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Avril 2004


Sauve qui peut...

La spectaculaire évolution de "Sauvons la Recherche"


indep_chercheurs@yahoogroups.com, problemes_des_scientifiques@yahoogroups.com

Il y a un an, l'appel de Cochin issu d'une assemblée générale dénonçait l'OMC et l'AGCS (Accord Général sur le Commerce des Services). Sa cible était notamment la stratégie de privatisation des services publics (ANNEXE 1). Un an plus tard, une association "Sauvons la Recherche" est formée dont les statuts s'inscrivent dans une logique de "participation constructive" à cette même politique jadis dénoncée (ANNEXE 2). Quelques semaines plus tard, Fillon fait ouvertement état (ANNEXE 3) du marchandage consistant à rétablir les 550 postes statutaires en échange de l'adhésion de "Sauvons la Recherche" et des principales centrales syndicales à la stratégie d'élaboration d'une nouvelle loi d'orientation (c'est de l'actuelle que les personnels de la recherche tiennent leur statut de
fonctionnaires titulaires).

Malentendu? Pas le moins du monde. A présent, le ton a changé et les ex-contestataires s'en prennent aux "lourdeurs" de l'actuel système de recherche. Le trésorier de "Sauvons la recherche" reçoit les deux ministres de tutelle pour en parler (ANNEXE 4). Des "lourdeurs techniques"? Pas vraiment, ou pas seulement. Car le "manque de flexibilité" concerne au premier chef les personnels, principal chapitre du budget des établissements publics de recherche, et on peut lire (ANNEXE 4):

<< Les chercheurs ont également dénoncé le manque de flexibilité du système français. "Quand j'étais en post-doc (jeune chercheur, ndlr) à Harvard, j'ai pu embaucher des techniciens de qualité. En France, c'est impossible de leur proposer plus que le Smic", témoigne un jeune chercheur, Frédéric Saudou, spécialiste de la mort cellulaire programmée.>>

Autrement dit, ce chercheur ne veut plus de techniciens fonctionnaires et défend ouvertement le système US. Et, dans la même logique, de nombreux directeurs de laboratoire (ils le disent ouvertement) ne veulent plus ou guère de chercheurs fonctionnaires, etc... etc...

Les 550 postes statutaires sont bien des "mesures transitoires" (Axel Kahn avec Barre et Delors) et rien d'autre, y compris pour "Sauvons la Recherche" et pour les principales centrales syndicales.


Voir:


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ANNEXE 1

http://recherche-en-danger.apinc.org/article.php3?id_article=46

L'APPEL DE COCHIN

Il faut sauver la recherche scientifique française !

Texte adopté en assemblée générale, le 4 avril 2003, par le personnel des laboratoires de recherche de l'Institut Cochin

Une série de choix politiques a amené la recherche scientifique française dans une situation si catastrophique que sa survie même en est compromise.

Les choix des gouvernements qui se sont succédé depuis plusieurs années ont amené le budget de la recherche à un niveau dérisoire, incompatible avec les exigences de la compétition internationale. Un exemple : en 2002, le budget du NIH (National Institute of Health, équivalent de l'Inserm), était 50 à 60 fois supérieur à celui de l'INSERM (1), pour un rapport de populations de 5. Le gouvernement actuel vient de frapper ce budget 3 fois de suite. Fin 2002, une première baisse des budgets 2003 du CNRS et de l'INSERM a été décidée, au moment même où, pris dans les mêmes difficultés économiques, les Etats-Unis choisissaient, d'augmenter le budget du NIH de 15% ! En mars 2003, une baisse de
2% des dépenses publiques françaises a été décidée, répartie inégalement selon les secteurs. Pour le secteur de la recherche, cette baisse n'a pas été de 2% mais de plus de 9%. A cette annulation de crédits se sont immédiatement rajoutés 20% de gels de crédits (au cas où de futures annulations seraient nécessaires en cours d'année), ce qui porte à environ 30% la diminution de crédits réellement disponibles pour les organismes de recherche (tout cela, hors salaires, bien entendu). Mais comme environ la moitié de ces crédits servent à faire face à des dépenses incompressibles (batiments, fluides, frais d'animalerie), la diminution de crédits de fonctionnement disponibles pour les équipes est supérieure à 50 % ! Nous ne sommes donc pas face à une petite réduction de 2%, mais face à une
baisse catastrophique, qui risque d'arrêter de nombreuses recherches.

Dans quel état sont les équipes de recherche, au même moment ? Elles sont mal en point, pour des raisons qui ne sont pas récentes, mais qui vont en s'aggravant.
L'équilibre de ces équipes de recherche tient sur 3 pieds, d'importance égale : chercheurs statutaires, ITA (ingénieurs+ techniciens+ administratifs), et chercheurs non statutaires(doctorants + post-doctorants). Depuis des années, cet équilibre est de plus en plus compromis par la réduction systématique, inexorable, du nombre d'ITA, compromettant très sérieusement le fonctionnement des équipes et des Instituts. Quant aux étudiants, il semble que tout soit fait pour les décourager de se tourner vers la recherche, et ils commencent, hélas, à avoir bien compris ce message. Leur travail de thèse (temps plein, intense, productif, à bac+6 à +8) est rémunéré au niveau du SMIC, et pour certaines bourses, sans couverture sociale. Mais surtout, la récompense de ces efforts est un risque de plus en plus élevé de se retrouver au chômage à la fin de leur cursus, lorsqu'ils auront 32-35 ans (risque exceptionnellement haut pour ce niveau d'études). C'est en bouchant leur avenir, en leur proposant des moyens de travail incompatibles avec la compétition internationale, qu'on favorise la
fuite de jeunes talentueux, formés au terme de longues études, vers les pays qui, investissent dans la recherche et récolteront les fruits des fausses économies de la France sur son dispositif de recherche.

Lorsque, dans ces conditions, le gouvernement continue d'affirmer que la recherche reste une priorité, les équipes de recherche ont le sentiment qu'on se moque d'elles.

Certains pensent que le Plan Cancer démontre la bonne volonté du gouvernement en faveur de la recherche. De la recherche clinique et appliquée dans ce domaine, oui, tant mieux. Mais dans l'Institut National du Cancer qui sera le fer de lance de ce plan, il n'y aura pas de recherche fondamentale. Et la plaquette officielle souligne bien que le fonctionnement de cet Institut sans recherche fondamentale préfigure la réorganisation de la recherche en France. Comment peut-on oublier que les scanners et l'IRM utilisés par les cancérologues aujourd'hui sont construits sur des principes mis au point dans des laboratoires de physique fondamentale, qui ne se préoccupaient pas du cancer ? Et au-delà, comment faire semblant d'ignorer que la plupart des avancées majeures de la recherche biomédicale viennent de découvertes fondamentales ?

La France a besoin d'une recherche fondamentale de qualité ?et pas seulement en biologie ou en physique-, mais le gouvernement semble penser différemment En effet, on entend dire : "la recherche publique française n'offre pas assez de retour sur investissement". Mais peut-on accepter que tout s'évalue en terme de valeur ajoutée ou de retour sur investissement ? Dire cela aujourd'hui, n'est-ce pas s'apprêter à dire demain que l'éducation (ou les malades, les retraités, les personnes handicapées) n'offre pas assez de retour sur investissement ? Il semble bien que ce qui est en train de se jouer pour la recherche s'inscrive dans un cadre beaucoup plus large, celui de la privatisation des services publics au sein de l'OMC (2). Les citoyens français sont-ils favorables à une privatisation générale des services publics, et en particulier de la recherche fondamentale ?

Ce qui se prépare, ce ne sont pas de petites difficultés temporaires, mais c'est la mort annoncée de la recherche publique de notre pays. Cela concerne l'avenir de la France, cela concerne tous les citoyens de ce pays.

(1) Le budget du NIH était de 23,6 milliards de $ en 2002 et il est de 27,3 milliards de $ en 2003 ; celui de l'INSERM pour 2002 était de 0,445 milliards d'euros, et si rien n'est fait, il passera à 0,311 milliards d'euros en 2003 !
(2) Les propositions pour la renégociation de l'AGCS (Accord Général pour le Commerce des Services), dans le cadre de l'OMC, devaient être déposées pour le 31 mars, date qui vient d'être repoussée au 14 avril.

ANNEXE 2

Création de l'association "Sauvons la recherche"
Le mercredi 10 mars 2004.

Le collectif a fondé l'association "Sauvons la recherche". Cette association régie par la loi de 1901 a pour objets :

1. De promouvoir la recherche fondamentale quelle que soit la discipline ;
2. D'oeuvrer auprès du public, des instances de la recherche française, du gouvernement français, du parlement, de la commission et de l'assemblée européenne, des médias, pour améliorer la compréhension du fonctionnement, des apports et des besoins de la recherche fondamentale ;
3. De favoriser les relations entre la recherche publique et la recherche privée ;
4. De promouvoir l'enseignement de la science et la communication de la recherche ;
5. De favoriser les relations entre les Universités ou tout autre établissement d'enseignement supérieur et les établissements publics en charge de la recherche ;
6. De favoriser les relations entre la recherche publique française et la recherche publique des autres pays de la communauté européenne ;
7. D'analyser le fonctionnement de la recherche publique française et de publier ses analyses ;
8. De proposer des modes d'organisation et de financement de la recherche publique française et européenne.

Si vous désirez adhérer pour soutenir le mouvement pour la recherche dans la durée, lui permettre de mener des actions dans le cadre des objets ci-dessus, merci d'envoyer votre cotisation et votre bulletin d'adhésion ci-dessous à :

"Sauvons la Recherche"
Société de Biologie Cellulaire de France
Case 243 - Universite Paris VI
4 place Jussieu
75252 Paris cedex 05

Bulletin à découper ou à recopier et à renvoyer avec votre règlement par chèque exclusivement : J'adhère à "Sauvons la Recherche"
Nom :
Prénom :
Adresse :
Profession :
e-mail :
Tel :

Ma cotisation est de (cocher la case correspondante et joindre un chèque à
l'ordre de Sauvons la Recherche) :
- 5 euros pour les membres dont le revenu mensuel est inférieur à 1200 euros net,
- 10 euros pour les membres dont le revenu mensuel est supérieur à 1200 euros
et inférieur à 2400 euros net,
- 15 euros pour les membres dont le revenu mensuel est supérieur à 2400 euros net.
Avec nos chaleureux remerciements pour votre soutien, Mme. Catherine Dargemont,
Présidente, M. Thierry Galli, Vice-Président, Mme. Isabelle Sommier,
Vice-Présidente, M. Henri Audier, Secrétaire, M. Jean Salamero, Trésorier.


ANNEXE 3

mercredi 14 avril 2004, 16h43
La loi d'orientation sur la recherche sera soumise au Parlement "à la rentrée", selon François Fillon

PARIS (AP) - La loi d'orientation sur la recherche sera soumise au Parlement "à la rentrée", a annoncé mercredi le ministre de l'Education François Fillon.

Pour mettre fin au conflit avec les chercheurs, "nous avons décidé de rétablir les postes statutaires" et "de suspendre les recrutements sur les postes contractuels jusqu'à l'aboutissement d'une négociation sur l'emploi scientifique", a-t-il rappelé lors des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale. Par ailleurs, "nous avons décidé de créer, d'ici 2005, 1.000 postes supplémentaires dans l'enseignement supérieur".

Mais "la contrepartie de cet effort exceptionnel dans un contexte budgétaire extrêmement dégradé, c'est l'engagement d'un processus de réflexion et de réforme", a ajouté M. Fillon. A donc été "engagée d'ici le mois de septembre une réflexion globale sur l'organisation de notre système de recherche" et "nous vous proposerons à la rentrée une loi d'orientation". AP

ANNEXE 4

mardi 20 avril 2004, 21h49
Les deux ministres en charge du dossier de la recherche dans les labos

PARIS (AFP) - Les deux ministres chargés de l'épineux dossier de la recherche ont commencé mardi par l'Institut Curie à Paris une série de rencontres dans les laboratoires avec les chercheurs, au lendemain du mouvement qui a secoué l'ensemble du monde de la recherche.

Le ministre de l'Education nationale François Fillon et le ministre délégué à la Recherche François d'Aubert ont visité longement cet institut prestigieux, à la fois hôpital et centre de recherches, le plus important en France dédié à la cancérologie, également l'un des bastions du mouvement des chercheurs en colère, a constaté l'AFP.

Il s'agit de la première étape d'une "tournée des labos" dans le cadre de la préparation d'une loi de programmation et d'orientation sur la recherche, promise par le gouvernement avant la fin de l'année, indique-t-on dans l'entourage des deux ministres.

Quelques-uns des responsables de laboratoires - Curie en compte 53 - ont fait le point de leurs recherches et exposé les problèmes qu'ils rencontrent: financements et visibilité insuffisants, mais surtout lourdeurs administratives et fractionnement des financements obligeant à des démarches multiples au détriment du travail de chercheur.

"Il m'a fallu deux mois à temps plein pour boucler le financement de ce projet", témoigne Jean Salamero, responsable d'une plafe-forme d'imagerie cellulaire, un équipement de pointe qui permet de plonger au coeur des cellules et sert à sept équipes de recherche. "Cette dispersion des financements a empiré à mesure que le budget du CNRS se rétrécissait comme peau de chagrin", ajoute le chercheur.

"La loi de programmation devra revoir cette fragmentation", a reconnu M. d'Aubert.
Les chercheurs ont également dénoncé le manque de flexibilité du système français. "Quand j'étais en post-doc (jeune chercheur, ndlr) à Harvard, j'ai pu embaucher des techniciens de qualité. En France, c'est impossible de leur proposer plus que le Smic", témoigne un jeune chercheur, Frédéric Saudou,
spécialiste de la mort cellulaire programmée.
"Je suis venu dans ces fonctions pour faire les réformes nécessaires, pour faire bouger les choses", a assuré M. Fillon au cours d'une discussion au terme de sa visite avec des jeunes chercheurs. Selon le ministre, les rapports entre l'université et la recherche figurent parmi les questions centrales de cette réforme. "On n'avancera pas dans la modernisation de la recherche sans une réforme de l'université", a-t-il dit.

Selon M. Fillon, la loi d'orientation et de programmation, qui était l'une des revendications des chercheurs en colère, "constitue un engagement et une brèche dans notre rigidité financière". "Il faut faire assez vite, dans un an ce sera beaucoup plus difficile de faire bouger les choses", a-t-il ajouté.

De son côté, M. d'Aubert a estimé que le mouvement des chercheurs avait "levé beaucoup de tabous". "Il y a une demande très forte de réforme et d'adaptation", a-t-il dit, reconnaissant beaucoup de lourdeurs dans le fonctionnement de la recherche en France.


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