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Le
rapport qu'établissent certains " pédagogues
" entre éducation et politique est souvent mal compris.
Nous souhaitons le mettre en évidence au profit de la démocratie
participative.
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Le militantisme dans
le champ de l'éducation est généralement considéré
dans les milieux politiques au mieux comme une louable attitude professionnelle,
au pire comme un discours syndical dont il est électoralement
préférable de ne pas se mêler.
Aujourd'hui, alors que la désaffection politique gangrène
le corps social, alors que l'idée de démocratie participative
fait son chemin, nous pouvons espérer nous faire mieux entendre.
Affirmons tout d'abord que ce n'est pas l'échec scolaire
(important) qui est la cause de cette désaffection. Avec 65% de
bacheliers on ne devrait pas se diriger sous la barre des 50% d'abstentionnistes
!
En revanche, on peut incriminer l'échec éducatif.
Son origine est précisément politique. Il est en effet difficile
de nier que l'idéologie individualiste " libérale "
est massivement dominante dans les pratiques et les objectifs de l'école,
qu'elle ne donne guère le goût pour la chose publique, que
les incantations " républicaines " à la citoyenneté
n'y changent rien.
Le problème
n'est pas seulement électoral. Il concerne toute la vie démocratique.
Les mouvements récemment
apparus pour combattre la dictature des marchés, le productivisme,
la marchandisation du monde, proposent de nouvelles formes à l'engagement
politique et semblent miser sur l'exercice d'une " démocratie
participative " comme moyen de redonner confiance dans l'action
collective.
Le fait que ces mouvements se réclament de " l'Education Populaire
" est significatif et nous intéresse particulièrement.
Mais de " populaire ", il n'y a que le mot. ATTAC, qu'on cite
comme une réussite, plafonne autour de 30 000 adhérents.
Son développement mondial ne change rien au fait que son public
est essentiellement constitué d'intellectuels, de classes moyennes
et de militants qui se recyclent après une période d'hibernation.
Le FSE n'a rassemblé que 50 000 personnes. Le Larzac a été
un succès, notamment du côté de la jeunesse (étudiante
bien souvent), mais les coups de cur ou de colère (1er mai
2002) ne garantissent nullement un engagement durable. Quant aux couches
populaires, elles ont déserté, alors que ces combats les
concernent au premier chef.
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Si
l'on souhaite que ces projets d'éducation " populaire
" ne concernent pas uniquement les couches sociales relativement
privilégiées, il va falloir inventer une démarche
qui intègre une partie notable des couches ou classes populaires
et donc admettre que le problème pédagogique doit
être examiné attentivement.
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Un facteur fait obstacle
: les animateurs de ces mouvements ont pour la plupart été
trempés dans cette culture individualiste dominante, ils font souvent
partie de " l'élite intellectuelle " (cf le conseil scientifique
d'ATTAC) et sont peu portés à interroger la pédagogie
d'un système qui les a fait réussir, surtout quand ils ont
bénéficié de " l'ascenseur social ".
Tout naturellement
leur démarche consiste à procéder à des analyses
de haut niveau (il faut s'en féliciter), à les exposer au
cours de réunions publiques et à la suite, proposer des
débats, plus par convention " démocratique " que
pour leur utilité réelle.
Ils considéreraient démagogique, à juste titre, de
simplifier des problèmes éminemment complexes ou de les
réduire à leurs caractéristiques révoltantes.
Ils sont néanmoins conscients que ce n'est pas ainsi qu'ils pourront
capter l'intérêt des couches populaires. Celles-ci ne peuvent
retrouver les promesses et les rêves d'autrefois dans les
discours savants sur la " globalisation ", la taxation des mouvements
de capitaux, l'AMI, l'AGCS, les OGM, les dangers de la bio-génétique
et du réchauffement planétaire
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Si
l'on souhaite que les classes populaires s'emparent de ces problèmes,
en connaissance de cause, avec l'intention de peser sur
les décisions, qu'elles ne soient pas exclues du processus
naissant de démocratie participative , il est indispensable
d'inventer des démarches appropriées, une pédagogie
qui revivifie le vieux rêve de " l'éducation
populaire ".
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QUELLE PEDAGOGIE
?
Hypothèse
: s'il existe un rapport étroit entre dépolitisation
des parents et déscolarisation des enfants (pour ceux-ci,
le rêve de l'égalité des chances et la promesse
d'un billet pour " l'ascenseur social " en contrepartie d'une
bonne restitution du cours magistral ne marchent plus), les démarches
éprouvées par les mouvements pédagogiques et
d'Education Populaire, par la recherche pédagogique, en faveur
d'un projet réellement éducatif, devraient trouver un point
d'application dans le projet d'une démocratie participative accessible
à tous.
A cet effet, nous essaierons d'établir une série de parallèles,
volontairement brefs mais suffisamment précis pour alimenter la
réflexion que nous souhaitons engager et pour justifier la mise
en uvre de propositions concrètes .
1 / parallèle
entre :
- le projet de placer
l'enfant au centre, de le respecter en tant que personne, de connaître
ses représentations, sa façon de percevoir et de s'approprier
ce qu'on souhaite lui transmettre, faire de lui un co- acteur de son
éducation
- le projet de placer
les exclus du jeu social et politique au centre du processus de politisation
qui forme notre projet démocratique, en respectant leur personne,
en partant de leur expérience, leurs représentations,
leurs contradictions pour faire préciser des questions et faciliter
leur entrée dans le débat et la complexité.
2 / parallèle
entre :
- la mise en question
du concept " transmission du savoir " que pense opérer
celui qui sait, le maître, en faisant un cours à ceux qui
ne savent pas, les élèves
- la mise en question
du projet de transmission d'une pensée politique à
partir d'une doctrine, de manifestes, de discours " experts",
de réalisations exemplaires.
Ce qui ne signifie
nullement (il existe ici un faux procès intenté aux "
pédagogues ")
que le savoir, l'expertise, les expériences sont inutiles et
intransmissibles (le conseil scientifique d'ATTAC joue, par exemple,
un rôle indéniable et déterminant). Mais il faut
avoir conscience du fait que les analyses, les recherches, utilisent
très naturellement des sigles des abréviations, des implicites,
des langages qui constituent des codes excluants.
Donner à réfléchir ne doit plus se confondre avec
transmettre des convictions.
3 / parallèle
entre :
- la construction
des savoirs et la construction d'une culture commune (1), projet
que l'enseignant/éducateur veut partager avec l'élève/enfant.
Alternative à l'idée de transmission, qui implique production
(pédagogie du projet), évolutions personnelles
(émancipation, autodidactie), transformations collectives
(coopération, solidarité, fraternité), et
nécessairement recours, motivé, aux savoirs constitués
- la construction
des savoirs nécessaires à la démocratie participative,
projet que des citoyens/engagés veulent partager avec des citoyens/
non engagés qui implique une production (poser un problème,
énoncer les questions, énoncer des hypothèses voire
des réponses), des évolutions personnelles interactives,
l'amorce d'un processus de politisation fondé et durable
allant du questionnement des experts au contrôle expert
de leur pouvoir
4 / parallèle
entre :
- la promotion
collective,
comme alternative à la promotion individuelle, qui implique que
des enfants (en groupes socialement hétérogènes)
deviennent acteurs dans leurs apprentissages, en comprennent le sens,
découvrent leur singularité et celle des autres, mettent
en commun leurs compétences en faveur de projets communs,
- la promotion
collective comme alternative au consumérisme et à
l'individualisme libéral, qui implique que des groupes socialement
hétérogènes d'adultes forment le projet
de devenir acteurs dans la production d'un savoir nouveau ( la démocratie
participative).
(L'éducation populaire s'identifie avec l'idée
de promotion collective, comme ce fut le cas, explicitement, pour le
" mouvement ouvrier ", avec les idées de mutualité,
de coopératives, de syndicalisme " émancipateur ")
5 / parallèle
entre :
- la " recherche-action
", démarche de recherche indissociable de l'innovation
pédagogique, qui implique mise en réseau des expériences,
des analyses et théorisation, coopération non hiérarchique
entre acteurs enseignants (et parfois parents), experts et chercheurs,
(d'où encore promotion collective)
- la recherche-action
qui nous semble appropriée pour explorer l'innovation
démocratique que constitue la démocratie participative
(d'où aussi politisation et promotion collective).
ETAT DES LIEUX
Quelques tentatives
visant l'objectif démocratie participative ont été
initiées au cours de l'année 2002, dans des " universités
" populaires, à l'occasion du FSE, dans des projets communaux,
dans des actions de formation et même au cours des " débats
" sur l'école.
Elles se sont donné pour règle, autour d'un sujet particulier
et préalablement à tout exposé et tout débat,
de rendre possible, selon un processus précis, l'expression
par les participants de leur expérience, leurs conceptions, leurs
contradictions, leurs savoirs, leurs ignorances et leurs attentes, dans
un rapport de respect et d'écoute.
L'expérience
montre que c'est la condition pour que chacun entre dans la complexité
du débat proposé avec une attitude participante et non consommatrice
(2). Des expériences existent de même nature existent très
certainement. Il serait utile de les décrire et les mettre en réseau.
PROPOSITIONS
Nous souhaitons proposer au plus grand nombre possible d'associations
à vocation explicite ou implicite " d'Education Populaire
" d'examiner notre hypothèse, chacun des parallèles
établis, le projet qui en découle.
Dans le cas où elles se déclareraient intéressées,
- d'envisager les
modalités de mise en uvre d'une recherche action structurée,
- d'initier des rencontres
décentralisées pour établir l'inventaire des actions
envisageables
- d'entreprendre
quelques projets expérimentaux ayant pour objectif la construction
d'une pédagogie politique.
Janvier
2004
(1) une " auto-socio-construction ", selon la formule concentrée
du GFEN ( juste mais quelque peu " codée ")
(2) Certaines ont déjà fait l'objet d'une analyse, disponible
sur demande
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Cette
analyse et ces propositions sont en attente de vos réactions
correspondance
: rr.millot@wanadoo.fr / bourgain@nnx.com
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