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Décembre 2003

Retour au Débat national

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POURQUOI NOUS NE PARTICIPERONS PAS
A LA CONSULTATION NATIONALE
SUR L'ECOLE

Ce "Grand Débat " à l'odeur de démocratie, au goût de démocratie n'est qu'une opération de communication destinée à entériner des décisions déjà prises dans d'autres lieux.

Nous ne voulons pas de faux débat

Sur la forme :

La démocratie s'est construite sur le droit d'expression et le droit de choisir, sanctionnés par le vote où chacun, en son âme et conscience choisit ses représentants et ses gouvernants. L'école avait comme mission de lutter contre l'obscurantisme, de participer à l'émancipation du citoyen en l'instruisant et en formant son esprit critique. Aujourd'hui, l'obscurantisme n'est plus seulement religieux mais aussi politique, quand cette politique est menée par des gestionnaires et des " communicants ".
Cette consultation est un piège démagogique qui pervertit la démocratie. Quelle place notre société actuelle donne-t-elle à la réflexion et au débat ? C'est le pouvoir du micro-trottoir, de la télé-réalité en faisant croire aux gens que leur avis instantané sur tout et n'importe quoi intéresserait les autres. Et intéresserait même, en l'occurrence, nos dirigeants politiques.

De même, à partir du fascicule de présentation, on n'invite pas les citoyens à réfléchir : c'est leur "expérience personnelle " qui importe. Oui, mais que vaut cette expérience sans réflexion ? Et quelle place peut prendre l'analyse dans un débat public de deux heures où chacun va venir avec son souvenir plus ou moins positif de l'école, avec l'angoisse que ses enfants ne puissent pas se faire une place dans cette société qui exclut déjà près de trois millions de ses actifs ? La réflexion demande du temps et de la formation et nous ne disposons, dans l'organisation de ce "grand" débat ni de l'un, ni de l'autre.

L'organisation même du débat pose problème :
  • Depuis la représentativité des membres de la Commission Thélot (aucun professeur de collège ou de lycée professionnel), leur objectivité (de nombreuses personnalités qui en font partis ont des positions très arrêtées qu'elles mettent régulièrement en avant).

  • En passant par l'orientation des questions ou sous-questions vers des réponses attendues : exemple, la question 19 "faut-il donner davantage d'autonomie aux établissements et accompagner celle-ci d'une évaluation ? " A priori, on devrait pouvoir répondre à cette question par oui ou par non. Mais les "possibles questions" proposées sous-entendent implicitement une réponse positive à la question principale. En effet, on demande, entre autre, de dire les "marges de manœuvre nouvelles qu'il faudrait donner aux établissements scolaires ".

  • Le temps imparti : 2h ou 3h de débat pour répondre à des questions qui nécessiteraient beaucoup plus de plus de temps pour être traitées un tant soit peu sérieusement.

  • Les questions choisies et imposées en dehors de l'avis des participants au débat… et celles que l'on évite… ainsi dans l'Isère, aucun débat dans les circonscriptions n'abordera la question 14 : "Comment scolariser les élèves handicapés ou atteints de maladie grave ?"

  • Pour finir par la façon dont la synthèse va être élaborée : c'est un ordinateur qui va la faire, avec un logiciel d'analyse textuelle... Quand on sait le caractère approximatif de ce que peut produire ce type de logiciel en traduction, on peut légitimement être inquiets…

Sur le fond :

Durant le mouvement de grève de mai-juin, nous avons parlé et nous avons écrit. Notre parole n'a pas été entendue. Cette parole, le gouvernement veut à présent s'en emparer pour mieux la contrôler et mieux la manipuler. Nous ne pouvons lui faire confiance. Quel crédit, en effet, accorder à ceux qui mettent en place, avec l'appui du Medef, une régression sociale sans précédent. Ces gens qui n'ont que "la réduction de la fracture sociale" et le mot "solidarité" à la bouche alors qu'ils détruisent toutes les institutions qui incarnent la solidarité dans une société.
En effet, comment peut-on réduire l'impôt sur le revenu, ce "pot commun" où tout le monde participe à la hauteur de ses moyens financiers et qui devrait permettre à tous, sans distinction sociale, économique, religieuse, d'accéder à des services publics de qualité en ce qui concerne l'éducation, la culture, la santé, la justice ... ?

Que penser d'un gouvernement qui programme la faillite de ces services publics : abandon des chômeurs de longue durée, déremboursement de médicaments, destruction du statut des intermittents, loi rétrograde sur les retraites, non-remplacement d'une grosse partie des départs en retraite, remplacement des surveillants par des assistants d'éducation au contrat scandaleux, transfert des personnels de santé de l'EN aux collectivités territoriales au mépris de l'annonce du report par le 1er ministre en juin 2003…

Et ces changements qu'on nous propose, qui vont-ils servir ? Va-t-on ainsi construire une société plus solidaire ?
Des choses à dire et des raisons de réagir, nous en avons pourtant encore des mille et des cents. Avec celles et ceux qui étaient en grève en avril-mai-juin, et aussi tous les citoyens se sentant concernés par une société de liberté et d'égalité. Mais nous avons surtout envie de réfléchir pour construire ensemble la résistance à cette fuite en avant vers une société individualiste du tout marchand.

Le débat qu'on nous impose n'est pas neutre. En mai, lors des premières A.G, on parlait d'abord retraite et décentralisation de l'Education Nationale. Puis très vite, les débats se sont élargis à l'O.M.C, à l'A.G.C.S, à la Sécurité Sociale parce qu'on s'est vite rendu compte que la loi de décentralisation faisait partie d'un projet bien plus vaste. Et aujourd'hui, tout d'un coup, on accepterait de parler de l'école sans parler de la société qui l'entoure ! Mais plus personne ne croit à l'image d'Epinal qui veut que l'enfant qui franchit la porte d'une école ou d'un collège laisse là tous ses soucis. Alors comment parler des missions de l'école sans parler du contexte social et économique dans lequel évoluent les enfants ?

Nous ne voulons pas d'un débat alibi.
Pour nous les dés sont pipés et la marche forcée vers une marchandisation de l'Education est déjà décidée. L'audition de MM. Ferry et Darcos le 28/10/2003 devant la commission des finances de l'Assemblée Nationale, expliquant la stratégie de réforme de leurs ministères, ne laisse planer aucun doute à ce sujet. Ils parlent d'autonomie des établissements, de diminution du temps scolaire (au bénéfice du temps passé devant l'ordinateur), de suppression de postes administratifs, d'annualisation du temps de travail, de bivalence des professeurs, … Bref une politique qui se fonde sur une vision purement comptable, loin des besoins des élèves.

Nous ne cautionnerons pas par notre présence cette politique de "com " qui tient lieu de méthode de travail. Oui débattre est important, mais l'avenir des écoles de ce globe, les pratiques démocratiques, la vie politique sont des biens trop précieux pour que nous les galvaudions en participant à cette mascarade. Oui, il faut résister à cette entreprise de décérébration, s'interroger, réfléchir, discuter sur les missions de l'école et les valeurs qu'elle doit transmettre, mais pas dans ce cadre-là. Retrouvons les vrais lieux de réflexion, de formation et d'échange que devraient être les associations, les partis politiques, les syndicats. Participons aux rencontres, forums, colloques, conférences, cafés-débats, tous ces actes qui permettent d'entrer en résistance pour grandir ensemble.

Réinventons la démocratie, ré-enchantons la politique.

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