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Essayer
d'aborder la question des banlieues dans sa complexité.
Dénouer
les fils de l'action (ou de l'inaction) gouvernementale, la pièce
de théâtre que l'on nous joue étant mise en scène
essentiellement en fonction de 2007.
Dénoncer
l'attitude du parti socialiste, au lourd passif (limites de sa politique
de la ville, absence d'une véritable politique de gauche et surenchère
sécuritaire), à l'abandon à la fatalité et
aux objectifs tout autant politiciens.
Mais
surtout tenter de comprendre le malaise des banlieues et de ses jeunes,
que nous accompagnons dans nos classes en éduquant au vivre ensemble,
tout en essayant de donner du sens aux apprentissages. Pour cela, l'avis
de sociologues, de journalistes et de quelques politiques éclairés
est fort utile.
Agir
? Réagir d'abord à la " farce tragique " au côté
des associations, syndicats et partis. Nous exprimer nombreux avec l'éclairage
de notre spécificité d'enseignants.
Communiquer
pour aider les citoyens (dont nous faisons partie) à analyser la
situation et à se situer politiquement sans sombrer dans les dangereuses
simplifications sécuritaires ni dans les réductions faciles
de certains courants d'extrême gauche.
Et continuer
notre tâche sur le long terme en sachant que l'école ne pourra
pas changer les choses à elle toute seule, mais que sans elle il
n'y aura pas non plus de lendemains qui chantent.
Sommaire
REVUE DE PRESSE
- Regroupement familial
et polygamie au banc des accusés
- Un maire UMP suspend
les aides sociales aux familles des fauteurs de troubles
- Financièrement,
les villes riches d'Ile-de-France sont de moins en moins solidaires
des communes pauvres
- Coup de pouce financier
européen pour surmonter la crise
- Dans le Nord, au
tribunal, des émeutiers loin des clichés
- Pas méchant,
mais influençable
- Le collectif "
Devoirs de mémoires " demande un débat public sur
les violences policières
- Banlieues : la
provocation coloniale
- "Quand tu
es de la cité, on regarde pas ton CV"
- La Halde entre
médiation et sanction
- Les Britanniques
décomplexés sur les origines
- Partir pour réussir,
le dilemme des habitants des cités A Lyon, entreprises et chômeurs
des quartiers difficiles entrent en contact
- "L'Etat a
aidé les territoires, il faut promouvoir les individus"
- A gauche, un début
de mobilisation
- Les élus
PS hurlent au loup
- Les délinquants
"supposés": 2 témoignages sur le racisme ordinaire
- Une société
bloquée
- Plusieurs associations
critiquent la prolongation de l'état d'urgence
CHATS
- avec Agnès
Herzog, vice-présidente du Syndicat de la magistrature
- Avec Christophe
Nick, journaliste et auteur des documentaires " Chroniques de la
violence ordinaire "
- Avec Yazid Sabeg,
auteur d'un rapport sur l'intégration
COMMUNIQUES
- Contre la violence
sociale et la répression
- Communiqué
de SUD Education 69 34
TEMOIGNAGES
ET REACTIONS
- 2 mois fermes pour
avoir montré son cul au CRS : Chronique ordinaire des comparutions
immédiates
- L'apprentissage
ou les apprentissages ?
- Quel avenir pour
la politique de la Vile ?
- La France d'en
bas ....
- Ne laissons pas
punir les pauvres
Pour un soutien aux émeutiers inculpés
- Matin brun
- ECHANGES UDAS
- ETAT D'URGENCE
- Intervention de
Alima Boumediene-Thiery, Sénatrice Verte
PREVENTION
?
- RAPPORT PRELIMINAIRE
DE LA COMMISSION PREVENTION DU GROUPE D'ETUDES PARLEMENTAIRE SUR LA
SECURITE INTERIEURE
REVUE DE PRESSE
Regroupement
familial et polygamie au banc des accusés
Patrick Roger et Laetitia Van Eeckhout
Le Monde, 18 novembre 2005
Le gouvernement et sa majorité n'ont pas tardé à
trouver une explication à la flambée de violence de ces
dernières semaines : l'"insuffisante maîtrise des
flux migratoires". Le thème est désormais placé
au premier rang des "préoccupations" nécessitant
une réponse législative rapide, deux ans après
la loi du 26 novembre 2003 sur la maîtrise de l'immigration, présentée
par Nicolas Sarkozy, qui avait sensiblement durci les conditions d'entrée
et de séjour des étrangers.
"L'intégration
et l'assimilation sont mises en difficulté par un volume d'immigration
qui va au-delà des capacités d'absorption, estime le président
du groupe UMP de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer. Si on
veut intégrer, il faut ralentir significativement les flux d'immigration."
Deux causes sont rendues responsables de l'"arrivée massive"
de nouveaux immigrants : le regroupement familial et la polygamie. Un
lien qui ne fait aucun doute pour M. Accoyer : "Parmi les mineurs
impliqués dans les délits, il y a une surreprésentation
d'enfants issus de familles polygames", souligne le député
de Haute-Savoie.
Ainsi la proposition
de loi relative à la "lutte contre la polygamie" déposée
le 8 juin 2004 par Chantal Brunel (UMP, Seine-et-Marne) - qui depuis
n'avait fait l'objet d'aucun examen - connaît-elle un subit regain
d'intérêt : la commission des lois de l'Assemblée
nationale pourrait rapidement s'en saisir. "Les violences ont eu
cet avantage que l'on ose à présent parler de certains
problèmes jusque-là tabous, se félicite Mme Brunel.
On va enfin pouvoir se recentrer sur nos valeurs."
Depuis l'ordonnance
de 1945, il est interdit de faire venir en France plus d'une femme au
titre du regroupement familial. Le nombre de familles polygames, difficilement
chiffrable, est cependant estimé à 30 000 par des associations
militant contre cette pratique. "Il convient d'envisager des mesures
dissuasives complémentaires", estime Mme Brunel. Son texte
prévoit d'étendre les sanctions pénales s'appliquant
à l'aide au séjour irrégulier d'un étranger
en France (cinq ans d'emprisonnement et 30 000 euros d'amende) à
tout étranger faisant venir plus d'une épouse. Il propose
également la mise sous tutelle des prestations familiales en
cas de polygamie.
Le ministre de l'intérieur,
pour sa part, prépare pour le début 2006 un nouveau texte
sur l'immigration, qui pourrait intégrer tout ou partie de ces
dispositions. L'idée de légiférer sur le regroupement
familial, dont M. Sarkozy estime qu'il constitue "une nouvelle
filière d'immigration", est d'ores et déjà
acquise. Jacques Chirac, dans sa déclaration solennelle du 14
novembre, en appelait à "être strict dans l'application
des règles du regroupement familial". Le ministre de l'intérieur
envisage, lui, de rendre ces règles plus contraignantes. Ainsi
les critères d'admission exigés, en termes de ressources
et de logement d'accueil disponibles, seraient-ils réévalués
à la hausse.
M. Sarkozy souhaiterait
en outre ajouter "une condition d'intégration". Une
notion difficile à définir, mais qui a déjà
été introduite dans la loi de novembre 2003 sur l'immigration
pour l'obtention d'une carte de séjour de dix ans. Aujourd'hui,
l'obtention d'un tel titre est subordonnée à "l'intégration
républicaine de l'étranger dans la société
française", laquelle est "appréciée au
regard de sa connaissance de la langue française et des principes
qui régissent la République française". Les
maires pourraient se voir attribuer un rôle accru : "En matière
de regroupement familial, ceux-ci doivent déjà donner
un avis sur le logement. On pourrait envisager qu'ils le fassent également
sur la bonne intégration de l'étranger déposant
une demande", explique-t-on Place Beauvau.
M. Sarkozy entend
aussi durcir la législation sur les mariages mixtes et allonger
le délai pour l'acquisition, par le conjoint étranger,
de la nationalité française. Quatre ans de vie commune
- au lieu de deux actuellement - si les conjoints vivent en France,
et cinq ans - au lieu de trois - s'ils résident dans un autre
pays seraient ainsi requis. Selon le ministère de l'intérieur,
sur les 88 000 titres de séjour délivrés pour des
raisons familiales en 2004, 50 000 l'auraient été au titre
du conjoint, 25 000 au titre du regroupement familial proprement dit
(conjoint et enfants) et 25 000 à celui d'un lien personnel familial.
Depuis la fin des années 1970, l'immigration pour raison familiale
est la première cause de délivrance de titres de séjour.
En 2004, selon les statistiques que le gouvernement s'apprête
à présenter dans le cadre de son rapport annuel sur l'immigration,
alors que 11 000 étrangers ont obtenu une carte de séjour
pour des raisons professionnelles, ils sont 88 000 à s'être
installés en France au titre de l'immigration familiale, 103
000 en tenant compte des mineurs, non soumis à un titre de séjour.
Une telle réforme
est cependant délicate à mettre en oeuvre. Car le regroupement
familial répond au "droit qu'a toute personne, quelle que
soit sa nationalité, de mener une vie familiale normale".
Un droit considéré comme inaliénable par l'article
8 de la convention européenne des droits de l'homme.
Un maire UMP suspend
les aides sociales aux familles des fauteurs de troubles
Le Monde, mardi 15 novembre 2005
Le député-maire
UMP de Draveil (Essonne), Georges Tron, a annoncé, lundi 14 novembre,
la suspension "immédiate" dans sa commune des aides
sociales aux familles des fauteurs de troubles. Le ministre délégué
à la famille, Philippe Bas, a, pour sa part, indiqué qu'une
loi prévoyant une suspension des allocations familiales pour
les parents qui n'exercent pas correctement leur fonction parentale
était en cours "d'évaluation".
M. Tron "a donné instruction aux services sociaux de sa
mairie de suspendre immédiatement (pour une durée "d'un
à trois mois") la distribution des aides du centre communal
d'action sociale pour toutes les familles dont un membre aura été
à l'origine d'un acte de violence ou d'une dégradation
sur un bien public et privé", indique le communiqué
du député-maire.
Il précise
que ces aides sont "l'aide alimentaire, le complément EDF,
l'aide au secours d'urgence (un ou deux loyers), aide à la cantine,
aide aux vacances pour les enfants, aide au financement de médicaments,
l'eau, l'énergie, le téléphone". Il s'agit
des aides "que la mairie elle-même attribue, sans aucune
obligation, aux habitants s'estimant en difficulté qui en font
la demande".
"PRENDRE CETTE DÉCISION AVEC DISCERNEMENT"
"Il y a eu
pour certains parents un véritable effondrement de l'autorité
parentale : c'est une chose absolument certaine", a déclaré
le ministre délégué à la famille, Philippe
Bas, interrogé sur une éventuelle suspension de ces allocations
pour des parents dont les enfant sont impliqués dans les violences
urbaines.
"Une nouvelle
loi a été adoptée en 2003 à l'initiative
de mon prédécesseur Christian Jacob : elle prévoit
que la justice peut prononcer des sanctions financières si les
enfants ne sont pas tenus, par exemple s'ils ne vont pas à l'école",
a rappelé M. Bas. "J'ai demandé au début de
l'été une évaluation de la mise en uvre de
cette loi et, à partir de cette évaluation, je verrai
si elle a donné satisfaction ou non", a-t-il ajouté.
"Aggraver la
situation d'une famille qui est déjà en lourde difficulté,
n'est pas une solution. Mais, en revanche, il y a aussi des cas où
l'on abuse des prestations familiales sans pour autant exercer la fonction
parentale, qui est la mission des parents à l'égard de
leurs enfants", a poursuivi M. Bas.
Selon lui, le fait
que la suspension des allocations relève "d'une décision
du juge nous permet de prendre cette décision avec discernement".
Le ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy, avait demandé,
mardi 8 novembre, aux députés, lors d'un débat
sur les banlieues, si les parents n'exerçant pas convenablement
leur autorité sur leurs enfants devaient "bénéficier
de toutes les allocations".
Financièrement, les villes riches d'Ile-de-France sont de moins
en moins solidaires des communes pauvres
B. J
Le Monde, 13 novembre 2005
L'embrasement des
banlieues a relancé le débat entre villes riches et villes
pauvres en Ile- de-France. "Si on ne veut pas que quatre personnes
soient mortes pour rien pendant ces violences, il faut que l'on s'attaque
enfin à l'accentuation des inégalités de richesse
entre nos communes", s'est exclamé, jeudi 10 novembre, Patrick
Braouezec, président de la communauté d'agglomération
de Plaine-Commune qui regroupe huit villes de Seine-Saint-Denis.
L'ancien maire (PCF)
de Saint-Denis venait pourtant d'apprendre une bonne nouvelle. Jean-Paul
Huchon, président (PS) de la région Ile-de-France, l'avait
convié - ainsi que tous les maires franciliens - à une
rencontre pour annoncer la création d'un fonds d'urgence de 20
millions d'euros. Financé par la région, il doit aider
à la reconstruction des bâtiments publics détruits
par les violences. Un effort assorti de 2 millions d'euros supplémentaires
pour dédommager les personnes dont la voiture a été
brûlée ou abîmée.
Ce geste de solidarité
a été salué par la centaine de maires présents,
gauche et droite confondues. Mais il n'a pas suffi à apaiser
la rancoeur de ceux qui, à la tête de leur commune, ont
le sentiment d'être chaque jour au bord du gouffre financier.
"Il est paradoxal que l'Ile-de-France, région parmi les
plus riches d'Europe, soit aussi celle où les écarts de
richesse entre les communes sont les plus flagrants", a poursuivi
M. Braouezec. "Cinq communes d'Ile-de-France sont parmi les plus
pauvres de France. La région compte aussi les intercommunalités
les moins bien dotées du pays", s'est désolé
François Pupponi, maire (PS) de Sarcelles (Val-d'Oise), tandis
que Xavier Lemoine, maire (UMP) de Montfermeil (Seine-Saint-Denis),
confiait, en marge de la réunion : "Sur la nécessité
d'une plus grande solidarité financière entre les communes,
je suis prêt à y aller au bazooka..."
"APARTHEID
SOCIAL"
Les élus
concernés sont d'autant plus alarmés qu'ils ont vu "fondre",
depuis 2003, les aides que les communes les plus riches sont censées
leur apporter. La plupart des 38 villes qui financent le fonds de solidarité
pour les communes de la région d'Ile-de-France (FSRIF) ont profité
de la réforme de la taxe professionnelle en 1999 et du changement
de calcul de l'évaluation de leur richesse pour cotiser de moins
en moins.
En 2005, Neuilly-sur-Seine
(Hauts-de-Seine) n'a versé au FSRIF que 3 millions d'euros contre
6 millions, les années passées. Puteaux (Hauts-de-Seine)
n'a consenti que 14 millions contre une vingtaine en 2004.
Par ailleurs, l'intercommunalité,
vantée en 1999 par Jean-Pierre Chevènement, alors ministre
de l'intérieur, comme "un outil de lutte contre l'apartheid
social", a eu l'effet inverse en Ile-de-France. Elle a enrayé
les transferts de richesses. En France, la plupart des groupements intercommunaux
ont agrégé autour d'une ville-centre plutôt aisée
des communes qui le sont moins, afin de mutualiser leurs ressources.
"L'Ile-de-France est la seule région où les villes
riches ont réussi à se regrouper entre elles, obligeant
les pauvres à s'organiser de leur côté", s'insurge
M. Pupponi.
Les communes nanties
de la région se sont ainsi souvent unies pour conserver le pactole
de la taxe professionnelle. Ayant mis en commun cette ressource, elles
estiment pouvoir se dispenser d'autres formes de solidarité.
Lorsque le FSRIF
a été créé, en 1991, l'intercommunalité
était très peu développée en Ile-de-France.
Depuis aucun verrou législatif n'a été prévu
pour éviter que les regroupements intercommunaux n'assèchent
ce fonds. Et les communes riches se sont engouffrées dans la
brèche.
Pour les maires
victimes du système, l'Etat porte aussi une part de responsabilité
dans le développement des égoïsmes intercommunaux.
Aucun préfet n'a remis en cause les contours des intercommunalités
dessinés par les élus. Commune de 800 habitants dans le
Val-d'Oise, Bonneuil-en-France encaisse une partie de la taxe professionnelle
de l'aéroport du Bourget. Cette petite ville cossue ressemble
au "village d'Astérix", ironise M. Pupponi. Bien que
située au centre de la communauté d'agglomération
de Val-de-France, elle est soigneusement restée en dehors. Villiers-le-Bel
et Garges-lès-Gonesse, en revanche, font partie de Val-de-France.
Elles sont parmi les cinq villes françaises les plus pauvres...
De même, les
communes qui profitent de la manne fiscale de Roissy - Charles-de-Gaulle
se sont regroupées en laissant à l'écart les villes
pauvres alentour. "L'Etat doit obliger le préfet à
redécouper les intercommunalités", en conclut M.
Pupponi.
En 2004, Sarcelles
a perdu 300 000 euros sur 4,2 millions de dotation du FSRIF. Soit le
montant de ce que la ville consacre à la construction d'un gymnase
ou d'un stade. Clichy-sous-Bois, qui percevait 2,2 millions d'euros
en 2003, a vu s'évaporer 200 000 euros. "La fonte du FSRIF
compromet gravement les actions dans nos communes", ont expliqué,
jeudi, d'autres élus de l'Essonne et du Val-de-Marne. Tous veulent
faire de la révision en cours du schéma directeur de la
région Ile-de-France (SDRIF) l'occasion d'une nouvelle bataille
pour réduire les inégalités territoriales.
MODE D'EMPLOI
CRÉATION.
Le Fonds de solidarité pour les communes d'Ile-de-France (FSRIF)
a été créé en 1991. C'est le seul fonds
de ce type en France.
CRITÈRES.
La richesse d'une commune est définie par son potentiel financier,
calculé à partir de ses recettes fiscales pondérées
par ses charges. Celles qui ont un potentiel fiscal très élevé
cotisent au FSRIF.
PÉRÉQUATION.
L'écart de potentiel financier des villes en France se situe
dans une fourchette entre 7 403 euros par habitant et 168 euros par
habitant (Commissariat général du Plan, 2004). Les dotations
de l'Etat versées aux communes permettent de corriger 40 % des
inégalités, contre 34 % en 1994. Depuis 2003, "l'égalité
entre les collectivités territoriales" est un principe reconnu
par la Constitution.
LEXIQUE
DSU.
Outre le FSRIF, les communes perçoivent des dotations de l'Etat.
Parmi celles-ci, la dotation
de solidarité urbaine (DSU) est attribuée aux communes
pauvres. En 2005, elle a augmenté de 40 millions en Ile-de-France.
Elle s'élève à 161 millions d'euros. Elle est perçue
par 165 villes.
CHIFFRES
MONTANT.
Le FSRIF s'élevait à 170 millions d'euros en 2003, 161
millions en 2004, 170 millions en 2005.
CONTRIBUTEURS.
Le nombre de communes contributrices est passé de 75 en 1999
à 38 en 2005. Paris contribue pour 98 millions d'euros.
BÉNÉFICIAIRES.
Les villes bénéficiaires sont 122 en 2005, contre 108
en 1999.
Coup de pouce financier européen pour surmonter la crise
La Commission européenne va débloquer 50 millions
d'euros provenant du programme Urban destiné à réhabiliter
les quartiers les plus défavorisés de l'Union o A terme,
l'enveloppe pourrait atteindre 1 milliard o
Libération, lundi 14 novembre 2005
José Manuel
Barroso, le patron de la Commission européenne, est prêt
à aider la France à financer le retour au calme dans ses
banlieues. Dimanche, le Portugais dont les relations avec Paris ne sont
pas au beau fixe depuis le "non" français au referundum
européen, a proposé 50 millions d'euros à la France.
Mais comme cette manne faisait un peu "cheap", Barroso en
a remis une louche, laissant entendre "qu'une enveloppe financière
potentielle de 1 milliard d'euros pourrait être mobilisée".
Vérification faite, il ne s'agit pas d'un cadeau royal, mais
de fonds européens déja disponibles. Les 50 millions évoqués
par le président de l'éxécutif européen
font ainsi partie de l'enveloppe réservée à la
France via le programme Urban pour la période 2000-2006.
Quant au milliard
d'euros évoqué par l'intéressé, il fait
partie des "fonds structurels" communautaires destinés
aux régions à problèmes de l'Hexagone et qui n'ont
pas encore trouvé d'allocations précises. Une réunion
doit avoir lieu jeudi entre la Commission et les autorités françaises
pour savoir comment "réaffecter" le milliards d'euros
disponible du fonds structurel.
Dans
le Nord, au tribunal, des émeutiers loin des clichés
Des jeunes Blancs issus de milieux défavorisés comparaissent
devant la justice.
Haydée Saberan
Libération, vendredi 18 novembre 2005
C'est un Français
"issu de l'immigration", mais pas celle que l'on croit. Jérémy
V. habite Arras. Il porte un nom flamand, preuve que ses ancêtres
venaient de... Belgique. L'arrestation de ce jeune homme de 20 ans,
jeune intérimaire à Arras, prouve que les jeunes des quartiers
en difficulté qui brûlent des voitures échappent
aux clichés.
A Lille, ces prévenus
inattendus ont peuplé les tribunaux ces derniers jours. "Les
deux tiers des jeunes qui passent en comparution immédiate après
les incendies nocturnes sont des Jean-Marc et des Maxime", indique
un journaliste familier du tribunal de grande instance. "Ce ne
sont pas que des bronzés", confirme Serge Damiens, éducateur
à la mission locale de Lille. "Dans le quartier des Bois-Blancs
à Lille, quand l'école a brûlé, la première
demi-heure, ils étaient tous blancs." Ça ne l'étonne
pas. "La couleur de la peau est un handicap à l'embauche,
c'est vrai. Mais l'adresse aussi. Ceux qui veulent s'en sortir donnent
souvent l'adresse fictive d'une tante, hors du quartier, ou dans la
ville voisine." Il reconnaît que ces enfants des quartiers
populaires partent quand même dans la vie avec un handicap de
moins : "Les CRS passent plus de temps à contrôler
les têtes frisées que les Patrick et les Gérard."
Dans le Nord et
le Pas-de-Calais, terre d'immigration ancienne, l'immense majorité
des quartiers populaires sont ethniquement mixtes. Les fils d'ouvriers
- et de plus en plus, de chômeurs - qui vivent dans les quartiers
en difficulté sont français dits "de souche",
ou issus de l'immigration belge, polonaise, portugaise, espagnole, maghrébine
et africaine. La présence de ces jeunes "Blancs" dans
les tribunaux correctionnels depuis deux semaines n'étonne pas
non plus Maryse Esterle-Hedibel, sociologue. "Le contraire m'aurait
surpris", dit-elle. Ancienne éducatrice de rue en région
parisienne, elle travaille sur les quartiers de Roubaix depuis quatre
ans. "Contrairement à ce que j'ai vu dans le Val-d'Oise
et le Val-de-Marne, j'ai découvert ici une population très
spécifique, sans discriminant "immigré-pas immigré"."
Il y a ici des familles "blanches" très pauvres. "Des
enfants qui ne mangent pas assez, qui vivent sans chauffage parce qu'EDF
a coupé l'électricité, des mères de famille
qui ont seize ans. Le quart monde."
Pour elle, les émeutes
urbaines de ces derniers jours ne s'analysent pas en termes ethniques
: "Cet argumentaire autour de la polygamie, c'est de la propagande
pure et simple. En revanche, ce qui est certain, c'est que des quartiers
entiers ont été dévastés par la déshérence
économique. Les anciennes solidarités ouvrières
ont disparu, remplacées par l'assistanat. Le quartier de l'Alma,
à Roubaix, c'est 40 % de chômage. Les mères de ces
jeunes filles qui quittent l'école à quinze ans en présentant
un certificat de grossesse, elles auraient été ouvrières
à La Redoute, il y a trente ans. C'est quand même autre
chose qu'être au RMI."
Autres lieux, autres
profils, et autres clichés. Alors que Nicolas Sarkozy déclarait,
péremptoire, que "75 à 80 %" des jeunes interpellés
étaient "déjà connus pour de nombreux méfaits",
les magistrats de différents tribunaux de grande instance ont
montré, hier, chiffres à l'appui, que la plupart sont
plutôt des gamins sans antécédent judiciaire. Ainsi,
à Bobigny, "la très grande majorité"
des mineurs ont "un profil de primo délinquant" a déclaré
Denis Fauriat, secrétaire général du parquet. Même
analyse à Lyon, Nancy, ou Marseille.
Pas méchant, mais influençable
Jérémy, condamné à quatre ans, la plus
lourde peine depuis le début des troubles.
Haydée SABERAN
Libération, vendredi 18 novembre 2005
"C'était
pour faire comme tout le monde." Voilà ce qu'a dit Jérémy
V., 20 ans, un fils d'ouvrier qui vit chez ses parents, quand le juge
lui a demandé pourquoi. Jérémy a avoué aux
policiers et aux juges avoir mis le feu aux magasins de meubles But
et Saint-Maclou d'Arras, près de chez lui. Puis à une
R19, avec son copain Grégory B., la nuit du 8 au 9 novembre,
il a mis le feu avec des bouteilles enflammées.
Avertissement. Ce
soir-là, Jérémy avait fait la vaisselle avant de
partir, indique la journaliste de la Voix du Nord qui a assisté
à son procès en comparution immédiate au tribunal
correctionnel d'Arras, ce mardi. Ce jeune homme blond à lunettes
en survêtement, peu loquace, titulaire d'un BEP et d'un bac professionnel
de peintre en bâtiment, a pris quatre ans de prison, la peine
la plus lourde jamais prononcée jusqu'ici depuis le début
des émeutes urbaines en France. Le procureur avait requis trois
ans. Pourquoi une aussi lourde peine ? Son casier judiciaire - une peine
de sursis pour un petit trafic de résine de cannabis - n'y est
pour rien, selon son avocate, Me Marjorie Thuilliez. "C'est un
avertissement du tribunal en direction de ses amis, présents
à l'audience. On a voulu mettre en garde les futurs incendiaires
d'Arras."
Jérémy
et Grégory vivent dans les quartiers ouest, où habitent
côte à côte enfants d'ouvriers du Nord et de l'immigration.
Son avocate a essayé de comprendre. Elle n'a pas réussi
à tirer de Jérémy une explication pour son geste.
"Il a endossé la responsabilité de l'incendie du
magasin. Il s'est caché dans son mutisme, par peur de représailles,
pour lui et sa famille. Ses amis de la cité étaient présents
à l'audience", indique Marjorie Thuilliez. "Le soir,
quand ses parents lui ont demandé de rester à la maison,
il a préféré aller voir ses potes. Il m'a simplement
dit qu'il ne pensait pas que cela prendrait ces proportions." Son
avocate le décrit comme un garçon "pas méchant,
mais influençable. Un enfant, en rébellion un peu tardive".
Autoradio. Lundi
14, Jérémy aurait dû reprendre une nouvelle mission
d'intérim. Il avait obtenu un brevet de secouriste. Après
son permis de conduire, ses parents lui avaient offert une voiture.
La voiture de sa mère avait brûlé cette année.
Le 9 novembre à midi, la police est venue le chercher. En rentrant
de l'usine, son père a retrouvé un mot de sa femme sur
la table, mais pas d'explication. Il n'a pas fait le lien avec les émeutes
de la veille. Il n'a pas voulu aller à l'audience. Seule la mère
et la petite amie de Jérémy ont assisté au procès.
Grégory, 24 ans, avait huit citations à son casier judiciaire,
dont certaines pour vol et incendie. Il a avoué avoir plié
la porte de la R19 pour prendre l'autoradio. Jérémy a
avoué avoir mis le feu, avec une bouteille remplie d'essence.
Grégory a pris dix mois. Les directions des deux magasins estiment
les dégâts à douze millions. L'avocate de Jérémy
lui a écrit en prison pour savoir s'il ferait appel. "Le
risque, c'est quitte ou double, surtout en ce moment."
Le collectif " Devoirs de mémoires " demande un débat
public sur les violences policières
Mustapha Kessous
Le Monde, dimanche 20 novembre 2005
Les violences policières
d'aujourd'hui seraient-elles liées au passé colonial de
la France ? Pour le collectif Devoirs de mémoires, dont l'un
des objectifs est de lutter contre les discriminations à l'encontre
des "enfants de l'esclavage et de la colonisation" (Le Monde
2 du 20 août), cela ne fait pas l'ombre d'un doute.
Au cours d'une conférence de presse, vendredi 18 novembre à
Paris, plusieurs membres de ce collectif, dont le porte-parole de la
Ligue communiste révolutionnaire (LCR), Olivier Besancenot, et
le rappeur Joey Starr ont de prime abord souligné, qu'au-delà
des récentes émeutes survenues dans les banlieues, c'était
bien "le rapport à l'institution policière de l'ensemble
de la population, notamment dans les milieux issus de l'immigration,
qui semble appeler à un débat public jusqu'ici tabou".
Jean-Claude Tchicaya,
porte-parole du collectif, estime que le passé colonial "a
généré dans la police des représentations
biaisées". Et de préciser : "Il suffit de s'arrêter
aux insultes. Ainsi, des policiers imitent le cri du singe lorsqu'ils
interpellent un Noir ou traitent de bougnoules les Arabes. C'est un
continuum historique."
L'association martèle
que, dans les cités, la police reste le seul lien entre l'Etat
et les jeunes, un lien tissé dans un rapport de force brutal
et de préjugés. "Chaque fois qu'il y a un problème
chez une personne issue de l'immigration, affirme une militante, on
met en avant son côté noir ou maghrébin. Mais quand
elle réussit, alors c'est le côté français
qui est mis en avant. Et pourtant, c'est la même personne dont
il s'agit."
APPEL SOLENNEL
Leïla Dixmier
n'a de cesse de rappeler que "les discriminations d'hier suscitent
les discriminations d'aujourd'hui". Pour la présidente de
"Devoirs de mémoires", il faut une police qui soit
perçue dans les quartiers comme une force démocratique,
et non pas comme un adversaire. "L'idée n'est pas de casser
du flic mais de trouver une solution afin de permettre l'émergence
de rapports sains entre la police et les jeunes", dit-elle.
Le collectif envisage
d'organiser aussi une journée nationale pour inciter les jeunes
à aller s'inscrire sur les listes électorales. Cette journée
serait parrainée par les comédiens Jean-Pierre Bacri et
Jamel Debbouze.
Devoirs de mémoires
organise par ailleurs, mercredi 23 novembre à la Bourse du Travail
de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), une conférence débat
publique sur "Les pratiques policières d'hier à aujourd'hui."
A cette occasion, le collectif devrait lancer l'appel "Justice
et paix dans les quartiers", soutenu notamment par José
Bové.
Les auteurs de cet
appel solennel à l'opinion publique et au gouvernement estiment
qu'"il n'y aura pas de paix durable sans justice durable".
"Pour que les voitures cessent de brûler en bas de la société,
il faut que ceux qui allument les mèches en haut arrêtent
de souffler sur les braises", disent-ils. Le texte exige un grand
débat national sur les cités, et demande les excuses publiques
de Nicolas Sarkozy, considéré comme "un pompier-pyromane".
Banlieues
: la provocation coloniale
Philippe Bernard
Le Monde, samedi 19 novembre 2005
Il faudra bien finir
par en prendre acte : les jeunes des quartiers populaires, même
ceux qui sont assez désoeuvrés, désespérés
ou stupides pour brûler les voitures de leurs voisins, ne sont
pas des indigènes égarés en métropole que
l'on soumet à la badine (ou au Kärcher), voire que l'on
expulse au besoin vers leur douar d'origine.
Il faut en prendre
conscience : ce sont pour la plupart des citoyens français qui
cassent pour se faire entendre. Qu'ils le veuillent ou non, ils font
de la politique. Comme les agriculteurs, comme les marins de la SNCM,
comme les étudiants en colère. Eux aussi savent que, depuis
vingt-cinq ans, les politiques et les médias ne les ont pris
au sérieux que lorsqu'ils mènent des actions violentes.
De fait, en deux
semaines, ils ont ébranlé le paysage social français
comme aucune action partisane ou syndicale classique ne l'avait fait
depuis longtemps.
Beaucoup plus au
fait des jeux du pouvoir que les "vrais" politiques ne se
l'imaginent, les enfants des cités ont amené Nicolas Sarkozy
à endosser l'habit qu'il avait juré de rejeter, celui
d'un Charles Pasqua marchant sur les brisées du Front national,
symbole du matraquage des jeunes et des expulsions d'étrangers
par charters. Ils pourraient aussi obliger MM. de Villepin et Sarkozy
à sortir de leur très politicienne et vaine controverse
sur la "discrimination positive" pour passer enfin à
l'acte en matière d'accès à l'emploi.
Leur rage n'est
pas d'ordre corporatif mais civique, leurs mots ne sont pas baignés
de rhétorique syndicale ou universitaire et leurs modes d'action
risquent de se retourner largement contre eux. Mais quand ils scandent
"J'baiserai la France jusqu'à c'qu'elle m'aime" (morceau
de rap du groupe Tandem), il serait grave d'entendre une déclaration
de guerre et non la fureur de ne pas être admis dans le concert
national. Jacques Chirac semble l'avoir compris, qui a reconnu que les
"enfants des quartiers difficiles" sont "tous les filles
et les fils de la République".
L'ennui est que
les mots et les actes du gouvernement démentent largement cette
belle proclamation. Quelle autre catégorie sociale - routiers?
cultivateurs? - un ministre de la République aurait-il pu menacer
de "nettoyer au Kärcher" ou traiter de "racaille".
A l'égard de quels autres Français les policiers utilisent-ils
systématiquement le tutoiement? Face à quels autres citoyens
le gouvernement exhumerait-il un texte législatif conçu
pour mater une rébellion coloniale? Cynisme ou retour du refoulé,
le recours par le premier ministre à "la loi de 1955"
sur l'état d'urgence, apparaît, au-delà du débat
sur son efficacité pour ramener l'ordre, comme une provocation
dont les effets psychologiques et politiques sur les millions de Français
issus d'Afrique noire, du Maghreb, et singulièrement d'Algérie,
n'ont pas fini de se faire sentir.
Comment M. de Villepin
peut-il ignorer que la mémoire de la guerre d'Algérie,
mal ou pas transmise dans les familles issues de l'immigration, reste
une plaie à vif? Une blessure dont le rappel, même implicite,
n'est pas précisément le meilleur moyen de rappeler aux
descendants de fellaghas qu'ils sont les "filles et fils de la
République" française. Ni d'ailleurs d'indiquer aux
millions de Français qui ont laissé une partie de leur
jeunesse dans le djebel que les gamins qui brûlent des voitures
et des écoles sont des concitoyens qui n'ont pas plus à
voir avec les nationalistes algériens qu'eux-mêmes avec
leurs propres parents, résistants ou pétainistes.
Brandir la loi qui,
au début de la guerre d'Algérie, a légalisé
la chasse au faciès et la prise en main du maintien de l'ordre
et de la justice par l'armée, c'est souligner le parallélisme
entre les souvenirs cuisants des répressions policières
des années 1950-1960 contre les nationalistes algériens
et les images des cités où vivent leurs enfants et petits-enfants.
C'est renvoyer ces jeunes nés en France à une extranéité
incompréhensible, révoltante.
C'est, enfin, introduire
un élément de déstabilisation sociale dont les
effets, peu visibles en surface, s'avèrent profonds et durables.
Le gouvernement réactive ainsi les mécanismes destructeurs
qui avaient opéré lors des réformes sur la nationalité
de 1986 et 1993 décidées sous la pression de l'extrême
droite. La remise en cause du droit du sol avait ravivé la blessure
d'une nationalité française de seconde zone pour les musulmans
d'Algérie, qui marqua cent trente ans de colonisation française.
Le piège
des mémoires cloisonnées "Racaille", "état
d'urgence", en deux mots, l'exécutif a donné raison
à ceux qui tentent de persuader les jeunes issus de l'immigration
qu'ils ne sont rien d'autres que des "indigènes de la République",
traités dans leur propre pays comme l'étaient leurs parents
du temps des colonies. Cette analyse, popularisée dans une pétition
lancée en janvier, assimile abusivement les discriminations actuelles
au statut des colonisés et renvoie dramatiquement les jeunes
à une identité d'éternelles victimes. Elle tend
à enfermer ces derniers dans le piège des mémoires
cloisonnées et définitivement antagonistes. Pourtant,
en convoquant l'imaginaire colonial, le gouvernement n'est pas loin
de justifier l'appel à "décoloniser la République"
lancé par les "indigènes" et alimente le communautarisme
qu'il prétend combattre.
Les dérapages
gouvernementaux apparaissent d'autant plus préoccupants qu'ils
interviennent en une période où le passé colonial,
parfois manipulé, est de plus en plus souvent sollicité
à l'appui des revendications identitaires et des justifications
à la hargne contre la France, à Clichy-sous-Bois comme
à Abidjan. L'incendie généralisé des banlieues
correspond d'ailleurs aux débuts d'une sorte de relève
migratoire : les enfants de l'immigration subsaharienne des années
1980 et 1990 entrent massivement sur la scène incandescente des
quartiers populaires, au moment même où des enfants de
Maghrébins, en partie intégrés à la classe
moyenne, se vivent avant tout comme les victimes des violences et souscrivent
au discours sur le rétablissement de l'ordre. Entre les mains
des Français noirs, l'histoire mal digérée de l'esclavage
et du colonialisme vient compléter la guerre d'Algérie
comme justification à la haine des Blancs et comme clé
d'explication facile aux humiliations et aux exclusions d'aujourd'hui,
ainsi qu'en témoigne le succès des discours de l'"humoriste"
Dieudonné.
Tant que les politiques,
de gauche comme de droite, peineront à considérer les
enfants d'immigrés comme des Français à 100% quelle
que soit la couleur de leur peau, tant qu'un discours de vérité
sur le colonialisme ne se sera pas substitué au "rôle
positif de la présence française" scellé par
la loi de février 2005, les jeunes des quartiers populaires,
qui n'ont pourtant lu ni Franz Fanon ni Che Guevara, continueront de
sentir combien le poids de cette histoire imprègne encore les
regards portés sur eux.
"Quand tu es de la cité, on regarde pas ton CV"
Michaël HAJDENBERG
Libération, samedi 19 novembre 2005
Note de lecture
(1) A Paris, un testing réalisé en 2004 par l'Observatoire
des discriminations a montré qu'un homme qui porte un prénom
et un nom maghrébins, d'apparence standard, a 5 fois moins de
chances qu'un homme aux nom et prénom français, "blanc
de peau", "d'apparence standard", d'obtenir une convocation
à un entretien d'embauche après envoi d'un CV similaire.
A savoir
Libération, samedi 19 novembre 2005
Risque de chômage
Pour les hommes immigrés, le risque d'être au chômage
est 4,5 fois plus élevé que pour les natifs s'ils sont
originaires de l'Afrique subsaharienne ou d'Algérie, 1,9 fois
plus élevé s'ils proviennent d'Asie. Pour les "deuxième
génération" (18-40 ans nés en France de parents
immigrés), le risque de chômage est de 1,5 à 2 fois
supérieur par rapport aux "natifs" (18-40 ans nés
de parents nés en France). (Source : Ined.)
Précarité
21 % des hommes de la deuxième génération (18-40
ans) ont un emploi non stable, contre 16,3 % des natifs. 22,9 % des
femmes de la deuxième génération sont en emploi
non stable, contre 18,9 % des natives.
Fonction publique
La fonction publique n'emploie que 14,8 % d'hommes issus de la deuxième
génération, contre 16,7 % de natifs, et 25,6 % de femmes
de la deuxième génération, contre 28,3 % de natives
(entre 18 et 40 ans). Ils ou elles sont deux fois plus souvent précaires.
Question interdite
Dans la loi Informatique et libertés, l'article 8 indique qu'"il
est interdit de collecter ou de traiter des données à
caractère personnel qui font apparaître, directement ou
indirectement, les origines raciales ou ethniques".
Dérogation
Sous certaines conditions, l'Insee, l'Institut national des études
démographiques (Ined) et les services statistiques ministériels
peuvent poser aux personnes sondées des questions sur leur nationalité
et celle de leurs parents, dès lors que le Conseil national de
l'information statistique et la Cnil ont approuvé leur questionnaire.
"Nous avons besoin de voir le vrai visage de la France. Pour cela,
il faut mesurer la présence des enfants de l'immigration parmi
les policiers, les magistrats, dans l'administration comme dans le secteur
privé."
Azouz Begag, ministre délégué à la Promotion
de l'égalité des chances, vendredi dans le Figaro
La Halde entre médiation et sanction
Catherine COROLLER
Libération, samedi 19 novembre 2005
La Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour
l'égalité (Halde) a été créée
en décembre 2004 et installée en juin par Jacques Chirac.
Elle est présidée par l'ancien PDG de Renault Louis Schweitzer.
Mi-novembre, elle avait recueilli 850 dossiers de réclamations
: 45 % portaient sur des cas de discrimination à l'embauche,
la première cause étant l'origine ethnique. Dotée
d'une "capacité d'enquête et de médiation",
la Halde peut également "saisir la justice et le faire savoir".
Pour tenter de calmer la crise des banlieues, Dominique de Villepin
a promis le 7 novembre de lui donner "un pouvoir de sanction propre".
Le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples
(Mrap) conteste cette décision, car "la dépénalisation
des plaintes de discrimination et leur traitement par la Halde conduiraient
à minimiser la réalité de ces pratiques discriminatoires".
Les
Britanniques décomplexés sur les origines
Les programmes de santé, d'éducation ou d'emploi s'adaptent
aux minorités.
Armelle THORAVAL
Libération, samedi 19 novembre 2005
"Vous pouvez
remplir ça ?" "Ça", c'est le long formulaire
remis par le secrétariat des médecins généralistes
britanniques. Il permet de bénéficier du système
de soins, le National Health Service. Dans ce questionnaire figurent
un certain nombre d'interrogations classiques, liées au passé
médical du patient. Ainsi qu'un repérage détaillé
de son appartenance ethnique : "blanc de souche britannique",
"blanc d'autres origines", "noir de souche britannique",
"métis blanc et noir de souche africaine", "asiatique
de souche pakistanaise", etc. Pour l'oeil français, habitué
à l'apparente neutralité de l'administration hexagonale,
ce questionnaire est un choc. Au Royaume-Uni, il ne pose aucun problème.
Chacun sait que ce questionnement vise à mieux repérer
les pathologies des groupes de population selon leur appartenance ethnique,
et donc à mieux y répondre. Ce n'est qu'un exemple parmi
d'autres.
La lecture de la
presse britannique tentant de relater les violences dans les banlieues
françaises illustre l'écart de conception entre France
et Royaume-Uni : tandis qu'à Paris on parlait de jeunes et de
quartiers enflammés, la presse d'outre-Manche parlait de jeunes
Noirs, de jeunes Arabes, posant très vite le problème
des minorités. Sans complexe. L'étude statistique des
divers groupes de population permet par exemple au ministère
de l'Education d'observer attentivement la progression des Pakistanais,
des Bangladais, des Indiens, des Noirs africains, etc., lors du passage
de l'équivalent britannique du baccalauréat : en constatant
il y a quelques mois que les performances s'amélioraient, il
a eu l'occasion de se féliciter d'avoir ciblé, par des
mesures appropriées, certaines de ces minorités.
Sans tabou, l'évaluation
de l'accès à l'emploi des minorités est constante
et l'incitation des entreprises à faire mieux permanente. Quand,
en 2003, Tony Blair lance un nouveau groupe antidiscrimination dans
les entreprises (Race Equality and Diversity Task Force), appuyé
par l'un de ses think tanks préférés, ce sont des
grands patrons issus du monde bancaire (Lloyds TSB, Barclays), automobile
(Ford), de l'audit (KPMG) ou de la distribution (Sainsbury's) qui sont
appelés à plancher. C'est une affaire d'image et de responsabilité
sociale pour les entreprises. Mais les Britanniques ne perdent jamais
de vue l'essentiel : c'est aussi bon pour le business.
Partir pour réussir, le dilemme des habitants des cités
Si certains d'entre eux s'estiment contraints de quitter leur quartier
pour s'intégrer, d'autres assurent que l'on peut y rester ou y
revenir par affection et solidarité.
Didier ARNAUD et Gilles WALLON
LIBÉRATION, samedi 12 novembre 2005
Cesser d'être
"un parmi les autres". Sortir des statistiques qui englobent
tous les habitants des cités sensibles dans le schéma
de l'échec. Quitter sa cité serait donc dans la logique
des choses quand on a réussi. Mais ce mouvement-là n'est
pas une évidence. La cité agit encore comme un aimant
même plusieurs années après l'avoir quittée.
On s'en va d'un coup. On y revient et on reste en contact. On en part,
mais elle nous rattrape.
Sur le même sujet
Pour X, 26 ans,
chargée de fabrication dans l'audiovisuel, la rupture a été
brutale. Il lui fallait aller dans un endroit où elle avait "le
choix". "Je devais en partir parce que là-bas il n'y
avait rien", dit-elle. Pas déçue d'avoir lâché
Vernouillet (Eure) pour Paris. Au début, elle revenait de temps
en temps dans sa cité, mais elle n'allait plus voir les gens
qu'elle connaissait. "Même mes parents, qui sont âgés,
on a réussi à les faire partir", raconte-t-elle.
Pour elle, l'intégration n'a pas posé problème.
"On s'intègre, si on a envie de s'intégrer."
Mais il faut mettre "toutes les chances de son côté".
"J'avais une copine qui avait décidé de porter le
voile, c'était logique : je pensais qu'elle aurait du mal."
Si ceux qui s'en sortent sont l'exception, c'est que, selon elle, les
gens sont "trop aidés". Cela ne les incite pas à
se remuer suffisamment. Elle regrette enfin qu'on ait parqué
tous ces gens d'origine étrangère "au même
endroit". Pour que ça s'améliore, il faut revoir
"tout le système", prendre les problèmes, en
même temps, pas un par un.
"Il n'y a plus
les bords du ring"
Linda, 39 ans, n'a
pas attendu. Elle a déménagé voilà dix ans.
Pour elle, le mouvement est inéluctable. Partir de sa cité
de Pantin, acheter un appartement, dans le centre ville de Rosny-sous-Bois,
en Seine-Saint-Denis : "Quand on avance", c'est, dit-elle,
une évidence. Avant, elle enseignait la boxe, parce qu'elle trouvait
le sport "salutaire". Désormais, elle est comptable.
Peut-elle aujourd'hui avoir un regard extérieur sur ce qui se
passe dans les cités ? "C'est autre chose qui a pris naissance.
Je ne sais pas si cela a un rapport avec les jeunes des cités
d'avant. Là, c'est atypique, cela n'a plus de sens." Elle
dit qu'"il n'y a plus les bords du ring", observe "un
manque d'encadrement partout". Ses solutions pour que cela s'améliore
? "Mettre la pression sur les parents, les enfants n'ont rien à
faire dehors le soir", mais aussi installer des gens plus mûrs.
Linda reste optimiste. "J'ai de l'espoir, dans le sens où
ce sont des très jeunes. Ils ne sont pas finis, on peut les remettre
sur une voie normale."
C'est d'ailleurs
parce qu'il est père qu'Ameziane, 43 ans, a franchi le pas. Pourtant,
la "question de partir ne s'était jamais posée"
à cet employé d'une société d'audit. S'il
a quitté les cités de Nanterre, puis de Colombes (Hauts-de-Seine),
c'est simplement parce que ses filles allaient être affectées
à un collège ZEP. "J'aspire à une vie meilleure,
mais je ne renie pas d'où je viens." Ameziane préside
l'association Zy'va, qui fait de l'accompagnement scolaire dans le Petit-Nanterre.
"Si j'ai réussi, c'est grâce à moi, mais aussi
par des rencontres. Seulement, ces rencontres, ce n'est pas en restant
dans le quartier qu'on les provoque."
C'est pour sa fille
aussi que Georges est allé habiter à la campagne. "Au
bout d'un moment, ce n'est plus une vie de dire à ta gamine de
ne pas jouer dehors. T'es pas plus fier que cela. Mais tu fuis."
Pour Georges, ceux qui restent sont ceux qui "ne peuvent pas faire
autrement". Eux n'ont pas le choix. Lui a grandi dans les cités
du centre-ville de Bobigny (Seine-Saint-Denis). En 1998, il a voulu
s'en éloigner pour accéder à la propriété.
Il a déménagé à côté de Soissons
(Aisne) à cause d'un trop-plein de choses "négatives".
Faire tout le temps "attention", à l'ambiance "pesante".
"Là, j'ai pas mon voisin alcoolo qui m'ennuie, des fumeurs
de chichon dans le hall, je ne râle plus quand ma boîte
aux lettres est cassée." Les violences urbaines ne l'étonnent
pas. Depuis longtemps, il voit ces gens se mobiliser en vain pour avoir
plus de moyens, obtenir qu'on les écoute. "Là, c'est
du défouloir. Cela va laisser des traces profondes." Sa
fille revient dans le département pour faire du théâtre.
Lui-même n'a pas tout à fait quitté Bobigny où
il vient travailler tous les jours au conseil général.
Et il lui manque toujours tout ce qui fait "la solidarité"
des cités : en vrac, les acras de sa voisine, la fête de
l'Aïd, la quête pour aider une veuve, les activités
proposées pour les enfants...
"Si c'était
possible, beaucoup des personnes originaires des cités et qui
ont réussi préféreraient construire un petit pavillon
entre deux barres d'immeuble, pour avoir du confort sans quitter le
quartier." Cédric Nadotti, 30 ans, aujourd'hui directeur
d'une entreprise de gestion des déchets à Aulnay-sous-Bois,
rêve tout haut. Enfant de la cité des 4 000 à La
Courneuve, il a été repéré dans son quartier
par le ministère de la Cohésion sociale. Avec d'autres
"Talents des cités", il a été reçu
mercredi, au Sénat. Il venait y affiner son projet professionnel.
Pour Cédric, partir de la cité était une question
d'espace. Le besoin d'un logement plus grand l'a fait émigrer
au centre ville d'Aulnay-sous-Bois. "C'est logique de partir. Qui
a envie de vivre entassés, les uns sur autres ?" Mais ce
jeune entrepreneur passe encore beaucoup de temps dans les cités.
Ses bureaux s'y trouvent.
Louiza Bensaid sait
aussi que "c'est inscrit comme ça dans les mentalités.
Celui qui réussit part de la cité". Dans ce cas,
y rester est presque atypique. Voire affectif. Louiza (également
lauréate "Talents des cités") va monter un salon
de thé dans sa cité de Woippy (Moselle). Souvent, ses
amis qui ont franchi le pas lui demandent : "T'es toujours là
alors que t'as les moyens de partir, pourquoi tu restes ?" En tant
que mère, elle n'est pas satisfaite de l'endroit où elle
vit. "Mais j'aime les gens qui sont ici. C'est pour ça que
je veux créer quelque chose dans la cité pour l'améliorer."
Son frère, lui, est parti.
Comme toute la famille
de Luisa Baïtiche. Aujourd'hui, ils sont dans le Gers. Elle est
restée vivre dans sa cité de Pantin et travaille dans
une autre comme psychologue scolaire. Le travail de Luisa est ici. Il
y règne une "grande misère sociale". Elle ne
regrette rien. Elle a des "avantages culturels". Elle est
près de Paris. Son quartier ? "Pas si terrible qu'on croit,
un appartement spacieux, pas cher, c'est un avantage pour que je reste."
Depuis le début des violences, c'est vrai, ils ont arrêté
les transports en commun à 20 h 30 et elle rentre à pied
chez elle. Parfois même à 1 heure du matin. Elle n'a pas
peur. Elle connaît.
C'est aussi par
attachement à son quartier que Mustapha Yildiz, 25 ans, est resté
à Cenon, près de Bordeaux. Il ne souhaite même pas
tenter l'expérience du déménagement. "J'arriverais
pas à me sentir chez moi. Là où j'habite, les gens
avec qui je suis savent que si j'ai réussi c'est parce que j'ai
travaillé deux fois plus. Alors ça peut servir d'exemple."
Son entreprise de BTP marche bien. Mais il reste sceptique : "Lorsqu'un
jeune de banlieue déménage, ses nouveaux voisins s'interrogent
: "C'est pas normal cet argent, il a fait du trafic.""
Quartier plus bourgeois,
"hypocrite"
Elle est tenace,
l'étiquette banlieue. Hinde Magada en sait quelque chose. Après
son mariage, cette responsable d'une agence de secrétariat à
distance a quitté Tomblaine, en Lorraine, pour le centre-ville
de Nancy. Mais ça s'est mal passé avec les nouveaux voisins.
Un quartier plus bourgeois, plus "hypocrite" aussi que ce
qu'avait connu cette femme à la voix douce. "On nous faisait
des sourires, mais, quand mon mari essayait sa nouvelle voiture avec
un de ses copains, il a été contrôlé par
la police. C'étaient les voisins qui avaient appelé. Après
six mois, on a décidé de revenir en banlieue." Pas
question pour elle de se sentir "victime". Elle a commencé
par des ménages, travaillé à l'usine. "J'ai
toujours utilisé ce que j'avais dans le présent afin d'en
faire un tremplin. Avec de la volonté, on peut oublier les difficultés
et avancer." Hinde avoue même : "J'étais heureuse
de revenir." Chez elle, finalement.
A Lyon, entreprises et chômeurs des quartiers difficiles entrent
en contact
Sophie Landrin
Le Monde, mercredi 16 novembre 2005
Chaque rendez-vous
a duré entre dix et quinze minutes. Myriam avait été
convoquée à 10 heures, dans l'atrium de l'Hôtel
de Ville de Lyon. En trois quarts d'heure, cette jeune femme de 29 ans,
au chômage depuis six mois, a pu rencontrer trois entreprises
et devrait être reconvoquée dans les jours qui viennent
pour des entretiens plus approfondis.
Le Club Méditerranée lui a notamment proposé un
poste dans l'un de ses villages de vacances. Depuis six mois, les CV
envoyés par cette habitante du 8e arrondissement de Lyon, d'origine
africaine, n'avaient débouché sur aucun entretien. Victime
des préjugés liés à son nom, sa couleur
de peau ou son adresse située dans un des quartiers "sensibles",
elle ne parvenait pas à défendre ses compétences.
Lundi 14 novembre,
Myriam participait, comme 250 chômeurs des quartiers en difficulté
de Lyon, à l'opération "Zéro discrimination
à l'emploi", lancée dans le cadre du plan local pour
l'insertion et l'emploi et soutenue par la ville. L'expérience,
dérivée des "speed dating", ces rencontres rapides
entre célibataires, vise à mettre en contact des entreprises
qui recrutent avec des demandeurs d'emploi victimes de discriminations
à l'embauche.
L'Association lyonnaise
pour l'insertion économique et sociale a commencé par
collecter plus de 200 postes auprès d'entreprises. Puis les ANPE
et les missions locales ont repéré et convoqué
450 demandeurs d'emploi susceptibles de correspondre aux postes. Deux
cents cinquante volontaires ont finalement été retenus.
La vingtaine d'employeurs présentes, comme la BNP Paribas, Adecco,
Manpower, le Club Med, l'armée de terre, la SNCF se sont engagées
à proposer des postes en CDI.
Une PME du bâtiment
avait aussi décidé de participer à l'opération
pour tenter de trouver un ouvrier et conducteur de travaux, deux postes
qu'elle ne parvenait pas à pourvoir depuis le mois de mars.
Les organisateurs
souhaitent renouveler cette expérience d'ici trois mois en associant
plus étroitement les PME et les très petites entreprises
(TPE) et en l'élargissant à des communes comme Vénissieux
ou Vaulx-en-Velin.
L'opération,
bien que préparée depuis un an, tombe à pic pour
le maire de Lyon, Gérard Collomb (PS), qui entend promouvoir
son engagement contre la ségrégation des banlieues. Il
a pris une série d'initiatives en ce sens, notamment la constitution
d'un groupe d'initiative pour l'intégration dans la ville composé
de 25 personnalités.
"L'Etat a
aidé les territoires, il faut promouvoir les individus"
Ghislaine Hudson, 55 ans, est proviseur du lycée de Dammarie-lès-Lys
(Seine-et-Marne). Elle a été membre de la commission Stasi
sur la laïcité et a dirigé deux lycées français
aux Etats-Unis.
Propos recueillis par Raphaëlle Bacqué et Sylvie Kauffmann
Le Monde, dimanche 20 novembre 2005
Comment les élèves
de votre lycée ont-ils vécu ces trois dernières
semaines ?
Ghislaine Hudson
:Très différemment, suivant qu'ils sont élèves
de la section d'intérêt général et technologique
ou élèves de la section d'enseignement professionnel.
Mon lycée (à Dammarie-lès-Lys) accueille 1 650
élèves, de 16 à 22 ans, dont, en gros, un peu plus
de 50 % sont en enseignement général et un peu moins de
50 % en enseignement professionnel industriel - microtechnique, électrotechnique,
maintenance -, et tertiaire, c'est-à-dire comptabilité
et gestion. Il y a aussi une 3e découverte, avec six heures de
découverte professionnelle, et des BTS.
Dans les classes
d'enseignement général, les événements n'ont
pas eu d'écho particulier et les cours se sont déroulés
normalement. Dans l'enseignement professionnel, en revanche, les répercussions
ont été très sensibles ; il y a eu plusieurs incidents
dans les classes, une agitation inhabituelle ; les élèves
ont demandé aux professeurs d'organiser des débats, au
cours desquels leur colère a explosé, dans des termes
très lapidaires, très directs, contre l'autorité,
contre la police, contre les discriminations, contre les contrôles
scolaires "trop fréquents".
Il y a un sentiment
de révolte, parfois même de haine. Un policier qui est
notre correspondant et avec lequel nous travaillons nous a dit ressentir
personnellement cette haine. C'est quelque chose de très inquiétant,
il va falloir réconcilier la police avec cette jeunesse.
Le clivage que vous
notez est-il le résultat d'une sorte de ségrégation
sociale qui perdure, malgré la sectorisation ?
Les élèves
d'enseignement général viennent de quatre collèges,
dont deux sont en zone prioritaire et deux en habitat individuel choisi.
Ceux de l'enseignement professionnel viennent, dans leur immense majorité,
des cités environnantes, des quartiers d'exil. La sectorisation,
à mes yeux, nous a pourtant sauvés, car même imparfaite,
elle nous garantit une certaine mixité. Il ne faut pas en rejeter
le concept, mais il faut travailler sa nature, les équilibres
à l'intérieur de la sectorisation.
En fait, nos classes
professionnelles sont totalement homogènes : socialement, en
termes de territoire, de lieux d'habitat, par sexe. Les garçons
sont quasi exclusivement dans la partie industrielle et les filles sont
en tertiaire. Elles sont hétérogènes, en revanche,
par l'origine ethnique des familles, qui viennent de différents
pays d'Europe, d'Afrique et du Maghreb. Mais la grande majorité
des élèves sont de nationalité française.
Et les élèves,
au sein d'un même lycée, ne se mélangent pas ?
Nous avons affaire
à des jeunes qui, depuis leur très jeune âge, ont
subi une succession d'échecs, et arrivent en fin de troisième
avec, soit un diagnostic personnel d'incapacité à suivre
une voie générale, soit un diagnostic de l'école,
établi par les enseignants, et qui sont donc dirigés vers
l'enseignement professionnel. Ce n'est pas ce qui était souhaité.
Idéalement,
nous voudrions que l'enseignement professionnel soit une vocation, au
même titre que l'enseignement général. Dans les
faits, on retrouve deux territoires, deux réalités sociales
bien séparées et avec très peu de passerelles.
Il faut absolument travailler ces passerelles, les classes d'adaptation,
tout ce qui peut permettre aux jeunes qui ont pris une voie, choisie
ou subie, mais qui, prenant conscience ou prenant confiance, veulent
en changer. Ces passerelles ont été en diminution, ces
dernières années, car elles ont un coût, et leur
absence est un frein considérable à l'ascenseur social.
L'apprentissage
dès l'âge de 14 ans est-il une bonne solution pour ces
élèves ?
C'est une solution
dans de très rares cas. Nous parlons là de jeunes qui
ont de grandes difficultés d'expression, d'adaptation, mais qui
devront plus tard se débrouiller avec les quelques connaissances
de base que l'école leur aura inculquées. Or 14 ans, c'est
vraiment trop jeune pour quitter l'école. Mais il y a d'autres
problèmes. Nous avons mis en place, cette année, une 3e
de découverte : 24 élèves ont trente heures de
cours par semaine, dont six pendant lesquelles ils découvriront
l'entreprise. Ce sont des jeunes en grande difficulté, en rupture
scolaire.
Mais pourquoi aller
d'emblée dans l'apprentissage, alors qu'on s'est lancé
dans ces 3es de découverte ? Par ailleurs, nous avons déjà
beaucoup de mal à trouver des stages de qualité pour nos
élèves en bac pro. Je doute que nous parvenions à
trouver des stages pour ces nouveaux élèves. Enfin, cette
idée est présentée comme l'un des remèdes
à la crise des banlieues. Mais croyez-vous vraiment que des entreprises
voudront embaucher ces mêmes jeunes qui lançaient des pierres
ou incendiaient leurs voitures ?
Pourquoi le système
scolaire ne parvient-il pas à "rattraper" ces jeunes
en difficulté ?
Parce que le système
français est rigide : il faut réussir tel cursus, à
tel âge, passer dans la classe supérieure, etc.
L'échec scolaire
se construit très tôt, dès la maternelle, quand
l'environnement de l'enfant ne lui permet pas un développement
harmonieux basé sur le langage. Les parents ont une trop grande
difficulté sociale, trop de problèmes de chômage,
de garde d'enfants, de transports, etc. Ils ont moins de temps à
passer avec leur enfant. Du coup, l'école va passer son temps
à compenser ces insuffisances de langage et de conceptualisation,
à essayer de rattraper des handicaps.
L'école est-elle
capable de s'adapter à un public défavorisé ?
Elle le pourrait.
Elle le fait parfois : il y a des poches de réussite. Mais de
par son organisation, l'école française est rigide. Un
élève est jugé sur une sorte de moyenne sur l'ensemble
des matières : il faut donc qu'il réussisse à peu
près partout. Mais un élève peut être très
bon en maths et très mauvais en français. Dans le système
français, il va être amené à redoubler. Un
parcours d'élève se fait d'échec en échec,
ou de réussite en réussite. Son point fort ne sera pas
valorisé. Ce système amène au redoublement tant
décrié, au coût social énorme, mais aussi
humain, celui de l'humiliation. Aux Etats-Unis, on travaille par unités
de valeur, qui valorisent les points forts. On cultive moins la notion
d'échec.
Quelques expériences sont tentées, comme l'ouverture de
Sciences-Po à des jeunes venant des ZEP. Quelles autres solutions
peut-on imaginer ?
Il faut tout essayer,
mais surtout se donner le temps d'évaluer ces expériences,
ce qu'on ne fait pas dans l'éducation nationale. Voyez les TPE,
les travaux pratiques encadrés. On a mis quatre ans à
les installer, et, désormais, on les supprime sans même
avoir fait d'évaluation. Il faut multiplier les initiatives comme
celles de Sciences-Po, les parrainages dans les écoles de commerce.
Le spécialiste de l'immigration, Patrick Weil, dans La République
et sa diversité (Seuil), son dernier livre, suggère de
s'inspirer de l'expérience réalisée au Texas et
en Californie et de permettre à un pourcentage d'élèves
de toutes les écoles de France - 5, 6, 7 % - d'aller dans les
classes prépas ou les universités, où des places
leur seront réservées parce qu'ils sont les meilleurs
de leur école. Je crois que de telles mesures, parce qu'elles
créent une équité entre les territoires, sont vraiment
susceptibles de changer l'ouverture et la mentalité des élites.
Il faut casser le fait qu'il y ait des lycées dont 0 % des élèves
vont en classe prépa et des lycées dont 88 % des élèves
y vont.
Une partie de la
classe politique s'élève pourtant contre le principe de
la discrimination positive, au nom de l'égalité républicaine
?
Le premier principe
de la République est l'égalité, or ce principe
est bafoué. Quand on combine un territoire dévalorisé
et une origine sociale défavorisée, le jeune est doublement
pénalisé. L'Etat s'est attaché à aider les
territoires, il faut maintenant promouvoir les individus.
Comment faites-vous
face à un élève qui a un comportement perturbateur
pour le reste de la classe ?
Le lycée
supporte un moment cet élève. On réunit un conseil
de discipline, on l'exclut de l'établissement et on l'envoie
dans le lycée voisin.
Qui lui-même
vous envoie ses élèves en difficulté ?
Oui. On négocie
entre nous les transferts. Il nous arrive d'exclure deux ou trois jeunes
par an. Le lycée d'à côté prend notre élève
et nous prenons le sien. Mais cela ne change rien, car il nous faudrait
en fait un bon psychologue, un médecin qui n'ait pas 5 000 élèves
à gérer, une assistante sociale moins surchargée,
un planning familial capable de recevoir nos jeunes filles enceintes.
Bref, tout ce personnel d'encadrement qui ne peut aujourd'hui faire
face au nombre de jeunes en difficulté et qui a, aujourd'hui,
un statut très dévalorisé. L'infirmière
scolaire de mon établissement est cadre B, dans un hôpital,
elle serait cadre A. Or ces personnels sont indispensables à
la bonne marche scolaire.
Faut-il travailler
sur l'ouverture des élites plutôt que sur l'élévation
du niveau de la masse des élèves ?
Le problème
de la "masse", c'est que, quand elle se trouve en situation
d'échec social, elle n'a pas d'espérance. Elle va mesurer
son avenir à l'échelle de ce qu'elle connaît. Chaque
fois que l'on sort de sa difficulté territoriale et sociale un
jeune de banlieue, on donne un espoir à tous ceux qui sont derrière.
Mais en France, on a peur du risque.
A gauche, un début de mobilisation
Sylvia Zappi
Le Monde, mardi 15 novembre 2005
Après quelques
jours d'atermoiements où, à gauche, les partis et associations
étaient partagés sur la façon de s'opposer à
la décision du gouvernement d'instaurer l'état d'urgence,
un appel unitaire devait être publié, lundi 14 novembre.
Le texte signé par une trentaine d'organisations parmi lesquelles
la CGT, la FSU, l'UNSA, l'Union syndicale Solidaires, le Syndicat de
la magistrature et le Syndicat des avocats de France, le MRAP, la Ligue
des droits de l'homme (LDH), Attac, la FCPE, le Gisti, le PCF, les Verts,
Lutte ouvrière, les Alternatifs (autogestionnaires) et le MARS
(républicains de gauche), se veut une première réponse
contre le projet de loi présenté, lundi, en conseil des
ministres qui prévoit de prolonger l'état d'urgence pour
une durée de trois mois.
Les signataires affirment que "si ce régime d'exception
devait être prolongé, (ils) mettraient en uvre tous
les moyens démocratiques dont (ils) disposent pour (s') y opposer".
"Recourir à un texte (la loi de 1955) provenant de la guerre
d'Algérie à l'égard de Français descendant
d'immigrés, (...) c'est réduire des dizaines de milliers
de personnes à la catégorie d'ennemis de l'intérieur"
et faire courir un "risque d'atteintes graves aux libertés",
estiment les signataires qui réclament une "loi de programmation"
pour les banlieues. "La décision du gouvernement de prolonger
de trois mois l'état d'urgence ne se justifie en aucune manière,
surtout en période de décrue, juge Michel Tubiana, président
d'honneur de la LDH. On ne laissera pas passer."
L'ensemble des organisations
devaient se retrouver lundi 14 novembre au soir pour discuter de l'éventualité
d'une manifestation à Paris mercredi 16 novembre. La LCR - qui
n'a pas signé l'appel jugé trop complaisant avec les forces
de l'ordre mais "soutient l'initiative" - avait déjà
proposé, jeudi 10 novembre, dans un courrier à ses partenaires,
une manifestation "ni symbolique ni silencieuse". Samedi,
des organisations libertaires ou altermondialistes d'un côté,
les Jeunesses communistes révolutionnaires et les Jeunes Verts
de l'autre, ont appelé à une manifestation mercredi mais
chacune dans un endroit différent. Jusque-là, la LDH demeurait
réticente par peur des "débordements". Elle
devrait plaider pour un rassemblement symbolique.
De son côté,
le PS semble décidé à hausser le ton contre le
gouvernement. Pris de court par l'appel sur lequel le bureau national
ne s'est pas encore prononcé, la direction cherche à mieux
faire entendre son opposition. Le sujet devrait être abordé
en réunion du groupe socialiste de l'Assemblée nationale,
mardi 15 novembre. Les maires d'Ile-de-France, réunis vendredi
Rue de Solferino autour du premier secrétaire, François
Hollande, ont souhaité que les parlementaires ne votent pas le
projet de loi sur l'état d'urgence. La fédération
socialiste de Seine-Saint-Denis avait unanimement fait la même
demande vendredi soir. "On ne va pas laisser le gouvernement régler
comme ça la situation", assure Annick Lepetit, porte-parole
du PS.
Les
élus PS hurlent au loup
Didier Hassoux
Libération, lundi 14 novembre 2005
Extrait :
Gilbert Bonnemaison, député honoraire PS de Seine-Saint-Denis
et maire honoraire d'Epinay-sur-Seine :
"Le silence assourdissant de la gauche, son extrême ramollissement,
sauf pour être à la remorque des pires vicissitudes de
la droite, sont accablants. Parce que je suis profondément républicain,
j'ai toujours estimé que les problèmes de sécurité
urbaine devaient être gérés dans le dépassement
des clivages politiques.
Mais aujourd'hui, les mesures prises par le gouvernement, sans parler
des propos du ministre de l'Intérieur (
) et la prolongation
de l'état d'urgence me font penser que l'on va une fois encore
se contenter de traiter la question des banlieues sur le mode répressif.
Si chacun doit s'accorder à souhaiter la fin des violences, il
est de l'honneur de la gauche de prendre position. J'espère que
le débat parlementaire sur cet état d'urgence d'affichage
va lui permettre d'exposer ses propositions en matière de réconciliation
nationale, et sur un mode alternatif".
Les délinquants "supposés": 2 témoignages
sur le racisme ordinaire
Pierre Marcelle
Libération, 17 novembre 2005
Ils sont sourds et aveugles. A contretemps toujours, l'opposition socialiste
semble n'avoir jamais si peu représenté. Entre Sarkozy
claironnant en creux son désir d'union nationale, Villepin en
visite matinale et clandestine à Aulnay-sous-Bois et le Palais-Bourbon
commentant les bésicles chiraquiennes (mais, du néant
chiraquien, que commenter d'autre ?), le PS évoquait mardi le
flux des voyageurs que Jacques Tati, dans ses Vacances de M. Hulot,
précipite d'un quai à l'autre sous les ordres incompréhensibles
d'un haut-parleur catarrheux. Sautant de justesse dans le convoi du
refus de l'état d'urgence mais ayant sur le quai oublié
ses valises, le PS incante l'inutilité d'une loi d'exception
sans voir ce qu'elle signifie pour de vrai, dans un réel qu'il
a occulté. Il est pourtant bien utile, cet état d'urgence
- cet état de "précaution" dont un mot de Villepin
fit mardi l'aveu : il braque les feux de sa justice d'abattage sur les
quatre ans ferme infligés à un gamin de vingt ans et d'Arras,
incendiaire d'un magasin de meubles et déclarant au tribunal
: "Je voulais faire comme les autres, c'est tout." Ce "c'est
tout" sonne comme les mots de communards que Versailles colla pour
moins que ça au mur des Fédérés ; mais le
PS ne les entend pas plus qu'il ne voit, sous le feu des "émeutes",
le désespoir qui les nourrit. Les dirigeants socialistes devraient
lire les journaux. Alain Badiou et Monique Wahlen, dont les états
civils semblent apporter toutes garanties d'honorabilité, rapportaient
hier, dans Le Monde et dans Libération respectivement, ce que
le racisme policier impose à leurs gamins adoptifs et noirs de
peau. Nous savons tous d'expérience cent faits d'arbitraires
humiliations (voilà dix ans que mon ami Pierre D. me les conte
; dix ans que son fils, de vingt ans et de même profil, les subit
sans mollir). On s'étonne que les gamins explosent de rage ?
Et si on commençait par là ? Il y a urgence. Mais si,
par extraordinaire, un flic devait en répondre, c'est sans surprise
qu'on l'entendrait plaider : "Je voulais faire comme les autres,
c'est tout."
Le témoignage
de Monique Wahlen ci-dessous:
http://www.liberation.fr/page.php?Article=338701#
Celui d'Alain Badiou ici:
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0,36-710389,0.html
Une société bloquée
Denis Sieffert
Politis, jeudi 17 novembre
Extrait
Dans une société totalement bloquée, qui ne
bouge même pas d'un millimètre quand une forte majorité
d'électeurs dit " non " au dogme libéral (comme
ce fut finalement le cas avec le référendum européen
de mai dernier), face à une politique sourde à tous les
signaux démocratiques, qui n'en finit pas de privatiser et de liquider
les services publics, contre l'évidente majorité de l'opinion,
c'est la violence - triste constat - qui aura, un instant, attiré
l'attention sur le sort des quartiers en difficulté. Il ne s'agit
surtout pas ici d'en faire l'apologie, mais de constater qu'elle a obtenu
ce que les mécanismes démocratiques n'obtiennent plus :
ne serait-ce qu'un discours et un moment de considération officielle.
Rien de plus. Puis, soyons-en sûr, quand la dernière carcasse
de bagnole aura refroidi, on oubliera. En attendant la prochaine explosion.
Et cela parce que la politique est une chose simple. Il s'agit toujours,
pour finir, de la répartition des richesses. De prendre aux uns
pour donner aux autres. On aurait tort de croire que l'actuelle crise
des banlieues, par son apparente complexité, ses facteurs culturels
et ethniques, échappe à ce schéma général.
Elle en est même l'illustration la plus criante. C'est de la politique
toute nue, sans apprêt. On n'ira donc pas plus loin qu'un saupoudrage.
Parce que c'est tout un système qui vacillerait. Les actuels dirigeants
socialistes, eux-mêmes, en sont conscients, et ils ne feraient guère
autrement. Ils n'ont cessé de délivrer ce message embarrassé
tout au long de la crise. Une opposition qui ne s'oppose jamais, cela
fait d'ailleurs partie de la société bloquée. À
propos, vendredi s'ouvre le congrès du Mans. Vous en auriez des
choses à discuter, camarades !
Plusieurs
associations critiquent la prolongation de l'état d'urgence
Le Monde, mardi 15 novembre 2005
Plusieurs
associations ont exprimé leur inquiétude suite à
la décision du conseil des ministres, lundi 14 novembre, de prolonger
de trois mois l'état d'urgence en France.
Dans un communiqué diffusé aujourd'hui, le Syndicat de la
magistrature estime qu'en "raison du caractère gravement attentatoire
aux libertés d'une telle mesure, les conventions internationales
prévoient que les Etats, lorsqu'ils font ce choix, doivent en informer
pleinement le secrétariat général de l'ONU et de
celui du Conseil de l'Europe". Le syndicat a adressé à
Jacques Chirac une lettre ouverte lui demandant de rendre publics "les
éléments d'information transmis aux autorités compétentes,
tant sur les motifs qui ont présidé à une telle décision
que sur le détail des mesures prises aussi bien sur le plan du
symbole historique désastreux" que représenterait cette
décision. Dans cette lettre, l'organisation estime que cette décision
met en péril plusieurs droits constitutionnels, tels la liberté
d'expression, la liberté de réunion et d'association et
le droit au respect de la vie familiale et privée.
L'organisation SOS Racisme a également protesté, dans un
communiqué, émettant de "sérieux doutes"
sur cette mesure : "SOS Racisme tient à exprimer sa totale
réprobation (...). Des doutes très sérieux peuvent
être exprimés sur une telle mesure". "SOS Racisme
s'interroge, alors que le calme est en train de se réinstaller,
sur la légalité d'une telle volonté ainsi que sur
le but poursuivi", peut-on lire dans le texte.
Un collectif,
composé d'une douzaine d'associations et de partis d'opposition
(dont Attac, CGT, Lutte ouvrière, FIDH, FSU, Les Verts, MRAP, PCF,
Syndicat de la magistrature, Union nationale lycéenne, UNSA, notamment)
s'est également constitué ad hoc pour prendre position sur
l'état d'urgence : "On ne répond pas à une crise
sociale par un régime d'exception (...). Ce sont des années
de politique centrée sur le tout-sécuritaire qui sont en
cause". "Il y a là une véritable urgence nationale
: il faut substituer à l'état d'urgence policier un état
d'urgence sociale, afin que les actes des gouvernants cessent de contredire
la devise de la République".
Selon
Agnès Herzog, vice-présidente du Syndicat de la magistrature,
d'autres actions communes sont prévues. Une réunion dans
les locaux de la Ligue des droits de l'homme, lundi soir, réunira
une trentaine d'associations de défense des droits de l'homme qui
envisagent un texte commun.
Rejet
du référé de SOS Racisme
Le Conseil d'Etat a rejeté, samedi 12 novembre, une requête
en reféré-liberté de SOS-Racisme au sujet des expulsions
d'étrangers condamnés pour des violences urbaines. L'association
contestait les propos tenus par Nicolas Sarkozy, qui avait indiqué,
le 9 novembre à l'Assemblée nationale, avoir "demandé
aux préfets que (les étrangers ayant été condamnés)
soient expulsés sans délai de notre territoire national,
y compris ceux qui ont un titre de séjour". A l'audience,
le président de la section du contentieux, Bruno Genevois, a noté
que les déclarations du ministre étaient "sujettes
à caution au plan de la légalité", mais ne pouvaient
être visées par la procédure. Le télégramme
adressé aux préfets a été jugé conforme
aux dispositions sur l'entrée et le séjour des étrangers.
jeudi 17 novembre 2005
CHATS
Extraits
Le Monde
avec
Agnès Herzog, vice-présidente du Syndicat de la magistrature
novembre 2005
Pano
: Laisser la rue à des jeunes manipulés par des bandes,
n'est-ce pas là le vrai risque pour la démocratie ? Qu'y
a-t-il de choquant à prendre des mesures exceptionnelles dans des
circonstances exceptionnelles ?
Agnès
Herzog : Ce que nous avons constaté, c'est qu'il faut faire très
attention à la façon dont les choses sont retransmises par
les médias, avec une sorte de déformation. Au tribunal de
Bobigny, le chiffre avancé par la presse, qui relève que
80 % des mineurs interpellés sont connus, est absolument faux.
Plus de la moitié des mineurs interpellés n'apparaissent
dans aucune procédure auparavant. Si ce n'est éventuellement
qu'ils ont fait l'objet de contrôles d'identité. Cela reflète
au contraire le véritable harcèlement policier, dénoncé
par ces mineurs d'ailleurs, dont ils font l'objet depuis plusieurs mois
à travers des contrôles d'identité répétés,
et non justifiés.
Les procédures
ordinaires permettaient tout à fait de faire face à la situation
et ces mesures exceptionnelles ne sont pas nécessaires. Preuve
en est qu'elles n'ont pratiquement pas été mises en uvre.
Parce que s'agissant par exemple des couvre-feux, ces mesures pouvaient
être prises sans qu'une législation d'exception de l'état
d'urgence soit décrétée.
Ben :
Pourquoi les magistrats ne sanctionnent-ils pas sérieusement les
faits de discrimination contre les minorités dans l'accès
au travail, au logement, aux loisirs ?
Agnès
Herzog : La réalité, c'est que la lutte contre les discriminations
s'inscrit dans un problème de société et que la justice
ne peut pas répondre à tous les problèmes de la société,
en particulier s'agissant des infractions aux discriminations.
Il faut
savoir que ce sont des procédures finalement très peu employées
et très difficiles pour la justice à mettre en uvre.
Les réponses devraient venir davantage d'autres instances de médiation
dans la cité et davantage d'un changement de mentalité profond
qui doit s'inscrire dans une politique générale, mais malheureusement,
la justice n'a pas aujourd'hui les moyens d'apporter une réponse
satisfaisante à cette question UN RISQUE DE JUGEMENTS À
LA VA-VITE ?
Marie
: En quoi l'état d'urgence influe-t-il sur la manière de
juger ou sur la procédure?
Ludivine
: Quelles vont être les conséquences de l'état d'urgence
sur la manière dont vont être jugées les personnes
interpellées ? N'y a-t-il pas un risque de jugement à la
va-vite ?
Agnès
Herzog : Effectivement, ce risque existe. Le garde des sceaux, dans une
circulaire adressée tant aux magistrats du parquet qu'aux magistrats
du siège, appelle les magistrats à une grande sévérité.
Il demande notamment aux parquetiers de requérir des mandats de
dépôt chaque fois que des violences auront été
commises dans un cadre qui paraît organisé. Il précise
que si la réponse judiciaire ne paraît pas adaptée,
les parquets feront appel.
En bref,
si l'on voit également les chiffres du garde des sceaux actuellement,
on constate qu'il y a 108 mineurs qui ont été incarcérés
depuis le 27 octobre. Si l'on place ce chiffre à côté
du nombre de mineurs actuellement détenus, ils sont environ 620,
on voit bien que c'est extrêmement important.
Mathias
: Le garde des sceaux n'outrepasse-t-il pas ses droits en envoyant de
telles recommandations aux magistrats du siège?
Agnès
Herzog : Tout à fait. Si effectivement les magistrats du parquet,
et plus particulièrement depuis la loi Perben 2, sont maintenant
directement sous les "ordres" du garde des sceaux, en revanche,
les magistrats du siège sont, quant à eux, en principe,
indépendants. Mais il semble que cette circulaire adressée
tant aux procureurs généraux qu'aux premiers présidents
illustre la conception du garde des sceaux du principe de l'indépendance
des magistrats du siège. lllllll : J'ai connu l'état d'urgence
sous Pinochet au Chili, où j'ai vécu. Je suis surpris de
la "facilité" avec laquelle le public français
accepte cette mesure. Je crains qu'on ne s'habitue à ce genre de
chose comme étant normal. Croyez-vous que le gouvernement puisse
aller plus loin encore ? Si oui, des restrictions supplémentaires
seraient-elles de nature à déclencher une réaction
plus forte de l'opinion ?
Agnès
Herzog : Effectivement, on peut être inquiet de la facilité
avec laquelle cette mesure est passée, mais il faut rappeler qu'elle
s'inscrit dans un mouvement amorcé depuis 2001, où toutes
les lois qui se sont succédé petit à petit rognent
sur des libertés fondamentales, sans malheureusement susciter de
réactions à la hauteur des atteintes.
Dernier
exemple, avec la loi Perben 2 destinée en principe à lutter
contre la grande criminalité. L'allongement considérable
de la durée de la garde à vue à 96 heures, ou l'atteinte
aux droits de la défense ayant donné lieu au placement en
détention d'une avocate, toutes les lois, sous le prétexte
de lutter contre le terrorisme ou contre la grande criminalité,
ont eu pour effet de restreindre les libertés individuelles et
les droits fondamentaux des citoyens dans leur vie quotidienne. L'état
d'urgence vient donc s'inscrire dans cette logique, à laquelle
on essaie de nous habituer.
Le Syndicat
de la magistrature, depuis plusieurs années, dénonce la
mise en place d'un droit d'exception qui devient le droit commun. Et d'ailleurs,
depuis une semaine, n'y a-t-il pas eu déjà des propositions
de loi scandaleuses ? Je pense notamment à celle déposée
par M. Garraud, ancien magistrat, visant à la déchéance
de la nationalité de personnes impliquées dans les violences
urbaines. A ma connaissance, seul le régime vichyste a adopté
ce type de mesure. On voit bien donc que la mise en place de l'état
d'urgence risque effectivement d'avoir pour effet de placer la barre des
garanties très bas, et donner lieu à tous les débordements
et toutes les dérives en la matière.
Avec
Christophe Nick, journaliste et auteur des documentaires " Chroniques
de la violence ordinaire "
Février 2005
Imène_Hamdana
: Que voulez-vous dénoncer à travers vos documentaires ?
Christophe
Nick : Je n'aime pas le journalisme de dénonciation. C'est une
enquête. Comment et pourquoi devient-on violent ? Comment une société
en arrive-t-elle à avoir peur de sa jeunesse ? Pourquoi personne
ne dit qu'une femme sur dix est battue ? La violence engendre des sociétés
malsaines. C'est dangereux.
Jean
: Les documentaires diffusés font peur, quelque part. La jeunesse
est-elle pourrie ? Avez-vous espoir ?
Christophe
Nick : C'est plus grave qu'on ne le croit, mais rien n'est jamais fatal.
La jeunesse n'est pas le problème, mais la solution. Le mécanisme
des violences urbaines est repéré depuis cinquante ans.
On sait d'où ça vient, on n'imaginait pas qu'arrivée
à un certain stade, cette violence coïnciderait avec une autodestruction.
La courbe d'augmentation de la délinquance des mineurs depuis vingt
ans a exactement la même progression que le taux de suicide chez
les moins de 25 ans. Donc violence et autodestruction sont les "pile"
et "face" de la même pièce. Ce n'est pas gai, rien
ne montre que ça va s'arrêter.
Imène_Hamdana
: Peut-on dire que les jeunes sont responsables de leurs actes ou qu'ils
agissent par simple inconscience et ignorance ?
Christophe
Nick : 1) La violence est un symptôme. 2) La violence est l'expression
d'une souffrance. Un enfant ou un adolescent violent dit quelque chose.
Parler de responsabilité supposerait un acte assumé, volontaire,
pensé, choisi. Par définition, un acte d'adulte. Parler
de responsabilité et de jeunesse a quelque chose d'incongru. C'est
hors champ. Ce n'est pas le problème. En termes juridiques, la
responsabilité d'un mineur est graduée suivant son âge.
En dessous de 13 ans, il est "irresponsable". Au-dessus de 13
ans, il est pénalement responsable mais pas civilement.
"QUELQUE
CHOSE DE PLUS PROFOND QU'UN MÉCANISME SOCIAL"
Libre
: Pensez-vous que la violence des jeunes est pardonnable en fonction de
l'âge des confrontations et de la construction de l'individu ?
Christophe
Nick : Mais que vient faire le pardon dans ces histoires ? On est là
pour essayer de comprendre. Peut-on comprendre ce qui fait le niveau de
violence actuel dans notre société ? On sait que des notions
essentielles telles que la carence éducative, la carence affective,
la violence intra-familiale, ou la surprotection et l'étouffement
sont à la racine de la constitution d'un être qui peut devenir
violent. Cela se joue dès les premiers jours de la vie. Cela structure
une personnalité jusqu'à l'âge de 6 ans. On n'en voit
les effets, généralement, qu'à partir de la puberté.
Le reste (misère, chômage, urbanisme, acculturation, etc.)
ne fait que se surajouter à ces problématiques fondamentales.
Mais le mécanisme des violences urbaines est apparu dans le monde
industriel avant la crise de 1973. Il y a donc quelque chose de plus profond
qu'un simple mécanisme social. Comment comprendre qu'un homme batte
sa femme ? Comment comprendre que les femmes battues le sont en général
à partir de leur première grossesse ? Qu'est-ce qui se joue
dans le rapport entre l'homme et la femme dans le passage homme-père,
femme-mère ? C'est complexe. C'est profond. Cela joue sur une,
deux ou trois générations.
Griffe
: Tout ça n'est pas nouveau (la carence affective, etc.). Quelle
serait la spécificité de la violence aujourd'hui ?
Christophe
Nick : Son ampleur, sa généralisation. Le fait que le taux
de suicide chez les moins de 25 ans ait doublé depuis vingt ans
est incroyable. De même, les violences sexuelles : on aurait pu
croire qu'après les années 1970 quelques valeurs étaient
acquises. Il n'en est rien. De plus, nous sortons d'un monde industriel
qui a mis deux cents ans à réguler les extrêmes violences
qu'il générait. On appelait ça des "contre-pouvoirs"
: syndicats, associations, Eglises diverses et variées, tout cela
créait des liens sociaux qui avaient fini par donner à chacun
une place dans la société. La fin du monde industriel aboutit
à la pulvérisation de ces contre-pouvoirs. Vu de Creil,
c'était édifiant. Bourse du travail : un paquebot vide.
La messe du dimanche ? Un désert. Disparu le Secours populaire.
Envolé le Secours catholique. Toute une génération
a appris à vivre sans aucun lien avec le monde du travail ni aucune
structure qui permette de se socialiser.
Léïla
: Vous mettez en cause la misère, le chômage et l'urbanisme.
Mais comment expliquer alors que les banlieues des pays de l'Est - mille
fois plus misérables que les banlieues françaises - ne connaissent
pas (loin de là) ce degré de violence ? Ne s'agit-il pas
d'une haine de la société française de la part de
toute une population de jeunes immigrés ?
Christophe
Nick : Le seul pays, en dehors de l'Afrique, où l'espérance
de vie a diminué, c'est la Russie. Les plus forts taux de suicide
au monde sont dans les pays baltes. Les niveaux d'alcoolisme en Pologne,
Slovaquie et Hongrie sont bien supérieurs à ceux de l'Europe
occidentale. L'immigration n'est pas en soi le problème qui explique
la violence. Mais avoir immigré dans les années 1970, dans
les conditions du regroupement familial, tel qu'on le décrit dans
le film qui passe ce soir sur France 2, être un enfant de ces couples,
c'est avoir connu des conditions de vie propices à la carence et
à l'étouffement.
Nip-tuck
: Quelle est votre analyse de la montée des extrémismes
religieux ?
Christophe
Nick : Cela a peu de rapport avec la violence, mais soyons directs : vu
de Creil, il nous a semblé que l'islam était au XXIe siècle
ce que le marxisme-léninisme a été au XXe. Le Parti
communiste a été le plus grand instrument d'intégration
des couches populaires. Le marxisme a aussi permis à toute une
génération de casser des systèmes générationnels.
La dictature du prolétariat a fait rêver plusieurs générations.
Et pourtant, on n'a pas basculé dans l'horreur. Aujourd'hui, tous
les sociologues admettent que le PCF a été utile. Voir aujourd'hui
des associations islamiques organiser des cours de rattrapage scolaire,
donner des cours d'alphabétisation, et même donner aux femmes
leurs premiers cours d'éducation sexuelle et de contraception,
c'est assez étonnant.
Avec Yazid Sabeg, auteur d'un rapport sur l'intégration
Décembre 2004
Malik,
de Lille : J'ai de plus en plus le sentiment que la signature récente
d'une charte pour la diversité par certains grands chefs d'entreprise,
comme celui de Radio France, n'est que de l'affichage... Il est de bon
ton de parler de ce sujet mais en interne, il n'y a aucun acte, ni aucune
réparation des situations déjà existantes...
Yazid
Sabeg : La Charte pour la diversité va contribuer à introduire
une dynamique, et d'abord une prise de conscience dans les entreprises
qui y ont souscrit. Ce sont des entreprises importantes qui ont signé
cette charte. Précisément pour assurer l'égalité
de traitement des candidats, la transparence du recrutement, et l'introduction
dans les entreprises d'objectifs de diversité. C'est loin d'être
un pur affichage, bien qu'il y ait encore du travail pour organiser les
processus qui correspondent à cet engagement de principe. Et pour
les généraliser.
Djem
: Faut-il créer un label d'entreprise citoyenne qui recrute dans
la diversité ? Pourquoi les pouvoirs de gauche comme de droite
n'ont-ils pas une réelle volonté d'intégration des
Français, comme vous ?
Yazid
Sabeg : Oui, il faut créer un label de la diversité, qui
fait partie des différents labels de bonne pratique sociale. Il
faut le créer avec le soutien des pouvoirs publics qui peuvent
prendre des mesures incitatives. Les pouvoirs publics prennent conscience
progressivement, trop lentement bien sûr, de la gravité de
la situation, et le fait que les entreprises aient pris une initiative
spontanée d'élaboration et de signature de cette charte
témoigne de leur prise de conscience d'une part.
D'autre
part, elles ont anticipé l'irruption d'un phénomène
inédit qui est le fait que les prochaines générations
de jeunes arrivant sur le marché de l'emploi - ce processus va
s'accélérer avec la progression du nombre de départs
à la retraite, qui augmentera de 50 % en 2005 par rapport à
2004 -, les classes d'âge 18-25 ans à venir seront fortement
marquées par l'afflux de population étrangère des
vingt-cinq dernières années. On peut se retrouver avec 25,
30, 40 % de jeunes issus des minorités visibles qui constitueront
demain la relève. Il faut se préparer à gérer
cette diversité pour former l'avenir de ces jeunes. C'est une vraie
prise de conscience.
COMMUNIQUES
Contre la violence sociale et la répression
Tous ensemble pour la justice sociale et l'égalité des droits
!
Chômage
de masse, logement social en désuétude, logements insalubres,
absence de moyens pour l'éducation nationale, régression
des services publics, insuffisance des transports en commun, pauvreté,
exclusion sociale, ségrégation et discriminations de toutes
sortes asphyxient les habitants des quartiers populaires. Les inégalités
ne font que s'accroître et la misère économique, sociale
et culturelle s'est peu à peu enracinée dans les cités.
Les premiers touchés sont ceux qui habitent les quartiers populaires
des banlieues. Parmi eux, les jeunes, français ou non, nés
de parents immigrés, subissent de surcroît une exclusion
et des vexations liées à la couleur de leur peau sur fond
de racisme (le contrôle au faciès, le nom). Une génération
entière est privée d'espoir et de perspectives de vie, l'école
n'étant même plus en mesure de remplir son rôle. Leur
désespérance s'exprime aujourd'hui de la manière
la plus brutale, d'autant qu'elle a été exacerbée
par les propos d'un ministre de l'Intérieur répressif. Cette
situation est la conséquence directe des politiques néolibérales
menées depuis des années.
Agressions gravissimes contre des personnes, destruction de biens collectifs
dont les quartiers en souffrance ont impérieusement besoin ou de
biens appartenant aux habitants de ces quartiers témoignent de
cette violence. Ces actes sont inacceptables et ne peuvent en aucun cas
apporter de réponses en faveur de l'amélioration des conditions
de vie des habitants. La révolte qui s'exprime aujourd'hui est
un cri de désespoir d'une génération abandonnée,
elle est la conséquence directe des violences du libéralisme.
L'exhumation d'une loi d'exception, instaurant le couvre-feu, datant de
la guerre d'Algérie, risque d'aggraver les tensions et de raviver
la mémoire la plus douloureuse (de parents et grands-parents).
Les signataires dénoncent la mise en uvre de cette loi liberticide
qui permet des assignations à résidence, la fermeture des
lieux de réunions, leur interdiction, l'expulsion des étrangers
même en situation régulière, la censure de la presse
et peut donner une compétence civile aux autorités militaires.
En aucune manière elle ne constitue une réponse responsable
et efficace à la situation actuelle.
La situation des quartiers populaires est l'affaire de tous, elle est
une affaire de solidarité et de citoyenneté. Seul un changement
radical de politique permettra de répondre aux aspirations des
catégories populaires et des jeunes plongés dans le désarroi.
Rien ne pourra être résolu sans remise en cause fondamentale
des politiques libérales menées en France et en Europe.
Des alternatives économiques, des modes de développement
solidaire et une répartition équitable des richesses sont
possibles. À nous tous de porter et de promouvoir ces alternatives
pour qu'une transformation sociale radicale ouvre des perspectives de
vie dignes à chacun et à chacune et redonne l'espoir.
Rassemblement à Grenoble
Devant la Préfecture
Jeudi 17 novembre 2005 à 18 h
Signataires
: UD-CGT, FSU, Sud-étudiant, Attac, CIIP, MRAP, Iran Solidarités,
Mouvement de la Paix, Collectif des Musulmans de France, Collectif de
Soutien aux Sans-Papiers, Collectif de Soutien aux réfugiés
algérien, Numidia-Isère, Solex, Ras l'Front, ADES, MJS-Grenoble,
PCF, PCOF, LCR, Les Alternatifs
Communiqué de SUD Education 69
Dimanche 13 novembre 2005
Alors
que les injustices sociales prospèrent, la population a raison
d'être en colère. L'Etat choisit la répression (état
d'urgence, mesures liberticides, expulsions d'étrangers, provocations
ministérielles, violences policières). Ce choix se fait
nettement au détriment de l'éducation. En effet, dans le
même temps, la casse de l'école publique s'accentue : loi
Fillon, décentralisation Raffarin, budget de misère, asphyxie
de l'éducation populaire, précarisation du personnel, apprentissage
dès 14 ans...
Nous
appelons à rejoindre toutes les initiatives militantes qui s'organisent
fin novembre. Pour le permettre, SUD éducation Rhône a déposé
un préavis de grève reconductible à partir du 19
novembre
(http://sud-arl.org/article.php3?id_article=1188) : tou-te-s dans l'action
contre la répression, et pour une véritable politique d'éducation
au service de la justice sociale.
Concernant les remplacements à l'interne mesure démagogique
qui dégrade encore plus les conditions de travail des enseignants
par un allongement du temps de travail et une flexibilisation accrue,
au détriment de la qualité du suivi des élèves.
Pour construire le refus des remplacements à l'interne, SUD appelle
à participer à l'Assemblée Générale
du Collectif contre les remplacements à l'interne, (CGT, CNT, SUD
Education) le mercredi 23 novembre.
SUD organise la désobéissance. Les collègues peuvent
d'ores et déjà se procurer un formulaire en ligne (Formulaire
à télécharger :
http://sud-arl.org/article.php3?id_article=981) .
D'ici-là,
SUD Education 69 appelle l'ensemble des collègues à se mobiliser
car la défense du service public en général, de l'Education
Nationale en particulier, le rejet de la précarité et de
toutes formes de répression sont autant de façons de donner
sens à une colère dont on veut nous faire croire qu'elle
est gratuite.
TEMOIGNAGES ET REACTIONS
Subject: [Coordeducmars]
2 mois fermes pour avoir montré son cul au CRS : Chronique ordinaire
des comparutions immédiates
[Pour
démolir définitivement les obsessions de ceux qui voient
dans les brûleurs de bagnole des dealers à la reconquête
de leur territoire, voici ce qui s'est passé à Lyon il y
a quelques jours au cours de comparutions immédiate pour juger
des "flag's". Entre crochet, les commentaires de Didier P.,
qui a émis ce message sur Multitudes. Ces textes peuvent aussi
servir dans des séances d'EC consacrée au fonctionnement
de la justice. Un peu plus bas, les sanctions de prison ferme pour avoir
montré son cul au CRS... à Toulouse cette fois, dans un
mail signé "Mères Solidaires"]
"Quelques
remarques rapides sur les deux comparutions immédiates de Jeudi.
(à Lyon)
- Dans les deux affaires, les jeunes (20 ans et 21 ans) travaillaient
(en intérim mais continûment) et étaient soutien de
famille, car le ou les parents ne possèdent pas de revenus suffisants.
Donc on peut dire (le procureur le confirmera), qu'ils étaient
tout à fait bien "intégrés" comme on dit.
Les voitures qu'ils ont brûlées, ce sont donc les "leurs",
celles qu'ils doivent nécessairement posséder pour travailler
en intérim.
- Le procureur a bien compris ceci et en a tiré les conséquences
logiques. Dans la deuxième affaire, un jeune de 21 ans, est le
seul à se faire prendre lors de la fuite d'une bande de onze personnes
après une tentative ratée de mettre la feu à un rangée
de voiture. Il dit qu'il s'est laissé entraîné par
des gens qui n'étaient pas de son quartier. Il les a rencontré
par hasard, les a suivi comme ça, pour "faire l'intéressant"
et "pour voir". Rien n'était prémédité
chez lui et il s'est contenté de surveiller au coin de la rue une
éventuelle arrivée des forces de l'ordre. Le procureur et
le juge ne remettent pas en cause la version du prévenu. Les voitures
n'ont pas pris feu mais des vitres ont étés brisées
par des pierres. Le jeune a une formation en informatique lui donnant
l'équivalent du bac. Il travaille continûment en intérim,
vit seul chez sa mère qu'il aide financièrement. Plusieurs
témoignages soulignes ses qualités "morales" et
son attitude exemplaire dans la vie. Par exemple, l'agence d'intérim
dit de lui qu'il est "volontaire" et qu'il donne "un entière
satisfaction au travail". Il projette (avec la mission locale d'insertion
je crois) d'aller passer plusieurs mois en Angleterre pour apprendre la
langue. Il est inconnu des services de police. Le procureur commence son
réquisitoire par louer les vertus du prévenu. Il affirme
de manière très éloquente, que "nous avons affaire
là à un citoyen irréprochable, et même il faut
le dire, à un citoyen modèle." C'est-à-dire
(je cite toujours), "à quelqu'un qui se tient tranquille et
qui travaille, et même qui a des ambitions."
[Commentaire: le "citoyen irréprochable", c'est celui
qui travaille et se tient tranquille, et le "citoyen modèle"
c'est celui qui a des ambitions, dans le travail je suppose. Et travailler
ici, c'est travailler continûment en intérim pour aider sa
mère. On pourrait faire l'hypothèse que le père immigré
était ouvrier, qu'il a travaillé dure toute sa vie en France,
qu'il est mort précocement et fatigué et qu'il a légué
à sa femme une retraite trop modeste pour vivre convenablement.
Ce n'est qu'une hypothèse mais plutôt fortement probable.
On peut en conclure que selon le procureur, être irréprochable
équivaut concrètement à courber l'échine sans
protester.]
Suite du réquisitoire: Citoyen modèle jusqu'aux événement
auxquels il a participé, "car il a voulu faire l'intéressant."
Or ces événements "sont très graves car ils
remettent en cause l'ensemble de notre organisation sociale. Il s'agissait
d'un citoyen modèle mais il doit être sévèrement
sanctionné." Il est demandé 6 mois de prison (dont
3 avec sursis, en raison du passé irréprochable de l'accusée).
[Commentaire: si le "citoyen modèle" se rebiffe, c'est
nécessairement qu'il se rebiffe contre le modèle, la norme.
Le procureur a donc tout à fait raison de dire qu'il "remet
en cause l'ensemble de notre organisation sociale." Je ne vois donc
pas en quoi dans ce cas il y aurait, comme beaucoup le disent à
l'extrême gauche, "à politiser" une personne comme
ce jeune, à lui faire "prendre conscience" de quoi que
ce soit.]
- Résultat de l'audience: la juge suit le procureur:6 mois de prison
dont 3 avec sursis (mandât de dépôt). Défense
de l'avocat faible. Remarque: la juge a dit pendant l'audience: "C'est
dommage de gâcher son avenir pour une chose comme ça."
Il est reconnu que l'avenir est gâché (fin de travail, projet
de départ en GB annulé, fin des revenus pour le mère...).
Mais il est reconnu aussi que la chose en question est futile ("faire
l'intéressant", "se laisser entraîner"). Pourquoi
donc infliger une telle peine pour une "chose comme ça"
? Le procureur au moins est plus conséquent que le juge. En tous
cas, il était visiblement décidé qu'il fallait punir.
- La première affaire n'a pas été plaidée
sur le fond puisque l'avocat a choisi le renvoi. Je ne rentre pas dans
les détails. Les faits sont plus graves (deux camionnettes et une
agence SNCF de proximité brûlées) mais la participation
aux dits faits du prévenu beaucoup plus incertaine. Sur les cinq
personnes arrêtées, il y a juste un mineur qui dit que l'accusé
a simplement donné un coup de pieds dans une porte pour l'ouvrir.
Tous les autres affirment qu'il n'a rien fait, si ce n'est regarder. L'essentiel
est que la libération en attendant l'audience renvoyée a
été refusée. Deux points s'y opposait cependant selon
l'avocat:--- s'il y a détention provisoire, c'est que l'on fait
une hypothèse sur une culpabilité probable. Or rien ici,
selon l'avocat ne permet de faire une telle hypothèse. C'est pour
cela qu'il demande le renvoi. Pour pouvoir mieux montrer que le jeune
n'a rien fait. --- pas de problème de représentation et
pas de risque que le jeune ne se présente pas à l'audience.
En effet, il a une adresse, travaille et est soutien de famille. Et vu
que les charges pesant sur lui sont faibles, insuffisantes en tous cas
selon l'avocat pour en conclure à une participation aux événements,
le jeune n'a aucun intérêt à entrer dans la clandestinité
et ce tout ce que cela engage, pour ne pas se présenter à
l'audience. (Rq: au casier, 2 condamnations "légères"
(terme de l'avocat) pour outrages et rébellions, quelques semaines
de prison avec sursis je crois).
Bonne défense de l'avocat qui se disait confiant ainsi que la famille
et les amis présents. Mais le procureur a été suivi:
détention provisoire, mandât de dépôt. Là
encore, il était visiblement
décidé qu'il fallait punir. Car si la culpabilité
du prévenu est improbable et la perspective d'une non présentation
au tribunal lors de l'audience inconcevable, on ne voit pas ce qu'il faut
de plus pour éviter la détention provisoire. "
TOULOUSE
: PRISON FERME POUR COMPARUTIONS IMMEDIATES
Lundi
14 novembre 13h30, nous arrivons devant le TGI de Toulouse, (un RDV avait
été donné par un tract de la CNT-AIT au rassemblement
de Samedi place du capitole ). Il y a du monde devant l'entrée.
Y a t il fouille ou contrôle pour que tous attendent ainsi sous
la pluie ? Non, en nous faufilant nous en apprenons la cause . Ce sont
deux rangées de CRS qui occupent le couloir. Ils empêchent
toute personne de s'introduire dans le tribunal. Toute personne ou presque.
Uniformes bleus ou noirs, porteurs de cartes de presse, ont eux le passe
droit . Mais les familles , les amis, eux n'ont droit qu'à attendre
dehors que les procès se fassent.
Un seul du groupe, sur une quarantaine d'individus venus soutenir les
inculpés, a réussi a s'installer dans la salle d'audience,
. Il y a eu quatre comparutions relatives aux "émeutes"
sur Toulouse. Les résultats :
- Pour une poubelle brûlée a Pibrac : 5 mois fermes
- Pour avoir montré ses fesse aux CRS lors d'une manif nocturne
: 3 mois fermes
- Pour outrage (il était avec celui qui montrait ses fesses) :
2 mois fermes
Le procès de Mickaël K. est reporté au 30/11/2005 :
il est maintenu en détention sous l'inculpation de "Participation
a association de malfaiteurs". En fait il a été trouvé
en possession d'essence...
Mères
solidaires
http://cf.groups.yahoo.com/group/Coordeducmars/
L'apprentissage ou les apprentissages ?
Philippe Meirieu
Café pédagogique, page publiée le 13 Novembre 2005
L'opinion
publique semble approuver très majoritairement la mesure annoncée
par le gouvernement sur la mise en place de l'apprentissage à 14
ans. Gageons que chaque Français imagine qu'il s'agit là
d'une décision qui ne concerne que les enfants des autres et que
ses propres enfants pourront poursuivre tranquillement leurs études
jusque dans les prestigieuses grandes écoles ! Plus sérieusement,
il est vraisemblable que nos concitoyens imaginent que certains élèves,
en rupture scolaire, sont perdus pour les études classiques et
que s'obstiner à les maintenir sous statut scolaire est une absurdité.
Peut-être même, dans le meilleur des cas, certains de nos
compatriotes pensent-ils qu'après une phase "en apprentissage",
les adolescents, qui se seront, enfin, réconciliés avec
les savoirs et auront "pris un peu de plomb dans la tête",
pourront revenir dans l'institution scolaire qui les accueillera à
bras ouvert, quel que soit leur passé et leur âge. On voudrait
pouvoir les croire : la mise en place d'un "crédit scolaire",
à l'image - améliorée - du "crédit formation",
et la généralisation de la "scolarité par récurrence"
(qui prévoit le retour possible dans des études au niveau
où elles ont été interrompues et qui existe officiellement
dans les textes) représenteraient, alors, une manière d'individualiser
la formation initiale et de l'adapter aux trajectoires des personnes.
Mais, ne rêvons pas ! Ce n'est pas de cela dont il est question,
et malgré toutes les circonvolutions sémantiques dans lesquelles
les politiques sont passés maîtres, il s'agit, en réalité,
de déscolariser de manière précoce les jeunes dont
on dira "qu'ils ne sont pas faits pour les études".
Il faut, d'abord, rappeler quelques évidences trop vite oubliées.
Faire sortir du système scolaire un enfant à 14 ans, c'est
décider de son sort à 12 ou à 13. L'institution scolaire
a, en effet, une fantastique capacité à anticiper les décisions
et, même, quand les circonstances s'y prêtent, à organiser
des voies de relégation qui préparent, avec les meilleures
intentions du monde, certains élèves "à assumer
une transition qui serait bien trop brutale pour eux"
L'apprentissage,
par ailleurs, c'est aujourd'hui - et l'on ne le rappelle pas suffisamment
- treize semaines de cours seulement par an et cinq semaines de congés
payés : treize semaines de cours pour des élèves
en échec dans les apprentissages fondamentaux - et, en particulier,
celui de la langue - c'est la condamnation à perpétuité
à des tâches de pure exécution, l'impossibilité
d'accéder à la "seconde chance" que constitue
la formation continue
L'apprentissage à 14 ans, c'est, en
réalité, le mépris déguisé des "métiers
manuels" : c'est imaginer que ceux-ci sont constitués de tâches
d'exécution accessibles par l'observation et la simple reproduction,
c'est ignorer la part nécessaire de conceptualisation que tout
métier manuel comporte et la complexité des situations professionnelles
auxquelles ils ont à faire : que je sache, il n'est d'ailleurs
pas prévu d'embaucher à 14 ans des apprentis en chirurgie
ou en orthodontie qui sont, pourtant bien - chacun en conviendra - des
"métiers manuels"
L'apprentissage à 14 ans,
c'est, enfin, l'institutionnalisation du renoncement : renoncement conjugué
de la société - qui abandonne certains de ses enfants sans
leur donner les clés du monde complexe dans lequel nous vivons
- et renoncement des élèves eux-mêmes
chez qui
l'on prétend encourager "le sens de l'effort", mais à
qui l'on offre quelques petites centaines d'euros par mois dans lesquels
ils vont voir un pécule providentiel qui viendra s'ajouter à
l'arrêt de tout effort scolaire.
Facilité pour les jeunes, l'apprentissage à 14 ans est aussi
le signe d'une abdication politique, sociale et scolaire majeure. On pouvait
encore hésiter sur la pertinence du "socle commun" ;
on sait maintenant clairement ce que cela veut dire : tout le monde aura
peut-être "le socle", mais seuls quelques-uns auront la
statue ! Avec un palier d'orientation rétabli, de fait, en fin
de cinquième, "le socle" va se réduire comme une
peau de chagrin et les ambitions pour notre jeunesse écarter toute
dimension culturelle pour ne fournir que quelques savoir-faire purement
utilitaires. Une aubaine pour TF1 qui vend toujours des " parts de
cerveau disponibles " et pour les démagogues de tous bords
qui trouveront en face d'eux de plus en plus de jeunes sous l'emprise
des médias, sans avoir acquis les connaissances et l'esprit critique
qui leur permettraient d'exercer leur jugement. L'éducation scolaire
- parce qu'elle est porteuse de l'idéal républicain d'égalité
- doit rester une priorité absolue et c'est aux politiques et aux
pédagogues à travailler pour qu'elle puisse s'adresser à
tous au lieu d'exclure ceux et celles qui, justement, en ont le plus besoin.
Enfin, cette mesure, va, sans aucun doute, renforcer encore l'apartheid
scolaire : qui imagine que les fils et filles de médecins, de professeurs
et d'hommes politiques iront en apprentissage à 14 ans ? Qui ne
voit qu'elle va contribuer à exclure encore plus fortement une
jeunesse qui, malgré ses papiers d'identité, n'est pas considérée
comme "française" par certains de nos concitoyens ? Et
en baissant le niveau d'instruction d'une partie des jeunes, c'est toute
l'institution scolaire, et la société tout entière,
qu'elle va tirer vers le bas. D'autant plus que, contrairement à
ce qu'imaginent les esprits ignorants de l'histoire de l'instruction scolaire,
ce sont toujours les " élèves difficiles " qui
font progresser l'École et permettent de nourrir l'inventivité
pédagogique qui bénéficie, en réalité,
à tous. Il faut se souvenir que c'est en tentant d'enseigner "l'enfant
sauvage", Victor de l'Aveyron, qu'Itard imagina la plupart des outils
pédagogiques encore aujourd'hui utilisés pour stimuler l'intelligence
des "enfants normaux" (comme la célèbre "boîte
aux lettres" avec des ouvertures de différentes tailles et
de différentes formes). Écarter les "esprits rebelles"
- les "enfants sauvages" d'aujourd'hui - facilitera peut-être
la vie, à court terme, de quelques enseignants, mais transformera
encore plus l'École en chambre d'enregistrement des inégalités
sociales. Pire encore, cela appauvrira considérablement les pratiques
pédagogiques
et même les plus brillants en pâtiront
!
Évidemment, dans quelques classes, "on aura, enfin, la paix".
Mais au prix d'une régression sociale considérable. On pourra,
un peu plus, "enseigner en rond"
mais au prix de l'abandon
d'une des missions fondatrices de l'École : la découverte
de l'altérité. Certains jeunes sortant d'apprentissage pourront,
dans les meilleurs des cas, trouver un emploi sur place et commencer une
carrière professionnelle avec quelques savoir-faire empiriques
mais
ils plafonneront vite et, comme l'exemple de l'Allemagne le montre bien,
se trouveront, quelques petites années plus tard, en situation
difficile, car incapables d'accéder aux savoirs complexes qui requièrent
une formation initiale solide.
En réalité l'apprentissage à 14 ans est un renoncement
très grave. Renoncement à l'ambition du Général
de Gaulle et du ministre Berthoin qui imposèrent, en 1958, la scolarité
obligatoire à seize ans. Renoncement à l'ambition d'une
École de la République qui ne doit pas se résigner
à former des citoyens à deux vitesses. Renoncement à
une véritable réforme de l'École capable, dans un
même creuset, d'offrir à chacun des moments d'apprentissages
communs et des itinéraires différenciés pour l'accès
aux savoirs fondamentaux. Renoncement, à une ambition essentielle
de la France - qui est, certes, loin d'être réalisée
-, mais qui doit constituer un horizon possible, une tâche à
laquelle s'atteler ensemble, professeurs, parents, citoyens, hommes politiques
: garantir à chaque enfant, à seize ans, la maîtrise
des fondamentaux de la citoyenneté. Renoncement à l'inventivité
sociale et pédagogique qui pourrait permettre une réforme
en profondeur de l'institution scolaire. Renoncement à la lutte
contre l'apartheid urbain et social qui - si nous n'y prenons garde -
pourrait bien agrandir sous nos pieds la fracture sociale
au point
que nous y tombions tous dedans prochainement !
Vous pouvez réagir à cet appel, et, par exemple, signifier
votre approbation, sur le blog du Café pédagogique :?http://www.cafe-leblog.net/?Rubrique
: L'apprentissage ou les apprentissages ??http://www.cafe-leblog.net/index.php?App
A la suite des évènements dans les " banlieues ",
quelques considérations déjà formulées il
y a six ou sept ans, actualisées aujourd'hui, mais qui risquent
d'être encore d'actualité, en pire, dans dix ans, si on ne
prend pas enfin les choses au sérieux.
Article rédigé en 1999 et mis à jour (en bleu) en
2005
Quel
avenir pour la politique de la Vile ?
DEPUIS 10 ANS LA MEME RENGAINE DES RENDEZ-VOUS MANQUES.
Claude
Jacquier
Directeur de recherche au CNRS
UMR Pacte Pôle Villes, territoires et solidarités
Institut d'Etudes Politiques de Grenoble
Après une période de valse-hésitation dans la mise
en uvre de la politique de la ville (quatre gouvernements se sont
succédés pendant le 11ème plan 1994-1999, 5 ou 6
sous trois premiers ministres dans l'actuel 12ème 2000-2006), après
une période de flou du gouvernement Jospin sur la conduite à
tenir, commissions et groupes de travail ont fleuri aux niveaux national
et local à la suite de la publication du rapport Sueur (février
1998) afin de construire de nouvelles orientations pour les futurs contrats
de plan (2000-2006). Une fois ces contrats mis en place, suite à
l'élection présidentielle de 2002, ils ont été
quasiment oubliés et leurs crédits réduits au profit
d'une stratégie de rénovation urbaine et de démolition
des grands ensembles les plus dégradés. Les " évènements
de l'automne 2005 embrasant les banlieues montrent à nouveau que
le temps est désormais compté aux artisans de cette politique
de long terme pour établir de solides fondations à leurs
actions car les débuts de la prochaine période contractuelle
risquent d'être fortement chahutés (élections municipales
2001, législatives et présidentielle en 2002).
Une vingtaine
d'années après ses premiers pas, le temps est peut-être
venu de donner de meilleures assises à cette politique en réfléchissant
au cadre politico-institutionnel approprié et aux dispositifs d'intervention
dont il faudrait doter les villes françaises pour leur permettre
de mieux faire face au double défi d'une participation accrue à
la compétition économique internationale et au maintien
d'une cohésion sociale "sans cesse menacée". Par
delà les thérapies et potions qui depuis des années
ont été administrées à la ville et à
ses "morceaux malades", par delà les moyens financiers
à mobiliser, l'urgence devrait être à d'une réorganisation
des systèmes urbains de gouvernement qui concernent les agglomérations
et, peut-être, avant tout, en donnant une expression citoyenne aux
"sans voix" afin de promouvoir un renouveau de la démocratie.
La question reste cependant de savoir si les impérieuses nécessités
du moment sont en mesure d'imposer des décisions politiques de
cette nature et de cette ampleur.
A l'origine, sous sa dénomination "développement social
des quartiers - DSQ", la politique de la ville avait deux objectifs
majeurs. Le premier consistait à initier et à mettre en
oeuvre des processus de requalification des territoires urbains, essentiellement
les grands ensembles, en visant la diversification de leur peuplement
et de leurs activités. Le second objectif implicite celui-là,
mais non moins important, était de faire du processus de requalification
des quartiers à la fois un révélateur des dysfonctionnements
de la ville et un opérateur de transformation des systèmes
de gouvernement urbain. L'objectif était de préparer le
terrain à des réformes qui auraient pu, dès lors,
s'imposer d'elles-mêmes, comme une évidence, aux divers corporatismes
urbains.
Vingt
ans après, le bilan de cette politique est pour le moins mitigé.
Dans les deux registres précédents, la politique de la ville
a certes eu des effets indéniables. De nombreux quartiers ont connu
des transformations architecturales et urbanistiques qui n'auraient sans
doute jamais vu le jour sans les quelques moyens supplémentaires
apportés par cette politique (de 3 milliards en 1990 à 11
milliards en 1997, 25 milliards pour 1999), ces changements s'accompagnant
parfois d'une revalorisation de leur image dans la hiérarchie des
formes urbaines et d'une réinsertion de leurs habitants dans la
ville. Des transformations et, parfois, des mutations profondes sont aussi
intervenues dans la manière de gouverner les villes, notamment
dans la manière de coordonner l'intervention des différents
acteurs sur les territoires urbains. La récolte n'a cependant pas
été à la hauteur des espérances ne débouchant
pas sur les réformes nécessaires, certaines recommandées
pourtant dès 1982 par le rapport Dubedout.
Si cette
politique a parfois dépassé le recensement des litanies
traditionnelles (chômage, précarité, délinquance,
échec scolaire) et la collection des médications sensées
transformer ces zones d'habitation en quartiers comme les autres, elle
a rarement permis d'accéder à une approche plus politique
de la question urbaine. Ce relatif échec doit, en effet, être
rapporté aux spécificités et aux anachronismes d'un
système politico-institutionnel français aggravés
par les transformations socio-politiques et les logiques d'évitement
qu'ont connues les villes françaises depuis plusieurs années
: "périurbanisation" à l'américaine des
classes moyennes, montée des corporatismes résidentiels
du type Nimby (not in my backyard), faiblesses dans la mise en uvre
des réformes politico-administratives. Plus que jamais, l'efficacité
de la politique de la ville réside non pas dans le raffinement
sans fin des procédures ou dans l'empilement de dispositifs administratifs
nouveaux, mais dans sa capacité à favoriser l'avènement
du politique dans la ville. L'enjeu majeur est bien en effet de créer
les conditions de vraies "disputes " et controverses entre tous
les citadins sur la manière de concevoir, d'organiser et de gouverner
la ville, tout particulièrement en faisant accéder les urbains
"sans voix", et surtout les "sauvageons" ou la "racaille
" des Ministres de l'Intérieur successifs à l'espace
public de la négociation politique et de la décision.
*
***
La politique
de la ville a certainement péché par son enfermement dans
un traitement trop localisé des problèmes urbains, "localisme"
renforcé par le Pacte de relance de 1996, sa géographie
prioritaire (Zones urbaines sensibles ZUS, Zones de redynamisation urbaine,
ZRU, Zones franches urbaines ZFU) et ses dispositions fiscales ciblées
ou la " rénovation urbaine " et les mesures de l'ANRU
à partir de 2003 qui ont contribué à tirer un trait
sur la logique des contrats de ville. La politique de la ville ne peut
cependant être réduite à ce localisme. Une rapide
énumération des dispositions arrêtées depuis
1990 montre effet une autre ambition qu'il s'agisse de l'esquisse de finances
locales plus solidaires (DSU, dotation de solidarité urbaine),
de la répartition du logement social (LOV, loi d'orientation pour
la ville, PLH, plans locaux de l'habitat), de l'accès aux activités
et à l'emploi, de la réalisation d'équipements à
vocation d'agglomération dans les quartiers, des aménagements
urbains, de la voirie et des transports essayant de mieux relier ces quartiers
au reste de la ville (GPU, grands projets urbains), de la promotion d'une
ville plus sûre avec les conseils de prévention de la délinquance
et les plans locaux de sécurité, etc.
Il est
vrai que les procédures et les outils étatiques disponibles
sont foison, chaque ministre y allant de son initiative essentielle, à
la belle saison de sa nomination. Les moyens financiers nationaux ou européens
ne le sont pas moins, parfois augmentés, sachant que, par défaut
de projets et complication bureaucratique aidant, au cours des plans successifs,
ils n'ont jamais pu être utilisés en totalité. A l'évidence,
il ne s'agit pas d'un manque d'Etat mais certainement d'un mal d'Etat
qui ne se limite pas à une mécanique gouvernementale bancale.
Le "malgoverno" réside bien plutôt dans les dysfonctionnements
du gouvernement local dans ses relations à l'Etat central et au
mauvais usage qui en résulte des procédures et des moyens
qu'il engage.
En fait,
l'obstacle essentiel a surtout résidé dans la faible capacité
des pouvoirs locaux à affronter les corporatismes résidentiels
locaux pour "vendre" cette exigence de solidarité auprès
de l'électorat "qui compte", c'est-à-dire celui
qui vote dans les métropoles urbaines. La reconnaissance de cette
exigence a-t-elle d'ailleurs une chance d'advenir tant elle renvoie à
la logique de la chose octroyée sans contrepartie, logique bien
peu politique, convenons-en ? C'est peut-être bien la faiblesse
essentielle de la politique de la ville que d'avoir été
beaucoup trop "technicienne" (traitement des symptômes
de l'exclusion) et trop peu "politique" (maîtrise des
mécanismes structurels de fragmentation des villes) sauf à
supposer, ruse technocratique habituelle, qu'elle n'était pas destinée
à quitter le registre de la pacification urbaine "cosmétique".
Cette
indigence politique n'est d'ailleurs pas étonnante, ni récente.
Peut-on, en effet, espérer mieux d'une politique de la ville si
les premiers intéressés, à savoir les habitants concernés,
comme "assignés à résidence", n'ont pas
accès aux instances de délibération et de décision
de la cité ? Telle est bien la situation qui prévaut en
France avec la sous-représentation politique des populations urbaines,
tout particulièrement des plus défavorisées d'entre
elles, et parmi elles, les femmes qui y sont très largement majoritaires
(la France est quasiment la dernière en Europe des 25 en ce domaine)
: sous-représentation des "urbains" à l'Assemblée
nationale et surtout au Sénat, sous-représentation des "urbains"
dans les Conseils régionaux et dans les Conseils généraux
pourtant engagés financièrement dans la politique de la
ville, sous-représentation des habitants de ces quartiers-là
dans les conseils municipaux, faiblesse des systèmes démocratiques
infra-communaux (conseils de quartier), absence de droit de vote et d'éligibilité
aux élections locales pour les résidents étrangers
non communautaires de plus en plus présents dans ces territoires,
augmentation des non inscriptions sur les listes électorales. Un
quasi-suffrage censitaire s'est ainsi installé dans les villes.
Par ailleurs, phénomène aggravant, nombre de membres de
la haute ou de la moyenne administration d'Etat ou des collectivités
territoriales qui y habitait et qui servait de relais entre ces quartiers
et les instances politiques est allé "élire domicile"
ailleurs, notamment dans le périurbain ! Est-il nécessaire
d'ajouter aussi que les références de nombre d'élus
urbains sont très souvent colorées d'une tradition rurale,
pour ne pas dire anti-urbaine aboutissant au rejet de cette ville-là
de leurs préoccupations politiques ? Parfois, élus d'une
circonscription urbaine, ils n'y habitent pas ou plus, se comportant ainsi
comme ces propriétaires latifundiaires absentéistes de certaines
régions méditerranéennes.
Tout
cela contribue fortement à ce que les représentations politiques
traditionnelles y perdent en légitimité et que des expressions
"atypiques" et parfois "archaïques" se manifestent
ici et là hors du champ balisé par la routine politique
(abstentionnisme électoral, revendications extrémistes,
manifestations intégristes, dérives mafieuses, dégradations,
délinquances, révoltes et pillages proches d'ailleurs des
" émotions " moyenâgeuses, comportements régressifs
en tout genre), toutes expressions qui peuvent être considérées
comme la contrepartie d'une gestion par trop en faveur des privilèges
corporatistes résidentiels. A l'heure des "émotions"
urbaines et des "sauvageons-racailles", nous redécouvrons
tardivement la proposition de Hobbes selon laquelle les individus, pour
sortir de la guerre de tous contre tous, ont conclu un pacte définissant
un espace à l'intérieur duquel ils renoncent à exercer
leur violence et reçoivent du pouvoir politique, en échange
de cette renonciation, la sécurité aux frontières
extérieures. Mais qu'en est-il de cette conception du politique
lorsque les frontières passant à l'intérieur de la
ville deviennent des fractures spatiales et sociales ?
Par ailleurs,
la plupart de ce que l'on appelle "les événements"
(curieuse dénomination qui renvoit à d'autres épisodes
historiques) ne se produisent pas dans les régions en récession,
mais bien dans les villes prospères bien placées sur le
marché mondial, là où la richesse ostensible rend
la misère plus insupportable. Cette violence apparaît là
où la différence de potentiel est la plus forte, c'est-à-dire
là où la ville qui perd côtoie de très près
la ville qui gagne. Parfois, mais de plus en plus, ces émotions
se colorent de références au passé et aux violences
de la colonisation, aux guerres de libération, aux rancurs
mal assumées de part et d'autre. Par exemple, le rapport amour-haine
qui caractérise les relations entre l'Algérie et la France
est en l'absence de toute approche réconciliatrice du type Afrique
du Sud, un puissant ferment de cette violence sans perspective. Cette
violence s'apparente à l'émeute des temps jadis, rien ne
laisse supposer que le feu couve, l'explosion est radicale, de peu de
durée (quelques jours) et puis tout rentre apparemment dans l'ordre,
hormis les stigmates laissés par l'échauffourée.
Peu de perspectives sociales immédiates, peu de perspectives politiques,
sinon une visibilisation et une médiatisation qui peuvent générer
des inflexions dans les politiques conduites, quelques moyens supplémentaires
et souvent un regain des discours, des débats, des colloques, des
articles de presse et de recherche.
Cette
sous-représentation politique des urbains de ces quartiers renforce
l'anachronisme de l'organisation des pouvoirs politiques dans les villes
et contribue largement à la fragmentation urbaine. Ainsi, la réforme
visant l'organisation des pouvoirs politiques d'agglomération qui
se fait toujours attendre malgré la volonté affichée
des ministres successifs. La fragmentation sociale des communes et des
régions urbaines se renforçant, les villes "balkanisées"
sont de moins en moins à même de faire jouer les mécanismes
de solidarité, y compris dans certains domaines où ils avaient
pu s'établir dans le passé (cf. les difficultés d'application
de la loi Solidarité et Renouvellement Urbain -SRU- notamment le
seuil de 20% de logements sociaux, certaines communes préférant
payer la taxe plutôt que de construire).
Anachronisme
aussi, celui du système de financement des collectivités
locales, les villes-centres et certaines communes de première couronne
continuant de perdre leur potentiel fiscal au profit de la périphérie
lointaine avec pour conséquences une augmentation de leurs charges
et une accentuation de l'effort financier demandé aux populations
captives. Tout cela provoque un accroissement des inégalités
fiscales, les populations les plus durement frappées par la fiscalité
locale résidant souvent dans les territoires précisément
visés par la politique de la ville. Là encore, l'application
de la réforme de la fiscalité locale votée en 1990
a été constamment repoussée par les gouvernements
successifs.
Anachronisme
encore dans le système de gestion de l'habitat social qui n'a pas
su se réformer à temps et dont le patrimoine aurait pu être
administré autrement pour permettre une diversification de l'offre.
Le secteur HLM et son financeur la Caisse des dépôts et consignations
(CDC) pèsent lourd dans la politique de la ville. En décembre
1998, l'encours de la CDC auprès des organismes d'habitat social
s'élevait à 500 milliards de francs. N'a-t-on pas dit que
le soutien continu apporté par l'Etat à la politique de
la ville répondait plus au risque pesant sur le système
de l'épargne populaire qui alimente la CDC du fait de la fragilisation
financière des organismes HLM qu'aux difficultés rencontrées
par les locataires ? Tout cela constitue certes un argument de poids pour
que l'engagement de l'Etat dans la politique de la ville s'inscrive dans
la durée (assurer l'équilibre financier des organismes HLM)
mais avec pour contrepartie une certaine inertie des institutions gestionnaires
aux nouveaux enjeux urbains.
Anachronisme
toujours d'une politique de la ville encore trop centralisée malgré
sa déconcentration au niveau des préfectures de région
et de département. Comme le préconisait en son temps le
rapport Dubedout, cette politique aurait dû faire l'objet d'une
rapide décentralisation au niveau de régions aux compétences
renforcées par une réduction des niveaux administratifs
(alignement sur le modèle européen en ce qui concerne les
échelons des collectivités territoriales et aussi en supprimant
l'Etat déconcentré qui ne fait qu'alourdir les procédures
bureaucratiques) et capables de négocier de réels contrats
de développement solidaire avec les nouveaux pouvoirs d'agglomération.
Anachronisme
enfin de la non séparation des pouvoirs dans les collectivités
locales ce qui interdit tout contrôle démocratique de l'action
publique et d'un système de cumul des mandats électifs locaux
et nationaux qui transforme souvent la représentation nationale
en un syndicat de défense des corporatismes sectoriels et territoriaux,
cela en contradiction avec les principes fondateurs de la République
et avec le modèle européen.
*
***
S'il
en était encore besoin, un des apports de la politique de la ville
a été de révéler les obstacles liés
à ces divers anachronismes et d'identifier les limites au-delà
desquelles le système politico-administratif ne peut plus simplement
s'adapter à la marge. Il semble désormais que ces limites
soient atteintes, le système de gouvernement des villes ayant épuisé
toutes ses possibilités internes d'adaptation, est désormais
confronté à la nécessité d'une mutation profonde
au risque d'une accentuation radicale de la fragmentation sociale des
territoires urbains (les phénomènes de délinquance
en étant un des symptômes) et d'une dérive irréversible
de la démocratie.
Un système
ne se réforme jamais de lui-même tant qu'il n'a pas épuisé
toutes ses possibilités d'ajustements internes. La politique de
la ville a permis de révéler ces divers anachronismes et
d'identifier les limites au-delà desquelles l'adaptation à
la marge du système politico-administratif n'est plus possible.
Mais, en ayant épuisé toutes ses possibilités internes
d'adaptation, et consacrant une énergie croissante à sa
simple maintenance, le système de gouvernement des villes est confronté
à la nécessité d'une mutation profonde au risque
d'une accentuation de la fragmentation sociale des territoires urbains
et d'une dérive irréversible du système démocratique.
Compte tenu de tous ces anachronismes et des imbrications d'intérêts
qui les pérennisent (imbrication des mandats, des fonctions et
des compétences), il est cependant illusoire d'espérer une
mutation tranquille de ce système de gouvernement ce qui expliquerait
assez bien la valse hésitation de la dernière décennie.
Une certitude : le risque croissant d'implosion ou d'explosion que représente
toute cette énergie accumulée pour obtenir ce statu quo.
A cette
exigence interne de mutation s'ajoutent des nécessités externes
qu'impose le fonctionnement des sociétés occidentales et
notamment, le fait pour les villes européennes d'avoir à
gérer de plus en plus, à leur niveau, la contradiction entre
les contraintes de la compétition économique mondiale et
les impératifs de cohésion sociale et environnementale.
C'est ce qu'ont bien compris nombre de pays européens en accélérant
la transformation de leur organisation politico-administrative (y compris
des pays très centralisés comme le Royaume-Uni avec la régionalisation
des politiques de développement urbain et les initiatives référendaires
en Ecosse et au Pays de Galles). Dire que la France n'a guère innové
en ce domaine est un euphémisme. L'Etat central apparaissant toujours
dans un rôle, réel ou virtuel, de grand ordonnateur du changement
social que, d'ailleurs ne lui contestent guère et que, parfois,
sollicitent les acteurs et pouvoirs locaux.
Se peut-il
que ces deux nécessités, interne et externe, poussent à
nouveau les feux des réformes indispensables et ouvrent de nouveaux
temps pour la ville en politique. Bref, si rendez-vous manqué il
y a eu, c'est celui de la ville et de la politique, et plus précisément
avec une réelle décentralisation. Les villes, et donc les
collectivités locales urbaines, n'ont pas encore su s'autonomiser
et s'autoriser à gouverner autrement leurs affaires, notamment
en gérant à leur échelle, la contradiction entre
les contraintes de la compétition économique mondiale (économiquement
viable), les impératifs de cohésion sociale (socialement
juste) et les exigences environnementales (écologiquement durable).
L'Etat pourrait sans doute mieux aider à ce que ce rendez-vous
ait lieu, mais il est illusoire pour les collectivités locales
d'attendre indéfiniment
Godot. Elles doivent d'urgence prendre
des initiatives et innover.
La France d'en bas ....
Mathieu Kassovitz
Depuis quelque temps, les radios et les télévisions du monde
entier essaient d'obtenir de ma part une interview à propos des
événements qui secouent les banlieues de France. Je ne peux
malheureusement pas honorer toutes les demandes, j'ai donc décidé
de m'exprimer sur mon site.
Aussi
loin que je veux me tenir de la politique, il est difficile de rester
distant face aux dérèglements des politiciens. Et quand
ces dérèglements attisent la haine de toute une jeunesse,
je me retiens de ne pas encourager les casseurs.
Nicolas
SARKOZY, qui est apparu dans la vie médiatique française
tel une starlette de la Star ac', et qui nous abreuve des détails
de sa vie privée et de ses ambitions politique depuis quelques
années, ne peut s'empêcher de créer l'événement
à chaque baisse de sa côte aux sondages IPSOS. Cette fois
ci, Nicolas SARKOZY a pris à contre-pied tout ce que la République
Française défend. La Liberté, L'égalité,
et la Fraternité d'un peuple.
Le ministre
de l'intérieur, futur présidentiable, tient des propos qui
non seulement démontrent son inexpérience de la politique
et des rapports humains (intimement liés), mais qui aussi mettent
en lumière l'aspect purement démagogique et égocentrique
d'un petit Napoléon en devenir.
Si les
banlieues explosent une nouvelle fois aujourd'hui, ce n'est pas dû
à un raz le bol général des conditions de vies face
auxquelles des générations entières " d'immigrés
" doivent se battre quotidiennement. Il n'y a malheureusement pas
de combat politique dans ceux qui opposent les jeunes de cités
à la police de Nicolas SARKOZY.
Ces voitures
qui brûlent sont des réactions cutanées face au manque
de respect du ministre de l'intérieur envers leur communauté.
Nicolas SARKOZY n'aime pas cette communauté, il veut se débarrasser
de cette " racaille " à coups de Karcher et il le hurle
haut et fort au milieu d'une cité " chaude " à
11 heures du soir.
La réponse
est dans la rue. La " tolérance zéro " fonctionne
dans les deux sens.
Il est
inadmissible qu'un homme politique (mais en est-il vraiment un ?) se permette
de déséquilibrer une situation tendue par des années
d'ignorance et d'injustices, et qui se permet de menacer ouvertement toute
une partie de la population française sans adresser les vrais problèmes.
En agissant
comme un maître de guerre, il ouvre une brèche qui j'espère
va l'engloutir. La haine attise la haine depuis des siècles et
pourtant Nicolas SARKOZY pense encore que la répression est le
seul moyen d'empêcher la rébellion. Cette volonté
de vouloir imposer sa pensée à n'importe quel prix me rappelle
d'autres grands leaders de notre temps. J'en ai froid dans le dos.
L'Histoire
nous prouve que le manque d'ouverture et de philosophie entre différentes
communautés engendre la haine et l'affrontement. L'Intifada des
différentes banlieues parisiennes ressemble effectivement aux affrontements
qui ont opposés les enfants de Palestine armés de pierres,
aux soldats d'Israël armés d'Uzis.
L'Histoire
se retrouve partout.
Le bruit
et la fureur sont les seuls moyens pour beaucoup de communautés
de se faire entendre. Les attentats terroristes qui font la une des journaux
en sont le résultat. Et la répression de la terreur par
la terreur n'a jamais fait gagner les guerres, elle n'a fait que les entretenir.
Nicolas
SARKOZY est un admirateur de la machine de communication de Georges Bush.
Il se sert des medias pour grandir son image et manipuler la population.
Comme BUSH, il ne défend pas un idéal, il répond
aux peurs qu'il instille lui même dans la tête des gens. Il
aurait engagé la France auprès des Américains dans
la " chasse à la Terreur " de Bush. J'en suis convaincu.
Nicolas
SARKOZY veut devenir le président de notre république et
" personne ne se mettra en travers de son chemin. " Si cet homme
n'échoue pas au moins une fois dans ses démarches pour arriver
à la présidence du pays, plus rien effectivement, ne pourra
se mettre en travers de son chemin, et sa volonté de toute puissance
pourra être enfin exaucée.
L'Histoire
se répète t-elle ? Oui. Elle l'a toujours fait. L'envie
de Pouvoir et l'égocentrisme de ceux qui pensent détenir
une vérité ont TOUJOURS créé des dictateurs.
Nicolas SARKOZY est certainement un petit Napoléon, je ne sais
pas s'il a le potentiel d'un grand, mais il sera impossible demain de
dire que nous n'étions pas au courant.
Source
mardi
15 novembre 2005
A bon compte... texte provenant du site LMSI (Les Mots Sont Importants),
riche en analyses intéressantes (même si discutables)
Ne laissons pas punir les pauvres
Pour un soutien aux émeutiers
inculpés
François Athané
14 novembre 2005
Pourquoi
les illégalismes commis par de multiples mouvements sociaux nous
paraissent ne pas devoir faire l'objet de poursuites judiciaires, alors
que ceux commis par les prétendus "émeutiers"
ne reçoivent, pour le moment, presque aucun soutien de ce genre
? Les luttes sociales comportent toujours, en leur sein, une lutte pour
dire quelles sont les formes légitimes de la lutte. Sur ce plan,
nous - acteurs des mouvements progressistes, militants associatifs, syndicaux
et des partis politiques de gauche - avons perdu beaucoup de terrain -
le droit de grève étant lui-même insidieusement remis
en cause. Toutefois, l'actualité française, après
douze nuits d'insurrection dans nos banlieues, requiert que cette question
soit posée de la façon la plus explicite possible. Je souhaite
montrer, dans les lignes qui suivent, que les diverses raisons exposées
à gauche pour se désolidariser des jeunes révoltés
de ces dernières nuits méritent d'être réexaminées,
et qu'elles ne résistent pas à l'examen.
Quand les postiers de Bègles commettent des actes illégaux
dans leur lutte légitime, en séquestrant leur supérieur
hiérarchique, nombreux sont les acteurs du mouvement social qui
les soutiennent, demandent l'abandon des poursuites ou appellent les juges
à la clémence.
Quand les lycéens commettent des actes illégaux dans leur
lutte légitime, en cadenassant l'entrée de leurs bahuts,
nombreux sont les acteurs du mouvement social qui les soutiennent, demandent
l'abandon des poursuites ou appellent les juges à la clémence.
Quand les marins de la SNCM commettent des actes illégaux dans
leur lutte légitime, en détournant un navire, nombreux sont
les acteurs du mouvement social qui les soutiennent, demandent l'abandon
des poursuites ou appellent les juges à la clémence.
Mais quand la lutte n'est pas tout à fait ce qu'on croit qu'elle
devrait être, quand il n'y a ni porte-parole, ni organisation, quand
ce sont les plus déshérités des dépossédés
[1] qui commettent des actes illégaux, alors tout change : on a
beau reconnaître que leur colère est légitime, on
a beau entendre, dans les bribes d'interviews que nous en proposent les
journalistes, que leur discours est plus et mieux politisé, plus
lucide que celui de la plupart de nos élus, personne ou presque
ne les soutient, ne demande l'abandon des poursuites, ni n'appelle les
juges à la clémence (à l'exception de quelques structures
très minoritaires, telles que les Indigènes de la République
ou DiverCité).
J'aimerais bien qu'on m'explique cette petite incohérence. Je crains
qu'elle soit beaucoup plus difficile à justifier qu'il n'y paraît.
L'article de Dominique Simonnot, paru le 9 Novembre dans Libération,
ainsi que divers comptes rendus d'audience ayant circulé sur la
toile, ont pourtant la vertu de nous informer clairement du genre de "justice"
qui est en train d'être rendue pour cette série de cas :
on ne pourra pas dire qu'on ne savait pas.
Examinons donc les apparences de bonnes raisons avancées à
gauche pour ne pas se solidariser avec les jeunes interpellés lors
de ces dernières nuits.
Entendre des gens dire qu'il est scandaleux de brûler des voitures
ou des bus parce que cela empêche les gens de travailler n'a rien
d'étonnant. L'empêchement de travailler, les salariés
pris en otage, n'est-ce pas là le vieil argument de la droite contre
les grévistes de la RATP, de la SNCF, de la RTM aujourd'hui ? Que
des gens qui se disent de gauche avancent ce genre d'argument est, en
revanche, plutôt consternant. Entendre dire qu'il est scandaleux
de brûler des magasins, parce que c'est l'emploi des gens qui y
sont salariés qui est menacé, rejoint sur le fond le même
argumentaire de la droite, qui brandit la menace des licenciements quand
un mouvement social lui déplaît. Aussi, de deux choses l'une
: ou bien c'est la droite qui a raison, et a ce moment-là il faut
dire oui au service minimum dans les transports en commun et se ranger
aux positions de l'UMP. Ou bien cet argumentaire n'est pas valable pour
ce qui concerne les grévistes de la SNCF, et il n'y a dès
lors pas lieu de l'avancer pour justifier de laisser les jeunes révoltés
seuls face à l'institution judiciaire.
Ira-t-on dire que la différence cruciale avec d'autres formes de
contestation est que les incendies en banlieue ont touché des biens
privés, les rares biens des travailleurs habitant les cités
? On se range alors à l'idée qu'il faut protéger
par-dessus tout la propriété privée, et qu'elle seule
doit être défendue, tandis que la colère sociale ne
devrait pas l'être. Je ne crois pas que ce soit une position satisfaisante
pour la gauche. Je ne crois pas en tout cas que cela justifie, encore
une fois, qu'on laisse les prétendus " émeutiers "
se débrouiller seuls avec l'institution judiciaire, sans soutien
du mouvement social.
Ira-t-on dire encore qu'il s'agit de destruction de richesses ? Mais lorsqu'une
grève a pour effet une diminution de la production marchande, cela
coûte de l'argent. Des richesses qui pourraient être produites
ne le sont pas. Là aussi, la différence n'est pas essentielle.
Elle est seulement d'apparence et d'émotion : ce sont deux formes
de déperdition de richesses ; par les flammes et impressionnante
dans un cas, imperceptible et inaperçue dans l'autre. La véritable
distinction à faire est que, dans le cas des grèves, c'est
d'abord le patron qui perd de l'argent. Mais cet argument n'est certainement
pas décisif à lui seul pour nier toute légitimité
à cette autre forme d'expression de la colère sociale.
D'autres encore disqualifient la révolte des jeunes des cités
au motif qu'ils ne seraient pas motivés par une volonté
de changement social, mais par un désir d'argent et de consommation.
Ce discours est consternant. Car personne, à gauche, n'a contesté
les nombreux mouvements sociaux et grèves qui visaient, ces dernières
années, à l'augmentation des salaires ou au rétablissement
des indemnités des chômeurs ou intermittents du spectacle.
Autre argument, plutôt creux, entendu ici ou là : ces jeunes
s'attaquent à des objets qui n'ont pas de portée symbolique,
il n'attaquent pas les signes du capitalisme. Mais lorsqu'ils lancent
des cocktails Molotov sur des véhicules de police, qui peut nier
que cela a une portée symbolique ? Faut-il défendre ceux
qui attaquent la police, plus que ceux qui brûlent les voitures
? Evidemment non - mais il faut observer que la fréquente bienveillance
avec laquelle on parle des pavés jetés sur les CRS par les
étudiants de Mai 68 ne rencontre pas semblable désapprobation.
Pourquoi donc ? Parce que les étudiants de Mai 68 avaient de jolis
mots d'ordre lettrés ? Derrière tout cela, se dissimule
une falsification inaperçue, insidieuse de l'histoire, qui va parfaitement
dans le sens des intérêts des dominants. Certains semblent
s'imaginer que le progrès social passe exclusivement par les chancelleries
et les dîners de gala : comme en attestent parfaitement l'irréprochable
paix sociale qui, en 1936, a gentiment mené nos grands-parents
vers l'obtention des congés payés ; ou encore, la façon
dont on a obtenu les accords de Grenelle en 1968. Il faut se garder de
céder à ces reconstructions mythologiques, et quelque peu
iréniques, de notre histoire sociale. Il y a eu, en 1936, en 1968,
des grèves largement suivies ; mais à la même période,
la protestation a également pris des formes émeutières
ou insurrectionnelles qui n'épargnaient pas toujours, loin s'en
faut, les biens d'autres pauvres.
Et lorsque les jeunes banlieusards brûlent aujourd'hui une entreprise,
un centre commercial, est-on sûr que cela n'a pas de signification
symbolique ? Evidemment non : cette colère, alors dirigée
vers les lieux concrets où l'on travaille et consomme, lieux de
la société salariale dont l'accès est refusé
à une partie importante de notre jeunesse, a un sens. Lorsque brûlent
les écoles, les crèches, certes, cela peut être considéré
comme contre-productif ; mais enfin, sommes-nous si bon sémiologues
et sociologues pour dire ce qui a une signification symbolique et ce qui
n'en a pas ? A quel titre, du haut de quel point de vue surplombant et
omniscient s'autorise-t-on à dire ce qui est sensé et mérite
d'être soutenu, et ce qui sera disqualifié comme absurde
ou irrationnel ?
D'autant qu'on n'hésitera pas, deux phrases plus loin, à
parler des " voies de garage " dans les formations scolaires
qui leur sont proposées - quitte à mépriser au passage
le travail des enseignants desdites formations, et perpétuer ainsi
ce qu'on dénonce - et de tri social à l'école : comment
prétendre ensuite que brûler l'école n'a pas de signification
? L'incohérence, ici, est manifeste ; et l'absurdité est
du côté de ceux qui croient la dénoncer.
Pour prendre le cas apparemment le plus dépourvu de signification
symbolique : brûler une voiture, au hasard dans la rue. Il n'est
pourtant pas besoin d'être grand clerc pour voir là une portée
symbolique tout à fait limpide. Quelle valeur peut avoir une voiture,
si, aussi loin qu'elle aille, elle ramène toujours ses passagers
dans les quartiers de relégation sociale ? Si elle ne peut pas
mener au-delà de la désespérance et de l'inexistence
sociale, plus loin que la fatalité d'être mal né,
pourquoi pas la détruire ?
Il ne s'agit là que d'une manière de trouver une signification
à de tels gestes ; l'exposer ici a seulement pour objet de montrer
que l'insignifiance symbolique n'est pas aussi simple à déceler
qu'on le prétend parfois.
De ces réflexions, je conclus qu'il n'appartient à personne
de dire ce qui a valeur de symbole ou pas. Je conclus également
: il semble que pour bon nombre de gens réputés de gauche,
ce qui a valeur marchande ne peut pas faire symbole, et ne peut dès
lors être pris pour cible d'un mécontentement social. Idée
qui est, en soi, très chargée de signification quant aux
capacités véritables de beaucoup d'entre nous à rompre
avec l'ordre symbolique capitaliste : il est à craindre que la
contestation de la société marchande appelée à
sortir de ce genre de présupposés n'ait, pour le coup, qu'une
portée purement symbolique, voire : anecdotique.
Autre argument creux pour justifier l'absence de soutien aux prétendus
" émeutiers " : leur action serait inefficace, et vouée
à l'inefficacité. Elle serait motivée par un souci
spectaculaire : passer à la télé, rivaliser dans
les médias avec les gars de la cité d'à côté.
Mais quand les marins de la SNCM ont détourné un bateau
vers la Corse, cette action avait surtout cette efficacité, médiatique,
de faire monter la pression sur le gouvernement, d'exprimer spectaculairement
leur détermination, enfin d'uvrer à la prise de conscience
de tous via les médias. Sur ce point, on voit mal la différence
de principe avec les prétendus " émeutiers ".
On peut aussi penser que les marins, franchissant la borne de l'illégalité,
ont voulu à juste titre surenchérir (rivaliser ?) par rapport
aux autres groupes sociaux en lutte, par exemple les enseignants, qui
n'ont pas franchi cette borne en 2003 [2], et dont les revendications
sont passées dans les poubelles de l'Hôtel Matignon.
Et pour ce qui est de l'efficacité autre que spectaculaire, on
ferait peut-être mieux de se taire : voilà trois ans, depuis
le premier budget du premier gouvernement Raffarin, que syndicats enseignants,
associations de quartiers, travailleurs du ministère de la Jeunesse
et des Sports, éducateurs, travailleurs sociaux, font inlassablement
savoir, mais seulement par des voies légales et institutionnelles,
qu'il est désastreux de supprimer les subventions aux associations
travaillant dans les cités. Cela n'a abouti à rien, rien
qu'au mur du mépris gouvernemental. Douze nuits de voitures brûlées,
et voilà que soudain le grand homme d'Etat Villepin parle d'augmenter
ces subventions, et qu'à côté du lot attendu de mesures
régressives et répressives il reconnaît l'erreur commise.
Le Premier Ministre semble même enfin concevoir que le rétablissement
des postes d'assistants d'éducation en ZEP peut avoir une utilité.
J'en conclus que le bilan est pour le moins ambigu, et que les douze nuits
d'incendies auront peut-être plus d'efficacité que les trois
dernières années de protestation syndicale continuelle et
de grèves perlées.
S'il y a bel et bien, comme on le dit à gauche, état d'urgence
social, le minimum serait d'exiger que les personnes victimes d'atteintes
à leurs biens lors de ces dernières douze nuits soient indemnisées
en totalité par des fonds publics, sur la base de leur valeur d'usage
et non de leur valeur marchande, et que personne ne soit poursuivi pour
ces atteintes. Cette mesure serait vraisemblablement la plus à
même d'éviter l'apparition d'un esprit de revanche et de
vindicte, et d'uvrer ainsi, dans les quartiers populaires, à
la nécessaire réconciliation entre les personnes ayant perdu
leur bien et ceux qui ont commis les dégradations. Quoi qu'on pense
de cette dernière proposition, il est impératif que la gauche
rompe totalement avec le lexique des " violences urbaines "
et autres expressions de ce genre, qui sont de purs artefacts de la sphère
spectaculaire-sécuritaire, et ne veulent rien dire de précis.
Car, ne permettant pas de faire la distinction minimale entre les atteintes
aux biens et les atteintes aux personnes, l'expression de " violences
urbaines " ouvre la voie à tous les amalgames, sur fond du
présupposé fondamental : la marchandise doit être
en toute circonstance protégée, au même titre que
les personnes. Or, les atteintes graves aux personnes ayant un lien formellement
établi avec les prétendues " émeutes "
n'ont été pour l'instant que très peu nombreuses.
Il y a eu des actes injustifiables, tels que l'incendie d'un bus occupé.
Il n'en reste pas moins que la très grande majorité des
violences s'est cantonnée à des atteintes aux biens, ou
à des affrontements avec les forces de l'ordre ne mettant pas en
danger la vie des agents. De ce point de vue, la prétendue "
explosion de violence " des jeunes banlieusards n'est certainement
pas aussi irrationnelle et incontrôlée que les médias
dominants l'ont prétendu.
J'étais, mercredi 9 novembre, de 17 heures à 19 heures,
à Bobigny : au Tribunal de Grande Instance, où comparaissent
les prévenus ; je n'ai pas vu un militant, pas un tract. Cent mètres
plus loin, devant la préfecture : mille personnes rassemblées
pour manifester contre l'état d'urgence.
Il me semble qu'il faut immédiatement rectifier cette stratégie,
ou cette absence de stratégie. Nous ne pouvons pas laisser ces
adolescents et jeunes adultes sans soutiens devant la justice [3].
Il serait évidemment absurde et falsificateur d'en conclure que
j'appelle à cautionner tous les actes commis durant les prétendues
"émeutes". Mais l'attitude actuelle des acteurs du mouvement
social revient, de fait, à un blanc-seing donné à
l'institution judiciaire, qui elle-même ne statue pratiquement que
sur des rapports de police, pour cette série d'affaires. Par conséquent,
la question est : faut-il donc toujours faire une confiance totale à
la police, dès lors que les gens interpellés viennent des
cités, et ne sont ni syndiqués, ni membres d'organisations
progressistes ?
Je doute, pour diverses raisons, que ce soit la bonne approche. Certaines
organisations s'opposent à l'expulsion immédiate des ressortissants
étrangers arrêtés durant ces dernières nuits,
mais cette exigence n'est certainement pas suffisante.
Etant donné les circonstances, il faut en finir, à gauche,
avec le dérisoire plaidoyer pour l'ordre républicain. On
appelle au respect des valeurs et du droit, et le résultat est
le suivant : la loi d'exception de 1955, la menace sur les libertés
publiques, le simulacre de droit devenu ouvertement non droit. L'ordre
républicain, tel qu'en lui-même, enfin, l'Etat d'urgence
le montre : ordre colonial ou policier, plus ou moins euphémisé,
plus ou moins soft ou hard, c'est selon :
l'ordre républicain de la double peine tantôt abolie, tantôt
rétablie, c'est selon ;
l'ordre républicain de la traque des sans-papiers, par le biais
d'un non respect massif des lois qui réglementent le contrôle
d'identité ;
l'ordre républicain où l'on exige en toute illégalité
discriminatoire que certaines catégories de la population aient
toujours leurs papiers sur eux ;
l'ordre républicain de la destruction des familles dont l'un des
membres n'a pas de papiers ;
l'ordre républicain des charters d'expulsion vers l'Afghanistan
;
l'ordre républicain du démantèlement méthodique,
par tout moyen, des lois régissant le travail ;
l'ordre républicain de l'impunité de Supermenteur ;
l'ordre républicain d'un ministre de la Justice qui revendique
à haute voix l'anti-constitutionalité de sa loi rétroactive
sur le bracelet électronique ;
l'ordre républicain du missilier Dassault, à la fois sénateur
et fournisseur d'armements à l'Etat, qui vote les budgets de la
Défense Nationale dont une part substantielle iront dans sa poche
;
l'ordre républicain du pillage des biens publics au profit des
actionnaires et d'un copain d'études du Premier Ministre (cas de
la SNCM) ;
l'ordre républicain où même les banquiers qualifient
de " hold-up " (Le Monde daté du 10 Novembre) l'action
économique du gouvernement (s'agissant de la suppression du fonds
de garantie des prêts à taux zéro, profitables aux
classes moyennes et populaires).
L'ordre républicain du respect du droit - ou de sa mise en pièces,
c'est selon. L'ordre républicain, tel qu'en lui-même : celui
où chacun se croit tenu, par bienséance ou intimidation,
d'appeler rituellement (et jusque, hélas, dans les colonnes de
Politis) à la punition de certains illégalismes, tandis
que d'autres sont tellement banalisés qu'on oublie de les considérer
comme des scandales à sanctionner - tant la conception prédominante
du droit et de l'ordre est-elle même indigente, soumise et confortable
aux intérêts marchands ou électoralistes de quelques-uns
; surtout : docile à la plus inique et la plus invisible des lois
: la loi du plus fort.
L'ordre républicain - qui, à gauche, pourrait décemment
le nier en pareilles circonstances ? - est une certaine modalité
du désordre : celle qui arrange les groupes ayant pouvoir d'accréditer
la conception de l'ordre et du désordre conforme à leurs
intérêts, réels ou imaginaires.
Brûler des voitures ? Laisser libre cours à sa rage devant
l'injustice et l'indécence ? Casser, tout casser ? Nombreux, nous
l'avons rêvé ; ils l'ont fait. Je laisse à d'autres
la responsabilité de punir ces actes plutôt que d'autres.
Je ne me reconnais pas dans cette parodie d'ordre républicain.
Je refuse que les prétendus " émeutiers " soient
punis de cette façon en mon nom. J'invite ceux qui partagent cette
analyse à assister aux audiences des jeunes en comparution immédiate,
à manifester notre solidarité à leurs familles et
leurs amis, comme aux victimes de toutes les violences de ces dernières
nuits, enfin à protester contre l'Etat d'urgence.
François Athané
Matin brun
Pierre Bertrand, traducteur, Mens (38)
Mercredi 16 novembre 2005
Bonjour
à tous,
Connaissez-vous le livre "Matin brun", où deux personnages
ordinaires vivant au moment de la prise du pouvoir par le parti brun,
ferment les yeux et les oreilles - avec un vague sentiment de culpabilité,
insuffisant pour surmonter leur petit confort -, jusqu'au moment où
c'est trop tard ?
J'ai le sentiment nauséeux d'y être. Un ministre qui utilise
les bonnes vieilles ficelles démagogiques de l'amalgame et de la
stigmatisation, et le vocabulaire qui va avec, sans que cela ne nous pousse
dans la rue, ce que nous n'aurions pas manqué de faire il y a peu
(la dernière fois, ce fut un1er mai).
Un état d'urgence hystérique, qu'on instaure quand les choses
se calment, mais ça fait toujours bien à la cote de popularité,
et qui ressemble comme deux gouttes d'eau aux opportunes alertes au terrorisme
d'un certain George Bush.
Un gouvernement qui, en guise de réponse politique au problème,
se sert des troubles pour avancer une ahurissante liste à la Prévert
de mesures incohérentes, qui profite du moment pour régler
des questions qu'il aurait trop peur de toucher autrement. De pistes de
solutions, il n'est pas question dans cette boutique de brocanteur.
Une opposition qui n'ose plus prendre la parole sans consulter sept fois
les sondages, pour décider courageusement que le silence est d'or.
Une opinion publique (nous) que ces excès mobilisent moins que
la défense du pouvoir d'achat, mais on peut en dire autant des
syndicats.
500 millions de dégâts quand la réhabilitation architecturale,
économique et sociale d'un grand quartier va chercher dans les
50 millions. Ca résume les choses.
Savez-vous au moins s'il se passe quelque chose dans vos associations,
vos syndicats, vos partis ?
J'aimerais bien qu'on commence à sortir de ce matin déjà
trop brun à mon goût. Tant il est vrai que l'état
policier est fils de l'état trop libéral, nous ne sommes
qu'au début.
Merci de faire circuler les infos.
ECHANGES UDAS
S'il
faut en croire les cotes de popularité, celle de Sarkozy flambe
autant que flambent les banlieues. Étonnant ? Non.
Ceux qu'il voue aux gémonies sont donc ses meilleurs agents électoraux.
Pensera t'il à leur dire merci ?
Philippe
Une raison pour laquelle le gouvernement veut à tout prix et par
n'importe quel moyen refroidir les banlieues est que les sauvageons (Politis
réhabilite Chevènement) s'attaquent comme lui à démolir
le service public, pas pour les mêmes raisons mais l'effet est le
même et en plus voyant. Et c'est bien fâcheux.
En effet :
Faire flamber un centre social ou lui couper les subventions.
Faire flamber les bus ou ne pas développer d'alternative au tout
auto.
Brûler des écoles ou mener une politique visant à
démolir le service public d'éducation.
Caillasser les pompiers pour laisser les choses se dégrader ou
abandonner pour ce qui nous concerne les réseaux d'aide.
Vivre de petits trafics ou dépenser pour 4000 F de frais de bouche
par jour..
Circuler dans des voitures "empruntées" ou dans les vols
d'Euralair à l'il..
Squatter un appartement vide ou se faire offrir un 600 m2 par le contribuable.
Se défouler entre hommes et laisser les femmes à la cuisine
comme dans les différentes assemblées politiques.
Interdire l'accès de sa cité comme d'autres interdisent
l'accès à leur résidence de standing à cause
(grâce ?) à la spéculation immobilière.
Tenir les murs ou tenir les cordons de la Bourse.
Ce ne
sont que des idées en passant.
Philippe
ETAT D'URGENCE
Intervention de Alima Boumediene-Thiery, Sénatrice Verte
Sénat, le 16 novembre 2005
PROROGATION DE L'APPLICATION DE LA LOI DU 03 AVRIL 1955
L'ETAT D'URGENCE
Projet de Loi présenté par Dominique de Villepin
Monsieur le Ministre,
Alors que les violences urbaines continuent de décroître,
comme par provocation pour rallumer le feu, vous nous demandez de proroger
l'Etat d'Urgence.
Permettez-moi de vous parler en toute franchise car je pense que respecter
son interlocuteur commence par la sincérité !
Tout d'abord, sachez que je suis née et j'ai toujours vécu
dans ces quartiers où sont ma famille et mes amis, et je peux,
sans aucune démagogie, vous dire combien vous nous avez blessés
en utilisant ces termes de racailles, de voyous. En insultant certains
habitants, vous nous avez tous insulté !
Lorsque vous avez parlé de " karcher ", je n'ai pas pu
m'empêcher de penser " purification "
Je pense que vous ne les connaissez pas, il est vrai que les jeunes de
Neuilly ne sont pas ceux d'Argenteuil, et que nous vivons bien, malheureusement,
dans 2 France différente !
Parce que vous ne nous connaissez pas, parce que vous n'avez pas conscience
des violences et des humiliations que nous vivons au quotidien, vous n'aviez
par le droit de nous insulter.
Pour reprendre un dialogue respectueux et constructif, des excuses sont
attendues et nécessaires, et non pas une déclaration de
guerre.
Or, l'Etat d'urgence et son régime, c'est une déclaration
de guerre !
Au préalable, revenons un bref instant sur cette situation, car
il ne suffit pas de condamner puis de réprimer, mais il faut comprendre
pour agir efficacement.
Permettez moi donc de vous rapporter quelques bribes des discussions que
j'ai eu ces dernières nuits avec les jeunes de mon quartier :
"On nous traite pire que des chiens, même les animaux ici ont
plus de droits que nous ! Tous les jours, c'est l'humiliation
tu
attends ton train à la gare, on te contrôle, t'as pas le
droit d'attendre à la gare, c'est le plan vigipirate on nous dis,
tu marches sur le trottoir, on te contrôle, au faciès, pour
rien !
Bientôt on va même nous interdire de respirer
parce qu'on vole l'oxygène des français, car pour eux on
n'est pas des français ! A quoi servent tes papiers, y'a pas de
travail, pas de logement décent, pas d'activités ou elles
sont trop chères, les salles du quartier sont fermées, nos
associations sont étouffées, même dans le hall de
l'immeuble, tu ne peux pas discuter, on fait quoi ? On va où ?
Tu le sais toi, tu es d'ici, avec nous, de notre quartier, tu le vois,
on n'existe pas !
Même toi, tu as réussi, tu as fait des études, mais
ça donne quoi ? tu nous connais, tu sais qu'on n'est pas des voyous,
mais qui t'écoute ? Qui te donne la parole ? Même les médias
te méprisent car tu ne veux pas dire ce qu'ils veulent entendre
!
On n'est pas des esclaves, on n'est pas des bêtes ! Alors ça
brûle, car on n'existe que quand on brûle !
Et on brûle quoi ? L'école qui ne sert plus à rien
et nous exclut, nos logements insalubres où ils nous ont parqués,
nos quartiers sont abandonnés
On est des pauvres et ils n'aiment
pas les pauvres, c'est la relégation ici
le bagne des pauvres
et des exclus ! ... " Et je pourrais continuer ainsi pendant longtemps
!
Non, ce n'est pas la haine, c'est la rage qu'ils ont !
Depuis des années, ils crient leurs douleurs mais personne ne les
écoute, personne ne veut les entendre !
" Les violences, ce n'est pas une solution ", me direz-vous
?
Vous avez raison, mais que voulez vous ? S'ils produisent de la violence,
c'est qu'ils ne connaissent que la violence.
Ils ne vivent que des violences, au quotidien, sous diverses formes :
exclusions, discriminations, racisme, humiliation, chômage
.
Et aujourd'hui encore, ils sont victimes de leur propre violence, mais
ils n'ont plus rien à perdre
. C'est leur désespérance,
c'est leur mal-être qu'ils brûlent également comme
pour exorciser toutes ces violences qu'ils subissent !
Ne vous y trompez pas ! Ce n'est pas du misérabilisme, c'est leur
réalité, leur quotidien. Et leur révolte, c'est leurs
mots pour dire non ! C'est aussi le cri de la vie et un cri d'espoir pour
un avenir meilleur !
Ne vous trompez pas de cibles !
Arrêtez les amalgames qui feraient croire que la France est en guerre
civile, et que les étrangers en mal d'intégration seraient
coupables.
Ce conflit est social, il n'a rien à voir avec nos origines, nos
cultures ou nos religions. Comme je l'ai déjà dit, il puise
ses racines dans l'injustice, dans les discriminations et l'humiliation.
Ne tombez pas dans la facilité, en appelant au secours les organisations
musulmanes.
Regardons en face nos responsabilités, si nous voulons redonner
confiance.
Et surtout, n'essayons pas de faire sur cette question de la politique
politicienne, ou de la démagogie populiste.
Nous avons une responsabilité collective à assumer quant
aux politiques de la ville menées jusqu'à ce jour, politiques
qui se contentent de changer les noms des programmes, mais qui trop souvent
oublient les premiers concernés de ces quartiers.
Pour conclure, n'oublions pas notre histoire commune, et celle de nos
parents que vous avez trop souvent tendance à culpabiliser aujourd'hui,
après les avoir méprisés, dévalorisés
et niés dans leurs droits !
Au nom de cette mémoire, je ne peux pas accepter votre proposition
d'Etat d'Urgence, qui n'est qu'un résidu de la période coloniale,
colonisation que nos parents ont combattu, et couvre feu que nos quartiers
ne peuvent oublier !
Ni les parents, ni les plus jeunes ne peuvent oublier les évènements
d'octobre 61, et aujourd'hui avec votre couvre-feu, vous nous renvoyez
à notre indigénat.
Même si l'opinion publique semble en faveur de cette déclaration,
je ne peux m'y résoudre. L'histoire nous a souvent prouvé
que la majorité n'avait pas toujours raison !
L'opinion publique ne peut que réagir par rapport à ces
peurs que vous avez créées !
Elle en ignore la portée véritable et encore plus ce que
cache cette mesure.
Au surplus, son appui n'est pas une raison suffisante pour en justifier
la mise en uvre.
Cette loi est un texte d'exception qui constitue une violence en soi,
car elle fait l'amalgame entre nos origines et le déficit social
et économique que nous subissons de plein fouet.
Alors que l'on nous parle de justice sociale et d'égalité
des droits et des chances, l'utilisation de cette loi d'exception nous
dit que c'est la fin de l'égalité devant la loi
Et à cela, je ne peux m'y résoudre !
Oui, Messieurs les ministres et chers collègues,
Stopper les violences et rétablir les solidarités dans les
banlieues est une nécessité, voire une urgence.
Si, comme nous le savons tous, la sécurité est la condition
de notre liberté, nous sommes également conscients qu'il
ne peut y avoir de paix sociale sans justice sociale ! Et la paix sociale
ne s'achète pas à coups de subventions !
Cela implique-t-il de nous soumettre à un droit d'exception au
détriment de nos libertés publiques et individuelles ?
Cela justifie-t-il ce mépris de nos principes de droits fondamentaux,
alors qu'hier encore, notre président en appelait aux valeurs de
notre République et dénonçait " la crise de
sens de la société française " ?
Je vous le dis sincèrement et avec effroi, notre démocratie
est en danger, et ce ne sont pas ces jeunes qui la mettent en danger,
mais bien les responsables politiques au pouvoir qui aujourd'hui ne donnent
comme solution que la répression qui ne favoriserait que l'extême-droite.
Si votre objectif est de récupérer ces voix, permettez-moi
de vous dire que vous faîtes prendre à la République
de gros risques.
Nous sommes entrain de vivre un moment crucial, dont nous aurons à
assumer la responsabilité devant l'histoire.
En faisant reculer nos libertés et la force du droit, nous apportons
un crédit au droit de la force, et nous érigeons la répression
en stratégie politique !
On sait où nous mène le cycle bien connu qui enchaîne
provocations et répression, et les résultats désastreux
qu'il permet d'obtenir !
Les banlieues n'ont pas besoin d'un Etat d'exception qui leur restreint
leurs libertés et leurs droits mais elles ont besoin de respect,
de solidarités, et de Justice grâce à une véritable
Egalité des droits qui ne se cantonnent pas aux discours !
Il faut changer de méthodes, d'autres choix économiques
et sociaux sont indispensables, le passage en force systématique
doit laisser place au dialogue et au respect !
Il faut mettre en place les conditions d'une véritable reconnaissance
sociale et d'une démocratie qui permettent à chacun d'intervenir
sur les choix les concernant en premier lieu.
Or, les mesures que vous préconisez sont non seulement porteuses
d'atteintes graves à nos libertés publiques et à
notre démocratie, mais elles sont également dangereuses.
Elles stigmatisent toute une population, et elles renforcent le sentiment
d'apartheid social et territorial que connaissent déjà certains
quartiers.
Enfin, les principes de notre droit sont au cur des défis
que vous nous lancez. Il est de notre devoir de démocrate de le
défendre et les garantir.
Comment parler d'indépendance de la justice, lorsque le ministre
de l'intérieur exhorte le juge des libertés à condamner,
voire à expulser des personnes en situation régulière
au regard du droit sur le séjour des étrangers en France
?
Comment parler de liberté de circulation, quand même un taxi,
ici dans la cour du Sénat s'inquiète et refuse, dans un
premier temps de me conduire chez moi à Argenteuil, au prétexte
que nos lieux de vie sont sous couvre feu ?
Comment parler de garantir nos droits, quand même les magistrats,
garants de nos libertés, sont exclus de la procédure et
ne peuvent intervenir dans les perquisitions ou les assignations à
résidence ?
Que dire d'un Garde des Sceaux qui encourage les magistrats à exécuter
fidèlement, au nom de l'ordre public et de l'intérêt
général, des mesures d'exception d'une triste époque?
Que dire encore de ces procédures expéditives qui se multiplient
au mépris des droits de la défense et des conventions internationales
?
Depuis plusieurs années, toutes les réformes judiciaires
que nous proposent votre majorité n'ont qu'un fil conducteur :
la restriction de nos droits et nos libertés.
Vos politiques mettent en place de véritables machines à
désintégration et à exclusions, que ce soit à
l'école, au travail, dans les quartiers ou ailleurs
.
Et après vous voudriez nous faire des leçons de citoyenneté
?
C'est la France d'en bas, que vous sollicitiez hier pour arriver au pouvoir
et qu'aujourd'hui, vous ghettoïsez, sans aucun droit ni liberté,
sans même
C'est l'avenir de notre pays que vous mettez en danger, en enfermant cette
jeunesse dans l'exclusion et le désespoir !
Comment demain vous pourrez les alerter sur les dangers du repli communautaire,
alors qu'aujourd'hui vous les enfermez dans leur communauté sociale
et territoriale ?
C'est la démocratie que vous mettez en péril, en ne répondant
à cette révolution sociale par un régime d'exception,
à l'image des dictatures que nous, pays des droits de l'homme,
voulions combattre !
Quelle image donnons-nous de notre pays ?
Alors
que nous nous permettons souvent de donner des leçons de démocratie
et de libertés à nos voisins et partenaires, quelle crédibilité
aurons-nous désormais ?
Ne comptez pas sur nous, pour panser les plaies et jouer les pompiers,
si vous continuez à faire les pyromanes dans nos quartiers.
Ma solidarité, je sais vers qui elle ira, naturellement !
Le droit d'avoir des droits et des libertés, comme le droit à
la dignité sont des valeurs fondamentales et inaliénables
que notre pays doit continuer à honorer au risque de voir sa cohésion
sociale durablement mise à mal.
Non, il ne s'agit pas de menaces, mais seulement d'une recherche de la
Justice quelque soit le prix à payer !
Je vous remercie,
Amendements défendus :
Amendement n°1
Article additionnel
Avant l'article 1er, insérer l'article suivant :
" La loi n°55-385 du 3 avril 1955 est abrogée. "
Objet
La loi n° 55-385 du 3 avril 1955 est clairement née dans le
contexte de la guerre d'Algérie. Maintenir dans notre droit une
loi qui fait explicitement référence à cette période
historique ne fait que rouvrir les blessures du passé colonial
de la France.
Notre pays, si attaché aux principes de l'Etat de droit se doit
d'abroger les restes de son passé colonial qui l'avait conduit
à mettre en place des lois d'exception. La France n'est ni en guerre,
ni un régime autoritaire. Les atteintes ainsi portées aux
libertés publiques et individuelles, ne sauraient trouver de justification
aujourd'hui. D'autant que le fonctionnement normal des institutions ainsi
que le droit actuel, permettent aux pouvoirs publics de prendre les mesures
nécessaires au maintien de la tranquillité pour l'ensemble
des citoyens.
Argumentaire
" Cet amendement demande ce que personne n'a encore osé demander,
l'abrogation de la loi du 3 avril 1955. Cette loi est un texte d'exception.
Le régime juridique d'exception qu'elle instaure est contraire
à la philosophie et à l'esprit de notre démocratie
moderne.
Elle fait tristement écho à tous ses régimes dictatoriaux
qui, de par le monde, imposent un droit d'exception à leur population.
Des pays où les droits et libertés sont constamment bafoués
et remis en cause.
Cette loi d'exception est d'autant plus injustifiée que la France
n'est pas en guerre, contrairement à ce que ce Gouvernement tente
de faire croire à l'ensemble de nos citoyens.
Aller jusqu'à prétendre que notre pays serait en guerre
contre une "cinquième colonne d'étrangers de l'intérieur",
composée de français naturalisés et d'immigrants
afin de les expulser massivement, au mépris de la Convention Européenne
des Droits de l'Homme ou des réglementations internationales, est
indigne de notre état de droit et de nos valeurs républicaines.
Il est regrettable de constater que notre Gouvernement met tout en uvre
pour créer un sentiment général de peur afin de terroriser
les populations les plus fragilisées. Terreur qu'il instrumentalise
ensuite, pour légitimer l'idée que nous sommes en pleine
guerre civile et qu'il se doit de nous protéger par des mesures
ultra sécuritaires. Ainsi, la répression s'imposerait à
nous, mais pour notre bien !
Cette loi, qui vise à entériner la logique de l'affrontement
d'une France contre une autre, s'oppose à la logique de dialogue,
de respect et de justice dont le pays a besoin, et plus particulièrement
ces jeunes s'exprimant par la violence mais également eux-mêmes
victimes de violences.
Pour la femme que je suis, avec le nom que je porte, permettez moi Monsieur
le Ministre, de vous avouer le sentiment de violence qui m'a agité
lorsque vous avez fait recours à cette loi !
En effet, pour beaucoup de citoyens, cette loi n'est, ni plus ni moins,
que la réminiscence d'un passé colonial qui ne passe pas
!
A cela s'ajoute, une diversité ethnique que l'on refuse de reconnaître
!
Instaurée et utilisée pour la première fois durant
la guerre d'Algérie, dans des conditions dramatiques et avec des
conséquences tragiques, la loi du 3 avril 1955 est indissociable
d'une histoire dont l'empreinte, malheureusement, continue à marquer
notre époque.
Le recours à cette loi nous prouve combien certains esprits sont
encore colonisés !
Après la reconnaissance de " l'action positive de la colonisation
", nous avons droit aujourd'hui à la loi de 1955. Et vous
voulez signer un traité d'amitié avec l'Algérie ?
soyez sérieux !
L'état d'urgence a ensuite était appliqué aux kanaks
en Nouvelle-Calédonie. Mais, les évènements de la
grotte d'Ouvéa en 1988 prouveront d'ailleurs, dans les larmes et
le sang, que le tout répressif ne résout jamais rien.
Puis adopté à Wallis-et-Futuna
En fait, on pourrait
faire la liste des colonies en regardant au plus prêt l'application
de cette loi ! Bref, les arabes, les kanaks, les noirs et les étrangers
de l'intérieur.
Oui, l'état d'urgence et la cohorte des atteintes aux libertés
que son régime suppose sont aujourd'hui appliqués à
la France et aux banlieues, aux quartiers difficiles, dit-on. Pourtant,
on a connu d'autres moments difficiles comme en Mai 68, sans qu'il n'y
ait recours à cette loi.
Ceci prouve bien le traitement colonial des banlieues et la gestion tout
aussi coloniale de l'immigration sont ainsi entérinés.
Dans un dangereux mouvement de bégaiement de l'histoire, ce Gouvernement
applique aux jeunes des quartiers difficiles, le même traitement,
inique et inadmissible, qui avait été hier appliqué
à leurs parents et grands-parents.
Aux indigènes de la colonie se substituent officiellement les indigènes
des banlieues, comme l'ont rappelé récemment plusieurs personnes
issues de cette histoire et ardents défenseurs du devoir de mémoire.
Alors que certains responsables osent appeler les habitants des banlieues,
" fils et filles de la République ", Je suis désolée
de constater qu'avec cette loi, se confirme qu'on nous traite, encore
et encore, en enfants illégitimes de la République. "
Quoi qu'il en soit, aujourd'hui le fonctionnement normal de nos institutions
ainsi que le droit actuel permettent aux pouvoirs publics de prendre les
mesures nécessaires au maintien de la tranquillité des citoyens.
Pour ces raisons, notre pays se doit d'abroger cette loi d'exception qui
n'est que le résidu d'une période coloniale.
Amendement n° 2
Article 1er
Supprimer l'article 1er.
Objet
L'état d'urgence, régime d'exception instaurant exclusivement
des dispositions répressives et se limitant à proposer une
réponse policière, n'apporte pas de solution à des
problèmes sociaux et politiques.
Argumentaire
" L'instauration et la prorogation de l'état d'urgence impliquent
une logique de guerre au détriment de la médiation.
Ainsi, vous voudriez nous faire croire que les problèmes posés
par les violences qui sévissent actuellement dans nos banlieues
ne sont pas d'ordre politique et social, et qu'il faut, par conséquent
y répondre par la seule force.
Toute la force de la coercition et de la répression généralisée
est donc aveugle ?
En utilisant l'état d'urgence, ce Gouvernement tente de monter
une France contre une autre.
Il consacre par un même geste, la fracture territoriale et la relégation
sociale dont souffrent les quartiers populaires.
Pis, aux habitantes et aux habitants de ces quartiers défavorisés,
il impose une stigmatisation supplémentaire.
A l'instar de certains à droite, et malheureusement, aussi à
gauche, le Gouvernement cède à la tentation de communautariser
ou de culturaliser, voire même confessionnaliser ces évènements.
Ceci pour éviter d'aborder et de traiter le cur du problème,
qui n'est autre que la fracture sociale qui s'illustre à travers
la lutte sociale d'une population qui s'appauvrit de plus en plus, et
qui aujourd'hui se révolte contre l'injustice qui marque leur quotidien.
Population victime de tous les types de discriminations et d'exclusions
qui ne font qu'alimenter les extrémismes de tout bord et engendrer
toutes les formes de racismes et de xénophobie.
Discriminations dans le logement, l'emploi, les transports, l'expression
culturelle et la représentation politique ou encore médiatique.
A cela s'ajoutent le mépris et l'humiliation quotidienne, la dévalorisation
des repères et la négation du droit à la mémoire,
ou encore le refus de reconnaissance et de promotion dont ils sont victimes.
Je vous assure que la révolte aurait pu être pire, et que
la répression ne suffira pas à la calmer !
Si vous vouliez vraiment jouer avec le feu, ce n'est pas d'un couvre-feu
dont vous auriez dû parler, Monsieur le ministre, mais d'un cessez-le-feu
dans cette guerre aux pauvres qui n'ont plus rien à perdre ni à
espérer. Celui-ci aurait, au moins, eu le mérite de reconnaître
les deux France qui s'affrontent, pour les mener à la réconciliation
! "
Amendement n°3
Article 2
Supprimer l'article 2.
Objet
La loi du 3 mai 1955 est liberticide et dangereuse pour nos libertés
individuelles puisqu'elle va au-delà de la procédure pénale
actuellement en vigueur pour les flagrants délits, et donc ne permet
pas un minimum de garanties, comme l'encadrement par un magistrat de l'ordre
judiciaire dans l'application des mesures d'assignation à résidence
ou dans les entraves mises à la liberté de circulation,
ou encore dans les perquisitions.
ARGUMENTAIRE
" Face à l'acharnement de ce Gouvernement à imposer
un Etat d'exception, on pourrait se contenter de qualifier la loi de 1955
d'inutile.
En effet, une grande partie des dispositifs qu'elle autorise, existent
déjà dans notre arsenal législatif. Parmi ceux-ci,
il y a notamment la mesure phare annoncée, le couvre-feu.
Alors que les maires peuvent, dans le cadre de leurs pouvoirs de police,
instaurer le couvre-feu, notons que dans la majorité des villes
confrontées aux plus graves cas de violences, celui-ci n'a pas
été appliqué.
Cependant, la loi de 1955 n'est pas seulement inutile, mais elle est surtout
liberticide et dangereuse.
Les dispositions de cette loi vont au-delà de la procédure
pénale actuellement en vigueur pour les flagrants délits.
En excluant même un minimum de garanties, comme l'encadrement par
un magistrat de l'ordre judiciaire dans l'application des mesures d'assignation
à résidence ou dans les entraves mises à la liberté
de circulation. Ces mesures ouvrent la porte à l'arbitraire total
et donne tout pouvoir aux autorités policières et administratives.
L'extension des pouvoirs des forces de l'ordre, avec le risque d'abus
inévitables, n'apporte aucune solution à la désespérance
sociale.
Au contraire, au lieu d'instaurer le dialogue et le respect pour trouver
ensemble des solutions constructives et durables, ce Gouvernement, consciencieusement,
méthodiquement et avec mépris, crée des peurs pour
mieux mettre en uvre une attaque généralisée
nos libertés comme en permettant les perquisitions de jour comme
de nuit !
Hier, c'était M. Perben qui consacrait le recul des droits de la
défense. Marchant sur ses pas, M. Clément, le mois dernier,
en appelait ouvertement à violer le principe constitutionnel de
non rétroactivité.
Aujourd'hui, M. Sarkozy, appuyé par M. De Villepin, consacre un
droit d'exception, avec le consentement silencieux et néanmoins
complice de notre Président.
Et demain, la boucle sera bouclée, notamment avec le projet de
loi de lutte contre le terrorisme.
C'est un Etat du " tout sécuritaire " après le
tout policier que l'on nous instaure. Un Etat à la " Big Brother
" où nous serons surveillés, contrôlés,
observés, enregistrés
En quelque sorte tous fliqués
!
En tant que démocrates, il nous incombe, de nous battre pour nos
droits et nos libertés ainsi que pour les générations
à venir.
Au nom de la mémoire de nos anciens qui ont combattu pour défendre
les valeurs de notre pays, il est aujourd'hui de notre devoir de nous
battre avec force et vigueur afin que notre République ne bascule
pas définitivement dans la sphère de l'injustice et du totalitarisme,
gommant à jamais tout espoir de paix sociale. " --
PREVENTION ?
Dans
Le Monde du mercredi 9 novembre 2005, Frédéric Potet écrivait
cet article : " L'étude de Jacques-Alain Bénisti, député
UMP, prône la création d'un système de détection
des signes de délinquance dès la crèche ", à
propos d'un rapport parlementaire "sur la prévention de la
délinquance" que devait remettre, mardi 8 novembre au matin,
le député Jacques-Alain Bénisti (UMP, Val-de-Marne)
à Nicolas Sarkozy.
Frédéric
Potet écrivait : " Le député a renoncé
à son projet initial consistant, pour les familles issues de l'immigration,
à imposer le français comme langue unique à la maison.
Présente dans son prérapport d'octobre 2004, cette proposition
avait provoqué un tollé dans le milieu de la prévention
de la délinquance. "On a fait une erreur, reconnaît
M. Bénisti. Quand une mère ou un père ont un message
fort à faire passer à leur fils, il faut qu'ils le disent
dans la langue de leur choix." Le texte final a également
gommé un certain nombre d'assimilations malheureuses entre "immigration"
et "délinquance" , qui figuraient dans la première
version. "
Voici
ce rapport préliminaire de 2004, allégé des comptes-rendus
des différentes réunions.
ASSEMBLEE NATIONALE
XII e LEGISLATURE
RAPPORT PRELIMINAIRE DE LA COMMISSION PREVENTION DU GROUPE D'ETUDES PARLEMENTAIRE
SUR LA SECURITE INTERIEURE
Présidé
par Jacques Alain Bénisti
Député du Val-de-Marne
et les membres de la Commission
Sur la prévention de la délinquance
Rapport remis à Dominique de VILLEPIN
Ministre de l' Intérieur, de la sécurité intérieure
et des libertés locales
Octobre 2004
COMPOSITION
DE LA COMMISSION PREVENTION
M. Jean-Pierre Abelin Député de la Vienne (UDF)
M. Jean-Michel Bertrand Député de l' Ain, Maire de Bourg-en-Bresse
(UMP)
M. Jean-Pierre Blazy Député du Val d' Oise, Maire de Gonesse
(PS)
Mme Christine Boutin Députée des Yvelines (UMP)
M. Ghislain Bray Député de Seine-et-Marne, adj. au maire
de
Provins (UMP)
Mme Chantal Brunel Députée de Seine-et-Marne (UMP)
M. Jean-Pierre Door Député du Loiret, Maire de Montargis
(UMP)
M. Philippe Dubourg Député de la Gironde, Maire d' Illats
(UMP)
M. Christian Estrosi Député des Alpes-Maritimes, Président
du
Groupe d'études sur la sécurité intérieure
(UMP)
M. Guy Geoffroy Député de Seine-et-Marne, Maire de Combs-la-Ville
(
UMP)
M. Louis Guédon Député de la Vendée, Maire
des Sables-d'Olonne (
UMP)
M. Denis Jacquat Député de la Moselle, Maire-adj de Metz
(UMP)
M. Jean-Marc Lefranc Député du Calvados (UMP)
M. Lionnel Luca Député des Alpes-Maritimes (UMP)
M. Christophe Masse Député des Bouches du Rhône (PS)
M. Nicolas Perruchot Député du Loir-et-Cher, Maire de Blois
(UDF)
M. Eric Raoult Député de Seine-st-Denis, Maire de Raincy
(UMP)
M. Bernard Schreiner Député du Bas-Rhin (UMP)
M. Christian Vanneste Député du Nord (UMP)
M. Philippe Vitel Député du Var (UMP)
INTRODUCTION
Après avoir mis en place plusieurs lois répressives attendues
par nos concitoyens, les Ministres successifs de l'intérieur du
Gouvernement de Jean-Pierre Raffarin ont souhaité compléter
ce dispositif par l' élaboration d'un texte préventif à
l' insécurité et à la violence qui soit en rupture
avec les politiques mises en uvres jusqu'à maintenant qui
ont fait la preuve de leur manque d'efficacité.
Beaucoup de choses ont déjà été faites en
matière de prévention, depuis 10/15 ans, six plans successifs
de lutte contre la délinquance ont été mis en place
au sein de l'éducation nationale et pourtant la plus grande confusion
règne toujours.
En effet, jusqu'à maintenant les différentes politiques
de prévention mises en place ont été généralistes,
à aucun moment des questions fondamentales ont été
posées de savoir à qui elle devait s'adresser et quelles
étaient les causes des échecs de leurs mises en uvres.
La prévention est dispersée dans les politiques sociales,
de la ville, de la rénovation urbaine, de la famille, de l'éducation
nationale, de l'enseignement supérieur et de la justice. Sans oublier
que dans de nombreux cas ces actions de prévention ont été
déléguées aux associations. Nous devons sortir de
l'aspect simplement social et caritatif de la prévention pour mettre
en place une politique ambitieuse fondée sur une politique d'intérêt
général et de résultats.
Pour ce faire, il faut agir très tôt car la fracture commence
dès le primaire. Des chiffres récents montrent que les problèmes
de délinquance interviennent à partir de l' âge de
13 ans, au collègue, il est donc indispensable de cerner les difficultés
de l' enfant en amont, le plus tôt possible pour y remédier.
L'expérience et les statistiques d'augmentation constante de la
délinquance chez les mineurs, montre qu' en achetant la paix sociale
nos prédécesseurs n'ont pas réglé les problèmes
au fond. La politique de prévention doit remplir un objectif d'efficacité
qui passe par le renforcement des échanges d'information entre
les différents acteurs qui entourent les jeunes : les parents,
le corps enseignant, les éducateurs, les élus locaux, la
police
Les rôles et les messages délivrés par
chaque intervenant doivent être harmonisés et homogénéisés
tout en identifiant clairement les missions de chacun et en leur fixant
des objectifs précis.
Il faut responsabiliser les adultes car le premier acteur de la prévention
reste un père ou une mère de famille, informé, responsable
et soutenu par les structures éducatives ou territoriales qui l'
entourent. Cela est d' autant plus vrai dans les familles recomposées
ou monoparentales. Les familles doivent être replacées au
cur du dispositif.
Beaucoup de structures existent et pourraient servir une politique efficace
si elles entraient en contact les unes avec les autres, au lieu de vivre
chacune indépendamment sans jamais mutualiser ses informations
: Il faut redéfinir la notion de secret professionnel et créer
une culture du secret partagé. L'esprit de la réforme de
la politique de prévention de la délinquance n'est pas de
créer de nouvelles structures qui viendraient se surajouter à
celles déjà existantes. Il s'agit plutôt de mieux
exploiter les structures existantes en les faisant travailler
ensemble autour d'un responsable de proximité, qui connaît
sa commune, sa population et l' ensemble des interlocuteurs institutionnels
et politiques de son département et de sa région : le maire.
La mise en place d'une politique de prévention efficace et ambitieuse
doit se faire à l'échelon communal, de façon décentralisée
et transversale. Cela implique également de cibler la délinquance
que l' on souhaite viser et endiguer car il y a différentes formes
de prévention en fonction de la délinquance à laquelle
on s'adresse. La mise en place de structures tels le Conseil scientifique
de l'observatoire des statistiques de l'immigration et de l' intégration
est de bonnes choses car il nous faut pouvoir mesurer l'évolution
et l'impacte des politiques mises en place. Toutefois il ne faut pas non
plus être dupe du fait que souvent les statistiques ne sont que
la partie visible de l'iceberg. Il faut fédérer les compétences
et assurer un suivi de chaque cas individuellement car aujourd'hui chaque
intervenant n' a qu'une facette et non une vision d' ensemble.
COURBE
EVOLUTIVE D'UN JEUNE QUI AU FUR ET A MESURE DES ANNEES S'ECARTE DU "
DROIT CHEMIN " POUR S'ENFONCER DANS LA DELINQUANCE
0 à 3 ans 4 à 6 ans 7 à 9 ans 10 à 12 ans
13 à 15 ans 16 à 18 ans 19 à 21 ans 20 à 23
ans
Maternelle Primaire Collège Lycée ou vie active Etudes sup
ou vie active
j Premières années sans problème
k Difficultés de la langue + comportement indiscipliné
l Accentuation des problèmes du k + marginalisation scolaire +
démission ou non maîtrise de l'éducation des parents
+ pas
d'activités pré ou post scolaires
m Aggravation des problèmes du l + violence à l'école,
redoublements des classes + début des petits larcins + conflits
parentaux
accentués et développement de la marginalisation
n Entrée dans la délinquance avec des vols à la tire.
Début de la consommation des drogues douces + absences répétées
aux
cours + toujours aucunes activités pré ou post scolaire
o Consommation de drogues dures + cambriolages + vie nocturne et utilisation
d' armes blanches
p Entrée dans la grande délinquance + trafics de drogues,
vols à main armée
EXPLICATIONS
DE LA COURBE EVOLUTIVE D'UN JEUNE QUI AU FUR-ET-A-MESURE DES ANNEES S'ECARTE
DU " DROIT CHEMIN " POUR S'ENFONCER DANS LA DELINQUANCE
Si les actions de prévention veulent être efficaces, elles
doivent impérativement commencer dès les prémices
de déviances c'est-à-dire dès le plus jeune âge.
Tout le monde s'accorde à dire que si les remèdes ne sont
pas appliqués à ce moment précis du comportement
déviant de l' enfant, cette dérive ne cessera de s'accentuer.
Il sera de plus en plus difficile d' y remédier et d' y apporter
des solutions. Les actions à promulguer entre 3 et 6 ans où
entre 6 et 12 ans sont nettement moins lourdes à mettre en uvre
que celles qui devront être mises en place à l'adolescence.
Plus les comportements déviants seront résolus tôt,
moins nous auront à déployer de mesures drastiques à
la fin de l'adolescence. Pour cela, il faut une mobilisation de tous les
acteurs en contact avec les jeunes, en priorité bien sûr
les parents mais également les équipes éducatives,
les professionnels sociaux et médicaux. Si l' un de ces acteurs
est défaillant, alors c'est l' ensemble du dispositif qui en pâtie.
Chacun à son niveau, a une part de responsabilité dans l'
évolution du comportement de l' adolescent. Bien sûr, si
le comportement déviant de l' enfant n'est pas corrigé suffisamment
tôt, alors des mesures plus radicales seront nécessaires,
et dans l' intérêt de l' intéressé, et dans
celui de son environnement proche ou immédiat. Le relais qui devra
s'instaurer entre le jeune, le corps enseignant, les parents et les professionnels
devra permettre de résoudre les difficultés occasionnées.
Un contact direct avec le jeune devra être instauré de gré
ou par la contrainte avec une personne formée à cet effet
pour le soigner ou lui faire choisir un autre chemin que celui q' il est
entrain de prendre.
Entre 1 et 3 ans :
Seuls les parents, et en particulier la mère, ont un contact avec
leurs enfants. Si ces derniers sont d'origine étrangère
elles devront s'obliger à parler le Français dans leur foyer
pour habituer les enfants à n'avoir que cette langue pour s'exprimer.
Actions :
1/ Les réunions organisées par les associations de mères
de familles étrangères financées par le F.A.S. peuvent
inciter ces dernières dans cette direction. Si c'est dans l'intérêt
de l' enfant, les mères joueront le jeu et s'y engageront. Mais
si elles sentent dans certains cas des réticences de la part des
pères, qui exigent souvent le parler patois du pays à la
maison, elles seront dissuadées de le faire. Il faut alors engager
des actions en direction du père pour l' inciter dans cette direction.
2/ Des suivis sanitaires et médicaux réguliers doivent être
opérés dans les structures de garde de la petite enfance
pour détecter et prendre en charge, dès le plus jeune âge,
ceux qui montrent des troubles comportementaux. Les services de Protection
Maternelle Infantile (PMI) peuvent alors entrer en action.
Entre 4 et 6 ans :
Ces années se passent traditionnellement à la maternelle
et c'est là que les premières difficultés peuvent
apparaître. Difficultés dues à la langue, si la mère
de famille n'a pas suivie les recommandations de la phase j. L'enfant
va alors, au fur et à mesure des mois, s'isoler dans sa classe
et de moins en moins communiquer avec les autres. Cet obstacle de communication
va s'accentuer et va marginaliser l'enfant non seulement au sein de la
collectivité mais également à l'égard de ses
camarades. Actions : L'enseignant devra alors en parler aux parents pour
qu'au domicile, la seule langue parlée soit le français.
Si cela persiste, l'institutrice devra alors passer le relais à
un orthophoniste pour que l'enfant récupère immédiatement
les moyens d'expression et de langage indispensables à son évolution
scolaire et sociale. Les services d'assistance sociale seront prévenus
de l'action proposée et devront suivre son déroulement.
Si le comportement de l' enfant est indiscipliné et créé
des troubles dans la classe, l'enseignant pourra alors passer le relais
à une structure médico-sociale (un pédopsychiatre,
une assistante sociale, un pédiatre) qui nommera une personne référente
pour l'enfant, affectée spécialement a l'école par
l'éducation nationale, qui aura pour mission d'essayer, autant
que faire ce peut, de résoudre ces écarts de comportements.
Ces suivis sociaux réguliers devront aussi permettrent à
l' enfant d'être élevé dans une atmosphère
saine et avec les bases d'éducations attentives, fondées
sur le respect et avec une autorité parentale affirmée.
Entre 7 et 9 ans :
Si rien n'a changé concernant les difficultés de langage
et le comportement
indiscipliné, l' accentuation des actions entreprises devra être
décidée et les parents
devront prendre leurs responsabilités quant à la mission
d'éducation qui leur est imparti. L' accompagnement et l'assistance
vers les parents sera alors renforcée.
Actions : Des cours d'instruction civique (lutte contre les incivilités,
respect de l' autre, vie en communauté, institutions
) devront
être obligatoire durant toute la scolarité en primaire. Ces
cours pourront être effectués soit par l' instituteur ou
l' institutrice, soit par un enseignant spécialisé.
Entre 10 et 12 ans :
Même procédure qu'auparavant mais l' enfant devra être
placé dans une structure spécialisée d'éducation
renforcée si le comportement persiste avec remise à niveau
scolaire et cours d' éducation civique intense. Si les faits de
délinquance en dehors du milieu scolaire s'accentuent, le placement
de l' adolescent sera irréversible et fera l' objet d'une procédure
diligentée par le juge pour enfants. Une commission chargée
de prendre la décision pourra être mise en place afin de
statuer sur l' avenir et le suivi du jeune.
Entre 13 et 15 ans :
Si le jeune n'a pas fait parti du dispositif de suivi social et thérapeutique
mise en place précédemment et si les faits délictueux
n'apparaissent qu'à cet âge, la même commission devant
statuer sur son avenir pourra être saisie et décider de l'
entrée dans le centre d' éducation prioritaire du secteur.
Actions :
Le jeune devra quitter le milieu scolaire traditionnel et rentrer dans
la filière
d'apprentissage d'un métier dès la fin de l' école
primaire. La première année, son temps pourra être
réparti en deux : enseignement général de base (lire,
écrire et compter correctement) et initiation à l' apprentissage
de métiers manuels avant de faire son choisi définitif vers
une filière. La deuxième année, son temps sera toujours
réparti en deux : scolarité générale et apprentissage
du métier choisi par le jeune l' année précédente
en fonction de ses disposition à l' égard de telle ou telle
spécialité. A 15 ans, le système de scolarité
se découpera en trois temps : scolarité générale,
apprentissage du métier et stage pratique en entreprise.
Au-delà de 16 ans
Au-delà de 16 ans des centres de délinquances adaptés
au plus de 16 ans devront être mis en place avec des éducateurs
professionnels. Une partie de ces centres devront inclure des espaces
de désintoxication et de post-cure pour les jeunes toxicomanes.
Une partie formation à un métier manuel devra être
également envisagée pour préparer la sortie de ce
dernier et une phase de réintégration dans la société
avec suivi et mise à l'épreuve sera mise en place.
Actions :
1/ Si le jeune a suivi le cursus d'apprentissage proposé précédemment,
il lui sera
proposé soit de rentrer en entreprise ou il aura appris le métier,
soit de continuer son
apprentissage avec 50% de cours théoriques et 50% de pratique en
entreprise. A 16
ans un diplôme de capacité professionnelle récompensera
le jeune.
2/ Si ce jeune n'a pas suivi le cursus proposé, ou s'il a échoué,
et si les actes de délinquance persistent ou se sont développés,
il sera alors placé en centre de délinquance fermé
et adapté aux plus de 16 ans et pris en charge par un éducateur
spécialisé. Des cours de remise à niveau scolaire
et l' apprentissage d'un métier seront enseignés. Une partie
de ses centres devront inclure des structures de désintoxication
pour les jeunes toxicomanes ayant préalablement suivis des cures
de désintoxication en milieu hospitalier.
SYNTHESE
DES TRAVAUX
1. Au niveau des collectivités locales
Force est de constater que les structures de préventions existantes
(comme les CLSPD, les CCAS, les services de préventions spécialisés
des conseils généraux, les PMI
) ont des niveaux de
fonctionnement et d'efficacité très différents d'une
commune ou d' un département à un autre. Pour y remédier,
il est proposé de mettre en place un cadre contractuel ou conventionnel
entre les communes et les conseils généraux afin de créer
une permanence de financement et d'assurer un niveau à peu près
homogène des actions entreprises d'un département à
un autre. Par ailleurs, un référent ou une équipe
référente doit être mise en place autour de l' enfant
dès l'apparition et la détection par l' enseignant des premières
difficultés. Les maires, souvent mal informé, doivent remplir
ce rôle et être placés, avec les parents, au coeur
du dispositif de prévention. Une fois les difficultés ou
les troubles du comportement détectés, l' enseignant signalera
le cas aux parents ainsi qu'à un pédopsychiatre qui pourra
réaliser un diagnostic. Selon les préconisations du pédopsychiatre,
il sera décidé de mettre en place un comité de coordination,
d'aide et de suivi de l' enfant qui sera composé de l' ensemble
des acteurs référents intervenant auprès de l' enfant
et de sa famille, tels
que le pédopsychiatre affecté à l'établissement
scolaire, le médecin scolaire ou
l' infirmière, le chef d'établissement, le conseiller d'éducation,
l' assistante sociale de rattachement, le représentant du corps
enseignant, un représentant des parents d'élèves,
la directrice du CCAS, le maire
.). Ensemble, au sein de ce comité,
il sera fait un état des lieux de la situation de l' enfant et
désigné un référent pour l' enfant. Un plan
d' action de prévention sera alors élaboré et un
suivi régulier de l' évolution de l' enfant par la convocation
régulière de ce comité.
2. Au niveau de l'éducation nationale
Malgré des nombreux plan de lutte contre la délinquance
mis en place par les ministres de l'éducation nationale qui se
sont succédés depuis 10/15 ans, nous constatons que la situation
ne s'est pas améliorée et a même empirée au
point d'en arriver à des situations alarmantes. Dans de nombreux
cas sont constatés des problèmes de la transmission d'informations
entre le corps enseignant et de direction des établissements scolaires
et les maires des communes dont ils dépendent. C'est pourquoi la
politique de prévention de la délinquance doit devenir transversale
et inclure la politique de prévention en milieu scolaire.
Le problème essentiel du milieu scolaire est le décalage
perçu entre le monde extérieur et l' enseignement qu'elle
essaie d'inculquer. Il faudrait retrouver la notion " d'éducation
partagée ", comme le suggère M. Saint-Girons, recteur
de l' académie de Créteil, et non de celle de l' école
contre les parents qu'on ressent aujourd'hui. L'école est un lieu
de construction et d'apprentissage avec des règles et des exigences
qui ne sont pas comprises par les parents. Un travail d'information en
direction des parents serait certainement utile pour leur rappeler les
missions et les objectifs de l' école. On a tendant à trop
en attendre de l' école ce qui créée un malentendu
et surtout un mal être du corps enseignant. La première des
actions de prévention qui pourrait être mise en place au
niveau scolaire serait de restaurer l' autorité du corps enseignant
sur les élèves et leurs parents.
L'éducation nationale ne peut pas assumer les missions d'éducation
et de suivi
psychologique ou social qu'on lui demande aujourd'hui. Il serait donc
utile de faire
intervenir les spécialistes ou les maires dans le milieu scolaire
dès que des difficultés
chez l' enfant apparaissent. La nouvelle politique de prévention
devra faire travailler tous les intervenants autour de l' enfant en difficultés
afin de l' aider à les surpasser en créant une structure
au sein de l'école mais qui ne soit pas sous la responsabilité
de l'éducation nationale. Pour ce faire, l'un des premiers comportements
à modifier sera d'arrêter de stigmatiser les enfants en échec
scolaire et leur donner une seconde chance en leur proposant un enseignement
à la carte. Par ailleurs, dans les cas ou les familles ne peuvent
plus faire face à la violence et à l'échec scolaire
irrémédiable de son enfant, il faut pouvoir offrir des alternatives
à la scolarisation traditionnelle. Ainsi, l' internat doit être
revalorisé car il sort l' enfant de son milieu et peut être
un moyen de lui redonner une nouvelle chance. De même,
l' enseignement professionnel est un bon moyen de lui remettre le pied
à l' étrier pour
l' élève en échec scolaire car il lui offre une chance
de trouver un métier dans lequel il puisse s' épanouir.
Les métiers manuels doivent être revalorisés car il
s'agit de " l' intelligence au bout des doigts " selon l' expression
de M. Marcel RUFO, pédopsychiatre à Marseille. Il ne doit
plus être un enseignement pour mauvais élèves mais
au contraire une chance de valorisation de l' adolescent. Pour développer
ces enseignement il pourrait être intéressant de créer
des passerelles entre l' éducation nationale et les chambres de
commerce afin d' ouvrir des déboucher aux jeunes. De nombreuses
expérimentations sont faites un peu partout sur le territoire.
Par exemple dans le var, des maisons des parents ont été
créées à côté des écoles dans
lesquels ils font venir des pédopsychiatres et ça fonctionne
bien. Il faudrait recenser ces expériences, les classifier et les
généraliser, quand elles ont prouvé leur efficacité.
3. Au niveau social et médical
Au niveau des maternelles, il serait utile de développer une culture
de dialogue avec
des pédopsychiatres et le corps enseignant afin de détecter
très tôt tout
comportement ou attitude qui pourrait par la suite devenir violente ou
pousser
l' enfant à l' échec scolaire. Les pédopsychiatres
voient être formés au milieu scolaire et inversement, les
assistantes maternelles doivent recevoir une sensibilisation à
la pédopsychiatrie, afin qu'ensemble ils puissent détecter
et diagnostiquer les maux de l' enfants avant de passer le relais et de
mettre en place un dispositif de prévention plus important autour
de l' enfant. Le réseau d'inter secteurs de psychiatrie fonctionne
bien et pourrait être centralisé au niveau départemental
avec la mise en place d'un coordinateur. Les enfants en difficulté
méritent plus d'attention que les autres et cela dès la
maternelle. Il faut donc faciliter l' accès à l' école
aux pédopsychiatres afin qu'ils puissent faire un travail de proximité.
Le médecin de famille doit également jouer un rôle
important dans le groupe de personnes référentes qui interviennent
autour de l' enfant car il a une bonne connaissance de la famille et détient
leur confiance.
4. Au niveau parental
Dès qu'un comportement " déviant " est constaté
la première des chose à faire est
d'en informer les parents et de les impliquer le plus tôt possible
en leur délivrant le message de l' intégration. Le bilinguisme
est un avantage pour un enfant sauf lorsqu' il à des difficultés
car alors ça devient une complication supplémentaire. Il
faut alors faire en sorte que l' enfant assimile le français avant
de lui inculquer une langue étrangère. Il faut traiter les
difficultés de l' enfant dans sa globalité et de façon
transversale en bâtissant un projet éducatif avec un tuteur
référent pour l' enfant un peu comme cela est pratiqué
pour les enfants handicapés. Il faut revoir la formation des enseignants
en IUFM en la complétant par des enseignements à la pédopsychiatrie,
aux médias, aux drogues. Afin qu'ils puissent mieux appréhender
les situations qu'ils seront amenés à rencontrer dans l'
exercice de leur profession.
La notion de prévention se heurte à des problèmes
de valeurs qui diffèrent selon ses
convictions politiques, culturelles
pour certains la consommation
de drogues dites
douces ne sera pas un problème là ou pour d'autres il s'agira
d'agir vite. Pour
pouvoir mettre fin à ces difficultés de valeurs qui paralysent
toute tentative d' action, il
serait souhaitable de mettre en place des outils statistiques fiables
et indiscutables
qui permettent de montrer de façon objectif et irréfutable
les difficultés et les actions
à mettre en uvre sans que les valeurs propres à chacun
ne viennent interférer.
5. Au niveau judiciaire
La lutte contre la criminalité organisée dans les citées
est certainement le problème
majeur auquel nous devons faire face aujourd'hui et pour les quinze années
à venir.
Par criminalité organisée il ne faut pas seulement entendre
criminalité internationale
ou grand banditisme, il s'agit également de petits trafics tels
qu'ils existent aux pieds
des immeubles de certains quartiers. Mettre en place une politique de
prévention transversale, partenariale et efficace implique de donner
des moyens humains et matériels à l'institution judiciaire.
Il faut revenir aux valeurs fondamentales qui fondent la vie en société
:ses droits et ses devoirs et redonner des valeurs de bien et de mal,
de sanctions, dès le plus jeune âge. On constate des actes
de violence insensés commis par des jeunes qui ne se rendent pas
compte de la portée de leurs actes et qui n' ont aucune conscience
d'autrui. La déshumanisation de la violence et le non respect est
intolérable et doit être combattu avec la plus ferme sanctions,
comme c'est le cas depuis peu pour la récidive. S'il existe un
article du code civil sur la responsabilité des parents de leurs
enfants (art. 371-2 et suiv. du code civil), l' institution judiciaire
a beaucoup de difficultés à l'appliquer car souvent il n'est
pas possible de réunir les éléments de preuve caractérisant
l'infraction.
PRESENTATION
DES PROPOSITIONS
1. Placer au cur de la nouvelle politique de prévention les
maires des
communes afin qu' il soit le responsable local de cette politique.
2. Mettre en place de comité de coordination, d'aide et de suivi
de l' enfant en difficulté ou montrant des troubles du comportement.
Il sera composé des acteurs intervenant autour de l'enfant et de
sa famille. Il pourra se réunir régulièrement pour
échanger librement les informations partagées par chacun
et ainsi assurer un suivi de son évolution. Cette structure pourrait
être placée au sein des établissements scolaires (sans
être sous la responsabilité de l' éducation nationale)
3. Nommer un référent qui suive l' enfant tout au long de
son parcours, puisse l' aider à surmonter ses difficultés
et puisse saisir, si besoin, le comité de coordination, d' aide
et de suivi.
4. Impliquer financièrement les conseils généraux
dans la mise en place d'une
politique efficace de prévention.
5. Financer cette politique de prévention sur les fonds qui étaient
alloués à la politique de la ville pour les attribuer aux
maires
6. Redéfinir la notion de secret professionnel
7. Instaurer un système d'évaluation régulier des
actions de prévention entreprises
8. Mettre en place, dès la maternelle, des accompagnements périscolaires
par
les communes.
9. Donner plus de pouvoir aux chefs d'établissements scolaires
pour sanctionner
l'absentéisme.
10. Mettre en place une politique de prévention qui implique comme
fondement de
rappeler les valeurs républicaines et pédagogiques telles
nos droits et nos
devoirs vis-à-vis de la société, l'éducation
partagée avec l'école
.
11. Clarifier l' article du code civil sur la responsabilité parentale
de leurs enfants
(art. 371-2 et suiv. du code civil)
12. Réintroduire la valeur du mérite, des droits et devoirs
de chacun dans la
société dans l'enseignement scolaire.
13. Revaloriser les filières telles l' internat ou les formations
professionnelles en
formation par alternance.
14. Ouvrir les maternelles aux pédopsychiatres et former le corps
enseignant à la
pédopsychiatrie afin de détecté le plus tôt
possible tout trouve ou difficultés de l'enfant.
15. Généraliser les expérimentations qui ont fait
la preuve de leur efficacité. Telles
les maisons des parents et les maisons de l'adolescence.
LISTE
DES PERSONNES AUDITIONNEES PAR LA COMMISSION PREVENTION
Madame Rachida DATI, Conseiller technique au cabinet de Nicolas SARKOZY,
Ministre de l' intérieur, de la sécurité intérieure
et des libertés locales
Monsieur Jacques CREMADEILLS, Chargé de mission au cabinet de Xavier
DARCOS, Ministre délégué à l' enseignement
scolaire
Monsieur David TEILLET, Conseiller technique au cabinet de Xavier DARCOS,
Ministre délégué à l' enseignement scolaire
Monsieur Marcel RUFO, Pédopsychiatre à l' Hôpital
de la Timone à Marseille, auteur
de nombreux ouvrages tels que " comprendre l' adolescent " (ed.
Hachette, 1999), " huit textes classiques en psychiatrie de l' enfant
" (ESF ed., 1999) ; " tout ce que vous ne devriez jamais savoir
sur la sexualité de vos enfants " (ed. Anne Carrière,2003).
Monsieur Abdel AISSOU, Conseiller technique de Dominique de VILLEPIN,
Ministre
de l' intérieur, de la sécurité intérieure
et des libertés locales
Monsieur Jean-Michel DURAND, Procureur de la République auprès
du Tribunal de
Grande Instance de Créteil
Monsieur Bernard SAINT-GIRONS, Recteur de l'académie de Créteil
Mme Lucile RABILLER, Secrétaire Générale de la Fédération
des parents d' élèves de l' enseignement public (PEEP)
M. POISSON, membre du Conseil d' Administration et conseiller de la Fédération
des parents d'élèves de l' enseignement public (PEEP)
Monsieur Guy GEORGET, Consultant en prévention, Ingénieur-Expert,
société PJC Conseil.
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