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(extraits
choisis d'une analyse de Bruno Mattéi)
Après
quarante ans de réformes au nom de la démocratisation,
les inégalités scolaires se sont au mieux maintenues,
voire aggravées concernant tout particulièrement
les enfants issus des milieux populaires. Comme le reconnaît,
même un Xavier Darcos, ancien ministre de l'éducation
: " l'école reste une machine à exclure ".
Pourtant "
l'égalité des chances " a été
et est toujours largement révérée comme un
dogme faisant partie du sacré de l'école républicaine.
Une argumentation critique autour de ce toujours vivace pilier
politique/éducatif paraît à maints égards
déterminante, car c'est dans cette matrice que la méritocratie
et l'élitisme républicain ont trouvé à
se légitimer. Et c'est tout ce tissu notionnel qui affecte
nos psychés, infuse et perfuse nos cadres sociaux-mentaux.
En particulier dans la corporation des enseignants qui fournit
les gros bataillons des chanceux de l'égalité des
chances, ceux qui sont montés dans l'ascenseur social,
qui ont pensé avoir bien " mérité "
de l'école, qui en ont conçu une dette de reconnaissance,
et pensent que ce qu'ils ont de mieux à faire, c'est de
faire en sorte que quelques autres montent dans ce même
ascenseur
Quand bien même ils en viennent à
constater qu'il n'est pas fait pour que tout le monde y monte.
Ce pourquoi se creuse à la longue la contradiction, qui
devient de plus en plus implosive ou explosive, entre la réussite
de tous les élèves annoncée et promise, mais
qui en réalité est interprétée ou
révisée à la baisse en un droit à
la réussite de certains, au nom de notre increvable "
égalité des chances ", qui a été
conçue pour ça
Deux sentiments
inquiétants finissent par être générés
dans ce contexte : - d'abord un sentiment d'impuissance, qui confine
pour certains à la résignation, ou qui conduit à
se contenter de défendre le pré-carré de
petits acquis qui sont eux-mêmes tout à fait précaires
comme on l'a vu par exemple avec la remise en cause récente
des T.P.E. (Travaux Personnels Encadrés) chers aux enseignants
novateurs du second degré. - Et sentiment également
de banalisation : à force de parler de crise, de malaise
enseignant, on finit par penser que cela fait partie du paysage
et on fait avec. Plus ou moins, bien entendu. Les mots eux-mêmes
se vident de sens, la crise devient comme un régime d'existence
normal, pas vraiment sans doute mais c'est quand même cette
norme qui s'impose
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