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Décembre 2003

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Débat national, Ecole...

I C E M Pédagogie Freinet
Vrai refus d'un faux débat


Le débat sur l'école ne commence pas aujourd'hui. Depuis plus de 70 ans, l'ICEM Pédagogie Freinet et d'autres mouvements pédagogiques animent une réflexion permanente sur les finalités et l'avenir de l'école en s'appuyant sur des pratiques largement éprouvées.

Bien avant l'amorce du grand débat national, on nous a annoncé que la solution aux problèmes de notre école passe par la réhabilitation exclusive de la transmission des savoirs scolaires, par le recours à l'autorité ou à la méthode syllabique pour l'apprentissage de la lecture, par la remise en cause de la mixité, par le retour de l'uniforme et de la plume sergent major, des notes, des classements, du redoublement et des manuels scolaires imposés...
On nous assure que cette grande concertation, élargie à toute la nation, va décider des orientations de l'Ecole poux les 15 ans à venir. Mais on sait déjà, cela a été répété en haut lieu, sous la pression des conservateurs et autres réactionnaires de tous bords, que tout cela conduira à coup sûr à l'abrogation de la loi de 1989, accusée d'être à la source de tant de maux. La grande réforme annoncée résulterait elle d'une évaluation sérieuse de l'application de textes actuels ? Il suffit d'observer la réalité : la mise en place des cycles à l'école primaire, une des innovations emblématiques de la loi actuelle, n'est elle pas demeurée, pour l'essentiel, au stade des balbutiements. On pourrait continuer la liste à l'envi.

Bien que n'allant pas assez loin à notre sens, cette Loi de 1989, en mettant l'enfant au centre du système éducatif, constitue une avancée importante. Même si " mettre l'enfant au centre de la cible " n'est pas sans risque: celui de voir celui ci devenir objet des projets du maître, plus que sujet réel de ses apprentissages. En outre, cette Loi ne prend pas en compte la coopération dans la classe.

Quelle cécité à vouloir restaurer un ordre ancien, alors que la transmission de savoirs impersonnels et une école désincarnée n'ont jamais cessé de prédominer, par delà toutes les lois et réformes ! Ces dernières maintiennent à distance de l'univers scolaire tant d'enfants et de jeunes, quand elles ne les font pas fuir en instituant un rapport désastreux au savoir. Pire, la " violence symbolique ", générée par une école excluante, entraîne de plus en plus souvent une violence pure et simple, de la part de jeunes qui ne s'en laissent plus compter. En l'occurrence, on le sait, le mode scolaire dominant est à l'image de la société qu'il sert, une société s'éloignant chaque jour un peu plus de l'horizon démocratique et populaire.

De belles voix, aujourd'hui bien en cour, nostalgiques en vogue d'un âge d'or introuvable, s'élèvent pour sauver l'école d'innovateurs, souvent présentés comme dangereux. Le salut passerait selon elles par la réhabilitation de filières ségrégatives et un repli de l'école sur elle même. Il faudrait protéger celle ci des pressions extérieures, afin qu'elle puisse se consacrer à sa noble mission en toute neutralité. Belle imposture doublée d'une contradiction, à l'aube d'une certaine décentralisation, celle qui nous est promise, qui confiera l'école aux bons soins de pouvoirs locaux, présentés comme forcément désintéressés. Belle imposture aussi, quand les entreprises privées, les marques commerciales, suppléent aux moyens d'une école en panne.
Dans ce contexte délétère, l'urgence est désormais à l'instauration d'une contreculture, face à un modèle dominant, marqué par l'exacerbation de l'individualisme et de la compétition. Plus que jamais, c'est la prise en compte de l'enfant, du jeune dans toute sa globalité, de l'accueil, en permanence des événements dont ii est porteur, et de la vie qui les sous tend, qu'il nous faut mettre au centre du système éducatif. Dans nos classes, dans nos écoles, chaque enfant, chaque jeune, est reconnu comme acteur et auteur de ses apprentissages. Nous défendons une pédagogie du travail coopératif qui établit d'autres modes de relations, et un rapport exigeant entre enfants, connaissances et cultures.

Plus que vers un collège unique jamais mis en actes, c'est vers une refonte du système éducatif, dans son ensemble que nous devons aller, vers un continuum de la maternelle à l'université (école collège lycée polytechnique) pour tous. Nous avons été ainsi partie prenante d'un chantier de l'innovation, qui a fait long feu, mais qui continue, à travers notre participation active à " l'appel pour l'innovation coopérative ".
Depuis des années, nous nous employons à promouvoir concrètement ces orientations, le plus souvent en partenariat avec des groupes de parents, des associations de quartier car les débats doivent naître de vrais projets coopératifs, du local au national. L'implication du plus grand nombre en dépend.

L'ICEM Pédagogie Freinet ne peut cautionner, en s'y impliquant, ce qui s'annonce comme un ersatz de débat aux conclusions déjà connues.
Face au nouvel ordre éducatif et quelle que soit l'issue de ce grand débat, nous poursuivrons notre travail d'éducateurs pour une école laïque et populaire, émancipatrice et coopérativ
e.


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