il est bien évident qu'il y aura une/des "prochaines fois" … tout simplement parce que rien n'est réglé et que la situation qui a engendré l'évènement perdure.

Le phénomène de violence que la France connaît sur le plan intérieur est en fait un des aspects, le volet local, des conséquences de la mondialisation marchande. L'instrumentalisation des individus, le pillage des richesses naturelles à travers toute la planète, le développement inégalitaire, autrement dit le développement économique fait en dépit des valeurs humanistes, atteint aujourd'hui les limites du tolérable pour les riches, du supportable pour les pauvres. Le déploiement de force dans les cités n'a d'égal que l'érection d'une muraille protectrice autour de l'Europe et/ou des Etats Unis pour contenir la pauvreté. Il est temps d'en prendre conscience.

Patrick MIGNARD

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Venise : le consulat français occupé.

Un groupe de cinquante personnes a occupé les bureaux du consulat de France sur le campo de Santa Maria Formosa à Venise, pour protester contre la loi spéciale approuvée en France, qui impose le couvre-feu, et contre les déportations des protagonistes des affrontements dans les banlieues françaises. Ils ont exposé des banderoles de protestation contre le Premier Ministre français "un des principaux responsables" - ont dit les Désobéissants - de ce qui s'est passé ces derniers jours en France :"Amnistie pour les délits sociaux" et "Sarkozy casse toi!" était écrit sur les banderoles. A travers la responsable du consulat français vénitien a été contacté le consul de l'Ambassade française de Milan pour faire parvenir au Ministre Sarkozy les demandes des occupants: l'amnistie pour les jeunes arrêtés et inculpés depuis le début des révoltes en France et la fin des mesures répressives que le gouvernement français a adopté.

L'appel que les occupants adressent aux réseaux du mouvement est de construire des initiatives dans toute l'Europe. A 13 heures, les occupants ont décidé de quitter le Consulat, après avoir réussi à utiliser ses moyens de communication pour à envoyer l'appel avec les demandes à tous les organes de presse et institutionnels français, ont-ils expliqué

L'Appel des occupants

L'insurrection des jeunes des banlieues en France montre avec évidence qu'en Europe aujourd'hui on a passe les bornes. Les conditions de vie de milliers de personnes, en particulier des migrants de première, deuxième et troisième génération sont desormais intolérables; cela ne représente que la cime d'un iceberg, cette malaise qui se généralise et menace notre vie de plus en plus précaire.
La révolte, parfois, se révèle comme l'unique moyen pour se défendre de la violence que L'Etat exerce au quotidien sur la multitude des précaires. Pour cela, nous pensons que les mesures draconiennes que l'Etat français vient d'appliquer dans ces derniers jours ne soient que la réaction effrayée d'une classe politique désormais aliénée de la vie réelle des citoyens qu'elle prétend de représenter et de la société.
Mais la société dans son ensemble a démontré sa maturité et sa capacité d'autonomie et d'autogestion.
Les jeunes 'banlieusards' ont défendu la société contre l'Etat.
Nous, précaires d'Europe lançons un appel pour que des actions, des occupations et des initiatives soient organisées afin de ne pas lâcher la pression sur les institutions qui représentent le gouvernement français à l'étranger.
Nous demandons :
- la suppression immédiate de l'état d'urgence en France
- une amnistie générale pour tous ceux et celles qui ont lutté et luttent pour défendre leur dignité et la justice sociale
- la suspension de toutes les expulsions indiscriminées des citoyens, avec ou sans permis de séjour.
Enfin, nous soutenons les démissions du ministre français Sarkozy, raciste et xénophobe au pouvoir, puisque son œuvre de provocation est intolérable.

Consulat de France occupé
Venise, 18/11/05

Dit au cœur de la banlieue

Publié mardi 15 novembre 2005 sur le site http://rebellyon.info

Minguettes, novembre 2005
La violence d'une partie de la jeunesse des banlieues est légitime, nécessaire et saine. Cette violence est légitime parce qu'elle est à la mesure de la somme inouïe des violences sociales subies par cette jeunesse, génération après génération, depuis 30 ans.
Cette violence est à la mesure du refus d'entendre cette voix par tous ceux à qui elle était adressée. Pendant des dizaines d'années il y a eu une volonté systématique d'étouffer, de déformer l'expression pacifique qui n'a jamais cessé de se manifester.
Cette violence aujourd'hui n'est ni gratuite, ni insignifiante, ni délinquante.
Elle dit des choses essentielles aujourd'hui pour la vie des populations des quartiers d'habitat populaire et à partir de là pour la société toute entière.
C'était le seul recours pour se faire entendre. C'est la violence des oubliés qui se manifestent avec rage parce que en face on veut les oublier et les faire taire .
Cette violence est saine parce qu'elle ne vise pas à maintenir l'injustice et le désordre social ; elle n'est pas le fait d'une minorité privilégiée qui veut préserver ses privilèges. Au delà des apparences trompeuses, cette jeunesse qui se manifeste depuis quelques jours, est en lutte contre l'injustice fondamentale de cette société.
Elle exprime un immense désir de vivre dignement, autrement que dans l'absence d'avenir.
Cette jeunesse des quartiers populaires est courageuse, révoltée et très désespérée.
Le temps est venu de dire cela publiquement, à haute voix, avec courage si on veut réellement prendre la mesure de la situation et être à la hauteur de ce qui se passe dans les banlieues.
Voilà ce qu'il faut affirmer aujourd'hui, sans préalable et sans se laisser intimider, si on veut être entendu par ces jeunes qui se sont révoltés parce qu'il n'avait pas d'autre issue pour faire entendre leur désespoir et leurs espoirs.
Il faut oser affirmer cela parce que la révolte spontanée et pourtant si ample de ces jeunes est un signe pour la population des quartiers : le temps de subir, de se faire insulter, de se laisser diviser est passé. Quelque chose commence qui s'appelle l'espoir et nous le devons à ces jeunes sans espoir.
Nous connaissons bien tous ces responsables qui parlent soudain de paix, qui appellent à la fin des violences et au retour à l'ordre. Pendant des années, pour des raisons électorales, ils ont fait de la surenchère dans le sécuritaire ; ils ont jeté de l'huile sur le feu pour dresser les habitants des quartiers, attisant les conflits, profitant de toutes les occasions pour propager l'intolérance, salir les richesses de nos cultures diverses, de nos valeurs.
Nous n'appellerons pas au calme avec eux parce que les quartiers connaissent bien ce calme de l'abandon, du découragement, de la mise à l'écart.
Nous ne dirons pas un seul mot pour appeler au calme .
Parce que ce calme que nous voulons ne peut être que celui que la population des quartiers obtiendra en mettant fin aux violences policières provocatrices. Le calme que nous voulons ne peut naître que du débat incessant et intense - une prise de parole directe, vivante - comme savent le faire ceux qui en sont privés. Le calme que nous voulons avec tous les habitants des quartiers ne sera pas le calme de la soumission.
La répression policière, la justice d'exception et le quadrillage n'a jamais rien rien réglé, ni ici, ni ailleurs.
Le calme que nous voulons ne reviendra que lorsque la population des quartiers si semblable dans la souffrance, dans le courage, dans la ténacité et dans la générosité, mais aussi si diverse, si multiple et si contradictoire, fera taire elle-même le discours de haine et de division que tiennent tous ceux qui veulent nous maintenir dans l'impuissance à changer ce monde pour nous et nos enfants.
Qu'ils soient de droite ou de gauche, nous les connaissons bien ceux qui nous insultent dans leurs mairies ou dans leurs ministères en disant que nous sommes des assistés, un poids mort, et qu'il faut nous répartir un peu partout comme un rebut dangereux ; ceux qui accusent les familles qui ont si peu, quand eux-mêmes s'accordent tout et s'excusent tout ; ceux qui commencent à raser nos quartiers pour ne plus nous entendre, pour ne plus nous voir, si près de leur petit monde égoïste et peureux ; ceux qui aujourd'hui s'indignent de la violence des jeunes alors que eux-mêmes se sont tus et ont été complices des violences policières, des humiliations et même de la mort de jeunes pendant des années.
La population des quartiers n'attend plus rien depuis longtemps de tous ceux là et leurs petites disputes complices sont dérisoires. Il est à craindre que le retour à ce qu'ils appellent l'ordre républicain ne soit le retour à leurs vieux discours avec en prime la haine suscitée par la peur.
Peu importe.
A partir de maintenant dans nos quartiers doit se manifester une parole publique organisée, se développer le dialogue entre tous et sur tout, pour faire entendre nos besoins, nos projets dans tous les domaines.
Personne ne doit plus décider pour nous, sans nous, contre nous sans courir le risque de nous retrouver en face.
La politique de rénovation urbaine et le prétexte de la mixité sociale, présentées maintenant comme des remèdes miracle sont au contraire les éléments qui préparent tôt ou tard de nouvelles explosions.
Mais depuis quelques jours la banlieue a cessé d'être un enjeu pour les "autres" ou un prétexte à gesticulations électorales ; elle est devenue un acteur. Et nous le devons à cette révolte.

Michel Ganozzi

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