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Source : reseauN38
Samedi 5 juin a
eu lieu à Bruxelles une manifestation pour protester contre la
"directive Bolkestein" de la commission européenne qui
vise à une "libéralisation" encore plus grande
des services dans l'UE, avec en particulier l'application du principe
du "pays d'origine"(voir AGCS) qui permet àune entreprise
d'un pays 'exemple Pologne) de travailler dans un autre pays (exemple
la France) en n'étant soumise qu'aux lois du pays d'origine (la
Pologne), par exemple dans le domaine social...
INTERVENTION DEVANT LES MANIFESTANTS RASSEMBLES A BRUXELLES
5 JUIN 2004
Pour la deuxième année consécutive, un autre front
commun se concrétise, celui qui rassemble organisations syndicales,
avec la formidable légitimité que leur confère une
représentativité considérable et mouvement associatif,
avec le volontarisme qui le caractérise. Et même, aujourd'hui,
avec, à nos côtés, des représentants d'organisations
mutualistes. Face au pouvoir de l'argent, un contre pouvoir se construit.
Il est en marche.
Nous sommes rassemblés pour exprimer une exigence et formuler un
rejet.
Notre exigence, c'est celle d'une Europe fidèle à ses valeurs.
Des valeurs qui s'appellent, bien entendu, liberté, mais aussi,
et tout autant, solidarité.
Notre exigence, c'est celle d'une Europe qui ne s'intègre pas seulement
sur les plans commerciaux, économiques et financiers, mais aussi,
et avec la même intensité, une Europe qui existe dans le
social, l'environnemental et le fiscal.
L'Europe sociale. On nous la promet à chaque scrutin. On nous la
promet à chaque traité. En 1992, il y a douze ans déjà,
Jacques Delors affirmait : " adoptez le traité de Maastricht
et nous ferons l'Europe sociale tout de suite après ". On
attend. Encore et toujours.
Mais entre-temps, ils ont fait l'Europe de la finance avec une Banque
Centrale sur laquelle le pouvoir politique, c'est-à-dire le pouvoir
qui tire sa légitimité de la souveraineté populaire,
a perdu tout contrôle.
Nous voulons l'Europe sociale parce que l'Europe sans la solidarité,
ce n'est pas l'Europe, c'est une société fondée sur
l'inégalité, c'est la copie du modèle de société
américain. C'est une société du chacun pour soi où
l'éducation, l'accès aux soins de santé, la culture,
les sports et un certain nombre de services auxquels tous ont droit ne
sont accessibles qu'à ceux qui peuvent les payer.
Mais, et nous en sommes parfaitement conscients, nous n'aurons l'Europe
sociale que si nous nous battons pour l'arracher à ceux qui la
refusent comme à ceux qui la promettent sans jamais la réaliser.
L'Histoire nous l'apprend : les avancées sociales ne sont jamais
des cadeaux ; ce sont toujours des conquêtes.
Nous voulons l'Europe sociale, et c'est parce que nous la voulons que
nous rejetons le projet de Constitution européenne qui renforce,
légalise et pérennise l'Europe des marchés et des
marchands. Et c'est parce que nous voulons l'Europe sociale que nous rejetons
ce projet de directive présenté par le Commissaire libéral
Bolkestein et adopté par tous ses collègues, y compris les
neuf sociaux démocrates et l'unique écologiste.
Cette proposition, qui entend libéraliser les services dans l'espace
européen, est exemplaire de l'Europe que nous ne voulons pas, de
l'Europe qui est uniquement au service de l'argent et des intérêts
privés, de l'Europe qui réduit peu à peu le champ
démocratique, de l'Europe qui organise la casse sociale, de l'Europe
qui nous soumet chaque jour un peu plus à la mondialisation néolibérale.
Cette proposition, qui émane de l'institution la moins démocratique
d'Europe, est une véritable agression contre la démocratie
parce qu'elle entend, je cite, " mettre fin au pouvoir des autorités
locales ", c'est-à-dire mettre fin au pouvoir communal, au
pouvoir de l'institution la plus proche des gens. Elle agresse aussi la
démocratie parce qu'elle constitue une machine de guerre contre
les services publics et parce qu'elle viole le droit européen existant.
Ce projet de directive n'est pas amendable, parce que toute la philosophie
qui sous-tend chacun de ses articles est celle de l'Etat minimum cher
aux néolibéraux. Nous sommes ici pour exprimer une même
volonté : que ce projet soit retiré.
Je terminerai en m'adressant aux représentants des partis politiques
qui ont tenu à être présents, cet après-midi,
à nos côtés.
Votre présence, mesdames et messieurs qui avez vocation à
nous représenter, souligne quelques contradictions :
- certains d'entre
vous appartiennent à des partis politiques dont les représentants
au Parlement européen adoptaient, le 13 février 2003,
une résolution dont le point 35 demandaient l'application du
" principe du pays d'origine ", une des dispositions les plus
contestables de la proposition Bolkestein ;
- tous, en tout cas
je m'adresse aux partis qui, à un moment ou un autre, ont participé
au gouvernement du pays, tous, vous soutenez ce projet de Constitution
européenne que nous rejetons et qui va rendre quasiment irréalisables
la plupart des promesses que vous êtes en train de faire aux électeurs.
Votre présence
ici ne peut donc que nous inciter à une vigilance accrue à
votre égard. Etre ici, aujourd'hui, vous engage. Soyez persuadés
que nous surveillerons la manière dont vos élus se comporteront
au Parlement européen si par malheur la proposition Bolkestein
leur est soumise. Et nous en rendrons compte. Le double langage peut tromper
un temps. Il ne peut pas tromper tout le temps.
On ne peut pas, en même temps, servir les patrons et le peuple.
A vous de choisir. Notre choix, quant à nous c'est celui d'une
Europe des citoyens, par les citoyens, pour les citoyens.
Raoul Marc JENNAR
OXFAM/URFIG
rmj@urfig.org
voir ici:
http://www.ptb.be/scripts/article.phtml?section=A1AAABBV&obid=23727
Ci-dessous l'intervention de Raoul-Marc Jennar à ce rassemblement.
Voir aussi son texte qui analyse cette directive:
http://reseaun38.ouvaton.org/article.php3?id_article=15
ainsi que le texte de la pétition qu'il propose pour demander un
référendum sur le projet de constitution européenne
(déjà envoyé par Michel) et disponible sur le site:
http://www.urfig.org/francais.htm
ou encore ici:
http://reseaun38.ouvaton.org
Pour ceux qui veulent se pencher sur le texte intégral de cette
directive (87 pages en pdf):
http://europa.eu.int/comm/internal_market/fr/ecommerce/2k-442.htm
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